3.5
Un autre manga que j'avais découvert en premier via son adaptation en anime.
C'est un manga qui se passe dans un monde post-apocalyptique, mais contrairement à d'autres oeuvres du genre, ce n'est pas une histoire pessimiste qui montre un groupe de héros essayant tant bien que mal de survive dans un environnement hostile et affrontant des méchants. Ici, c'est seulement deux jeunes filles qui se promènent sur Terre, explorent ce qu'elles trouvent et survivent sans trop de problèmes. On suit leurs vies quotidiennes et pour un manga dont l'action se situe après apocalypse, c'est relaxant. Il y a un coté contemplatif dans cette série et cela ne m'a pas du tout dérangé. Il faut dire qu'on est dans un décor très différent de notre monde.
Les deux personnages principaux sont attachants, le scénario est prenant et je passe vraiment un bon moment chaque fois que je lis un ou plusieurs chapitres de ce manga. C'est un peu dur à expliquer, mais j'adore voir ces deux filles se promener dans les ruines d'un ancien monde qu'elles n'ont pas connu. Bon voilà si vous voulez un manga relaxant, je conseille celui-là.
Eh oui on est dans du post-apocalypse très loin de Mad Max !
Assez grandiose!
C'est suite à l'avis de Ro il y a quelque temps que j'ai souhaité me procurer cette BD. Attiré par l'avis et la galerie mais surtout la couverture qui comme on dit claque. Et puis il y a la photo en fin d'album de ces deux jeunes garçons (jumeaux) qui est proprement hallucinante. Longtemps après l'avoir vue elle vous reste en mémoire. Pas de sang, de violence, seulement un regard qui vous glace et ce n'est rien de le dire.
Mais une photo ne fait pas un album et celui-ci reste un peu à mon avis en deçà de son sujet. Sur le thème des enfants-soldats je préfère l'excellent Teddy Bear dans la collection Doggy bags chez Ankama. Dans ce one-shot les auteurs ont choisi l'angle de l'onirisme, du merveilleux, en référence aux légendes asiatiques sur le pouvoir des choses inanimées mais qui peuvent cesser de l'être.
Au dessin pour exprimer ce merveilleux qui fait irruption dans le réel, les frères Asaf et Tomer Hanuka qui travaillent à quatre mains et nous offrent des planches assez dépouillées mais sur lesquelles il n'y a pas grand-chose à reprocher sur le plan graphique.
Le seul point qui m'empêche de mettre une étoile de plus est que j'aurais aimé que le récit se centre plus sur ces enfants-soldats, leurs conditions de vie, etc..
Malgré ce léger bémol je conseille cette BD et c'est également un coup de cœur.
Excellent!
Après l'excellent Descender, nous nous retrouvons dix ans plus tard avec "Ascender". Ici il n'est plus question de haute technologie, quoique, puisque le monde développé dans la série précédente a laissé la place à un monde où c'est la magie qui a pris la place. Cette nouvelle gouvernance tourne autour d'une dictature incarnée par "La Mère" à la tête de mondes dont le credo est la destruction de toutes les machines.
C'est dans ce contexte que Mila et son père Andy vont s'attirer les foudres de gardiens de la nouvelle foi quand un ancien jouet/compagnon refait son apparition. Dès lors les deux s'engagent dans une fuite car la magie est aussi efficace que les armes d'antan.
Un premier tome introductif donc, mais qui augure du meilleur pour la suite. Les auteurs ici lorgnent plus vers l'heroic fantasy et ce en grande partie grâce au talent du dessinateur Dustin Nguyen qui avec ses magnifiques aquarelles donne le ton, il nous dessine des personnages à trognes assez fabuleuses.
Dans ce récit dynamique qui propose quelques flashbacks bienvenus, les auteurs réinventent une fantasy un peu techno de très bon aloi. Coup de cœur en attendant la suite.
Biribi ! Ce nom fait froid dans le dos. Ce sont les compagnies de discipline et d’établissements pénitentiaires qui étaient stationnés en Afrique du Nord, alors colonie française, et destinés à recevoir les militaires réfractaires ou indisciplinés de l’armée française. Dans ces bagnes, les soldats effectuaient des travaux de force soumis à un régime très dur.
Sylvain Ricard, le scénariste s’est documenté pour rendre cette première "grande évasion" authentique.
L’histoire se déroule au Maroc à Dar Bel Hamrit. Notre héros, Ange Lucciani condamné pour insubordination, effronterie, refus d’obéissance et tentative d’évasion - quel palmarès ! – découvre sa « nouvelle maison » et ses « colocataires ».
Il n’a qu’une envie. S’enfuir loin de ce cloaque où la torture, les brimades physiques et les humiliations sont le quotidien des prisonniers. L’univers des condamnés est terrifiant.
Le tatouage, théoriquement interdit, est un affront pour les gardiens. Vaincu, mais non dompté ! Malgré les traitements cruels infligés à Ange Lucciani, celui-ci est coriace et endure les brimades.
Une histoire exaltante soulignée par le graphisme d’Olivier Thomas au point que j'ai fait l’acquisition d’une planche originale il y a quelques années. Je recommande vivement cet album.
Biribi a perduré jusqu’à la décolonisation, même si son déclin est entamé dès les années 1930. Un pan de notre histoire pas très joli.
Wow, quelle aventure, j’ai bien cru que j’allais y rester ! J’avoue que je n’y croyais guère en entamant la BD. Ça commence de manière très technique, au point que je me suis vite dit que Tillieux allait nous livrer un solide reportage sur la vie des gens de mer, mais rien de très captivant. Je ne m’étais jamais autant trompé…
Avant de devenir auteur de bandes dessinées, Maurice Tillieux voulait devenir marin, il a même passé l’examen d’entrée dans la marine marchande en cachette après avoir fait une fugue en bateau pour essayer de s’exiler aux États-Unis, ce bougre… C’est dire à quel point le monde de la mer le fascine, et il communique parfaitement cette fascination dans ce petit bijou qu’est S.O.S. Bagarreur.
Seule aventure d’Alain Brisant, personnage créé pour l’occasion avec le regretté René Follet, S.O.S. Bagarreur est un modèle de narration et de mise en scène. On sait bien que Tillieux est un des plus grands noms de la bande dessinée, notamment grâce à sa formidable saga Gil Jourdan, mais je ne l’avais encore jamais testé dans le récit réaliste. Il y fait merveille !
Véritable histoire sans héros, mais avec beaucoup d’héroïsme, cette BD met en scène des personnages savamment écrits, jamais lisses et assez complexes. Aucun n’est parfait, pas même le jeune premier, trop impulsif et un peu soucieux d’épater la galerie (même si, à chaque fois, des vies en dépendent). De même, le commandant auquel il s’oppose est lui un personnage pas manichéen pour deux sous, rustre et brutal, mais aussi réaliste et soucieux de la vie de ses hommes. Ainsi, aucun personnage, même secondaire, ne se retrouve réduit à l’état de clichés, et ça va jusqu’aux méchants Anglais, canailles et gentlemen à la fois… Brillant.
Grâce à une belle étude de caractères pris sur le vif, Tillieux instaure donc une atmosphère ultra-prenante, qui nous immerge sans peine dans ce milieu rude et difficile des gens de mer.
Son récit pourrait menacer régulièrement de tourner à vide, se révélant d’une simplicité biblique (le sauvetage d’un bateau en détresse), et pourtant, il réussit toujours, grâce à l’écriture de ses personnages, à relancer une nouvelle péripétie sans que jamais cette dernière paraisse artificielle. Même si on pourra trouver dans le scénario une ou deux facilités passagères, le tout est d’une cohérence remarquable et démontre un sens du suspense aigu, que même Hitchcock jalouserait… Rarement, j’avais senti mon cœur battre à l’unisson des personnages d’une bande dessinée. Pourtant, ici, j’ai eu les mêmes montées d’adrénaline qu’au cinéma. Chapeau !
Du côté du dessin, René Follet assure à merveille sa part de travail. Son trait de crayon restitue de manière incroyable les traits burinés des rudes marins imaginés par Tillieux. Les visages prennent vie, s’enflamment sous la main experte du dessinateur, tandis que les éléments se déchaînent autour d’eux, et même autour de nous. On est littéralement pris dans ces paysages furieux, dans cet enfer liquide dont il semble impossible de pouvoir sortir. On est mouillé par chaque vague, ébranlé par chaque choc, on entend chaque phrase, chaque engueulade au sein de la tempête.
Graphiquement, le dessinateur nous offre donc un travail vraiment splendide, qui accentue encore le réalisme du récit, sans basculer dans le piège de l’hyperréalisme. Stylisé juste ce qu’il faut, on sent que le dessin est d’une grande rigueur, et il est au moins autant responsable que le scénario de l’immense réussite de cette bande dessinée. Je connaissais très peu René Follet, ça m’a donné envie de le découvrir !
Ainsi donc, le talent conjoint des deux artistes donne ici naissance à une grande bande dessinée. Le sens de la narration et de la mise en scène de Tillieux et Follet y touchent à leur apogée, nous faisant passer par un panel d’émotions très large. Et lorsqu’on ressort fatigué de cette éreintante aventure, on n’a étrangement qu’une envie : remonter tout de suite sur le Bagarreur pour de nouvelles aventures avec Alain Brisant…
Malheureusement, on ne sera pas exaucé. Pas grave, on relira S.O.S. Bagarreur sans s'en lasser !
C'est d'Angoulême que je ramène cette nouvelle série de Nancy Peña. Moi qui ai beaucoup apprécié sa série Le Chat du kimono, ce fut une agréable surprise de découvrir cet album que je n'avais pas vu sortir.
Elle s'associe ici à Blandine Le Callet au scénario, pour nous proposer le récit de Médée, ce personnage de la mythologie grecque associé à la Toison d'Or. Pour en avoir discuté avec Nancy Peña, il s'agit en fait à l'origine d'un roman qui n'a pas trouvé à se faire éditer et qui du coup a été retravaillé pour nous proposer une série BD qui s'annonce en 5 tomes. Prometteur !
Nos deux auteures ont en effet comme elles l'annoncent en fin d'album, dans l'idée de raconter sa véritable histoire... Vaste programme. Et ce premier tome pose les jalons d'une histoire bien construite sur les bases d'une trame mythologique bien chargée. On découvre ici l'enfance et l'adolescence de Médée, en Colchide où elle habite avec sa famille. L'insouciance laisse rapidement la place aux responsabilités, et Médée en fille très intelligente a du mal à trouver sa place au milieu des intrigues distillées tant par son père, le roi de ce territoire, que par son entourage.
Nancy Peña donne à cet univers une vitalité étonnante grâce à son coup de crayon toujours aussi fin. Sa façon de composer ses pages donne au récit l'élan nécessaire à sa narration. On rentre progressivement dans celui-ci ; le rythme s'installe doucement et monte petit à petit en puissance, comme la conscience de ce qui entoure la jeune Médée. Un coup de chapeau au passage à la très bonne colorisation réalisée par Sophie Dumas et Céline Badaroux-Denizon. Elle renforce de façon très efficace toutes les ambiances qui parsèment les pages de cet album ; chaleur et lumière du bassin méditerranéen, tempête, complot, etc.
Ce premier tome m'a donc plutôt convaincu et plu ; j'attends la suite avec curiosité pour voir comment tout cela va évoluer et j'espère relever davantage ma note.
(3.5/5)
*** tomes 2 à 4 ***
Ce furent finalement 4 et non 5 tomes qui conclurent cette magnifique série, le dernier tome offrant une pagination plus conséquente de 105 pages.
Et quelle série ! Wow ! J'ai vraiment pris un énorme plaisir à lire cette série qui tout en jouant à démystifier la mythologie grecque, s'en empare et nous la restitue de telle façon qu'au sortir de cette lecture je n'ai eu qu'une envie replonger dedans !
Car c'est à mon sens la force majeur de Médée, c'est qu'au travers de ce personnage hors norme, nos autrices ont réussis à nous la rendre très contemporaine en questionnant le rôle de la femme à travers l'histoire, mais pas que. C'est aussi interroger le destin et notre libre arbitre (ahhh la tragédie grecque !), la place de l'étranger, celle des religions... Bref, tout en composant avec le caneva mythologique de Médée, Nancy Peña et Blandine Le Callet nous dressent le portrait universel des sociétés finalement pas beaucoup plus évoluées qu'à l'époque. L'étiquette de la barbarie de se colle juste pas au même endroit, elle est aujourd'hui juste plus sophistiquée.
Et puis cette album fourmille de petits détails et de bonnes idées narratives qui en font un réel plaisir de lecture. Le dessin reste magnifique et subtil de bout en bout avec même quelques planches à couper le souffle.
De la mythologie comme ça, j'en veut bien tous les jours ! Voilà une série à ne pas rater et je monte ma note à 4 + coup de coeur
Je ne comprends pas les mauvaises revues. Je trouve qu'il y a pas mal de messages cachés dans cette bande dessinée. Il y a le concept du meneur, suiveur, la relation parents enfants, l’incompréhension entre enfants et adultes, l'opposition avec la police. Pour moi tous ces concepts sont encore d’actualité.
Bien sûr les voitures sont datées. Et alors ? Je trouve même intéressant de voir les liens avec l’époque actuelle.
Une de mes acquisitions à Angoulême cette année, les 2 albums valaient le coup, bon état et pas chers ; j'en avais entendu parler par le catalogue Glénat, sans avoir lu cette Bd, et je suis ravi d'avoir acheté ces 2 albums car je me suis bien amusé et régalé.
En fait, tenter de cataloguer "Ikar" est assez difficile car c'est un mélange de genres. On est sur une planète, il y a des tribus qui s'affrontent dans un monde barbare, il y a des créatures curieuses et des humanoïdes à têtes d'animaux qui parlent avec des humains. Certains éléments amènent ce qu'on rencontre dans les contes juvéniles et il y a des situations drôles constamment présentes. On voit donc qu'il y a de la SF, de la fantasy, de l'humour dans ce conte fantastique et poétique où toutes ces tribus aux noms étranges ont pour point commun l'agressivité, et passent leur temps dans des batailles joyeusement dantesques. Là où l'on voit que Makyo tempère ces scènes barbares, c'est la façon de s'étriper en plusieurs morceaux, mais sans les flots de sang et la rage que l'on voit dans les Bd classiques de fantasy. Il y a un comme une sorte de violence soft et ça peut se comprendre car la série a été prépubliée dans Spirou en 1995.
Du coup, j'ai bien apprécié cet univers plein de charme où Makyo construit un récit très imaginatif et j'aurais bien aimé en lire plus, malheureusement, les lecteurs du journal Spirou trop conservateurs n'ont pas donné sa chance à la bande qui, faute de succès, fut stoppée après le second récit. Je pense que ce n'était pas le journal adéquat pour prépublier cette Bd qui aurait mieux convenu à Circus. L'autre atout, c'est le dessin de Follet dont j'ai toujours aimé le graphisme hérité de Paul Cuvelier mais très caractéristique, notamment dans L'Iliade (Follet) ; son dessin peut donner l'impression qu'il est esquissé mais c'est ce qui fait son charme. Il avantage toujours les personnages féminins plus que les hommes, et ses fonds de cases sont souvent vides mais peu importe parce qu'il donne toujours une dynamique à son trait, et ici il en donne la preuve éclatante, de même que ses colorisations qui effraient toujours les nouvelles générations parce que soi-disant démodées, moi j'aime ça, je m'en délecte.
Voici donc une fable poétique et drôle qui est assez atypique dans son concept et qui gagne à être découverte, parce qu'en plus, n'ayant pas rencontré le succès, elle est très méconnue et c'est dommage.
Je vois à la lecture des avis précédents que cet album est loin de faire l’unanimité ! Et qu’il dérange, ou pour le moins déroute la plupart de ses – rares – lecteurs. Cela ne m’étonne pas trop, car ce n’est clairement pas une histoire conventionnelle, que ce soit dans le fond et la forme d’ailleurs. Je vais pourtant aller à contre-courant, car j’ai bien aimé ma lecture.
J’avais acheté cet album immédiatement à sa sortie, sur un coup de tête – ou de cœur, mais c’est un peu la même chose, non ? Car, il faut commencer par ça, les éditions Ici Même ont fait un très beau travail éditorial. En effet, la couverture cartonnée épaisse, la belle couverture tout simplement, ainsi que la qualité du papier utilisé, c’est un bel écrin. Et un rapide feuilletage de l’intérieur, avec le dessin net, précis, et une imagerie surprenante (j’y reviendrai) m’avaient séduit, et poussé à acheter cette sorte d’ovni, que je savais m’être destiné.
L’histoire en elle-même est difficile à résumer. Mais j’irai presque jusqu’à dire que ce n’est pas nécessaire. Et même qu’elle est secondaire – en tout cas pour moi. En effet, j’ai peut-être été séduit par ce qui a pu rebuter certains lecteurs, à savoir un imaginaire débordant, exubérant, impossible à appréhender rationnellement.
Surtout, la vie de ces deux frères, au tournant des XIXème et XXème siècles aux Etats-Unis, qui construisent, vivent dans une sorte de monde parallèle (je ne sais si une quelconque allégorie s’est glissée dans cette histoire) est des plus intrigantes. Ils construisent des machines, à la fois poétiques et « horribles », pour faire de la musique à partir d’animaux – d’une jeune fille même, dont les corps sont découpés, remontés comme de vulgaires objets. Il y a là un arrière-plan surréaliste (proche de Bellmer pour son travail sur les poupées, ou même simplement par la succession d’images, l’assemblage de corps, d’objets aussi hétéroclites que surprenants, dans une ambiance « maldororienne » très noire) qui m’a plu.
Publiée aux États-Unis par un éditeur curieux, Fantagraphics, cette « Machine écureuil » est une œuvre à ne pas mettre entre toutes les mains, certes, mais je suis très content qu’elle soit tombée entre les miennes. Même si elle en est éloignée par certains aspects, je la range dans la même catégorie – pour rester dans le domaine de la bande dessinée – que certaines œuvres de Charles Burns, de Stéphane Blanquet, de Benoît Preteseille ou de Dave Cooper, qui jouent elles aussi sur une poésie noire, sur l’étrange, sur une érotisation froide, sur le malaise et des corps difformes ou « triturés ».
Je connaissais Tronchet surtout pour Jean-Claude Tergal et Raymond Calbuth, mais là, il crée une bd carrément jubilatoire ; j'en avais entendu parler, je la connaissais de réputation, mais je n'en avais jamais lu et je n'imaginais pas me marrer autant lorsque j'ai découvert le premier épisode dans Circus (prépublié en 1989). Déjà, rien que les titres des 3 épisodes donnent le ton de cette bande, on est dans le loufoque grand teint, ça rejoint un peu Meurtres Fatals dans l'esprit.
Cette administration de l'imaginaire, organisme très sérieux qui contrôle les dérèglements des bd, quelle trouvaille ! Fulgurex est un héros fringant un peu bêta mais vaillant, qui doit trouver qui s'est introduit dans ces aventures complètement débridées, d'abord centrées sur l'univers de Tintin en évoluant entre le Lotus bleu et le Crabe aux pinces d'or ; l'ennui, c'est qu'il craque pour l'héroïne, la sensuelle Balmine Fuso et qu'il va transgresser la déontologie administrative et les lois narratives des contrôleurs d'intrigues.
Par ses scénarios, Tronchet détourne les lieux communs narratifs et décape les histoires d'aventure tout en leur rendant hommage, c'est un véritable concept d'aventure parodique et burlesque qui creuse un décalage jouissif entre cette administration et les Bd qu'elle surveille, c'est comme une sorte d'univers parallèle dans lequel se projette Fulgurex. Tintin en prend un coup, avec un look de bad boy, clope au bec, chemise qui dépasse, mèche en bataille, et Haddock se paie une vraie gueule de poivrot, les auteurs capturent ces héros de BD de façon virtuose et versent dans le gag référencé en détournant des images que l'on connait tous. Et le plus beau, c'est que c'est illustré par un dessin chiadé, pas un gribouillis de merde, le dessin de Gelli me fait beaucoup penser à celui de Will Elder sur Little Annie Fanny, il utilise le même système de colorisation, des contours bien nets et des décors soignés, c'est vraiment un plaisir d'avoir une bande humoristique avec un tel graphisme.
Je suis franchement séduit par cette découverte, c'est du pur délire azimuté, du n'importe quoi délectable, de la franche rigolade intelligente avec une flopée de références bédéphiles et cinématographiques.
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Girls' Last Tour
3.5 Un autre manga que j'avais découvert en premier via son adaptation en anime. C'est un manga qui se passe dans un monde post-apocalyptique, mais contrairement à d'autres oeuvres du genre, ce n'est pas une histoire pessimiste qui montre un groupe de héros essayant tant bien que mal de survive dans un environnement hostile et affrontant des méchants. Ici, c'est seulement deux jeunes filles qui se promènent sur Terre, explorent ce qu'elles trouvent et survivent sans trop de problèmes. On suit leurs vies quotidiennes et pour un manga dont l'action se situe après apocalypse, c'est relaxant. Il y a un coté contemplatif dans cette série et cela ne m'a pas du tout dérangé. Il faut dire qu'on est dans un décor très différent de notre monde. Les deux personnages principaux sont attachants, le scénario est prenant et je passe vraiment un bon moment chaque fois que je lis un ou plusieurs chapitres de ce manga. C'est un peu dur à expliquer, mais j'adore voir ces deux filles se promener dans les ruines d'un ancien monde qu'elles n'ont pas connu. Bon voilà si vous voulez un manga relaxant, je conseille celui-là. Eh oui on est dans du post-apocalypse très loin de Mad Max !
Le Divin
Assez grandiose! C'est suite à l'avis de Ro il y a quelque temps que j'ai souhaité me procurer cette BD. Attiré par l'avis et la galerie mais surtout la couverture qui comme on dit claque. Et puis il y a la photo en fin d'album de ces deux jeunes garçons (jumeaux) qui est proprement hallucinante. Longtemps après l'avoir vue elle vous reste en mémoire. Pas de sang, de violence, seulement un regard qui vous glace et ce n'est rien de le dire. Mais une photo ne fait pas un album et celui-ci reste un peu à mon avis en deçà de son sujet. Sur le thème des enfants-soldats je préfère l'excellent Teddy Bear dans la collection Doggy bags chez Ankama. Dans ce one-shot les auteurs ont choisi l'angle de l'onirisme, du merveilleux, en référence aux légendes asiatiques sur le pouvoir des choses inanimées mais qui peuvent cesser de l'être. Au dessin pour exprimer ce merveilleux qui fait irruption dans le réel, les frères Asaf et Tomer Hanuka qui travaillent à quatre mains et nous offrent des planches assez dépouillées mais sur lesquelles il n'y a pas grand-chose à reprocher sur le plan graphique. Le seul point qui m'empêche de mettre une étoile de plus est que j'aurais aimé que le récit se centre plus sur ces enfants-soldats, leurs conditions de vie, etc.. Malgré ce léger bémol je conseille cette BD et c'est également un coup de cœur.
Ascender
Excellent! Après l'excellent Descender, nous nous retrouvons dix ans plus tard avec "Ascender". Ici il n'est plus question de haute technologie, quoique, puisque le monde développé dans la série précédente a laissé la place à un monde où c'est la magie qui a pris la place. Cette nouvelle gouvernance tourne autour d'une dictature incarnée par "La Mère" à la tête de mondes dont le credo est la destruction de toutes les machines. C'est dans ce contexte que Mila et son père Andy vont s'attirer les foudres de gardiens de la nouvelle foi quand un ancien jouet/compagnon refait son apparition. Dès lors les deux s'engagent dans une fuite car la magie est aussi efficace que les armes d'antan. Un premier tome introductif donc, mais qui augure du meilleur pour la suite. Les auteurs ici lorgnent plus vers l'heroic fantasy et ce en grande partie grâce au talent du dessinateur Dustin Nguyen qui avec ses magnifiques aquarelles donne le ton, il nous dessine des personnages à trognes assez fabuleuses. Dans ce récit dynamique qui propose quelques flashbacks bienvenus, les auteurs réinventent une fantasy un peu techno de très bon aloi. Coup de cœur en attendant la suite.
La Grande évasion - Biribi
Biribi ! Ce nom fait froid dans le dos. Ce sont les compagnies de discipline et d’établissements pénitentiaires qui étaient stationnés en Afrique du Nord, alors colonie française, et destinés à recevoir les militaires réfractaires ou indisciplinés de l’armée française. Dans ces bagnes, les soldats effectuaient des travaux de force soumis à un régime très dur. Sylvain Ricard, le scénariste s’est documenté pour rendre cette première "grande évasion" authentique. L’histoire se déroule au Maroc à Dar Bel Hamrit. Notre héros, Ange Lucciani condamné pour insubordination, effronterie, refus d’obéissance et tentative d’évasion - quel palmarès ! – découvre sa « nouvelle maison » et ses « colocataires ». Il n’a qu’une envie. S’enfuir loin de ce cloaque où la torture, les brimades physiques et les humiliations sont le quotidien des prisonniers. L’univers des condamnés est terrifiant. Le tatouage, théoriquement interdit, est un affront pour les gardiens. Vaincu, mais non dompté ! Malgré les traitements cruels infligés à Ange Lucciani, celui-ci est coriace et endure les brimades. Une histoire exaltante soulignée par le graphisme d’Olivier Thomas au point que j'ai fait l’acquisition d’une planche originale il y a quelques années. Je recommande vivement cet album. Biribi a perduré jusqu’à la décolonisation, même si son déclin est entamé dès les années 1930. Un pan de notre histoire pas très joli.
Alain Brisant - S.O.S. Bagarreur
Wow, quelle aventure, j’ai bien cru que j’allais y rester ! J’avoue que je n’y croyais guère en entamant la BD. Ça commence de manière très technique, au point que je me suis vite dit que Tillieux allait nous livrer un solide reportage sur la vie des gens de mer, mais rien de très captivant. Je ne m’étais jamais autant trompé… Avant de devenir auteur de bandes dessinées, Maurice Tillieux voulait devenir marin, il a même passé l’examen d’entrée dans la marine marchande en cachette après avoir fait une fugue en bateau pour essayer de s’exiler aux États-Unis, ce bougre… C’est dire à quel point le monde de la mer le fascine, et il communique parfaitement cette fascination dans ce petit bijou qu’est S.O.S. Bagarreur. Seule aventure d’Alain Brisant, personnage créé pour l’occasion avec le regretté René Follet, S.O.S. Bagarreur est un modèle de narration et de mise en scène. On sait bien que Tillieux est un des plus grands noms de la bande dessinée, notamment grâce à sa formidable saga Gil Jourdan, mais je ne l’avais encore jamais testé dans le récit réaliste. Il y fait merveille ! Véritable histoire sans héros, mais avec beaucoup d’héroïsme, cette BD met en scène des personnages savamment écrits, jamais lisses et assez complexes. Aucun n’est parfait, pas même le jeune premier, trop impulsif et un peu soucieux d’épater la galerie (même si, à chaque fois, des vies en dépendent). De même, le commandant auquel il s’oppose est lui un personnage pas manichéen pour deux sous, rustre et brutal, mais aussi réaliste et soucieux de la vie de ses hommes. Ainsi, aucun personnage, même secondaire, ne se retrouve réduit à l’état de clichés, et ça va jusqu’aux méchants Anglais, canailles et gentlemen à la fois… Brillant. Grâce à une belle étude de caractères pris sur le vif, Tillieux instaure donc une atmosphère ultra-prenante, qui nous immerge sans peine dans ce milieu rude et difficile des gens de mer. Son récit pourrait menacer régulièrement de tourner à vide, se révélant d’une simplicité biblique (le sauvetage d’un bateau en détresse), et pourtant, il réussit toujours, grâce à l’écriture de ses personnages, à relancer une nouvelle péripétie sans que jamais cette dernière paraisse artificielle. Même si on pourra trouver dans le scénario une ou deux facilités passagères, le tout est d’une cohérence remarquable et démontre un sens du suspense aigu, que même Hitchcock jalouserait… Rarement, j’avais senti mon cœur battre à l’unisson des personnages d’une bande dessinée. Pourtant, ici, j’ai eu les mêmes montées d’adrénaline qu’au cinéma. Chapeau ! Du côté du dessin, René Follet assure à merveille sa part de travail. Son trait de crayon restitue de manière incroyable les traits burinés des rudes marins imaginés par Tillieux. Les visages prennent vie, s’enflamment sous la main experte du dessinateur, tandis que les éléments se déchaînent autour d’eux, et même autour de nous. On est littéralement pris dans ces paysages furieux, dans cet enfer liquide dont il semble impossible de pouvoir sortir. On est mouillé par chaque vague, ébranlé par chaque choc, on entend chaque phrase, chaque engueulade au sein de la tempête. Graphiquement, le dessinateur nous offre donc un travail vraiment splendide, qui accentue encore le réalisme du récit, sans basculer dans le piège de l’hyperréalisme. Stylisé juste ce qu’il faut, on sent que le dessin est d’une grande rigueur, et il est au moins autant responsable que le scénario de l’immense réussite de cette bande dessinée. Je connaissais très peu René Follet, ça m’a donné envie de le découvrir ! Ainsi donc, le talent conjoint des deux artistes donne ici naissance à une grande bande dessinée. Le sens de la narration et de la mise en scène de Tillieux et Follet y touchent à leur apogée, nous faisant passer par un panel d’émotions très large. Et lorsqu’on ressort fatigué de cette éreintante aventure, on n’a étrangement qu’une envie : remonter tout de suite sur le Bagarreur pour de nouvelles aventures avec Alain Brisant… Malheureusement, on ne sera pas exaucé. Pas grave, on relira S.O.S. Bagarreur sans s'en lasser !
Médée (Le Callet / Peña)
C'est d'Angoulême que je ramène cette nouvelle série de Nancy Peña. Moi qui ai beaucoup apprécié sa série Le Chat du kimono, ce fut une agréable surprise de découvrir cet album que je n'avais pas vu sortir. Elle s'associe ici à Blandine Le Callet au scénario, pour nous proposer le récit de Médée, ce personnage de la mythologie grecque associé à la Toison d'Or. Pour en avoir discuté avec Nancy Peña, il s'agit en fait à l'origine d'un roman qui n'a pas trouvé à se faire éditer et qui du coup a été retravaillé pour nous proposer une série BD qui s'annonce en 5 tomes. Prometteur ! Nos deux auteures ont en effet comme elles l'annoncent en fin d'album, dans l'idée de raconter sa véritable histoire... Vaste programme. Et ce premier tome pose les jalons d'une histoire bien construite sur les bases d'une trame mythologique bien chargée. On découvre ici l'enfance et l'adolescence de Médée, en Colchide où elle habite avec sa famille. L'insouciance laisse rapidement la place aux responsabilités, et Médée en fille très intelligente a du mal à trouver sa place au milieu des intrigues distillées tant par son père, le roi de ce territoire, que par son entourage. Nancy Peña donne à cet univers une vitalité étonnante grâce à son coup de crayon toujours aussi fin. Sa façon de composer ses pages donne au récit l'élan nécessaire à sa narration. On rentre progressivement dans celui-ci ; le rythme s'installe doucement et monte petit à petit en puissance, comme la conscience de ce qui entoure la jeune Médée. Un coup de chapeau au passage à la très bonne colorisation réalisée par Sophie Dumas et Céline Badaroux-Denizon. Elle renforce de façon très efficace toutes les ambiances qui parsèment les pages de cet album ; chaleur et lumière du bassin méditerranéen, tempête, complot, etc. Ce premier tome m'a donc plutôt convaincu et plu ; j'attends la suite avec curiosité pour voir comment tout cela va évoluer et j'espère relever davantage ma note. (3.5/5) *** tomes 2 à 4 *** Ce furent finalement 4 et non 5 tomes qui conclurent cette magnifique série, le dernier tome offrant une pagination plus conséquente de 105 pages. Et quelle série ! Wow ! J'ai vraiment pris un énorme plaisir à lire cette série qui tout en jouant à démystifier la mythologie grecque, s'en empare et nous la restitue de telle façon qu'au sortir de cette lecture je n'ai eu qu'une envie replonger dedans ! Car c'est à mon sens la force majeur de Médée, c'est qu'au travers de ce personnage hors norme, nos autrices ont réussis à nous la rendre très contemporaine en questionnant le rôle de la femme à travers l'histoire, mais pas que. C'est aussi interroger le destin et notre libre arbitre (ahhh la tragédie grecque !), la place de l'étranger, celle des religions... Bref, tout en composant avec le caneva mythologique de Médée, Nancy Peña et Blandine Le Callet nous dressent le portrait universel des sociétés finalement pas beaucoup plus évoluées qu'à l'époque. L'étiquette de la barbarie de se colle juste pas au même endroit, elle est aujourd'hui juste plus sophistiquée. Et puis cette album fourmille de petits détails et de bonnes idées narratives qui en font un réel plaisir de lecture. Le dessin reste magnifique et subtil de bout en bout avec même quelques planches à couper le souffle. De la mythologie comme ça, j'en veut bien tous les jours ! Voilà une série à ne pas rater et je monte ma note à 4 + coup de coeur
Quick et Flupke
Je ne comprends pas les mauvaises revues. Je trouve qu'il y a pas mal de messages cachés dans cette bande dessinée. Il y a le concept du meneur, suiveur, la relation parents enfants, l’incompréhension entre enfants et adultes, l'opposition avec la police. Pour moi tous ces concepts sont encore d’actualité. Bien sûr les voitures sont datées. Et alors ? Je trouve même intéressant de voir les liens avec l’époque actuelle.
Ikar
Une de mes acquisitions à Angoulême cette année, les 2 albums valaient le coup, bon état et pas chers ; j'en avais entendu parler par le catalogue Glénat, sans avoir lu cette Bd, et je suis ravi d'avoir acheté ces 2 albums car je me suis bien amusé et régalé. En fait, tenter de cataloguer "Ikar" est assez difficile car c'est un mélange de genres. On est sur une planète, il y a des tribus qui s'affrontent dans un monde barbare, il y a des créatures curieuses et des humanoïdes à têtes d'animaux qui parlent avec des humains. Certains éléments amènent ce qu'on rencontre dans les contes juvéniles et il y a des situations drôles constamment présentes. On voit donc qu'il y a de la SF, de la fantasy, de l'humour dans ce conte fantastique et poétique où toutes ces tribus aux noms étranges ont pour point commun l'agressivité, et passent leur temps dans des batailles joyeusement dantesques. Là où l'on voit que Makyo tempère ces scènes barbares, c'est la façon de s'étriper en plusieurs morceaux, mais sans les flots de sang et la rage que l'on voit dans les Bd classiques de fantasy. Il y a un comme une sorte de violence soft et ça peut se comprendre car la série a été prépubliée dans Spirou en 1995. Du coup, j'ai bien apprécié cet univers plein de charme où Makyo construit un récit très imaginatif et j'aurais bien aimé en lire plus, malheureusement, les lecteurs du journal Spirou trop conservateurs n'ont pas donné sa chance à la bande qui, faute de succès, fut stoppée après le second récit. Je pense que ce n'était pas le journal adéquat pour prépublier cette Bd qui aurait mieux convenu à Circus. L'autre atout, c'est le dessin de Follet dont j'ai toujours aimé le graphisme hérité de Paul Cuvelier mais très caractéristique, notamment dans L'Iliade (Follet) ; son dessin peut donner l'impression qu'il est esquissé mais c'est ce qui fait son charme. Il avantage toujours les personnages féminins plus que les hommes, et ses fonds de cases sont souvent vides mais peu importe parce qu'il donne toujours une dynamique à son trait, et ici il en donne la preuve éclatante, de même que ses colorisations qui effraient toujours les nouvelles générations parce que soi-disant démodées, moi j'aime ça, je m'en délecte. Voici donc une fable poétique et drôle qui est assez atypique dans son concept et qui gagne à être découverte, parce qu'en plus, n'ayant pas rencontré le succès, elle est très méconnue et c'est dommage.
La Machine Écureuil
Je vois à la lecture des avis précédents que cet album est loin de faire l’unanimité ! Et qu’il dérange, ou pour le moins déroute la plupart de ses – rares – lecteurs. Cela ne m’étonne pas trop, car ce n’est clairement pas une histoire conventionnelle, que ce soit dans le fond et la forme d’ailleurs. Je vais pourtant aller à contre-courant, car j’ai bien aimé ma lecture. J’avais acheté cet album immédiatement à sa sortie, sur un coup de tête – ou de cœur, mais c’est un peu la même chose, non ? Car, il faut commencer par ça, les éditions Ici Même ont fait un très beau travail éditorial. En effet, la couverture cartonnée épaisse, la belle couverture tout simplement, ainsi que la qualité du papier utilisé, c’est un bel écrin. Et un rapide feuilletage de l’intérieur, avec le dessin net, précis, et une imagerie surprenante (j’y reviendrai) m’avaient séduit, et poussé à acheter cette sorte d’ovni, que je savais m’être destiné. L’histoire en elle-même est difficile à résumer. Mais j’irai presque jusqu’à dire que ce n’est pas nécessaire. Et même qu’elle est secondaire – en tout cas pour moi. En effet, j’ai peut-être été séduit par ce qui a pu rebuter certains lecteurs, à savoir un imaginaire débordant, exubérant, impossible à appréhender rationnellement. Surtout, la vie de ces deux frères, au tournant des XIXème et XXème siècles aux Etats-Unis, qui construisent, vivent dans une sorte de monde parallèle (je ne sais si une quelconque allégorie s’est glissée dans cette histoire) est des plus intrigantes. Ils construisent des machines, à la fois poétiques et « horribles », pour faire de la musique à partir d’animaux – d’une jeune fille même, dont les corps sont découpés, remontés comme de vulgaires objets. Il y a là un arrière-plan surréaliste (proche de Bellmer pour son travail sur les poupées, ou même simplement par la succession d’images, l’assemblage de corps, d’objets aussi hétéroclites que surprenants, dans une ambiance « maldororienne » très noire) qui m’a plu. Publiée aux États-Unis par un éditeur curieux, Fantagraphics, cette « Machine écureuil » est une œuvre à ne pas mettre entre toutes les mains, certes, mais je suis très content qu’elle soit tombée entre les miennes. Même si elle en est éloignée par certains aspects, je la range dans la même catégorie – pour rester dans le domaine de la bande dessinée – que certaines œuvres de Charles Burns, de Stéphane Blanquet, de Benoît Preteseille ou de Dave Cooper, qui jouent elles aussi sur une poésie noire, sur l’étrange, sur une érotisation froide, sur le malaise et des corps difformes ou « triturés ».
Raoul Fulgurex
Je connaissais Tronchet surtout pour Jean-Claude Tergal et Raymond Calbuth, mais là, il crée une bd carrément jubilatoire ; j'en avais entendu parler, je la connaissais de réputation, mais je n'en avais jamais lu et je n'imaginais pas me marrer autant lorsque j'ai découvert le premier épisode dans Circus (prépublié en 1989). Déjà, rien que les titres des 3 épisodes donnent le ton de cette bande, on est dans le loufoque grand teint, ça rejoint un peu Meurtres Fatals dans l'esprit. Cette administration de l'imaginaire, organisme très sérieux qui contrôle les dérèglements des bd, quelle trouvaille ! Fulgurex est un héros fringant un peu bêta mais vaillant, qui doit trouver qui s'est introduit dans ces aventures complètement débridées, d'abord centrées sur l'univers de Tintin en évoluant entre le Lotus bleu et le Crabe aux pinces d'or ; l'ennui, c'est qu'il craque pour l'héroïne, la sensuelle Balmine Fuso et qu'il va transgresser la déontologie administrative et les lois narratives des contrôleurs d'intrigues. Par ses scénarios, Tronchet détourne les lieux communs narratifs et décape les histoires d'aventure tout en leur rendant hommage, c'est un véritable concept d'aventure parodique et burlesque qui creuse un décalage jouissif entre cette administration et les Bd qu'elle surveille, c'est comme une sorte d'univers parallèle dans lequel se projette Fulgurex. Tintin en prend un coup, avec un look de bad boy, clope au bec, chemise qui dépasse, mèche en bataille, et Haddock se paie une vraie gueule de poivrot, les auteurs capturent ces héros de BD de façon virtuose et versent dans le gag référencé en détournant des images que l'on connait tous. Et le plus beau, c'est que c'est illustré par un dessin chiadé, pas un gribouillis de merde, le dessin de Gelli me fait beaucoup penser à celui de Will Elder sur Little Annie Fanny, il utilise le même système de colorisation, des contours bien nets et des décors soignés, c'est vraiment un plaisir d'avoir une bande humoristique avec un tel graphisme. Je suis franchement séduit par cette découverte, c'est du pur délire azimuté, du n'importe quoi délectable, de la franche rigolade intelligente avec une flopée de références bédéphiles et cinématographiques.