Une série incontournable pour les amoureux de polar noir et de films comme "Buffet froid" (il me vient à l'esprit car vu récemment).
On y rencontre une bande de bras cassés, caricaturaux à souhait, traînant leurs misères et leurs tares mais cachant bien leur jeu, les filous !
Chaque tome suit le quotidien d'un des protagonistes et on jubile de voir les histoires se croiser et se recroiser au fil des tomes. Avant d'attaquer celui qui vient de sortir, on prend plaisir à relire tous les précédents pour s'immerger à nouveau au milieu de ces requins prêts à tout pour dissimuler leurs secrets.
Un gros pouce levé pour la colorisation qui colle parfaitement à l'ambiance poisseuse.
Je ne trouve vraiment rien à redire c'est un sans-faute, à la condition d'évidemment apprécier ce genre.
----------------
Mise à jour après lecture des 2 derniers tomes:
Le soufflé retombe un peu. On continue d'aborder les points de vue différents mais sans grosse intrigue supplémentaire ou parallèle. L'effet de surprise est peut-être passé et la série se termine sur un personnage qui n'est finalement pas le plus intéressant.
Mais je conserve la note car les premiers tomes feront le bonheur de tous ceux découvrant cette série de caractère.
J'ai été intrigué et envouté par la lecture du tome 1.... Où voulait bien nous emmener cette fois l'immense Charles Burns?... Le tome 2 prolongeait l'histoire sur un rythme assez lent, restait intéressant, mais ne nous donnait pas beaucoup plus de réponses. Je me laissais porter par le récit mais l'ensemble restait assez nébuleux....
Eh bien, je dois dire que le tome 3 m'a scotché (du début à la fin) et apporte une forte cohésion à l'ensemble. Cet album est juste admirable et sa très belle conclusion très cinématographique ne vous laissera pas de marbre je l'espère !
Même si Burns joue sa partition en terrain connu, il le fait d'une si brillante manière que l'on ne peut que se résigner. Ce gars est un génie et Dédales, après Black Hole et la trilogie Toxic / La Ruche / Calavera, un nouveau chef d'oeuvre !!
Je découvre ce fait historique avec cette BD. Les auteurs, que je découvre aussi, ont réalisé un gros travail de recherche pour croiser les différents témoignages et journaux de l'époque pour être le plus proche de la réalité.
Je vais commencer par ce qui saute aux yeux, un dessin, ou plutôt des peintures, que je trouve d'une beauté hallucinante mais qui risquent d'en rebuter plus d'un avec un léger manque de lisibilité mais qui est compensé par l'ambiance sauvage, violente et âpre qu'elles dégagent.
Je disais donc des peintures à la texture épaisse, on devine les coups de pinceau et les différentes couches de gouache.
Pour l'amoureux du courant Impressionniste que je suis, j'ai pris ma dose de dopamine.
Le Wager est un gréement carré doté de 28 canons, il fait partie de la flotte du Commodore Anson affrétée pour combattre les galions espagnols. Il s'échoue sur une île (qui portera son nom) au large du Chili. Un récit qui va suivre le parcours d'Isaac Morris de 1740 à son retour à Londres le 8 juillet 1746.
Un périple extraordinaire, de la survie sur les côtes chilienne, puis être fait prisonnier par les tribus amérindiennes pour enfin finir esclave des espagnols.
Un récit qui se base sur des faits vérifiés, ce qui provoque un manque de liant entre les différents épisodes du périple. Mais un récit qui permet d'appréhender cette période historique, surtout sur le mode de vie des tribus amérindiennes d'Amérique du Sud, un choc des cultures : "vous êtes vraiment étranges, vous les blancs ! Nous, nous ne laissons personne dormir sous la pluie."
Une narration dominée par la voix off d'Isaac avec de nombreux passages sans texte où la partie graphique est reine, contemplative.
Une lecture plaisante et instructive.
Note réelle : 3,5.
Coup de cœur graphique.
Quelques mots de Pablo Franco en fin d'album sur cette incroyable histoire.
Prix du meilleur roman graphique latino-américain 2021.
J'ai reçu "Complètement surbookés !" à un anniversaire (je devais déjà avoir plus de quarante ans...). Je n'avais plus rien lu de neuf depuis longtemps et mes expériences récentes spécifiques du genre consistaient en quelques (vieilles !) BD de Garfield (John est irrésistible et tangible dans sa solitude gaguesque !) et Grimmy, ce chien tellement trash dont l'auteur/dessinateur ne s'embarrasse d'aucune règle ni contrainte. Par flemme autant que par indifférence, aucun des deux ne m'a donné envie de creuser (sans que ça remette en question leur légitimité en tant que bandes humoristiques : vive la diversité !)...
Et POUF ! Voilà ce monstrueux gamin si horripilant dans sa malice égoïste et sa cruauté infantile -mais logique, puisqu'il a six ans tout au long des albums !- flanqué de son Tigre archi-blasé ; et je me suis retrouvé à rire sur trois niveaux différents et à m'émouvoir à en avoir mal au ventre.
Ce coup-ci j'ai creusé : l'intégrale et quelques articles sur l'auteur et, comme le Grand Art est TOUJOURS le résultat d'une forme de souffrance et/ou de frustration, j'ai compris pourquoi j'ai adhéré instantanément. Alors, oui : chapeau bas à Bill Watterson qui, pendant près de deux ans, a dû faire face LÉGALEMENT aux volontés mercantiles de son propre syndicat (entre autres !) pour finalement réussir à empêcher le "marchandisage" de sa création et, ainsi, sauver l'âme et la raison d'être de sa démarche artistique. Car Calvin, tout matérialiste qu'il paraisse, ne cesse avec Hobbes de mettre en valeur les plus hautes et les plus nobles aspirations de l'homme (la soif de liberté et de justice, en particulier) tout au long des cases qu'ils partagent.
L'auteur est d'une honnêteté confondante et, son immense talent graphique comme principal argument de séduction (trait dépouillé, simple, franc, direct : comme lui, quoi !), il se régale à nous fait rire, ricaner, glousser mais aussi réfléchir, s'émouvoir et s'attrister. Il m'a fait avoir honte de ma nullité humaine et m'a rempli d'espoir quant à la foi qu'on place dans l'autre. Le gars peut littéralement vous faire voyager dans le temps, en une planche, sans même un phylactère. Mais il faut la lire, pourtant, pour que ça marche...
... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie...
Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top".
Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?!
Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant.
Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir.
Alain Grenet
L'écrivain Yasmina Khadra a raconté, au travers de son roman, les premières amours d'un personnage. C'est Stella Lory qui s'est chargé de l'adapter en bande dessinée. Il en résulte un récit très émouvant, qui se concentre bien sûr sur le jeune Younès, que sa tante -future mère adoptive- décide d'appeler Jonas. Celui-ci, confié par son père qui se sent partir à la dérive, est élevé à l'européenne, et s'éloigne peu à peu de sa culture de naissance. Ce qui en fait très rapidement le souffre-douleur de ses camarades, avec un contexte grandissant de tension entre les natifs d'Algérie et les Français. On comprend de fait très bien ce qui amène à ce qu'on a qualifié par la suite de Guerre d'Algérie. Pourtant Jonas essaie de construire sa vie, parfois chahutée par des amours contrariées.
De prime abord je n'étais pas très convaincu par le dessin de Marion Duclos, qui me semblait manquer de rigueur, de précision. Mais dès que j'ai commencé ma lecture mon avis a évolué : il est léger, aéré, plutôt adapté aux histoires centrées sur les personnages. de fait, les "évènements", comme on les appelait à l'époque, passent au second plan, voire au troisième, sur une poignée de cases. Cela coule bien, le récit est fluide.
Un album léger mais intéressant, sans aucun doute.
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués.
La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile.
Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
Niko Tackian a eu une belle carrière dans la BD dans la décennie 2003-2014, avant de se tourner avec succès vers le roman, se spécialisant dans le thriller. Avec "Traqueurs d'âmes" il revient à ses premières amours, la fantastique, mais cette fois-ci pour adolescents, en nous proposant des personnages modernes dans un cadre fictif.
Lino est donc le nouvel héros mis en avant, aidé par un camarade de classe aux goûts vestimentaires quelques peu désuets, et sa grande sœur Solal. Il est assez crédible dans sa caractérisation, ainsi que son entourage, même si les parents sont un brin effacés. La première enquête de ces traqueurs d'âmes se révèle au final assez classique, une histoire de fantômes appelant à l'aide car coincés dans une dimension alternative à cause d'un acte manqué... Il y a de l'émotion, de l'action, mais cela manque d'un peu plus de peps à mon avis.
Soann, jeune autrice autodidacte, se charge de la partie graphique de la série, et si son encrage mérite d'être plus affirmé, il y a un beau potentiel sur les ambiances et les attitudes des personnages. Par contre les voitures ce n'est pas trop son truc. Mais je suis curieux de voir sa progression.
A suivre, c'est plutôt sympa.
Une grosse claque que cette adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman par la talentueuse Colleen Doran.
Premièrement, la partie graphique est à tomber par terre. Un dessin soigné où les détails foisonnent dans un style art nouveau et gothique du plus bel effet. Il s'en dégage une atmosphère glaçante qui convient parfaitement à ce récit terrifiant.
La mise en page est immersive et les couleurs dans des tons froids sont superbes.
Envoûtant.
Deuxièmement, la revisite de ce conte de Blanche-Neige est remarquable, elle va suivre la trame de l'œuvre originale mais en inversant les rôles tout en y ajoutant une touche de vampirisme. On va avoir droit à la gentille marâtre et à la méchante princesse. Un récit captivant que je n'ai pu lâcher avant la dernière page.
Une narration avec juste la voix off de la reine, celle-ci donne ce ton si singulier au récit.
Un conte à ne pas mettre dans toutes les mains. Le sang va couler, l'ambiance est sombre et certaines scènes et phrases ne sont pas pour les enfants.
J'ai adoré ce comics, le seul point négatif : sa faible pagination, 49 planches sur les 88 du bouquin.
Un gros dossier en fin d'album sur les notes de Colleen Doran avec de nombreux croquis, on y apprend que Neil Gaiman a jeté son œil sur le travail de celle-ci.
Un merveilleux moment de lecture.
Je recommande chaudement aux amateurs du genre.
Je n'ai plus qu'à attendre "Chivalry", toujours une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman.
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Une série incontournable pour les amoureux de polar noir et de films comme "Buffet froid" (il me vient à l'esprit car vu récemment). On y rencontre une bande de bras cassés, caricaturaux à souhait, traînant leurs misères et leurs tares mais cachant bien leur jeu, les filous ! Chaque tome suit le quotidien d'un des protagonistes et on jubile de voir les histoires se croiser et se recroiser au fil des tomes. Avant d'attaquer celui qui vient de sortir, on prend plaisir à relire tous les précédents pour s'immerger à nouveau au milieu de ces requins prêts à tout pour dissimuler leurs secrets. Un gros pouce levé pour la colorisation qui colle parfaitement à l'ambiance poisseuse. Je ne trouve vraiment rien à redire c'est un sans-faute, à la condition d'évidemment apprécier ce genre. ---------------- Mise à jour après lecture des 2 derniers tomes: Le soufflé retombe un peu. On continue d'aborder les points de vue différents mais sans grosse intrigue supplémentaire ou parallèle. L'effet de surprise est peut-être passé et la série se termine sur un personnage qui n'est finalement pas le plus intéressant. Mais je conserve la note car les premiers tomes feront le bonheur de tous ceux découvrant cette série de caractère.
Dédales (Burns)
J'ai été intrigué et envouté par la lecture du tome 1.... Où voulait bien nous emmener cette fois l'immense Charles Burns?... Le tome 2 prolongeait l'histoire sur un rythme assez lent, restait intéressant, mais ne nous donnait pas beaucoup plus de réponses. Je me laissais porter par le récit mais l'ensemble restait assez nébuleux.... Eh bien, je dois dire que le tome 3 m'a scotché (du début à la fin) et apporte une forte cohésion à l'ensemble. Cet album est juste admirable et sa très belle conclusion très cinématographique ne vous laissera pas de marbre je l'espère ! Même si Burns joue sa partition en terrain connu, il le fait d'une si brillante manière que l'on ne peut que se résigner. Ce gars est un génie et Dédales, après Black Hole et la trilogie Toxic / La Ruche / Calavera, un nouveau chef d'oeuvre !!
Le Naufrage du Wager
Je découvre ce fait historique avec cette BD. Les auteurs, que je découvre aussi, ont réalisé un gros travail de recherche pour croiser les différents témoignages et journaux de l'époque pour être le plus proche de la réalité. Je vais commencer par ce qui saute aux yeux, un dessin, ou plutôt des peintures, que je trouve d'une beauté hallucinante mais qui risquent d'en rebuter plus d'un avec un léger manque de lisibilité mais qui est compensé par l'ambiance sauvage, violente et âpre qu'elles dégagent. Je disais donc des peintures à la texture épaisse, on devine les coups de pinceau et les différentes couches de gouache. Pour l'amoureux du courant Impressionniste que je suis, j'ai pris ma dose de dopamine. Le Wager est un gréement carré doté de 28 canons, il fait partie de la flotte du Commodore Anson affrétée pour combattre les galions espagnols. Il s'échoue sur une île (qui portera son nom) au large du Chili. Un récit qui va suivre le parcours d'Isaac Morris de 1740 à son retour à Londres le 8 juillet 1746. Un périple extraordinaire, de la survie sur les côtes chilienne, puis être fait prisonnier par les tribus amérindiennes pour enfin finir esclave des espagnols. Un récit qui se base sur des faits vérifiés, ce qui provoque un manque de liant entre les différents épisodes du périple. Mais un récit qui permet d'appréhender cette période historique, surtout sur le mode de vie des tribus amérindiennes d'Amérique du Sud, un choc des cultures : "vous êtes vraiment étranges, vous les blancs ! Nous, nous ne laissons personne dormir sous la pluie." Une narration dominée par la voix off d'Isaac avec de nombreux passages sans texte où la partie graphique est reine, contemplative. Une lecture plaisante et instructive. Note réelle : 3,5. Coup de cœur graphique. Quelques mots de Pablo Franco en fin d'album sur cette incroyable histoire. Prix du meilleur roman graphique latino-américain 2021.
Calvin et Hobbes
J'ai reçu "Complètement surbookés !" à un anniversaire (je devais déjà avoir plus de quarante ans...). Je n'avais plus rien lu de neuf depuis longtemps et mes expériences récentes spécifiques du genre consistaient en quelques (vieilles !) BD de Garfield (John est irrésistible et tangible dans sa solitude gaguesque !) et Grimmy, ce chien tellement trash dont l'auteur/dessinateur ne s'embarrasse d'aucune règle ni contrainte. Par flemme autant que par indifférence, aucun des deux ne m'a donné envie de creuser (sans que ça remette en question leur légitimité en tant que bandes humoristiques : vive la diversité !)... Et POUF ! Voilà ce monstrueux gamin si horripilant dans sa malice égoïste et sa cruauté infantile -mais logique, puisqu'il a six ans tout au long des albums !- flanqué de son Tigre archi-blasé ; et je me suis retrouvé à rire sur trois niveaux différents et à m'émouvoir à en avoir mal au ventre. Ce coup-ci j'ai creusé : l'intégrale et quelques articles sur l'auteur et, comme le Grand Art est TOUJOURS le résultat d'une forme de souffrance et/ou de frustration, j'ai compris pourquoi j'ai adhéré instantanément. Alors, oui : chapeau bas à Bill Watterson qui, pendant près de deux ans, a dû faire face LÉGALEMENT aux volontés mercantiles de son propre syndicat (entre autres !) pour finalement réussir à empêcher le "marchandisage" de sa création et, ainsi, sauver l'âme et la raison d'être de sa démarche artistique. Car Calvin, tout matérialiste qu'il paraisse, ne cesse avec Hobbes de mettre en valeur les plus hautes et les plus nobles aspirations de l'homme (la soif de liberté et de justice, en particulier) tout au long des cases qu'ils partagent. L'auteur est d'une honnêteté confondante et, son immense talent graphique comme principal argument de séduction (trait dépouillé, simple, franc, direct : comme lui, quoi !), il se régale à nous fait rire, ricaner, glousser mais aussi réfléchir, s'émouvoir et s'attrister. Il m'a fait avoir honte de ma nullité humaine et m'a rempli d'espoir quant à la foi qu'on place dans l'autre. Le gars peut littéralement vous faire voyager dans le temps, en une planche, sans même un phylactère. Mais il faut la lire, pourtant, pour que ça marche...
L'Ère des Cristaux
... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie... Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top". Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?! Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Petzi
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant. Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir. Alain Grenet
Ce que le jour doit à la nuit
L'écrivain Yasmina Khadra a raconté, au travers de son roman, les premières amours d'un personnage. C'est Stella Lory qui s'est chargé de l'adapter en bande dessinée. Il en résulte un récit très émouvant, qui se concentre bien sûr sur le jeune Younès, que sa tante -future mère adoptive- décide d'appeler Jonas. Celui-ci, confié par son père qui se sent partir à la dérive, est élevé à l'européenne, et s'éloigne peu à peu de sa culture de naissance. Ce qui en fait très rapidement le souffre-douleur de ses camarades, avec un contexte grandissant de tension entre les natifs d'Algérie et les Français. On comprend de fait très bien ce qui amène à ce qu'on a qualifié par la suite de Guerre d'Algérie. Pourtant Jonas essaie de construire sa vie, parfois chahutée par des amours contrariées. De prime abord je n'étais pas très convaincu par le dessin de Marion Duclos, qui me semblait manquer de rigueur, de précision. Mais dès que j'ai commencé ma lecture mon avis a évolué : il est léger, aéré, plutôt adapté aux histoires centrées sur les personnages. de fait, les "évènements", comme on les appelait à l'époque, passent au second plan, voire au troisième, sur une poignée de cases. Cela coule bien, le récit est fluide. Un album léger mais intéressant, sans aucun doute.
Conrad et Paul
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués. La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile. Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
Traqueurs d'âmes
Niko Tackian a eu une belle carrière dans la BD dans la décennie 2003-2014, avant de se tourner avec succès vers le roman, se spécialisant dans le thriller. Avec "Traqueurs d'âmes" il revient à ses premières amours, la fantastique, mais cette fois-ci pour adolescents, en nous proposant des personnages modernes dans un cadre fictif. Lino est donc le nouvel héros mis en avant, aidé par un camarade de classe aux goûts vestimentaires quelques peu désuets, et sa grande sœur Solal. Il est assez crédible dans sa caractérisation, ainsi que son entourage, même si les parents sont un brin effacés. La première enquête de ces traqueurs d'âmes se révèle au final assez classique, une histoire de fantômes appelant à l'aide car coincés dans une dimension alternative à cause d'un acte manqué... Il y a de l'émotion, de l'action, mais cela manque d'un peu plus de peps à mon avis. Soann, jeune autrice autodidacte, se charge de la partie graphique de la série, et si son encrage mérite d'être plus affirmé, il y a un beau potentiel sur les ambiances et les attitudes des personnages. Par contre les voitures ce n'est pas trop son truc. Mais je suis curieux de voir sa progression. A suivre, c'est plutôt sympa.
Blanche-Neige, Rouge Sang - Chronique vampirique
Une grosse claque que cette adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman par la talentueuse Colleen Doran. Premièrement, la partie graphique est à tomber par terre. Un dessin soigné où les détails foisonnent dans un style art nouveau et gothique du plus bel effet. Il s'en dégage une atmosphère glaçante qui convient parfaitement à ce récit terrifiant. La mise en page est immersive et les couleurs dans des tons froids sont superbes. Envoûtant. Deuxièmement, la revisite de ce conte de Blanche-Neige est remarquable, elle va suivre la trame de l'œuvre originale mais en inversant les rôles tout en y ajoutant une touche de vampirisme. On va avoir droit à la gentille marâtre et à la méchante princesse. Un récit captivant que je n'ai pu lâcher avant la dernière page. Une narration avec juste la voix off de la reine, celle-ci donne ce ton si singulier au récit. Un conte à ne pas mettre dans toutes les mains. Le sang va couler, l'ambiance est sombre et certaines scènes et phrases ne sont pas pour les enfants. J'ai adoré ce comics, le seul point négatif : sa faible pagination, 49 planches sur les 88 du bouquin. Un gros dossier en fin d'album sur les notes de Colleen Doran avec de nombreux croquis, on y apprend que Neil Gaiman a jeté son œil sur le travail de celle-ci. Un merveilleux moment de lecture. Je recommande chaudement aux amateurs du genre. Je n'ai plus qu'à attendre "Chivalry", toujours une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman.