3 tomes, 3 dessinateurs, 3 époques, 3 ambiances, 3 mises en abyme...
Ca fait longtemps que j'avais repéré cette série, je ne saurais même pas trop dire pourquoi car je ne savais pas vraiment de quoi il était question. Sans doute que les couvertures, le dessin et le pitch avaient suscité ma curiosité. J'ai enfin eu l'occasion de lire ces 3 tomes, chose faite d'une traite tellement je suis rentré à fond dans ces récits.
Cette mise en abyme est un exercice de style qui ici prend la forme d'un mélange entre l'auteur et son oeuvre, et celle-ci lui échappe et le dépasse. Quand le roman raconte la vie de l'écrivain, alors que ce n'est pas lui qui tient la plume, quand la vie du réalisateur prend forme à l'écran alors que ce n'est pas lui qui tient la caméra, et que cela révèle des parts d'ombres de leur existence.
Exercice de style parfaitement maîtrisé par Valérie Mangin. Le premier tome met donc en scène un Balzac totalement dépassé par les événements. Cette histoire est à la fois une fiction, mais à la fois remplie de détails réels de la vie du romancier. J'adore quand une histoire sème le trouble entre la réalité et la fiction : qu'est ce qui est vrai ? qu'est ce qui est inventé pour les besoins du récit ? Je trouve qu'ici c'est très efficace, on se prend au jeu, et c'est assez amusant de voir Balzac perdre ses nerfs à essayer de démasquer celui qui cherche à lui nuire.
Le deuxième tome reprend le même procédé avec le réalisateur Clouzot. La mécanique est donc la même, l'effet de surprise en moins. Je comprends qu'on puisse trouver ça un peu répétitif. J'ai moi aussi trouvé ce second tome moins bien que le premier.
Quant au troisième tome, celui-ci met en abyme... la scénariste elle même, et son conjoint... qui est le dessinateur de l'album ! Mais quelle idée ! C'est audacieux et complètement fou même. Il fallait oser, moi je suis séduit par l'idée. Cette histoire raconte donc une grande partie de leur vie personnelle. Là aussi qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est romancé pour les besoins de l'intrigue ? Je pense qu'une très grande partie des anecdotes est authentique. Du coup ce 3e tome dévoile une grande partie de leur intimité, parfois sans pudeur sur leurs sentiments. C'est osé, parfois presque gênant.
Et à coté de cet aspect intimiste, ce qui est amusant c'est que ce tome regorge de clins d’œil au monde de la BD. On y croise des auteurs, des éditeurs, on nous livre des anecdotes, des secrets de fabrication, on se ballade dans les allées du salon d'Angoulême... Peut être que ça ne parlera pas au grand public, mais pour un grand amateur de BD, je trouve tous ces clins d’œil extrêmement sympas et ils m'ont beaucoup fait sourire.
Quant au final, sans doute assez clivant, moi il m'a beaucoup plu. Je préfère largement cette fin à un truc plan-plan et quelconque. Là encore il y a un clin d’œil qui m'a vraiment parlé, à UW1 en l’occurrence. J'ai vraiment adhéré.
Au premier abord, cette série raconte 3 histoires distinctes, liées simplement par un même exercice de style. Alors qu'en fin de compte l'ensemble forme un tout cohérent uni par un fil conducteur logique qui nous est révélé à travers la vie de la scénariste et des anecdotes sur la série elle même. Anecdotes qui sont racontées au sein même du 3e tome de la série. Tordu ? Non fichtrement malin et bien vu.
Wououh !!!! "Okko" est pour moi à ce jour une des meilleure série du genre !
Non pas que je sois un spécialiste en ce domaine, mais pratiquant l'aïkido, étant amateur de récits fantastiques, épiques et d'aventure, j'ai été comblé avec le travail de Hub !
"Okko" et ses 3 cycles en 2 tomes sur les éléments est plus que réussi. Espérons que le quatrième cycle du feu ne gâche pas notre plaisir, ce qui paraît heureusement peu probable...
Ce qui marque d'abord dans cette série, ce sont les couvertures magnifiques, et leur pouvoir d'attraction qu'elles exercent. Rien que le nom de la série Okko est hypnotique...
Et si certaines BD savent nous accrocher par des couvertures puissantes, on est parfois déçu dès la première page (changement de colorisation, de dessinateur, etc.). Mais là, on est vite conforté par le coup de crayon fin et précis de Hub. C'est beau... et ça va durer !
Décors minutieux, paysages assez époustouflants, costumes d'époque fouillés, personnages et créatures de la mythologie nippone vraiment bien rendus : chapeau ! On sent la maîtrise de l'univers ! Et tout ça dans une colorisation très réussie.
Côté mise en page, Hub n'est pas en manque d'idées pour composer ses planches. C'est aussi fougueux mais maîtrisé que l'art du combat de notre ronin ; efficace !
Ajoutez à cela un sens du récit et du rythme, et Hub construit au fil de ses cycles un monde dont on s'approprie peu à peu les codes, et dont les personnages principaux se révèlent par touches au fil des pages. Car ce qui fait la réussite de cette série c'est bien la complexité de notre troupe de héros et la singularité de chacun des membres de cette troupe. Sous leurs airs caricaturaux du premier tome, ils se révèlent moins linéaires qu'il n'y paraît. Et même après 3 cycles, des mystères restent entiers... Suspens, quand tu nous tient...
Alors, en attendant le dernier cycle de cette excellente série, on ne peut d'ors et déjà que féliciter l'auteur qui maîtrise son projet de bout en bout : peu en sont capable, surtout avec une constance dans le résultat ! Une série qui si elle poursuit dans cette voie méritera amplement à mon goût sa 5e étoile pour faire partie de mes séries "cultes".
*** Cycles 4 & 5 ***
Ce n'était donc pas 1 mais 2 cycles qui ont suivi les 3 premiers ! En sus du feu, Hob nous fait la surprise d'un dernier cycle sur le vide !
Quelle série mes amis ! Voilà une saga découpée en cycles bouclée en dix tomes maîtrisée de bout en bout. Et pour le coup, pour avoir pu en discuter avec l'auteur, quand on sait que dès le début Hub avait une vision globale de son récit et qu'il savait précisément qu'il ferait 10 tomes, moi je dis chapeau !
Car si chaque cycle pourrait se lire indépendamment avec une histoire dans la trame générale, c'est bien cette dernière qui se tisse au fil des tomes et se conclue de façon magistrale dans le tome 10. Toutes les questions et les mystères distillés au fil des cycles finissent par trouver réponse, et quelles réponses ! Quant au travail graphique, il reste complètement maîtrisé avec la très belle colorisation de Li et nous immerge de bout en bout dans cette puissante saga japonaise.
Voilà donc une série de plus à rentrer dans mon petit panthéon des 5 étoiles ! Bienvenue au club :)
Comme d’autres posteurs j’ai été un peu gêné par les interruptions scientifiques qui nuisent un peu à la fluidité du récit. D’un autre côté je comprends bien l’intérêt de ces digressions pour la compréhension de l’histoire et on finit par s’y faire.
A part cette remarque j’ai trouvé passionnante cette histoire de gamin, qui pendant une vingtaine d’années se bat contre une maladie... ou une possession ? ... quelque part l’histoire ne tranche pas vraiment entre ces deux hypothèses et c’est ce qui fait la force de ce récit, toujours sur le fil entre le scientifique et le fantastique.
Les dessins sont splendides ainsi que la mise en couleur.
Mention spéciale pour une fin très bien trouvée !
Je recommande chaudement cette lecture.
Dans les 4 histoires de cet album Sergio Toppi montre la bêtise de la guerre, tout simplement.
La folie des hommes, les populations autrefois amies qui se tirent maintenant dessus, la misère des enfants, pris entre deux feux dans des conflits qu’ils ne comprennent pas. Le fait que les guerres ne soient pas nommées (mais facilement reconnaissables), ainsi qu’un soupçon de fantastique rempli de symbolisme (dans les 2 premières histoires) donnent un souffle universel et intemporel aux horreurs décrites. Je trouve aussi l’ordre des histoires judicieux, avec un crescendo émotionnel qui a fait que j’ai refermé cet album marqué et troublé.
Le noir et blanc de Toppi est magistral, je vous laisser admirer les planches dans la galerie.
Selon moi « Köllwitz 1742 » est un des meilleurs recueils d’histoires courtes de cet auteur publiés par Mosquito… A lire !
J’ai eu beaucoup de mal à m’acclimater à la mise en image de cet album : les textes sont abondants et surtout écrits très gros, et occupent souvent plus de la moitié des cases (je vous laisse voir ça dans la galerie). Je pense qu’il aurait été plus judicieux de les répartir sur plus de pages. C’est d’autant plus dommage que le dessin est sympa dans le genre comics indé - les double-pages de garde qui précèdent chaque chapitre sont d’ailleurs très belles.
Je ne suis pas non plus fan de procédé qui consiste à alterner majuscules détachées et minuscules attachées dans les textes. Ca complique inutilement le déchiffrage. Pourquoi jouer avec les codes bien établis de la typographie, surtout quand ça ne sert à rien ? (Ou alors je rate quelque chose.)
Tout cela est bien dommage, parce que le propos est intéressant. Certes, il ne s’agit que d’une énième œuvre autobiographique un peu nombriliste, mais j’ai trouvé le ton juste et décalé, et la jeunesse de l’auteur est finalement très intéressante, et valait le coup d’être racontée. Je trouve aussi original le concept qui donne son nom à l’album : « La structure du livre est construite autour d’un exercice de dessin asiatique qui consiste pour l’artiste à faire sortir de sa plume une centaine de démons intérieurs. » (Je cite le résumé de l’éditeur). Chaque chapitre raconte donc un souvenir bien précis, un moment traumatique, un ami qui se suicide, la famille, les soirées, les petits boulots etc.
Un album autobiographique intéressant, mais dont la mise en image m’a un peu fatigué (surtout sur 220 pages – à lire en plusieurs fois). A recommander aux amateurs de comics indés autobiographiques.
Je suis aficionados de Christian Lax et sa série le choucas. J’ai donc acheté les yeux fermés « un certain Cervantès ». Et je n’ai absolument pas été déçu bien au contraire. Encore un bel album à mettre à son actif.
Le parallèle entre Mike Cervantès, vétéran d’Afghanistan et Miguel de Cervantès peut dérouter a priori, mais in fine cela reste très convaincant. Les comparaisons entre l’Amérique d’aujourd’hui et l’Espagne de l’Inquisition peuvent dérouter, mais au fil du récit les séquences se mêlent avec dextérité.
Un road movie à la fois sensible, engagé, émouvant et amusant. On se régale les yeux tout au long des 200 pages de cet album sous les traits du talentueux Christian Lax. Je conseille ardemment sa lecture.
Quand j’ai regardé ce que Delcourt avais mis gratuitement en ligne, j’ai tout de suite repéré “Le Grand Méchant Renard”. Et pour cause, il n’y a pas beaucoup d’autres séries qui fassent autant consensus sur bdthèque. Et je ne déroge pas à la règle. J’ai beaucoup apprécié cette lecture certes gentillette, mais qui ne tombe jamais dans le gnangnan ou le trop facile.
Nous suivons donc un renard qui a toutes les peines du monde à être méchant. Avec la complicité du loup, il chaparde des poussins qu’il va élever pour les manger une fois qu’ils seront bien dodus. Mais le renard est un gentil, et il se prend d’affection pour les pioupiou. Cela donne lieu à plein de situations cocasses et vraiment marrantes. Ce sont les relations entre les personnages qui font le sel de la bd, ou plutôt du renard avec les autres personnages. Mais les échanges entre la poule et le chien de garde du poulailler sont eux aussi savoureux. On se prend d’affection pour toute cette galerie d’animaux plutôt bien touffue et avec des personnages tous bien développés. On se prend vite d’affection pour cet anti-héros et j’avais bien envie de savoir comment ça se terminait. C’est une histoire mignonne et drôle, qui plaira, je le pense, aux jeunes comme aux moins jeunes.
J’ai également beaucoup apprécié le dessin qui rajoute un vrai plus. Les personnages ont des apparences vraiment marrantes, et leurs expressions sont drôles et très réussies, et cela pour tous les animaux. Même les petits poussins ont des expressions bien à eux et reconnaissables. J’aime beaucoup en particulier le design du cochon de la ferme, que je trouve très comique dans son apparence.
En bref, une jolie histoire, joliment dessinée et drôle. Si vous avez l’occasion, foncez !
J’adore les polars de François Deflandre, ils ont un petit côté retro qui me plait beaucoup.
L’histoire baigne dans le mystère, et les faits sordides nous sont habilement révélés au compte-goutte, via les délires schizophréniques de Kate et les investigations de l’héroïne. Comme souvent avec cet auteur, le lieu de l’histoire est un personnage à part entière, avec cette bâtisse isolée en campagne anglaise et surtout ce collège en ruine où les faits se sont déroulés il y a 17 ans. Le dénouement est logique et satisfaisant, et de manière générale l’histoire est facile à suivre, la narration étant linéaire et parfaitement maitrisée.
On reconnaitrait le dessin de Deflandre entre mille, ce trait bien particulier, ces visages anguleux et ces couleurs un peu délavées qui semblent avoir été réalisées au fusain. Moi, j’adore.
Un excellent album, bien dans le ton des autres productions de cet auteur.
Voilà une œuvre à lire, vraiment. Mais voilà aussi une œuvre difficile d’accès. Une œuvre qui postule au statut de culte, mais qui n’aura pas aujourd’hui de facilité à toucher le grand public.
Gébé est de toute façon un auteur à part, dont les œuvres, sans concession, sortent des sentiers battus – et le faisaient déjà à l’époque de leur parution.
On a envie de croire à l’utopie développée par Gébé. Utopie très marquée par ce début des années 1970, post-soixante-huitarde. Et qui résonne étrangement à l’heure où j’écris ces lignes, confiné, avec une économie et un pays à l’arrêt, le capitalisme comme engourdi, endormi.
Reste que, comme je l’ai dit, l’album est parfois difficile d’accès. D’abord par la mise en page éclatée, faisant feu de tout bois sur des planches où parfois le texte est très imposant.
Et les idées développées par Gébé elles-mêmes peuvent, près de cinquante ans après, et alors que les utopies libertaires ou anarchistes semblent hors du temps, la conscience politique s’estompant, ces idées politiques peuvent donc lasser, paraître absurdes ou « étranges » au lecteur lambda.
Œuvre inclassable, mais à connaitre ! Le témoignage d’une époque, certes, mais pas que. Il y a dans cet album des idées qui ne sont pas si dépassées que ça.
C’est le nom de Yann Taillefer qui m’avait d’abord attiré, et poussé à acquérir cet album. J’aime en effet beaucoup son dessin, et c’est encore le point fort de cette histoire. Ses bonhommes un peu difformes, sortes de gnomes légèrement hydrocéphales, la colorisation (que j’ai trouvée très belle et réussie), avec des tons roses violacés, étant elle aussi à mon goût.
Nous suivons donc, au milieu d’un XVème siècle très noir et glauque, un pauvre pendu, Martin, mort et « ressuscité », qui erre dans des paysages dépeuplés, cherchant à en savoir plus sur sa vie, sa mort. Chemin faisant, il rencontre un certain nombre de personnages, illustrant tous à des degrés divers les déviations, les cauchemars des gens de ce temps : c’est presque une traversée de l’enfer à laquelle nous avons droit.
Du purgatoire à l’enfer, en passant par une réalité troublée, le trajet de Martin illustre une époque d’horreur (la « chasse aux sorcières » en fin d’album rappelle que face aux questions angoissantes, les boucs émissaires étaient nombreux à l’époque).
J’ai bien aimé cette balade dans un moyen-âge de pacotille, dont Yohan Radomski n’aurait gardé que la noirceur, le grotesque. Mais le moyen-âge qu’il nous donne à voir n’est finalement pas si éloigné que cela de l’imaginaire de l’époque, très marqué par la peur de l’enfer, et violemment questionné par les malheurs du temps, de la Peste noire à la guerre de Cent ans, en passant par les jacqueries et les Grandes compagnies.
C’est un album fait pour les amateurs d’histoires décalées, avec une mise en images elle aussi originale.
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Abymes
3 tomes, 3 dessinateurs, 3 époques, 3 ambiances, 3 mises en abyme... Ca fait longtemps que j'avais repéré cette série, je ne saurais même pas trop dire pourquoi car je ne savais pas vraiment de quoi il était question. Sans doute que les couvertures, le dessin et le pitch avaient suscité ma curiosité. J'ai enfin eu l'occasion de lire ces 3 tomes, chose faite d'une traite tellement je suis rentré à fond dans ces récits. Cette mise en abyme est un exercice de style qui ici prend la forme d'un mélange entre l'auteur et son oeuvre, et celle-ci lui échappe et le dépasse. Quand le roman raconte la vie de l'écrivain, alors que ce n'est pas lui qui tient la plume, quand la vie du réalisateur prend forme à l'écran alors que ce n'est pas lui qui tient la caméra, et que cela révèle des parts d'ombres de leur existence. Exercice de style parfaitement maîtrisé par Valérie Mangin. Le premier tome met donc en scène un Balzac totalement dépassé par les événements. Cette histoire est à la fois une fiction, mais à la fois remplie de détails réels de la vie du romancier. J'adore quand une histoire sème le trouble entre la réalité et la fiction : qu'est ce qui est vrai ? qu'est ce qui est inventé pour les besoins du récit ? Je trouve qu'ici c'est très efficace, on se prend au jeu, et c'est assez amusant de voir Balzac perdre ses nerfs à essayer de démasquer celui qui cherche à lui nuire. Le deuxième tome reprend le même procédé avec le réalisateur Clouzot. La mécanique est donc la même, l'effet de surprise en moins. Je comprends qu'on puisse trouver ça un peu répétitif. J'ai moi aussi trouvé ce second tome moins bien que le premier. Quant au troisième tome, celui-ci met en abyme... la scénariste elle même, et son conjoint... qui est le dessinateur de l'album ! Mais quelle idée ! C'est audacieux et complètement fou même. Il fallait oser, moi je suis séduit par l'idée. Cette histoire raconte donc une grande partie de leur vie personnelle. Là aussi qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est romancé pour les besoins de l'intrigue ? Je pense qu'une très grande partie des anecdotes est authentique. Du coup ce 3e tome dévoile une grande partie de leur intimité, parfois sans pudeur sur leurs sentiments. C'est osé, parfois presque gênant. Et à coté de cet aspect intimiste, ce qui est amusant c'est que ce tome regorge de clins d’œil au monde de la BD. On y croise des auteurs, des éditeurs, on nous livre des anecdotes, des secrets de fabrication, on se ballade dans les allées du salon d'Angoulême... Peut être que ça ne parlera pas au grand public, mais pour un grand amateur de BD, je trouve tous ces clins d’œil extrêmement sympas et ils m'ont beaucoup fait sourire. Quant au final, sans doute assez clivant, moi il m'a beaucoup plu. Je préfère largement cette fin à un truc plan-plan et quelconque. Là encore il y a un clin d’œil qui m'a vraiment parlé, à UW1 en l’occurrence. J'ai vraiment adhéré. Au premier abord, cette série raconte 3 histoires distinctes, liées simplement par un même exercice de style. Alors qu'en fin de compte l'ensemble forme un tout cohérent uni par un fil conducteur logique qui nous est révélé à travers la vie de la scénariste et des anecdotes sur la série elle même. Anecdotes qui sont racontées au sein même du 3e tome de la série. Tordu ? Non fichtrement malin et bien vu.
Okko
Wououh !!!! "Okko" est pour moi à ce jour une des meilleure série du genre ! Non pas que je sois un spécialiste en ce domaine, mais pratiquant l'aïkido, étant amateur de récits fantastiques, épiques et d'aventure, j'ai été comblé avec le travail de Hub ! "Okko" et ses 3 cycles en 2 tomes sur les éléments est plus que réussi. Espérons que le quatrième cycle du feu ne gâche pas notre plaisir, ce qui paraît heureusement peu probable... Ce qui marque d'abord dans cette série, ce sont les couvertures magnifiques, et leur pouvoir d'attraction qu'elles exercent. Rien que le nom de la série Okko est hypnotique... Et si certaines BD savent nous accrocher par des couvertures puissantes, on est parfois déçu dès la première page (changement de colorisation, de dessinateur, etc.). Mais là, on est vite conforté par le coup de crayon fin et précis de Hub. C'est beau... et ça va durer ! Décors minutieux, paysages assez époustouflants, costumes d'époque fouillés, personnages et créatures de la mythologie nippone vraiment bien rendus : chapeau ! On sent la maîtrise de l'univers ! Et tout ça dans une colorisation très réussie. Côté mise en page, Hub n'est pas en manque d'idées pour composer ses planches. C'est aussi fougueux mais maîtrisé que l'art du combat de notre ronin ; efficace ! Ajoutez à cela un sens du récit et du rythme, et Hub construit au fil de ses cycles un monde dont on s'approprie peu à peu les codes, et dont les personnages principaux se révèlent par touches au fil des pages. Car ce qui fait la réussite de cette série c'est bien la complexité de notre troupe de héros et la singularité de chacun des membres de cette troupe. Sous leurs airs caricaturaux du premier tome, ils se révèlent moins linéaires qu'il n'y paraît. Et même après 3 cycles, des mystères restent entiers... Suspens, quand tu nous tient... Alors, en attendant le dernier cycle de cette excellente série, on ne peut d'ors et déjà que féliciter l'auteur qui maîtrise son projet de bout en bout : peu en sont capable, surtout avec une constance dans le résultat ! Une série qui si elle poursuit dans cette voie méritera amplement à mon goût sa 5e étoile pour faire partie de mes séries "cultes". *** Cycles 4 & 5 *** Ce n'était donc pas 1 mais 2 cycles qui ont suivi les 3 premiers ! En sus du feu, Hob nous fait la surprise d'un dernier cycle sur le vide ! Quelle série mes amis ! Voilà une saga découpée en cycles bouclée en dix tomes maîtrisée de bout en bout. Et pour le coup, pour avoir pu en discuter avec l'auteur, quand on sait que dès le début Hub avait une vision globale de son récit et qu'il savait précisément qu'il ferait 10 tomes, moi je dis chapeau ! Car si chaque cycle pourrait se lire indépendamment avec une histoire dans la trame générale, c'est bien cette dernière qui se tisse au fil des tomes et se conclue de façon magistrale dans le tome 10. Toutes les questions et les mystères distillés au fil des cycles finissent par trouver réponse, et quelles réponses ! Quant au travail graphique, il reste complètement maîtrisé avec la très belle colorisation de Li et nous immerge de bout en bout dans cette puissante saga japonaise. Voilà donc une série de plus à rentrer dans mon petit panthéon des 5 étoiles ! Bienvenue au club :)
Confessions d'un enragé
Comme d’autres posteurs j’ai été un peu gêné par les interruptions scientifiques qui nuisent un peu à la fluidité du récit. D’un autre côté je comprends bien l’intérêt de ces digressions pour la compréhension de l’histoire et on finit par s’y faire. A part cette remarque j’ai trouvé passionnante cette histoire de gamin, qui pendant une vingtaine d’années se bat contre une maladie... ou une possession ? ... quelque part l’histoire ne tranche pas vraiment entre ces deux hypothèses et c’est ce qui fait la force de ce récit, toujours sur le fil entre le scientifique et le fantastique. Les dessins sont splendides ainsi que la mise en couleur. Mention spéciale pour une fin très bien trouvée ! Je recommande chaudement cette lecture.
Köllwitz 1742
Dans les 4 histoires de cet album Sergio Toppi montre la bêtise de la guerre, tout simplement. La folie des hommes, les populations autrefois amies qui se tirent maintenant dessus, la misère des enfants, pris entre deux feux dans des conflits qu’ils ne comprennent pas. Le fait que les guerres ne soient pas nommées (mais facilement reconnaissables), ainsi qu’un soupçon de fantastique rempli de symbolisme (dans les 2 premières histoires) donnent un souffle universel et intemporel aux horreurs décrites. Je trouve aussi l’ordre des histoires judicieux, avec un crescendo émotionnel qui a fait que j’ai refermé cet album marqué et troublé. Le noir et blanc de Toppi est magistral, je vous laisser admirer les planches dans la galerie. Selon moi « Köllwitz 1742 » est un des meilleurs recueils d’histoires courtes de cet auteur publiés par Mosquito… A lire !
Mes Cent démons !
J’ai eu beaucoup de mal à m’acclimater à la mise en image de cet album : les textes sont abondants et surtout écrits très gros, et occupent souvent plus de la moitié des cases (je vous laisse voir ça dans la galerie). Je pense qu’il aurait été plus judicieux de les répartir sur plus de pages. C’est d’autant plus dommage que le dessin est sympa dans le genre comics indé - les double-pages de garde qui précèdent chaque chapitre sont d’ailleurs très belles. Je ne suis pas non plus fan de procédé qui consiste à alterner majuscules détachées et minuscules attachées dans les textes. Ca complique inutilement le déchiffrage. Pourquoi jouer avec les codes bien établis de la typographie, surtout quand ça ne sert à rien ? (Ou alors je rate quelque chose.) Tout cela est bien dommage, parce que le propos est intéressant. Certes, il ne s’agit que d’une énième œuvre autobiographique un peu nombriliste, mais j’ai trouvé le ton juste et décalé, et la jeunesse de l’auteur est finalement très intéressante, et valait le coup d’être racontée. Je trouve aussi original le concept qui donne son nom à l’album : « La structure du livre est construite autour d’un exercice de dessin asiatique qui consiste pour l’artiste à faire sortir de sa plume une centaine de démons intérieurs. » (Je cite le résumé de l’éditeur). Chaque chapitre raconte donc un souvenir bien précis, un moment traumatique, un ami qui se suicide, la famille, les soirées, les petits boulots etc. Un album autobiographique intéressant, mais dont la mise en image m’a un peu fatigué (surtout sur 220 pages – à lire en plusieurs fois). A recommander aux amateurs de comics indés autobiographiques.
Un certain Cervantès
Je suis aficionados de Christian Lax et sa série le choucas. J’ai donc acheté les yeux fermés « un certain Cervantès ». Et je n’ai absolument pas été déçu bien au contraire. Encore un bel album à mettre à son actif. Le parallèle entre Mike Cervantès, vétéran d’Afghanistan et Miguel de Cervantès peut dérouter a priori, mais in fine cela reste très convaincant. Les comparaisons entre l’Amérique d’aujourd’hui et l’Espagne de l’Inquisition peuvent dérouter, mais au fil du récit les séquences se mêlent avec dextérité. Un road movie à la fois sensible, engagé, émouvant et amusant. On se régale les yeux tout au long des 200 pages de cet album sous les traits du talentueux Christian Lax. Je conseille ardemment sa lecture.
Le Grand Méchant Renard
Quand j’ai regardé ce que Delcourt avais mis gratuitement en ligne, j’ai tout de suite repéré “Le Grand Méchant Renard”. Et pour cause, il n’y a pas beaucoup d’autres séries qui fassent autant consensus sur bdthèque. Et je ne déroge pas à la règle. J’ai beaucoup apprécié cette lecture certes gentillette, mais qui ne tombe jamais dans le gnangnan ou le trop facile. Nous suivons donc un renard qui a toutes les peines du monde à être méchant. Avec la complicité du loup, il chaparde des poussins qu’il va élever pour les manger une fois qu’ils seront bien dodus. Mais le renard est un gentil, et il se prend d’affection pour les pioupiou. Cela donne lieu à plein de situations cocasses et vraiment marrantes. Ce sont les relations entre les personnages qui font le sel de la bd, ou plutôt du renard avec les autres personnages. Mais les échanges entre la poule et le chien de garde du poulailler sont eux aussi savoureux. On se prend d’affection pour toute cette galerie d’animaux plutôt bien touffue et avec des personnages tous bien développés. On se prend vite d’affection pour cet anti-héros et j’avais bien envie de savoir comment ça se terminait. C’est une histoire mignonne et drôle, qui plaira, je le pense, aux jeunes comme aux moins jeunes. J’ai également beaucoup apprécié le dessin qui rajoute un vrai plus. Les personnages ont des apparences vraiment marrantes, et leurs expressions sont drôles et très réussies, et cela pour tous les animaux. Même les petits poussins ont des expressions bien à eux et reconnaissables. J’aime beaucoup en particulier le design du cochon de la ferme, que je trouve très comique dans son apparence. En bref, une jolie histoire, joliment dessinée et drôle. Si vous avez l’occasion, foncez !
Le Cercle des spectres
J’adore les polars de François Deflandre, ils ont un petit côté retro qui me plait beaucoup. L’histoire baigne dans le mystère, et les faits sordides nous sont habilement révélés au compte-goutte, via les délires schizophréniques de Kate et les investigations de l’héroïne. Comme souvent avec cet auteur, le lieu de l’histoire est un personnage à part entière, avec cette bâtisse isolée en campagne anglaise et surtout ce collège en ruine où les faits se sont déroulés il y a 17 ans. Le dénouement est logique et satisfaisant, et de manière générale l’histoire est facile à suivre, la narration étant linéaire et parfaitement maitrisée. On reconnaitrait le dessin de Deflandre entre mille, ce trait bien particulier, ces visages anguleux et ces couleurs un peu délavées qui semblent avoir été réalisées au fusain. Moi, j’adore. Un excellent album, bien dans le ton des autres productions de cet auteur.
L'An 01
Voilà une œuvre à lire, vraiment. Mais voilà aussi une œuvre difficile d’accès. Une œuvre qui postule au statut de culte, mais qui n’aura pas aujourd’hui de facilité à toucher le grand public. Gébé est de toute façon un auteur à part, dont les œuvres, sans concession, sortent des sentiers battus – et le faisaient déjà à l’époque de leur parution. On a envie de croire à l’utopie développée par Gébé. Utopie très marquée par ce début des années 1970, post-soixante-huitarde. Et qui résonne étrangement à l’heure où j’écris ces lignes, confiné, avec une économie et un pays à l’arrêt, le capitalisme comme engourdi, endormi. Reste que, comme je l’ai dit, l’album est parfois difficile d’accès. D’abord par la mise en page éclatée, faisant feu de tout bois sur des planches où parfois le texte est très imposant. Et les idées développées par Gébé elles-mêmes peuvent, près de cinquante ans après, et alors que les utopies libertaires ou anarchistes semblent hors du temps, la conscience politique s’estompant, ces idées politiques peuvent donc lasser, paraître absurdes ou « étranges » au lecteur lambda. Œuvre inclassable, mais à connaitre ! Le témoignage d’une époque, certes, mais pas que. Il y a dans cet album des idées qui ne sont pas si dépassées que ça.
La Danse Macabre
C’est le nom de Yann Taillefer qui m’avait d’abord attiré, et poussé à acquérir cet album. J’aime en effet beaucoup son dessin, et c’est encore le point fort de cette histoire. Ses bonhommes un peu difformes, sortes de gnomes légèrement hydrocéphales, la colorisation (que j’ai trouvée très belle et réussie), avec des tons roses violacés, étant elle aussi à mon goût. Nous suivons donc, au milieu d’un XVème siècle très noir et glauque, un pauvre pendu, Martin, mort et « ressuscité », qui erre dans des paysages dépeuplés, cherchant à en savoir plus sur sa vie, sa mort. Chemin faisant, il rencontre un certain nombre de personnages, illustrant tous à des degrés divers les déviations, les cauchemars des gens de ce temps : c’est presque une traversée de l’enfer à laquelle nous avons droit. Du purgatoire à l’enfer, en passant par une réalité troublée, le trajet de Martin illustre une époque d’horreur (la « chasse aux sorcières » en fin d’album rappelle que face aux questions angoissantes, les boucs émissaires étaient nombreux à l’époque). J’ai bien aimé cette balade dans un moyen-âge de pacotille, dont Yohan Radomski n’aurait gardé que la noirceur, le grotesque. Mais le moyen-âge qu’il nous donne à voir n’est finalement pas si éloigné que cela de l’imaginaire de l’époque, très marqué par la peur de l’enfer, et violemment questionné par les malheurs du temps, de la Peste noire à la guerre de Cent ans, en passant par les jacqueries et les Grandes compagnies. C’est un album fait pour les amateurs d’histoires décalées, avec une mise en images elle aussi originale.