Ce n'est que moi...
C'est le titre du premier chapitre de ce formidable album et il résume parfaitement son personnage principal, cette gentille vieille maman, modeste et présente, humble héroïne oubliée. Une héroïne qui s'ignore tant son fils occupe ses pensées, tant il squatte son quotidien.
Cet album, c'est avant tout un souffle de vie, simple avec ses bons et ses mauvais côtés mais surtout beaucoup de respect et d'humanité. Pourtant, jamais on ne bascule dans le mélodrame fleur bleue. Le récit est magistralement maîtrisé et ces courtes tranches de vie, ces petits passages tout en retenue, tout en pudique simplicité sont d'une justesse émouvante.
Et puis quel positivisme ! Quelle leçon de vie !
Le risque de se planter était pourtant grand, lorsqu'on ose aborder des sujets aussi délicats que la sexualité chez la personne handicapée mentale ou le refus (légitime) d'un frère ou d'une sœur de s'occuper d'une personne handicapée après la disparition des parents. Zidrou ne contourne pas l'obstacle. Il le traite avec une justesse désarmante, rendant simplement humains ces sujets pourtant encore fort tabous.
Et le dessin de Roger ne fait que renforcer notre immersion dans ce quotidien. Michel, cagoule bien accrochée sur sa tête, pourrait paraître ridicule. Il ne l'est aucunement car ses proches l'acceptent ainsi. Catherine, petite vieille croquée par l'artiste dans un style très caricatural, n'est pas une caricature. C'est Catherine ! Un personnage que je ne suis pas prêt d'oublier. Les émotions passent mais tout est exposé avec retenue et respect.
Les regards que s'échangent ces personnages changent notre propre regard. C'est en cela que nous avons entre nos mains un très grand album.
Simple, juste, humaine, positive, touchante, une œuvre à ne pas manquer !
Voilà longtemps que je ne m'étais pas fait surprendre dans de si bons termes par une BD jeunesse !
"Karma", c'est avant tout une imagination débridée et un univers miroir qui permet aux auteurs de donner libre cours à leur imagination pour notre plus grand plaisir !
Car ici, ce sont plutôt les monstres "les gentils" et les anges "les méchants". Karma, notre petit héros aux allures de diablotin, se réfugie dans le monde du dessus dans le cirque Zombini (chez les humains) car sa famille a été décimée par les anges...
Mais il continue au fil des albums à naviguer entre les deux mondes, et Outrelieu révèle un bestiaire que j'ai particulièrement apprécié. entre délires graphiques et jeux de mots pour les nommer Jean-Louis Janssen au scénario et Borrini au dessin s'en donnent à cœur joie ! Ça fuse et c'est rythmé !
Et le dessin de Borrini très coloré et expressif donne corps à tout ça de la plus belle des façons.
Un très agréable moment de lecture qui plaira certainement tout autant aux plus jeunes qu'aux adultes curieux.
Après lecture du premier tome
Freaks'Squeele s'adresse clairement à un public adolescent : les répliques, les préoccupations des personnages le prouvent tout au long de l'histoire, et j'ai assez vite fait le constat que je n'étais probablement pas la bonne cible.
Côté design, il y a une référence évidente au manga, surtout visible dans les chapitres en noir et blanc. Le dessin est beau et très soigné, on a affaire sans aucun doute ici à un dessinateur de talent. Le chapitre en couleur est joli, mais j'ai préféré le style des autres.
L'histoire est au départ plutôt sympathique, avec de l'humour, un trio de looser plutôt bien pensé. On part d'une idée de base correcte sans être follement originale (les écoles de sorciers ou assimilés ont déjà fait couler beaucoup d'encre) mais tout se gâte au fameux examen de stratégie et là, j'ai irrémédiablement décroché.
J'ai eu un regain d'intérêt lors du combat entre Li Xiong Mao et Fei Long, bien qu'il semble tomber un peu comme un cheveu sur la soupe et qu'il eut pu se passer, à mon sens, de certaines répliques.
Pour l'instant je reste sur 2 de déception (car j'étais partie pour un bon 3 sur les deux premiers chapitres). Je laisse une chance au prochain opus de relever la note. Mais n'étant pas le public cible de cette oeuvre, c'est fort peu probable.
Après lecture du T2: je remonte ma note d'un point. J'ai eu du mal à me décider à l'acheter et à le lire mais au bout du compte, ce deuxième volet est bien sympathique, et sans épisode navrant comme le premier (sauf peut-être le tout début qui m'a fait un peu peur...). Et comme pour le T1, je continue à préférer les pages en N&B aux pages en couleur.
Après lecture du T3: bon bah voilà, à chaque tome, une étoile de plus. Le présent opus manque juste un peu de couleurs pour l'épisode "hors du temps" d'Ombre et Xiong Mao, mais en dehors de ça il est plus que prenant et nous laisse à la dernière page sur un insoutenable suspense :(( Rhaaaaaaaaaaaaaaaa !!!
Après lecture du T4: rhaaa, petite forme sur ce tome, j'ai adoré la réponse au suspens de la fin du T3, ainsi que la course poursuite et son mode de transport farfelu et les fondus enchaînés entre les parties N&B et les parties en couleur mais à côté de ça, je me suis ennuyée par moments et quelques facilités m'ont un peu agacée (coup de fil salvateur ou métamorphose inattendue de Changelin par exemple). Va falloir faire mieux pour le 5 !
Après lecture du T5: et un coup de coeur pour ce tome ;) Après une transition un peu désarçonnante (pour le lecteur comme pour les personnages visiblement), lire et parcourir ce tome est un régal. Pourtant il est véritablement très bavard et en général je n'aime pas ça du tout ; mais là ça se déguste tout simplement. Et quel talent pour retomber sur ses pattes à la fin et entretenir le suspense pour la suite, rien n'est laissé au hasard. Et pour couronner le tout, j'adore la chute qui, telle une persistance rétinienne, imprime sur le visage du lecteur un sourire niais qui perdure bien après avoir refermé l'objet ! La suite, la suite !!
(Je reste une fervente adepte de la version mixte couleurs et noir&blanc et ne suis pas du tout convaincue par la version couleur qui vient de sortir pour la partie 1 du tome 1 original, mais si ça peut faire connaître la série à d'autres, tant mieux !)
Après lecture du T6 je confesse malheureusement une certaine déception... la structure de cette histoire est fatigante, c'est trop fouillis, ça saute trop du coq à l'âne en permanence. La descente aux enfers ne m'a vraiment pas convaincue, c'est beaucoup trop loufoque et pas assez infernal. La rencontre dans la foret d'Ombre et Xiong Mao avec les Thérians et la cérémonie du totem manque de clarté. Je n'ai finalement repris pied dans l'histoire que sur la fin, quand il s'agit de forger l'épée et de s'en servir mais la séquence introspective Ange/Claid ne m'a pas vraiment convaincue même si la notion de déformation des souvenirs était intéressante.
Personnellement, l'impression que m'a donnée ce tome c'est qu'on a glissé l'air de rien d'une histoire finement scénarisée dans laquelle on pouvait (en fonction de l'étendue de sa culture geek) piocher quelques références amusantes à une liste de références geek à placer à tout prix avec un vague scénario tentant (avec plus ou moins d'efficacité) de faire le lien entre elles. J'avoue qu'à côté du T1 du spin-off sur Funérailles ou du précédent T5 qui m'avait enchantée, ce T6 fait bien pâle figure et j'espère vraiment que le T7 corrigera le tir pour nous offrir un final à la hauteur de cette série hors du commun.
Graphiquement rien à dire, c'est toujours aussi inimitable, j'adore.
Très étrange cette histoire... Nous sommes dans la peau de Ter, un jeune homme au passé tourmenté qui se retrouve prisonnier d'un appartement, avec quatre autres personnes au comportement étrange. Il se passe des choses atroces, mais elles n'ont pas d'importance. Aucun sortie vers l'extérieur, et pourtant il va bien falloir qu'il sorte de là... Nous sommes dans un récit kafkaïen, à l'ambiance dans laquelle règne un malaise sourd.
Le dessin participe aussi à cette atmosphère ; semi-réaliste, et pourtant très précis dans ses contours, les couleurs, pastel, concourent à cette impression générale. On est désorienté avec ces matières qui sortent des tuyaux, ce frigo qui se remplit tout seul, ces cris étranges qui sortent de nulle part. Grotesque, macabre, inquiétant.
Ce récit ne s'achève pas avec ce premier tome, il s'agit plutôt d'une césure. Pourtant il pourrait se suffire à lui-même, et laisser le lecteur avec de nombreuses interrogations. Lesquelles trouvent en partie leurs réponses dans le deuxième tome. Celui-ci propose une atmosphère semblable, entre onirisme et récit à tiroirs. A lire, forcément !
Jamais entendu parler, jamais vu, jamais feuilleté, pourtant Gung Ho n’est pas une œuvre méconnue du grand public mais n’a pas droit non plus aux honneurs d’une grande sortie.
Et pourtant cette série prévue en 5 volumes - voire en 10 pour qui prend l’option de les choisir en grand format plus bonus MAIS « coupés » en deux parties chacun - a le mérite de sortir un peu des ornières balisées du récit dit d’anticipation voire de survie.
On le sait depuis le chef d’œuvre de Richard Matheson « I am Legend », les récits de fin du monde ont de cela une atmosphère pesante et volontairement pessimiste. C’est donc presque à contre-courant qu’on pourra être surpris par les couleurs si chaudes et le dessin infographique (qui ressemble en plus détaillé aux œuvres d’Arthur de Pins) mais également par le traitement du scénario s’attachant aux émois sexuels et d’intégration de ces deux frangins un poil rebelles.
Car les fameuses « brebis galeuses » qui servent de sous-titre à ce premier volume, ce sont eux.. deux frères orphelins dont aucune communauté ne veut et trimballés de campement en campement comme une sanction disciplinaire.
Dans ce futur pas si éloigné où la nature semble avoir repris ses droits (la nature est omniprésente à chaque page), les auteurs font un maximum d’efforts pour minimiser la « menace » dont on ignorera tout jusqu’aux dernières pages.
C’est de cette ambiance hypocrite où les hommes vivent retranchés derrière des murs, dans une discipline de fer et un entrainement qui ressemble à un jeu que tout se met en place. Ici les adultes font figure de repères périmés, d’autorité ou de dégoût.
Pour un peu on pourrait presque s’imaginer qu’il s’agit d’un invariable conte sur les premiers émois amoureux adolescents mais la menace se fait de plus en plus ressentir sans pour autant avoir plus de renseignements…
Le récit prend de l’ampleur en construisant un monde fictif crédible et attachant sans susciter d’ennui. Le tout est rehaussé par un style bien particulier mais non dénué de talent, les cases sont superbes, le découpage naturel et les couleurs pastel renforcent une sensation de légèreté qui masque bien le calme avant la tempête
Car pour autant il y a suffisamment de détails insignifiants mais dérangeants qui ne cessent de s’accumuler en suscitant la curiosité du lecteur : pari réussi car on n'a de cesse de boucler la lecture sur 80 pages de haute volée…
Curieux de voir quelle tournure va prendre la suite de ce récit car j’ai bien pris conscience de n’avoir que la vision émergée de l’iceberg mais je reste confiant en tous points de vue en ce joli récit par lequel la plupart des gens risque d’être étrangement captivé.
Et chapeau bas au défi visuel qui prouve que les nouvelles méthodes de dessin infographique peuvent avoir du coffre et de l’âme si elles se laissent apprivoiser au service du récit.
Joli coup de cœur, affaire donc à suivre me concernant !
Superman - Terre Un reprend l'histoire de l'homme d'acier depuis les origines.
Au début de l'histoire, notre jeune héros quitte Smallville pour la majestueuse Métropolis. Comme stipulé au début de l'avis, Terre Un réinvente donc la genèse du mythe, et dans cette version on a affaire à un Clark Kent à l'opposé du personnage planté par Christopher Reeve au grand écran dans les années 1978. Ainsi, le jeune Kent apparaît comme un touche à tout qui réussit tout ce qu'il entreprend. On le voit exceller en sport aussi bien qu'en sciences. Au revoir donc le jeune homme timide et maladroit!
Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite et n'en dirai pas plus sur l'histoire afin de ne rien révéler. La relation Loïs/Clark est très bien traitée dans cette refonte des origines.
Du point de vue des dessins, le trait de Shane Davis est impeccable et colle très bien à la modernité voulue dans l'oeuvre.
Pour résumer, cette série réussit le pari de moderniser Superman. Je recommande la lecture aux amateurs du genre.
Lorsque mon œil s’est porté pour la première fois sur cette bande dessinée je n’ai pas du tout été séduit. Mon attention s’est rapidement portée vers la couverture, attiré par les couleurs vives de la couverture du premier tome, alors le seul en magasin. J’ai feuilleté ensuite quelques pages, mon regard ne s’attardant pas sur le texte (faute de temps) mais surtout sur les dessins. Je fut alors rebuté par cet aspect minimaliste des dessins, des traits dans tous les sens… bref, c’est peu dire que je n’ai pas du tout apprécié ce premier contact avec cette bande dessinée. Le genre de moment où l’on se dit « Ce livre n’est pas fait pour moi »…
… qui dit premier contact dit forcément suite. Un autre jour où j’avais plus le temps de flâner chez mon libraire préféré, je me suis attardé sur cet ouvrage, sans trop savoir pourquoi (sûrement encore une fois l’effet de cette couverture). Et là, le coup de foudre ! Balayés les premiers a priori. J’ai ouvert ce premier tome aux pages 6 et 7 et ai lu l’entretien d’embauche de Vlaminck par Taillard de Vorms. Les traits dans tous les sens se sont transformés en dynamisme. Dynamisme au service d’un texte remarquable, percutant, accrocheur.
Dès lors, je n’ai fait qu’une bouchée de Quai d’Orsay… quelle claque ce fut. Qui pourrait soupçonner qu’un ministère puisse être décrit de manière si drôle et pourtant si fine, si caricaturale mais pourtant si juste. A se demander si les crises mondiales sont vraiment gérées telles qu’elles sont décrites ici, et non pas d’un regard hautain… tout en se disant que bien entendu tout cela n’est que fiction. Les auteurs (inclus dessinateur) arrivent de manière très habile à amener le lecteur à se poser des questions de fond sur la politique internationale, tout en le divertissant. Quel coup de maître ! Qui a dit que la politique devrait forcément être traitée de manière sobre et distante ?!
Tout fonctionne à merveille dans cette BD.
Les personnages sont magnifiques.
Le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms est le plus fascinant de tous (tous les autres étant très intéressants, c’est dire !). C’est une bête. Bête politique, charismatique, impressionnante…imposante. La présence de ce personnage en impose non seulement aux autres protagonistes de l’histoire mais aussi au lecteur. Le magnétisme de ce personnage rejaillit bien au-delà des planches, si bien que l’on attend avec impatience son retour sous nos yeux dès qu’il s’absente.
Directif et véritable ouragan dans son cabinet, il impose respect et peur auprès de ses collaborateurs en véritable maître à penser. On se plait à suivre ses frasques au fil des cases (les citations, le stabilo, les personnalisations qu’il incarne, le chiffre…tchac tchac tchac !), ses monologues sont de véritables petites pépites de bonheur, le tout remarquablement retranscrit visuellement.
Les relations, conflits entre les différents protagonistes sont succulents, il ne fait pas toujours bon d’être conseillé. Et le pauvre Vlaminck dans tout cela, jeune parmi ces vieux requins briscards, qui essaie de nager tant bien que mal dans ce fol aquarium et de s’y faire une place. On tremble en même temps que lui lorsqu’il doit rendre ses langages au ministre (même si on attend avec impatience les remarques désopilantes de ce dernier), on assiste à son évolution tout au long de la lecture et on fini par être fier de lui lorsqu’au terme d’une réflexion intense, son « père spirituel » rejaillit en lui pour la tirade du Minotaure. Je n’en dis pas trop non plus et laisse au futurs lecteurs la joie de découvrir ses péripéties diplomatiques.
On se régale des anecdotes historiques/réelles que l’on retrouve au fil de la lecture. Intéressé à la base par le thème évoqué dans cette série, j’ai trouvé l’idée de dépeindre les aventures du Quai d’Orsay tout simplement géniale, surtout quand le sujet est traité d’une telle façon. Les situations de tension sont décrites parfaitement, on imagine parfaitement le jeu des cabinets tel que décrit ici. Ces animaux politiques aux chaussures cirées et aux dialogues diablement efficaces vous emmèneront sans problème dans leur monde. Accrochez vous bien, le voyage sera mouvementé mais très très plaisant.
Pour boucler la boucle, je finirai sur les dessins. Ce trait nerveux colle à merveille à la tension diplomatique posée au fil du texte. Les couleurs sont judicieusement choisies et la mise en image géniale de manière générale (Le Minotaure, la fumée dans le bureau de Vlaminck, la sonnerie du téléphone, la guerre des étoiles, les turbulences, le footing…la liste est trop longue !). A noter les expressions des personnages des plus abouties (on compatit avec le directeur de cabinet, M. Maupas, rien qu’en regardant sa mine déconfite) Comme quoi, le premier regard (surtout rapide) n’est pas forcément source de vérité. Il ne faut jamais dire « dessinateur je ne goûterai pas à ton trait » !
Bref… j’ai adoré. Je relirai indubitablement cette bande dessinée. Le second volume fut englouti aussi rapidement que le premier (ce n’est pas faute de pages pourtant, chose au combien appréciable pour ce support), même si j’ai pris du temps entre l’achat et la lecture, de peur de finir trop vite cette série prévue en (seulement) deux tomes. Quel délicieux sentiment que de se dire que l’on apprécie tellement un livre au point d’avoir peur de le finir.
… Pourtant, ce qui devait arriver arriva, je me retrouve comme un homme politique privé de pouvoir, pour qui le monde continue de tourner sans vraiment avoir la même saveur, contraint d’avancer sachant ce qu’il a perdu. Comme un ministre des affaires étrangères sans livre à stabiloter, sans structure de pensée bien claire avant d’appeler un diplomate étranger récalcitrant.
Moi aussi je viens de vivre ma petite mort politique, je viens de finir la série Quai d’Orsay.
Chapeau bas messieurs Blain et Lanzac, entrez dans mon panthéon (enfin ma bibliothèque) où avec cette œuvre magistrale, empreinte d’humour, finesse, intelligence, d’un trait de crayon pour qui l’expression « donner vie aux mots » a été inventée, vous occuperez désormais une place centrale !
Après les aventures vénitiennes de Giacomo C., Griffo trouve en Cothias un scénariste aussi doué que Dufaux pour conter les destins hors norme. Celui de Temudjin qui sera connu sous le sobriquet de Cinjis Qan (pour nous Gengis Khan), un souverain éclairé loin des images souvent négatives de brutes barbare et féroce dépeintes dans certains films que j'ai vus. Cette histoire est en fait assez mal connue des Européens, et même si Cothias use de raccourcis scénaristiques , il ne déforme pas trop la réalité, d'après ce que j'ai pu lire dans la revue Historia.
C'est une épopée édifiante contée par Cothias qui joue encore une fois de plus avec l'Histoire pour livrer une Bd forte et ambitieuse aux accents farouches et épiques, et où la guerre et l'amour s'entrelacent de façon étrange, comme 2 valeurs intimement liées. Le pouvoir de Temudjin monte en puissance à mesure qu'il reconquiert l'Empire mongol, et sa cruauté mesurée le fait craindre et respecter ; ses conquêtes sont dictées moins par la soif de pillage que par la politique, puisqu'il réussira à unifier tous les peuples d'Asie centrale, bâtissant ainsi un des plus vastes empires de l'histoire de l'humanité ; empire qui se désagrégera après sa mort.
Le dessin est somptueux, agrémenté de belles couleurs ; malgré des scènes de bataille assez nombreuses, l'ensemble est moins violent que Le Vent des Dieux. Griffo délaisse donc Venise pour les steppes de l'Asie centrale et se sent aussi à l'aise sur les décors, les costumes et les armes de ces peuplades pour lesquelles il a dû consulter une riche documentation. Son trait affiné est envoûtant et précis. Une fresque barbare superbe.
D'abord, le choc visuel.
Hippolyte est un esthète de tout premier choix, il livre ici un album à l'ambiance étrange, oscillant entre onirisme et épopée. Ses personnages, qui ont tous des masques ou des visages grimaçants, impriment instantanément la rétine. Entre Miyazaki, Sfar et de Crécy, le bonhomme a un univers tout à fait particuliers, qui insuffle une dimension étonnante au récit de Vincent Zabus.
Lequel, comédien de théâtre, a transposé sur le papier l'une de ses pièces, dans une sorte de sarabande où s'entrechoquent exode dramatique, guerriers sanguinaires, enfance sacrifiée et décors contrastés. Une vision véritablement dantesque pour une histoire à la limite du conte, du rêve et de l'Histoire.
Très surprenant, à voir avant tout, même si l'ouvrage est imposant (184 pages).
Une bonne série de Bec, initiée chez Dupuis avent d'être rééditée et achevée chez les Humanos.
Bon cette fois, pas de monstre lovecraftien enfoui dans des profondeurs, mais plutôt une histoire d'enfant dégénéré et de population stérilisée... On est en plein dans le thriller redneck américain, et si nombre de romans et de films ont déjà eu ce même cadre, il n'en est pas de même pour les bandes dessinées.
Le premier tome etait allechant, avec nombre d'elements propres à attirer le lecteur de thrillers horrifiques. Le deuxième un peu moins, avec une propension à exagérer ces mêmes éléments ; heureusement le troisième boucle bien la boucle, laissant même une part de mystère concernant les Therias.
Bec nous propose donc un thriller vraiment bien ficelé, avec des personnages plutôt intéressants, enfin UN personnage, les autres n'ayant pas beaucoup de présence. Stefano Raffaele a un style très agréable, élégant, qui manque peut-être de maturité sur certaines planches, mais c'est une très bonne surprise.
3,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?
Ce n'est que moi... C'est le titre du premier chapitre de ce formidable album et il résume parfaitement son personnage principal, cette gentille vieille maman, modeste et présente, humble héroïne oubliée. Une héroïne qui s'ignore tant son fils occupe ses pensées, tant il squatte son quotidien. Cet album, c'est avant tout un souffle de vie, simple avec ses bons et ses mauvais côtés mais surtout beaucoup de respect et d'humanité. Pourtant, jamais on ne bascule dans le mélodrame fleur bleue. Le récit est magistralement maîtrisé et ces courtes tranches de vie, ces petits passages tout en retenue, tout en pudique simplicité sont d'une justesse émouvante. Et puis quel positivisme ! Quelle leçon de vie ! Le risque de se planter était pourtant grand, lorsqu'on ose aborder des sujets aussi délicats que la sexualité chez la personne handicapée mentale ou le refus (légitime) d'un frère ou d'une sœur de s'occuper d'une personne handicapée après la disparition des parents. Zidrou ne contourne pas l'obstacle. Il le traite avec une justesse désarmante, rendant simplement humains ces sujets pourtant encore fort tabous. Et le dessin de Roger ne fait que renforcer notre immersion dans ce quotidien. Michel, cagoule bien accrochée sur sa tête, pourrait paraître ridicule. Il ne l'est aucunement car ses proches l'acceptent ainsi. Catherine, petite vieille croquée par l'artiste dans un style très caricatural, n'est pas une caricature. C'est Catherine ! Un personnage que je ne suis pas prêt d'oublier. Les émotions passent mais tout est exposé avec retenue et respect. Les regards que s'échangent ces personnages changent notre propre regard. C'est en cela que nous avons entre nos mains un très grand album. Simple, juste, humaine, positive, touchante, une œuvre à ne pas manquer !
Karma
Voilà longtemps que je ne m'étais pas fait surprendre dans de si bons termes par une BD jeunesse ! "Karma", c'est avant tout une imagination débridée et un univers miroir qui permet aux auteurs de donner libre cours à leur imagination pour notre plus grand plaisir ! Car ici, ce sont plutôt les monstres "les gentils" et les anges "les méchants". Karma, notre petit héros aux allures de diablotin, se réfugie dans le monde du dessus dans le cirque Zombini (chez les humains) car sa famille a été décimée par les anges... Mais il continue au fil des albums à naviguer entre les deux mondes, et Outrelieu révèle un bestiaire que j'ai particulièrement apprécié. entre délires graphiques et jeux de mots pour les nommer Jean-Louis Janssen au scénario et Borrini au dessin s'en donnent à cœur joie ! Ça fuse et c'est rythmé ! Et le dessin de Borrini très coloré et expressif donne corps à tout ça de la plus belle des façons. Un très agréable moment de lecture qui plaira certainement tout autant aux plus jeunes qu'aux adultes curieux.
Freaks' Squeele
Après lecture du premier tome
Freaks'Squeele s'adresse clairement à un public adolescent : les répliques, les préoccupations des personnages le prouvent tout au long de l'histoire, et j'ai assez vite fait le constat que je n'étais probablement pas la bonne cible.
Côté design, il y a une référence évidente au manga, surtout visible dans les chapitres en noir et blanc. Le dessin est beau et très soigné, on a affaire sans aucun doute ici à un dessinateur de talent. Le chapitre en couleur est joli, mais j'ai préféré le style des autres.
L'histoire est au départ plutôt sympathique, avec de l'humour, un trio de looser plutôt bien pensé. On part d'une idée de base correcte sans être follement originale (les écoles de sorciers ou assimilés ont déjà fait couler beaucoup d'encre) mais tout se gâte au fameux examen de stratégie et là, j'ai irrémédiablement décroché.
J'ai eu un regain d'intérêt lors du combat entre Li Xiong Mao et Fei Long, bien qu'il semble tomber un peu comme un cheveu sur la soupe et qu'il eut pu se passer, à mon sens, de certaines répliques.
Pour l'instant je reste sur 2 de déception (car j'étais partie pour un bon 3 sur les deux premiers chapitres). Je laisse une chance au prochain opus de relever la note. Mais n'étant pas le public cible de cette oeuvre, c'est fort peu probable.
Après lecture du T2
: je remonte ma note d'un point. J'ai eu du mal à me décider à l'acheter et à le lire mais au bout du compte, ce deuxième volet est bien sympathique, et sans épisode navrant comme le premier (sauf peut-être le tout début qui m'a fait un peu peur...). Et comme pour le T1, je continue à préférer les pages en N&B aux pages en couleur.
Après lecture du T3
: bon bah voilà, à chaque tome, une étoile de plus. Le présent opus manque juste un peu de couleurs pour l'épisode "hors du temps" d'Ombre et Xiong Mao, mais en dehors de ça il est plus que prenant et nous laisse à la dernière page sur un insoutenable suspense :(( Rhaaaaaaaaaaaaaaaa !!!
Après lecture du T4
: rhaaa, petite forme sur ce tome, j'ai adoré la réponse au suspens de la fin du T3, ainsi que la course poursuite et son mode de transport farfelu et les fondus enchaînés entre les parties N&B et les parties en couleur mais à côté de ça, je me suis ennuyée par moments et quelques facilités m'ont un peu agacée (coup de fil salvateur ou métamorphose inattendue de Changelin par exemple). Va falloir faire mieux pour le 5 !
Après lecture du T5
: et un coup de coeur pour ce tome ;) Après une transition un peu désarçonnante (pour le lecteur comme pour les personnages visiblement), lire et parcourir ce tome est un régal. Pourtant il est véritablement très bavard et en général je n'aime pas ça du tout ; mais là ça se déguste tout simplement. Et quel talent pour retomber sur ses pattes à la fin et entretenir le suspense pour la suite, rien n'est laissé au hasard. Et pour couronner le tout, j'adore la chute qui, telle une persistance rétinienne, imprime sur le visage du lecteur un sourire niais qui perdure bien après avoir refermé l'objet ! La suite, la suite !!
(Je reste une fervente adepte de la version mixte couleurs et noir&blanc et ne suis pas du tout convaincue par la version couleur qui vient de sortir pour la partie 1 du tome 1 original, mais si ça peut faire connaître la série à d'autres, tant mieux !)
Après lecture du T6
je confesse malheureusement une certaine déception... la structure de cette histoire est fatigante, c'est trop fouillis, ça saute trop du coq à l'âne en permanence. La descente aux enfers ne m'a vraiment pas convaincue, c'est beaucoup trop loufoque et pas assez infernal. La rencontre dans la foret d'Ombre et Xiong Mao avec les Thérians et la cérémonie du totem manque de clarté. Je n'ai finalement repris pied dans l'histoire que sur la fin, quand il s'agit de forger l'épée et de s'en servir mais la séquence introspective Ange/Claid ne m'a pas vraiment convaincue même si la notion de déformation des souvenirs était intéressante.
Personnellement, l'impression que m'a donnée ce tome c'est qu'on a glissé l'air de rien d'une histoire finement scénarisée dans laquelle on pouvait (en fonction de l'étendue de sa culture geek) piocher quelques références amusantes à une liste de références geek à placer à tout prix avec un vague scénario tentant (avec plus ou moins d'efficacité) de faire le lien entre elles. J'avoue qu'à côté du T1 du spin-off sur Funérailles ou du précédent T5 qui m'avait enchantée, ce T6 fait bien pâle figure et j'espère vraiment que le T7 corrigera le tir pour nous offrir un final à la hauteur de cette série hors du commun.
Graphiquement rien à dire, c'est toujours aussi inimitable, j'adore.
Abaddon
Très étrange cette histoire... Nous sommes dans la peau de Ter, un jeune homme au passé tourmenté qui se retrouve prisonnier d'un appartement, avec quatre autres personnes au comportement étrange. Il se passe des choses atroces, mais elles n'ont pas d'importance. Aucun sortie vers l'extérieur, et pourtant il va bien falloir qu'il sorte de là... Nous sommes dans un récit kafkaïen, à l'ambiance dans laquelle règne un malaise sourd. Le dessin participe aussi à cette atmosphère ; semi-réaliste, et pourtant très précis dans ses contours, les couleurs, pastel, concourent à cette impression générale. On est désorienté avec ces matières qui sortent des tuyaux, ce frigo qui se remplit tout seul, ces cris étranges qui sortent de nulle part. Grotesque, macabre, inquiétant. Ce récit ne s'achève pas avec ce premier tome, il s'agit plutôt d'une césure. Pourtant il pourrait se suffire à lui-même, et laisser le lecteur avec de nombreuses interrogations. Lesquelles trouvent en partie leurs réponses dans le deuxième tome. Celui-ci propose une atmosphère semblable, entre onirisme et récit à tiroirs. A lire, forcément !
Gung Ho
Jamais entendu parler, jamais vu, jamais feuilleté, pourtant Gung Ho n’est pas une œuvre méconnue du grand public mais n’a pas droit non plus aux honneurs d’une grande sortie. Et pourtant cette série prévue en 5 volumes - voire en 10 pour qui prend l’option de les choisir en grand format plus bonus MAIS « coupés » en deux parties chacun - a le mérite de sortir un peu des ornières balisées du récit dit d’anticipation voire de survie. On le sait depuis le chef d’œuvre de Richard Matheson « I am Legend », les récits de fin du monde ont de cela une atmosphère pesante et volontairement pessimiste. C’est donc presque à contre-courant qu’on pourra être surpris par les couleurs si chaudes et le dessin infographique (qui ressemble en plus détaillé aux œuvres d’Arthur de Pins) mais également par le traitement du scénario s’attachant aux émois sexuels et d’intégration de ces deux frangins un poil rebelles. Car les fameuses « brebis galeuses » qui servent de sous-titre à ce premier volume, ce sont eux.. deux frères orphelins dont aucune communauté ne veut et trimballés de campement en campement comme une sanction disciplinaire. Dans ce futur pas si éloigné où la nature semble avoir repris ses droits (la nature est omniprésente à chaque page), les auteurs font un maximum d’efforts pour minimiser la « menace » dont on ignorera tout jusqu’aux dernières pages. C’est de cette ambiance hypocrite où les hommes vivent retranchés derrière des murs, dans une discipline de fer et un entrainement qui ressemble à un jeu que tout se met en place. Ici les adultes font figure de repères périmés, d’autorité ou de dégoût. Pour un peu on pourrait presque s’imaginer qu’il s’agit d’un invariable conte sur les premiers émois amoureux adolescents mais la menace se fait de plus en plus ressentir sans pour autant avoir plus de renseignements… Le récit prend de l’ampleur en construisant un monde fictif crédible et attachant sans susciter d’ennui. Le tout est rehaussé par un style bien particulier mais non dénué de talent, les cases sont superbes, le découpage naturel et les couleurs pastel renforcent une sensation de légèreté qui masque bien le calme avant la tempête Car pour autant il y a suffisamment de détails insignifiants mais dérangeants qui ne cessent de s’accumuler en suscitant la curiosité du lecteur : pari réussi car on n'a de cesse de boucler la lecture sur 80 pages de haute volée… Curieux de voir quelle tournure va prendre la suite de ce récit car j’ai bien pris conscience de n’avoir que la vision émergée de l’iceberg mais je reste confiant en tous points de vue en ce joli récit par lequel la plupart des gens risque d’être étrangement captivé. Et chapeau bas au défi visuel qui prouve que les nouvelles méthodes de dessin infographique peuvent avoir du coffre et de l’âme si elles se laissent apprivoiser au service du récit. Joli coup de cœur, affaire donc à suivre me concernant !
Superman - Terre Un
Superman - Terre Un reprend l'histoire de l'homme d'acier depuis les origines. Au début de l'histoire, notre jeune héros quitte Smallville pour la majestueuse Métropolis. Comme stipulé au début de l'avis, Terre Un réinvente donc la genèse du mythe, et dans cette version on a affaire à un Clark Kent à l'opposé du personnage planté par Christopher Reeve au grand écran dans les années 1978. Ainsi, le jeune Kent apparaît comme un touche à tout qui réussit tout ce qu'il entreprend. On le voit exceller en sport aussi bien qu'en sciences. Au revoir donc le jeune homme timide et maladroit! Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite et n'en dirai pas plus sur l'histoire afin de ne rien révéler. La relation Loïs/Clark est très bien traitée dans cette refonte des origines. Du point de vue des dessins, le trait de Shane Davis est impeccable et colle très bien à la modernité voulue dans l'oeuvre. Pour résumer, cette série réussit le pari de moderniser Superman. Je recommande la lecture aux amateurs du genre.
Quai d'Orsay
Lorsque mon œil s’est porté pour la première fois sur cette bande dessinée je n’ai pas du tout été séduit. Mon attention s’est rapidement portée vers la couverture, attiré par les couleurs vives de la couverture du premier tome, alors le seul en magasin. J’ai feuilleté ensuite quelques pages, mon regard ne s’attardant pas sur le texte (faute de temps) mais surtout sur les dessins. Je fut alors rebuté par cet aspect minimaliste des dessins, des traits dans tous les sens… bref, c’est peu dire que je n’ai pas du tout apprécié ce premier contact avec cette bande dessinée. Le genre de moment où l’on se dit « Ce livre n’est pas fait pour moi »… … qui dit premier contact dit forcément suite. Un autre jour où j’avais plus le temps de flâner chez mon libraire préféré, je me suis attardé sur cet ouvrage, sans trop savoir pourquoi (sûrement encore une fois l’effet de cette couverture). Et là, le coup de foudre ! Balayés les premiers a priori. J’ai ouvert ce premier tome aux pages 6 et 7 et ai lu l’entretien d’embauche de Vlaminck par Taillard de Vorms. Les traits dans tous les sens se sont transformés en dynamisme. Dynamisme au service d’un texte remarquable, percutant, accrocheur. Dès lors, je n’ai fait qu’une bouchée de Quai d’Orsay… quelle claque ce fut. Qui pourrait soupçonner qu’un ministère puisse être décrit de manière si drôle et pourtant si fine, si caricaturale mais pourtant si juste. A se demander si les crises mondiales sont vraiment gérées telles qu’elles sont décrites ici, et non pas d’un regard hautain… tout en se disant que bien entendu tout cela n’est que fiction. Les auteurs (inclus dessinateur) arrivent de manière très habile à amener le lecteur à se poser des questions de fond sur la politique internationale, tout en le divertissant. Quel coup de maître ! Qui a dit que la politique devrait forcément être traitée de manière sobre et distante ?! Tout fonctionne à merveille dans cette BD. Les personnages sont magnifiques. Le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms est le plus fascinant de tous (tous les autres étant très intéressants, c’est dire !). C’est une bête. Bête politique, charismatique, impressionnante…imposante. La présence de ce personnage en impose non seulement aux autres protagonistes de l’histoire mais aussi au lecteur. Le magnétisme de ce personnage rejaillit bien au-delà des planches, si bien que l’on attend avec impatience son retour sous nos yeux dès qu’il s’absente. Directif et véritable ouragan dans son cabinet, il impose respect et peur auprès de ses collaborateurs en véritable maître à penser. On se plait à suivre ses frasques au fil des cases (les citations, le stabilo, les personnalisations qu’il incarne, le chiffre…tchac tchac tchac !), ses monologues sont de véritables petites pépites de bonheur, le tout remarquablement retranscrit visuellement. Les relations, conflits entre les différents protagonistes sont succulents, il ne fait pas toujours bon d’être conseillé. Et le pauvre Vlaminck dans tout cela, jeune parmi ces vieux requins briscards, qui essaie de nager tant bien que mal dans ce fol aquarium et de s’y faire une place. On tremble en même temps que lui lorsqu’il doit rendre ses langages au ministre (même si on attend avec impatience les remarques désopilantes de ce dernier), on assiste à son évolution tout au long de la lecture et on fini par être fier de lui lorsqu’au terme d’une réflexion intense, son « père spirituel » rejaillit en lui pour la tirade du Minotaure. Je n’en dis pas trop non plus et laisse au futurs lecteurs la joie de découvrir ses péripéties diplomatiques. On se régale des anecdotes historiques/réelles que l’on retrouve au fil de la lecture. Intéressé à la base par le thème évoqué dans cette série, j’ai trouvé l’idée de dépeindre les aventures du Quai d’Orsay tout simplement géniale, surtout quand le sujet est traité d’une telle façon. Les situations de tension sont décrites parfaitement, on imagine parfaitement le jeu des cabinets tel que décrit ici. Ces animaux politiques aux chaussures cirées et aux dialogues diablement efficaces vous emmèneront sans problème dans leur monde. Accrochez vous bien, le voyage sera mouvementé mais très très plaisant. Pour boucler la boucle, je finirai sur les dessins. Ce trait nerveux colle à merveille à la tension diplomatique posée au fil du texte. Les couleurs sont judicieusement choisies et la mise en image géniale de manière générale (Le Minotaure, la fumée dans le bureau de Vlaminck, la sonnerie du téléphone, la guerre des étoiles, les turbulences, le footing…la liste est trop longue !). A noter les expressions des personnages des plus abouties (on compatit avec le directeur de cabinet, M. Maupas, rien qu’en regardant sa mine déconfite) Comme quoi, le premier regard (surtout rapide) n’est pas forcément source de vérité. Il ne faut jamais dire « dessinateur je ne goûterai pas à ton trait » ! Bref… j’ai adoré. Je relirai indubitablement cette bande dessinée. Le second volume fut englouti aussi rapidement que le premier (ce n’est pas faute de pages pourtant, chose au combien appréciable pour ce support), même si j’ai pris du temps entre l’achat et la lecture, de peur de finir trop vite cette série prévue en (seulement) deux tomes. Quel délicieux sentiment que de se dire que l’on apprécie tellement un livre au point d’avoir peur de le finir. … Pourtant, ce qui devait arriver arriva, je me retrouve comme un homme politique privé de pouvoir, pour qui le monde continue de tourner sans vraiment avoir la même saveur, contraint d’avancer sachant ce qu’il a perdu. Comme un ministre des affaires étrangères sans livre à stabiloter, sans structure de pensée bien claire avant d’appeler un diplomate étranger récalcitrant. Moi aussi je viens de vivre ma petite mort politique, je viens de finir la série Quai d’Orsay. Chapeau bas messieurs Blain et Lanzac, entrez dans mon panthéon (enfin ma bibliothèque) où avec cette œuvre magistrale, empreinte d’humour, finesse, intelligence, d’un trait de crayon pour qui l’expression « donner vie aux mots » a été inventée, vous occuperez désormais une place centrale !
Cinjis Qan
Après les aventures vénitiennes de Giacomo C., Griffo trouve en Cothias un scénariste aussi doué que Dufaux pour conter les destins hors norme. Celui de Temudjin qui sera connu sous le sobriquet de Cinjis Qan (pour nous Gengis Khan), un souverain éclairé loin des images souvent négatives de brutes barbare et féroce dépeintes dans certains films que j'ai vus. Cette histoire est en fait assez mal connue des Européens, et même si Cothias use de raccourcis scénaristiques , il ne déforme pas trop la réalité, d'après ce que j'ai pu lire dans la revue Historia. C'est une épopée édifiante contée par Cothias qui joue encore une fois de plus avec l'Histoire pour livrer une Bd forte et ambitieuse aux accents farouches et épiques, et où la guerre et l'amour s'entrelacent de façon étrange, comme 2 valeurs intimement liées. Le pouvoir de Temudjin monte en puissance à mesure qu'il reconquiert l'Empire mongol, et sa cruauté mesurée le fait craindre et respecter ; ses conquêtes sont dictées moins par la soif de pillage que par la politique, puisqu'il réussira à unifier tous les peuples d'Asie centrale, bâtissant ainsi un des plus vastes empires de l'histoire de l'humanité ; empire qui se désagrégera après sa mort. Le dessin est somptueux, agrémenté de belles couleurs ; malgré des scènes de bataille assez nombreuses, l'ensemble est moins violent que Le Vent des Dieux. Griffo délaisse donc Venise pour les steppes de l'Asie centrale et se sent aussi à l'aise sur les décors, les costumes et les armes de ces peuplades pour lesquelles il a dû consulter une riche documentation. Son trait affiné est envoûtant et précis. Une fresque barbare superbe.
Les Ombres
D'abord, le choc visuel. Hippolyte est un esthète de tout premier choix, il livre ici un album à l'ambiance étrange, oscillant entre onirisme et épopée. Ses personnages, qui ont tous des masques ou des visages grimaçants, impriment instantanément la rétine. Entre Miyazaki, Sfar et de Crécy, le bonhomme a un univers tout à fait particuliers, qui insuffle une dimension étonnante au récit de Vincent Zabus. Lequel, comédien de théâtre, a transposé sur le papier l'une de ses pièces, dans une sorte de sarabande où s'entrechoquent exode dramatique, guerriers sanguinaires, enfance sacrifiée et décors contrastés. Une vision véritablement dantesque pour une histoire à la limite du conte, du rêve et de l'Histoire. Très surprenant, à voir avant tout, même si l'ouvrage est imposant (184 pages).
Sarah
Une bonne série de Bec, initiée chez Dupuis avent d'être rééditée et achevée chez les Humanos. Bon cette fois, pas de monstre lovecraftien enfoui dans des profondeurs, mais plutôt une histoire d'enfant dégénéré et de population stérilisée... On est en plein dans le thriller redneck américain, et si nombre de romans et de films ont déjà eu ce même cadre, il n'en est pas de même pour les bandes dessinées. Le premier tome etait allechant, avec nombre d'elements propres à attirer le lecteur de thrillers horrifiques. Le deuxième un peu moins, avec une propension à exagérer ces mêmes éléments ; heureusement le troisième boucle bien la boucle, laissant même une part de mystère concernant les Therias. Bec nous propose donc un thriller vraiment bien ficelé, avec des personnages plutôt intéressants, enfin UN personnage, les autres n'ayant pas beaucoup de présence. Stefano Raffaele a un style très agréable, élégant, qui manque peut-être de maturité sur certaines planches, mais c'est une très bonne surprise. 3,5/5.