Les derniers avis (9623 avis)

Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Eaux de Mortelune
Les Eaux de Mortelune

Je ne sais si je peux chroniquer cette série car je n'ai lu que les 5 premiers tomes (8 tomes, 9 tomes ?) mais ces albums je les ai lus et relus et cet univers s'est vraiment imprimé dans mon cortex cérébral. C'est une œuvre très noire (malgré ses couleurs pâles et acidulées typiques des années 80) voire malsaine. La cour du prince de Mortelune ne valant pas mieux que le peuple. D'un côté nous avons les aristocrates cyniques et cruels (le mot est faible) passant le plus clair de leur temps à partouzer (avec des monstres, des enfants...) et à organiser des sortes de chasses à l'homme dans la ville dévastée. Et de l'autre le peuple et autres gueux qui se mangent littéralement entre eux (bon les aristos sont également cannibales... ). En dehors de Nicolas l'autiste rêveur et du nain de la taverne tout le monde est mauvais et cynique. L’héroïne qui pourtant est prostituée par son père le boucher n'hésite pas à passer du côté du prince et entretient une liaison avec lui. Elle tombe même amoureuse de cette ordure délicate et cruelle. Car c'est très subtil dans l'écriture, les personnages révélant une réelle profondeur derrière leurs pires aspects. Tout le monde ou presque est abject mais au fur et à mesure des albums on développe une réelle empathie pour eux car on apprend à les connaître. Et l'histoire est vraiment passionnante (du moins dans ces 5 premiers albums après je ne sais pas). Ce que j'aime également dans cette série c'est la magie présente derrière l'horreur et le dégoût des situations et des personnages qui du coup ressort beaucoup plus intensément (les réserves d'eaux sous le palais de Mortelune, la personnalité de l’héroïne et sa relation avec le prince, le personnage de Nicolas son petit frère). Un peu comme la série Face de Lune de Boucq et Jodorowsky. De plus le dessin d'Adamov est de très grande qualité. Sa représentation d'un Paris dévasté est à couper le souffle (Notre Dame, Le Sacré Coeur, le métro... mais ensevelis sous des gravas ou de la végétation). C'est pratiquement une reconstitution historique. C'est très très fort. Bref je recherche activement les tomes suivants (qui parait-il sont de moins en moins bons scénaristiquement parlant ), plus oniriques et fantastiques.

01/05/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Silence
Silence

Silence ... Que dire de plus sur cette oeuvre culte de la bd franco-belge période à suivre ? Rien. Tout a été dit. J'ai été bercé par cette oeuvre magistrale depuis tout petit et sa relecture est toujours un plaisir où l'on se laisse porter par l'ambiance envoûtante de sorcellerie campagnarde. Les jeunes lecteurs pourraient être rebutés par le graphisme très particulier de Comes, ses visages étranges statiques et froids (tel un mélange de serpents et de chats) assez datés c'est vrai, mais ça serait passer à côté de la superbe magie triste qui imprègne cette oeuvre. Certaines pages sont sublimes (en particulier celles avec le sorcier " la mouche" et celles du crapaud).

01/05/2013 (modifier)
Par jul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Poissart (Les Damnés de la terre associés)
Les Poissart (Les Damnés de la terre associés)

Ah les damnés de la terre de Tronchet. Une bd culte pour moi. Un bijou d'humour noir très très méchant, cynique et paradoxalement très humaniste. Car on les aime ces damnés de la terre. Le graphisme est moche (on reconnait tout de suite le style moche inimitable de Tronchet). Les couleurs sont moches. Les personnages sont moches (cons, pathétiques mais gentils ! ... les pauvres ils ne se rendent pas compte). Tout est à pleurer (dans tous les sens du terme): la vieille qui fait le tour de sa maison comme un parcours réglé à la minute (parce qu'elle se fait chier), puis elle se pend à son téléphone ... la famille Poissard qui se met sur son 31 pour recevoir les gens de la télé alors que c'est une équipe cynique genre l'émission " strip-tease. Le mec qui deprime en repensant aux réveillons passés avec sa compagne (très moche) à la "superbe" cafeteria ripou du coin. Et puis le mec au bec de lièvre qui repense aux 2 femme de sa vie qui ont "parcouru" sa misérable vie : une gamine (qui passait juste devant lui) quand il avait 10 ans, puis à l'âge adulte il croise le regard d'une femme dans la vitre du train. Puis vieux une gamine qu'il serre trop fort et qu'il tue pensant retrouver son "amour" de jeunesse ... C'est atroce !!! Mais c'est très très drôle si vous n'êtes pas allergique à Tronchet. Aussi bon que Jean Claude Thergal mais encore plus noir et cynique.

30/04/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Roi des Mouches
Le Roi des Mouches

Le roi des mouches, difficile de parler d'une œuvre qui dépasse le cadre de la simple BD se jouant des règles de la narration, des cadres figés et des phylactères pour employer le recours plus subtil de la mise en scène cinématographique. Mais attention, il n'est pas question d'une histoire linéaire, ni de scènes d'action ou d'un découpage emprunté au média des salles obscures... Il s'agit d'une sensation de flottement, de jeux de mots, de situations brutes et abruptes de films sensoriels et cyniques comme Donnie Darko, Lost Highway ou effectivement des Lois de l'Attraction... On y parle d'une banlieue aisée mais paumée de l'Allemagne ressemblant curieusement aux vignettes figées des années 50 américaines, de personnages humains avec leurs piètres qualités et leurs défauts ou plutôt devrais je dire vices tant la recherche désespérée de l'amour et de l'American Way of Life est structurée autour du sexe par absence de sentiments, de recours à l'alcool ou d'ectasy pour oublier l'ennui du quotidien. Tout s'axe autour de Eric Klein, vieil ado ou jeune adulte ne sachant par où mener sa vie reposant sur des magouilles, des plans cul et le gain de l'argent... Ses errements l'amènent à croiser la route de personnes tout aussi dérangées que ceux de Blue Velvet de David Lynch, un beau père appâté par le gain de sa mère, Ringo, joueur de bowling violent et névrosé, Sal, la belle plante qui se joue de son physique et Marie, seule lueur d'espoir et de fulgurance vite ternie par son entourage... Tout ce beau monde se déchire, baise, se déteste, bref vit violemment et de façon négative mais évolue au travers différentes petites histoires ou le narrateur change, où l'on se croise dans le passé, le présent, le futur et même au travers du point de vue d'un personnage squelette mort et contemplatif complice du lecteur de tout cette micro-société hardcore. Noir, c'est noir il n'y a guère d'espoir mais on se plait à suivre le quotidien de tous ces personnages paumés dont une tragique fête d'Halloween racontée en début de tome va scier tous les destins... Le dessin est magnifique, les couleurs sublimes et si on se sent aussi bien à l'aise malgré la noirceur ambiante c'est qu'on y retrouve une part de soi-même dans cette vie rêvée des Anges qui choque et s'entrechoque... Rares sont les ouvrages d'une telle ampleur raisonnant encore une fois les pages refermées. Une fois les histoires assemblées et imbriquées l'une dans l'autre, on y retrouve un kaléidoscope d'une cohérence exemplaire et pertinente parfaitement maitrisée. On sent bien que les auteurs savent exactement là où nous amener et sans faute de style. Pour public averti mais réellement indispensable. Il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde mais une fois passé la surprise de la narration par cartouches et la mécanique de la lecture adoptée, il est difficile de s'en remettre ni de lâcher le bouquin. J'ose espérer qu'il ne faudra pas attendre 4 ans supplémentaires pour connaitre la suite et j'applaudis vivement une telle audace littéraire. Tous les amoureux de Ghost World et de Donnie Darko dont pas mal de clins d'oeil discrets sont adressés devraient se plonger sans plus attendre dans ces deux bouquins aux couvertures sobres et magnifiques. Update 2013 : Le troisième et dernier tome attendu de la série sur laquelle j’ai jeté tant de superlatifs est enfin arrivé entre mes mains fébriles un samedi frileux de janvier… Histoire de bien m’y replonger et de ne perdre aucune subtilité du récit, je me suis replongé à nouveau dans ce récit noir, telle une immersion dans un étang boueux et sans fond sans véritable appréhension. Chaque aspérité initiale m’apportant à nouveau l’ivresse que j’étais venu quérir a parcouru mon échine le temps de cette redécouverte en terrain connue, la surprise en moins, la délectation en plus… En plus… tout du moins pour les deux premiers tomes… car le troisième, s’il comporte toujours d’aussi jolis dessins et de passages oniriques, a failli me noyer… Me noyer sous des torrents de boue constituée de mots lourds et parfois même vides de sens… Un comble… Eric Klein est toujours ce pantin bouffé par sa famille, sa libido et les drogues qu’il ingère… Son état végétatif nous est ainsi balancé sous une forme quasi imbuvable, ne distinguant plus la réalité de son imagination…. Ce qui rend la lecture parfois hautement risquée et casse-gueules… La conclusion n’est pas non plus à la hauteur de mes attentes et croyez-moi j’en suis le premier véritablement déçu car au final j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris sans en avoir pris le même plaisir manifeste qu’aux deux premiers tomes…. Et pourtant, je m’y étais préparé, lisant et relisant Hallorave et l’Origine du Monde et en espérant la bible manquante pour recréer ma sainte Trinité pour au final me faire balancer comme le pantin que je suis, le lecteur passif qui a eu toutes les peines du monde à achever cette lecture dans la douleur… Finalement je baisse ma note d’un point dans l’attente d’une relecture ou d’une explication un tant soit plus rationnelle. J’ai l’impression d’être passé au travers, la délectation en moins et la surprise ou plutôt l’incompréhension en plus… Cette œuvre est toujours aussi belle mais elle est devenue exigeante avec le temps, preuve de toute évidence qu’il fallait bien en finir un jour mais j’aurais aimé que cela soit par la plus grande des portes de sortie. Le Roi des Mouches conserve finalement une grande partie de ses mystères…. J’ose vraiment croire que ce troisième tome de conclusion ne reste pas hermétique longtemps que je puisse redonner la plus belle des notes comme initialement, celle du grand coup de cœur de la bd franco-belge que Messieurs Pirus et Mezzo m’ont offert…. C'est aussi avec ses défauts qu’il se faut d’accepter cette œuvre unique et insaisissable… Un trip inoubliable dans tous les cas...

05/11/2008 (MAJ le 29/04/2013) (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Innocents coupables
Les Innocents coupables

Avec cette nouvelle série en trois tomes, Galandon affirme une nouvelle fois son intérêt pour l'enfance, et la façon dont les enfants sont perçus à différentes époques. Ici il nous emmène sur les pas de jeunes délinquants envoyés en colonies pénitentiaires agricoles, plus ou moins l'équivalent de ce qu'on appelle de nos jours les Centres éducatifs fermés... Un monde sans pitié, où les petits caïds font déjà leur loi, où les brimades succèdent aux punitions et aux sévices. Les quatre enfants que nous suivons ont chacun une blessure secrète, un mystère, une motivation cachée. Galandon construit bien sa mosaïque, permettant d'avoir de l'intérêt pour chacun des quatre. Le parallèle avec la série Prison Break n'échappera à personne, il est même assumé, mais amené de façon assez subtile. Le second tome apporte une dimension de plus, entre des révélations sur le passé de certains des "colons", et des personnages secondaires de plus. La fin du triptyque propose un renversement des postures, et un dénouement plutôt bien amené, même si je le trouve un peu candide. Le récit bénéficie du dessin d'Anlor, jeune dessinatrice qui livre ici ses premiers albums. Son trait presque réaliste est plus qu'intéressant, même s'il manque un peu de maturité par moments. J'ai par exemple du mal à distinguer deux des enfants qui se ressemblent beaucoup, sur le plan physique, sans que cela gêne véritablement ma lecture. Dans le second tome sa progression est déjà visible : il y a plus de profondeur dans le traitement des couleurs, et le dessin se durcit, il est moins rond. Le troisième tome confirme que la dessinatrice progresse très vite, même si j'aurais aimé un trait plus noir, un peu moins rond. C'est un triptyque intéressant, sur un sujet de société qui revient à la mode, si j'ose dire, et traité avec beaucoup de pudeur et d'intelligence. A lire.

15/03/2011 (MAJ le 28/04/2013) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Notre seul ami commun
Notre seul ami commun

Boris Mirroir, alias la Tête X de chez Ottoprod ou encore Bengrrr (coloriste pour James) replonge dans plusieurs épisodes douloureux de sa jeunesse avec ce triptyque. En partie romancé, animé par des personnages à têtes d'animaux, c'est une lecture symbolique et fantasmée de l'époque où le jeune homme perdit sa mère, victime d'une longue maladie, comme on dit. Boris sort de l'adolescence, boit des bières, joue aux jeux video, va vivre le stade terminal de la maladie de sa mère, essayer d'obtenir son diplôme des Beaux-Arts... Il va faire des rencontres, déterminantes ou pas... Bref, un parcours initiatique, avec ses moments heureux et ses moments tragiques. Le récit est en partie muet, Boris traverse cet épisode dans un état second semble-t-il, et il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l'aspect psychanalytique des images. La construction est elle aussi particulière, c'est un gaufrier en 3x2 cases, dont l'auteur sort parfois, et notablement à la fin du premier tome. Le style est assez simplifié, épuré, ce qui n'empêche pas Boris de mettre des détails un peu partout. Ses ambiances sont différenciées, apportant un support supplémentaire aux émotions. Le récit est construit autour de trois personnages, dont deux se rencontrent dès ce premier tome, alors que le troisième apparaît de façon intermittente, avant de croiser la route des deux autres, séparément, dans le troisième. Dans le second tome il y a nettement plus d'émotion. En même temps que Boris essaie de construire sa vie de jeune homme, sa vie familiale bascule et son quotidien est immédiatement bouleversé. J'ai trouvé ce second tome plus prenant que le premier, et même si je l'ai lu plus vite, car imprégné de la technique de Boris Mirroir, je n'en ai pas moins apprécié sa lecture, qui me permet de réhausser ma note d'un cran. Le troisième est du même tonneau, là encore ça bascule, entre épisodes heureux et dramatiques. J'imagine que Boris a dû avoir beaucoup de mal à réaliser ces pages, même si cela a peut-être revêtu une forme de catharsis, près de 20 ans après les évènements. Et ce troisième tome se termine... d'une façon brute, si j'ose dire. De quoi finir sa lecture plutôt secoué... On comprend dans le second tome (et encore plus dans le troisième) qui est ce seul ami commun dont parle le titre, ce personnage qui intervient de façon ponctuelle, rappelant à Boris l'ironie de la vie, les coïncidences malheureuses et sa propre mortalité. C'est émouvant, l'auteur réussit à faire passer beaucoup d'émotion dans un récit presque muet. L'ensemble n'est franchement pas rigolo, ne lisez pas ça un jour de pluie. Mais la posture adoptée, une histoire en partie allusive et elliptique, permet à l'auteur, du moins on l'espère, d'évacuer ces traumatismes, et d'enfin entrer dans son âge d'homme. Un petit mot sur les couvertures, qui ont leur importance. On y voit Boris dans la même attitude, dans l'attente -probablement entre anxiété et trouille mortelle-, tenant dans sa main une boisson, dont l'évolution n'est pas innocente : bière, whisky, café. Sur la troisième couverture, Boris n'a plus sa sempiternelle clope au bec. Les titres ne sont pas anodins non plus, ils indiquent, avec l'image symbolique d'un animal, le signe sous lequel est placée la période considérée. Gros travail sur le symbolisme donc. Un triptyque que je n'oublierai pas de sitôt.

09/03/2013 (MAJ le 28/04/2013) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dernier Cathare
Le Dernier Cathare

Une sacrée découverte que voilà... Je m'attendais à une énième série historico-ésotérique comme il en sort à la pelle chez un certain éditeur toulonnais. Pourtant la -relative- sobriété des couvertures est un indice. En effet très vite on se rend compte que ce récit a été placé sous le sceau de la véracité. Un jeune troubadour (probablement le seul élément romanesque) se retrouve au coeur du destin des Cathares, ces hérétiques que l'Eglise romaine cherche à éradiquer en ces premières années du XIIIème siècle. L'histoire des Cathares a fasciné nombre d'auteurs, et leur fin, dont la corollaire est la recherche d'un trésor, encore plus. Mais rares sont ceux qui ont réussi à en faire un récit sans fioritures. C'est le tour de force qu'a réussi Arnaud Delalande, historien spécialiste de cette période, qui passe avec succès du roman au scénario de bande dessinée. Ici pas de place pour le romantisme, pour le grand spectacle pour le grand spectacle. La croisade contre les Albigeois est sale, sans pitié, et emporte tous ceux qu'elle trouve sur son passage, qu'ils soient Cathares ou Catholiques, adultes guerriers ou enfants. Que leur rôle soit mineur dans l'histoire/Histoire ou qu'ils soient comtes. Mise à part la "chance" dont profite Escartille, tout me semble crédible. J'ai trouvé ça passionnant, même si le second tome est un peu lent. Dans le troisième, où l'on fait un bond dans le temps, le récit se recentre sur l'intrigue principal, autour d'Escartille de Puivert, et de ce fameux trésor, dont la nature pourrait bien faire vaciller les certitudes... Eric Lambert est peut-être le dessinateur idéal pour cette histoire. Sa sensibilité graphique pour le Haut Moyen-Âge est évidente, et le soin qu'il apporte dans les costumes et les décors (Béziers et Carcassonne sont magnifiques) est admirable. Je serai un peu plus réservé quant à l'anatomie des personnages, pas toujours parfaite, et le visage d'Escartille, qui manque d'expression, mais l'ensemble est vraiment beau, tout simplement. Il serait dommage que cette série continue à passer inaperçue, car elle est vraiment très plaisante à lire et fort intéressante. A priori elle se terminera en 4 tomes, ce qui est une bonne nouvelle pour une série historico-mystique.

19/09/2011 (MAJ le 27/04/2013) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Horacio d'Alba
Horacio d'Alba

Une série qui sent bon. On apprend des choses d'abord : qu'en Italie, au XVIème siècle, les petits princes décidèrent soudain d'arrêter les bains de sang, confiant le règlement de leurs conflits à des mercenaires duellistes. Cette pratique, discutable à différents niveaux, se propagea visiblement jusqu'aux querelles entre concurrents commerciaux, comme l'illustre la scène de duel qui ouvre l'album. Que certains cardinaux attendaient la fin du pape en place pour avancer leurs pions et favoriser, par tous les moyens y compris les pires, leurs intérêts. Que le jeu des alliances a toujours été très mouvant... Ceci dit ce n'est pas tout à fait un scoop. Mais au-delà de l'aspect pédagogique, le scénariste propose de suivre la trace de deux personnes, liées par le sang, mais opposées à cause d'un drame intime et ancien. Lequel est le bon, lequel le méchant ? Qui a tort, qui a raison ? Difficile de prendre parti, même si en nous faisant suivre Horacio, Le Gris nous livre plus d'éléments le concernant. Cela permet à son fils de surgir presque sans prévenir pour jouer un rôle déterminant dans le destin d'Horacio. Le tout est finement amené, sans temps morts malgré quelques jolies scènes contemplatives, et l'on ne lâche pas la lecture, du moins dans les deux premiers tomes. Le deuxième prend une dimension à la fois intime et épique, puisqu'un évènement tout "con" prend des proportions inattendues, et va renverser la posture des académies de duellistes par rapport à la République et à ses ennemis. cet échiquier semble très complexe, mais beaucoup de choses s'éclaircissent dans le deuxième tome. Nicolas Siner est une chouette découverte. Son style réaliste, un peu dans le sillage de celui d'Alex Alice ou de Mathieu Lauffray, est superbe. Sa technique me semble presque sans faille et mature, et même si un petit effort doit être fait sur les cadrages et certains visages, c'est difficile de lui trouver un véritable défaut. A suivre de près. J'espère qu'on n'attendra pas deux ans avant d'avoir le tome 3, cependant...

12/04/2011 (MAJ le 27/04/2013) (modifier)
Par herve
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une petite tentation
Une petite tentation

Parue initialement sous le titre du "Sourire de la baby-sitter" chez Soleil il y a trois ans -avec seulement 2500 exemplaires vendus-, la première partie de ce récit a entièrement été refondue et nous retrouvons, cette fois-ci, sous le label de Vent d'Ouest, le récit complet sous un format assez original et surprenant avec cette fois 148 pages d'une histoire complète. Avec ce nouveau découpage et un nouveau rythme, les auteurs espèrent trouver un nouveau public. Pari réussi, car si j'étais passé à côté de la précédente édition à l'époque (j'achète de moins en moins de série -même courte- et je privilégie les one shot), cette histoire m'a tout de suite séduit. Depuis quelques années, je suis de près les bd signées Jim (Petites éclipses et surtout Une nuit à Rome figurent dans mon Panthéon des bd inoubliables) et, avec cet album, Jim nous offre une histoire amusante, originale et surtout rafraichissante. J'ai littéralement dévoré les aventures de Calista et d'Anna qui se lancent un défi de taille : celui de virer la femme de Jean, chez qui Calista fait du baby-sitting, pour s'emparer de l'appartement de 160m2, accessoirement du mari, et de la belle vie attenante... Avec ce scénario certes classique, on pourrait s'attendre à une bd classique mais Jim sait doser les surprises, et elles ne sont pas les moindres dans ce récit. Je ne vous en dit pas plus. Sur un dessin assez proche de l'univers du manga, vers lequel je ne suis pourtant pas porté, cette bd se lit avec grand plaisir et se dévore avec délice. Que demander de mieux ? Pari réussi, donc, pour les auteurs.

26/04/2013 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Millenium
Millenium

Après le succès de la série de romans, les adaptations TV et cinématographiques, voici la version BD. Autant dire que celle-ci était attendue au tournant, tant le phénomène et le succès mondial de cette série du défunt romancier suédois Stieg Larsson perdure depuis 8 ans déjà. J'ai pour ma part lu les romans et vu la trilogie ciné de Niels Arden Oplev et Daniel Alfredson. J'avais adoré les romans ; j'avais apprécié cette version ciné, avec des acteurs bien choisis qui rendaient grâce à Lisbeth et Mikael Blomkvist, les piliers de cette saga, même si je l'avais trouvée en dessous des romans. Alors ? Le passage à la BD, ça donne quoi ? Ba ça donne carrément ! Tout d'abord, le découpage du récit est efficace et rend complètement la trame originelle construite par Stieg Larsson. Et puis, ce que j'ai apprécié dans le travail de réécriture c'est qu'on échappe à une voix off bavarde et omniprésente pour coller à celui- du roman. Là, tout est fluide, les dialogues tiennent la route et font honneur à la construction d'orfèvre du romancier. Et puis, ce n'aurait été une réussite complète sans un dessin qui n'aurait su capter cette ambiance scandinave et restituer les personnages si caractérisés et caractériels qui composent cette sombre tapisserie tissée de main de maître. C'est là que je découvre le travail de José Homs. Wow ! J'adore ! Rien que pour le personnage de Lisbeth qu'il a si bien su saisir et restituer. Son coup de crayon et sa colorisation donnent au récit toute sa crédibilité. Fouillé et très réaliste pour les décors ; entre réaliste et caricatural pour les visages ; tout cela donne beaucoup d'expressivité et marque le ton et la dramaturgie du récit formidablement. Mention spéciale sur le travail des lumières et des ambiances que j'ai adoré. Bref, j'espère que la suite de cette adaptation suivra le même chemin et sera d'aussi bonne facture pour notre plus grand plaisir. A découvrir pour ceux qui auraient eu la flemme de se taper les 3 pavés de chez Actes Noir, ou à redécouvrir pour les amoureux de cette série de romans et de polars nordiques de façon plus générale.

24/04/2013 (modifier)