Si cette époque de « Donjon » m’a insensiblement moins touchée, je ne peux pas la dissocier des autres et ne peux que lui accorder à elle aussi la note maximale.
Pour ce qui fâche, tout d’abord il y a le graphisme des deux premiers tomes, qui est, il faut bien l’avouer, assez raté, ce n’est pas loin d’être du gribouillage, un trait épais et tremblotant, agrémenté de couleurs assez laides. Le troisième tome n’a plus rien à voir, affiné et joliment colorisé il est quant à lui, réussi. Quant au style de Karascoët qui prend la suite, il me convient, je l’apprécie comme j’ai apprécié tous les autres dessinateurs qui se sont attelés à cette fabuleuse série qu’est « Donjon ».
Côte scénario c’est très différent des autres épisodes, la nostalgie prend place car on nous narre la fin de l’histoire, c’est triste, mais j’aime le principe des époques et j’ai tout autant été conquise par cette partie que par les autres, j’aime ce que Sfar et Trondheim ont décidé pour l’avenir de leurs personnages, vraiment uniques dans le monde de la bd. Ce qui m’a légèrement dérangée, c’est que j’ai parfois eu l’impression que les auteurs avançaient à tâtons, je précise tout de même que tout se tient, c‘est juste que ce récit m‘a paru un peu décousu par rapport aux autres donjons.
Le rythme des sorties a beaucoup ralenti et c’est finalement la seule chose qui me chagrine vraiment.
Suite et fin
Même si certaines choses m'échappent car je n'ai pas relu tous les tomes précédents avant de me jeter dans ces deux derniers, je dirais qu'en tant que fin de "crépuscule" ça me convient.
Par contre je passe ma note de culte à 4/5 car malgré sa grande richesse, cette série reste intrinsèquement inachevée. Par série j'entends absolument TOUS les donjons, car les différencier n'a pas de sens à mes yeux, même les Donjon monsters et ses histoires au tome par tome.
Bref, ça laisse un goût amer qui aura du mal à passer, car la relecture sera très frustrante sachant tout ce qu'on ne saura jamais.
Bon, allez, je me décide à commenter cette lecture quand bien même je n'en suis qu'à la lecture du troisième tome de la réédition intégrale de Urban. Mais là, il faut que je le dise : c'est une pure tuerie ! Voire mieux. C'est un chef-d’œuvre.
Déjà, juste un mot sur l'édition Urban Comics, un véritable petit bijou qui compile les albums et qui nous rajoute plein de bonus, des galeries d'images ou des interviews, des compléments, des crayonnés, plein de détails supplémentaires. C'est pas indispensable, mais on y trouve des explications sur l'ensemble de la série par l'auteur en personne, et ça éclaire de façon magistrale cette série complexe.
Ensuite, et pour éliminer tout de suite ce qui fâche, parlons du dessin. Car oui, c'est franchement moche. Enfin, tout dépend. Encore une fois, quand une œuvre présente un dessinateur différent à chaque histoire, il est presque impossible de qualifier le dessin. Certains sont potables, d'autres réussis, d'autres superbes (souvent les histoires très courtes et plus insignifiantes), globalement assez moche et pas agréable. Mais ça reste potable, notamment dans les constructions des pages. Le gros défaut, c'est qu'on retrouve en permanence des personnages qu'on a vu dans d'autres histoires, et lorsque les têtes changent énormément, c'est pas facile.
Par contre, le reste ... C'est Neil Gaiman : prenant, inventif, superbement mis en scène, intriguant, innovant, poétique, beau ... Tout y est ! Mais vraiment tout !
J'adore la façon dont Neil Gaiman arrive à mélanger tant de choses diverses pour obtenir ce mélange final. Un univers complet, créé et cohérent, qui nous livre tout ce qu'il peut livrer. Chaque histoire présente autre chose, tout est intéressant. C'est un intérêt perpétuellement renouvelé que ces histoires.
C'est des personnages extraordinaires, entre les héros et héroïnes, personnages secondaires qui reviennent à un moment ou à un autre dans une histoire où ils seront héros. C'est des intrigues qui se croisent, dans une savante orchestration. Parfaitement bien fait.
C'est aussi le Rêve, un personnage excellent, a bien des facettes et qui aura un rôle différent dans chaque histoire, entre sauveur ou assassin, Deus Ex Machina ou victime. Le rêve est présenté sous bien des facettes.
C'est enfin une flopée d'histoires, courtes ou longues, le tout mélangé, qui nous donne envie de lire encore une à chaque tome, rien qu'une encore puis on s'arrête. Dès que j'ai commencé à le lire, ce fut pire que des cacahuètes.
Gaiman nous insuffle en plus une imagination débordante ! Rien que dans le premier tome ça foisonne d'excellentes idées, dans tous les sens. Et je ne parle pas de tous les aspects (féeriques, contes, morales, poésie, théâtre, historique) qu'on retrouve dans les histoires. Et puis, tous les mystères qui se créent et se dévoilent en permanence ... C'est superbe, c'est beau ! Quel grand auteur !
Je reconnais une chose : si vous n'arrivez pas à lire, je peux le comprendre. C'est un style d'histoire, et il faut vraiment apprécier le genre. Mais si vous avez tenu un tome et que ça vous plait, lisez tout le reste, c'est du même acabit. Je peux comprendre qu'on n'aime pas, et si vous n'y arrivez pas, ne forcez pas. Passez à autre chose.
Pour tous les autres, lisez-le. C'est une série de BD qui m'a pris aux tripes et que je lis, relis avec le même enthousiasme, le même plaisir. Une série comme ça, ça ne se trouve pas tous les jours, sautez sur l'occasion ! Je suis littéralement scotché à cette BD et je crois bien que je serai accro définitivement.
Du comme ça, je n'en avais encore jamais lu. C'est unique en son genre, et ça mérite toute l'attention qu'on peut lui accorder. Une œuvre culte, oui. Simplement culte. A lire.
(Mal ?) Heureux celui qui connaîtra les affections du vagabondage en vésanie. Psychonaute ébahi, fuguant au contrepoint désenchanté du sans issue, bringuebalé selon les six mouvements fulgurants d’une sonate graphique polymorphe. Les sens dessus dessous.
[Agnosie…] Assailli d’images aberrantes, hagard sous l’entrelacs mouvant du pandémonium rétinien d’Éva. [Claustrophobie…] Reclus de passage, empruntant l’oppression et le désespoir tandis que Soledad lui fera la visite chaotique et vertigineuse de sa prison séquentielle, infrangible. [Synesthésie…] Les yeux ivres du bruit, des onomatopées rémanentes ; hystérèse de sons matérialisés qui impriment la vue, envahissent l’esprit longtemps après leur genèse : un don ou peut-être une damnation pour Lola. [Aphasie…] Et puisque parler ne signifiera rien, lire. Lire avec Miranda. Lire encore. De toute part, dans tous les coins. Abreuvé à l’abondance des mots, de ses maux ; inondé d’écrits asphyxiant une histoire sans paroles et sans fin. [Akinétopsie…] Dans une sensation paradoxale de course figée, poursuivre. Le regard floué, comme pris au piège d’un kinétoscope capricieux corrompant la cinétique, hoquetant les trajectoires jusqu’à ne percevoir qu’un brouillard de sillages pointillés. [Prosopagnosie…] Pour se noyer, bouffé dans un anonymat universel. À l’instar d’Olivia, ne plus reconnaître personne au milieu de cette humanité kidnappée, banalisée par l’unie forme des voix, par ces visages qui délèguent les émotions à de chiches smileys basiques, ridicules. Maintenant, untel n’est qu’un jumeau perpétuel, et terrifiant…
Glossaire exotique. Barbarie eurythmique de connexions au réel pathologiquement biaisées, habilement offerte au cœur de ces quotidiens opprimés et peu réjouissants. Des landerneaux profilés, incarnés par l’acte de scénographie, déconstruits selon la dynamique interne d’un tissu narratif transfigurant les fils de son langage. Lorsque le ramdam explose en bulles, que les sages cases muent en cages agitées, quand l’idiome bâillonne le récit en usurpant tout l’espace ou que les objets violent les frontières iconiques, la sémantique du Neuvième campe son meilleur rôle. Affranchi de ses carcans, le signifiant entre en résonnance avec le signifié. Les motifs expérimentaux rapportent, donnent corps aux symptômes, restituent visuellement chaque trouble mental, extériorisent un énoncé limpide de l’invisible qui éclaire instantanément la perception.
Interprétations bien sûr ! Processus attaché à son irrésistible subjectivité, épargné d’une investigation rigoureuse, trop médicale. Au liseré de la psychanalyse, une bourlingue noologique et un exposé nosologique, évidents, (dé)figurés dans des tableaux provisoires, à vivre intensément. Cette esquisse de la démence ausculte, apostrophe, et hypnotise à travers son chromatisme changeant, d’un froid psychiatrique. Corsetant ses rares tonalités dans un gris étouffant. Des roses, bleus, jaunes aseptisés : vision dépolie. Le voile interposé, comme une ultime intention pudique, lorsque les victimes seront « foutues à poil » - littéralement si l’on s’en tient à l’introduction de chaque chronique (je vous laisse la surprise) -
L’audacieux poussera loin, tenté aux hasards du décryptage métaphorique. Trop loin ? On s’accordera le droit d’esquiver cet exercice, quoique gratifiant, souventefois gonadoclaste. Il y a tant. « Diagnostics » sillonne son univers propre, conjugue les thèmes (fantastique, science-fiction, polar, intimisme…) et les styles, sous une signature artistique labile, aux cousinages de l’Indé métissé Nouveau Continent. En éprouvant les codes, la grammaire du médium, son laboratoire de papier aiguise le plaisir par l’introspection de la mécanique bande dessinée. Au-delà d’éventuels alibis pour triturer la lexicologie des planches, dans l’exploration de ces déséquilibres, il caresse la folie, tout simplement : relatant six héroïnes et leurs difficultés à exister, dévalant des routes à sens unique, irrémédiables. Une dramaturgie retenue et intelligente, belle à faire tressaillir la moelle épinière… Et à la clôture de ces évocations percutantes et désemparées, s’étonner à sourire.
Singulier. Brillant.
Je m'aperçois que je n'ai pas encore noté cette série de courts pastiches iconoclastes que je lisais pourtant dans les derniers numéros de Pilote que j'ai acheté en 1970-71 ; peu après, j'allais abandonner ce magazine qui m'avait tant diverti à cause d'une arrivée de nouveaux auteurs et nouvelles séries qui ne m'intéressaient pas vraiment. Mais ce duo de fous, Gotlib et Alexis, comment les oublier ?
Les 2 compères se lancent dans une entreprise de démolition systématique de tous les mythes littéraires et cinématographiques avec une jubilation explosive ; on sent bien que ça les fait vraiment marrer de mettre en pièces tous ces classiques en accumulant les clichés les plus éculés. C'est un humour à la fois dévastateur et même gentiment irrévérencieux, mais aussi très potache, du Gotlib quoi...
Contrairement à certaines autres compilations humoristiques de ce type, il n'y a pas vraiment de séquences inégales, toutes se valent à peu près, le lecteur aura plutôt des préférées, et les plus jeunes seront peut-être moins réceptifs devant ces sujets qui ne seront pas de leur génération (notamment la parodie sur Chapeau Melon & Bottes de cuir, une série TV peut-être oubliée pour les plus jeunes, mais pour les gens de ma génération, c'est très parlant). Pour ma part, j'ai un petit faible pour les parodies d'Hamlet et de Notre-Dame de Paris (avec une gueule de Quasimodo incroyable) qui sont les plus désopilantes ; celle des films de chevalerie n'est pas mal non plus, elle m'a rappelé plein de vieux films.
L'humour fracassant de Gotlib est semblable à ce qu'on verra dans les premiers Superdupont, et le dessin semi-réaliste et esthétique d'Alexis qui donne de jolis physiques à ses héroïnes Esmeralda ou Marguerite Gautier, accentue le côté décalé de ces saynètes.
Un vrai remède à la morosité, un grand moment de rire jouissif.
Cet album est-il réellement une bande dessinée ? En effet, la question peut se poser, étant donné que les dessins n’occupent qu’une part minoritaire de l’album, au milieu de photographies et de textes en pleine page.
Mais ce serait vraiment chipoter. Car cet album est de toute façon une œuvre de salubrité publique. Une œuvre qui met des noms sur des termes génériques, qui nous montre l’envers d’un décor que les actualités évitent de mettre en avant faute de temps. La faute aussi à un certain nombre de préjugés, largement entretenus par un battage médiatique délétère et à de petits calculs électoralistes où le mesquin le dispute à la bêtise, sur fond de racisme.
Mais le racisme naît de l’ignorance, c’est bien connu. C’est pourquoi cet album est nécessaire pour en combattre les certitudes.
Les textes sont emplis d’humanisme et, par leur calme évidence, alliée aux rappels historiques et bibliographiques, tentent de mener un combat dépassionné au profit de ces éternels parias que sont les Roms (dont le génocide perpétré par les Nazis pendant la Seconde guerre mondiale n’a entraîné que peu de compassion – y compris en France).
Sur des images quelque peu désespérantes, le travail d’Alain Keler permet finalement de ne pas désespérer de certains hommes, même s’il remet en question la notion d’humanisme.
A lire !
Ouvrir Sin Titulo engage à oublier ses repères, à en perdre la notion et à l’appréhender comme une œuvre de Charles Burns.
On compare souvent cet élégant ouvrage à l’italienne aux œuvres de Lynch période Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive mais c’est surtout à Donnie Darko dont la conclusion comme les voyages interdimensionnels me font écho, ça y est vous y êtes ? ;)
Si vous continuez à lire mon humble point de vue, c’est que vous êtes réceptifs à ce style de récit, les autres peuvent facilement tourner la page ou cliquer ailleurs voir la Scarlett du jour. :)
Cameron Steward, second couteau talentueux, a eu l’idée de prépublier cette œuvre « sans titre » sous forme d’épisodes sur internet. Le lire dans sa continuité aujourd’hui permet de se rendre compte sur papier de la beauté de son trait limpide et clair dans un ton sépia bichromique de toute beauté.
Il a beau utiliser la méthode du gaufrier à 8 cases, la mise en scène inventive et l’incongruité des situations tient le lecteur en haleine du début à la fin sans connaître une baisse de rythme.
En effet le lecteur est placé dans la peau de cet Américain moyen qui va tout mettre en œuvre pour découvrir quelle est cette séduisante jeune femme blonde en photo à côté de son grand-père récemment décédé.
C’est le départ pour une histoire qui va mélanger rêves et réalité, personnages intrigants, violents et décalés et permettre un voyage en introspective au plus profond des souvenirs de Jake Mc Kay.
Ce dernier va perdre la raison, ses attaches, son métier et sa propre identité au fil d’une histoire en apparence sans queue ni tête mais qui ira jusqu’aux extrêmes limites de la curiosité de Jake ainsi que de celle du lecteur.
Il y a de l’étrange, de la violence mais également de la nostalgie et de la poésie tout au long d’une lecture limpide et réellement agréable. Qu’il est bon parfois de se laisser porter dans un monde sans repères mais pas sans intérêt.
La conclusion peut décevoir au premier abord car elle repose plus de questions qu’elle n’apporte de véritables réponses mais le tour de force c’est qu’elle donne envie de relire toute l’histoire en boucle, armé de nouvelles questions ou indices et que la déception laisse rapidement place à la satisfaction.
Le livre comme souvent chez Ankama (pour ne pas dire toujours) fait l’objet d’une très jolie réalisation éditoriale à ranger directement entre les livres Cornélius de Charles Burns. Je raffole aussi de ce genre de récits troublants qui donnent l’impression de malmener le lecteur pour mieux le séduire. Mission réussie !
Il y a dans les productions modernes quelque chose qui m'attire incontestablement et qui confirme le renouveau de la bd française réaliste. Le talent est quelque chose qui ne se commande pas. On peut dire que les auteurs qui nous avaient déjà impressionnés dans l'Envolée sauvage frappe encore une fois très fort. La maîtrise est aussi parfaite scénaristiquement que graphiquement. Il n'y a qu'à contempler la couverture pour percevoir le regard apeuré et triste de cet enfant maudit. On a tout de suite envie d'en savoir plus.
L'action se passe en mai 1968 au milieu d'une France qui se réveille et qui gronde entre barricades et manifestations. C'est dans ce tumulte qu'un jeune homme va se tourner vers son passé d'enfant adopté afin de connaître ses véritables origines. Cependant, il faudra se plonger dans les heures tristes de notre Histoire où l'on avait tondu à la Libération ces pauvres femmes qui avaient eu le malheur de s'amouracher de l'occupant nazi.
Un cadrage efficace, un trait précis, un scénario bien huilé: tout y est pour passer un agréable moment de lecture au rythme d'une aventure personnelle dans un contexte historique intéressant. Oui, ce récit émouvant et captivant est encore un coup de coeur !
Ajout à l'avis initial
Je viens enfin de terminer la lecture du second tome qui clos ce diptyque dont le premier tome m’avait passionné. Tous les ingrédients étaient présents pour passer un bon moment de lecture. A noter que le récit se concentre sur l’histoire des origines familiales de notre enfant maudit. Il n'y a pas de place à l’Histoire malgré le contexte de Mai 68.
J’avais deviné dans le premier volume qui était en réalité les parents de Gabriel. La réponse m’a été confirmée. Il est dommage d’avoir été privé de retrouvailles. Les chasseurs de nazi d’origine juive ne sont pas montrés sous leurs meilleurs aspects ce qui pourra faire grincer quelques mâchoires.
Sur le fond, les rebondissements sont bien orchestrés par le scénariste qui a maîtrisé son sujet. Certes, le second tome surprend par la direction prise mais cela ne déçoit pas. Le dessin m’est apparu comme très agréable. On va beaucoup voyager au travers de l’enquête menée et il n’y aura pas de temps mort.
Les enfants de mère française et père allemand ou autrichien ont été estimés à 200 000 pour l’hexagone. On parle peu souvent de leur souffrance. Avec cette bd, on est sensibilisé sur ce phénomène des enfants maudits.
Note Dessin : 4/5 – Note scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Seuls est à elle toute seule une série qui réalise un véritable tour de force.
Lequel ? Celui de proposer à un public adolescent voire plus jeune un univers tout à fait original et s’étoffant d’album en album sans prendre ses lecteurs pour des crétins et tout en proposant une intrigue tentaculaire.
C’est ainsi que la série désormais culte du productif Fabien Vehlmann et de Bruno Gazzotti pourrait être présentée à toute bonne âme disposée à rentrer dans un univers ouvertement fantastique et anxyogène rappelant quelques classiques comme l’insurmontable roman de Matheson « Je suis une légende », et quelques autres références dignes de Twilight Zone.
Le pitch est très simple et parfaitement exposé : on voit évoluer de jeunes enfants dans leur quotidien le plus banal au sein d’une ville de province en une fin de journée. Ils ne se connaissent pas mais vont se réveiller le lendemain dans une ville parfaitement vide et dénuée d’activité. Au fil de leurs pérégrinations, 5 d’entre eux vont se retrouver et tâcher de survivre dans un monde dans lequel les adultes ont disparu ainsi que l’école et toute règle sociale.
Que s’est-il passé ? Pourquoi des animaux sauvages prennent possession des rues ? Quel sont ces symboles rouges et ce monolithe noir et de quoi sera fait le lendemain ?
Pas besoin de zombies (quoique…) ou de futur post-apocalyptique pour mettre en scène un univers original et passionnant. Seuls n’est pas seulement une lecture de qualité pour le jeune public qui va s’affranchir de la bande dessinée de Bamboo vers un récit facile à lire (Velhmann est suffisamment malin pour ne perdre personne en route et prendre son temps pour développer son pitch) et agréable à suivre (Gazotti possède un trait issu de la ligne claire oscillant entre Franquin et Janry et découpe admirablement ses séquences) pour en faire un objet hautement recommandable.
Chaque tome apporte sa pierre à l’édifice en résolvant quelques énigmes et en reposant d’autres. Vehlmann se paye même le luxe d’imposer en douceur une satire sociale digne de « Sa majesté des mouches » sans complications inutiles ou superflues (le monde de « Seuls » n’est représenté que d’enfants parlant comme des enfants en phase avec le lectorat d’origine ciblé) mais les confronte à des éléments de survie et quelques situations inédites ou inconnues (alcool, usage d’armes à feu et confrontation avec la mort et la peur du silence).
Je n’étais vraiment pas convaincu à la lecture en pensant avoir à faire à une énième série mièvre pour enfants mais me suis vite pris au jeu de tant de suspens et d’interrogations. Les scènes d’action ne manquent pas à l’appel et le cocktail est vraiment réussi d’autant plus qu’on n’est vraiment pas pris pour des imbéciles.
Chaque tome constitue une véritable intrigue et pierre supplémentaire à l’édifice et se termine par un cliffhanger suffisamment bien troussé pour qu’on en redemande et les personnages sont suffisamment différents sans être trop stéréotypés pour que l’on puisse s’attacher à eux d’autant plus que leur caractère évolue au fil des tomes. A ce jour et après avoir refermé le 8ème tome, je ne suis toujours pas lassé de la tournure des évènements ce qui est plutôt bon signe.
Une idée de cadeau idéale pour les gosses de votre entourage que vous aurez envie de leur emprunter, ça ne m’était pas arrivé depuis les romans de J.K Rowling sur son petit sorcier myope.
Très belle surprise !
Cela faisait un moment que je voulais découvrir cet album et je n’ai pas été déçu.
L’univers graphique est incroyable. Les personnages et les décors sont très soignés. L’ensemble est très dynamique avec une approche assez cinématographique.
Ce magnifique visuel sert à merveille l’ambiance de la BD. L’atmosphère est pesante, les villageois sont isolés, à la merci des éléments ancestraux comme la forêt ou la lune. Les auteurs jouent subtilement avec le fantastique, distillé à petite touche, pour renforcer l’ambiance déjà inquiétante de ce conte.
L’intrigue est passionnante, j’ai avalé l’album d’une traite.
Le Signe de la Lune est une BD magnifique, à découvrir absolument.
Un grand bravo aux auteurs.
Et bien ! Je ne pensais vraiment pas accrocher à cette série là à ce point !
Lorsque j'ai emprunté le premier tome, j'étais plein d'a priori: pffffff...Une série de SF de plus, une jeune héroïne pimbèche invincible de plus, une série à rallonge de plus.....
Et en fait, j'ai adoré...Principalement parce qu'on ne s'ennuie pas, c'est di-ver-ti-ssant, plaisant, fluide, agréable, j'ai toujours passé de bons moments avec les différents tomes de cette série.
Alors, certes, les différents opus sont de qualité inégale, mais certains valent VRAIMENT le détour. Coup de coeur particulièrement pour les tomes 3, 6, 9, et 11.
Certains tomes offrent un scénario moins palpitant et travaillé, mais en contre partie, ils permettent d'en apprendre plus sur l'histoire de l'héroïne, Nävis, qui finalement n'est pas la jeune petite connasse insupportable que je m'imaginais.
Concernant les dessins, s'ils ne sont pas toujours originaux, reprenant parfois des classiques et des choses déjà vues, ils restent d'une qualité tout à fait honorable et la lecture est très fluide.
Sillage nous offre aussi une brochette de personnages accessoires attachants, intrigants, charismatiques: le général Rib'wund, Snivel, Bobo, le général Juaiz..et j'en passe...Tous apportent leur pierre à ce bel édifice.
Pour rendre cette lecture encore plus agréable, les auteurs ont glissé ça et là, parmi le langage Sillagien, de petits jeux de mots à saisir à l'occasion.
Une belle surprise, une vraiment très bonne série de SF.
(287)
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Donjon Crépuscule
Si cette époque de « Donjon » m’a insensiblement moins touchée, je ne peux pas la dissocier des autres et ne peux que lui accorder à elle aussi la note maximale. Pour ce qui fâche, tout d’abord il y a le graphisme des deux premiers tomes, qui est, il faut bien l’avouer, assez raté, ce n’est pas loin d’être du gribouillage, un trait épais et tremblotant, agrémenté de couleurs assez laides. Le troisième tome n’a plus rien à voir, affiné et joliment colorisé il est quant à lui, réussi. Quant au style de Karascoët qui prend la suite, il me convient, je l’apprécie comme j’ai apprécié tous les autres dessinateurs qui se sont attelés à cette fabuleuse série qu’est « Donjon ». Côte scénario c’est très différent des autres épisodes, la nostalgie prend place car on nous narre la fin de l’histoire, c’est triste, mais j’aime le principe des époques et j’ai tout autant été conquise par cette partie que par les autres, j’aime ce que Sfar et Trondheim ont décidé pour l’avenir de leurs personnages, vraiment uniques dans le monde de la bd. Ce qui m’a légèrement dérangée, c’est que j’ai parfois eu l’impression que les auteurs avançaient à tâtons, je précise tout de même que tout se tient, c‘est juste que ce récit m‘a paru un peu décousu par rapport aux autres donjons. Le rythme des sorties a beaucoup ralenti et c’est finalement la seule chose qui me chagrine vraiment. Suite et fin Même si certaines choses m'échappent car je n'ai pas relu tous les tomes précédents avant de me jeter dans ces deux derniers, je dirais qu'en tant que fin de "crépuscule" ça me convient. Par contre je passe ma note de culte à 4/5 car malgré sa grande richesse, cette série reste intrinsèquement inachevée. Par série j'entends absolument TOUS les donjons, car les différencier n'a pas de sens à mes yeux, même les Donjon monsters et ses histoires au tome par tome. Bref, ça laisse un goût amer qui aura du mal à passer, car la relecture sera très frustrante sachant tout ce qu'on ne saura jamais.
Sandman
Bon, allez, je me décide à commenter cette lecture quand bien même je n'en suis qu'à la lecture du troisième tome de la réédition intégrale de Urban. Mais là, il faut que je le dise : c'est une pure tuerie ! Voire mieux. C'est un chef-d’œuvre. Déjà, juste un mot sur l'édition Urban Comics, un véritable petit bijou qui compile les albums et qui nous rajoute plein de bonus, des galeries d'images ou des interviews, des compléments, des crayonnés, plein de détails supplémentaires. C'est pas indispensable, mais on y trouve des explications sur l'ensemble de la série par l'auteur en personne, et ça éclaire de façon magistrale cette série complexe. Ensuite, et pour éliminer tout de suite ce qui fâche, parlons du dessin. Car oui, c'est franchement moche. Enfin, tout dépend. Encore une fois, quand une œuvre présente un dessinateur différent à chaque histoire, il est presque impossible de qualifier le dessin. Certains sont potables, d'autres réussis, d'autres superbes (souvent les histoires très courtes et plus insignifiantes), globalement assez moche et pas agréable. Mais ça reste potable, notamment dans les constructions des pages. Le gros défaut, c'est qu'on retrouve en permanence des personnages qu'on a vu dans d'autres histoires, et lorsque les têtes changent énormément, c'est pas facile. Par contre, le reste ... C'est Neil Gaiman : prenant, inventif, superbement mis en scène, intriguant, innovant, poétique, beau ... Tout y est ! Mais vraiment tout ! J'adore la façon dont Neil Gaiman arrive à mélanger tant de choses diverses pour obtenir ce mélange final. Un univers complet, créé et cohérent, qui nous livre tout ce qu'il peut livrer. Chaque histoire présente autre chose, tout est intéressant. C'est un intérêt perpétuellement renouvelé que ces histoires. C'est des personnages extraordinaires, entre les héros et héroïnes, personnages secondaires qui reviennent à un moment ou à un autre dans une histoire où ils seront héros. C'est des intrigues qui se croisent, dans une savante orchestration. Parfaitement bien fait. C'est aussi le Rêve, un personnage excellent, a bien des facettes et qui aura un rôle différent dans chaque histoire, entre sauveur ou assassin, Deus Ex Machina ou victime. Le rêve est présenté sous bien des facettes. C'est enfin une flopée d'histoires, courtes ou longues, le tout mélangé, qui nous donne envie de lire encore une à chaque tome, rien qu'une encore puis on s'arrête. Dès que j'ai commencé à le lire, ce fut pire que des cacahuètes. Gaiman nous insuffle en plus une imagination débordante ! Rien que dans le premier tome ça foisonne d'excellentes idées, dans tous les sens. Et je ne parle pas de tous les aspects (féeriques, contes, morales, poésie, théâtre, historique) qu'on retrouve dans les histoires. Et puis, tous les mystères qui se créent et se dévoilent en permanence ... C'est superbe, c'est beau ! Quel grand auteur ! Je reconnais une chose : si vous n'arrivez pas à lire, je peux le comprendre. C'est un style d'histoire, et il faut vraiment apprécier le genre. Mais si vous avez tenu un tome et que ça vous plait, lisez tout le reste, c'est du même acabit. Je peux comprendre qu'on n'aime pas, et si vous n'y arrivez pas, ne forcez pas. Passez à autre chose. Pour tous les autres, lisez-le. C'est une série de BD qui m'a pris aux tripes et que je lis, relis avec le même enthousiasme, le même plaisir. Une série comme ça, ça ne se trouve pas tous les jours, sautez sur l'occasion ! Je suis littéralement scotché à cette BD et je crois bien que je serai accro définitivement. Du comme ça, je n'en avais encore jamais lu. C'est unique en son genre, et ça mérite toute l'attention qu'on peut lui accorder. Une œuvre culte, oui. Simplement culte. A lire.
Diagnostics
(Mal ?) Heureux celui qui connaîtra les affections du vagabondage en vésanie. Psychonaute ébahi, fuguant au contrepoint désenchanté du sans issue, bringuebalé selon les six mouvements fulgurants d’une sonate graphique polymorphe. Les sens dessus dessous. [Agnosie…] Assailli d’images aberrantes, hagard sous l’entrelacs mouvant du pandémonium rétinien d’Éva. [Claustrophobie…] Reclus de passage, empruntant l’oppression et le désespoir tandis que Soledad lui fera la visite chaotique et vertigineuse de sa prison séquentielle, infrangible. [Synesthésie…] Les yeux ivres du bruit, des onomatopées rémanentes ; hystérèse de sons matérialisés qui impriment la vue, envahissent l’esprit longtemps après leur genèse : un don ou peut-être une damnation pour Lola. [Aphasie…] Et puisque parler ne signifiera rien, lire. Lire avec Miranda. Lire encore. De toute part, dans tous les coins. Abreuvé à l’abondance des mots, de ses maux ; inondé d’écrits asphyxiant une histoire sans paroles et sans fin. [Akinétopsie…] Dans une sensation paradoxale de course figée, poursuivre. Le regard floué, comme pris au piège d’un kinétoscope capricieux corrompant la cinétique, hoquetant les trajectoires jusqu’à ne percevoir qu’un brouillard de sillages pointillés. [Prosopagnosie…] Pour se noyer, bouffé dans un anonymat universel. À l’instar d’Olivia, ne plus reconnaître personne au milieu de cette humanité kidnappée, banalisée par l’unie forme des voix, par ces visages qui délèguent les émotions à de chiches smileys basiques, ridicules. Maintenant, untel n’est qu’un jumeau perpétuel, et terrifiant… Glossaire exotique. Barbarie eurythmique de connexions au réel pathologiquement biaisées, habilement offerte au cœur de ces quotidiens opprimés et peu réjouissants. Des landerneaux profilés, incarnés par l’acte de scénographie, déconstruits selon la dynamique interne d’un tissu narratif transfigurant les fils de son langage. Lorsque le ramdam explose en bulles, que les sages cases muent en cages agitées, quand l’idiome bâillonne le récit en usurpant tout l’espace ou que les objets violent les frontières iconiques, la sémantique du Neuvième campe son meilleur rôle. Affranchi de ses carcans, le signifiant entre en résonnance avec le signifié. Les motifs expérimentaux rapportent, donnent corps aux symptômes, restituent visuellement chaque trouble mental, extériorisent un énoncé limpide de l’invisible qui éclaire instantanément la perception. Interprétations bien sûr ! Processus attaché à son irrésistible subjectivité, épargné d’une investigation rigoureuse, trop médicale. Au liseré de la psychanalyse, une bourlingue noologique et un exposé nosologique, évidents, (dé)figurés dans des tableaux provisoires, à vivre intensément. Cette esquisse de la démence ausculte, apostrophe, et hypnotise à travers son chromatisme changeant, d’un froid psychiatrique. Corsetant ses rares tonalités dans un gris étouffant. Des roses, bleus, jaunes aseptisés : vision dépolie. Le voile interposé, comme une ultime intention pudique, lorsque les victimes seront « foutues à poil » - littéralement si l’on s’en tient à l’introduction de chaque chronique (je vous laisse la surprise) - L’audacieux poussera loin, tenté aux hasards du décryptage métaphorique. Trop loin ? On s’accordera le droit d’esquiver cet exercice, quoique gratifiant, souventefois gonadoclaste. Il y a tant. « Diagnostics » sillonne son univers propre, conjugue les thèmes (fantastique, science-fiction, polar, intimisme…) et les styles, sous une signature artistique labile, aux cousinages de l’Indé métissé Nouveau Continent. En éprouvant les codes, la grammaire du médium, son laboratoire de papier aiguise le plaisir par l’introspection de la mécanique bande dessinée. Au-delà d’éventuels alibis pour triturer la lexicologie des planches, dans l’exploration de ces déséquilibres, il caresse la folie, tout simplement : relatant six héroïnes et leurs difficultés à exister, dévalant des routes à sens unique, irrémédiables. Une dramaturgie retenue et intelligente, belle à faire tressaillir la moelle épinière… Et à la clôture de ces évocations percutantes et désemparées, s’étonner à sourire. Singulier. Brillant.
Cinémastock
Je m'aperçois que je n'ai pas encore noté cette série de courts pastiches iconoclastes que je lisais pourtant dans les derniers numéros de Pilote que j'ai acheté en 1970-71 ; peu après, j'allais abandonner ce magazine qui m'avait tant diverti à cause d'une arrivée de nouveaux auteurs et nouvelles séries qui ne m'intéressaient pas vraiment. Mais ce duo de fous, Gotlib et Alexis, comment les oublier ? Les 2 compères se lancent dans une entreprise de démolition systématique de tous les mythes littéraires et cinématographiques avec une jubilation explosive ; on sent bien que ça les fait vraiment marrer de mettre en pièces tous ces classiques en accumulant les clichés les plus éculés. C'est un humour à la fois dévastateur et même gentiment irrévérencieux, mais aussi très potache, du Gotlib quoi... Contrairement à certaines autres compilations humoristiques de ce type, il n'y a pas vraiment de séquences inégales, toutes se valent à peu près, le lecteur aura plutôt des préférées, et les plus jeunes seront peut-être moins réceptifs devant ces sujets qui ne seront pas de leur génération (notamment la parodie sur Chapeau Melon & Bottes de cuir, une série TV peut-être oubliée pour les plus jeunes, mais pour les gens de ma génération, c'est très parlant). Pour ma part, j'ai un petit faible pour les parodies d'Hamlet et de Notre-Dame de Paris (avec une gueule de Quasimodo incroyable) qui sont les plus désopilantes ; celle des films de chevalerie n'est pas mal non plus, elle m'a rappelé plein de vieux films. L'humour fracassant de Gotlib est semblable à ce qu'on verra dans les premiers Superdupont, et le dessin semi-réaliste et esthétique d'Alexis qui donne de jolis physiques à ses héroïnes Esmeralda ou Marguerite Gautier, accentue le côté décalé de ces saynètes. Un vrai remède à la morosité, un grand moment de rire jouissif.
Des Nouvelles d'Alain
Cet album est-il réellement une bande dessinée ? En effet, la question peut se poser, étant donné que les dessins n’occupent qu’une part minoritaire de l’album, au milieu de photographies et de textes en pleine page. Mais ce serait vraiment chipoter. Car cet album est de toute façon une œuvre de salubrité publique. Une œuvre qui met des noms sur des termes génériques, qui nous montre l’envers d’un décor que les actualités évitent de mettre en avant faute de temps. La faute aussi à un certain nombre de préjugés, largement entretenus par un battage médiatique délétère et à de petits calculs électoralistes où le mesquin le dispute à la bêtise, sur fond de racisme. Mais le racisme naît de l’ignorance, c’est bien connu. C’est pourquoi cet album est nécessaire pour en combattre les certitudes. Les textes sont emplis d’humanisme et, par leur calme évidence, alliée aux rappels historiques et bibliographiques, tentent de mener un combat dépassionné au profit de ces éternels parias que sont les Roms (dont le génocide perpétré par les Nazis pendant la Seconde guerre mondiale n’a entraîné que peu de compassion – y compris en France). Sur des images quelque peu désespérantes, le travail d’Alain Keler permet finalement de ne pas désespérer de certains hommes, même s’il remet en question la notion d’humanisme. A lire !
Sin Titulo
Ouvrir Sin Titulo engage à oublier ses repères, à en perdre la notion et à l’appréhender comme une œuvre de Charles Burns. On compare souvent cet élégant ouvrage à l’italienne aux œuvres de Lynch période Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive mais c’est surtout à Donnie Darko dont la conclusion comme les voyages interdimensionnels me font écho, ça y est vous y êtes ? ;) Si vous continuez à lire mon humble point de vue, c’est que vous êtes réceptifs à ce style de récit, les autres peuvent facilement tourner la page ou cliquer ailleurs voir la Scarlett du jour. :) Cameron Steward, second couteau talentueux, a eu l’idée de prépublier cette œuvre « sans titre » sous forme d’épisodes sur internet. Le lire dans sa continuité aujourd’hui permet de se rendre compte sur papier de la beauté de son trait limpide et clair dans un ton sépia bichromique de toute beauté. Il a beau utiliser la méthode du gaufrier à 8 cases, la mise en scène inventive et l’incongruité des situations tient le lecteur en haleine du début à la fin sans connaître une baisse de rythme. En effet le lecteur est placé dans la peau de cet Américain moyen qui va tout mettre en œuvre pour découvrir quelle est cette séduisante jeune femme blonde en photo à côté de son grand-père récemment décédé. C’est le départ pour une histoire qui va mélanger rêves et réalité, personnages intrigants, violents et décalés et permettre un voyage en introspective au plus profond des souvenirs de Jake Mc Kay. Ce dernier va perdre la raison, ses attaches, son métier et sa propre identité au fil d’une histoire en apparence sans queue ni tête mais qui ira jusqu’aux extrêmes limites de la curiosité de Jake ainsi que de celle du lecteur. Il y a de l’étrange, de la violence mais également de la nostalgie et de la poésie tout au long d’une lecture limpide et réellement agréable. Qu’il est bon parfois de se laisser porter dans un monde sans repères mais pas sans intérêt. La conclusion peut décevoir au premier abord car elle repose plus de questions qu’elle n’apporte de véritables réponses mais le tour de force c’est qu’elle donne envie de relire toute l’histoire en boucle, armé de nouvelles questions ou indices et que la déception laisse rapidement place à la satisfaction. Le livre comme souvent chez Ankama (pour ne pas dire toujours) fait l’objet d’une très jolie réalisation éditoriale à ranger directement entre les livres Cornélius de Charles Burns. Je raffole aussi de ce genre de récits troublants qui donnent l’impression de malmener le lecteur pour mieux le séduire. Mission réussie !
L'Enfant maudit
Il y a dans les productions modernes quelque chose qui m'attire incontestablement et qui confirme le renouveau de la bd française réaliste. Le talent est quelque chose qui ne se commande pas. On peut dire que les auteurs qui nous avaient déjà impressionnés dans l'Envolée sauvage frappe encore une fois très fort. La maîtrise est aussi parfaite scénaristiquement que graphiquement. Il n'y a qu'à contempler la couverture pour percevoir le regard apeuré et triste de cet enfant maudit. On a tout de suite envie d'en savoir plus. L'action se passe en mai 1968 au milieu d'une France qui se réveille et qui gronde entre barricades et manifestations. C'est dans ce tumulte qu'un jeune homme va se tourner vers son passé d'enfant adopté afin de connaître ses véritables origines. Cependant, il faudra se plonger dans les heures tristes de notre Histoire où l'on avait tondu à la Libération ces pauvres femmes qui avaient eu le malheur de s'amouracher de l'occupant nazi. Un cadrage efficace, un trait précis, un scénario bien huilé: tout y est pour passer un agréable moment de lecture au rythme d'une aventure personnelle dans un contexte historique intéressant. Oui, ce récit émouvant et captivant est encore un coup de coeur ! Ajout à l'avis initial Je viens enfin de terminer la lecture du second tome qui clos ce diptyque dont le premier tome m’avait passionné. Tous les ingrédients étaient présents pour passer un bon moment de lecture. A noter que le récit se concentre sur l’histoire des origines familiales de notre enfant maudit. Il n'y a pas de place à l’Histoire malgré le contexte de Mai 68. J’avais deviné dans le premier volume qui était en réalité les parents de Gabriel. La réponse m’a été confirmée. Il est dommage d’avoir été privé de retrouvailles. Les chasseurs de nazi d’origine juive ne sont pas montrés sous leurs meilleurs aspects ce qui pourra faire grincer quelques mâchoires. Sur le fond, les rebondissements sont bien orchestrés par le scénariste qui a maîtrisé son sujet. Certes, le second tome surprend par la direction prise mais cela ne déçoit pas. Le dessin m’est apparu comme très agréable. On va beaucoup voyager au travers de l’enquête menée et il n’y aura pas de temps mort. Les enfants de mère française et père allemand ou autrichien ont été estimés à 200 000 pour l’hexagone. On parle peu souvent de leur souffrance. Avec cette bd, on est sensibilisé sur ce phénomène des enfants maudits. Note Dessin : 4/5 – Note scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Seuls
Seuls est à elle toute seule une série qui réalise un véritable tour de force. Lequel ? Celui de proposer à un public adolescent voire plus jeune un univers tout à fait original et s’étoffant d’album en album sans prendre ses lecteurs pour des crétins et tout en proposant une intrigue tentaculaire. C’est ainsi que la série désormais culte du productif Fabien Vehlmann et de Bruno Gazzotti pourrait être présentée à toute bonne âme disposée à rentrer dans un univers ouvertement fantastique et anxyogène rappelant quelques classiques comme l’insurmontable roman de Matheson « Je suis une légende », et quelques autres références dignes de Twilight Zone. Le pitch est très simple et parfaitement exposé : on voit évoluer de jeunes enfants dans leur quotidien le plus banal au sein d’une ville de province en une fin de journée. Ils ne se connaissent pas mais vont se réveiller le lendemain dans une ville parfaitement vide et dénuée d’activité. Au fil de leurs pérégrinations, 5 d’entre eux vont se retrouver et tâcher de survivre dans un monde dans lequel les adultes ont disparu ainsi que l’école et toute règle sociale. Que s’est-il passé ? Pourquoi des animaux sauvages prennent possession des rues ? Quel sont ces symboles rouges et ce monolithe noir et de quoi sera fait le lendemain ? Pas besoin de zombies (quoique…) ou de futur post-apocalyptique pour mettre en scène un univers original et passionnant. Seuls n’est pas seulement une lecture de qualité pour le jeune public qui va s’affranchir de la bande dessinée de Bamboo vers un récit facile à lire (Velhmann est suffisamment malin pour ne perdre personne en route et prendre son temps pour développer son pitch) et agréable à suivre (Gazotti possède un trait issu de la ligne claire oscillant entre Franquin et Janry et découpe admirablement ses séquences) pour en faire un objet hautement recommandable. Chaque tome apporte sa pierre à l’édifice en résolvant quelques énigmes et en reposant d’autres. Vehlmann se paye même le luxe d’imposer en douceur une satire sociale digne de « Sa majesté des mouches » sans complications inutiles ou superflues (le monde de « Seuls » n’est représenté que d’enfants parlant comme des enfants en phase avec le lectorat d’origine ciblé) mais les confronte à des éléments de survie et quelques situations inédites ou inconnues (alcool, usage d’armes à feu et confrontation avec la mort et la peur du silence). Je n’étais vraiment pas convaincu à la lecture en pensant avoir à faire à une énième série mièvre pour enfants mais me suis vite pris au jeu de tant de suspens et d’interrogations. Les scènes d’action ne manquent pas à l’appel et le cocktail est vraiment réussi d’autant plus qu’on n’est vraiment pas pris pour des imbéciles. Chaque tome constitue une véritable intrigue et pierre supplémentaire à l’édifice et se termine par un cliffhanger suffisamment bien troussé pour qu’on en redemande et les personnages sont suffisamment différents sans être trop stéréotypés pour que l’on puisse s’attacher à eux d’autant plus que leur caractère évolue au fil des tomes. A ce jour et après avoir refermé le 8ème tome, je ne suis toujours pas lassé de la tournure des évènements ce qui est plutôt bon signe. Une idée de cadeau idéale pour les gosses de votre entourage que vous aurez envie de leur emprunter, ça ne m’était pas arrivé depuis les romans de J.K Rowling sur son petit sorcier myope.
Le Signe de la Lune
Très belle surprise ! Cela faisait un moment que je voulais découvrir cet album et je n’ai pas été déçu. L’univers graphique est incroyable. Les personnages et les décors sont très soignés. L’ensemble est très dynamique avec une approche assez cinématographique. Ce magnifique visuel sert à merveille l’ambiance de la BD. L’atmosphère est pesante, les villageois sont isolés, à la merci des éléments ancestraux comme la forêt ou la lune. Les auteurs jouent subtilement avec le fantastique, distillé à petite touche, pour renforcer l’ambiance déjà inquiétante de ce conte. L’intrigue est passionnante, j’ai avalé l’album d’une traite. Le Signe de la Lune est une BD magnifique, à découvrir absolument. Un grand bravo aux auteurs.
Sillage
Et bien ! Je ne pensais vraiment pas accrocher à cette série là à ce point ! Lorsque j'ai emprunté le premier tome, j'étais plein d'a priori: pffffff...Une série de SF de plus, une jeune héroïne pimbèche invincible de plus, une série à rallonge de plus..... Et en fait, j'ai adoré...Principalement parce qu'on ne s'ennuie pas, c'est di-ver-ti-ssant, plaisant, fluide, agréable, j'ai toujours passé de bons moments avec les différents tomes de cette série. Alors, certes, les différents opus sont de qualité inégale, mais certains valent VRAIMENT le détour. Coup de coeur particulièrement pour les tomes 3, 6, 9, et 11. Certains tomes offrent un scénario moins palpitant et travaillé, mais en contre partie, ils permettent d'en apprendre plus sur l'histoire de l'héroïne, Nävis, qui finalement n'est pas la jeune petite connasse insupportable que je m'imaginais. Concernant les dessins, s'ils ne sont pas toujours originaux, reprenant parfois des classiques et des choses déjà vues, ils restent d'une qualité tout à fait honorable et la lecture est très fluide. Sillage nous offre aussi une brochette de personnages accessoires attachants, intrigants, charismatiques: le général Rib'wund, Snivel, Bobo, le général Juaiz..et j'en passe...Tous apportent leur pierre à ce bel édifice. Pour rendre cette lecture encore plus agréable, les auteurs ont glissé ça et là, parmi le langage Sillagien, de petits jeux de mots à saisir à l'occasion. Une belle surprise, une vraiment très bonne série de SF. (287)