Ne vous fiez pas aux apparences, derrière ses allures de conte délicat, Beauté cache en son sein intérieur bien plus de trésors que les apparats auxquels son titre et son trait naïf se prêtent.
Il faut dire que du duo Kerascoêt dont je connaissais déjà le travail sur deux tomes (de mémoire) de Donjon Crépuscule et surtout le cruel et surprenant « Jolies ténèbres », je ne pouvais guère m’attendre à un récit aseptisé.
C’est cette fois sous la bonne inspiration de Hubert que ce duo prête son talent à une histoire à l’apparence enfantine mais bien sombre…
Hubert connait ses classiques pour mieux les détourner. On n’échappe pas ainsi à la destinée morose de Morue, ainsi nommée pour sa laideur et surtout ses forts relents d’écailleuse de poissons.
Exploitée par sa vilaine marraine, elle aspire à une destinée toute autre, simplement être appréciée et trouver un amoureux.
Ce vœu va être en partie exaucé lorsque Morue délivrera une fée d’un sort funeste.
Elle va devenir belle tout simplement mais attention son physique ne change pas, c’est le regard de tout autre être masculin comme féminin qui va être modifié et la considérer comme la plus belle femme suscitant convoitise et jalousie.
Dès lors, l’astuce géniale des auteurs est d’alterner entre les deux apparences de Morue (rebaptisée Beauté par la même occasion) selon le point de vue adopté pour n’en faire qu’une seule et même personne pour le lecteur. Le procédé est bluffant et sert une histoire qui ne va pas manquer de bouleversements (les hommes la désirent au point d’en devenir fous et les femmes veulent sa mort).
Contrairement à certains avis lus ici et là, j’ai trouvé le pitch sur la relativité de la beauté intéressant à plus d’un égard. Non seulement Hubert truffe son récit de rebondissements incessants mais il offre une réflexion sur les apparences tout à fait habile. Les personnages secondaires entre la princesse Claudine, Eudes et le fameux Roi Sanglier sont détaillés au-delà des stéréotypes et plutôt bien construits. Il y a un véritable souffle sur l’ensemble de ce récit qui n’hésite pas à faire évoluer son personnage principal sur plusieurs époques.
La bonne fée ayant accordé la beauté à Morue est loin des clichés des films de Disney car son but avoué est de semer le chaos parmi les hommes par pure vengeance personnelle ! Aucun doute d’être déçu sur l’issue de son projet ! :)
Le dessin est juste magnifique. Si le découpage est parfois abrupt, la voix off apporte un peu d’ironie (la sexualité trouble du conseiller du Roi Sanglier par exemple), on passe d’une époque à une autre, d’un environnement à un autre avec une belle aisance.
Je dois dire être plutôt impressionné par le trait de ce duo. Il s’agit de vignettes expressives au trait rond et avec un sens du détail pas forcément perceptible au premier abord.
Les couleurs employés sont flamboyantes tout en rappelant une utilisation similaire sur les œuvres de Trondheim et de Bruno, deux écoles que j’apprécie fortement.
Reste le cruel choix pour déguster ce chaos : en tomes séparés et en couleur ou en intégrale bichromique (noir et bronze), chacune des versions possède son charme indéniable et je n’ai su trancher, me repaissant des deux éditions.
A noter que l’édition intégrale dispose également d’un épilogue inédit de 4 pages pas forcément indispensable mais complétant bien de façon ironique la morale pas si manichéenne de ce récit indispensable !
Néanmoins et quel que soit votre choix, peu de chance d’en sortir déçu !
Une nouvelle histoire de tueur en série... Mais cette fois-ci, plutôt originale, puisqu'Enrique est un enseignant de haut vol, spécialisé dans la représentation de la souffrance et de la cruauté dans l'art, qui se met à tuer... par pur souci d'esthétisme.
Chacun de ses meurtres, soigneusement préparé, se présente comme une oeuvre d'art, une pièce unique, qui fera parler de lui, mais aussi de ses victimes, parfois choisies au hasard, parfois sélectionnées avec soin. La froideur du tueur fait froid dans le dos, et se dire que la façon dont il opère pourrait être vraie, encore plus. Antonio Altarriba, qui s'était fait remarquer avec L'Art de voler, récidive dans le récit aussi glaçant que prenant : après l'art de voler, celui de tuer...
Son complice est cette fois Keko, Espagnol lui aussi, lequel propose un style graphique assez différent de celui de La Protectrice. Exit les trames, place à un noir et blanc (avec une touche de couleur, et non des moindres) plus classique, mais d'une efficacité redoutable dans sa recherche de réalisme.
Glaçant, donc, mais il manque une touche d'oppression pour être vraiment touché par l'ambiance.
Waouw, quel pied ! Luc Brunschwig a vraiment bien fait de ne pas lâcher l’affaire et de reprendre plus de 10 ans après son scénario d’Urban Games et de l’étoffer pour notre plus grand bonheur. J’avais déjà beaucoup apprécié le premier tome, mais j’ai dévoré le deuxième.
L’histoire pour moi est originale (mais je ne suis pas une grande spécialiste en science-fiction). Luc Brunschwig et Roberto Ricci ont créé un monde imaginaire dans lequel je rentre sans aucun problème. Les personnages sont attachants et on suit avec intérêt le parcours de ce bon gros nounours un peu naïf qui débarque de sa campagne pour faire partie des Urban Interceptors et de ce gamin qui n’attend qu’une chose, pouvoir senfuir pour découvrir la ville et se retrouve finalement totalement perdu. Je me suis tellement attachée aux personnages que j’avoue que la fin du deuxième tome m’a mis les larmes aux yeux… mais je n’en dirai pas plus.
Et que dire des dessins de Roberto Ricci ? Contrairement à Telenk0, je trouve les couvertures sublimes et c’est celle du tome 1 qui m’a donné envie en premier d’ouvrir l’album. Le dessin est très fouillé, il fourmille de détails (quel bonheur d’essayer de reconnaître tous ces personnages costumés) mais est néanmoins très clair. Les couleurs sont magnifiques et participent bien à l’atmosphère qui se dégage du dessin, un peu sombre (tout n’est pas rose à Monplaisir)… sauf quand on accède au « Nirvana », second niveau de loisirs de Monplaisir réservé aux personnes plus aisées financièrement, où tout s’illumine subitement.
Bref, un petit bijou qui mérite pour moi un « culte » sans aucun problème. On verra si la suite tient les promesses des deux premiers tomes… En tout cas, j’ai hâte !!!
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Après lecture du tome 3, ma note reste la même. Avant de lire le troisième, j'ai relu les deux premiers et la fin du deuxième tome m'a fait le même effet que la première fois, alors que l'effet de surprise n'était plus là. Du tout bon ! Et le troisième ne m'a absolument pas déçu. Le dessin de Roberto Ricci est toujours aussi bon et pour ce qui est du scénario, je n'ai qu'une seule envie... connaitre la suite !!!!
"Le tueur" est une série qui fait du bien.
Entendons-nous :
Son métier est détestable, ses idées souvent également.
Mais dans ce marasme politiquement correct, où seules les idées gauchistes ont valeur morale, cela fait du bien de lire quelque chose de différent, avec un salaud qui s'assume sans en faire trop, qui balance quelques idées justes tout en se trompant parfois.
Le dessin est impeccable, et tourne au sublime au fur et à mesure que le dessinateur maitrise de mieux en mieux la couleur par ordinateur. Plus la série avance et plus elle est jolie à regarder.
L'histoire est prenante, mais décline un peu sur la fin, ce qui est normal ; le 13ème et dernier tome est donc un peu décevant, mais c'est tout de même 1000 fois plus intéressant à lire que certaines nouvelles séries prétendues crapoteuses comme Red Skin qui font "pshiiiit" au bout de quelques pages.
Vous en aurez pour votre argent, pour l'histoire comme pour le dessin.
Une vraie réussite, qui s'achève au bon moment, avant de lasser.
Bravo aux auteurs, et merci pour ces bons moments :-))
L'ouvrage est beau, les dessins sont beaux. L'image est dynamique, les couleurs agréables mais le vrai plus de cet ouvrage, c'est l'immersion dans la tête du personnage.
On croirait un peu suivre rorschach dans watchmen.
Il nous livre ses pensées les plus profondes, nous fait partager jusqu'à ses sensations et c'est très bien écrit, les mots sont bien choisit, les phrases sont belles, mi philosophiques, mi poétique les mots se laissent avaler tous seuls par le lecteur.
On souffle peu dans cette BD. Juste le temps de prendre sa respiration : On entre dans la peau de Solo, on devient solo. C'est palpitant de vie et d’énergie.
Un album à déguster
Ayant relu tout le cycle récemment je reste sur une note plus positive qu'auparavant. A l'époque il y avait un je ne sais quoi qui me faisait bloquer, en fait je trouvais tout cela bien complexe.
Aujourd'hui j'ai pris un réel plaisir a me plonger dans cet univers oh combien riche à tous les points de vue.
Tome 1: La découverte d'un graphisme hors norme avec une véritable recherche tant du point de vu architectural, que de la faune , de la flore, des moyens de déplacement, des vêtements (ah l'art du noué!), tout y est! Et puis il y a l'histoire ou deux pouvoirs s'affrontent avec une héroïne issue de l'un deux que l'on adore détester. Cyann est une enfant gâtée, désagréable voir malveillante qui ne laisse que très peu entrevoir l'humanité de ses sentiments. Ce tome met en place tous les éléments de l'histoire à venir et s'il faut un peu s'accrocher avec tout ces personnages, cela permet une immersion dans ce monde futuriste.
Tome 2: Aussi magnifique graphiquement que le premier (et je n'avais encore rien dit sur la colorisation parfaite), les auteurs nous entrainent sur une planète différente ou la aussi ils s'en donnent a coeur joie. Ca foisonne de partout, l'histoire avance, donne des réponses à des questions posées dans le premier tome. Les personnages s'épaississent, Cyann murit, et même si l'on ne se refait pas, elle prend de la consistance, devient plus adulte.
Tome 3: Encore une nouvelle planète! ce qui permet là aussi un visuel exceptionnel. La couleur encore très présente est cependant moins tranchée. Cyann partage la tête d'affiche avec Aïeïa (facile à dire non?) qui n'est pas un modèle parfait mais permet a Cyann de grandir encore. Je trouve cet album plus dur que les précédents notamment dans les situations qu'il décrit ainsi qu'un niveau de langage à ne pas mettre sous tous les yeux .
Tome 4: Si je vous disais que nous sommes à nouveau sur une autre planète. En même temps c'est un des thèmes principaux de l'histoire. Idem que pour les autres avec un petit plus concernant le type de société qui y est décrit, une sorte d'allégorie poussée à l'extrème d'un monde futur bien possible. L'histoire est fluide même si l'empire s'en mêle.
Tome 5: Toujours que du bon (ah les sauts dans le temps et l'espace, tout reste néanmoins compréhensible et pas fumeux). On a hâte de voir cette histoire se conclure.
Au final pas de note ultime, j'attendrais la fin et à condition qu'elle ne soit pas tirée par les cheveux ou faisant intervenir je ne sais quelle entité divine grandguignolesque, je mettrais le culte.
Un scénario intelligent, parfaitement maitrisé et des dessins au delà de l'au delà, à lire ou relire d'urgence.
Majoration après la sortie du dernier tome de la série.
Et bien non, je laisse ma note en l'état. Comme je l'avais dit plus haut la fin ne me satisfait pas assez pour que je donne l'excellence. En fait je suis un poil déçu de voir Cyann atterrir sur cette planète peuplée par des babas cool futuristes en complète OsmOse avec leur environnement. Il ne se passe à vrai dire pas grand chose et même si le visuel est très soigné, nous sommes très loin du foisonnement pictural et tellement inventif du premier tome.
Usure du temps? Dans tous les cas cela reste une belle et bonne histoire dont le final est presque plan plan.
Ce qu' il y a de bien dans la bande dessinée d'aujourd'hui, c'est qu'elle fait preuve d'inventivité et d'audace ; la preuve en est cette Bd qui n'aurait jamais pu se faire il y a encore 25 ou 30 ans, son sujet étant grave. Il est intéressant de voir comment un scénariste peut raconter un tel sujet sans contrainte et avec beaucoup de pudeur, on mesure alors le chemin parcouru dans notre société, car les idéologies et idées reçues de cette société du début des années 70 étaient tellement différentes, beaucoup de jeunes gens ne se rendent pas compte du progrès accompli.
Au départ, je pensais vraiment m'emmerder avec un tel récit, moi qui suis un lecteur plutôt tourné vers l'aventure, l'historique et accessoirement le fantastique ; les sujets du quotidien m'ennuient d'une force, surtout au cinéma, je les fuis ; mais en BD, je suis plus réceptif et curieux de tout. Au final, j'ai été agréablement surpris de découvrir un récit touchant, sensible et joliment conté, avec une héroïne attachante ; tout est asséné de façon intelligente, sans maladresse , ça sonne vrai et ça me rappelle un peu une époque que j'ai connue, quoique au début des 70's, j'étais encore pré-ado, mais je sais que l'avortement était très mal vu dans les familles, qu'elles soient bourgeoises, ouvrières ou riches.
Si le tout paraît si authentique, c'est non seulement que la narration est habile, en sachant bien capter cette période, mais aussi le contexte d'époque est bien restitué et admirablement traduit par le dessin fin et agréable de Pierre Wachs que je connaissais surtout pour ses séries historiques comme Les Tentations de Navarre ou Marie Tempête... Un joli one-shot qui saura certainement plaire à un public féminin, plus réceptif à ce genre de sujet.
Une nième série sur les zombies éditée par Soleil cette fois et dont le titre principal et la couverture du premier tome ne peuvent tromper sur le contenu. On pense tout de suite refermer l’ouvrage tant le sujet convenu a été rabâché jusqu’au dégoût sur tous les médias.
De ma première claque dans le genre par le film "Zombie – Dawn of the Dead" de Romero à la saga Walking Dead qui n’ont, à ce jour selon moi, pas été surpassés.
Sachant que ces deux monuments ont été copiés, remakés, voire adaptés, que peut-on attendre de cette nouvelle œuvre ? Et bien déjà une approche un peu plus européenne que ce soit dans le traitement du dessin, fort joli et bien mis en scène ou dans le traitement de l’histoire par voix off et qui rappelle à juste titre cet autre chef d’œuvre que je vous recommande en nouvelle : "Je suis une Légende" par Richard Matheson. Le héros ici n’en est pas un et on peut douter de sa santé morale. Bel exemple contemporain de la réussite professionnelle et familiale (il est gros, séparé et promu gérant de son Mac Donalds !!!), cet homme va rapidement s’adapter à son environnement que l’on devine hostile et immoral, évoluant seul tel un pion dans l’échiquier et tour à tour traqueur et fugitif.
Sa rencontre avec un enfant de 12 ans va lui redonner un sens à une vie qu’il sent condamnée, mu par l’espoir de retrouver sa propre fille et un semblant d’espoir dans une existence dont il a oublié les règles.
Pour le coup on ne sait trop vers quelle issue fatale ou pas les auteurs vont nous amener et c’est ce qui maintient un intérêt qu’on devine croissant malgré le peu de pages et son cliffhanger inattendu. C’est également ce qui caractérise ce thème populaire : les histoires de zombies sont forcément cruelles et celle-ci ne déroge pas à la règle.
Les reproches à faire sont que la progression de l’intrigue est à la fois trop rapide et pas assez détaillée mais l’excellente utilisation de la voix off permet de s’attacher et c’est un excellent compromis entre un Walking Dead de plus haut niveau immersif certes, mais à la fois à la narration beaucoup plus lente car développée sur plus de 100 chapitres…
Difficile de savoir si la qualité sera encore au rendez-vous (en espérant également que Soleil n’abandonnera pas cette belle série) mais pour une fois qu’une œuvre portant sur les zombies peut intéresser un lectorat étendu et est aussi bien réalisée, il serait difficile de bouder son plaisir de lecture et le pari de coexister dans ce registre particulier sans en dénaturer les originies ni sans copier trop d’œuvres américaines vaut aisément un coup de cœur agrémenté d’un 3/5 qui ne demande qu’à être augmenté.
EDIT : A présent que le premier cycle de cette série est achevée, il est enfin temps d’éditer cet avis qui ne concernait que le premier tome et s’est vu compléter par un tome 0 et 2 autres albums sans tenir compte du spin-off « "Zombies Néchrologies" ».
Le dessin de Sophian Cholet s’est amplement amélioré, l’auteur mettant un soin particulier à affiner les détails et à multiplier les vignettes comme les plans amples. La couleur en pastel orangée rappelle littéralement un lever ou coucher de soleil constant (référence à la traduction littérale de « Dawn of the Dead » de Romero ?) faisant baigner l’ensemble dans une palette bien plus chaude que l’univers putride décrit.
Et voici à la fois le point faible et fort de cette série. D’un côté l’ensemble est très prenant mais d’un autre, une certaine noirceur inhérente à ce genre de récit post apocalyptique fait défaut. Ici on a l’impression que la plupart des personnages sont pétris de bonnes intentions. On passe aussi rapidement d’un groupe à un autre. Plusieurs groupes ? Oui ici les humains s’entendent « presque » tous ensemble et aiment porter des t-shirts de groupes ou de films connus. Autant dire qu’on est aux antipodes d’une série comme Walking Dead.
Par contre, Olivier Péru n’oublie pas qu’on évolue dans une série pessimiste… C’est en effet la grande force de cette série. Alors que tout pourrait paraître confortable et finalement peu stressant, il n’a pas son pareil pour redistribuer les cartes et bouleverser les rôles de personnages que l’on aurait pu croire comme étant « protégés ». Il y a également une belle part d’humour noir qui arrive toujours au moment le plus inattendu comme si Péru annihilait tout espoir.
L’ensemble forme donc un tout cohérent de grande qualité dont il ne faudrait pas se priver tant cette série a un potentiel de relecture bien plus important que d’un Walking Dead dont on finit invraisemblablement par se lasser.
A noter que le tome 0 peut se lire comme un one shot à part entière en relatant le début de l’apocalypse par un des personnages clés de cette aventure. Sophian Cholet laisse volontiers sa place au profit d’un Léoni tout aussi convaincant si ce n’est davantage pour les scènes d’action et de tension. C'est d'ailleurs mon tome préféré à ce jour !
Très divertissant à défaut d’être révolutionnaire et inspiré, si vous êtes fans de zombies, ruez-vous sur cette collection.
Ça y est, la série du Cycle de Cyann est terminée, je peux enfin me forger un avis sur sa totalité.
C'était il y a 20 ans que j'étais complètement tombé sous le charme de la planète Olh et de sa civilisation fouillée et détaillée présentée dans le premier tome de la série, la SOurce et la SOnde. Un graphisme incroyable, un monde on ne peut plus fouillé et détaillé, un scénario à l'échelle humaine, bien construit et agréable, des dessins grandioses, des personnages attachants et une fin poignante. J'attendais la suite avec impatience.
3 ans plus tard, l'essai était transformé avec le second tome, Six Saisons sur IlO, avec la découverte d'une nouvelle planète et une intensification du récit avec la révélation du Grand Orbe qui allait être au cœur de l'intrigue du reste de la série, le tout approfondi par le hors-série encyclopédique qu'était la Clé des Confins.
Sur ces deux albums, le graphisme était superbe, totalement abouti techniquement et présentant un soin et un travail de recherche assez énormes.
Il a fallu ensuite attendre 8 ans pour voir sortir Aieia d'Aldaal et pour que je commence à douter un peu. J'y appréciais la découverte d'une nouvelle planète, très originale et intéressante cette fois encore, le graphisme était toujours aussi beau, mais le récit plus linéaire et sa fin un peu embrouillée lui donnaient moins de charme qu'aux tomes précédents. Il laissait le goût d'un album de transition.
2 ans plus tard, la couverture du tome les Couleurs de Marcade m'a largement refroidi. Elle a été modifiée depuis la première édition mais je la trouve toujours aussi décevante en comparaison de celles des tomes précédents. Le graphisme des planches lui aussi m'a soudainement déçu. J'y découvrais en effet un tic graphique que François Bourgeon allait utiliser également dans ses tomes suivants, à savoir ce qui me semble être une utilisation de l'informatique pour placer les éléments de son dessin, personnages ou décors, avec quelques copier-coller et des effets de zoom desquels résulte un encrage parfois très différent d'une case à la suivante, voire dans la même case : parfois très gros, comme trop rapproché ou grossier, parfois très fin. Je trouve cette inégalité de trait inesthétique, surtout quand on fait la comparaison avec la beauté des premiers tomes.
Quant au scénario, il devenait soudain beaucoup plus confus, plus complexe, et je commençais à m'y perdre.
5 ans plus tard, les Couloirs de l'Entretemps me faisait quasiment le même effet. Encore une fois assez déçu même si je suivais toujours les aventures de Cyann avec intérêt et curiosité et si j'étais heureux de la voir revenir sur des éléments et dans des lieux rencontrés dans le premier tome qui m'avait tant séduit. Mais je commençais à être sérieusement perdu dans le scénario.
Et voilà qu'aujourd'hui est sorti le 6e et dernier tome de cette saga. Ma première lecture fut appréciable. J'y retrouvais les petits défauts du nouveau style graphique de Bourgeon mais la visite de la fameuse Aldalarann m'a bien plu sur le plan visuel. Au niveau du scénario, après une entame dans la continuité des deux tomes précédents avec retour sur la planète Marcade, on assiste à une longue et belle mise en place de la conclusion de la saga. Et cette conclusion m'a totalement satisfait sur le coup.
J'ai alors pris le temps et le plaisir de relire la série dans son ensemble et d'enfin constater que tous les éléments qui me paraissaient confus et obscurs dans les 4e et 5e tomes s'assemblaient parfaitement avec le reste pour former quelque chose de cohérent et captivant malgré une réelle complexité (ce qui est chose assez courante dans les récits mettant en scène des voyages dans le temps). Bref, le scénario tient vraiment la route et balaie mes déceptions et doutes le concernant.
Je salue avec cette série la beauté et l'aspect fouillé de son univers intensément travaillé et imaginé par ses auteurs, ses planètes que l'on visite et qui sont si différentes et si intéressantes, la grande beauté de son graphisme, surtout sur les deux premiers tomes et malgré les défauts des tomes 4 et 5 à mes yeux, et enfin la façon dont le scénario s'agence et fait preuve d'originalité et de complexité.
Une grande oeuvre et un univers merveilleusement fignolé auxquels Bourgeon et Lacroix auront su donner vie et forme de bout en bout. Chapeau !
Il aura fallu deux ans de travail à Olivier Supiot pour venir à bout de cette œuvre.
C'est la première fois à ma connaissance que l'auteur place l'un de ses récits dans le cadre de la Première Guerre Mondiale, période fréquemment exploitée en bandes dessinées et notamment cette année, qui célèbre le centenaire du début de cet effroyable conflit et qui voit les hommages en tous genres se multiplier.
Comme de coutume avec M. Supiot, le traitement des couleurs est absolument admirable. Certaines planches en double page sont fantastiques, les visions de silhouettes spectrales de soldats perdus au milieu des ruines et des gravats renvoient à une impression d'irréalité que devaient sûrement ressentir les anonymes perdus au milieu d'un conflit qui les dépasse. Rien que pour ce genre de moments, cet album force le respect et mérite l'attention.
L'histoire est bien traitée et progresse bien. Finalement, on quitte assez rapidement le ciel pour s'intéresser à la terre et se plonger dans la boue des tranchées. Le personnage d'Hubert est relativement attachant et c'est avec intérêt qu'on l'accompagne dans son parcours, son ascension puis sa chute et c'est naturellement que l'on s'attriste en découvrant ses blessures, qu'elles soient physiques ou morales.
Cependant, outre son manque d'originalité (les lecteurs étant familiers de ce contexte et l'angle choisi n'étant pas particulièrement novateur), on reprochera un final un peu rapide, ponctué d'éléments qui semblent surgir de nulle part. Certains ingrédients de l'intrigue auraient pu être mieux amenés je pense et la psychologie de certains personnages secondaires plus développée, histoire de ne pas déboussoler le lecteur. En revanche, la dernière planche, conclusion du récit, ne manque pas de charme et nous laisse sur une note douce-amère.
Quoiqu'il en soit, voici un bel album, empreint de poésie (comme toujours avec Supiot) et de nostalgie, très bien servi par cette empreinte graphique particulière et ces couleurs si sensibles. A découvrir !
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Ne vous fiez pas aux apparences, derrière ses allures de conte délicat, Beauté cache en son sein intérieur bien plus de trésors que les apparats auxquels son titre et son trait naïf se prêtent. Il faut dire que du duo Kerascoêt dont je connaissais déjà le travail sur deux tomes (de mémoire) de Donjon Crépuscule et surtout le cruel et surprenant « Jolies ténèbres », je ne pouvais guère m’attendre à un récit aseptisé. C’est cette fois sous la bonne inspiration de Hubert que ce duo prête son talent à une histoire à l’apparence enfantine mais bien sombre… Hubert connait ses classiques pour mieux les détourner. On n’échappe pas ainsi à la destinée morose de Morue, ainsi nommée pour sa laideur et surtout ses forts relents d’écailleuse de poissons. Exploitée par sa vilaine marraine, elle aspire à une destinée toute autre, simplement être appréciée et trouver un amoureux. Ce vœu va être en partie exaucé lorsque Morue délivrera une fée d’un sort funeste. Elle va devenir belle tout simplement mais attention son physique ne change pas, c’est le regard de tout autre être masculin comme féminin qui va être modifié et la considérer comme la plus belle femme suscitant convoitise et jalousie. Dès lors, l’astuce géniale des auteurs est d’alterner entre les deux apparences de Morue (rebaptisée Beauté par la même occasion) selon le point de vue adopté pour n’en faire qu’une seule et même personne pour le lecteur. Le procédé est bluffant et sert une histoire qui ne va pas manquer de bouleversements (les hommes la désirent au point d’en devenir fous et les femmes veulent sa mort). Contrairement à certains avis lus ici et là, j’ai trouvé le pitch sur la relativité de la beauté intéressant à plus d’un égard. Non seulement Hubert truffe son récit de rebondissements incessants mais il offre une réflexion sur les apparences tout à fait habile. Les personnages secondaires entre la princesse Claudine, Eudes et le fameux Roi Sanglier sont détaillés au-delà des stéréotypes et plutôt bien construits. Il y a un véritable souffle sur l’ensemble de ce récit qui n’hésite pas à faire évoluer son personnage principal sur plusieurs époques. La bonne fée ayant accordé la beauté à Morue est loin des clichés des films de Disney car son but avoué est de semer le chaos parmi les hommes par pure vengeance personnelle ! Aucun doute d’être déçu sur l’issue de son projet ! :) Le dessin est juste magnifique. Si le découpage est parfois abrupt, la voix off apporte un peu d’ironie (la sexualité trouble du conseiller du Roi Sanglier par exemple), on passe d’une époque à une autre, d’un environnement à un autre avec une belle aisance. Je dois dire être plutôt impressionné par le trait de ce duo. Il s’agit de vignettes expressives au trait rond et avec un sens du détail pas forcément perceptible au premier abord. Les couleurs employés sont flamboyantes tout en rappelant une utilisation similaire sur les œuvres de Trondheim et de Bruno, deux écoles que j’apprécie fortement. Reste le cruel choix pour déguster ce chaos : en tomes séparés et en couleur ou en intégrale bichromique (noir et bronze), chacune des versions possède son charme indéniable et je n’ai su trancher, me repaissant des deux éditions. A noter que l’édition intégrale dispose également d’un épilogue inédit de 4 pages pas forcément indispensable mais complétant bien de façon ironique la morale pas si manichéenne de ce récit indispensable ! Néanmoins et quel que soit votre choix, peu de chance d’en sortir déçu !
Moi, assassin
Une nouvelle histoire de tueur en série... Mais cette fois-ci, plutôt originale, puisqu'Enrique est un enseignant de haut vol, spécialisé dans la représentation de la souffrance et de la cruauté dans l'art, qui se met à tuer... par pur souci d'esthétisme. Chacun de ses meurtres, soigneusement préparé, se présente comme une oeuvre d'art, une pièce unique, qui fera parler de lui, mais aussi de ses victimes, parfois choisies au hasard, parfois sélectionnées avec soin. La froideur du tueur fait froid dans le dos, et se dire que la façon dont il opère pourrait être vraie, encore plus. Antonio Altarriba, qui s'était fait remarquer avec L'Art de voler, récidive dans le récit aussi glaçant que prenant : après l'art de voler, celui de tuer... Son complice est cette fois Keko, Espagnol lui aussi, lequel propose un style graphique assez différent de celui de La Protectrice. Exit les trames, place à un noir et blanc (avec une touche de couleur, et non des moindres) plus classique, mais d'une efficacité redoutable dans sa recherche de réalisme. Glaçant, donc, mais il manque une touche d'oppression pour être vraiment touché par l'ambiance.
Urban
Waouw, quel pied ! Luc Brunschwig a vraiment bien fait de ne pas lâcher l’affaire et de reprendre plus de 10 ans après son scénario d’Urban Games et de l’étoffer pour notre plus grand bonheur. J’avais déjà beaucoup apprécié le premier tome, mais j’ai dévoré le deuxième. L’histoire pour moi est originale (mais je ne suis pas une grande spécialiste en science-fiction). Luc Brunschwig et Roberto Ricci ont créé un monde imaginaire dans lequel je rentre sans aucun problème. Les personnages sont attachants et on suit avec intérêt le parcours de ce bon gros nounours un peu naïf qui débarque de sa campagne pour faire partie des Urban Interceptors et de ce gamin qui n’attend qu’une chose, pouvoir senfuir pour découvrir la ville et se retrouve finalement totalement perdu. Je me suis tellement attachée aux personnages que j’avoue que la fin du deuxième tome m’a mis les larmes aux yeux… mais je n’en dirai pas plus. Et que dire des dessins de Roberto Ricci ? Contrairement à Telenk0, je trouve les couvertures sublimes et c’est celle du tome 1 qui m’a donné envie en premier d’ouvrir l’album. Le dessin est très fouillé, il fourmille de détails (quel bonheur d’essayer de reconnaître tous ces personnages costumés) mais est néanmoins très clair. Les couleurs sont magnifiques et participent bien à l’atmosphère qui se dégage du dessin, un peu sombre (tout n’est pas rose à Monplaisir)… sauf quand on accède au « Nirvana », second niveau de loisirs de Monplaisir réservé aux personnes plus aisées financièrement, où tout s’illumine subitement. Bref, un petit bijou qui mérite pour moi un « culte » sans aucun problème. On verra si la suite tient les promesses des deux premiers tomes… En tout cas, j’ai hâte !!! ------ Après lecture du tome 3, ma note reste la même. Avant de lire le troisième, j'ai relu les deux premiers et la fin du deuxième tome m'a fait le même effet que la première fois, alors que l'effet de surprise n'était plus là. Du tout bon ! Et le troisième ne m'a absolument pas déçu. Le dessin de Roberto Ricci est toujours aussi bon et pour ce qui est du scénario, je n'ai qu'une seule envie... connaitre la suite !!!!
Le Tueur
"Le tueur" est une série qui fait du bien. Entendons-nous : Son métier est détestable, ses idées souvent également. Mais dans ce marasme politiquement correct, où seules les idées gauchistes ont valeur morale, cela fait du bien de lire quelque chose de différent, avec un salaud qui s'assume sans en faire trop, qui balance quelques idées justes tout en se trompant parfois. Le dessin est impeccable, et tourne au sublime au fur et à mesure que le dessinateur maitrise de mieux en mieux la couleur par ordinateur. Plus la série avance et plus elle est jolie à regarder. L'histoire est prenante, mais décline un peu sur la fin, ce qui est normal ; le 13ème et dernier tome est donc un peu décevant, mais c'est tout de même 1000 fois plus intéressant à lire que certaines nouvelles séries prétendues crapoteuses comme Red Skin qui font "pshiiiit" au bout de quelques pages. Vous en aurez pour votre argent, pour l'histoire comme pour le dessin. Une vraie réussite, qui s'achève au bon moment, avant de lasser. Bravo aux auteurs, et merci pour ces bons moments :-))
Solo (Martin)
L'ouvrage est beau, les dessins sont beaux. L'image est dynamique, les couleurs agréables mais le vrai plus de cet ouvrage, c'est l'immersion dans la tête du personnage. On croirait un peu suivre rorschach dans watchmen. Il nous livre ses pensées les plus profondes, nous fait partager jusqu'à ses sensations et c'est très bien écrit, les mots sont bien choisit, les phrases sont belles, mi philosophiques, mi poétique les mots se laissent avaler tous seuls par le lecteur. On souffle peu dans cette BD. Juste le temps de prendre sa respiration : On entre dans la peau de Solo, on devient solo. C'est palpitant de vie et d’énergie. Un album à déguster
Le Cycle de Cyann
Ayant relu tout le cycle récemment je reste sur une note plus positive qu'auparavant. A l'époque il y avait un je ne sais quoi qui me faisait bloquer, en fait je trouvais tout cela bien complexe. Aujourd'hui j'ai pris un réel plaisir a me plonger dans cet univers oh combien riche à tous les points de vue. Tome 1: La découverte d'un graphisme hors norme avec une véritable recherche tant du point de vu architectural, que de la faune , de la flore, des moyens de déplacement, des vêtements (ah l'art du noué!), tout y est! Et puis il y a l'histoire ou deux pouvoirs s'affrontent avec une héroïne issue de l'un deux que l'on adore détester. Cyann est une enfant gâtée, désagréable voir malveillante qui ne laisse que très peu entrevoir l'humanité de ses sentiments. Ce tome met en place tous les éléments de l'histoire à venir et s'il faut un peu s'accrocher avec tout ces personnages, cela permet une immersion dans ce monde futuriste. Tome 2: Aussi magnifique graphiquement que le premier (et je n'avais encore rien dit sur la colorisation parfaite), les auteurs nous entrainent sur une planète différente ou la aussi ils s'en donnent a coeur joie. Ca foisonne de partout, l'histoire avance, donne des réponses à des questions posées dans le premier tome. Les personnages s'épaississent, Cyann murit, et même si l'on ne se refait pas, elle prend de la consistance, devient plus adulte. Tome 3: Encore une nouvelle planète! ce qui permet là aussi un visuel exceptionnel. La couleur encore très présente est cependant moins tranchée. Cyann partage la tête d'affiche avec Aïeïa (facile à dire non?) qui n'est pas un modèle parfait mais permet a Cyann de grandir encore. Je trouve cet album plus dur que les précédents notamment dans les situations qu'il décrit ainsi qu'un niveau de langage à ne pas mettre sous tous les yeux . Tome 4: Si je vous disais que nous sommes à nouveau sur une autre planète. En même temps c'est un des thèmes principaux de l'histoire. Idem que pour les autres avec un petit plus concernant le type de société qui y est décrit, une sorte d'allégorie poussée à l'extrème d'un monde futur bien possible. L'histoire est fluide même si l'empire s'en mêle. Tome 5: Toujours que du bon (ah les sauts dans le temps et l'espace, tout reste néanmoins compréhensible et pas fumeux). On a hâte de voir cette histoire se conclure. Au final pas de note ultime, j'attendrais la fin et à condition qu'elle ne soit pas tirée par les cheveux ou faisant intervenir je ne sais quelle entité divine grandguignolesque, je mettrais le culte. Un scénario intelligent, parfaitement maitrisé et des dessins au delà de l'au delà, à lire ou relire d'urgence. Majoration après la sortie du dernier tome de la série. Et bien non, je laisse ma note en l'état. Comme je l'avais dit plus haut la fin ne me satisfait pas assez pour que je donne l'excellence. En fait je suis un poil déçu de voir Cyann atterrir sur cette planète peuplée par des babas cool futuristes en complète OsmOse avec leur environnement. Il ne se passe à vrai dire pas grand chose et même si le visuel est très soigné, nous sommes très loin du foisonnement pictural et tellement inventif du premier tome. Usure du temps? Dans tous les cas cela reste une belle et bonne histoire dont le final est presque plan plan.
Libre de choisir
Ce qu' il y a de bien dans la bande dessinée d'aujourd'hui, c'est qu'elle fait preuve d'inventivité et d'audace ; la preuve en est cette Bd qui n'aurait jamais pu se faire il y a encore 25 ou 30 ans, son sujet étant grave. Il est intéressant de voir comment un scénariste peut raconter un tel sujet sans contrainte et avec beaucoup de pudeur, on mesure alors le chemin parcouru dans notre société, car les idéologies et idées reçues de cette société du début des années 70 étaient tellement différentes, beaucoup de jeunes gens ne se rendent pas compte du progrès accompli. Au départ, je pensais vraiment m'emmerder avec un tel récit, moi qui suis un lecteur plutôt tourné vers l'aventure, l'historique et accessoirement le fantastique ; les sujets du quotidien m'ennuient d'une force, surtout au cinéma, je les fuis ; mais en BD, je suis plus réceptif et curieux de tout. Au final, j'ai été agréablement surpris de découvrir un récit touchant, sensible et joliment conté, avec une héroïne attachante ; tout est asséné de façon intelligente, sans maladresse , ça sonne vrai et ça me rappelle un peu une époque que j'ai connue, quoique au début des 70's, j'étais encore pré-ado, mais je sais que l'avortement était très mal vu dans les familles, qu'elles soient bourgeoises, ouvrières ou riches. Si le tout paraît si authentique, c'est non seulement que la narration est habile, en sachant bien capter cette période, mais aussi le contexte d'époque est bien restitué et admirablement traduit par le dessin fin et agréable de Pierre Wachs que je connaissais surtout pour ses séries historiques comme Les Tentations de Navarre ou Marie Tempête... Un joli one-shot qui saura certainement plaire à un public féminin, plus réceptif à ce genre de sujet.
Zombies (Soleil)
Une nième série sur les zombies éditée par Soleil cette fois et dont le titre principal et la couverture du premier tome ne peuvent tromper sur le contenu. On pense tout de suite refermer l’ouvrage tant le sujet convenu a été rabâché jusqu’au dégoût sur tous les médias. De ma première claque dans le genre par le film "Zombie – Dawn of the Dead" de Romero à la saga Walking Dead qui n’ont, à ce jour selon moi, pas été surpassés. Sachant que ces deux monuments ont été copiés, remakés, voire adaptés, que peut-on attendre de cette nouvelle œuvre ? Et bien déjà une approche un peu plus européenne que ce soit dans le traitement du dessin, fort joli et bien mis en scène ou dans le traitement de l’histoire par voix off et qui rappelle à juste titre cet autre chef d’œuvre que je vous recommande en nouvelle : "Je suis une Légende" par Richard Matheson. Le héros ici n’en est pas un et on peut douter de sa santé morale. Bel exemple contemporain de la réussite professionnelle et familiale (il est gros, séparé et promu gérant de son Mac Donalds !!!), cet homme va rapidement s’adapter à son environnement que l’on devine hostile et immoral, évoluant seul tel un pion dans l’échiquier et tour à tour traqueur et fugitif. Sa rencontre avec un enfant de 12 ans va lui redonner un sens à une vie qu’il sent condamnée, mu par l’espoir de retrouver sa propre fille et un semblant d’espoir dans une existence dont il a oublié les règles. Pour le coup on ne sait trop vers quelle issue fatale ou pas les auteurs vont nous amener et c’est ce qui maintient un intérêt qu’on devine croissant malgré le peu de pages et son cliffhanger inattendu. C’est également ce qui caractérise ce thème populaire : les histoires de zombies sont forcément cruelles et celle-ci ne déroge pas à la règle. Les reproches à faire sont que la progression de l’intrigue est à la fois trop rapide et pas assez détaillée mais l’excellente utilisation de la voix off permet de s’attacher et c’est un excellent compromis entre un Walking Dead de plus haut niveau immersif certes, mais à la fois à la narration beaucoup plus lente car développée sur plus de 100 chapitres… Difficile de savoir si la qualité sera encore au rendez-vous (en espérant également que Soleil n’abandonnera pas cette belle série) mais pour une fois qu’une œuvre portant sur les zombies peut intéresser un lectorat étendu et est aussi bien réalisée, il serait difficile de bouder son plaisir de lecture et le pari de coexister dans ce registre particulier sans en dénaturer les originies ni sans copier trop d’œuvres américaines vaut aisément un coup de cœur agrémenté d’un 3/5 qui ne demande qu’à être augmenté. EDIT : A présent que le premier cycle de cette série est achevée, il est enfin temps d’éditer cet avis qui ne concernait que le premier tome et s’est vu compléter par un tome 0 et 2 autres albums sans tenir compte du spin-off « "Zombies Néchrologies" ». Le dessin de Sophian Cholet s’est amplement amélioré, l’auteur mettant un soin particulier à affiner les détails et à multiplier les vignettes comme les plans amples. La couleur en pastel orangée rappelle littéralement un lever ou coucher de soleil constant (référence à la traduction littérale de « Dawn of the Dead » de Romero ?) faisant baigner l’ensemble dans une palette bien plus chaude que l’univers putride décrit. Et voici à la fois le point faible et fort de cette série. D’un côté l’ensemble est très prenant mais d’un autre, une certaine noirceur inhérente à ce genre de récit post apocalyptique fait défaut. Ici on a l’impression que la plupart des personnages sont pétris de bonnes intentions. On passe aussi rapidement d’un groupe à un autre. Plusieurs groupes ? Oui ici les humains s’entendent « presque » tous ensemble et aiment porter des t-shirts de groupes ou de films connus. Autant dire qu’on est aux antipodes d’une série comme Walking Dead. Par contre, Olivier Péru n’oublie pas qu’on évolue dans une série pessimiste… C’est en effet la grande force de cette série. Alors que tout pourrait paraître confortable et finalement peu stressant, il n’a pas son pareil pour redistribuer les cartes et bouleverser les rôles de personnages que l’on aurait pu croire comme étant « protégés ». Il y a également une belle part d’humour noir qui arrive toujours au moment le plus inattendu comme si Péru annihilait tout espoir. L’ensemble forme donc un tout cohérent de grande qualité dont il ne faudrait pas se priver tant cette série a un potentiel de relecture bien plus important que d’un Walking Dead dont on finit invraisemblablement par se lasser. A noter que le tome 0 peut se lire comme un one shot à part entière en relatant le début de l’apocalypse par un des personnages clés de cette aventure. Sophian Cholet laisse volontiers sa place au profit d’un Léoni tout aussi convaincant si ce n’est davantage pour les scènes d’action et de tension. C'est d'ailleurs mon tome préféré à ce jour ! Très divertissant à défaut d’être révolutionnaire et inspiré, si vous êtes fans de zombies, ruez-vous sur cette collection.
Le Cycle de Cyann
Ça y est, la série du Cycle de Cyann est terminée, je peux enfin me forger un avis sur sa totalité. C'était il y a 20 ans que j'étais complètement tombé sous le charme de la planète Olh et de sa civilisation fouillée et détaillée présentée dans le premier tome de la série, la SOurce et la SOnde. Un graphisme incroyable, un monde on ne peut plus fouillé et détaillé, un scénario à l'échelle humaine, bien construit et agréable, des dessins grandioses, des personnages attachants et une fin poignante. J'attendais la suite avec impatience. 3 ans plus tard, l'essai était transformé avec le second tome, Six Saisons sur IlO, avec la découverte d'une nouvelle planète et une intensification du récit avec la révélation du Grand Orbe qui allait être au cœur de l'intrigue du reste de la série, le tout approfondi par le hors-série encyclopédique qu'était la Clé des Confins. Sur ces deux albums, le graphisme était superbe, totalement abouti techniquement et présentant un soin et un travail de recherche assez énormes. Il a fallu ensuite attendre 8 ans pour voir sortir Aieia d'Aldaal et pour que je commence à douter un peu. J'y appréciais la découverte d'une nouvelle planète, très originale et intéressante cette fois encore, le graphisme était toujours aussi beau, mais le récit plus linéaire et sa fin un peu embrouillée lui donnaient moins de charme qu'aux tomes précédents. Il laissait le goût d'un album de transition. 2 ans plus tard, la couverture du tome les Couleurs de Marcade m'a largement refroidi. Elle a été modifiée depuis la première édition mais je la trouve toujours aussi décevante en comparaison de celles des tomes précédents. Le graphisme des planches lui aussi m'a soudainement déçu. J'y découvrais en effet un tic graphique que François Bourgeon allait utiliser également dans ses tomes suivants, à savoir ce qui me semble être une utilisation de l'informatique pour placer les éléments de son dessin, personnages ou décors, avec quelques copier-coller et des effets de zoom desquels résulte un encrage parfois très différent d'une case à la suivante, voire dans la même case : parfois très gros, comme trop rapproché ou grossier, parfois très fin. Je trouve cette inégalité de trait inesthétique, surtout quand on fait la comparaison avec la beauté des premiers tomes. Quant au scénario, il devenait soudain beaucoup plus confus, plus complexe, et je commençais à m'y perdre. 5 ans plus tard, les Couloirs de l'Entretemps me faisait quasiment le même effet. Encore une fois assez déçu même si je suivais toujours les aventures de Cyann avec intérêt et curiosité et si j'étais heureux de la voir revenir sur des éléments et dans des lieux rencontrés dans le premier tome qui m'avait tant séduit. Mais je commençais à être sérieusement perdu dans le scénario. Et voilà qu'aujourd'hui est sorti le 6e et dernier tome de cette saga. Ma première lecture fut appréciable. J'y retrouvais les petits défauts du nouveau style graphique de Bourgeon mais la visite de la fameuse Aldalarann m'a bien plu sur le plan visuel. Au niveau du scénario, après une entame dans la continuité des deux tomes précédents avec retour sur la planète Marcade, on assiste à une longue et belle mise en place de la conclusion de la saga. Et cette conclusion m'a totalement satisfait sur le coup. J'ai alors pris le temps et le plaisir de relire la série dans son ensemble et d'enfin constater que tous les éléments qui me paraissaient confus et obscurs dans les 4e et 5e tomes s'assemblaient parfaitement avec le reste pour former quelque chose de cohérent et captivant malgré une réelle complexité (ce qui est chose assez courante dans les récits mettant en scène des voyages dans le temps). Bref, le scénario tient vraiment la route et balaie mes déceptions et doutes le concernant. Je salue avec cette série la beauté et l'aspect fouillé de son univers intensément travaillé et imaginé par ses auteurs, ses planètes que l'on visite et qui sont si différentes et si intéressantes, la grande beauté de son graphisme, surtout sur les deux premiers tomes et malgré les défauts des tomes 4 et 5 à mes yeux, et enfin la façon dont le scénario s'agence et fait preuve d'originalité et de complexité. Une grande oeuvre et un univers merveilleusement fignolé auxquels Bourgeon et Lacroix auront su donner vie et forme de bout en bout. Chapeau !
La Patrouille des Invisibles
Il aura fallu deux ans de travail à Olivier Supiot pour venir à bout de cette œuvre. C'est la première fois à ma connaissance que l'auteur place l'un de ses récits dans le cadre de la Première Guerre Mondiale, période fréquemment exploitée en bandes dessinées et notamment cette année, qui célèbre le centenaire du début de cet effroyable conflit et qui voit les hommages en tous genres se multiplier. Comme de coutume avec M. Supiot, le traitement des couleurs est absolument admirable. Certaines planches en double page sont fantastiques, les visions de silhouettes spectrales de soldats perdus au milieu des ruines et des gravats renvoient à une impression d'irréalité que devaient sûrement ressentir les anonymes perdus au milieu d'un conflit qui les dépasse. Rien que pour ce genre de moments, cet album force le respect et mérite l'attention. L'histoire est bien traitée et progresse bien. Finalement, on quitte assez rapidement le ciel pour s'intéresser à la terre et se plonger dans la boue des tranchées. Le personnage d'Hubert est relativement attachant et c'est avec intérêt qu'on l'accompagne dans son parcours, son ascension puis sa chute et c'est naturellement que l'on s'attriste en découvrant ses blessures, qu'elles soient physiques ou morales. Cependant, outre son manque d'originalité (les lecteurs étant familiers de ce contexte et l'angle choisi n'étant pas particulièrement novateur), on reprochera un final un peu rapide, ponctué d'éléments qui semblent surgir de nulle part. Certains ingrédients de l'intrigue auraient pu être mieux amenés je pense et la psychologie de certains personnages secondaires plus développée, histoire de ne pas déboussoler le lecteur. En revanche, la dernière planche, conclusion du récit, ne manque pas de charme et nous laisse sur une note douce-amère. Quoiqu'il en soit, voici un bel album, empreint de poésie (comme toujours avec Supiot) et de nostalgie, très bien servi par cette empreinte graphique particulière et ces couleurs si sensibles. A découvrir !