D'emblée le dessin éblouit, l'aspect très pictural donne des pleines pages sublimes et des double-pages comme celle dans la brume, Avalon, Excalibur dans la pierre ou l'attaque du castel Pendragon... Je ne sais pas si ces dessins sont réalisés à la palette graphique, mais le rendu est une vraie splendeur et se devait de toute façon d'être de haute tenue pour illustrer une des plus fascinantes légendes de tous les temps. Surtout qu'ici, les auteurs vont aux sources de cette légende ; la figure de Merlin est conforme aux gravures et à l'imaginaire celtique que l'on a de cette merveilleuse histoire.
On y trouve donc la plupart des éléments classiques (Camelot, Avalon, Morgane, Viviane, Uther, Ygerne...) même si Istin dénature quelques détails, mais après tout, cette fabuleuse légende a été interprétée par différents auteurs ayant leur propre vision, je pense notamment à la version ciné de John Boorman dans son film Excalibur en 1981, qui contenait aussi des éléments surprenants, tout en prenant soin de conserver les parties les plus emblématiques. On perçoit également la transition entre les anciennes croyances, celle des druides, et la religion chrétienne qui perce peu à peu.
Jusqu'ici, rien à dire, avec le tome 3, c'est toujours autant magnifique, je ne cesse d'être en admiration devant les pages d'Alain Brion, au style très illustratif. La progression de l'histoire multiplie les actions et continue à reprendre les grandes lignes de la saga arthurienne, en faisant quelques digressions et entorses, mais avec une implication plus forte du fantastique et une mythologie d'une grande richesse.
Par contre, le classement en fantasy dans la fiche n'est pas vraiment justifié, cette histoire relève plus du médiéval fantastique. Une très belle série, du grand spectacle celtique à tendance épique qui va devenir une future Bd incontournable à n'en pas douter ; l'apothéose finale risque d'être énorme.
Alisik est une série de type gothic girly due au talent de deux auteurs allemands et…
Mais…
Où ils sont partis ?
Non, sérieusement ! Revenez !!! Je sais que dit comme ça, ça peut faire peur. Pourtant, après avoir lu les trois premiers tomes, et en tenant compte de l’excellent Gung Ho, lui aussi dû aux talents conjugués de deux auteurs allemands, j’en suis arrivé à me demander si l’avenir de la bande dessinée ne se trouvait pas outre-Rhin. Ces deux séries se distinguent en effet par une approche graphique que je trouve révolutionnaire tant la palette graphique y est parfaitement maîtrisée au service de l'histoire et non pour "en mettre plein la vue" (tout en en mettant quand même plein la vue). Pourtant, de prime abord, Alisik n’avait rien pour me plaire. Comme je le dit, c’est gothique, girly et plutôt destiné aux adolescentes. Mais cette série est truffée de qualités qui en font un de mes coups de cœur actuels.
Tout d’abord vient le dessin. Les couvertures vous donnent le ton. On est proche de l’art-book et je pense que plus d’un lecteur passera devant elles sans se douter qu’il s’agit d’une bande dessinée. Pourtant, quand on l’ouvre, on tombe sur une présentation traditionnelle… ou presque, parce qu’il y a quand même cette peluche de lapin qui surgit par ci par là on ne sait d’où sinon de l’envie du dessinateur d’en rajouter une couche. Et il a bien raison, car lorsque ce lapin n’apparait plus, il me manque (à l’image de la coccinelle chère à Gotlib).
Mais, bon, ce détail mis à part, la mise en page est traditionnelle… sauf qu’il y a ce découpage en chapitres qui s’ouvrent sur des articles de loi s’adressant aux post-mortems. Et puis des phrases venues d’ailleurs aussi, des poèmes, des sonnets, quelques lignes du journal intime de l’héroïne…
Ceci mis à part, DONC, on est dans une bande dessinée classique, sauf que le dessin, très informatisé, use d’effets de flou très bien maîtrisés et judicieusement employés, d’effets de relief tout aussi bien maîtrisé mais parfois moins heureux. L’artiste n’hésite pas à nous balancer de grandes illustrations (enfin, grandes comme le format du livre… qui est petit) très girly qui rythment vraiment la lecture.
Toutes ces qualités donnent aux albums un aspect assez unique, structuré et bordélique, sympathique et gothique, avec une grande richesse dans les détails tout en étant immédiat.
Vient ensuite le scénario. Là, de prime abord, on se dit qu’on va avoir du classique. Une adolescente qui vient de mourir est accueillie par une poignée de sympathiques fantômes dont le cimetière, on l’apprend rapidement, risque d’être rasé pour donner naissance à un centre commercial. Sauf que, grâce au découpage réalisé, l’intrigue ne cesse de s’enrichir.
On en apprend donc plus :
- Sur le pourquoi de ces post-mortem et de leur présence dans ce cimetière ;
- Sur le passé des différents personnages et les causes de leur mort ;
- Sur Alisik, bien sûr, sur son état et ses nouvelles capacités.
Ce serait déjà pas mal mais, par ailleurs, vient se greffer là-dessus :
- Une histoire d’amour entre Alisik et un jeune aveugle capable d’entendre les morts ;
- Une intrigue sur la cause de l’infirmité du jeune homme (due à un accident de voiture) ;
- Une intrigue autour de l’entrepreneur désireux de construire son centre commercial.
Et au milieu coule une rivière… celle de la mémoire d’Alisik, effacée par sa mort et qui lui revient petit à petit (il faudra attendre le troisième tome pour qu'elle la retrouve).
C’est riche, ça part dans beaucoup de directions et il est finalement difficile de déterminer quel est l’élément central du récit car même Alisik devient à l’occasion le simple témoin de chapitres mettant en scène l’un ou l’autre personnage, par ailleurs secondaire. C’est original, c’est différent. Pourtant, cela demeure facile à lire et ne donne pas du tout l'impression d'être expérimental tant tous les aspect sont maîtrisés.
C’est Alisik et c’est vachement bien !!! (Et je n'en reviens pas d'être toujours le seul à avoir posté mon avis sur cette excellente série).
C'est beau mais c'est triste...
En fait de one-shot, cet album est la suite directe de Trois éclats blancs. Et si avoir lu Trois éclats blancs n'est pas indispensable, c'est quand même un plus pour apprécier ce récit !
Coup de bol pour moi, c'est mon cas.
J'ai donc retrouvé avec plaisir trois des personnages principaux dans une histoire qui, cette fois, n'a rien de maritime, voire même de côtier (la couverture est trompeuse de ce point de vue). Ce récit est un récit de guerre, qui nous montre toutes les conséquences humaines que peuvent engendrer ces périodes sombres. Trois personnages, trois victimes... trois destinées liées et poignantes.
Le découpage est une fois de plus bien pensé et la progression du scénario est magistrale. D'abord léger, voire même innocent dans son introduction, le récit sombre (c'est le mot) dans l'horreur au fil des planches, par un cheminement aussi inéluctable que logique.
Que dire du dessin ? Bruno Le Floc'h n'était pas l'auteur qui brillait le plus par ses arrière-plans (régulièrement absents de ses cases) mais son trait nerveux et vif a une telle expressivité et sa lisibilité est telle que j'ai vraiment été immergé dans l'album. Bon ! C'est un fait, c'aurait certainement été moins le cas avec un scénario plus faible...
Mais ici, c'est beau... mais c'est triste...
S'il y a bien une série qui m'a fait découvrir la nouvelle vague bd (celle qui débute dans les années 90), c'est bien Lanfeust de Troy, qui peut être considéré comme la matrice du succès de la maison d'édition Soleil. Pour tout dire, avant que mes mains ne se posent sur ce petit phénomène d'édition ma culture bd se bornait grosso modo aux ultraclassiques (Astérix, Tintin, les Schtroumpfs, Spirou, Lucky Luke, Blake et Mortimer...) et aux séries à succès de Van Hamme (le tryptique Thorgal-XIII-Largo Winch). Mais Lanfeust a tout changé.
Cette série a bercé mon adolescence, au même titre par exemple que Harry Potter. Je me souviens encore quand, chaque semaine lorsque ma mère me refilait mon argent de poche, je cavalais jusqu'à en perdre mon souffle vers la Fnac près de chez moi pour m'acheter un des tomes de la saga. En tenir un dans mes mains à cette époque me procurait un émerveillement comparable à celui de l'archéologue qui tiendrait entre ses doigts le Saint-Graal tant recherché.
Alors oui, c'est sûr, si j'analyse Lanfeust de Troy avec mon regard critique et adulte d'aujourd'hui, comme le font quelques rabat-joie dans les commentaires précédents, les défauts sautent au yeux. L'humour un peu lourdaud, d'abord, mais pas seulement. L'intrigue aussi, qui, si on reste objectif, ne révolutionne pas franchement le genre. Mais quand même, si l'on se donne la peine de regarder les choses sous un autre angle, Lanfeust de Troy c'est tout autre chose. Le souffle épique, la sensation de grande aventure, les paysages saisissants, les affrontements dantesques, les second rôles tous attachants (aaah Hébus!! Héééébus !), la magie et son système complexe, l'explosion d'hémoglobine... tous ces atouts forment à mes yeux les ingrédients d'une oeuvre immense, cohérente et passionnante, qui m'aura offert un grand plaisir de lecture comme rarement j'en ai ressenti dans mes années collège. Une saga culte, donc, incontournable, qui sied mieux à un lectorat jeune mais qui peut tout à fait plaire à des adultes vaccinés de tout sectarisme.
Mon premier avis sur la Bdthèque que je consulte tte les semaines avt mon passage à la bibliothèque.
Ce qui m'a décidé c'est de voir qu'il n'y avait qu'un seul commentaire sur ce oneshot que j'ai trouvé extrêmement réussi tant au niveau du dessin que de l'histoire.
Je conseille franchement la lecture de ce roman graphique.
Bien à vous!
J'avais raté Sanctuaire à l'époque, je ne passerai pas à côté de "Carthago" !
En gros amateur de fantastique et de thriller, j'ai été très émoustillé par les avis positifs relatifs à cette nouvelle série initiée par Christophe Bec.
Une nouvelle série qui s'annonce comme diablement excitante, tant elle est pétrie de qualités. Commençons par le plus facile, le dessin. Le trait d'Eric Henninot est impeccable, il n'y a aucune erreur de perspectives, de proportions ou de designs. Tout juste chipoterai-je en disant que certains visages manquent d'un peu de détails, de caractère. Les couleurs de Delphine Rieu nous permettent d'apprécier des ambiances, surtout aquatiques, de toute beauté. On se pâme d'admiration face aux abysses aveugles dans lesquels sont plongés nos héros et leurs proies. Dans le deuxième tome Henninot épure son trait, sans doute en prévision de son travail sur un XIII mystery, et même si je ne suis pas forcément preneur de tous ses choix graphiques, je dois avouer que cela reste remarquable. la double page avec un troupeau de mégalodons est tout bonnement exceptionnelle.
Au tome 3 c'est Milan Jovanovic qui reprend le pinceau, après des années de recherches par Christophe Bec. Je suis un peu moins enthousiaste, son trait étant un peu plus rond, moins rugueux que celui d'Henninot, mais il semble se libérer au fil des pages. Quoi qu'il en soit cela reste de la belle ouvrage, même si je reste encore réservé sur cetains des visages de ses personnages, que je trouve peu travaillés.
Côté narratif, c'est du tout bon là encore. Le récit s'étale sur plusieurs époques, mais c'est pour mieux les lier dès la fin du premier tome. Par contre continuer ce genre de ficelle scénaristique me semble peu redondant. Alors bien sûr, les influences du scénario sont évidentes, des Dents de la Mer aux "Aventures de Gilles Roux et Marie Meuse" en passant par Sanctuaire, avec une grosse part de thriller techno-financier. Cela donne un cocktail explosif, tour à tour surprenant, excitant, passionnant et intrigant. Car Bec a bien ficelé son intrigue, et elle vous prend très vite, malgré des passages un brin bavards. A la fin du tome 3, qui boucle un premier cycle, rien, ou presque, n'est réglé. Je suis bien sûr curieux de voir ce que nous réserve la suite.
Le tome 4 utilise les acquis du premier cycle, on retrouve peu ou prou les mêmes protagonistes, et le récit ne décolle pas trop ; heureusement ce second cycle sera bouclé en deux tomes, en espérant que ça va bouger un peu plus...
Un futur classique.
Locke & Key a été l'événement BD des années 2009 à 2012 aux États-Unis. Cette série fantastique remarquable le mérite.
Le dessin de Gabriel Rodriguez, efficace et déjà solide au début, mais encore nerveux, se libère d'album en album pour atteindre des sommets dans le dernier tome : construction des pages, cadrages, personnages, scènes d'ensemble, couleurs... tout devient à la fois très maîtrisé et naturellement fluide. Rodriguez parvient paradoxalement à nous offrir une virtuosité graphique époustouflante avec une sobriété et une justesse de vieux maître. La marque des grands.
Le choix d'une histoire à la fois contemporaine (elle se déroule aujourd'hui dans l'état du Maine) et totalement fantastique (l'étrange maison de Keyhouse abrite de mystérieuses clés magiques aux pouvoirs inquiétants) permet à Rodriguez de montrer la vaste palette de son talents sur une grande variété de thèmes. A des scènes familiales ou lycéennes, en plan large et lumière zénithale, succèdent des tableaux hallucinants : combat contre des ombres gigantesques dans une semi-obscurité, vision des pensées circulant à l'intérieur de l'esprit d'un protagoniste...
Certains personnages devenant géants, d'autres ne dépassant pas la taille d'une poupée, Rodriguez peut également multiplier les angles improbables, plongées et contre-plongées.
La construction des pages, enfin, répond à celle de chaque album et de la série toute entière : les cases se répondent, visuellement ou par un jeu d'écho dans leurs dialogues, des scènes se répètent volontairement avec d'éclairantes variations, des jeux de portes magiques offrent un prétexte à jouer avec les codes mêmes de la bande dessinée, des personnages se déplaçant au sens propre d'une case à l'autre comme on change d'univers, parfois simultanément et en sens contraire... C'est dans cet habile jeu de construction qu'on devine l'étroite collaboration entre le scénariste et le dessinateur, qui ne se sont pas contentés de se succéder à la table de travail, mais ont bâti ensemble une énigme où les dessins de l'un peuvent répondre aux mots de l'autre et vice-versa.
La maîtrise formelle de Joe Hill est en effet plus qu'à la hauteur de celle de Rodriguez. Son sens du récit, sa construction dramaturgique, la manière dont il bâtit à la fois le grand récit et les petits histoires prouvent sa connaissance fine des règles narratives. On n'est pas pour rien le rejeton d'une famille d'écrivains à succès et le fils de Stephen King lui-même. Joe Hill, qui marche clairement sur les traces de son père, y compris en situant son histoire dans le Maine, s'offre d'ailleurs le chic d'une jolie scène hommage à son paternel, dans le 6e tome.
Soyons clairs : cette maîtrise formelle offre un merveilleux plaisir de lecture. Tout est dosé, les événements s'enchaînent avec juste ce qu'il faut de temps morts poétiques. Même si le récit paraît flotter un moment, au milieu du 4e tome, le rythme ne faiblit pas, les coups de théâtre fonctionnent à chaque fois.
Mais on reste, c'est un peu dommage, dans l'application d'une recette. Puisqu'un des personnages de Hill porte le nom de Caravaggio, j'ose la comparaison avec la peinture classique : comme le Caravage, Hill parvient à renouveler le genre en appliquant strictement le cahier des charges d'un thème imposé et archi-rebattu. Caravage peignait des pélerins d'Emmaüs et des Christ en croix en y ajoutant une vie, une flamme intérieure, une puissance charnelle que personne d'autre que lui n'avaient su créer.
Joe Hill, lui, s'attaque à la trame américaine si connue, mille fois brodée et rebrodée au cinéma, dans les romans et les comics américains des "adolescents-qui-sauvent-le-monde-d'une-invasion-des-forces-du-mal" et il le fait mieux que personne avant lui.
Mais il reste dans le thème. Il applique la recette avec un professionnalisme génial, mais il applique la recette. Les coups de théâtre sont à l'endroit habituel, le bouquet final est aussi gothique et sanglant qu'espéré, les flashback arrivent au bon moment pour éclairer le présent tout en donnant de l'épaisseur à l'histoire. Joe Hill pourrait être premier de la classe d'une école de scénaristes, avec mention spéciale du jury.
Son histoire est classique aussi dans la mesure où elle met en scène de manière particulièrement insistante les névroses habituelles de la littérature américaine : solitude fondamentale des êtres, murés dans leur exigence de réussite individuelle, idéalisation de la famille, d'autant plus forte que les relations interpersonnelles dysfonctionnent, fascination pour la violence physique extrême comme exutoire des émotions que chacun refoule en permanence. Peu d'autres littératures abordent ces thèmes de manière aussi insistante. Mais peu d’œuvres américaines ne les abordent pas. C'est presque une marque de fabrique, un code de reconnaissance.
Pour un lecteur européen, même habitué à la psyché américaine, ces obsessions restent toujours une source d'étonnement. L'extrême violence finit même par lasser un peu. Trop de morts, trop de sang... C'est d'autant plus brutal qu'on s'attache aux personnages.
C'est sur ce point, d'ailleurs que j'aimerais conclure. Parce que c'est la plus belle réussite de Joe Hill : sa galerie de personnages est une réussite. Il parvient à tisser un destin singulier à une bonne douzaine de personnages principaux, tous singuliers, tous crédibles, tous profonds et attachants. Il les fait douter, grandir, évoluer. Leurs dialogues sonnent toujours juste, même et surtout ceux des adolescents, alors qu'il est si difficile de saisir avec justesse la vérité de cet âge d'entre-deux et de paradoxes, cet âge du double refus de l'enfant et de l'adulte, qui danse sur une ligne de crête et se réfugie dans les stéréotypes pour échapper à toute classification.
Joe Hill les peint comme s'il avait su garder son âme adolescente et acquis en même temps la maturité suffisante pour se comprendre lui-même. Son histoire, au fond, est d'abord une histoire de passage à l'âge adulte, la découverte d'eux-mêmes et du monde par de jeunes américains du XXIe siècle, par delà leurs peurs et leurs doutes. Et ce particularisme fort du contexte permet à l’œuvre d'accéder à l'universalité. Tous les adolescents pourront sans doute se reconnaître dans Tyler, Kinsey, Jamal, Scot, Jackie et les autres. Le charme principal de Locke & Key est là. Et ne faut-il pas, au fond, chercher dans ces rites de passage le sens profond des verrous et des clés du titre ?
Ça c'est une vraie claque !
Il y a déjà quelques mois que je feuilletais ce gros livre et que je le reposais, remettant sa lecture à plus tard malgré les critiques élogieuses dont il bénéficie. Le dessin un peu raide, entre réalisme et caricature ne me plaît toujours pas, et puis tout de même : presque 400 pages…
Mais quand je m'y suis plongé, pas moyen de lâcher ce long récit.
Et je souscris aux nombreux avis de lecteurs enthousiastes : Joe Sacco est un grand Monsieur.
Il nous offre un récit d’une rare clarté sur l’histoire de la bande de Gaza entre la fin des années 1940 et le début des années 2000. L'histoire est généralement écrite par les vainqueurs et celle de Gaza n’échappe pas à la règle. Or, les Palestiniens sont du côté des perdants. C’est peut-être pour cela qu’ils se construisent une histoire souvent déformée par l’amertume, la haine et le désir de revanche.
Sacco s’attache à démêler les faits contradictoires qui lui sont présentés pour s’intéresser à des événements presque oubliés, y compris par les Palestiniens eux-mêmes. À l’automne 1956, durant la crise de Suez, en marge de l’histoire, l’armée israélienne envahit la bande de Gaza et tue quelques centaines de civils Palestiniens. Loin de la presse et de la grande histoire qui s’écrit en Égypte, ces morts passent quasiment inaperçus et sont vite oubliés au fil des nombreux conflits ultérieurs. Cinquante ans plus tard, dans un climat de guerre civile, Sacco part à la rencontre des témoins survivants pour reconstituer les faits.
L’auteur ne s’en cache pas : il se bat contre lui-même pour ne pas prendre parti et rester objectif. Même s’il privilégie le point de vue palestinien, il s’efforce toujours de vérifier ses sources, de croiser les témoignages et de les confronter à ceux des Israéliens quand c’est possible. Son honnêteté est touchante et admirable.
C’est autant dans la description de sa démarche d’enquêteur que dans la reconstitution des événements de 1956 que Sacco se montre génial. Jamais je n’ai autant compris toute la difficulté qu'il y a à reconstituer un événement passé avec la rigueur du journaliste et de l’historien. La quête des témoins dans des villes en ruines, les témoignages contradictoires de vieillards capricieux, amnésiques ou affabulateurs, les quasi-vérités ou les faux mensonges sont autant d’obstacles qu’il doit affronter au cours de sa longue enquête.
Au final, on sent tout ce que la transcription en bande dessinée des massacres de l’année 1956 lui a coûté de travail et d’efforts. Sacco n’est ni vraiment journaliste, ni vraiment historien, mais il parvient finalement à rendre compte des faits avec plus de force et d’efficacité que ne l’auraient fait ces deux professions.
Reportage, livre d’histoire, discours militant, réflexion sur le métier de journaliste, essai sur le rapport entre histoire et mémoire… Gaza 1956, en marge de l’histoire est tout cela à la fois et bien plus encore. Sa portée didactique dépasse largement le sujet traité.
Une bande dessinée atypique dont la lecture me semble indispensable.
Que voilà une belle histoire ! Certes, elle n'est pas exempte de défauts, mais au contraire des 2 commentaires précédents, je serai plus indulgent et passerai outre sur plusieurs incohérences ou situations peu crédibles, car quand une Bd me plaît, je me laisse emporter avant tout par le plaisir de lecture qu'elle procure. C'est le cas ici, c'est ça qu'il faut signaler en premier : malgré d'évidents détails qui peuvent gêner, il ne faut pas s'obstiner à pointer du doigt tout ce qui est négatif. Au contraire, il faut se laisser bercer par l'ambiance et le contexte historique bien recréés, et surtout séduire par le dessin envoûtant de Griffo qui a un peu changé de style (c'est très différent de Sherman par exemple).
Ses personnages sont beaux, les décors et les costumes vénitiens, ou les décors des Météores sont d'une belle fidélité, bref il réussit de très belles pages grâce à un trait plus lumineux que dans ses autres séries (et pourtant Giacomo C. se situait aussi à Venise).
Le sticker collé sur la couverture du tome 1 qui dit "un thriller historico-religieux dans la lignée d'Umberto Eco" est très trompeur ; ça y est, d'emblée l'éditeur compare la Bd au Nom de la Rose, faut pas exagérer, il n'y a que le début d'album qui présente quelques similitudes (abbaye, moines tués, mystères). Ensuite, ça évolue vers le romanesque. Mais dès le début cependant, le mystère s'installe, c'est une bonne amorce, on est happé, on rentre tout de suite dans le récit et on n'a pas envie de lâcher ; enfin moi, c'est l'impression que ça m'a fait. Ensuite, la narration suit son cours, elle utilise de nombreux raccourcis scénaristiques et quelques grosses ficelles, mais ça n'est jamais nuisible au récit.
Le décor historique participe grandement à l'intérêt que je porte à cette série, car cette époque du XVIème siècle en Italie est fascinante et aussi riche que le XVIème siècle en France. L'autre atout de cette bande, c'est le parfait équilibre entre ce contexte historique et l'aspect romanesque, aucun ne fait de l'ombre à l'autre, tous deux s'imbriquent parfaitement.
Le destin de Giovanni est multiple ; certaines phases de son existence sont moins intéressantes, telle la partie mystique où il choisit d'être ermite en Grèce, mais elle enrichit cependant le personnage. Arrivé au tome 3, je reste dans l'attente de la suite ; c'est une belle série qui procure un vrai plaisir de lecture, au rythme soutenu et aux péripéties nombreuses, et j'espère que la conclusion sera à la hauteur de la qualité globale.
Voici une nouvelle collaboration entre Hausman et Dubois et c'est comme si la magie revenait!
Le Capitaine Trèfle est un gentilhomme que l'on imagine plus corsaire que pirate prêt à voler au secours des faibles. Loin de chez lui, il semble chercher un abri pour la nuit quand des cris provenant d'une maison l'attire à l'intérieur ou il tombe face à une bande de malandrins qui cherchent à s'emparer d'une petite créature. Trèfle occis tous les vilains, évite un coup de feu de leurs chef, le capitaine écarlate qui s'enfuit. Trèfle, accompagné de la créature se rends chez de vieux amis un peu magiciens, un peu astrologues afin de découvrir qui est celle ci. Il s'avère qu'il s'agit d'un guib, un lutins des sables, pourchassé par des pirates qui ont attaqué son pays, enlevé sa dulcinée et capturé tous les habitants de ce pays, elfes, korrigans, dragons, géant,etc.., afin de les réduire en esclavage et les montrer dans un cirque.
Le Capitaine Trèfle et ses amis s'embarquent à bord de son vaisseau, La Lola, pour un long voyage, du pôle nord à la mer des Sargasses à la recherche du passage pour atteindre la pays du guib. En chemin et sans trop en dire ils vont croiser la route du Hollandais volant qui leur viendra en aide.
Comme tout résumé celui ci est très réducteur et ne rends pas hommage au travail de Dubois qui nous emmène dans un univers peuplé de créatures issus des contes et des légendes de notre enfance ou de notre adolescence. Au départ l'on se dit qu'il y en a trop, mais tout s'harmonise parfaitement pour former une histoire qui se tient. Après que dire, je me suis laisser totalement embarquer, j'ai eu l'impression d'être pris par la main, ou alors d'être près d'une cheminée tandis qu'une vieille grand mère ou un vieux ménestrel me racontait une histoire avec tout son lot de rebondissements. Impossible ici de tout citer, allez juste un peu: des pirates, des duels, des créatures merveilleuses, la mer des Sargasses, des indiens, le Kraken et surtout le Hollandais Volant. En lisant ce descriptif certains se diront, ça doit être un beau bazar! Ben non c'est clair, c'est limpide et chaque chose est à sa place.
Encore deux choses et non des moindres pour vous donnez l'envie.
Le dessin de Hausman tout d'abord. Par rapport à d'autres productions de cet auteurs je l'ai trouvé meilleur si tant est que cela soit possible. Ici c'est clair, lumineux. La mer, élément important du récit est belle. Les personnages et leur trogne, sans verser dans la caricature, bénéficient d'un trait fin et vif avec des couleurs très pastel du plus bel effet. Les cases ne sont pas "fouillis" mais regorgent de détails.
Et puis il y a le texte qui utilise un vocabulaire riche sans être pédant, accessible et un brin suranné: de conte quoi! Jamais ce n'est rebutant, c'est chantant, cela sonne parfois comme des petites ritournelles que l'on chante, (chantait) aux enfants.
Voilà vous l'aurez compris, j'aime vraiment beaucoup, en ces sombres temps ce récit merveilleux a quelque chose de rafraichissant et il suffit d'un petit rien pour être emporter dans un très joli voyage au côté du Capitaine Trèfle
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Excalibur - Chroniques
D'emblée le dessin éblouit, l'aspect très pictural donne des pleines pages sublimes et des double-pages comme celle dans la brume, Avalon, Excalibur dans la pierre ou l'attaque du castel Pendragon... Je ne sais pas si ces dessins sont réalisés à la palette graphique, mais le rendu est une vraie splendeur et se devait de toute façon d'être de haute tenue pour illustrer une des plus fascinantes légendes de tous les temps. Surtout qu'ici, les auteurs vont aux sources de cette légende ; la figure de Merlin est conforme aux gravures et à l'imaginaire celtique que l'on a de cette merveilleuse histoire. On y trouve donc la plupart des éléments classiques (Camelot, Avalon, Morgane, Viviane, Uther, Ygerne...) même si Istin dénature quelques détails, mais après tout, cette fabuleuse légende a été interprétée par différents auteurs ayant leur propre vision, je pense notamment à la version ciné de John Boorman dans son film Excalibur en 1981, qui contenait aussi des éléments surprenants, tout en prenant soin de conserver les parties les plus emblématiques. On perçoit également la transition entre les anciennes croyances, celle des druides, et la religion chrétienne qui perce peu à peu. Jusqu'ici, rien à dire, avec le tome 3, c'est toujours autant magnifique, je ne cesse d'être en admiration devant les pages d'Alain Brion, au style très illustratif. La progression de l'histoire multiplie les actions et continue à reprendre les grandes lignes de la saga arthurienne, en faisant quelques digressions et entorses, mais avec une implication plus forte du fantastique et une mythologie d'une grande richesse. Par contre, le classement en fantasy dans la fiche n'est pas vraiment justifié, cette histoire relève plus du médiéval fantastique. Une très belle série, du grand spectacle celtique à tendance épique qui va devenir une future Bd incontournable à n'en pas douter ; l'apothéose finale risque d'être énorme.
Alisik
Alisik est une série de type gothic girly due au talent de deux auteurs allemands et… Mais… Où ils sont partis ? Non, sérieusement ! Revenez !!! Je sais que dit comme ça, ça peut faire peur. Pourtant, après avoir lu les trois premiers tomes, et en tenant compte de l’excellent Gung Ho, lui aussi dû aux talents conjugués de deux auteurs allemands, j’en suis arrivé à me demander si l’avenir de la bande dessinée ne se trouvait pas outre-Rhin. Ces deux séries se distinguent en effet par une approche graphique que je trouve révolutionnaire tant la palette graphique y est parfaitement maîtrisée au service de l'histoire et non pour "en mettre plein la vue" (tout en en mettant quand même plein la vue). Pourtant, de prime abord, Alisik n’avait rien pour me plaire. Comme je le dit, c’est gothique, girly et plutôt destiné aux adolescentes. Mais cette série est truffée de qualités qui en font un de mes coups de cœur actuels. Tout d’abord vient le dessin. Les couvertures vous donnent le ton. On est proche de l’art-book et je pense que plus d’un lecteur passera devant elles sans se douter qu’il s’agit d’une bande dessinée. Pourtant, quand on l’ouvre, on tombe sur une présentation traditionnelle… ou presque, parce qu’il y a quand même cette peluche de lapin qui surgit par ci par là on ne sait d’où sinon de l’envie du dessinateur d’en rajouter une couche. Et il a bien raison, car lorsque ce lapin n’apparait plus, il me manque (à l’image de la coccinelle chère à Gotlib). Mais, bon, ce détail mis à part, la mise en page est traditionnelle… sauf qu’il y a ce découpage en chapitres qui s’ouvrent sur des articles de loi s’adressant aux post-mortems. Et puis des phrases venues d’ailleurs aussi, des poèmes, des sonnets, quelques lignes du journal intime de l’héroïne… Ceci mis à part, DONC, on est dans une bande dessinée classique, sauf que le dessin, très informatisé, use d’effets de flou très bien maîtrisés et judicieusement employés, d’effets de relief tout aussi bien maîtrisé mais parfois moins heureux. L’artiste n’hésite pas à nous balancer de grandes illustrations (enfin, grandes comme le format du livre… qui est petit) très girly qui rythment vraiment la lecture. Toutes ces qualités donnent aux albums un aspect assez unique, structuré et bordélique, sympathique et gothique, avec une grande richesse dans les détails tout en étant immédiat. Vient ensuite le scénario. Là, de prime abord, on se dit qu’on va avoir du classique. Une adolescente qui vient de mourir est accueillie par une poignée de sympathiques fantômes dont le cimetière, on l’apprend rapidement, risque d’être rasé pour donner naissance à un centre commercial. Sauf que, grâce au découpage réalisé, l’intrigue ne cesse de s’enrichir. On en apprend donc plus : - Sur le pourquoi de ces post-mortem et de leur présence dans ce cimetière ; - Sur le passé des différents personnages et les causes de leur mort ; - Sur Alisik, bien sûr, sur son état et ses nouvelles capacités. Ce serait déjà pas mal mais, par ailleurs, vient se greffer là-dessus : - Une histoire d’amour entre Alisik et un jeune aveugle capable d’entendre les morts ; - Une intrigue sur la cause de l’infirmité du jeune homme (due à un accident de voiture) ; - Une intrigue autour de l’entrepreneur désireux de construire son centre commercial. Et au milieu coule une rivière… celle de la mémoire d’Alisik, effacée par sa mort et qui lui revient petit à petit (il faudra attendre le troisième tome pour qu'elle la retrouve). C’est riche, ça part dans beaucoup de directions et il est finalement difficile de déterminer quel est l’élément central du récit car même Alisik devient à l’occasion le simple témoin de chapitres mettant en scène l’un ou l’autre personnage, par ailleurs secondaire. C’est original, c’est différent. Pourtant, cela demeure facile à lire et ne donne pas du tout l'impression d'être expérimental tant tous les aspect sont maîtrisés. C’est Alisik et c’est vachement bien !!! (Et je n'en reviens pas d'être toujours le seul à avoir posté mon avis sur cette excellente série).
Une après-midi d'été
C'est beau mais c'est triste... En fait de one-shot, cet album est la suite directe de Trois éclats blancs. Et si avoir lu Trois éclats blancs n'est pas indispensable, c'est quand même un plus pour apprécier ce récit ! Coup de bol pour moi, c'est mon cas. J'ai donc retrouvé avec plaisir trois des personnages principaux dans une histoire qui, cette fois, n'a rien de maritime, voire même de côtier (la couverture est trompeuse de ce point de vue). Ce récit est un récit de guerre, qui nous montre toutes les conséquences humaines que peuvent engendrer ces périodes sombres. Trois personnages, trois victimes... trois destinées liées et poignantes. Le découpage est une fois de plus bien pensé et la progression du scénario est magistrale. D'abord léger, voire même innocent dans son introduction, le récit sombre (c'est le mot) dans l'horreur au fil des planches, par un cheminement aussi inéluctable que logique. Que dire du dessin ? Bruno Le Floc'h n'était pas l'auteur qui brillait le plus par ses arrière-plans (régulièrement absents de ses cases) mais son trait nerveux et vif a une telle expressivité et sa lisibilité est telle que j'ai vraiment été immergé dans l'album. Bon ! C'est un fait, c'aurait certainement été moins le cas avec un scénario plus faible... Mais ici, c'est beau... mais c'est triste...
Lanfeust de Troy
S'il y a bien une série qui m'a fait découvrir la nouvelle vague bd (celle qui débute dans les années 90), c'est bien Lanfeust de Troy, qui peut être considéré comme la matrice du succès de la maison d'édition Soleil. Pour tout dire, avant que mes mains ne se posent sur ce petit phénomène d'édition ma culture bd se bornait grosso modo aux ultraclassiques (Astérix, Tintin, les Schtroumpfs, Spirou, Lucky Luke, Blake et Mortimer...) et aux séries à succès de Van Hamme (le tryptique Thorgal-XIII-Largo Winch). Mais Lanfeust a tout changé. Cette série a bercé mon adolescence, au même titre par exemple que Harry Potter. Je me souviens encore quand, chaque semaine lorsque ma mère me refilait mon argent de poche, je cavalais jusqu'à en perdre mon souffle vers la Fnac près de chez moi pour m'acheter un des tomes de la saga. En tenir un dans mes mains à cette époque me procurait un émerveillement comparable à celui de l'archéologue qui tiendrait entre ses doigts le Saint-Graal tant recherché. Alors oui, c'est sûr, si j'analyse Lanfeust de Troy avec mon regard critique et adulte d'aujourd'hui, comme le font quelques rabat-joie dans les commentaires précédents, les défauts sautent au yeux. L'humour un peu lourdaud, d'abord, mais pas seulement. L'intrigue aussi, qui, si on reste objectif, ne révolutionne pas franchement le genre. Mais quand même, si l'on se donne la peine de regarder les choses sous un autre angle, Lanfeust de Troy c'est tout autre chose. Le souffle épique, la sensation de grande aventure, les paysages saisissants, les affrontements dantesques, les second rôles tous attachants (aaah Hébus!! Héééébus !), la magie et son système complexe, l'explosion d'hémoglobine... tous ces atouts forment à mes yeux les ingrédients d'une oeuvre immense, cohérente et passionnante, qui m'aura offert un grand plaisir de lecture comme rarement j'en ai ressenti dans mes années collège. Une saga culte, donc, incontournable, qui sied mieux à un lectorat jeune mais qui peut tout à fait plaire à des adultes vaccinés de tout sectarisme.
Une si jolie petite guerre - Saïgon 1961-63
Mon premier avis sur la Bdthèque que je consulte tte les semaines avt mon passage à la bibliothèque. Ce qui m'a décidé c'est de voir qu'il n'y avait qu'un seul commentaire sur ce oneshot que j'ai trouvé extrêmement réussi tant au niveau du dessin que de l'histoire. Je conseille franchement la lecture de ce roman graphique. Bien à vous!
Carthago
J'avais raté Sanctuaire à l'époque, je ne passerai pas à côté de "Carthago" ! En gros amateur de fantastique et de thriller, j'ai été très émoustillé par les avis positifs relatifs à cette nouvelle série initiée par Christophe Bec. Une nouvelle série qui s'annonce comme diablement excitante, tant elle est pétrie de qualités. Commençons par le plus facile, le dessin. Le trait d'Eric Henninot est impeccable, il n'y a aucune erreur de perspectives, de proportions ou de designs. Tout juste chipoterai-je en disant que certains visages manquent d'un peu de détails, de caractère. Les couleurs de Delphine Rieu nous permettent d'apprécier des ambiances, surtout aquatiques, de toute beauté. On se pâme d'admiration face aux abysses aveugles dans lesquels sont plongés nos héros et leurs proies. Dans le deuxième tome Henninot épure son trait, sans doute en prévision de son travail sur un XIII mystery, et même si je ne suis pas forcément preneur de tous ses choix graphiques, je dois avouer que cela reste remarquable. la double page avec un troupeau de mégalodons est tout bonnement exceptionnelle. Au tome 3 c'est Milan Jovanovic qui reprend le pinceau, après des années de recherches par Christophe Bec. Je suis un peu moins enthousiaste, son trait étant un peu plus rond, moins rugueux que celui d'Henninot, mais il semble se libérer au fil des pages. Quoi qu'il en soit cela reste de la belle ouvrage, même si je reste encore réservé sur cetains des visages de ses personnages, que je trouve peu travaillés. Côté narratif, c'est du tout bon là encore. Le récit s'étale sur plusieurs époques, mais c'est pour mieux les lier dès la fin du premier tome. Par contre continuer ce genre de ficelle scénaristique me semble peu redondant. Alors bien sûr, les influences du scénario sont évidentes, des Dents de la Mer aux "Aventures de Gilles Roux et Marie Meuse" en passant par Sanctuaire, avec une grosse part de thriller techno-financier. Cela donne un cocktail explosif, tour à tour surprenant, excitant, passionnant et intrigant. Car Bec a bien ficelé son intrigue, et elle vous prend très vite, malgré des passages un brin bavards. A la fin du tome 3, qui boucle un premier cycle, rien, ou presque, n'est réglé. Je suis bien sûr curieux de voir ce que nous réserve la suite. Le tome 4 utilise les acquis du premier cycle, on retrouve peu ou prou les mêmes protagonistes, et le récit ne décolle pas trop ; heureusement ce second cycle sera bouclé en deux tomes, en espérant que ça va bouger un peu plus... Un futur classique.
Locke & Key
Locke & Key a été l'événement BD des années 2009 à 2012 aux États-Unis. Cette série fantastique remarquable le mérite. Le dessin de Gabriel Rodriguez, efficace et déjà solide au début, mais encore nerveux, se libère d'album en album pour atteindre des sommets dans le dernier tome : construction des pages, cadrages, personnages, scènes d'ensemble, couleurs... tout devient à la fois très maîtrisé et naturellement fluide. Rodriguez parvient paradoxalement à nous offrir une virtuosité graphique époustouflante avec une sobriété et une justesse de vieux maître. La marque des grands. Le choix d'une histoire à la fois contemporaine (elle se déroule aujourd'hui dans l'état du Maine) et totalement fantastique (l'étrange maison de Keyhouse abrite de mystérieuses clés magiques aux pouvoirs inquiétants) permet à Rodriguez de montrer la vaste palette de son talents sur une grande variété de thèmes. A des scènes familiales ou lycéennes, en plan large et lumière zénithale, succèdent des tableaux hallucinants : combat contre des ombres gigantesques dans une semi-obscurité, vision des pensées circulant à l'intérieur de l'esprit d'un protagoniste... Certains personnages devenant géants, d'autres ne dépassant pas la taille d'une poupée, Rodriguez peut également multiplier les angles improbables, plongées et contre-plongées. La construction des pages, enfin, répond à celle de chaque album et de la série toute entière : les cases se répondent, visuellement ou par un jeu d'écho dans leurs dialogues, des scènes se répètent volontairement avec d'éclairantes variations, des jeux de portes magiques offrent un prétexte à jouer avec les codes mêmes de la bande dessinée, des personnages se déplaçant au sens propre d'une case à l'autre comme on change d'univers, parfois simultanément et en sens contraire... C'est dans cet habile jeu de construction qu'on devine l'étroite collaboration entre le scénariste et le dessinateur, qui ne se sont pas contentés de se succéder à la table de travail, mais ont bâti ensemble une énigme où les dessins de l'un peuvent répondre aux mots de l'autre et vice-versa. La maîtrise formelle de Joe Hill est en effet plus qu'à la hauteur de celle de Rodriguez. Son sens du récit, sa construction dramaturgique, la manière dont il bâtit à la fois le grand récit et les petits histoires prouvent sa connaissance fine des règles narratives. On n'est pas pour rien le rejeton d'une famille d'écrivains à succès et le fils de Stephen King lui-même. Joe Hill, qui marche clairement sur les traces de son père, y compris en situant son histoire dans le Maine, s'offre d'ailleurs le chic d'une jolie scène hommage à son paternel, dans le 6e tome. Soyons clairs : cette maîtrise formelle offre un merveilleux plaisir de lecture. Tout est dosé, les événements s'enchaînent avec juste ce qu'il faut de temps morts poétiques. Même si le récit paraît flotter un moment, au milieu du 4e tome, le rythme ne faiblit pas, les coups de théâtre fonctionnent à chaque fois. Mais on reste, c'est un peu dommage, dans l'application d'une recette. Puisqu'un des personnages de Hill porte le nom de Caravaggio, j'ose la comparaison avec la peinture classique : comme le Caravage, Hill parvient à renouveler le genre en appliquant strictement le cahier des charges d'un thème imposé et archi-rebattu. Caravage peignait des pélerins d'Emmaüs et des Christ en croix en y ajoutant une vie, une flamme intérieure, une puissance charnelle que personne d'autre que lui n'avaient su créer. Joe Hill, lui, s'attaque à la trame américaine si connue, mille fois brodée et rebrodée au cinéma, dans les romans et les comics américains des "adolescents-qui-sauvent-le-monde-d'une-invasion-des-forces-du-mal" et il le fait mieux que personne avant lui. Mais il reste dans le thème. Il applique la recette avec un professionnalisme génial, mais il applique la recette. Les coups de théâtre sont à l'endroit habituel, le bouquet final est aussi gothique et sanglant qu'espéré, les flashback arrivent au bon moment pour éclairer le présent tout en donnant de l'épaisseur à l'histoire. Joe Hill pourrait être premier de la classe d'une école de scénaristes, avec mention spéciale du jury. Son histoire est classique aussi dans la mesure où elle met en scène de manière particulièrement insistante les névroses habituelles de la littérature américaine : solitude fondamentale des êtres, murés dans leur exigence de réussite individuelle, idéalisation de la famille, d'autant plus forte que les relations interpersonnelles dysfonctionnent, fascination pour la violence physique extrême comme exutoire des émotions que chacun refoule en permanence. Peu d'autres littératures abordent ces thèmes de manière aussi insistante. Mais peu d’œuvres américaines ne les abordent pas. C'est presque une marque de fabrique, un code de reconnaissance. Pour un lecteur européen, même habitué à la psyché américaine, ces obsessions restent toujours une source d'étonnement. L'extrême violence finit même par lasser un peu. Trop de morts, trop de sang... C'est d'autant plus brutal qu'on s'attache aux personnages. C'est sur ce point, d'ailleurs que j'aimerais conclure. Parce que c'est la plus belle réussite de Joe Hill : sa galerie de personnages est une réussite. Il parvient à tisser un destin singulier à une bonne douzaine de personnages principaux, tous singuliers, tous crédibles, tous profonds et attachants. Il les fait douter, grandir, évoluer. Leurs dialogues sonnent toujours juste, même et surtout ceux des adolescents, alors qu'il est si difficile de saisir avec justesse la vérité de cet âge d'entre-deux et de paradoxes, cet âge du double refus de l'enfant et de l'adulte, qui danse sur une ligne de crête et se réfugie dans les stéréotypes pour échapper à toute classification. Joe Hill les peint comme s'il avait su garder son âme adolescente et acquis en même temps la maturité suffisante pour se comprendre lui-même. Son histoire, au fond, est d'abord une histoire de passage à l'âge adulte, la découverte d'eux-mêmes et du monde par de jeunes américains du XXIe siècle, par delà leurs peurs et leurs doutes. Et ce particularisme fort du contexte permet à l’œuvre d'accéder à l'universalité. Tous les adolescents pourront sans doute se reconnaître dans Tyler, Kinsey, Jamal, Scot, Jackie et les autres. Le charme principal de Locke & Key est là. Et ne faut-il pas, au fond, chercher dans ces rites de passage le sens profond des verrous et des clés du titre ?
Gaza 1956 - En marge de l'histoire
Ça c'est une vraie claque ! Il y a déjà quelques mois que je feuilletais ce gros livre et que je le reposais, remettant sa lecture à plus tard malgré les critiques élogieuses dont il bénéficie. Le dessin un peu raide, entre réalisme et caricature ne me plaît toujours pas, et puis tout de même : presque 400 pages… Mais quand je m'y suis plongé, pas moyen de lâcher ce long récit. Et je souscris aux nombreux avis de lecteurs enthousiastes : Joe Sacco est un grand Monsieur. Il nous offre un récit d’une rare clarté sur l’histoire de la bande de Gaza entre la fin des années 1940 et le début des années 2000. L'histoire est généralement écrite par les vainqueurs et celle de Gaza n’échappe pas à la règle. Or, les Palestiniens sont du côté des perdants. C’est peut-être pour cela qu’ils se construisent une histoire souvent déformée par l’amertume, la haine et le désir de revanche. Sacco s’attache à démêler les faits contradictoires qui lui sont présentés pour s’intéresser à des événements presque oubliés, y compris par les Palestiniens eux-mêmes. À l’automne 1956, durant la crise de Suez, en marge de l’histoire, l’armée israélienne envahit la bande de Gaza et tue quelques centaines de civils Palestiniens. Loin de la presse et de la grande histoire qui s’écrit en Égypte, ces morts passent quasiment inaperçus et sont vite oubliés au fil des nombreux conflits ultérieurs. Cinquante ans plus tard, dans un climat de guerre civile, Sacco part à la rencontre des témoins survivants pour reconstituer les faits. L’auteur ne s’en cache pas : il se bat contre lui-même pour ne pas prendre parti et rester objectif. Même s’il privilégie le point de vue palestinien, il s’efforce toujours de vérifier ses sources, de croiser les témoignages et de les confronter à ceux des Israéliens quand c’est possible. Son honnêteté est touchante et admirable. C’est autant dans la description de sa démarche d’enquêteur que dans la reconstitution des événements de 1956 que Sacco se montre génial. Jamais je n’ai autant compris toute la difficulté qu'il y a à reconstituer un événement passé avec la rigueur du journaliste et de l’historien. La quête des témoins dans des villes en ruines, les témoignages contradictoires de vieillards capricieux, amnésiques ou affabulateurs, les quasi-vérités ou les faux mensonges sont autant d’obstacles qu’il doit affronter au cours de sa longue enquête. Au final, on sent tout ce que la transcription en bande dessinée des massacres de l’année 1956 lui a coûté de travail et d’efforts. Sacco n’est ni vraiment journaliste, ni vraiment historien, mais il parvient finalement à rendre compte des faits avec plus de force et d’efficacité que ne l’auraient fait ces deux professions. Reportage, livre d’histoire, discours militant, réflexion sur le métier de journaliste, essai sur le rapport entre histoire et mémoire… Gaza 1956, en marge de l’histoire est tout cela à la fois et bien plus encore. Sa portée didactique dépasse largement le sujet traité. Une bande dessinée atypique dont la lecture me semble indispensable.
L'Oracle della Luna
Que voilà une belle histoire ! Certes, elle n'est pas exempte de défauts, mais au contraire des 2 commentaires précédents, je serai plus indulgent et passerai outre sur plusieurs incohérences ou situations peu crédibles, car quand une Bd me plaît, je me laisse emporter avant tout par le plaisir de lecture qu'elle procure. C'est le cas ici, c'est ça qu'il faut signaler en premier : malgré d'évidents détails qui peuvent gêner, il ne faut pas s'obstiner à pointer du doigt tout ce qui est négatif. Au contraire, il faut se laisser bercer par l'ambiance et le contexte historique bien recréés, et surtout séduire par le dessin envoûtant de Griffo qui a un peu changé de style (c'est très différent de Sherman par exemple). Ses personnages sont beaux, les décors et les costumes vénitiens, ou les décors des Météores sont d'une belle fidélité, bref il réussit de très belles pages grâce à un trait plus lumineux que dans ses autres séries (et pourtant Giacomo C. se situait aussi à Venise). Le sticker collé sur la couverture du tome 1 qui dit "un thriller historico-religieux dans la lignée d'Umberto Eco" est très trompeur ; ça y est, d'emblée l'éditeur compare la Bd au Nom de la Rose, faut pas exagérer, il n'y a que le début d'album qui présente quelques similitudes (abbaye, moines tués, mystères). Ensuite, ça évolue vers le romanesque. Mais dès le début cependant, le mystère s'installe, c'est une bonne amorce, on est happé, on rentre tout de suite dans le récit et on n'a pas envie de lâcher ; enfin moi, c'est l'impression que ça m'a fait. Ensuite, la narration suit son cours, elle utilise de nombreux raccourcis scénaristiques et quelques grosses ficelles, mais ça n'est jamais nuisible au récit. Le décor historique participe grandement à l'intérêt que je porte à cette série, car cette époque du XVIème siècle en Italie est fascinante et aussi riche que le XVIème siècle en France. L'autre atout de cette bande, c'est le parfait équilibre entre ce contexte historique et l'aspect romanesque, aucun ne fait de l'ombre à l'autre, tous deux s'imbriquent parfaitement. Le destin de Giovanni est multiple ; certaines phases de son existence sont moins intéressantes, telle la partie mystique où il choisit d'être ermite en Grèce, mais elle enrichit cependant le personnage. Arrivé au tome 3, je reste dans l'attente de la suite ; c'est une belle série qui procure un vrai plaisir de lecture, au rythme soutenu et aux péripéties nombreuses, et j'espère que la conclusion sera à la hauteur de la qualité globale.
Capitaine Trèfle
Voici une nouvelle collaboration entre Hausman et Dubois et c'est comme si la magie revenait! Le Capitaine Trèfle est un gentilhomme que l'on imagine plus corsaire que pirate prêt à voler au secours des faibles. Loin de chez lui, il semble chercher un abri pour la nuit quand des cris provenant d'une maison l'attire à l'intérieur ou il tombe face à une bande de malandrins qui cherchent à s'emparer d'une petite créature. Trèfle occis tous les vilains, évite un coup de feu de leurs chef, le capitaine écarlate qui s'enfuit. Trèfle, accompagné de la créature se rends chez de vieux amis un peu magiciens, un peu astrologues afin de découvrir qui est celle ci. Il s'avère qu'il s'agit d'un guib, un lutins des sables, pourchassé par des pirates qui ont attaqué son pays, enlevé sa dulcinée et capturé tous les habitants de ce pays, elfes, korrigans, dragons, géant,etc.., afin de les réduire en esclavage et les montrer dans un cirque. Le Capitaine Trèfle et ses amis s'embarquent à bord de son vaisseau, La Lola, pour un long voyage, du pôle nord à la mer des Sargasses à la recherche du passage pour atteindre la pays du guib. En chemin et sans trop en dire ils vont croiser la route du Hollandais volant qui leur viendra en aide. Comme tout résumé celui ci est très réducteur et ne rends pas hommage au travail de Dubois qui nous emmène dans un univers peuplé de créatures issus des contes et des légendes de notre enfance ou de notre adolescence. Au départ l'on se dit qu'il y en a trop, mais tout s'harmonise parfaitement pour former une histoire qui se tient. Après que dire, je me suis laisser totalement embarquer, j'ai eu l'impression d'être pris par la main, ou alors d'être près d'une cheminée tandis qu'une vieille grand mère ou un vieux ménestrel me racontait une histoire avec tout son lot de rebondissements. Impossible ici de tout citer, allez juste un peu: des pirates, des duels, des créatures merveilleuses, la mer des Sargasses, des indiens, le Kraken et surtout le Hollandais Volant. En lisant ce descriptif certains se diront, ça doit être un beau bazar! Ben non c'est clair, c'est limpide et chaque chose est à sa place. Encore deux choses et non des moindres pour vous donnez l'envie. Le dessin de Hausman tout d'abord. Par rapport à d'autres productions de cet auteurs je l'ai trouvé meilleur si tant est que cela soit possible. Ici c'est clair, lumineux. La mer, élément important du récit est belle. Les personnages et leur trogne, sans verser dans la caricature, bénéficient d'un trait fin et vif avec des couleurs très pastel du plus bel effet. Les cases ne sont pas "fouillis" mais regorgent de détails. Et puis il y a le texte qui utilise un vocabulaire riche sans être pédant, accessible et un brin suranné: de conte quoi! Jamais ce n'est rebutant, c'est chantant, cela sonne parfois comme des petites ritournelles que l'on chante, (chantait) aux enfants. Voilà vous l'aurez compris, j'aime vraiment beaucoup, en ces sombres temps ce récit merveilleux a quelque chose de rafraichissant et il suffit d'un petit rien pour être emporter dans un très joli voyage au côté du Capitaine Trèfle