Voici donc la petite merveille que j'attendais depuis plusieurs jours, enfin elle est en ma possession et sachez que je ne me suis pas jetée dessus, non, j'ai attendu de m'être calmée pour la lire à tête reposée, soit en gros trois bonnes heures, que d'émotion ! C'est une pure beauté, un petit joyau graphique, un dessin enivrant qui combine pinceau et informatique ; d'une finesse incroyable, le souci du détail est omniprésent, et même si la plupart du temps les décors ne sont pas très chargés, chaque case est travaillée avec une méticulosité extrême. Les couleurs sont magnifiques, les jeux d'ombre et de lumière parfaits, les villes comme les forêts, enchanteresses. Sans oublier le vieillissement des personnages qui est absolument parfait. Laura Zuccherie est une talentueuse dessinatrice à suivre de près.
L'histoire m'a tout autant conquise et même si elle ne sort pas des sentiers battus - pour l'instant - l'originalité ici tient à un tout. Un scénario bien mené et entraînant, avec des personnages attachants et bien travaillés psychologiquement, dont une petite fille qui a le comportement d'une gamine de son âge. Deux délicieux petits êtres, issus du petit peuple mais dont l'auteure ne nous dit pas les noms, j'espère qu'on en saura plus sur eux. Des animaux fabuleux, bien imaginés et fascinants à regarder. Une narration simple et belle qui est en accord avec l'histoire. Une petite touche d'humour vient se faufiler de temps en temps dans les méandres du récit. La suite promet d'être grandiose. De Sylvianne Corgiat j'ai entamé son autre série Elias le maudit qui paraît elle aussi très prometteuse, je vais d'ailleurs de ce pas la finir.
De plus, c'est un réel plaisir que de lire une production 100% féminine.
Tome 2
Aussi beau que le premier avec en prime une ville stupéfiante et grandiose. L'histoire par contre ne me semble pas avancer aussi vite que je m'y attendais, ceci dit elle est toujours aussi prenante. On connait enfin les noms des deux petits compagnons du groupe.
Suite et fin
La colorisation du dernier tome m'a tout de suite sauté aux yeux, certes elle n'est pas laide, je dirais même jolie, mais ce n'est pas celle des trois premiers aux couleurs directes soyeuses qu'on peut regarder pendant des heures, ça m'a gâché ma lecture. L'histoire, bien que sympa, je lui trouve quelques facilités de scénario sur la fin et un peu naïve aussi. Je me serais bien passé du : "je suis amoureuse de l'homme qui m'a élevée", je déteste ça.
Hormis ça c'est une histoire à lire, à défaut de posséder.
Ah, quelle belle BD que celle du Tueur ...
Un nom bien commun pour une BD qui s'avère à la base "classique", avec un tueur à gages et son boulot. On peut s'attendre à du déjà vu.
Et bien non ! Ici on a une bd qui innove dans le genre !
Le scénario, pas piqué des hannetons au passage, explore en effet en détail la psychologie et la mentalité du Tueur, personnage central dont finalement nous ignorons toutes les caractéristiques basiques (nom, âge, passé ...) mais qu'on a l'impression de connaitre intimement au bout de quelques tomes. Ouvrir un tome donne presque la sensation de retrouver une connaissance.
Face à ce personnage, les auteurs nous en livrent d'autres à la pelle, et pas des moindres, accompagnés par leurs pays et leurs autres horizons, de leurs autres cultures et mentalités. Bref un joli groupe réuni dans le monde des assassinats.
Pour accompagner ceci, nous avons droit à un dessin que je trouve très intéressant, tant par le dessin en lui même que par la disposition des cases, qui réussit à créer un suspense digne d'un film d'action, particulièrement dans les scènes de fusillades.
Et enfin, comme dit, nous avons dans cette série tout un côté mental et réflexion, très dérangeant (le genre que personne ne vous racontera en cours) et très bien ancré dans le récit. C'est vraiment ce qui m'a fait adorer cette BD.
Attention, même si je ne l'ai pas explicitement dit, le scénario reste très bon, dans la lignée des scénarios de thriller. Aucun reproche de ce côté là.
Alors pourquoi seulement 4/5 ? Parce que la série se conclut un peu brutalement sur un tome qui ouvre grand la voie à un nouveau cycle, et que je pense qu'il faut attendre encore un peu pour pouvoir conclure dessus. En attendant, 4/5 parfaitement mérité !
Mise à jour après lecture du dernier tome :
Il semblerait que ce tome 13 marque la fin définitive de la série, et je dois bien le confesser, je me suis pris une claque dans la gueule.
Le deuxième arc était, à mon humble avis, un cran en dessous du premier, moins nerveux, moins tendu, moins sombre, et sa fin était largement ouverte au troisième arc.
Et celui-ci est arrivé. En trois tomes seulement. Plus besoin de présentation des personnages, des lieux, ou des mentalités. Rien que de l'action, et il y en a cette fois-ci ! Les deux premiers tomes placent toute la suite de l'arc 2, mais tout en développant à nouveau ce pan très sombre de l'univers du tueur (qui est aussi le nôtre d'ailleurs) et en dirigeant la trame dans une direction bien dramatique.
Mais lorsque la fin arrive, lorsque le dernier tome s'ouvre, on se prend tout dans la gueule. C'est une sorte de claque monumentale qui balaye tout à coup l'ensemble de la série. Tout est soufflé dans une réflexion qui m'a surpris et qui est pourtant en adéquation parfaite avec le reste de la série. Sans parler du fait qu'on retombe totalement sur ses pieds, en harmonie avec la première partie.
Si la série était pour moi excellente, elle passe à "Culte" avec ce dernier tome qui rehausse l'ensemble et redonne une saveur que je pensais un peu diluée à la série du "Tueur". La fin est à la hauteur qu'on attendait au début, et j'ai maintenant tendance à voir la série comme une saga excellente qui connait une petite faiblesse au milieu. Le scénariste n'est pas tombé dans le piège d'une série à rallonge qui se casse la gueule et n'hésite pas à la faire retomber exactement là où il le veut. Rien n'est bien changé, si ce n'est le lecteur, et au final une sorte de désespoir transparaît à travers ces pages, comme une fatalité qui serait inhérente à l'être humain.
Si vous ne connaissez pas la saga, foncez les yeux fermés. Si vous l'avez lue et que vous avez aussi senti les faiblesses, dégustez le troisième acte qui est une perle extraordinaire. Un morceau de choix que je ne pensais pas et qui m'a laissé sur le cul. La réalité est bien plus cruelle et mordante qu'une BD, mais cette BD sait si bien décrire la réalité, qu'on croirait le vivre aussi.
Oui, une série qui a pour moi gagné son galon de "Culte". A lire, à dévorer, à offrir aussi.
Et à relire, surtout.
Alors là, c’est un gros gros coup de cœur !!!
Voilà un album que j’avais très envie de lire depuis bien longtemps, eu égard aux très nombreux et très bons échos qu’il avait suscités. Mais sa rencontre (petit tirage oblige) était plus qu’aléatoire, et alors le prix (petit tirage mais aussi spéculation ?) était franchement prohibitif et dissuasif.
La réédition par les éditions Atrabile – très belle d’ailleurs avec couverture épaisse et dos en toile, m’a permis d’acquérir et donc de lire ce qui est une sorte d’ovni ! Dans une préface, Ibn Al Rabin rappelle l’histoire hasardeuse et quelque peu mouvementée de l’écriture et de la première publication.
Dans la même préface, il conclut en disant qu’il avait cherché à l’époque à faire du Audiard genevois. Et c’est vrai qu’à la lecture on retrouve une parenté dans ces dialogues désopilants – et cette comparaison est clairement un compliment, avec aussi peut-être une influence du capitaine Haddock pour la préciosité des jurons (quelque mots peu courants se glissant alors dans les conversations).
En tout cas cette sorte de western alpin (l’accoutrement de certains personnages, l’attaque du train donnent cette touche « Far West ») est jubilatoire, avec une intrigue loufoque, improbable, et des personnages qui le sont tout autant !
C’est vraiment une imagination débordante qui innerve l’intrigue, énerve les protagonistes. L’ambition délirante à la base du détournement du train (faire du Liechtenstein une grande puissance !) s’accompagne de personnages hauts en couleur (les faux siamois, le comte avec son alchimiste entre autres). Les répliques fusent et ajoutent au délire de l’ensemble. De nombreux gags absurdes, parfois récurrents (comme ce voyageur demandant imperturbablement quand le train arrivera à Zurich, ou comme ces pillards de San Marin ????, dézingués à tour de bras et qui (re)surgissent de partout, toujours plus nombreux) élargissent la palette de l’humour employé.
La chute finale est elle aussi bien vue.
Bref, c’est vraiment un album qui ne peut laisser indifférent ! Pas forcément grand public – si vous êtes réfractaire au loufoque et à l’absurde, vous raterez une bonne partie de ce qui fait de cet album une grosse pépite.
A lire, à acheter, et merci encore à Atrabile ! Et encore bravo aux auteurs (dont c’était une sorte de sortie d’anonymat fracassante) pour avoir laissé quartier libre à leur imagination !
Allez, hop ! Voilà cinq étoiles bien méritées pour cet album qui nous y envoie très souvent.
L'histoire des Tirailleurs qui meurent au combat pour défendre la Mère Patrie... qui ne leur a pas été vraiment reconnaissante!
Histoire forte et très beau dessin.
A mettre d'urgence dans toutes les mains: de jeunes (programme de 3ème!), des moins jeunes, citoyens en tous genre qui voient le racisme quotidien s'étendre...
Urban est une oeuvre qui est dans tous les esprits de ceux qui reviennent de leur libraire. Il faut dire qu’il ne m’a pas fallu davantage que 30 secondes après l’avoir feuilleté pour avoir envie de l’embarquer avec moi. Une bd dont le bouche à oreille s'agrandit au fil des jours, aidé par des critiques quasi unanimes vantant les louanges d’une œuvre revenue de loin (Urban Games avait fait dès lors l’effet d’un pétard mouillé avec abandon du dessinateur dès le premier tome et mésentente avec les Humanos).
Vendu comme un blockbuster de science-fiction tendance Blade Runner, Urban s'avère être une œuvre qui souhaiterait s’affranchir de tout son passé mais repasse tel un hommage les nombreuses références d’une génération élevée aux petits Mickey, Dark Vador, Dragonball et j’en passe si l’on observe attentivement les costumes portés par une population désirant s’abandonner pendant un cours délai dans la cité-parc de loisirs au doux nom évocateur de Monplaisir.
Néanmoins tout n’est pas si rose dans ce monde futuriste à l’instar d’un Soleil Vert où les corps féminins sont réduits à l’état d’objet publicitaire et sexuel et où la violence devient un spectacle télévisé comme dans le Prix du danger d’Yves Boisset.
Une bd pétrie donc d’un propos et d’un fond. Pour autant, ça n'en est pas moins un bouquin saisissant et surtout envoûtant par la beauté des dessins. Je ne sais pas d’où vient ce Roberto Ricci mais j’ai hate de savoir où il va aller tant son talent nous déglingue la rétine par les couleurs, son trait, bref son style !
Après lecture des trois tomes, je dois réviser grandement mon jugement.
En effet, si le premier tome m’avait laissé sur une bonne impression pour l’univers présenté et la maitrise graphique incroyable de Roberto Ricci, je n’étais encore pleinement convaincu par l’histoire mais le scénariste Luc Brunschwig possède mille idées qui explosent enfin dès le second tome par une maitrise narrative surprenante, multipliant les personnages et points de vue et en développant moult flashbacks par une méthode reprenant cadrage et mise en scène digne d’un blockbuster hollywoodien.
Les couleurs et les décors étouffant de détails contribuent grandement à l’ambiance anxiogène d’un univers bien plus complexe qu’il n’y parait. Pourtant le lecteur ne s’y sent jamais lésé ou perdu.
Chaque tome se termine sur un cliffhanger relançant l’histoire et l’intérêt. Au début du tome 3 et des conséquences d’une attaque plongeant le monde dans une obscurité artificielle, je me suis même rappelé pourquoi j’aimais tant la bd franco-belge SF et rien que pour cela…. MERCI aux auteurs !
Du coup je passe ma note de 3 à 4/5 avec un coup de cœur mérité dans l’attente d’une suite à la hauteur de mes espérances mais l’entreprise a l’air suffisamment robuste pour même les dépasser.
En tous cas pour ceux qui y sont restés insensibles c’est vraiment l’œuvre à lire de toute urgence à l’heure actuelle, ne regrettez pas votre ticket pour Monplaisir, vous n’en serez pas déçus.
J'avais très peur en empruntant cet ouvrage de ne pas l'aimer. J'ai été baigné dans la culture Disney et j'avais peur d'une dénaturation complète du mythe. Je suis bien servi ! Et pourtant, j'ai littéralement adoré. Le traitement graphique est d'une réussite sans nom et qui laisse sans voix.
On reprend donc l'histoire de Pinocchio qui devient dans cette version un robot crée par un inventeur Geppetto dont la femme est un peu nymphomane. J'ai adoré les petites histoires de Jiminy Cafard. Que dire encore de Blanche Neige et des 7 salopards? C'est bizarre mais c'est le genre d'humour que j'aime bien car il y a un sens à travers chaque situation apparemment anodine. Oui, il y a une critique en règle du monde capitaliste, de l'armée, de la religion et même des parcs d'attraction à la Disney !
Je déteste pourtant le trash. Il y a quand même des exceptions dont celle-ci fera partie. C'est drôle et intelligent à la fois. Ce Pinocchio est-il politiquement correct? Certainement pas mais c'est pour notre plus grande réjouissance.
Sur la forme, c'est visuellement une réussite. On s'aperçoit que l'auteur maîtrise différentes formes de graphisme qu'il alterne. Quant au scénario, il est d'une logique implacable tant les éléments se rejoignent. C'est fichtrement bien pensé ! Je comprends qu'on puisse considérer une telle oeuvre comme culte. En tout cas, c'est le meilleur conte moderne que j'ai pu lire jusqu'à ce jour.
Grâce à bdthèque, j'ai pu acquérir cette oeuvre qui maltraite tous les codes avec une irrévérence savoureuse.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.75/5
Il m’aura donc fallu attendre le numéro 9 de ces « Notes » pour qu’enfin j’ai le bonheur de découvrir cet auteur. Ce mec a un talent fou, on a l’impression qu’il dessine comme il respire, que chez lui le dessin est plus qu’un art, tout simplement un langage à part entière comme l’écriture peut l’être pour les écrivains. Le bougre confie d’ailleurs ne pas recourir aux croquis. A croire qu’il pourrait tout dessiner, aussi à l’aise dans le dessin humoristique que dans l’aquarelle, se payant même le luxe de réaliser des estampes japonaises. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter son blog bouletcorp.com. La plupart du temps en noir et blanc avec ponctuellement quelques touches de couleurs, ces « beaux dessins plein de petits traits », qui pourraient évoquer Crumb ou Moebius, impressionnent aussi par leur fluidité, leur sens du mouvement et du cadrage, mais surtout par leur folle expressivité dans la caricature, engendrant chez le lecteur une irrépressible envie de rire. Boulet étant le personnage principal de ses histoires courtes tirées de son blog, il fait preuve de beaucoup d’autodérision, peut-être un moyen de ne pas se choper le cigare, ce qui serait tentant lorsque comme lui on possède un tel talent.
Sa façon est telle de ne pas se prendre au sérieux qu’il parvient à nouer une complicité immédiate avec le lecteur. Déjà suffisamment torturé, Boulet s’accroche à son âme de gosse, on ne saurait le blâmer, mais ne lui dites pas que « les dessinateurs sont de grands enfants ». Ça a le don de le mettre hors de lui, du coup il a les arguments pour assassiner une fois pour toutes ce cliché idiot, comme il le fait dans le tome 9. Boulet est un auteur aussi talentueux qu’attachant, et ce seul tome m’aura suffit pour être définitivement conquis. Je vais de ce pas me mettre en quête des huit précédents…
Voilà encore un bien bel album du duo d’Enfin Libre. Et encore une fois c’est une histoire originale qu’il nous propose.
Résumer cette histoire est assez difficile. C’est une « rêverie », comme l’indique le titre, et qui comporte une bonne part de poésie. De l’humour aussi (nombreux jeux de mots).
Si les auteurs expriment en fin d’album la dette contractée envers Dante, Lewis Caroll, Stevenson ou autre Lewis Trondheim (qui « prête » ici son Lapinot), l’album peut se lire et s’apprécier sans connaître ces références (trame ou personnages). Même si les maîtriser donne plus de sel à la balade de Siwel au milieu d’un univers poétique, et réellement inspiré.
Le dessin est sympa, et le travail de colorisation (dans une sorte d’aquarelle) est très beau. C’est vraiment une réussite, qui mérite d’être (re)découverte. Et qui confirme le très grand talent des auteurs !
Seulement édité à 1000 exemplaires, cet ouvrage de 72 pages m'a été chaudement recommandé par mon libraire.
Bien lui en a pris car cette histoire d'Abel, agriculteur malgré lui, tient à la fois de la tragédie, du comique et de la poésie.
Cette chronique sociale peut parfois faire songer à l'univers de Simon Hureau ou encore de celui d'Etienne Davodeau mais Lisa Belvent apporte dans son scénario une touche de réalisme du quotidien qui touche le lecteur (les courses, le café, les contraintes de l'agriculteur...), le tout appuyé par un superbe dessin de Bruno Duhamel qui restitue avec talent des situations le plus souvent cocasses (le running gag du chien par exemple).
Mais cela n'est pas tout, Duhamel nous offre des scènes champêtres de toute beauté.
Un livre drôle, émouvant et surtout formidablement bien construit qui aurait pu prendre comme sous-titre, ce vers de Giraudoux:
"Veux-tu connaitre le monde?
ferme les yeux , Rosemonde"
Une belle surprise pour ce début d'année.
Je le dis d’entrée de jeu, pour moi Urban est un futur classique de la science-fiction, je ne comprends pas comment j’ai pu passer à côté toutes ces années.
Urban est une œuvre à plusieurs visages, principalement construite comme un récit d’anticipation on peut aussi y déceler un soupçon de drame post-apocalyptique puis progressivement au fil de l’intrigue le genre du Planet Opera devient vite une évidence. Mais ce qui frappe dans Urban, au-delà de sa capacité à nous émerveiller et nous divertir, ce qui représente déjà une réussite en soi ; c’est sa narration posée qui prend le temps de présenter ses personnages, leur parcours, leur psychologie ; c’est son background qui s’étend et révèle une incroyable richesse à chaque nouvel album ; c’est son histoire qui peut certes présenter des similitudes avec d’autres récits dystopiques mais qui jamais ne propose un contenu téléphoné au contraire, il y a des rebondissements et des séquences émouvantes sans jamais verser complètement dans le pathos.
L’intérêt que trouve un auteur à écrire de la SF est qu’il peut s’en servir pour alerter les lecteurs contemporains sur les dérives dangereuses que sont susceptibles d’emprunter nos sociétés actuelles. C’est une caractéristique présente quasiment dans tout classique de SF, et Urban en futur mastodonte du genre n’y manque pas. Ainsi, Luc Brunschwig nous décrit ce que donnerait une société-ville visant à la satisfaction immédiate de ses désirs, une ville autonome où les gens confondent plaisir, envie, consommation, avec le bonheur et la quiétude. Trop abrutis qu’ils sont par la pauvreté et leur travail qu’ils exercent tels des esclaves empilés les uns sur les autres dans des dortoirs qui n’offrent aucune intimité, le début du tome 2 montre ainsi l’envers du décor avec Gunnar Christensen et sa femme, anciens fermiers, obligés de s’exiler sur la colonie de Néo-Amsterdam suite à la catastrophe climatique qui s’est répandue sur la Terre. C’est là l’élément apocalyptique : la Terre n’est plus que Déluge, et la seule parcelle de terre émergente encore des flots est la cité Monplaisir, créée et dirigée par la main virtuelle de l’énigmatique « Springy Fool », le big brother local qui se montre par l’intermédiaire du programme A.L.I.C.E (qui me rappelle La Reine Rouge de Resident Evil). De l’intérieur, Monplaisir ressemble à une mégalopole multiculturelles façon « Blade Runner » de Ridley Scott, vous pensiez accéder au palais des rêves, mais c’est dans le terrier cauchemardesque du lapin blanc que vous êtes tombés.
À Monplaisir la justice est galvaudée, aliénée, la satisfaction des plaisirs immédiats prévaut et certains vont en faire le difficile apprentissage comme le jeune Nelson Colton, ou la nouvelle recrue des forces de police, Zach Buzz. Beaucoup le trouve naïf ou niais, mais prenez un français lambda de 19 ans qui a vécu toute sa vie au fin fond de la Beauce puis lâchez-le du jour au lendemain en plein centre-ville de Tokyo au milieu de cosplayers et Otaku… il y aurait de quoi être déboussolé. Zach est le héros type comme je les aime, celui qui fait face à un monde aux règles immondes et amorales, aux antipodes de ce qu’il connaît et chérit. Quoi qu’il arrive il restera droit comme un « i » et fidèle à son code d’honneur qu’il s’efforce de suivre pour ne pas sombrer lui aussi dans ce monde de profonde noirceur mais d’apparence aguichante.
Cependant Zach on le ressent petit à petit, n’est pas le personnage phare de la série, il est le ciment permettant à toutes les petites histoires et leurs personnages qui les composent de se rejoindre et de former ainsi la grande histoire. Mais la vraie star c’est bien Monplaisir elle-même, c’est elle qui fascine et intrigue, d’où le côté Planet Opera évoqué plus haut.
Il y a aussi Ishrat Akhtar, la prostituée obligée (pléonasme) de se faire tatouer des marques (Honda, McDo, Coca-Cola…) sur l’ensemble du corps pour payer les dettes d’argent de ses parents. Là encore un bel exemple d’alerte sur le devenir de nos sociétés où l’on peut observer ce genre de phénomène de nos jours.
Jusqu’où iront les hommes au nom du dieu pognon Mammon ? Si vous n’avez pas d’argent à Monplaisir vous n’êtes qu’un tas de viande inutile dont tous les moyens seront bons pour se débarrasser, physiquement.
À l’image de son scénario ambitieux le dessin est fascinant par sa maîtrise, son sens du détail et son raccord avec l’ambiance de la BD, sombre sans négliger le gigantisme béant de la ville. Monplaisir étant une sorte de parc d’attraction grandeur nature, ses touristes se livrent à toutes sortes d’excentricités dignes d’un festival du « Burning Man », toutes et tous sont déguisés. Roberto Ricci est une révélation dans ce domaine, j’imagine que cela a dû être le pied pour lui de dessiner tous ces détails qui foisonnent. Cette richesse graphique est aussi l’occasion d’apporter de la légèreté et une touche humoristique en fond de toile, on se croirait dans une BD de Maëster, à essayer de la localiser dans chaque case. De Son Goku à Mario, Blondin… vous les verrez tous passer à un moment ou un autre. Ainsi, dès la couverture du T1 sur le casque de Darth Vader on peut voir un « Lucas… why ? », « Only the trilogy », le dessinateur essaie t-il de faire passer un message ? ;) Une scène cocasse : un homme déguisé en Captain America enlace une femme déguisée elle, en officier SS. Le petit Nelson est perdu et se met à geindre, à ce moment-là un passant arrive devant lui déguisé en Caliméro.
Forcément une série qu’il faudra aussi considérer dans son ensemble lorsque les deux derniers albums sortiront mais on ne va pas bouder notre plaisir, la confiance règne ici.
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Les Epées de verre
Voici donc la petite merveille que j'attendais depuis plusieurs jours, enfin elle est en ma possession et sachez que je ne me suis pas jetée dessus, non, j'ai attendu de m'être calmée pour la lire à tête reposée, soit en gros trois bonnes heures, que d'émotion ! C'est une pure beauté, un petit joyau graphique, un dessin enivrant qui combine pinceau et informatique ; d'une finesse incroyable, le souci du détail est omniprésent, et même si la plupart du temps les décors ne sont pas très chargés, chaque case est travaillée avec une méticulosité extrême. Les couleurs sont magnifiques, les jeux d'ombre et de lumière parfaits, les villes comme les forêts, enchanteresses. Sans oublier le vieillissement des personnages qui est absolument parfait. Laura Zuccherie est une talentueuse dessinatrice à suivre de près. L'histoire m'a tout autant conquise et même si elle ne sort pas des sentiers battus - pour l'instant - l'originalité ici tient à un tout. Un scénario bien mené et entraînant, avec des personnages attachants et bien travaillés psychologiquement, dont une petite fille qui a le comportement d'une gamine de son âge. Deux délicieux petits êtres, issus du petit peuple mais dont l'auteure ne nous dit pas les noms, j'espère qu'on en saura plus sur eux. Des animaux fabuleux, bien imaginés et fascinants à regarder. Une narration simple et belle qui est en accord avec l'histoire. Une petite touche d'humour vient se faufiler de temps en temps dans les méandres du récit. La suite promet d'être grandiose. De Sylvianne Corgiat j'ai entamé son autre série Elias le maudit qui paraît elle aussi très prometteuse, je vais d'ailleurs de ce pas la finir. De plus, c'est un réel plaisir que de lire une production 100% féminine. Tome 2 Aussi beau que le premier avec en prime une ville stupéfiante et grandiose. L'histoire par contre ne me semble pas avancer aussi vite que je m'y attendais, ceci dit elle est toujours aussi prenante. On connait enfin les noms des deux petits compagnons du groupe. Suite et fin La colorisation du dernier tome m'a tout de suite sauté aux yeux, certes elle n'est pas laide, je dirais même jolie, mais ce n'est pas celle des trois premiers aux couleurs directes soyeuses qu'on peut regarder pendant des heures, ça m'a gâché ma lecture. L'histoire, bien que sympa, je lui trouve quelques facilités de scénario sur la fin et un peu naïve aussi. Je me serais bien passé du : "je suis amoureuse de l'homme qui m'a élevée", je déteste ça. Hormis ça c'est une histoire à lire, à défaut de posséder.
Le Tueur
Ah, quelle belle BD que celle du Tueur ... Un nom bien commun pour une BD qui s'avère à la base "classique", avec un tueur à gages et son boulot. On peut s'attendre à du déjà vu. Et bien non ! Ici on a une bd qui innove dans le genre ! Le scénario, pas piqué des hannetons au passage, explore en effet en détail la psychologie et la mentalité du Tueur, personnage central dont finalement nous ignorons toutes les caractéristiques basiques (nom, âge, passé ...) mais qu'on a l'impression de connaitre intimement au bout de quelques tomes. Ouvrir un tome donne presque la sensation de retrouver une connaissance. Face à ce personnage, les auteurs nous en livrent d'autres à la pelle, et pas des moindres, accompagnés par leurs pays et leurs autres horizons, de leurs autres cultures et mentalités. Bref un joli groupe réuni dans le monde des assassinats. Pour accompagner ceci, nous avons droit à un dessin que je trouve très intéressant, tant par le dessin en lui même que par la disposition des cases, qui réussit à créer un suspense digne d'un film d'action, particulièrement dans les scènes de fusillades. Et enfin, comme dit, nous avons dans cette série tout un côté mental et réflexion, très dérangeant (le genre que personne ne vous racontera en cours) et très bien ancré dans le récit. C'est vraiment ce qui m'a fait adorer cette BD. Attention, même si je ne l'ai pas explicitement dit, le scénario reste très bon, dans la lignée des scénarios de thriller. Aucun reproche de ce côté là. Alors pourquoi seulement 4/5 ? Parce que la série se conclut un peu brutalement sur un tome qui ouvre grand la voie à un nouveau cycle, et que je pense qu'il faut attendre encore un peu pour pouvoir conclure dessus. En attendant, 4/5 parfaitement mérité ! Mise à jour après lecture du dernier tome : Il semblerait que ce tome 13 marque la fin définitive de la série, et je dois bien le confesser, je me suis pris une claque dans la gueule. Le deuxième arc était, à mon humble avis, un cran en dessous du premier, moins nerveux, moins tendu, moins sombre, et sa fin était largement ouverte au troisième arc. Et celui-ci est arrivé. En trois tomes seulement. Plus besoin de présentation des personnages, des lieux, ou des mentalités. Rien que de l'action, et il y en a cette fois-ci ! Les deux premiers tomes placent toute la suite de l'arc 2, mais tout en développant à nouveau ce pan très sombre de l'univers du tueur (qui est aussi le nôtre d'ailleurs) et en dirigeant la trame dans une direction bien dramatique. Mais lorsque la fin arrive, lorsque le dernier tome s'ouvre, on se prend tout dans la gueule. C'est une sorte de claque monumentale qui balaye tout à coup l'ensemble de la série. Tout est soufflé dans une réflexion qui m'a surpris et qui est pourtant en adéquation parfaite avec le reste de la série. Sans parler du fait qu'on retombe totalement sur ses pieds, en harmonie avec la première partie. Si la série était pour moi excellente, elle passe à "Culte" avec ce dernier tome qui rehausse l'ensemble et redonne une saveur que je pensais un peu diluée à la série du "Tueur". La fin est à la hauteur qu'on attendait au début, et j'ai maintenant tendance à voir la série comme une saga excellente qui connait une petite faiblesse au milieu. Le scénariste n'est pas tombé dans le piège d'une série à rallonge qui se casse la gueule et n'hésite pas à la faire retomber exactement là où il le veut. Rien n'est bien changé, si ce n'est le lecteur, et au final une sorte de désespoir transparaît à travers ces pages, comme une fatalité qui serait inhérente à l'être humain. Si vous ne connaissez pas la saga, foncez les yeux fermés. Si vous l'avez lue et que vous avez aussi senti les faiblesses, dégustez le troisième acte qui est une perle extraordinaire. Un morceau de choix que je ne pensais pas et qui m'a laissé sur le cul. La réalité est bien plus cruelle et mordante qu'une BD, mais cette BD sait si bien décrire la réalité, qu'on croirait le vivre aussi. Oui, une série qui a pour moi gagné son galon de "Culte". A lire, à dévorer, à offrir aussi. Et à relire, surtout.
Les Miettes
Alors là, c’est un gros gros coup de cœur !!! Voilà un album que j’avais très envie de lire depuis bien longtemps, eu égard aux très nombreux et très bons échos qu’il avait suscités. Mais sa rencontre (petit tirage oblige) était plus qu’aléatoire, et alors le prix (petit tirage mais aussi spéculation ?) était franchement prohibitif et dissuasif. La réédition par les éditions Atrabile – très belle d’ailleurs avec couverture épaisse et dos en toile, m’a permis d’acquérir et donc de lire ce qui est une sorte d’ovni ! Dans une préface, Ibn Al Rabin rappelle l’histoire hasardeuse et quelque peu mouvementée de l’écriture et de la première publication. Dans la même préface, il conclut en disant qu’il avait cherché à l’époque à faire du Audiard genevois. Et c’est vrai qu’à la lecture on retrouve une parenté dans ces dialogues désopilants – et cette comparaison est clairement un compliment, avec aussi peut-être une influence du capitaine Haddock pour la préciosité des jurons (quelque mots peu courants se glissant alors dans les conversations). En tout cas cette sorte de western alpin (l’accoutrement de certains personnages, l’attaque du train donnent cette touche « Far West ») est jubilatoire, avec une intrigue loufoque, improbable, et des personnages qui le sont tout autant ! C’est vraiment une imagination débordante qui innerve l’intrigue, énerve les protagonistes. L’ambition délirante à la base du détournement du train (faire du Liechtenstein une grande puissance !) s’accompagne de personnages hauts en couleur (les faux siamois, le comte avec son alchimiste entre autres). Les répliques fusent et ajoutent au délire de l’ensemble. De nombreux gags absurdes, parfois récurrents (comme ce voyageur demandant imperturbablement quand le train arrivera à Zurich, ou comme ces pillards de San Marin ????, dézingués à tour de bras et qui (re)surgissent de partout, toujours plus nombreux) élargissent la palette de l’humour employé. La chute finale est elle aussi bien vue. Bref, c’est vraiment un album qui ne peut laisser indifférent ! Pas forcément grand public – si vous êtes réfractaire au loufoque et à l’absurde, vous raterez une bonne partie de ce qui fait de cet album une grosse pépite. A lire, à acheter, et merci encore à Atrabile ! Et encore bravo aux auteurs (dont c’était une sorte de sortie d’anonymat fracassante) pour avoir laissé quartier libre à leur imagination ! Allez, hop ! Voilà cinq étoiles bien méritées pour cet album qui nous y envoie très souvent.
Histoire des tirailleurs sénégalais (Sang noir)
L'histoire des Tirailleurs qui meurent au combat pour défendre la Mère Patrie... qui ne leur a pas été vraiment reconnaissante! Histoire forte et très beau dessin. A mettre d'urgence dans toutes les mains: de jeunes (programme de 3ème!), des moins jeunes, citoyens en tous genre qui voient le racisme quotidien s'étendre...
Urban
Urban est une oeuvre qui est dans tous les esprits de ceux qui reviennent de leur libraire. Il faut dire qu’il ne m’a pas fallu davantage que 30 secondes après l’avoir feuilleté pour avoir envie de l’embarquer avec moi. Une bd dont le bouche à oreille s'agrandit au fil des jours, aidé par des critiques quasi unanimes vantant les louanges d’une œuvre revenue de loin (Urban Games avait fait dès lors l’effet d’un pétard mouillé avec abandon du dessinateur dès le premier tome et mésentente avec les Humanos). Vendu comme un blockbuster de science-fiction tendance Blade Runner, Urban s'avère être une œuvre qui souhaiterait s’affranchir de tout son passé mais repasse tel un hommage les nombreuses références d’une génération élevée aux petits Mickey, Dark Vador, Dragonball et j’en passe si l’on observe attentivement les costumes portés par une population désirant s’abandonner pendant un cours délai dans la cité-parc de loisirs au doux nom évocateur de Monplaisir. Néanmoins tout n’est pas si rose dans ce monde futuriste à l’instar d’un Soleil Vert où les corps féminins sont réduits à l’état d’objet publicitaire et sexuel et où la violence devient un spectacle télévisé comme dans le Prix du danger d’Yves Boisset. Une bd pétrie donc d’un propos et d’un fond. Pour autant, ça n'en est pas moins un bouquin saisissant et surtout envoûtant par la beauté des dessins. Je ne sais pas d’où vient ce Roberto Ricci mais j’ai hate de savoir où il va aller tant son talent nous déglingue la rétine par les couleurs, son trait, bref son style ! Après lecture des trois tomes, je dois réviser grandement mon jugement. En effet, si le premier tome m’avait laissé sur une bonne impression pour l’univers présenté et la maitrise graphique incroyable de Roberto Ricci, je n’étais encore pleinement convaincu par l’histoire mais le scénariste Luc Brunschwig possède mille idées qui explosent enfin dès le second tome par une maitrise narrative surprenante, multipliant les personnages et points de vue et en développant moult flashbacks par une méthode reprenant cadrage et mise en scène digne d’un blockbuster hollywoodien. Les couleurs et les décors étouffant de détails contribuent grandement à l’ambiance anxiogène d’un univers bien plus complexe qu’il n’y parait. Pourtant le lecteur ne s’y sent jamais lésé ou perdu. Chaque tome se termine sur un cliffhanger relançant l’histoire et l’intérêt. Au début du tome 3 et des conséquences d’une attaque plongeant le monde dans une obscurité artificielle, je me suis même rappelé pourquoi j’aimais tant la bd franco-belge SF et rien que pour cela…. MERCI aux auteurs ! Du coup je passe ma note de 3 à 4/5 avec un coup de cœur mérité dans l’attente d’une suite à la hauteur de mes espérances mais l’entreprise a l’air suffisamment robuste pour même les dépasser. En tous cas pour ceux qui y sont restés insensibles c’est vraiment l’œuvre à lire de toute urgence à l’heure actuelle, ne regrettez pas votre ticket pour Monplaisir, vous n’en serez pas déçus.
Pinocchio (Winshluss)
J'avais très peur en empruntant cet ouvrage de ne pas l'aimer. J'ai été baigné dans la culture Disney et j'avais peur d'une dénaturation complète du mythe. Je suis bien servi ! Et pourtant, j'ai littéralement adoré. Le traitement graphique est d'une réussite sans nom et qui laisse sans voix. On reprend donc l'histoire de Pinocchio qui devient dans cette version un robot crée par un inventeur Geppetto dont la femme est un peu nymphomane. J'ai adoré les petites histoires de Jiminy Cafard. Que dire encore de Blanche Neige et des 7 salopards? C'est bizarre mais c'est le genre d'humour que j'aime bien car il y a un sens à travers chaque situation apparemment anodine. Oui, il y a une critique en règle du monde capitaliste, de l'armée, de la religion et même des parcs d'attraction à la Disney ! Je déteste pourtant le trash. Il y a quand même des exceptions dont celle-ci fera partie. C'est drôle et intelligent à la fois. Ce Pinocchio est-il politiquement correct? Certainement pas mais c'est pour notre plus grande réjouissance. Sur la forme, c'est visuellement une réussite. On s'aperçoit que l'auteur maîtrise différentes formes de graphisme qu'il alterne. Quant au scénario, il est d'une logique implacable tant les éléments se rejoignent. C'est fichtrement bien pensé ! Je comprends qu'on puisse considérer une telle oeuvre comme culte. En tout cas, c'est le meilleur conte moderne que j'ai pu lire jusqu'à ce jour. Grâce à bdthèque, j'ai pu acquérir cette oeuvre qui maltraite tous les codes avec une irrévérence savoureuse. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.75/5
Notes
Il m’aura donc fallu attendre le numéro 9 de ces « Notes » pour qu’enfin j’ai le bonheur de découvrir cet auteur. Ce mec a un talent fou, on a l’impression qu’il dessine comme il respire, que chez lui le dessin est plus qu’un art, tout simplement un langage à part entière comme l’écriture peut l’être pour les écrivains. Le bougre confie d’ailleurs ne pas recourir aux croquis. A croire qu’il pourrait tout dessiner, aussi à l’aise dans le dessin humoristique que dans l’aquarelle, se payant même le luxe de réaliser des estampes japonaises. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter son blog bouletcorp.com. La plupart du temps en noir et blanc avec ponctuellement quelques touches de couleurs, ces « beaux dessins plein de petits traits », qui pourraient évoquer Crumb ou Moebius, impressionnent aussi par leur fluidité, leur sens du mouvement et du cadrage, mais surtout par leur folle expressivité dans la caricature, engendrant chez le lecteur une irrépressible envie de rire. Boulet étant le personnage principal de ses histoires courtes tirées de son blog, il fait preuve de beaucoup d’autodérision, peut-être un moyen de ne pas se choper le cigare, ce qui serait tentant lorsque comme lui on possède un tel talent. Sa façon est telle de ne pas se prendre au sérieux qu’il parvient à nouer une complicité immédiate avec le lecteur. Déjà suffisamment torturé, Boulet s’accroche à son âme de gosse, on ne saurait le blâmer, mais ne lui dites pas que « les dessinateurs sont de grands enfants ». Ça a le don de le mettre hors de lui, du coup il a les arguments pour assassiner une fois pour toutes ce cliché idiot, comme il le fait dans le tome 9. Boulet est un auteur aussi talentueux qu’attachant, et ce seul tome m’aura suffit pour être définitivement conquis. Je vais de ce pas me mettre en quête des huit précédents…
Le Songe de Siwel
Voilà encore un bien bel album du duo d’Enfin Libre. Et encore une fois c’est une histoire originale qu’il nous propose. Résumer cette histoire est assez difficile. C’est une « rêverie », comme l’indique le titre, et qui comporte une bonne part de poésie. De l’humour aussi (nombreux jeux de mots). Si les auteurs expriment en fin d’album la dette contractée envers Dante, Lewis Caroll, Stevenson ou autre Lewis Trondheim (qui « prête » ici son Lapinot), l’album peut se lire et s’apprécier sans connaître ces références (trame ou personnages). Même si les maîtriser donne plus de sel à la balade de Siwel au milieu d’un univers poétique, et réellement inspiré. Le dessin est sympa, et le travail de colorisation (dans une sorte d’aquarelle) est très beau. C’est vraiment une réussite, qui mérite d’être (re)découverte. Et qui confirme le très grand talent des auteurs !
Le Voyage d'Abel
Seulement édité à 1000 exemplaires, cet ouvrage de 72 pages m'a été chaudement recommandé par mon libraire. Bien lui en a pris car cette histoire d'Abel, agriculteur malgré lui, tient à la fois de la tragédie, du comique et de la poésie. Cette chronique sociale peut parfois faire songer à l'univers de Simon Hureau ou encore de celui d'Etienne Davodeau mais Lisa Belvent apporte dans son scénario une touche de réalisme du quotidien qui touche le lecteur (les courses, le café, les contraintes de l'agriculteur...), le tout appuyé par un superbe dessin de Bruno Duhamel qui restitue avec talent des situations le plus souvent cocasses (le running gag du chien par exemple). Mais cela n'est pas tout, Duhamel nous offre des scènes champêtres de toute beauté. Un livre drôle, émouvant et surtout formidablement bien construit qui aurait pu prendre comme sous-titre, ce vers de Giraudoux: "Veux-tu connaitre le monde? ferme les yeux , Rosemonde" Une belle surprise pour ce début d'année.
Urban
Je le dis d’entrée de jeu, pour moi Urban est un futur classique de la science-fiction, je ne comprends pas comment j’ai pu passer à côté toutes ces années. Urban est une œuvre à plusieurs visages, principalement construite comme un récit d’anticipation on peut aussi y déceler un soupçon de drame post-apocalyptique puis progressivement au fil de l’intrigue le genre du Planet Opera devient vite une évidence. Mais ce qui frappe dans Urban, au-delà de sa capacité à nous émerveiller et nous divertir, ce qui représente déjà une réussite en soi ; c’est sa narration posée qui prend le temps de présenter ses personnages, leur parcours, leur psychologie ; c’est son background qui s’étend et révèle une incroyable richesse à chaque nouvel album ; c’est son histoire qui peut certes présenter des similitudes avec d’autres récits dystopiques mais qui jamais ne propose un contenu téléphoné au contraire, il y a des rebondissements et des séquences émouvantes sans jamais verser complètement dans le pathos. L’intérêt que trouve un auteur à écrire de la SF est qu’il peut s’en servir pour alerter les lecteurs contemporains sur les dérives dangereuses que sont susceptibles d’emprunter nos sociétés actuelles. C’est une caractéristique présente quasiment dans tout classique de SF, et Urban en futur mastodonte du genre n’y manque pas. Ainsi, Luc Brunschwig nous décrit ce que donnerait une société-ville visant à la satisfaction immédiate de ses désirs, une ville autonome où les gens confondent plaisir, envie, consommation, avec le bonheur et la quiétude. Trop abrutis qu’ils sont par la pauvreté et leur travail qu’ils exercent tels des esclaves empilés les uns sur les autres dans des dortoirs qui n’offrent aucune intimité, le début du tome 2 montre ainsi l’envers du décor avec Gunnar Christensen et sa femme, anciens fermiers, obligés de s’exiler sur la colonie de Néo-Amsterdam suite à la catastrophe climatique qui s’est répandue sur la Terre. C’est là l’élément apocalyptique : la Terre n’est plus que Déluge, et la seule parcelle de terre émergente encore des flots est la cité Monplaisir, créée et dirigée par la main virtuelle de l’énigmatique « Springy Fool », le big brother local qui se montre par l’intermédiaire du programme A.L.I.C.E (qui me rappelle La Reine Rouge de Resident Evil). De l’intérieur, Monplaisir ressemble à une mégalopole multiculturelles façon « Blade Runner » de Ridley Scott, vous pensiez accéder au palais des rêves, mais c’est dans le terrier cauchemardesque du lapin blanc que vous êtes tombés. À Monplaisir la justice est galvaudée, aliénée, la satisfaction des plaisirs immédiats prévaut et certains vont en faire le difficile apprentissage comme le jeune Nelson Colton, ou la nouvelle recrue des forces de police, Zach Buzz. Beaucoup le trouve naïf ou niais, mais prenez un français lambda de 19 ans qui a vécu toute sa vie au fin fond de la Beauce puis lâchez-le du jour au lendemain en plein centre-ville de Tokyo au milieu de cosplayers et Otaku… il y aurait de quoi être déboussolé. Zach est le héros type comme je les aime, celui qui fait face à un monde aux règles immondes et amorales, aux antipodes de ce qu’il connaît et chérit. Quoi qu’il arrive il restera droit comme un « i » et fidèle à son code d’honneur qu’il s’efforce de suivre pour ne pas sombrer lui aussi dans ce monde de profonde noirceur mais d’apparence aguichante. Cependant Zach on le ressent petit à petit, n’est pas le personnage phare de la série, il est le ciment permettant à toutes les petites histoires et leurs personnages qui les composent de se rejoindre et de former ainsi la grande histoire. Mais la vraie star c’est bien Monplaisir elle-même, c’est elle qui fascine et intrigue, d’où le côté Planet Opera évoqué plus haut. Il y a aussi Ishrat Akhtar, la prostituée obligée (pléonasme) de se faire tatouer des marques (Honda, McDo, Coca-Cola…) sur l’ensemble du corps pour payer les dettes d’argent de ses parents. Là encore un bel exemple d’alerte sur le devenir de nos sociétés où l’on peut observer ce genre de phénomène de nos jours. Jusqu’où iront les hommes au nom du dieu pognon Mammon ? Si vous n’avez pas d’argent à Monplaisir vous n’êtes qu’un tas de viande inutile dont tous les moyens seront bons pour se débarrasser, physiquement. À l’image de son scénario ambitieux le dessin est fascinant par sa maîtrise, son sens du détail et son raccord avec l’ambiance de la BD, sombre sans négliger le gigantisme béant de la ville. Monplaisir étant une sorte de parc d’attraction grandeur nature, ses touristes se livrent à toutes sortes d’excentricités dignes d’un festival du « Burning Man », toutes et tous sont déguisés. Roberto Ricci est une révélation dans ce domaine, j’imagine que cela a dû être le pied pour lui de dessiner tous ces détails qui foisonnent. Cette richesse graphique est aussi l’occasion d’apporter de la légèreté et une touche humoristique en fond de toile, on se croirait dans une BD de Maëster, à essayer de la localiser dans chaque case. De Son Goku à Mario, Blondin… vous les verrez tous passer à un moment ou un autre. Ainsi, dès la couverture du T1 sur le casque de Darth Vader on peut voir un « Lucas… why ? », « Only the trilogy », le dessinateur essaie t-il de faire passer un message ? ;) Une scène cocasse : un homme déguisé en Captain America enlace une femme déguisée elle, en officier SS. Le petit Nelson est perdu et se met à geindre, à ce moment-là un passant arrive devant lui déguisé en Caliméro. Forcément une série qu’il faudra aussi considérer dans son ensemble lorsque les deux derniers albums sortiront mais on ne va pas bouder notre plaisir, la confiance règne ici.