Après une jolie série réaliste, Arnaud de Casteloup, puis des séries humoristiques comme Attila, Derib entame une durable collaboration avec le journal Tintin en s'immisçant dans le western avec cet excellent récit écrit par Greg et diffusé dans le journal entre 1971 et 1972. Un récit captivant dans lequel Greg imagine avec son brio habituel une caravane d'immigrants (sujet traité dans un épisode de Lucky Luke: la Caravane, en 1970), où évoluent une belle galerie de nombreux personnages bien typés, avec en tête Barnaby Bumper, comptable newyorkais sans travail; tous décident un jour de quitter la Côte-Est pour suivre le conseil célèbre: "Go West young man and grow up with the country". Un conseil qui fut suivi par des milliers de pionniers qui souhaitaient trouver une vie meilleure.
Bumper et ses amis s'élancent donc dans leurs chariots et sont confrontés à bien des périls et des épreuves, mais aussi des joies qui rendent la lecture de cette aventure vraiment attachante, illustrée par Derib avec son coup de crayon semi-réaliste très plaisant. Greg utilise toutes les ficelles de ce type de récit vues dans quantité de westerns à l'écran, et s'est inspiré d'ailleurs de quelques grands films pour certaines péripéties. Ici, les Indiens sont encore considérés comme des ennemis potentiels, mais Derib amorce un premier processus de réhabilitation de l'homme rouge, déja enclenché au cinéma, qu'il développera ensuite dans Buddy Longway.
Bref, un one shot très sympa, et en tant qu'admirateur de Greg et Derib, je ne peux qu'en conseiller l'achat.
Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums.
Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu.
Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums.
La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran.
L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.
Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement.
Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes.
Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails.
Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume.
La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible.
Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?).
La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire.
Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement.
COMMENTAIRE DU VOLUME UN :
Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes.
Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence.
Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable.
La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille.
Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état).
L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et
sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée.
COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX :
Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !).
Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence.
Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars.
COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS :
Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui.
Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie.
Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents.
Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs.
Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante.
Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne.
CONCLUSION FINALE DE LA SERIE :
Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ».
Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit.
Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier.
Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »
Une vraie belle surprise cet album ! J'ai découvert cette BD grâce au prix des libraires Canal BD, et je ne suis pas déçu d'avoir écouté le conseil de mon libraire ! J'avoue aussi ne pas connaitre les œuvres de Wilfrid Lupano, mais à force d'en entendre parler, je vais m'y pencher plus sérieusement...
Parlons de l'histoire, c'est tiré d'une légende et même si la moitié des faits est véridique, ça reste limite incroyable, mais ça rend l'histoire plus forte !
Ça montre bien la bêtise humaine, la cruauté qu'engendrent le nationalisme en temps de guerre et, aussi, le manque d'instruction (faut bien le dire : ce sont des bouseux :)).
Certains passages sont assez savoureux (le procès en autres), les dialogues sont excellents, les dessins un peu déroutants au départ, mais finalement agréables et servant bien l'ambiance de ce bled paumé et les personnages.
Vraiment une chouette lecture que je conseillerais à tous !
Les Cosaques d’Hitler est un récit historique romancé. Entendez par là que l’aspect « témoignage historique » est prédominant mais nous est présenté au travers de l’histoire d’amour unissant un soldat écossais et une jeune Cosaque.
Et, franchement, le côté historique en vaut la peine ! Un peu à la manière d’un « Svoboda ! », les auteurs s’intéressent à un peuple de l’Est baladé dans un conflit mondial. Ici, vous l’aurez compris, ce sont les Cosaques qui sont au centre de l’histoire, et c’est la seconde guerre mondiale qui est à l’honneur (si je puis m’exprimer ainsi). Alliés d’Hitler car c’était pour eux le seul moyen de se débarrasser de Staline, ils se retrouveront emprisonnés à la fin du conflit. Je ne vous en dirai pas plus mais sachez que leur destin va être dramatique et peu glorieux pour les alliés.
Historiquement, c’est donc bien foutu, et l’idée (guère originale, j’en conviens) de nous la présenter au travers d’une histoire d’amour est bonne puisqu’elle nous permet de mieux nous attacher au destin de ces personnages. Seul reproche : cette romance demeure fort classique et prévisible, elle laisse un arrière-goût de déjà-vu qui refroidit un peu mon enthousiasme. Pas de quoi me pousser à abandonner ma lecture (loin de là) mais l’intérêt que j’ai ressenti pour ce récit provient principalement de son aspect historique.
La psychologie des personnages est elle aussi très classique mais conforme à l’idée que je me faisais des mentalités en action. Le peuple cosaque nous est présenté comme un peuple insoumis, cultivé, fier et orgueilleux. Les soldats écossais apparaissent respectueux de la hiérarchie mais non dépourvu de sens moral. Le fait que ce soient des Ecossais qui gardent le camp de prisonniers est intéressant car ce peuple dispose, de par son histoire, d’une part, de cette grande tradition guerrière et, d’autre part, de ce goût de la liberté qui lui permet de comprendre ses opposants. A nouveau, je dirais qu’historiquement, c’est très crédible mais aussi très bien vu de réunir ces deux mentalités.
Le dessin, signé Olivier Neuray (Lloyd Singer (Makabi)), est… étonnant. Très dépouillé, précis et facile d’accès, il se rapproche d’une ligne claire par sa grande lisibilité. Par ailleurs, il n’a pas cette raideur si caractéristique de bien des lignes claires. Il me donne ainsi le sentiment d’être un peu vide alors qu’en y regardant à deux fois, il n’en est rien. Non ! En fait, il est très bon ! Mais étonnant…
J’apprécie ce genre de récit qui éclaire une zone obscure de l’histoire et, pour cette raison, je lirai la suite avec plaisir. La romance, elle, est trop classique pour me satisfaire à elle seule mais les deux réunis font de ces Cosaques d’Hitler une bonne bande dessinée. A emprunter sans hésiter, et à acheter si, à mon image, vous aimez les récits historiques.
Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...).
L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales.
Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb).
J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves.
Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud.
Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu.
C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance.
Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques).
Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires.
Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples:
- la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol).
- la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole.
- les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos.
- la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier.
- le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé.
- la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact.
- comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix.
- Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc.
- la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny.
- le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...).
Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique).
Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts.
Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement.
Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :)
Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM]
C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule !
Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti.
Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser...
C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté.
Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou.
A lire sans faute !
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait.
A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude).
J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme.
Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité.
N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Go West
Après une jolie série réaliste, Arnaud de Casteloup, puis des séries humoristiques comme Attila, Derib entame une durable collaboration avec le journal Tintin en s'immisçant dans le western avec cet excellent récit écrit par Greg et diffusé dans le journal entre 1971 et 1972. Un récit captivant dans lequel Greg imagine avec son brio habituel une caravane d'immigrants (sujet traité dans un épisode de Lucky Luke: la Caravane, en 1970), où évoluent une belle galerie de nombreux personnages bien typés, avec en tête Barnaby Bumper, comptable newyorkais sans travail; tous décident un jour de quitter la Côte-Est pour suivre le conseil célèbre: "Go West young man and grow up with the country". Un conseil qui fut suivi par des milliers de pionniers qui souhaitaient trouver une vie meilleure. Bumper et ses amis s'élancent donc dans leurs chariots et sont confrontés à bien des périls et des épreuves, mais aussi des joies qui rendent la lecture de cette aventure vraiment attachante, illustrée par Derib avec son coup de crayon semi-réaliste très plaisant. Greg utilise toutes les ficelles de ce type de récit vues dans quantité de westerns à l'écran, et s'est inspiré d'ailleurs de quelques grands films pour certaines péripéties. Ici, les Indiens sont encore considérés comme des ennemis potentiels, mais Derib amorce un premier processus de réhabilitation de l'homme rouge, déja enclenché au cinéma, qu'il développera ensuite dans Buddy Longway. Bref, un one shot très sympa, et en tant qu'admirateur de Greg et Derib, je ne peux qu'en conseiller l'achat.
Buddy Longway
Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums. Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu. Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums. La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran. L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.
Blaise
Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement. Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes. Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails. Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume. La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible. Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?). La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire. Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement. COMMENTAIRE DU VOLUME UN : Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes. Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable. La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille. Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état). L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée. COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX : Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !). Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars. COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS : Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui. Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie. Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents. Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs. Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante. Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne. CONCLUSION FINALE DE LA SERIE : Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ». Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit. Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier. Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »
Le Singe de Hartlepool
Une vraie belle surprise cet album ! J'ai découvert cette BD grâce au prix des libraires Canal BD, et je ne suis pas déçu d'avoir écouté le conseil de mon libraire ! J'avoue aussi ne pas connaitre les œuvres de Wilfrid Lupano, mais à force d'en entendre parler, je vais m'y pencher plus sérieusement... Parlons de l'histoire, c'est tiré d'une légende et même si la moitié des faits est véridique, ça reste limite incroyable, mais ça rend l'histoire plus forte ! Ça montre bien la bêtise humaine, la cruauté qu'engendrent le nationalisme en temps de guerre et, aussi, le manque d'instruction (faut bien le dire : ce sont des bouseux :)). Certains passages sont assez savoureux (le procès en autres), les dialogues sont excellents, les dessins un peu déroutants au départ, mais finalement agréables et servant bien l'ambiance de ce bled paumé et les personnages. Vraiment une chouette lecture que je conseillerais à tous !
Les Cosaques d'Hitler
Les Cosaques d’Hitler est un récit historique romancé. Entendez par là que l’aspect « témoignage historique » est prédominant mais nous est présenté au travers de l’histoire d’amour unissant un soldat écossais et une jeune Cosaque. Et, franchement, le côté historique en vaut la peine ! Un peu à la manière d’un « Svoboda ! », les auteurs s’intéressent à un peuple de l’Est baladé dans un conflit mondial. Ici, vous l’aurez compris, ce sont les Cosaques qui sont au centre de l’histoire, et c’est la seconde guerre mondiale qui est à l’honneur (si je puis m’exprimer ainsi). Alliés d’Hitler car c’était pour eux le seul moyen de se débarrasser de Staline, ils se retrouveront emprisonnés à la fin du conflit. Je ne vous en dirai pas plus mais sachez que leur destin va être dramatique et peu glorieux pour les alliés. Historiquement, c’est donc bien foutu, et l’idée (guère originale, j’en conviens) de nous la présenter au travers d’une histoire d’amour est bonne puisqu’elle nous permet de mieux nous attacher au destin de ces personnages. Seul reproche : cette romance demeure fort classique et prévisible, elle laisse un arrière-goût de déjà-vu qui refroidit un peu mon enthousiasme. Pas de quoi me pousser à abandonner ma lecture (loin de là) mais l’intérêt que j’ai ressenti pour ce récit provient principalement de son aspect historique. La psychologie des personnages est elle aussi très classique mais conforme à l’idée que je me faisais des mentalités en action. Le peuple cosaque nous est présenté comme un peuple insoumis, cultivé, fier et orgueilleux. Les soldats écossais apparaissent respectueux de la hiérarchie mais non dépourvu de sens moral. Le fait que ce soient des Ecossais qui gardent le camp de prisonniers est intéressant car ce peuple dispose, de par son histoire, d’une part, de cette grande tradition guerrière et, d’autre part, de ce goût de la liberté qui lui permet de comprendre ses opposants. A nouveau, je dirais qu’historiquement, c’est très crédible mais aussi très bien vu de réunir ces deux mentalités. Le dessin, signé Olivier Neuray (Lloyd Singer (Makabi)), est… étonnant. Très dépouillé, précis et facile d’accès, il se rapproche d’une ligne claire par sa grande lisibilité. Par ailleurs, il n’a pas cette raideur si caractéristique de bien des lignes claires. Il me donne ainsi le sentiment d’être un peu vide alors qu’en y regardant à deux fois, il n’en est rien. Non ! En fait, il est très bon ! Mais étonnant… J’apprécie ce genre de récit qui éclaire une zone obscure de l’histoire et, pour cette raison, je lirai la suite avec plaisir. La romance, elle, est trop classique pour me satisfaire à elle seule mais les deux réunis font de ces Cosaques d’Hitler une bonne bande dessinée. A emprunter sans hésiter, et à acheter si, à mon image, vous aimez les récits historiques.
Profesor Furia
Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...). L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales. Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb). J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves. Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Domino
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud. Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu. C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance. Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Astérix
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques). Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires. Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples: - la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol). - la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole. - les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos. - la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier. - le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé. - la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact. - comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix. - Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc. - la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny. - le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...). Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique). Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts. Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
Temudjin
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement. Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :) Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM] C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule ! Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti. Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser... C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté. Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou. A lire sans faute !
Cinq mille kilomètres par seconde
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait. A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude). J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme. Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité. N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.