Que dire, que dire. Du grand art absolu tant au niveau de la narration que du rendu graphique. Après un Dracula absolument fabuleux Georges Bess récidive avec ce Frankenstein que sans nul doute Mary Shelley n'aurait pas renié.
Il est intéressant de noter que dans l'imaginaire collectif Frankenstein c'est le monstre, alors que bien sûr il n'est que le créateur de cet être hideux en quête d'humanité. en fait si l'on y regarde de plus près la vox populi a en partie raison le monstre est bien le créateur.
Dans la lignée directe de son Dracula l'auteur propose une adaptation somptueuse ou toute la magie du noir et blanc nous explose au visage avec des planches d'une beauté qui laisse presque sidéré. Le trait est comme je l'aime, vif, acéré. Les images du Groenland sont à tomber.
Une double lecture pour moi; une pour lire l'histoire et une deuxième nettement plus longue pour m'en mettre plein les yeux.
La note suprême est obligatoire
Du sang, d'la chique et du molard ! Du sang, d'la chique et du molard !!! ... et des bisoussss ! Ba oui quoi !
C'est que derrière ses bonnes manières de barbare aguerri qui tronçonne tout ce qui se met en travers de sa route pour sauver des Princesses, notre cher Raowl ne rêve que d'un baiser de celle qu'il aura sauvé !
Voilà une série tout public qui en a sous le capot et qui décoiffe ! Chacun en fonction de son âge y trouvera son compte, que ce soit pour le rythme effréné de ces deux premiers albums, les péripéties drôlatiques ou les références aux contes d’antan. Ce melting pot détonnant et étonnant n'en est que plus jubilatoire et j'avoue qu'il y avait longtemps qu'une série jeunesse ne m'avait pas autant fait rire. Les dialogues sont punchy et mordants à souhait (mention spéciale aux Princesses qui ne se la laissent pas compter !), l'épique et l'Aventure sont toujours au rendez-vous, mâtiné d'un humour efficace et enfin le dessin dynamique et très expressif de Tébo est juste parfait pour cet exercice.
Bref, vous l'aurez compris, voici une excellente série qui vous promet un très bon moment de détente voire de rigolade.
A ne pas manquer !
En lisant ce gros album, j’ai eu l’impression d’aller passer l’après-midi au cinéma ! De ce point de vue, c’est une grande réussite. L’histoire se déroule au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que le monde s’enfonce dans une nouvelle guerre, un conflit qui prend la forme un peu étrange d’une Guerre froide. Aux Etats-Unis, une chasse aux sorcières implacable s’engage contre tous ceux qui sont suspectés de communisme. Et Hollywood n’échappe pas au FBI qui dresse des listes noires d’acteurs, de scénaristes et de producteurs. L’intrigue policière se déroule sur fond de maccarthysme, de luttes de pouvoir, d’alcool, d’abus sexuels, de violence et de chantage. L’envers du cinéma hollywoodien comme on l’imagine. Les jeunes stars qui rêvent de gloire côtoient et les réalisateurs caractériels et les producteurs qui abusent de leur pouvoir. Le scénario, parfaitement écrit, prend le temps de dérouler la mécanique implacable d’Hollywood, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants. Ils ont un passé, une histoire, des espoirs et des déconvenues. Traumatisé par la guerre, le héros n’est plus que l’ombre du scénariste qu’il a été. Plongé dans une errance psychologique sans fin, il se réveille après une cuite mémorable face à un meurtre dont il refuse d’admettre le maquillage en suicide. Le découpage est très efficace, les dessins et les couleurs fonctionnement hyper bien – Andy Warhol n’est pas très loin - et les ambiances sont profondes. Surtout les ambiances nocturnes. Les premières pages de cet album nécessitent d’être assez concentré pour se repérer dans les nombreux personnages. Un trombinoscope très utile est inséré en début d’album et quand on a fait connaissance avec tous les acteurs de ce polar, il n’y a plus aucun problème. Une immersion dans le monde du cinéma vraiment réussie.
Comment dire.... un plongeon dans le monde du sexe et de la prostitution au travers du regard de Klou, pute de 24 ans. Qui mieux que Klou pouvait retranscrire son histoire ?
Un documentaire qui vous fera voir différemment ce monde interdit.
Il n'est question ici que de prostituées qui font ce travail délibérément et non de réseaux qui exploitent le malheur humain. Un "métier" voulut et assumé. Klou nous dévoile une partie de sa vie, la bienveillance de ses parents, sa première "passe" qui ne lui occasionne aucune honte avec ses billets au fond de sa poche. La galère suite à un déménagement en Belgique va la faire choisir cette voie. Mais elle assume, elle aurait pu trouver des petits boulots.
J'y ai découvert l'envers du décor des Sugar Baby, le LCBTQIA+ (communauté lesbienne/gay/bi/trans/queer/intersexe/asexuelle/+ pour englober encore d'autres sexualités comme la pansexualité). Vive le petit lexique à la fin du livre.
Elle prend le pouvoir, c'est elle qui décide, elle dicte les règles. Elle charge le patriarcat qui pèse de tout son poids sur notre société, l'éducation et les lois qui pénalisent les clients.
Une narration faite de métaphores, de jeux de mots et d'humour en passant par la mythologie grecque et le conte. Elle emploie aussi le langage SMS pour mieux faire passer ses messages mais surtout un langage cru, celui de la rue. Quelques rares planches avec que du texte, en particulier ce long poème en pages 84 et 85, magnifique.
Elle remet en cause le système, elle le démonte à coup d'arguments et je ne peux souvent qu'acquiescer devant tant de logique. Elle parle avec tendresse de sa période féministe. Elle se met à nue.
Un noir et blanc où quelques touches de rouges subliment un trait fin, simple et tout en rondeur. Le texte prend parfois le dessus sur le dessin mais cela n'a pas gêné mon plaisir. Un découpage basique ou il n'y a souvent qu'une case par planche.
Il y a du Le Déploiement dans cette bd, textes et dessins ne font qu'un. Une jouissance visuelle.
Je reste sur le cul après ma lecture. Je ne suis pas toujours d'accord avec Klou mais elle a le mérite de vouloir faire bouger les choses. Une ode aux femmes libres de toutes enclaves et de pouvoir utiliser leur corps comme bon leur semble. Un récit qui aura éclairé ma lanterne. Je ne peux que vous le conseiller. Une œuvre marquante au vitriol.
Vous ne verrez plus une femme avec un parapluie rouge de la même façon.
Klou, bravo et merci.
Note réelle : 4,5.
Tout le monde connaît de près ou de loin les films Kingsman, de Matthew Vaughn, mais étonnamment, beaucoup moins de gens ont lu les comics, malgré les grosses pointures qui sont derrière... Pour ma part, je suis un fan absolument inconditionnel des 3 films (à ce jour) de Vaughn, et c'est donc avec une certaine appréhension que je me suis tourné vers le comics original, craignant que l'histoire fonctionne moins bien sur le papier qu'à l'écran, et que le récit perde une partie de sa magie...
La première chose qui m'a frappé, c'est le dessin de Dave Gibbons. Certes, il est très bon, mais quand a s'est pris la baffe monumentale de Watchmen dans la gueule, on ne peut que remarquer que quelque chose a changé. C'est un style très réaliste et très clair, mais aussi très statique, et surtout, le trait est ici très épais, ce qui enlève aux graphismes une bonne partie de leur finesse, d'autant que les décors sont souvent assez vides. Encore une fois, c'est un peu un caprice d'enfant gâté, car le dessin est vraiment réussi, je souligne juste la comparaison avec Watchmen, l'écart de 28 ans qui sépare les deux oeuvres ne jouant pas en faveur de Kingsman.
Peut-être aussi est-ce la couleur qui atténue un peu la force du dessin de Gibbons, je ne sais pas. Néanmoins, le dessin reste très efficace, rien à redire là-dessus.
En tous cas, on oublie vite cette petite réserve quand on commence à s'immerger dans l'histoire. La comparaison avec le film joue plutôt en défaveur du comics au début, car le film a nécessairement plus d'occasions de développer ses personnages, d'ajouter des petits détails qui leur donnent du caractère, de la complexité, accentuent la force de l'intrigue, etc. Surtout, le film profite du génial Matthew Vaugh, qui transforme tout ce qu'il touche en or. Là, ça fonctionne, mais il manque un petit quelque chose au début.
Et puis, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte qu'en fait, Mark Millar a quand même eu le temps de construire quelque chose. Les liens entre les personnages sont suffisamment développés, on s'attache volontiers à chacun d'entre eux, en tous cas les trois principaux (Gary, son oncle et sa mère), et Millar parvient tout-à-fait à insuffler un joli discours au travers de son récit, qui trouve son apothéose dans la lettre posthume de l'oncle Jack à la fin, subtile et à la hauteur du personnage.
Mais bien sûr, quand on pense à Kingsman, on pense à sa représentation de la violence, tout-à-fait inédite au cinéma. Evidemment, c'est beaucoup plus conventionnel dans les pages du comics, mais on retrouve tout de même cette tonalité très "sale gosse", qui unit visiblement la créativité de Millar et celle de Vaughn. Ce mélange entre l'aspect britannique, classe, pince-sans-rire, un peu guindé, et une violence débridée à l'américaine, est tout-à-fait jouissive, et renforce largement le plaisir de lecture. Si le discours quasi-politique du film sur la société de consommation et la banalisation de la violence ne se retrouve pas trop dans le comics, l'utilisation du gore, quoique plus rare, se fait tout de même avec une certaine générosité.
Enfin, on appréciera tous les changements qui ont été faits entre le comics et le film, permettant de donner aux habitués du film une vision légèrement décentrée et relativement inédite de l'histoire, le grand méchant ayant été totalement remanié dans sa version cinéma (et tant mieux, parce que Samuel L. Jackson y trouvait un de ses meilleurs rôles), et plusieurs détails significatifs se voyant transformés. Néanmoins, l'humour très britannique est bien présent, et trouve toujours sa justification dans les pages de ce récit geek, haletant, mené avec brio.
Evidemment, ça ne remplace pas la vision des incroyables films de Matthew Vaughn, mais ça leur donne une belle base pour s'amuser à faire ce qui reste sans nul doute à ce jour et à mes yeux le meilleur pastiche de James Bond.
Avec « Katanga », le duo Fabien Nury (au scénario) et Sylvain Vallée (au dessin) envoie du lourd, du très lourd sur la décolonisation du Congo et la guerre civile qui en suivit.
Un peu comme leur série précédente « Il était une fois en France », chaque protagoniste en prend pour son grade que ce soient les congolais ou les européens : tous pourris !
On se retrouve donc en plein début de l’indépendance du Congo qui est divisé en 2 zones : Le Congo en lui-même privé du territoire du Katanga, c’est ce qui fait générer de vives tensions entre ces territoires sujets à de nombreuses guerres civiles (très sanglantes !). Au fait, le Katanga a la particularité d’être très riche en minerais, ce qui provoque la convoitise des grosses compagnies européennes et aussi du Congo… et justement, au début du récit, Charlie, un congolais a mis la main sur un énorme butin de diamants… Je vous laisse imaginer la suite…
« Katanga » mélange les personnages réels et d’autres de fiction tout en précisant à chaque fois en début d’album (bien mis en évidence !) que cette histoire est fictive, on imagine sans peine que les auteurs n’avaient pas trop envie de se baigner dans des joutes juridiques avec ces protagonistes d’autant plus que ça dézingue à tout va : politicards corrompus à bloc et aux mains sanglantes, entrepreneurs européens ultra pourris, équipe de mercenaires carrément immoraux, populations locales très violentes dont certaines sujettes à des actes de cannibalisme, chefs de clans congolais main dans la main avec des personnes peu scrupuleuses qui exploitent encore l’esclavage, responsables de l’ONU complétement à la ramasse, une grande part de la gent féminine réduite à être des objets sexuels pour survivre dans ce milieu hostile… Bref, ça déménage ! D’ailleurs, le récit mélange d’une façon tellement habile le sérieux, le récit historique, la violence, l’humour noir et ironique, la romance… que j’ai eu l’impression de me retrouver dans une des séquences de l’excellent film « Lord of War ».
Qu’en est-il du dessin ? Il est assuré de main de maître par Sylvain Vallée dont sa représentation des personnages qui est à la limite de la caricature adoucit un peu la violence du récit et permet également aux lecteurs d’identifier aisément les différents personnages. Je vois que certains bédéphiles lui reprochent de représenter les africains avec des grosses lèvres et des nez aplatis… euh, oui et alors ? Ils sont comme ça et ça ne m’empêche pas de les apprécier comme ils sont !
Au niveau de la narration, là encore, notre duo fait merveille : ça se lit facilement malgré la complexité des intrigues (politiques et privés des différents protagonistes) et surtout, c’est captivant !
Bon, vous l’avez compris, j’ai vachement apprécié « Katanga » : ça pête fort, le scénario est captivant, des personnages attachants et pourris de la mort qui tue, un sacré dessinateur, un récit qui mélange habilement la fiction et l’histoire, une situation dans un Congo explosif… Vivement la prochaine série du duo Fabien Nury et Sylvain Vallée !
Un livre tout simplement magnifique ! Un vrai coup de cœur. Cette histoire sans texte est juste superbe. Les deux héros habitent en bretagne. Monsieur est pêcheur et disparait en mer. Sa femme va alors tout faire pour retrouver son mari. S'en suit alors une aventure extraordinaire sous couvert d'écologie et d'amour bien sur. Il y a de l'humour, des émotions, un message fort, bref un des meilleurs albums encore à ce jour.
Les anthologies sont principalement réservées à la poésie. En effet la forme des poèmes se prête bien à un recueil de textes courts.
Il peut y avoir un thème ou s'organiser autour du goût de celui qui la compose. Je trouve que la BD réussit l'exercice avec brio.
Cet album, vieux de près de 40 ans, est organisé autour du dixième anniversaire de Buddy Longway et d'interviews de la trentaine d'auteurs/amis qui se sont collés à l'exercice.
C'est Yvan Delporte, l'ex-rédac 'chef de Spirou qui est le maître interviewer. Cela nous propose une page où l'auteur nous raconte une anecdote sur ses débuts, ses hobby, ses relations avec Derib ou plein d'autres détails.
En face de l'interview une planche dessinée par l'auteur, en relation avec Buddy ou/et Derib. C'est souvent drôle ou touchant surtout après toutes ces années. Il y a donc bien un lien avec la poésie.
Quelle belle couverture avec toutes ces signatures certaines déjà stars à l'époque et d'autres en devenir.
Buddy avec Red Dust ou Blueberry autour d'un feu. Derib en Vénérable des Montagnes qui essaye de tirer son coup sur Natacha. Un vrai plaisir.
Mais en guise d'hommage, je me permets de reprendre la page consacrée à J.C Mézières qui nous a quitté cette semaine.
" S'il fallait trouver un adjectif pour parler de Jean-Claude Mézières, celui qui conviendrait serait : solaire. Il est rayonnant, content de vivre, aussi équilibré que peut être un artiste.
Dans le métier, les gens ont la dent dure, sont prompts à discerner-voire à inventer- les défauts des collègues. Jamais personne n'a entendu un mot défavorable à propos du dessinateur de Valérian."
RIP l'artiste.
J'avais déjà repéré David Snug et je voulais lire un de ces albums. Voilà qui est fait, et je peux dire que je ne suis pas déçu.
L'auteur, donc David Snug, parle à son lui du passé de toutes ses expériences professionnelles passées (et à venir, donc). Avec un DEUG en Arts Plastiques, qu'il a fait car il aimait dessiner, pas facile de trouver un emploi "respectable", de "s'insérer dans la société" par le travail. Pas facile non plus de rester à vie dans un emploi rébarbatif, dur physiquement, et mal payé. Pourtant, plein de gens le font, parce qu'ils n'ont pas le choix. Mais David Snug a décidé qu'il ne voulait pas vivre comme ça. Nous le suivons tout au long de son parcours professionnel jusqu'à arriver à la conclusion qu'il en a soupé du travail, de vivre pour un salaire en étant constamment méprisé par les patrons/CPE/employés de Pôle Emploi, etc. Le propos est très intéressant, pas moralisateur et, finalement, bien argumenté à travers les petites saynètes de la vie de Snug.
La bd est, d'ailleurs, assez drôle. L'humour est souvent présent et les dialogues assez savoureux, que ce soit entre David Snug et David Snug ou entre David Snug et ses différents employeurs/interlocuteurs du travail. Ça se lit donc très facilement et très vite. Au final, on passe un bon moment à lire les gags et ceux-ci nous amènent, sans qu'on s'en rende compte, au propos où l'auteur veut nous emmener, à savoir celui que j'ai développé plus haut. Je dois avouer qu'à la lecture des rares planches que j'ai vues de cette bd-ci et des autres, j'avais un peu peur d'un humour un peu gras et lourd. Au final, je n'ai pas du tout eu cette impression.
En ce qui concerne le dessin, j'aime beaucoup le style de Snug, qui est assez basique mais très bien maitrisé. En plus, son personnage, qu'il met en scène dans cette bd et les autres est très reconnaissable, avec sa barbe et son accoutrement. Et les petits monstres rampants qu'il glisse dans la plupart de ses cases participent aussi à rendre les dessins de Snug uniques et particuliers.
Je conseille donc cette lecture et, quant à moi, je vais me diriger vers les autres bandes dessinées de David Snug !
Auteur prolixe, aussi à l’aise au dessin qu’au scénario, Pascal Rabaté nous offre un récit lui permettant d’exprimer à nouveau son talent d’observateur des mœurs sociales. « Sous les galets la plage », c’est la rencontre entre deux mondes opposés. D’un côté, une petite bourgeoisie de province aux vues et aux portefeuilles étriqués, de l’autre, des parias vivant de petites combines pour pouvoir survivre. Et comme le suggère ce titre pour le moins évocateur, ces deux mondes vont s’entrechoquer jusqu’à un final flamboyant, dans un élan vital alimenté par l’amour et la liberté.
Ce roman graphique intemporel, qui se déroule dans la France des années 60, va nous mener dans les pas d’Albert, jeune homme de bonne famille dont l’avenir aurait dû être tout tracé sous la férule de son père autoritaire et étouffant, totalement acquis aux valeurs d’une France patriarcale. Le jour où il confie les clefs de la maison de vacances à son fils, qui vient d’avoir 18 ans, il ne se doute pas encore que le destin de celui-ci va basculer radicalement. Car ces clés, que le père lui tend comme si elles étaient « les clés du pouvoir », s’avèreront pour Albert les clés vers la liberté… et lorsque l’amour pointera le bout de son nez, sous l’apparence d’une jolie jeune femme peu loquace sur son passé, le point de retour va être allégrement franchi, pour le plus grand plaisir du lecteur…
Sans être trop explicite, grâce à une parole bien choisie ou une simple posture, Rabaté parvient à révéler l’âme de ses protagonistes avec une espièglerie jubilatoire. Ainsi, tout l’état d’esprit du père (qui vouvoie son fils !) est révélé dans cette seule phrase, lorsqu’il vient d’acquérir un meuble à pain dans la brocante du village : « Vous voyez, mon fils, il faut toujours marchander, c’est comme ça que l’on économise et que l’on peut épargner. ». Et c’est bien l’un des points forts de l’auteur, qui a le don de concevoir des dialogues ciselés. Et comme toujours, son trait à la nonchalance étudiée respire la liberté, certaines cases au cadrage très cinématographique évoquant la Nouvelle vague. D’ailleurs, lorsque vers la fin Albert retrouve sa bien-aimée Odette, on pense immanquablement au couple mythique Jean Seberg/Jean-Paul Belmondo dans « A bout de souffle ».
Ce thriller social très fluide, qui ressuscite les fantômes de mai 68, se révèle assez puissant sous son apparente légèreté. « Sous les galets la plage », c’est l’histoire d’une révolte d’une génération sur la précédente, sur les trompe-l’œil de la filiation inaltérable et les carcans du patrimoine transmissible, qui nous questionne de façon assez subversive : et si les enfants ingrats avaient raison ? C’est aussi le récit d’une revanche jouissive des « gueux » aux allures de robin des bois sur les parvenus vaniteux. Sans abus de textes explicatifs et d’effets de manche, Pascal Rabaté en profite également pour livrer une attaque cinglante contre les mâles défenseurs d’une France blanche et patriote, nostalgique du « bon temps des colonies », tout cela grâce à une galerie de portraits finement élaborés et des dialogues ciselés. La conclusion est juste formidable, avec cet irrésistible pied de nez dévoilé sur la dernière image par ce fieffé gredin de Rabaté, qui ne peut pas vraiment dissimuler ses sympathies anars !
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Frankenstein (Bess)
Que dire, que dire. Du grand art absolu tant au niveau de la narration que du rendu graphique. Après un Dracula absolument fabuleux Georges Bess récidive avec ce Frankenstein que sans nul doute Mary Shelley n'aurait pas renié. Il est intéressant de noter que dans l'imaginaire collectif Frankenstein c'est le monstre, alors que bien sûr il n'est que le créateur de cet être hideux en quête d'humanité. en fait si l'on y regarde de plus près la vox populi a en partie raison le monstre est bien le créateur. Dans la lignée directe de son Dracula l'auteur propose une adaptation somptueuse ou toute la magie du noir et blanc nous explose au visage avec des planches d'une beauté qui laisse presque sidéré. Le trait est comme je l'aime, vif, acéré. Les images du Groenland sont à tomber. Une double lecture pour moi; une pour lire l'histoire et une deuxième nettement plus longue pour m'en mettre plein les yeux. La note suprême est obligatoire
Raowl
Du sang, d'la chique et du molard ! Du sang, d'la chique et du molard !!! ... et des bisoussss ! Ba oui quoi ! C'est que derrière ses bonnes manières de barbare aguerri qui tronçonne tout ce qui se met en travers de sa route pour sauver des Princesses, notre cher Raowl ne rêve que d'un baiser de celle qu'il aura sauvé ! Voilà une série tout public qui en a sous le capot et qui décoiffe ! Chacun en fonction de son âge y trouvera son compte, que ce soit pour le rythme effréné de ces deux premiers albums, les péripéties drôlatiques ou les références aux contes d’antan. Ce melting pot détonnant et étonnant n'en est que plus jubilatoire et j'avoue qu'il y avait longtemps qu'une série jeunesse ne m'avait pas autant fait rire. Les dialogues sont punchy et mordants à souhait (mention spéciale aux Princesses qui ne se la laissent pas compter !), l'épique et l'Aventure sont toujours au rendez-vous, mâtiné d'un humour efficace et enfin le dessin dynamique et très expressif de Tébo est juste parfait pour cet exercice. Bref, vous l'aurez compris, voici une excellente série qui vous promet un très bon moment de détente voire de rigolade. A ne pas manquer !
Fondu au noir
En lisant ce gros album, j’ai eu l’impression d’aller passer l’après-midi au cinéma ! De ce point de vue, c’est une grande réussite. L’histoire se déroule au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que le monde s’enfonce dans une nouvelle guerre, un conflit qui prend la forme un peu étrange d’une Guerre froide. Aux Etats-Unis, une chasse aux sorcières implacable s’engage contre tous ceux qui sont suspectés de communisme. Et Hollywood n’échappe pas au FBI qui dresse des listes noires d’acteurs, de scénaristes et de producteurs. L’intrigue policière se déroule sur fond de maccarthysme, de luttes de pouvoir, d’alcool, d’abus sexuels, de violence et de chantage. L’envers du cinéma hollywoodien comme on l’imagine. Les jeunes stars qui rêvent de gloire côtoient et les réalisateurs caractériels et les producteurs qui abusent de leur pouvoir. Le scénario, parfaitement écrit, prend le temps de dérouler la mécanique implacable d’Hollywood, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants. Ils ont un passé, une histoire, des espoirs et des déconvenues. Traumatisé par la guerre, le héros n’est plus que l’ombre du scénariste qu’il a été. Plongé dans une errance psychologique sans fin, il se réveille après une cuite mémorable face à un meurtre dont il refuse d’admettre le maquillage en suicide. Le découpage est très efficace, les dessins et les couleurs fonctionnement hyper bien – Andy Warhol n’est pas très loin - et les ambiances sont profondes. Surtout les ambiances nocturnes. Les premières pages de cet album nécessitent d’être assez concentré pour se repérer dans les nombreux personnages. Un trombinoscope très utile est inséré en début d’album et quand on a fait connaissance avec tous les acteurs de ce polar, il n’y a plus aucun problème. Une immersion dans le monde du cinéma vraiment réussie.
Bagarre érotique - Récits d'une travailleuse du sexe
Comment dire.... un plongeon dans le monde du sexe et de la prostitution au travers du regard de Klou, pute de 24 ans. Qui mieux que Klou pouvait retranscrire son histoire ? Un documentaire qui vous fera voir différemment ce monde interdit. Il n'est question ici que de prostituées qui font ce travail délibérément et non de réseaux qui exploitent le malheur humain. Un "métier" voulut et assumé. Klou nous dévoile une partie de sa vie, la bienveillance de ses parents, sa première "passe" qui ne lui occasionne aucune honte avec ses billets au fond de sa poche. La galère suite à un déménagement en Belgique va la faire choisir cette voie. Mais elle assume, elle aurait pu trouver des petits boulots. J'y ai découvert l'envers du décor des Sugar Baby, le LCBTQIA+ (communauté lesbienne/gay/bi/trans/queer/intersexe/asexuelle/+ pour englober encore d'autres sexualités comme la pansexualité). Vive le petit lexique à la fin du livre. Elle prend le pouvoir, c'est elle qui décide, elle dicte les règles. Elle charge le patriarcat qui pèse de tout son poids sur notre société, l'éducation et les lois qui pénalisent les clients. Une narration faite de métaphores, de jeux de mots et d'humour en passant par la mythologie grecque et le conte. Elle emploie aussi le langage SMS pour mieux faire passer ses messages mais surtout un langage cru, celui de la rue. Quelques rares planches avec que du texte, en particulier ce long poème en pages 84 et 85, magnifique. Elle remet en cause le système, elle le démonte à coup d'arguments et je ne peux souvent qu'acquiescer devant tant de logique. Elle parle avec tendresse de sa période féministe. Elle se met à nue. Un noir et blanc où quelques touches de rouges subliment un trait fin, simple et tout en rondeur. Le texte prend parfois le dessus sur le dessin mais cela n'a pas gêné mon plaisir. Un découpage basique ou il n'y a souvent qu'une case par planche. Il y a du Le Déploiement dans cette bd, textes et dessins ne font qu'un. Une jouissance visuelle. Je reste sur le cul après ma lecture. Je ne suis pas toujours d'accord avec Klou mais elle a le mérite de vouloir faire bouger les choses. Une ode aux femmes libres de toutes enclaves et de pouvoir utiliser leur corps comme bon leur semble. Un récit qui aura éclairé ma lanterne. Je ne peux que vous le conseiller. Une œuvre marquante au vitriol. Vous ne verrez plus une femme avec un parapluie rouge de la même façon. Klou, bravo et merci. Note réelle : 4,5.
Kingsman - Services secrets
Tout le monde connaît de près ou de loin les films Kingsman, de Matthew Vaughn, mais étonnamment, beaucoup moins de gens ont lu les comics, malgré les grosses pointures qui sont derrière... Pour ma part, je suis un fan absolument inconditionnel des 3 films (à ce jour) de Vaughn, et c'est donc avec une certaine appréhension que je me suis tourné vers le comics original, craignant que l'histoire fonctionne moins bien sur le papier qu'à l'écran, et que le récit perde une partie de sa magie... La première chose qui m'a frappé, c'est le dessin de Dave Gibbons. Certes, il est très bon, mais quand a s'est pris la baffe monumentale de Watchmen dans la gueule, on ne peut que remarquer que quelque chose a changé. C'est un style très réaliste et très clair, mais aussi très statique, et surtout, le trait est ici très épais, ce qui enlève aux graphismes une bonne partie de leur finesse, d'autant que les décors sont souvent assez vides. Encore une fois, c'est un peu un caprice d'enfant gâté, car le dessin est vraiment réussi, je souligne juste la comparaison avec Watchmen, l'écart de 28 ans qui sépare les deux oeuvres ne jouant pas en faveur de Kingsman. Peut-être aussi est-ce la couleur qui atténue un peu la force du dessin de Gibbons, je ne sais pas. Néanmoins, le dessin reste très efficace, rien à redire là-dessus. En tous cas, on oublie vite cette petite réserve quand on commence à s'immerger dans l'histoire. La comparaison avec le film joue plutôt en défaveur du comics au début, car le film a nécessairement plus d'occasions de développer ses personnages, d'ajouter des petits détails qui leur donnent du caractère, de la complexité, accentuent la force de l'intrigue, etc. Surtout, le film profite du génial Matthew Vaugh, qui transforme tout ce qu'il touche en or. Là, ça fonctionne, mais il manque un petit quelque chose au début. Et puis, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte qu'en fait, Mark Millar a quand même eu le temps de construire quelque chose. Les liens entre les personnages sont suffisamment développés, on s'attache volontiers à chacun d'entre eux, en tous cas les trois principaux (Gary, son oncle et sa mère), et Millar parvient tout-à-fait à insuffler un joli discours au travers de son récit, qui trouve son apothéose dans la lettre posthume de l'oncle Jack à la fin, subtile et à la hauteur du personnage. Mais bien sûr, quand on pense à Kingsman, on pense à sa représentation de la violence, tout-à-fait inédite au cinéma. Evidemment, c'est beaucoup plus conventionnel dans les pages du comics, mais on retrouve tout de même cette tonalité très "sale gosse", qui unit visiblement la créativité de Millar et celle de Vaughn. Ce mélange entre l'aspect britannique, classe, pince-sans-rire, un peu guindé, et une violence débridée à l'américaine, est tout-à-fait jouissive, et renforce largement le plaisir de lecture. Si le discours quasi-politique du film sur la société de consommation et la banalisation de la violence ne se retrouve pas trop dans le comics, l'utilisation du gore, quoique plus rare, se fait tout de même avec une certaine générosité. Enfin, on appréciera tous les changements qui ont été faits entre le comics et le film, permettant de donner aux habitués du film une vision légèrement décentrée et relativement inédite de l'histoire, le grand méchant ayant été totalement remanié dans sa version cinéma (et tant mieux, parce que Samuel L. Jackson y trouvait un de ses meilleurs rôles), et plusieurs détails significatifs se voyant transformés. Néanmoins, l'humour très britannique est bien présent, et trouve toujours sa justification dans les pages de ce récit geek, haletant, mené avec brio. Evidemment, ça ne remplace pas la vision des incroyables films de Matthew Vaughn, mais ça leur donne une belle base pour s'amuser à faire ce qui reste sans nul doute à ce jour et à mes yeux le meilleur pastiche de James Bond.
Katanga
Avec « Katanga », le duo Fabien Nury (au scénario) et Sylvain Vallée (au dessin) envoie du lourd, du très lourd sur la décolonisation du Congo et la guerre civile qui en suivit. Un peu comme leur série précédente « Il était une fois en France », chaque protagoniste en prend pour son grade que ce soient les congolais ou les européens : tous pourris ! On se retrouve donc en plein début de l’indépendance du Congo qui est divisé en 2 zones : Le Congo en lui-même privé du territoire du Katanga, c’est ce qui fait générer de vives tensions entre ces territoires sujets à de nombreuses guerres civiles (très sanglantes !). Au fait, le Katanga a la particularité d’être très riche en minerais, ce qui provoque la convoitise des grosses compagnies européennes et aussi du Congo… et justement, au début du récit, Charlie, un congolais a mis la main sur un énorme butin de diamants… Je vous laisse imaginer la suite… « Katanga » mélange les personnages réels et d’autres de fiction tout en précisant à chaque fois en début d’album (bien mis en évidence !) que cette histoire est fictive, on imagine sans peine que les auteurs n’avaient pas trop envie de se baigner dans des joutes juridiques avec ces protagonistes d’autant plus que ça dézingue à tout va : politicards corrompus à bloc et aux mains sanglantes, entrepreneurs européens ultra pourris, équipe de mercenaires carrément immoraux, populations locales très violentes dont certaines sujettes à des actes de cannibalisme, chefs de clans congolais main dans la main avec des personnes peu scrupuleuses qui exploitent encore l’esclavage, responsables de l’ONU complétement à la ramasse, une grande part de la gent féminine réduite à être des objets sexuels pour survivre dans ce milieu hostile… Bref, ça déménage ! D’ailleurs, le récit mélange d’une façon tellement habile le sérieux, le récit historique, la violence, l’humour noir et ironique, la romance… que j’ai eu l’impression de me retrouver dans une des séquences de l’excellent film « Lord of War ». Qu’en est-il du dessin ? Il est assuré de main de maître par Sylvain Vallée dont sa représentation des personnages qui est à la limite de la caricature adoucit un peu la violence du récit et permet également aux lecteurs d’identifier aisément les différents personnages. Je vois que certains bédéphiles lui reprochent de représenter les africains avec des grosses lèvres et des nez aplatis… euh, oui et alors ? Ils sont comme ça et ça ne m’empêche pas de les apprécier comme ils sont ! Au niveau de la narration, là encore, notre duo fait merveille : ça se lit facilement malgré la complexité des intrigues (politiques et privés des différents protagonistes) et surtout, c’est captivant ! Bon, vous l’avez compris, j’ai vachement apprécié « Katanga » : ça pête fort, le scénario est captivant, des personnages attachants et pourris de la mort qui tue, un sacré dessinateur, un récit qui mélange habilement la fiction et l’histoire, une situation dans un Congo explosif… Vivement la prochaine série du duo Fabien Nury et Sylvain Vallée !
Un océan d'amour
Un livre tout simplement magnifique ! Un vrai coup de cœur. Cette histoire sans texte est juste superbe. Les deux héros habitent en bretagne. Monsieur est pêcheur et disparait en mer. Sa femme va alors tout faire pour retrouver son mari. S'en suit alors une aventure extraordinaire sous couvert d'écologie et d'amour bien sur. Il y a de l'humour, des émotions, un message fort, bref un des meilleurs albums encore à ce jour.
Les Amis de Buddy Longway
Les anthologies sont principalement réservées à la poésie. En effet la forme des poèmes se prête bien à un recueil de textes courts. Il peut y avoir un thème ou s'organiser autour du goût de celui qui la compose. Je trouve que la BD réussit l'exercice avec brio. Cet album, vieux de près de 40 ans, est organisé autour du dixième anniversaire de Buddy Longway et d'interviews de la trentaine d'auteurs/amis qui se sont collés à l'exercice. C'est Yvan Delporte, l'ex-rédac 'chef de Spirou qui est le maître interviewer. Cela nous propose une page où l'auteur nous raconte une anecdote sur ses débuts, ses hobby, ses relations avec Derib ou plein d'autres détails. En face de l'interview une planche dessinée par l'auteur, en relation avec Buddy ou/et Derib. C'est souvent drôle ou touchant surtout après toutes ces années. Il y a donc bien un lien avec la poésie. Quelle belle couverture avec toutes ces signatures certaines déjà stars à l'époque et d'autres en devenir. Buddy avec Red Dust ou Blueberry autour d'un feu. Derib en Vénérable des Montagnes qui essaye de tirer son coup sur Natacha. Un vrai plaisir. Mais en guise d'hommage, je me permets de reprendre la page consacrée à J.C Mézières qui nous a quitté cette semaine. " S'il fallait trouver un adjectif pour parler de Jean-Claude Mézières, celui qui conviendrait serait : solaire. Il est rayonnant, content de vivre, aussi équilibré que peut être un artiste. Dans le métier, les gens ont la dent dure, sont prompts à discerner-voire à inventer- les défauts des collègues. Jamais personne n'a entendu un mot défavorable à propos du dessinateur de Valérian." RIP l'artiste.
Dépôt de bilan de compétences
J'avais déjà repéré David Snug et je voulais lire un de ces albums. Voilà qui est fait, et je peux dire que je ne suis pas déçu. L'auteur, donc David Snug, parle à son lui du passé de toutes ses expériences professionnelles passées (et à venir, donc). Avec un DEUG en Arts Plastiques, qu'il a fait car il aimait dessiner, pas facile de trouver un emploi "respectable", de "s'insérer dans la société" par le travail. Pas facile non plus de rester à vie dans un emploi rébarbatif, dur physiquement, et mal payé. Pourtant, plein de gens le font, parce qu'ils n'ont pas le choix. Mais David Snug a décidé qu'il ne voulait pas vivre comme ça. Nous le suivons tout au long de son parcours professionnel jusqu'à arriver à la conclusion qu'il en a soupé du travail, de vivre pour un salaire en étant constamment méprisé par les patrons/CPE/employés de Pôle Emploi, etc. Le propos est très intéressant, pas moralisateur et, finalement, bien argumenté à travers les petites saynètes de la vie de Snug. La bd est, d'ailleurs, assez drôle. L'humour est souvent présent et les dialogues assez savoureux, que ce soit entre David Snug et David Snug ou entre David Snug et ses différents employeurs/interlocuteurs du travail. Ça se lit donc très facilement et très vite. Au final, on passe un bon moment à lire les gags et ceux-ci nous amènent, sans qu'on s'en rende compte, au propos où l'auteur veut nous emmener, à savoir celui que j'ai développé plus haut. Je dois avouer qu'à la lecture des rares planches que j'ai vues de cette bd-ci et des autres, j'avais un peu peur d'un humour un peu gras et lourd. Au final, je n'ai pas du tout eu cette impression. En ce qui concerne le dessin, j'aime beaucoup le style de Snug, qui est assez basique mais très bien maitrisé. En plus, son personnage, qu'il met en scène dans cette bd et les autres est très reconnaissable, avec sa barbe et son accoutrement. Et les petits monstres rampants qu'il glisse dans la plupart de ses cases participent aussi à rendre les dessins de Snug uniques et particuliers. Je conseille donc cette lecture et, quant à moi, je vais me diriger vers les autres bandes dessinées de David Snug !
Sous les galets la plage
Auteur prolixe, aussi à l’aise au dessin qu’au scénario, Pascal Rabaté nous offre un récit lui permettant d’exprimer à nouveau son talent d’observateur des mœurs sociales. « Sous les galets la plage », c’est la rencontre entre deux mondes opposés. D’un côté, une petite bourgeoisie de province aux vues et aux portefeuilles étriqués, de l’autre, des parias vivant de petites combines pour pouvoir survivre. Et comme le suggère ce titre pour le moins évocateur, ces deux mondes vont s’entrechoquer jusqu’à un final flamboyant, dans un élan vital alimenté par l’amour et la liberté. Ce roman graphique intemporel, qui se déroule dans la France des années 60, va nous mener dans les pas d’Albert, jeune homme de bonne famille dont l’avenir aurait dû être tout tracé sous la férule de son père autoritaire et étouffant, totalement acquis aux valeurs d’une France patriarcale. Le jour où il confie les clefs de la maison de vacances à son fils, qui vient d’avoir 18 ans, il ne se doute pas encore que le destin de celui-ci va basculer radicalement. Car ces clés, que le père lui tend comme si elles étaient « les clés du pouvoir », s’avèreront pour Albert les clés vers la liberté… et lorsque l’amour pointera le bout de son nez, sous l’apparence d’une jolie jeune femme peu loquace sur son passé, le point de retour va être allégrement franchi, pour le plus grand plaisir du lecteur… Sans être trop explicite, grâce à une parole bien choisie ou une simple posture, Rabaté parvient à révéler l’âme de ses protagonistes avec une espièglerie jubilatoire. Ainsi, tout l’état d’esprit du père (qui vouvoie son fils !) est révélé dans cette seule phrase, lorsqu’il vient d’acquérir un meuble à pain dans la brocante du village : « Vous voyez, mon fils, il faut toujours marchander, c’est comme ça que l’on économise et que l’on peut épargner. ». Et c’est bien l’un des points forts de l’auteur, qui a le don de concevoir des dialogues ciselés. Et comme toujours, son trait à la nonchalance étudiée respire la liberté, certaines cases au cadrage très cinématographique évoquant la Nouvelle vague. D’ailleurs, lorsque vers la fin Albert retrouve sa bien-aimée Odette, on pense immanquablement au couple mythique Jean Seberg/Jean-Paul Belmondo dans « A bout de souffle ». Ce thriller social très fluide, qui ressuscite les fantômes de mai 68, se révèle assez puissant sous son apparente légèreté. « Sous les galets la plage », c’est l’histoire d’une révolte d’une génération sur la précédente, sur les trompe-l’œil de la filiation inaltérable et les carcans du patrimoine transmissible, qui nous questionne de façon assez subversive : et si les enfants ingrats avaient raison ? C’est aussi le récit d’une revanche jouissive des « gueux » aux allures de robin des bois sur les parvenus vaniteux. Sans abus de textes explicatifs et d’effets de manche, Pascal Rabaté en profite également pour livrer une attaque cinglante contre les mâles défenseurs d’une France blanche et patriote, nostalgique du « bon temps des colonies », tout cela grâce à une galerie de portraits finement élaborés et des dialogues ciselés. La conclusion est juste formidable, avec cet irrésistible pied de nez dévoilé sur la dernière image par ce fieffé gredin de Rabaté, qui ne peut pas vraiment dissimuler ses sympathies anars !