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Couverture de la série Le Château de mon père - Versailles ressuscité
Le Château de mon père - Versailles ressuscité

J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette série sur le Château de Versailles. Les auteurs ont choisi une approche particulière en ne montrant pratiquement pas les salles ni les œuvres d'art du Château. Ainsi le scénario met l'accent sur la symbolique historique de l'édifice. Perçu comme une image de la royauté déchue, puis comme une insulte infligée par Bismark l'édifice aurait pu disparaître à cause d'une vision républicaine étroite et fausse. C'est le grand mérite d'hommes de cette époque d'avoir fait comprendre que ces trésors architecturaux étaient l'héritage du peuple et dépassaient les clivages historiques ou partisans. J'ai suivi avec intérêt les démarches et l'habileté politique de Pierre de Nolhac pour rendre à Versailles un lustre... républicain. En effet c'est cette thématique qui m'a le plus séduit. Les auteurs prennent le contrepied total de la maxime "du passé faisons table rase". Même si ce passé n'est pas conforme à l'esprit du moment, même s’il présente des aspects glorieux et des aspects sombres voire ignominieux, ce passé nous a forgé dans notre roman national. Y a-t-il un autre monument qui puisse faire la liaison entre royauté et république ? pouvoir absolu et démocratie ? Le Louvre peut-être et d'ailleurs les auteurs mettent souvent en évidence dans le récit les liens étroits qui se sont créés entre les deux institutions. Je trouve cet aspect du scénario déjà bien riche mais Maïté Labat et J.B Véber y ajoutent un côté intimiste qui rend le roman très humain. C'est là où le château de mon père fait la liaison avec le château de ma mère. Par un jeu de contrastes les auteurs renvoient à Pagnol avec les similitudes : esprit républicain, drames familiaux, une forte image du père et les oppositions : couleurs provençales et grisaille parisienne et bien sûr le Château ami ou ennemi de la mère. Pour accentuer les contrastes Alexis Vitrebert propose un formidable graphisme en N&B avec de superbes gouaches qui travaillent à chaque case pour approfondir une ambiance "Belle époque" comme on pourrait la voir sur de vieilles pellicules. Alexis Vitrebert nous rappelle par sa technicité, son originalité et sa maîtrise que la thématique principale reste la transmission, la conservation et le partage du génie artistique. Il y réussit formidablement bien à mes yeux. Une très belle lecture qui donne du sens à la conservation du patrimoine pour ceux qui en doutent.

29/02/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Qu'est-ce qui rend Tintin si intemporel ? Après m'être éloigné un certain temps de la saga, je m'y suis remis il y a peu et l'ai redécouverte avec mes yeux d'enfants. D'où la question qui m'est venue à l'esprit : quel est le secret de Tintin ? Finalement, qu'est-ce qui fait de Tintin... Tintin ? Il est difficile - pour ne pas dire impossible - de répondre à cette question. Mais il est permis d'essayer d'identifier ce qui, chez Hergé, dégage cette magie si singulière qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, alors même que la formule Tintin a été reprise partout et par tous jusqu'à l'overdose. Commençons par le plus évident : Tintin, c'est cette ligne claire, devenue si culte, qui fait d'un dessin d'Hergé un dessin reconnaissable entre mille. Bien sûr, ce style n'a pas commencé avec Hergé, mais aujourd'hui, il en est presque synonyme. On ne peut dissocier l'un de l'autre tant, sur le plan graphique, Tintin pose des bases qui se révéleront fondatrices pour toute une frange des dessinateurs de bande dessinée à venir. Ce dessin très pur, libéré de toute entrave, de tout détail excessif, trouve une forme d'équilibre qui explique sans aucun doute pourquoi Tintin est aussi marquant sur le plan graphique. Pas de fantaisie, pas de remise en cause des codes établis, tout est conforme aux règles de base, donnant à la bande dessinée une unité qu'on ne retrouve finalement que rarement (à ce point) chez d'autres dessinateurs. Tintin, c'est aussi cet art narratif unique qui fait d'Hergé un des plus grands conteurs du monde de la bande dessinée. Contrairement à d'autres auteurs comme Greg, qui s'amusent à tout tenter et multiplient les récits sans souci excessif de cohérence (mais pour notre plus grand plaisir quand même), Hergé est en quête du scénario parfait. Il publie (relativement) peu, mais ne veut publier que de l'extrême qualité. Il sait même à quel point il est le seul à mener cette démarche très entière, et interdit donc qu'un quelconque auteur lui succède. L'unité entre les séquences est absolument remarquable, il n'y a qu'à voir l'admirable introduction de Tintin au Congo pour voir l'aisance avec laquelle Hergé nous fait découvrir les différents endroits du bateau, en introduisant peu à peu ses personnages (Milou étant la star de cette introduction), avec un art de la progression unique, nous faisant aboutir à la découverte de l'antagoniste, caché dans la cale. Ce merveilleux enchaînement de scènes introduit tout l'art narratif d'Hergé, dans ce qui reste à mes yeux le vrai premier tome de la saga (Tintin au pays des Soviets étant pour moi un tome zéro, une sorte de préfiguration de ce qui deviendra seulement au tome suivant Tintin, ne me demandez pas pourquoi). A cette image, quelle que soit l'aventure que l'on sélectionne, la saga d'Hergé ne nous offre que des moments d'anthologie, formidables dans le découpage de l'action, très cinématographiques dans le choix des plans et du montage des séquences. Tintin, c'est évidemment ce parfum de mystère unique, qui transporte la saga dans une sorte de terrain entre la réalité et le fantastique, sans jamais basculer pleinement dans le merveilleux. C'est peut-être pour moi ce qui définit le mieux la saga : le mystère est omniprésent, pas un vague mystère policier sur le "qui ?", mais un mystère bien plus épais sur le "comment ?". On veut savoir comment Tintin va pouvoir à lui seul démanteler ce grand réseau de trafiquants qui semble tout-puissant, on veut savoir comment les savants des Sept boules de cristal ont été envoutés et comment les tirer de là, on veut savoir comment Tintin retrouvera le pauvre Tchang après ce terrible crash d'avion. Et puis, bien sûr, on veut toujours savoir comment Tintin va se tirer de cette terrible situation dans laquelle l'a plongé un auteur malicieux et sans scrupules. N'hésitant pas à emprunter au fantastique (poupées vaudou, rêve prémonitoire) ou à la science-fiction (une météorite tombée du ciel, un voyage spatial), Hergé ne fait jamais entrer ses récits dans ces cases trop étriquées pour lui et reste aux frontières des genres en préférant rester dans cette catégorie bien vaste qu'est l'Aventure, qui autorise toutes les fantaisies, sans nous emprisonner derrière une étiquette trop définie. Tintin, c'est cette écriture savante des personnages. Tous les personnages de la saga sont attachants. A la lisseté volontaire du héros s'oppose la brutalité d'un capitaine Haddock au grand cœur, la surdité d'un savant parfois pénible mais souvent génial, la bêtise touchante d'un duo de détectives animé par un réel sens de la justice, mais aussi l'exubérante amitié d'une cantatrice insensible aux réactions d'un public exigeant, la terrifiante ambiguïté d'un méchant qui cache son jeu sous le masque d'une bonté rugueuse ou encore l'implacable radicalité d'un mystérieux docteur dont la corruption est la principale activité. Chacun de ces personnages est haut en couleur, attachant ou repoussant, mais toujours fort en caractère, et finalement, terriblement humain. Tintin, enfin (on pourrait continuer longtemps !), c'est ce rapport brûlant à l'actualité, qui fait de terribles événements de fantaisistes sujets d'aventure. Qu'il s'agisse de l'URSS, du Congo belge de la Mandchourie ou de la Palestine mandataire (rares ancrages vraiment réalistes dans l'univers d'Hergé), Tintin traverse les grands lieux de conflits et d'intrigues géopolitiques de son époque. Mais Hergé les invente aussi parfois, et il est évident que le San Theodoros, la Syldavie et la Bordurie ne sont que des métaphores joyeuses mettant en scène des réalités beaucoup moins joyeuses, à peine masquées par le voile du conte. En outre, Tintin ira sur la lune, sera à deux doigts de rencontrer des extraterrestres, ou sera emprisonné (ou ne le sera pas, selon si l'on considère que Tintin et l'Alph-art existe ou non) par un gourou arnaqueur à l'identité bien connue. Ce faisant, Hergé fait systématiquement ressurgir les grands débats, les grands conflits, les grandes idées de son époque, en les exorcisant de leur noirceur pour les mettre au cœur d'un combat où le Bien finit toujours par triompher. Et finalement, c'est peut-être là que réside le grand secret de cette immense saga : Tintin ne serait-il pas, tout simplement, le remède universel à l'horreur du monde contemporain ?

29/02/2024 (modifier)
Par LilyEve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Royaumes muets
Les Royaumes muets

Les royaumes muets est une BD comme je les aime. Notre héroïne voit les fantômes et ne sais pas vraiment pourquoi. J'ai trouvé l'histoire bien rythmée et originale. Les illustrations sont tout simplement magnifiques, c'est un réel coup de cœur. Les dessins gothiques et les couleurs sombres fonctionnent à merveille avec le thème et que dire des décors ? On ne s'ennuie pas une seconde en lisant ce livre et j'ai hâte d'en savoir d'avantage. Cette BD convient très bien à un jeune public comme à un lectorat plus âgé.

27/02/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

Oh qu'il est beau celui-là ! J'ai un attrait pour la mythologie grecque, riche, foisonnante, mainte fois reprise et retravaillée en tout sens. J'aime surtout qu'elle soit toujours reprise, rejouée et réécrite pour en tirer de nouveaux commentaires sur notre monde, notre actualité, nos idées. Ici, Fabrizio Dori a fait dans l'excellence, à mes yeux. Une réappropriation à la croisée des genres et des influences, pour tirer de cette mythologie un commentaire sur notre monde contemporain. Brillant ! Ce qui saute aux yeux rapidement, c'est le talent du dessin. C'est coloré, dynamique, mais aussi bourré de références et de symboliques. Des plus évidentes (les reprises d'amphores grecques) aux clins d’œils vers les impressionnistes (Van Gogh ne pouvait pas être absent de cette BD), avec une recherche dans les décors, les personnages ... C'est des têtes de mort mexicaines qui côtoient des images de la Grèce antique pourrait paraitre étrange mais passe très bien, mélangeant des mythologies et des cultures pour en montrer l'universalité. Le dessin est inspiré, et la lecture s'en ressent. C'est beau, on en redemande. Personnellement j'ai hâte de le relire pour rechercher toutes les références. Niveau histoire, on brode sur la thématique habituelle du monde duquel les dieux se sont retirés avec l'arrivée du Christianisme. Cette thématique dans l'air du temps semble se nourrir d'une déconnexion de l'homme contemporain de la spiritualité qui l'a habité pendant des siècles : retour à la nature, retrouvailles d'anciennes fêtes, nostalgie d'un passé où l'homme se sentait plus en harmonie avec le monde (que ce fut vrai ou non). Sur ces thématiques, l'auteur livre une histoire aux multiples facettes que l'on pourra interpréter à loisir : regarder par les yeux du satyre, est-ce regarder par les yeux d'un artiste ? Eustis représente-t-il les vagabonds, les clochards, "ceux d'en bas" ? Est-ce une critique du monde contemporain, détaché de la nature et d'un sens profond du bonheur ? Tout ceci et plus encore, sans doute. Impossible de ne pas voir des choix réfléchis et conscient dans la représentation de Arès comme un ancien militaire néo-nazi et complotiste, très protecteur de "son" territoire, Aphrodite gérant un parc d'attraction aux multiples plaisirs proposés (que j'ai personnellement vu comme une métaphore d'Internet, avec sa bibliothèque infinie de tout les livres existants ou l'ancienne prostituée qui vient y travailler sans se rendre compte de la facticité du lieu, entouré d'obscurité). Les dieux grecs sont des archétypes dont l'auteur joue, et le sens qu'il donne à tout cela n'est pas anodin : l'entrée des enfers est dans la décharge derrière le parc d'attraction. Je trouve l'image parlante ! C'est typiquement le genre de BD que j'adore parce qu'elle utilise des codes et des symboles pour parler d'un monde, d'un air du temps, d'une idée. La déconnexion de l'homme avec la nature est assez nette, mais aussi la question de la beauté du monde (contrebalancé par des décharges et des tours d'immeubles), l'accomplissement personnel, la désillusion de nos choix de vie ... C'est riche et dense, mais beau aussi et la fin me donne le sourire. Une sorte de triomphe de l'amour et de la fête, du positif dans toutes ces représentations parfois triste. Comme dirait Pacôme Thiellement : "Carnaval doit renaitre", et cette BD invite aux libations antiques, à retrouver la beauté de la nature, à la fête éternelle de Dionysos, aux plaisirs ! Quelle belle BD ...

27/02/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mr. Crook !
Mr. Crook !

Comme souvent, je commence mes vacances par un petit tour chez le libraire... Et décidément, qu'est-ce qu'il me connaît bien ! Ce nouvel achat à l'aveugle s'est révélé une excellente surprise pour moi ! Je ne me serais probablement pas tourné spontanément vers cette bande dessinée dans la mesure où je ne trouve pas la couverture particulièrement remarquable (malgré une idée de mise en scène amusante) et surtout dans la mesure où je ne connais aucun de ces deux auteurs. Et pourtant, voilà une sortie qui mérite qu'on en parle. Il n'y a rien, en soi, d'absolument exceptionnel dans Mr. Crook !. On a déjà vu ce genre de récit ailleurs, avec plus ou moins de réussite, mais force est de reconnaître qu'on est ici dans le haut du panier. Tillard et Blais mettent donc en scène ce Mr. Crook, sorte de gentleman cambrioleur qui ne serait ni vraiment gentleman, ni vraiment cambrioleur. Et pourtant, il est évident qu'on ne peut que penser à Arsène Lupin devant cet escroc qui ne recule devant aucun danger pour aller au bout de son crime. C'est délicieux d'amoralité assumée, encore qu'on a du mal à avoir beaucoup de regret pour les victimes de cet escroc, vu leur profil, et les auteurs manient admirablement les codes du genre. Les changements d'identité sont hilarants, les dialogues qui en découlent ne le sont pas moins, les différentes rencontres ne manquent jamais de sel, et quant aux larcins insolents de cet artiste de l'escroquerie, on les goûte avec une gourmandise qu'il nous est impossible de feindre. Il y a du Maurice Leblanc, mais aussi du Chaplin, du Hawks et du Audiard. Une sorte de mélange des genres détonnant qui allie au meilleur de la screwball comedy (sans l'aspect "comédie de mœurs") la verve de la comédie française à son âge d'or. Du côté du dessin, il y aurait peut-être un aspect un peu Disney. Les décors sont sublimes, magnifiquement colorisés (par Blais lui-même) et d'une rigueur graphique plus que satisfaisante. Les personnages, eux, sont tout en rondeur, d'un trait caricatural extrêmement maîtrisé. Cela rend le trait souple et incroyablement dynamique, à l'image de son (anti-?)héros insaisissable. C'est exactement la tonalité graphique qu'il fallait pour cet univers. Bref, pour ma part, une très belle expérience, qui rentre parfaitement dans la catégorie de ce que j'aime. Le récit est bondissant, joyeux, entraînant, et nous réserve quelques surprises qui, sans nous faire tomber de notre siège, nous offrent un final à la hauteur du récit. Et sans tomber dans le piège du cliffhanger racoleur, la fin nous laisse quand même entendre qu'on devrait potentiellement retrouver Mr. Crook dans de nouvelles aventures. Disons-le tout net : il faudrait être fou pour ne pas aller se laisser escroquer une seconde fois !

26/02/2024 (modifier)
Par LilyEve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Pêcheur de rêves
Le Pêcheur de rêves

Cette BD est un coup de coeur pour moi. Je ne connaissais pas l'autrice mais je dois dire que la BD m'a enchantée. L'histoire de ce jeune Mael est intéressante. Nous le suivons dans sa recherche d'identité. J'ai adoré les dessins et la recherche d'équilibre entre le bien et le mal. Je recommande cette BD pour les jeunes qui sauront s'émerveiller devant ces pages colorées.

25/02/2024 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une Histoire de Jérusalem
Une Histoire de Jérusalem

L’actualité et une rencontre avec Vincent Lemire m’ont donné envie de me plonger dans l’histoire de Jérusalem. Vincent Lemire est un historien, c’est du très sérieux. Avec Christophe Gaultier au dessin, ils ont réussi le tour de force de raconter cette histoire super compliquée et super longue (4000 ans, rien que ça !) avec pour témoin infatigable : un olivier (du Mont des Oliviers, bien entendu !). L’histoire de Jérusalem est incroyable tant les acteurs sont nombreux, les croyances multiples, les destructions/reconstructions perpétuelles et le rôle des religions, unique. Voilà 10 chapitres passionnants, très touffus (un peu trop peut-être), remplis de références historiques et de citations de témoins mentionnés avec précision. La ville des trois religions est décrite dans son évolution longue, c’est ce qui fait le grand intérêt de cet album que j’ai lu d’une traite, tant j’avais envie de comprendre les racines de ce qui se passe dans cette région du monde. Le dessin est vraiment sympa. Il permet au récit très dense de respirer et au lecteur de faire des pauses. Un récit historique réussi, tant sur le fond que sur la forme. Un incontournable sur le sujet, sans aucun doute.

24/02/2024 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Lune est blanche
La Lune est blanche

Un album d’Emmanuel Lepage sur le sud austral, c’est l’assurance de voir des paysages et des ambiances d’une force incroyable. Avec cet album, j’ai eu l’impression d’embarquer avec l’équipage et de descendre aux escales. Réussir à la fois à faire rêver le lecteur, à lui apporter foules d’informations sur ces rotations finalement peu connues et à lui faire partager cette aventure humaine et familiale avec ses attentes, ses doutes, ses déceptions face aux forces de la nature, c’est pour moi une vraie belle performance. Un gros coup de cœur pour les images pleine page et pour les photos froides et grises qui vous rappellent la dure réalité des mers australes. On en grelotterait presque…

23/02/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Monster
Monster

Hé bé ! C'est l'Iliade & l'Odyssée ! Guerre et Paix ! Ou encore plus "fleuve " : Candy - Candy !! Quel foisonnement d'idées scénaristiques ! Quels personnages magnifiquement élaborés (et si nombreux !) ! Et surtout, quelle maestria à renouveler le suspense, tout au long des CENT SOIXANTE DEUX chapitres -en toutes lettres et en majuscules !- de cette effarante quête rédemptrice... Culte, ne serait-ce que pour l'ampleur de la chose, proprement époustouflante en elle-même -mais pas seulement. L'argument est élaboré, historiquement documenté et sinistre à souhaits ; et la spirale de violence et de mort provoquée par Johan ne cesse d'intriguer tant il est difficile d'assimiler immédiatement la nature des rapports entre le "monstre" et ses comparses (volontaires ou dupes). J'ai eu le tort de lire le tout d'une traite (difficile de résister !) ; mais il est évident que prendre son temps doit permettre de mieux appréhender les détails. Ça doit s'améliorer à la relecture. La forme du récit -presque un "road-trip" pour l'héroïque Kenzo Tenma, mais d'avantage des "scènes de vies" pour le reste du casting-, permet néanmoins de bien installer chaque "arc" ; et on a le temps de respirer entre deux exactions. C'est véritablement très classique dans la mise en scène : la tranquillité des multiples enquêtes, qui s'additionnent en parallèle ; et le crescendo vers chaque nouvelle révélation (ou scène-clé) est habilement mené. Un polard passionnant, dénonçant avec une grande richesse de détails réalistes les dérives éthiques des puissants, en opposant deux archétypes de comportement au travers des deux héros principaux, presque artificiels dans leur hyper-caractérisation antipode. Ceci venant encore accentuer le charme, limite suranné (siècle dernier, quoi !), du traitement de l'histoire. C'est à leur démesure que la profonde humanité des autres intervenants (les bons comme les mauvais) se révèle, en une variété de portraits prodigieusement variés (!). Le dessin est typique du genre : décors documentés et figuratifs sur lesquels se détachent si puissamment les personnages, dont la stylisation des visages résume adroitement les ressentis -quand on n'est pas réfractaire au procédé, si magnifiquement maitrisé par les Mangaka. À noter : une particularité au niveau de la taille des occiputs, trop petits, sauf quand le protagoniste nous fait face ?! Problème déjà évoqué pour le Manga Planètes, par Yukimura Makoto ?! ici, Urasawa Naoki est tellement balaise pour le reste que, là aussi, je n'ai pas d'explication rationnelle... La conclusion peut sembler manquer de "panache", tant les nombreuses péripéties qui nous y amènent s'apparentent à une virée (sans barrières de sécurité !) sur un Grand Huit ; mais elle est définitivement logique, et parfaitement à même de justifier la folie de Johan. Il est clair que l'aisance de son itinéraire meurtrier, ainsi que sa facilité à manipuler autrui, procèdent d'un brillant intellect (supposément génétiquement "supérieur" dans le récit) ; mais la plausibilité de la nature du véritable traumatisme originel, malheureusement plus banal que ce que l'auteur nous laisse imaginer, est, aux vues des conséquences terrifiantes, une puissante -et émouvante- validation de la profession de foi (originelle, elle aussi) du Docteur Tenma. Culte, donc.

21/02/2024 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Thorgal Saga - Adieu Aaricia
Thorgal Saga - Adieu Aaricia

La série Thorgal est celle qui m'a fait découvrir un nouvel aspect de la bande dessinée. Habitué aux Tintin, Astérix et Gil Jourdan, je crois avoir dévoré les 15 premiers volumes de la série chez ma sœur au début des années 90. Depuis, j'ai acheté régulièrement les albums jusqu'à "Aniel" qui , après beaucoup d'albums faibles voire très faibles, m'avait déçu. Finalement, on m'a offert les suivants et j'ai donc continué cette série (le dernier "Tupilaks" étant particulièrement indigeste). Alors quand j'ai vu que Robin Recht nous proposait son propre Thorgal, je n'ai pas hésité. J'avais adoré son style dans "le troisième testament-Julius". Évidemment je me suis précipité sur l'édition augmentée qui présente au lecteur un double avantage: un grand format et un papier de qualité supérieur (je passe sous silence les "bonus" assez décevants hormis la reprise de la superbe couverture de l'édition courante). Le dessin de Recht est tout simplement magnifique. Quant au scénario, un voyage dans le temps grâce à l'anneau d'Ouroboros, il nous permet de voir la confrontation entre un Thorgal vieillissant et un Thorgal jeune et fougueux, En empruntant des éléments à "l'enfant des étoiles" et "Alinoë", Robin Recht nous a concocté le meilleur des albums de la série depuis des années (bien que cette aventure doit être considérée comme un album à part de la série). Pourtant, j'ai quelques regrets sur cet album. Avec 108 pages, je pense que le récit aurait gagné en intensité en réduisant la longue marche à la recherche d'Aarica (un peu trop longue à mon goût), qui a comme principal intérêt de nous faire découvrir un Thorgal diminué physiquement, et j'ai un peu tiqué sur la violence des combats, qui n'entre pas dans l'univers de Thorgal (Dorison s'y était frotté avec "le feu écarlate", mais ça n'avait pas pris à mon goût). Et puis pourquoi ne pas avoir conservé la superbe couverture de l'édition courante qui nous rappelait celle de "l'enfant des étoiles". Sinon, c'est un sans faute pour Robin Recht, avec un album qui mêle à la fois de l'action, de la réflexion et une forte dose de nostalgie et d'émotion, une fois le livre fini. Le final est en effet surprenant, mais quelle conclusion !

07/02/2023 (MAJ le 20/02/2024) (modifier)