Je note ici ce qui se rapproche le plus de ce que j'ai connu étant gosse et ce qui m'a bercé. J'ai assez peu connu la période du créateur Arnal, je suis arrivé sur Pif à la période Roger Mas qui pour moi reste cent fois meilleure que toutes celles qui ont suivi. Je m'explique:
Au début, Pif est très chien, il se déplace souvent à 4 pattes et se tient rarement debout comme il le fera plus tard ; dans cette époque d'après-guerre (création en 1948 ), ses préoccupations sont d'ordre quotidien, à savoir se nourrir et se loger. Le graphisme est réduit à l'essentiel, le personnage a une tête ronde avec une grosse truffe noire au bout du museau, et 3 poils sur le crâne. Le décor simplifié, limité au strict minimum, sert à mettre en valeur les personnages et l'action qui se déroule dans de petites cases carrées, jusqu'au gag. Le tout est farfelu, joyeux et dynamique dans un esprit bon enfant. Cette efficacité et ce dépouillement graphique amèneront la sympathie d'un public populaire et un succès immédiat pour ce chien débrouillard et futé qui évolue au sein d'une maison campagnarde où habitent ceux qu'on peut considérer comme sa "famille" ; on y trouve Tonton César, la Tante Agathe et leur fils Doudou, c'est une sorte de couple archétypique de Français moyen débonnaire de la société des années 50 (mais la bande lancée dans L'Humanité et soutenue par le parti communiste, n'a jamais eu de contenu politique).
Après 1958, Arnal débordé par le succès, cède ses personnages à Roger Mas qui en sera le meilleur continuateur ; son graphisme proche de celui d'Arnal, ses idées inventives se marient fort bien au Pif des années 60 qu'il modernise un peu et adapte à cette nouvelle décennie ; c'est cette période que j'ai connue et que beaucoup de gosses de ma génération ont aimé, car toute une génération a grandi avec Pif et son succès, surtout quand le journal Vaillant est devenu Pif-Gadget en 1969. Le traitement différent de Mas fut d'insuffler un côté plus loufoque et plus insouciant, surtout à l'époque des petits pockets : ces petits magazines de forme carrée se déclinaient en 100 gags courts sur une page à 4 cases, un exercice dont Mas s'est acquitté avec talent, car trouver une chute en 4 cases, c'est pas évident. Tous les autres héros du journal avaient droit à leur pocket, il y avait Pifou-Poche, Placid et Muzo-Poche, Arthur le Fantôme-Poche etc.. aujourd'hui ces pockets sont très recherchés et valent assez cher en bourses.
Mas accentue aussi la rivalité de Pif avec le chat Hercule, mais ensuite le chien et le chat s'associent pour les besoins d'un gag ; cette prépondérance fera disparaître longtemps Tonton, Tata et Doudou, et d'ailleurs Hercule aura sa propre bande à partir de 1976. Grâce à son trait vif, Mas gardera longtemps la fraîcheur de Pif, puis en 1967, c'est Louis Cance qui prend le relais où la bande connaît encore quelques beaux jours, avant une trop longue liste de dessinateurs où le personnage, exploité sous de multiples formes et supports, s'affadie et n'est plus que l'ombre de lui-même. Un Studio Pif est même crée par Michel Motti pour faire du Pif à la chaîne, aussi, le manque d'unité, la prolifération de planches inégales finiront par tuer ce petit personnage attachant que j'avais tant aimé. La relance du nouveau Pif-Gadget n'est qu'une manoeuvre commerciale qui n'a jamais retrouvé le charme des années 60 et début 70.
Tiens, je n'avais pas noté cette série. Ayant évolué au fil des lectures, j'ai voulu reprendre mon commentaire... et vlan, je n'en avais en fait jamais laissé ! :)
D'abord, j'ai lu tout d'un trait, les 4 tomes. Elles forment un cycle complet, je ne sais pas s'il y aura une suite, mais tout se tient plutôt bien.
Bref, lors de ma première lecture, j'avais trouvé le personnage principal plutôt lisse. Maintenant, je le trouve très juste, bien en adéquation avec ce qu'il représente. D'ailleurs, l'ensemble des personnages sont bien campés.
Le scénario se tient, un peu fantastique (mais pas trop), sans doute bien documenté et historique.
Le dessin est excellent, nous plonge vraiment dans cet univers rude qu'était le moyen âge. La colorisation n'est pas en reste.
Bref, si vous aimez (un peu) l'histoire, les intrigues... vous avez une excellent série. Elle me rappelle Murena, même si l'époque est différente, et l'histoire mâtinée de fantastique, j'ai pris un plaisir à m'approprier cette partie de notre histoire.
Après la lecture de 108 chapitres en version anglaise.
Dans cette série, le héros fait l'objet d'un chantage bien particulier orchestré par sa voisine de palier, une sorte d'exhibitionniste lubrique et perverse.
Ils devront s'espionner mutuellement à tour de rôle grâce à un trou situé dans le mur séparant leurs deux appartements.
Ainsi notre héros n'a d'autre choix que d'accepter que sa voisine joue les voyeuses.
Au début, il réprouve ce comportement mais il en vient peu à peu a rentrer dans son jeu éprouvant même un certain plaisir ce qui ne manque pas de le perturber à un point tel qu'il en vient à douter de sa droiture d'esprit et de ses propres sentiments amoureux.
Ajoutez à cela qu'il va rencontrer une multitude de jolies filles assez portées sur la chose et qui vont, pour la plupart, tenter de le séduire et vous comprendrez qu'il ne sache plus vraiment où donner de la tête.
Toute l'histoire tourne autour des deux principaux protagonistes (le héros et sa voisine) et des tierces personnes qu'ils vont être amenés à côtoyer et qui tomberont inexorablement dans le giron de leurs jeux pervers liés au voyeurisme, donnant au passage bon nombre de situations incongrues, embarrassantes, drôles et souvent émoustillantes pour le lecteur.
Pour moi l'ensemble réussit l'essentiel ; à savoir divertir, faire rire et exciter sans jamais tomber dans le vulgaire ou accumuler les scènes de sexe sans queue ni tête car on constate que le scénario développe une réelle histoire d'amour.
En fait on oscille en permanence entre comédie romantique et BD érotique. De plus il est fort appréciable de constater que nous avons affaire à des personnages un minimum travaillés ; tous semblent entretenir un rapport anormal avec la sexualité et chacun développe une réelle personnalité éprouvant des sentiments divers et contrastés.
En fait chaque nouvelle rencontre permet aux deux personnages principaux d'évoluer psychologiquement.
Evidemment il ne faut pas non plus s'attendre à une histoire trop sérieuse et réaliste ou encore à forte intrigue mais on est bien loin de certaines poubelles scénaristiques que l'on trouve souvent dans les séries du même genre.
De plus on ressent un réel attachement pour le héros et sa voisine ainsi qu'une irrésistible envie de savoir à quel point va se développer leur relation et jusqu'où vont les emmener leurs jeux pervers.
On peut simplement regretter une baisse de la fréquence des effets comiques à partir du milieu de la série ainsi qu'une trop grande utilisation de flash-back au début de chaque chapitre ; alors, certes, ils permettent de connaitre les pensées du héros et ses interrogations ou ses doutes mais cela sonne parfois un peu trop comme du remplissage de deux ou trois pages.
J'avoue avoir longuement hésité pour classer dans un genre cette série car ici plus que dans toute autre la limite entre ecchi et hentaï semble bien mince.
De ce fait, j'en recommande la lecture uniquement à un public averti car même si l'on ne voit jamais l'objet de tous les plaisirs, on assiste à un grand nombre de scènes très explicites ou de nudité totale.
Un mot sur les dessins, d'un style assez classique pour un manga mais très soignés ; avec des personnages esthétiquement très beaux mis en valeur par des formes généreuses (mais pas trop), un habile dégradé de couleurs en noir, blanc, gris ou encore une mise en scène plutôt bien orchestrée et dynamique.
Bien sûr les décors paraissent souvent trop épurés mais ce n'est pas ce qu'on recherche en priorité.
Bref, pour moi une série qui mérite d'être découverte car non seulement elle est souvent drôle et émoustillante mais elle développe aussi une histoire d'amour avec des personnages assez travaillés et intéressants.
L'ensemble devrait certainement plaire aux amateurs de ecchi mais aussi à ceux qui n'ont pas l'habitude du genre car elle constitue un bon compromis entre comédie romantique et lecture coquine.
Une des rares du genre à qui je mets un coup de cœur et une note globale de 3.5/5 (4/5 pour la première moitié des tomes et 3/5 pour la seconde).
Alors je fais partie des lecteurs qui ont, ou qui vont découvrir cette BD grâce à la palme d'or obtenue à Cannes pour l'adaptation ciné, "La vie d'Adèle" et franchement je suis content car j'ai découvert une superbe BD !
Je m'arrête d'abord sur le dessin que j'ai trouvé magnifique, il y a un coté très Yslaire, très Sambre et vraiment j'adore, sauf qu'ici c'est le bleu qui est mis en avant, pas le rouge. Cette couleur est d’ailleurs très bien utilisé, du bon boulot et une belle maturité graphique pour cette jeune auteur !
Mais concernant l'histoire de Clémentine, j'ai vraiment été touché par la justesse et la sensibilité de cet album. Alors certes l'utilisation du journal intime à titre posthume, ça rend les choses tout de suite plus sérieuses, mais c'est bien fichu et pas larmoyant.
Le déroulement de l'histoire est aussi bien maîtrisé, on suit l'évolution d'une Clémentine, adolescente qui se cherche, qui évolue petit à petit au fil de l'album qui finalement s'accepte et accepte son homosexualité, et c'est cette évolution qui m'a plu, car étant très bien racontée, elle est vraiment crédible, et je me pose vraiment la question s'il n'y a pas un peu (beaucoup ?) de vécu dans cet album... (mais en fait, peu importe !)
Une histoire pleine de sensibilité, que je conseillerai volontiers !
Achille Talon est avec Tintin, Astérix et Lucky Luke, le personnage de BD européenne le plus populaire, le plus traduit et le plus diffusé. Je l'ai découvert vers 1968 dans Pilote, j'avais dans les 9/10 ans, et je ne comprenais pas tout à ses logorrhées légendaires, ce n'est que bien plus tard que je l'ai vraiment apprécié; comme quoi, cette série est souvent considérée à tort pour la jeunesse, elle s'adresse à des ados et des adultes ayant une certaine culture. Il faut dire que Pilote était plus un journal pour ados que pour enfants.
Obèse au nez volumineux, Talon est le type même du quadra bourgeois, insupportable par sa suffisance et sa redondance, le Français moyen têtu et imbu de sa personne, égocentrique, individualiste forcené, vaniteux, ayant un avis sur tout, qui accumule les erreurs. Mais son aptitude verbale inépuisable, inondant ses interlocuteurs d'un flot de paroles, cette éloquence ampoulée et cette façon de s'exprimer délicatement désuète mais ironique, dans des bulles souvent plus grosses que lui, sont véritablement la carte de visite du personnage. La boursouflure même du dialogue demeure l'un des principaux procédés comiques de la bande, le véritable trait de génie de Greg, pro de la réplique.
Greg lui façonne un petit monde bien à lui : un pavillon coquet en banlieue résidentielle, un voisin agaçant, une fiancée snob (la délicieuse Virgule de Guillemet), un père amateur de bière, et une maman gâteau qui lui mitonne des petits plats, sans oublier l'épisodique commerçant avare Vincent Pourcent. Mais ses deux partenaires principaux sont Alambic-Dieudonné-Corydon Talon, dit Papa-Talon, insatiable décapsuleur de canettes qui essaie de comprendre les idées mirifiques de son Chichille, et surtout Hilarion Lefuneste, le voisin irascible, crispant et sournois, petit vachard à lunettes et à la casquette vissée sur le crâne, dont les empoignades verbales avec Achille sont homériques et follement drôles.
L'activité du héros n'étant pas clairement définie, il occupera un temps le statut de héros du journal Polite, où Greg utilise comme élément comique la rédaction d'un journal ressemblant bien évidemment à Pilote, et où il caricature avec drôlerie ses collègues Goscinny en petit homme hargneux, et Charlier en ventripotent mangeur de sandwich.
A travers cet archétype de Français moyen qui pérore, et qui balaie les ennuis d'un "bof" négligent, Greg a réalisé une satire malicieuse de l'univers petit bourgeois des années 60 et 70, usant de beaucoup de finesse psychologique. Cette Bd est un incontournable de la BD de papa, dont certains gags malgré leur âge, ont encore un certain effet, surtout dans les types de personnages (des casse-pieds, des crétins, des m'a-tu-vu...il y en aura toujours). Ma note est forcément élevée, mais pour l'achat, seuls les albums de gags sont à recommander, les récits longs étant moins réussis. Hop !
Contrairement à certains posteurs qui disent du bien de cette série qu'ils ont lu enfant, moi je l'ai lue étant déja adulte et connaissant parfaitement l'histoire de Gilles de Rais; lorsque j'habitais encore La Rochelle, nous allions en famille visiter le château de Tiffauges en Vendée, situé à peu près à une centaine de km; c'était une belle ruine mystérieuse avec un je ne sais quoi d'étrange qui m'avait intrigué, j'ai cherché à me documenter sur ce personnage et j'ai su tout ce qu'il fallait savoir : c'était vraiment effrayant. Aujourd'hui, Tiffauges, grâce au renouveau de l'intérêt pour la culture, l'Histoire et le patrimoine, a été complètement transformé et livré à la multitude avec baraques à frites et autres démonstrations de chevaliers (en été, il reçoit entre 300 et 500 personnes par jour), alors fini le mystère et les murs noircis par les messes noires de Gilles, Si vous voulez voir cette forteresse, évitez l'été et les vacances scolaires.
En 1978 quand j'ai découvert cette Bd dans les pages du Nouveau Tintin, j'ai bien-sûr été enthousiasmé par le propos. Ce jeune tailleur de pierre, Jhen Roque qui devient l'ami de Gilles de Rais avait quelque chose de troublant. Les relations entre eux vont devenir fraternelles autant qu'ambiguës, leurs routes se croisent sans cesse; en fait, Jhen donne son titre à la série et sert de lien à tous les épisodes, mais le véritable héros central, même s'il n'est pas toujours présent, est Gilles, personnage charismatique à souhait, bien qu'effrayant et sombre en raison de ses turpitudes nocturnes. Ce grand seigneur surnommé Barbe Bleue (et dont Perrault s'inspirera pour son célèbre conte), est présenté ici comme un tueur d'enfants, probablement le premier pédophile de l'Histoire, un personnage bien réel qui se livrait à des atrocités sanglantes dans ses nombreux domaines comme Tiffauges, Pouzauges ou Machecoul. Cependant, les allusions sont discrètes, la série étant destinée à un public très large mais plutôt jeune.
Ce thème d'une grande richesse permet au Jacques Martin scénariste de brosser une fresque médiévale de grande qualité, en faisant évoluer côte à côte des personnages fictifs et réels (on y voit aussi le roi Charles VII, sa favorite Agnès Sorel, le dauphin, futur Louis XI). Martin devient ici un formidable conteur qui ne lésine pas sur le détail historique, et qui étrangement, parvient à rendre sympathique le trouble Gilles de Rais. Il a trouvé en Jean Pleyers un partenaire idéal pour cette série passionnante; son graphisme est très inspiré de l'école belge et très voisin de celui de Martin, il culmine en de somptueuses reconstitutions de châteaux et décors moyenâgeux s'appuyant sur une solide documentation, qui ne peuvent que plaire à l'amateur d'histoire médiévale que je suis. L'effort est aussi porté sur les costumes et les armures (les étendards de l'ost, la suite royale à Chinon...).
J'ai toute la collection et je prends toujours plaisir à la relire. A noter qu'elle s'est d'abord appelée "Xan" (le héros s'appelait Xan Larc) dans les deux récits diffusés dans Tintin (L'Or de la mort, et Jehanne de France) sous l'égide du Lombard, mais Martin se disputant avec la plupart de ses éditeurs, la série arrive alors chez Casterman sous le nom de "Jhen".
Quand j'ai découvert cette jolie série dans le journal Tintin en 1968, ça m'a tout de suite émerveillé par son univers onirique. Je sortais d'une lecture d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, et ça m'a immédiatement transporté dans un monde similaire, mais en mieux. L'arrivée des héros, Rameau, Pertinent et Colombe (alors secrétaire d'un lapin facétieux, clin d'oeil à Alice ?) à Hallucinaville, capitale du pays de Rêverose, est fantastique, car les 2 hommes venant du Vrai-monde-où-l'on-s'ennuie (le nôtre), sont alors l'objet de la curiosité des étranges Rêverosiens. Cette cité semble sortie d'un conte de fée, un lieu enchanteur où tout n'est que joie et gaieté, et fait penser à bien des égards au film Le Magicien d'Oz.
Ce petit monde merveilleux où tous les maux de notre société n'existent pas, va séduire les héros qui vont se lancer ensuite dans des aventures à travers des mondes étranges. Les idées originales de Greg et les dessins grâcieux de Dany ont fait de cette bande un petit chef d'oeuvre de poésie et de surréalisme qui rejoint l'univers de Philémon. Greg et Dany ont crée un monde parallèle cohérent où règnent l'absurde, l'humour et le bonheur, un univers joyeux qui n'en rend notre monde que plus futile, matérialiste et insignifiant.
Dany, après des récits complets dans Tintin, va atteindre avec cette série une vraie maturité graphique, avec son trait plein de fraîcheur et coloré où ses héroïnes, Colombe en tête, sont extrêmement aguichantes, une véritable audace en cette fin d'années 60 dans un journal jeunesse. Ses trouvailles sont amusantes, comme les champs de sucettes, l'oiseau Razibus, les Poyotouffus, le parcours délirant de l'omnibus... il se régale aussi à croquer une galerie de monstres farfelus et hideux dans l'épisode La Caravelle de n'importe-où, mais un élément essentiel du succès de la série est dans la brochette de personnages qu'il brosse avec saveur au fil des années (le Grand Pas Sage Ebouriffon, les Ziroboudons, Grinssan de Samenkeduile, le lion Majestor, Olga la dompteuse, la Cloche aux raisonnements tintants, Pazunbrin l'épouvantail, le Nain de jardin avec sa brouette....).
Les confrontations avec notre monde, notamment dans Le Grand Voyage en Absurdie, et L'Oiseau de par-ci par-là permettent à Greg de dégainer une salve de situations cocasses en forme de satire amère de notre société. Le contraste est très marqué, c'est un peu les gentils rêveurs qui aiment la nature contre les méchants citadins de notre monde qui polluent la planète, bref une sorte de manichéisme à peine voilé que Greg cache sous le couvert de l'humour avant tout.
Pour l'achat, je recommande plutôt les 8 premiers albums qui sont formidables, je n'ai pas lu les suivants, j'ignore si la qualité est encore là.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours attaché à cette série indémodable, je l'ai découverte dans un recueil Spirou (alors que je n'étais qu'un lecteur occasionnel de ce journal) avec l'épisode "l'Ombre sans corps", et depuis, je ne l'ai plus lachée, je possède toute la série depuis l'album n°4 jusqu'au dernier scénario de Desberg (les périodes Rosy, Tillieux, Desberg étant les meilleures).
Cette bande créée en 1938 par Dineur n'a cessé qu'en 1997, c'est dire si elle a marqué le journal Spirou en résistant aux années, aux modes et aux transformations sans prendre une ride pendant plus de 60 ans. Au début, il n'y avait que Tif, Tondu n'apparaissant que plus tard, et le ton était vraiment fantaisiste; de plus, le dessin n'était pas joli, plutôt grossier comme c'était courant chez les dessinateurs d'avant-guerre. En 1949, le dessin est confié au jeune Will, élève de Jijé, qui en rajeunit et en modernise l'aspect, même si son graphisme ne cherche pas les effets, mais il est efficace et convient parfaitement à ce type de bande semi-réaliste. Ce lifting est bénéfique, car les lecteurs apprécient déja ce sympathique duo de détectives amateurs, dont l'intérêt réside dans l'opposition des 2 héros : d'abord par le fait que Tondu soit le chevelu hirsute et barbu, et Tif le chauve; ensuite Tondu est plutôt actif, c'est le sérieux, celui qui décide, tandis que Tif est le jovial gaffeur, râleur parfois insupportable, attiré par les femmes, bref, le comique de service, mais qui peut s'avérer fonceur dans Tif et Tondu à New York ; pourtant, il n'est pas le faire-valoir de son acolyte, tous deux sont complémentaires, un peu comme Astérix et Obélix ou Tintin et Haddock.
La période Dineur, il faut donc l'oublier, c'est à partir de 1955 que la bande va vivre ses plus belles années lorsque Maurice Rosy crée le redoutable Monsieur Choc, sorte de Fantômas moderne, élégamment vêtu d'un smoking et de gants blancs, le visage dissimulé par un heaume, c'est le plus implacable ennemi qu'ait eu à combattre le duo de détectives. En même temps, quand on y pense, il y a un côté théâtral et ridicule dans ce personnage, totalement invraisemblable aujourd'hui, mais à l'époque, les méchants étaient comme ça et on l'acceptait.
En 1968, c'est Maurice Tillieux qui prend le relais de Rosy ; la série est encore dans une grande période. Comme il le fit dans Gil Jourdan, Tillieux accentue le caractère policier des histoires, et frôle le fantastique où le mystère et l'angoisse dominent ; les titres des albums sont explicites (l'Ombre sans corps, Contre le Cobra, le Roc maudit, Sorti des abîmes, les Ressuscités, le Scaphandrier mort, un Plan démoniaque, le Retour de la Bête), l'esprit des récits apparaît sans ambiguïté, le lecteur devine où les auteurs vont l'emmener. Nos deux héros deviennent dans cette période des détectives traditionnels et côtoient parfois leur ami Ficshussett de Scotland Yard. En même temps, ce sont deux vieux garçons, et la série contient peu de femmes, Tillieux leur adjoint parfois une blonde compagne, la délicieuse comtesse Amélie d'Yeu dite Kiki. Après la mort de Tillieux, son assistant Stephen Desberg intervient en 1978 avec le Gouffre interdit, apportant un ton nouveau, fantastique mais aussi plus en phase avec l'actualité (voir les épisodes Swastika ou les Phalanges de Jeanne d'Arc) ; pour ses grands débuts, Desberg tentait des choses nouvelles, c'était encore bien.
En 1991, Will passe la main à Sikorski au graphisme plus moderne et à des scénarios de Lapière peu inspirés, beaucoup de lecteurs se sont alors détournés de la série, moi le premier. Le charme est rompu. Mais les aventures palpitantes de ces deux héros, qui peuvent être cataloguées pour la jeunesse, sont plus subtiles qu'il n'y paraît, ça plaît aussi aux adultes, et je prend encore beaucoup de plaisir à les relire. Un classique incontournable de la BD franco-belge.
Après mon avis louangeur sur Les Sentinelles, voilà le deuxième album des éditions Robert Laffont que je découvre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur a misé juste quant à la qualité impressionnante de ces deux nouvelles séries…
L’histoire, déjà largement présentée, est très bien construite et rythmée. Le récit ne souffre d’aucun temps mort et, personnellement, je n’ai pas ressenti comme déroutant l’abondance de personnages, protagonistes dans ce conflit hommes/bêtes. Au terme de cet opus introductif, déjà bien dense, le plaisir de lecture ressenti est vraiment présent et la suite se fait d’ores et déjà attendre.
Les dessins et couleurs constituent l’autre atout majeur de l’album : c’est tout simplement magnifique. Le rendu graphique des bêtes est carrément confondant !
Une petite mise à jour s'impose... Depuis 2008, de l'eau a coulé sous les ponts, Robert Laffont a arrêté son catalogue BD et Delcourt a suivi l'édition de cette série en trois tomes. A la fermeture du dernier album, je descends ma note à 3/5. La série est sympa à lire, le rythme est fluide et le récit pas mal exploité mais la qualité décline un peu sur les deux derniers albums. Le trait et la colorisation restent très réussis. Au final, cette série est réussie et mérite une lecture.
Attention, chef d'oeuvre ! Cet ouvrage fait partie de la trilogie Will/Desberg avec, auparavant, Le Jardin des désirs ( 1988 ), et ensuite L'Appel de l'Enfer ( 1993 ). Avec un Desberg au scénario, à la fois coquin ou tendre, avec son humour décalé, et avec un Will au dessin, au sommet de son art. Il a dû aimer les femmes pour les dessiner aussi attrayantes...
Bon, la perfection n'existant pas en ce (bas) monde, je me contenterai donc d'une note de 4,5/5...
La trilogie a depuis été rééditée en intégrale. A se procurer, toutes affaires cessantes.
Will, un dessinateur, et un peintre bien trop méconnu...
A qui s'adresse cette trilogie ? A ceux qui ont déjà eu affaire à l'âme insondable féminine...
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Pif le chien
Je note ici ce qui se rapproche le plus de ce que j'ai connu étant gosse et ce qui m'a bercé. J'ai assez peu connu la période du créateur Arnal, je suis arrivé sur Pif à la période Roger Mas qui pour moi reste cent fois meilleure que toutes celles qui ont suivi. Je m'explique: Au début, Pif est très chien, il se déplace souvent à 4 pattes et se tient rarement debout comme il le fera plus tard ; dans cette époque d'après-guerre (création en 1948 ), ses préoccupations sont d'ordre quotidien, à savoir se nourrir et se loger. Le graphisme est réduit à l'essentiel, le personnage a une tête ronde avec une grosse truffe noire au bout du museau, et 3 poils sur le crâne. Le décor simplifié, limité au strict minimum, sert à mettre en valeur les personnages et l'action qui se déroule dans de petites cases carrées, jusqu'au gag. Le tout est farfelu, joyeux et dynamique dans un esprit bon enfant. Cette efficacité et ce dépouillement graphique amèneront la sympathie d'un public populaire et un succès immédiat pour ce chien débrouillard et futé qui évolue au sein d'une maison campagnarde où habitent ceux qu'on peut considérer comme sa "famille" ; on y trouve Tonton César, la Tante Agathe et leur fils Doudou, c'est une sorte de couple archétypique de Français moyen débonnaire de la société des années 50 (mais la bande lancée dans L'Humanité et soutenue par le parti communiste, n'a jamais eu de contenu politique). Après 1958, Arnal débordé par le succès, cède ses personnages à Roger Mas qui en sera le meilleur continuateur ; son graphisme proche de celui d'Arnal, ses idées inventives se marient fort bien au Pif des années 60 qu'il modernise un peu et adapte à cette nouvelle décennie ; c'est cette période que j'ai connue et que beaucoup de gosses de ma génération ont aimé, car toute une génération a grandi avec Pif et son succès, surtout quand le journal Vaillant est devenu Pif-Gadget en 1969. Le traitement différent de Mas fut d'insuffler un côté plus loufoque et plus insouciant, surtout à l'époque des petits pockets : ces petits magazines de forme carrée se déclinaient en 100 gags courts sur une page à 4 cases, un exercice dont Mas s'est acquitté avec talent, car trouver une chute en 4 cases, c'est pas évident. Tous les autres héros du journal avaient droit à leur pocket, il y avait Pifou-Poche, Placid et Muzo-Poche, Arthur le Fantôme-Poche etc.. aujourd'hui ces pockets sont très recherchés et valent assez cher en bourses. Mas accentue aussi la rivalité de Pif avec le chat Hercule, mais ensuite le chien et le chat s'associent pour les besoins d'un gag ; cette prépondérance fera disparaître longtemps Tonton, Tata et Doudou, et d'ailleurs Hercule aura sa propre bande à partir de 1976. Grâce à son trait vif, Mas gardera longtemps la fraîcheur de Pif, puis en 1967, c'est Louis Cance qui prend le relais où la bande connaît encore quelques beaux jours, avant une trop longue liste de dessinateurs où le personnage, exploité sous de multiples formes et supports, s'affadie et n'est plus que l'ombre de lui-même. Un Studio Pif est même crée par Michel Motti pour faire du Pif à la chaîne, aussi, le manque d'unité, la prolifération de planches inégales finiront par tuer ce petit personnage attachant que j'avais tant aimé. La relance du nouveau Pif-Gadget n'est qu'une manoeuvre commerciale qui n'a jamais retrouvé le charme des années 60 et début 70.
Je suis Cathare
Tiens, je n'avais pas noté cette série. Ayant évolué au fil des lectures, j'ai voulu reprendre mon commentaire... et vlan, je n'en avais en fait jamais laissé ! :) D'abord, j'ai lu tout d'un trait, les 4 tomes. Elles forment un cycle complet, je ne sais pas s'il y aura une suite, mais tout se tient plutôt bien. Bref, lors de ma première lecture, j'avais trouvé le personnage principal plutôt lisse. Maintenant, je le trouve très juste, bien en adéquation avec ce qu'il représente. D'ailleurs, l'ensemble des personnages sont bien campés. Le scénario se tient, un peu fantastique (mais pas trop), sans doute bien documenté et historique. Le dessin est excellent, nous plonge vraiment dans cet univers rude qu'était le moyen âge. La colorisation n'est pas en reste. Bref, si vous aimez (un peu) l'histoire, les intrigues... vous avez une excellent série. Elle me rappelle Murena, même si l'époque est différente, et l'histoire mâtinée de fantastique, j'ai pris un plaisir à m'approprier cette partie de notre histoire.
Nozokiana
Après la lecture de 108 chapitres en version anglaise. Dans cette série, le héros fait l'objet d'un chantage bien particulier orchestré par sa voisine de palier, une sorte d'exhibitionniste lubrique et perverse. Ils devront s'espionner mutuellement à tour de rôle grâce à un trou situé dans le mur séparant leurs deux appartements. Ainsi notre héros n'a d'autre choix que d'accepter que sa voisine joue les voyeuses. Au début, il réprouve ce comportement mais il en vient peu à peu a rentrer dans son jeu éprouvant même un certain plaisir ce qui ne manque pas de le perturber à un point tel qu'il en vient à douter de sa droiture d'esprit et de ses propres sentiments amoureux. Ajoutez à cela qu'il va rencontrer une multitude de jolies filles assez portées sur la chose et qui vont, pour la plupart, tenter de le séduire et vous comprendrez qu'il ne sache plus vraiment où donner de la tête. Toute l'histoire tourne autour des deux principaux protagonistes (le héros et sa voisine) et des tierces personnes qu'ils vont être amenés à côtoyer et qui tomberont inexorablement dans le giron de leurs jeux pervers liés au voyeurisme, donnant au passage bon nombre de situations incongrues, embarrassantes, drôles et souvent émoustillantes pour le lecteur. Pour moi l'ensemble réussit l'essentiel ; à savoir divertir, faire rire et exciter sans jamais tomber dans le vulgaire ou accumuler les scènes de sexe sans queue ni tête car on constate que le scénario développe une réelle histoire d'amour. En fait on oscille en permanence entre comédie romantique et BD érotique. De plus il est fort appréciable de constater que nous avons affaire à des personnages un minimum travaillés ; tous semblent entretenir un rapport anormal avec la sexualité et chacun développe une réelle personnalité éprouvant des sentiments divers et contrastés. En fait chaque nouvelle rencontre permet aux deux personnages principaux d'évoluer psychologiquement. Evidemment il ne faut pas non plus s'attendre à une histoire trop sérieuse et réaliste ou encore à forte intrigue mais on est bien loin de certaines poubelles scénaristiques que l'on trouve souvent dans les séries du même genre. De plus on ressent un réel attachement pour le héros et sa voisine ainsi qu'une irrésistible envie de savoir à quel point va se développer leur relation et jusqu'où vont les emmener leurs jeux pervers. On peut simplement regretter une baisse de la fréquence des effets comiques à partir du milieu de la série ainsi qu'une trop grande utilisation de flash-back au début de chaque chapitre ; alors, certes, ils permettent de connaitre les pensées du héros et ses interrogations ou ses doutes mais cela sonne parfois un peu trop comme du remplissage de deux ou trois pages. J'avoue avoir longuement hésité pour classer dans un genre cette série car ici plus que dans toute autre la limite entre ecchi et hentaï semble bien mince. De ce fait, j'en recommande la lecture uniquement à un public averti car même si l'on ne voit jamais l'objet de tous les plaisirs, on assiste à un grand nombre de scènes très explicites ou de nudité totale. Un mot sur les dessins, d'un style assez classique pour un manga mais très soignés ; avec des personnages esthétiquement très beaux mis en valeur par des formes généreuses (mais pas trop), un habile dégradé de couleurs en noir, blanc, gris ou encore une mise en scène plutôt bien orchestrée et dynamique. Bien sûr les décors paraissent souvent trop épurés mais ce n'est pas ce qu'on recherche en priorité. Bref, pour moi une série qui mérite d'être découverte car non seulement elle est souvent drôle et émoustillante mais elle développe aussi une histoire d'amour avec des personnages assez travaillés et intéressants. L'ensemble devrait certainement plaire aux amateurs de ecchi mais aussi à ceux qui n'ont pas l'habitude du genre car elle constitue un bon compromis entre comédie romantique et lecture coquine. Une des rares du genre à qui je mets un coup de cœur et une note globale de 3.5/5 (4/5 pour la première moitié des tomes et 3/5 pour la seconde).
Le Bleu est une couleur chaude
Alors je fais partie des lecteurs qui ont, ou qui vont découvrir cette BD grâce à la palme d'or obtenue à Cannes pour l'adaptation ciné, "La vie d'Adèle" et franchement je suis content car j'ai découvert une superbe BD ! Je m'arrête d'abord sur le dessin que j'ai trouvé magnifique, il y a un coté très Yslaire, très Sambre et vraiment j'adore, sauf qu'ici c'est le bleu qui est mis en avant, pas le rouge. Cette couleur est d’ailleurs très bien utilisé, du bon boulot et une belle maturité graphique pour cette jeune auteur ! Mais concernant l'histoire de Clémentine, j'ai vraiment été touché par la justesse et la sensibilité de cet album. Alors certes l'utilisation du journal intime à titre posthume, ça rend les choses tout de suite plus sérieuses, mais c'est bien fichu et pas larmoyant. Le déroulement de l'histoire est aussi bien maîtrisé, on suit l'évolution d'une Clémentine, adolescente qui se cherche, qui évolue petit à petit au fil de l'album qui finalement s'accepte et accepte son homosexualité, et c'est cette évolution qui m'a plu, car étant très bien racontée, elle est vraiment crédible, et je me pose vraiment la question s'il n'y a pas un peu (beaucoup ?) de vécu dans cet album... (mais en fait, peu importe !) Une histoire pleine de sensibilité, que je conseillerai volontiers !
Achille Talon
Achille Talon est avec Tintin, Astérix et Lucky Luke, le personnage de BD européenne le plus populaire, le plus traduit et le plus diffusé. Je l'ai découvert vers 1968 dans Pilote, j'avais dans les 9/10 ans, et je ne comprenais pas tout à ses logorrhées légendaires, ce n'est que bien plus tard que je l'ai vraiment apprécié; comme quoi, cette série est souvent considérée à tort pour la jeunesse, elle s'adresse à des ados et des adultes ayant une certaine culture. Il faut dire que Pilote était plus un journal pour ados que pour enfants. Obèse au nez volumineux, Talon est le type même du quadra bourgeois, insupportable par sa suffisance et sa redondance, le Français moyen têtu et imbu de sa personne, égocentrique, individualiste forcené, vaniteux, ayant un avis sur tout, qui accumule les erreurs. Mais son aptitude verbale inépuisable, inondant ses interlocuteurs d'un flot de paroles, cette éloquence ampoulée et cette façon de s'exprimer délicatement désuète mais ironique, dans des bulles souvent plus grosses que lui, sont véritablement la carte de visite du personnage. La boursouflure même du dialogue demeure l'un des principaux procédés comiques de la bande, le véritable trait de génie de Greg, pro de la réplique. Greg lui façonne un petit monde bien à lui : un pavillon coquet en banlieue résidentielle, un voisin agaçant, une fiancée snob (la délicieuse Virgule de Guillemet), un père amateur de bière, et une maman gâteau qui lui mitonne des petits plats, sans oublier l'épisodique commerçant avare Vincent Pourcent. Mais ses deux partenaires principaux sont Alambic-Dieudonné-Corydon Talon, dit Papa-Talon, insatiable décapsuleur de canettes qui essaie de comprendre les idées mirifiques de son Chichille, et surtout Hilarion Lefuneste, le voisin irascible, crispant et sournois, petit vachard à lunettes et à la casquette vissée sur le crâne, dont les empoignades verbales avec Achille sont homériques et follement drôles. L'activité du héros n'étant pas clairement définie, il occupera un temps le statut de héros du journal Polite, où Greg utilise comme élément comique la rédaction d'un journal ressemblant bien évidemment à Pilote, et où il caricature avec drôlerie ses collègues Goscinny en petit homme hargneux, et Charlier en ventripotent mangeur de sandwich. A travers cet archétype de Français moyen qui pérore, et qui balaie les ennuis d'un "bof" négligent, Greg a réalisé une satire malicieuse de l'univers petit bourgeois des années 60 et 70, usant de beaucoup de finesse psychologique. Cette Bd est un incontournable de la BD de papa, dont certains gags malgré leur âge, ont encore un certain effet, surtout dans les types de personnages (des casse-pieds, des crétins, des m'a-tu-vu...il y en aura toujours). Ma note est forcément élevée, mais pour l'achat, seuls les albums de gags sont à recommander, les récits longs étant moins réussis. Hop !
Jhen (Xan)
Contrairement à certains posteurs qui disent du bien de cette série qu'ils ont lu enfant, moi je l'ai lue étant déja adulte et connaissant parfaitement l'histoire de Gilles de Rais; lorsque j'habitais encore La Rochelle, nous allions en famille visiter le château de Tiffauges en Vendée, situé à peu près à une centaine de km; c'était une belle ruine mystérieuse avec un je ne sais quoi d'étrange qui m'avait intrigué, j'ai cherché à me documenter sur ce personnage et j'ai su tout ce qu'il fallait savoir : c'était vraiment effrayant. Aujourd'hui, Tiffauges, grâce au renouveau de l'intérêt pour la culture, l'Histoire et le patrimoine, a été complètement transformé et livré à la multitude avec baraques à frites et autres démonstrations de chevaliers (en été, il reçoit entre 300 et 500 personnes par jour), alors fini le mystère et les murs noircis par les messes noires de Gilles, Si vous voulez voir cette forteresse, évitez l'été et les vacances scolaires. En 1978 quand j'ai découvert cette Bd dans les pages du Nouveau Tintin, j'ai bien-sûr été enthousiasmé par le propos. Ce jeune tailleur de pierre, Jhen Roque qui devient l'ami de Gilles de Rais avait quelque chose de troublant. Les relations entre eux vont devenir fraternelles autant qu'ambiguës, leurs routes se croisent sans cesse; en fait, Jhen donne son titre à la série et sert de lien à tous les épisodes, mais le véritable héros central, même s'il n'est pas toujours présent, est Gilles, personnage charismatique à souhait, bien qu'effrayant et sombre en raison de ses turpitudes nocturnes. Ce grand seigneur surnommé Barbe Bleue (et dont Perrault s'inspirera pour son célèbre conte), est présenté ici comme un tueur d'enfants, probablement le premier pédophile de l'Histoire, un personnage bien réel qui se livrait à des atrocités sanglantes dans ses nombreux domaines comme Tiffauges, Pouzauges ou Machecoul. Cependant, les allusions sont discrètes, la série étant destinée à un public très large mais plutôt jeune. Ce thème d'une grande richesse permet au Jacques Martin scénariste de brosser une fresque médiévale de grande qualité, en faisant évoluer côte à côte des personnages fictifs et réels (on y voit aussi le roi Charles VII, sa favorite Agnès Sorel, le dauphin, futur Louis XI). Martin devient ici un formidable conteur qui ne lésine pas sur le détail historique, et qui étrangement, parvient à rendre sympathique le trouble Gilles de Rais. Il a trouvé en Jean Pleyers un partenaire idéal pour cette série passionnante; son graphisme est très inspiré de l'école belge et très voisin de celui de Martin, il culmine en de somptueuses reconstitutions de châteaux et décors moyenâgeux s'appuyant sur une solide documentation, qui ne peuvent que plaire à l'amateur d'histoire médiévale que je suis. L'effort est aussi porté sur les costumes et les armures (les étendards de l'ost, la suite royale à Chinon...). J'ai toute la collection et je prends toujours plaisir à la relire. A noter qu'elle s'est d'abord appelée "Xan" (le héros s'appelait Xan Larc) dans les deux récits diffusés dans Tintin (L'Or de la mort, et Jehanne de France) sous l'égide du Lombard, mais Martin se disputant avec la plupart de ses éditeurs, la série arrive alors chez Casterman sous le nom de "Jhen".
Olivier Rameau
Quand j'ai découvert cette jolie série dans le journal Tintin en 1968, ça m'a tout de suite émerveillé par son univers onirique. Je sortais d'une lecture d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, et ça m'a immédiatement transporté dans un monde similaire, mais en mieux. L'arrivée des héros, Rameau, Pertinent et Colombe (alors secrétaire d'un lapin facétieux, clin d'oeil à Alice ?) à Hallucinaville, capitale du pays de Rêverose, est fantastique, car les 2 hommes venant du Vrai-monde-où-l'on-s'ennuie (le nôtre), sont alors l'objet de la curiosité des étranges Rêverosiens. Cette cité semble sortie d'un conte de fée, un lieu enchanteur où tout n'est que joie et gaieté, et fait penser à bien des égards au film Le Magicien d'Oz. Ce petit monde merveilleux où tous les maux de notre société n'existent pas, va séduire les héros qui vont se lancer ensuite dans des aventures à travers des mondes étranges. Les idées originales de Greg et les dessins grâcieux de Dany ont fait de cette bande un petit chef d'oeuvre de poésie et de surréalisme qui rejoint l'univers de Philémon. Greg et Dany ont crée un monde parallèle cohérent où règnent l'absurde, l'humour et le bonheur, un univers joyeux qui n'en rend notre monde que plus futile, matérialiste et insignifiant. Dany, après des récits complets dans Tintin, va atteindre avec cette série une vraie maturité graphique, avec son trait plein de fraîcheur et coloré où ses héroïnes, Colombe en tête, sont extrêmement aguichantes, une véritable audace en cette fin d'années 60 dans un journal jeunesse. Ses trouvailles sont amusantes, comme les champs de sucettes, l'oiseau Razibus, les Poyotouffus, le parcours délirant de l'omnibus... il se régale aussi à croquer une galerie de monstres farfelus et hideux dans l'épisode La Caravelle de n'importe-où, mais un élément essentiel du succès de la série est dans la brochette de personnages qu'il brosse avec saveur au fil des années (le Grand Pas Sage Ebouriffon, les Ziroboudons, Grinssan de Samenkeduile, le lion Majestor, Olga la dompteuse, la Cloche aux raisonnements tintants, Pazunbrin l'épouvantail, le Nain de jardin avec sa brouette....). Les confrontations avec notre monde, notamment dans Le Grand Voyage en Absurdie, et L'Oiseau de par-ci par-là permettent à Greg de dégainer une salve de situations cocasses en forme de satire amère de notre société. Le contraste est très marqué, c'est un peu les gentils rêveurs qui aiment la nature contre les méchants citadins de notre monde qui polluent la planète, bref une sorte de manichéisme à peine voilé que Greg cache sous le couvert de l'humour avant tout. Pour l'achat, je recommande plutôt les 8 premiers albums qui sont formidables, je n'ai pas lu les suivants, j'ignore si la qualité est encore là.
Tif et Tondu
Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours attaché à cette série indémodable, je l'ai découverte dans un recueil Spirou (alors que je n'étais qu'un lecteur occasionnel de ce journal) avec l'épisode "l'Ombre sans corps", et depuis, je ne l'ai plus lachée, je possède toute la série depuis l'album n°4 jusqu'au dernier scénario de Desberg (les périodes Rosy, Tillieux, Desberg étant les meilleures). Cette bande créée en 1938 par Dineur n'a cessé qu'en 1997, c'est dire si elle a marqué le journal Spirou en résistant aux années, aux modes et aux transformations sans prendre une ride pendant plus de 60 ans. Au début, il n'y avait que Tif, Tondu n'apparaissant que plus tard, et le ton était vraiment fantaisiste; de plus, le dessin n'était pas joli, plutôt grossier comme c'était courant chez les dessinateurs d'avant-guerre. En 1949, le dessin est confié au jeune Will, élève de Jijé, qui en rajeunit et en modernise l'aspect, même si son graphisme ne cherche pas les effets, mais il est efficace et convient parfaitement à ce type de bande semi-réaliste. Ce lifting est bénéfique, car les lecteurs apprécient déja ce sympathique duo de détectives amateurs, dont l'intérêt réside dans l'opposition des 2 héros : d'abord par le fait que Tondu soit le chevelu hirsute et barbu, et Tif le chauve; ensuite Tondu est plutôt actif, c'est le sérieux, celui qui décide, tandis que Tif est le jovial gaffeur, râleur parfois insupportable, attiré par les femmes, bref, le comique de service, mais qui peut s'avérer fonceur dans Tif et Tondu à New York ; pourtant, il n'est pas le faire-valoir de son acolyte, tous deux sont complémentaires, un peu comme Astérix et Obélix ou Tintin et Haddock. La période Dineur, il faut donc l'oublier, c'est à partir de 1955 que la bande va vivre ses plus belles années lorsque Maurice Rosy crée le redoutable Monsieur Choc, sorte de Fantômas moderne, élégamment vêtu d'un smoking et de gants blancs, le visage dissimulé par un heaume, c'est le plus implacable ennemi qu'ait eu à combattre le duo de détectives. En même temps, quand on y pense, il y a un côté théâtral et ridicule dans ce personnage, totalement invraisemblable aujourd'hui, mais à l'époque, les méchants étaient comme ça et on l'acceptait. En 1968, c'est Maurice Tillieux qui prend le relais de Rosy ; la série est encore dans une grande période. Comme il le fit dans Gil Jourdan, Tillieux accentue le caractère policier des histoires, et frôle le fantastique où le mystère et l'angoisse dominent ; les titres des albums sont explicites (l'Ombre sans corps, Contre le Cobra, le Roc maudit, Sorti des abîmes, les Ressuscités, le Scaphandrier mort, un Plan démoniaque, le Retour de la Bête), l'esprit des récits apparaît sans ambiguïté, le lecteur devine où les auteurs vont l'emmener. Nos deux héros deviennent dans cette période des détectives traditionnels et côtoient parfois leur ami Ficshussett de Scotland Yard. En même temps, ce sont deux vieux garçons, et la série contient peu de femmes, Tillieux leur adjoint parfois une blonde compagne, la délicieuse comtesse Amélie d'Yeu dite Kiki. Après la mort de Tillieux, son assistant Stephen Desberg intervient en 1978 avec le Gouffre interdit, apportant un ton nouveau, fantastique mais aussi plus en phase avec l'actualité (voir les épisodes Swastika ou les Phalanges de Jeanne d'Arc) ; pour ses grands débuts, Desberg tentait des choses nouvelles, c'était encore bien. En 1991, Will passe la main à Sikorski au graphisme plus moderne et à des scénarios de Lapière peu inspirés, beaucoup de lecteurs se sont alors détournés de la série, moi le premier. Le charme est rompu. Mais les aventures palpitantes de ces deux héros, qui peuvent être cataloguées pour la jeunesse, sont plus subtiles qu'il n'y paraît, ça plaît aussi aux adultes, et je prend encore beaucoup de plaisir à les relire. Un classique incontournable de la BD franco-belge.
Le Bois des Vierges
Après mon avis louangeur sur Les Sentinelles, voilà le deuxième album des éditions Robert Laffont que je découvre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur a misé juste quant à la qualité impressionnante de ces deux nouvelles séries… L’histoire, déjà largement présentée, est très bien construite et rythmée. Le récit ne souffre d’aucun temps mort et, personnellement, je n’ai pas ressenti comme déroutant l’abondance de personnages, protagonistes dans ce conflit hommes/bêtes. Au terme de cet opus introductif, déjà bien dense, le plaisir de lecture ressenti est vraiment présent et la suite se fait d’ores et déjà attendre. Les dessins et couleurs constituent l’autre atout majeur de l’album : c’est tout simplement magnifique. Le rendu graphique des bêtes est carrément confondant ! Une petite mise à jour s'impose... Depuis 2008, de l'eau a coulé sous les ponts, Robert Laffont a arrêté son catalogue BD et Delcourt a suivi l'édition de cette série en trois tomes. A la fermeture du dernier album, je descends ma note à 3/5. La série est sympa à lire, le rythme est fluide et le récit pas mal exploité mais la qualité décline un peu sur les deux derniers albums. Le trait et la colorisation restent très réussis. Au final, cette série est réussie et mérite une lecture.
La 27e lettre
Attention, chef d'oeuvre ! Cet ouvrage fait partie de la trilogie Will/Desberg avec, auparavant, Le Jardin des désirs ( 1988 ), et ensuite L'Appel de l'Enfer ( 1993 ). Avec un Desberg au scénario, à la fois coquin ou tendre, avec son humour décalé, et avec un Will au dessin, au sommet de son art. Il a dû aimer les femmes pour les dessiner aussi attrayantes... Bon, la perfection n'existant pas en ce (bas) monde, je me contenterai donc d'une note de 4,5/5... La trilogie a depuis été rééditée en intégrale. A se procurer, toutes affaires cessantes. Will, un dessinateur, et un peintre bien trop méconnu... A qui s'adresse cette trilogie ? A ceux qui ont déjà eu affaire à l'âme insondable féminine...