Les derniers avis (9698 avis)

Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maudite baleine
Maudite baleine

J’adore cette passion qu’ont les éditions Mosquito (et son fondateur Michel Jans en particulier) pour la BD italienne. Ils traduisent le catalogue de tous les grands maîtres (Serpieri, Toppi, Micheluzzi) mais aussi des auteurs moins célèbres, voire carrément inconnu au bataillon. Il existe peu d’informations en français sur Walter Chendi (y compris sur le site de Mosquito), qui semble avoir été joueur de foot professionnel puis travailleur de bureau, avant de découvrir la BD sur le tard. Sa première BD « La porta di Sion » semble avoir connu un certain succès, et « Maudite baleine » est sa première œuvre traduite en français… et une chouette découverte ! L’histoire, sur fond de traumatisme de guerre, suit le personnage de Giovani, et alterne entre un lit d’hôpital et une bien étrange aventure sur un mystérieux paquebot… mais impossible de savoir où se situe le présent. Le patient sur son lit se rappelle-t-il des évènements sur le bateau ? Ou est-ce l’inverse ? On nage en plein mystère, et si j’ai trouvé le début un peu poussif, le récit décolle assez rapidement et m’en vraiment emballé. La dernière page révèle un détail inattendu qui change tout… sans toutefois fournir une réponse claire et définitive. La mise en image est réussie, avec des touches informatiques qui ne seront sans doute pas du goût de tout le monde, mais j’ai personnellement trouvé les planches magnifiques. Un récit original, une intrigue stimulante, et un excellent moment de lecture en ce qui me concerne.

08/03/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

J’ai moi aussi passé un excellent moment de lecture en compagnie de Tarid, Lubna et Marwan. Le contexte historique est passionnant (et approfondi dans une postface un peu lourde mais essentielle), et les thèmes abordés sont universels et intemporels : les méandres de la coexistence entre le pouvoir religieux et la connaissance scientifiques. Mais surtout, l’histoire reste divertissante malgré le sérieux historique. La narration est fluide et légère, le dessin est aéré, les dialogues se font discrets et sont emplis d’humour, et les personnages sont drôles et attachants au possible. J’ai avalé les 250 pages sans effort, sans me rendre compte que l’histoire m’instruisait tout en me divertissant. Un grand bravo aux auteurs, quelle maîtrise ! La conclusion nous rappelle que le combat est toujours d’actualité, et que si Internet rend le savoir plus accessible que jamais, son accès devrait être un droit humain, que certains pays ou groupes bafouent déjà. Un album essentiel en ce qui me concerne.

07/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ?
Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ?

L’ambition des autrices lors de la réalisation de ces deux recueils est claire : parler du désir pour une femme de ne pas avoir d’enfants pour le premier tome, parler de l’importance du droit à pouvoir choisir de se faire avorter dans le deuxième tome. Et dans un cas comme dans l’autre, en parler de manière décomplexée, avec légèreté et en s’adressant en priorité aux personnes concernées (soit, en voyant large, les femmes entre 15 et 50 ans). L’objectif est à mes yeux pleinement atteint. Pourtant, je ne pense pas avoir ri franchement une seule fois, les gags n’ayant rien d’hilarant la plupart du temps. Mais voilà, j’ai adoré le ton général et l’art de déculpabiliser les lectrices (et lecteurs) qui partageraient le même sentiment que les deux personnages centraux de ces récits. Le fait que je partage totalement leur état d’esprit, leurs questionnements, leur effarement devant l’hypocrisie de certains arguments pro-natalité, leur colère face aux obstacles mis sur le chemin d’une femme désirant se faire avorter en respectant totalement la loi, oui cela a certainement joué un rôle dans mon appréciation ! Comme certains passages de l’intégrale qui développent cet aspect, j’ai eu le sentiment de retrouver dans ce récit des gens proches de moi (« comme si je retrouvais en vacances quelqu’un de mon village » comme le font dire très justement les autrices à l’une de leurs personnages). Oui, cette intégrale fait du bien. C’est un vrai album feelgood pourvu que l’on partage l’état d’esprit de ses autrices. Maintenant, que vient-il faire dans le catalogue de Fluide glacial, plus habitué à l’humour scatologique, sexiste et provocateur ? Ça, je ne sais pas dire. Mais pour ma part, je ne peux que répéter : j’ai vraiment bien aimé et je remercie les autrices d’avoir abordé ces sujets sur ce ton. Un intégrale à ranger près de certaines productions d’Aude Mermilliod (« Il fallait que je vous le dise », « Le Choeur des femmes ») car son approche plus légère le rend plus abordable à un large public. Et à partir du moment où un album a à mes yeux le potentiel pour pleinement atteindre son objectif, je ne peux dire que franchement bien !

07/03/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sursis
Le Sursis

La Seconde Guerre mondiale est une source inépuisable d’inspiration pour des histories à hauteur d’homme. Jean-Pierre Gibrat nous propose ici un diptyque qui se déroule à Campeyrac, un village de l’Aveyron. Un jeune planqué qui a échappé au STO se cache, et depuis sa cachette, il observe ce qui se passe sur la place du village, juste sous sa fenêtre. Et le temps s’écoule lentement. Les saisons se succèdent et notre héros est toujours là, derrière ses persiennes. La guerre semble tellement loin de la vie paisible du village, du pastis et des parties de cartes à la Pagnol. Derrière cette apparente sérénité, les collabos surveillent et la résistance se prépare. Comme en opposition au drame de la guerre, Julien, notre héros, a pour seule préoccupation son amour pour la belle Cécile et sa jalousie envers d’éventuels prétendants. A travers ses différents personnages principaux ou secondaires, Gibrat dresse le portrait d’une micro-société avec ses courageux, ses couards, ses ambitieux, ses généreux, ses idéalistes… Chaque personnage est intéressant et dépeint avec subtilité et humour. On se croirait dans une pièce de théâtre. J’ai vraiment aimé le rythme paisible de ce diptyque, jusqu’à ce que la guerre fasse brutalement irruption dans la vie du village. Le dessin de Gibrat est magnifique, la finesse des traits, les couleurs douces et le jeu d’ombres et de lumière restituent parfaitement l’ambiance. Et pourtant, la guerre n’est pas si loin Gibrat sait nous rappeler sa présence par petites touches (le marché noir, la radio clandestine, le casque Adrian du mannequin, les jours sans alcool…). Tout à coup, l’armée allemande fait irruption sur la scène et l’histoire change de ton. Le scénario est bien construit et bien écrit, mais l’histoire d’amour (à faibles rebondissements) est quelque peu gentille. Le focus sur la jolie Cécile (qui ressemble tellement aux autres personnages féminins de Gibrat) fait disparaître toutes les autres jolies filles du village alors qu’il y a de nombreux personnages masculins. C’est assez étrange. Bref, c’est une très belle histoire, agréable à lire et aux dessins sublimes. Un régal pour les yeux.

07/03/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Jake
Black Jake

Voilà un album admirable ! je vous le dis tout de go, tout est réuni pour passer un bon moment de lecture. Jack Brennan est un flic de Los Angeles. Un putain de flic ripoux et raciste qui se voit confier l’enquête sur le meurtre et le viol d’une religieuse. Il mène une vie de débauche le garçon entre les putes et la coke. Son coéquipier le couvre même quand il y a une bavure terrible. Il est divorcé - quelle surprise - et il ne prête pas trop d’attention à sa fille qu’il voit 1 fois tous les quinze jours. Sa dope il faut bien la payer alors il fait des paris hasardeux sur les matchs de baseball. Son bookmaker – un membre d’un gang latino des bas-fonds de la cité des anges n’est pas enclin a effacer son ardoise car vous l’avez compris , il a la poisse, il a perdu ! C’est le moment de vérité ! Le moment de payer l’addition de cette vie dissolue ! Je me suis régalé comme jamais à suivre les pérégrinations de ce flic peu recommandable mais au final attachant. Il s’engouffre dans un tourbillon infernal violent pour notre plus grand plaisir. C’est poisseux bien évidemment et bien noir. Le scénario tient en haleine tout au long des 152 planches de cet album avec de nombreux rebondissements. Côté graphisme le trait est rugueux mais ô combien sublime. C’est une vraie bonne pioche ce récit bien sombre. Vous ne pourrez pas refermer le bouquin avant d’avoir lu la fin. Je recommande vivement.

06/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Chat du kimono
Le Chat du kimono

Nancy Peña nous entraine dans un monde onirique à la poursuite d'un matou bien insaisissable. L'autrice prend appui sur un conte Japonais beau et triste pour nous faire voyager. Voyage géographique et artistique puisqu'elle nous invite à plusieurs représentations bien distinctes de l'image du chat par des artistes de différents pays. C'est à la fois un voyage poétique qui croise les destins de Matt le marin sensible, des Barnes et de Sherlock ( qui avait un chien) et un voyage réel qui doit résoudre une intrigue à la Conan Doyle. Nous allons au gré des allées et venues du chat mais aussi des visions hallucinogènes des uns et des autres. Rationnalistes purs et durs abstenez vous car ce voyage risque de vous faire tourner la tête. Nancy Peña y ajoute une atmosphère en noire et blanc sans qu'on sache vraiment qui est noir et qui est blanc. Son trait fluide privilégie le mouvement et l'expression des corps principalement dans la tristesse et l'abandon. Une oeuvre originale qui sort des productions ordinaires. 4+

06/03/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Chevalier du crépuscule
Le Chevalier du crépuscule

Je découvre ces deux auteurs espagnols et j'en ressors satisfait avec quelques petites réserves. Nous évoluons dans un monde futuriste dominé par le Noyau avec à sa tête l'Archonte et sa cour. Les autres castes sont les aristocrates et les marchands. Un soldat, Oskar Arpad, est le seul survivant de la cité Parazyn suite à la bataille de Zalsunda contre les barbares. Oskar de retour dans sa ville natale a pour mission de déjouer un complot qui serait fomenté par le chevalier du crépuscule contre le Noyau. Il sera aidé dans son périple par Solgo le trafiquant. Ramon a su créer un monde cohérent avec ses codes et ses strates. Une enquête qui fera voir du pays et mènera sur un trafique d'haleine de dragon. Je me suis attaché à notre lieutenant et à son acolyte, ils vont rencontrer de nombreux protagonistes, tous très différents, sur leur route. Mes petits reproches, Oskar a un profil un peu trop stéréotypé, celui du militaire héros et enfin une narration qui prend des raccourcis à plusieurs reprises. Ma grosse surprise reste le dessin de Horrach, il est particulier avec ses visages "allongés", des décors magnifiques et dépaysants. J'adore la façon dont il peint le ciel tout en simplicité. La mise en couleur dans des tons chauds apporte sa pierre à la réussite graphique. Le seul reproche que je peux lui faire, il est un peu statique. En conclusion, un bon scénario avec quelques lacunes et un graphisme que je trouve très beau Un coup de cœur pour le dessin, 4 étoiles de justesse, pour le plaisir procuré.

05/03/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Futur antérieur
Futur antérieur

Mon troisième Toppi, après Tanka et Sharaz-De, toujours aussi délectable. Donc après le conte et le Japon médiéval me voici plongé entre monstres et machines aux rouages bien huilés. Neuf histoires courtes aux thèmes très différents. Toppi sous des récits fantastiques nous dévoile la face noire de l'homme avec des sujets toujours d'actualité : virus, médicaments, pass vaccinal, guerre et migrant. J'ai particulièrement aimé l'histoire qui revisite l'enfer et le mythe de Sisyphe. J'adore sa narration singulière et particulièrement l'humour décalé qu'il emploie tout le long de l'album. Toutes les planches sont d'une beauté renversante. Le summum du noir et blanc, toujours son trait hachuré d'une précision chirurgical. Il sait tout représenter avec justesse et brio, une inventivité hors norme. Je crois que je n'ai jamais vu un hélicoptère aussi réaliste (page 79). A lire évidemment mais surtout à contempler. Note réelle : 4,5.

04/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Musée de l'étrange
Le Musée de l'étrange

Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation «  progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut «  novateur » et qui n’a que cet alibi «  bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne «  claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.

04/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Fagin le Juif
Fagin le Juif

La BD, l'illustration ou la littérature de divertissement sont des médias très puissants. Ils s'adressent à un très large public souvent jeune ou malléable qui peut manquer de discernement. "Le stéréotype constitue un outil essentiel du langage narratif de la bande dessinée, c'est aux auteurs qu'il incombe de reconnaître son impact sur le regard porté par la société." écrit le professeur Eisner dans sa préface. Dickens (excusez du peu mais il égratigne aussi Shakespeare !) a eu beau s'en défendre, le vocabulaire et les illustrations qui ont accompagné son célébrissime Oliver Twist ont contribué à fixer une image fausse et discriminatoire des personnes de religion juive dans l'inconscient collectif de nombreuses générations. Il faut bien l'immense talent graphique et narratif de Will Eisner pour pouvoir faire entendre la voix de la raison face à l'affective dévotion des fans de Dickens. "Fagin" m'a remué. Je n'ai pas lu Oliver Twist et je le découvre avec un oeil neuf. Mais quelle logique narrative, quelle ambiance de ce Londres miséreux du XIXème siècle. Pas une fausse note à mon avis dans cette implacable démonstration (par l'absurde) contre ces paradigmes qui peuvent devenir vite criminels. La démonstration est d'autant plus forte que le graphisme est à un niveau solaire. Fluidité des lignes, enchaînement des situations, regards, langage corporel, éclairages et décors, il ne manque rien pour ajouter l'émotif au raisonnable. A mon avis un ouvrage de référence pour sa préface et sa postface et la démonstration du récit. Un vrai livre de chevet pour tous les créateurs tellement chaque mot utilisé ou chaque dessin délivré peut influencer en bien ou en mal le public.

04/03/2022 (modifier)