Ça se passe dans une petite ville des États-Unis dans les années 60, chez une famille immigrée sans le sou. Je ne vous en dis pas plus parce que vous allez projeter des a priori qui n'y sont pas.
On peut dire que le titre est plutôt ironique (comme la dernière phrase du film La haine) Ce serait plutôt "jusqu'ici tout va mal", on s'identifie au héros, à ses motivations de jeune écorché, on le comprend de mieux en mieux, petit à petit au cours des étapes de l'aventure. L'histoire de village s'insère dans la grande histoire avec la guerre du Vietnam ; de précieuses gravures anciennes qui sont conservées à la bibliothèque jouent un rôle inattendu ; la toile de fond du baseball vient fixer le titre et l'illustration de chaque chapitre ; tous les personnages sont parfaitement habités (les membres de la famille bien-sûr, mais aussi le bibliothécaire, certains professeurs, le patron de l'usine, l'épicier et sa fille, l'écrivaine...)
J'ai eu tellement de plaisir à lire cette histoire que je vous la recommande chaudement. On est dedans, on n'a pas vraiment envie d'en sortir même si ce destin n'est pas toujours drôle. C'est un scénario à l'ancienne, bien construit, bien dialogué, avec une belle adaptation graphique, où la couleur vient donner à la fois une contemporanéité bienvenue et aussi un émerveillement qui éclaire la vie du jeune héros.
J'ai pris ce livre au hasard, intriguée par cette première page qui évoque presque un manga de bagarre, mais avec ce regard en dessous, et ces oiseaux rouges répandus sur la page comme les anges d'un triptyque médiéval...J'ai ouvert et ...ça m'a plu.
Un hommage très réussi au Musée d'Orsay, à ses oeuvres et aux musées en général.
La mise en place est un peu longue. Certes j'y savourais le très bon dessin de Chabouté et l'excellence avec laquelle il représentait ces scènes de visiteurs de musée et les oeuvres elles-mêmes mais la narration muette m'ennuyait un peu et j'ai attendu pendant un peu trop de pages de comprendre où allait en venir l'auteur. Il m'a fallu pour cela attendre les premiers indices clairs et surtout les premiers dialogues qui viennent bien tard.
Mais une fois le concept acquis, j'ai rapidement été séduit par l'atmosphère et l'idée de cette série. Cela tient en grande partie à la perfection du dessin qui arrive à s'approprier autant de chefs-d'oeuvres de la peinture et de la sculpture et à leur donner autant de vie qu'aux personnages humains de cette histoire. C'est à la fois poétique et drôle, inspirant et divertissant. Par le biais de cette histoire ouverte, on s'attache à nombre d'oeuvres artistiques et on réalise au passage combien le Musée d'Orsay en contient de formidables et souvent ultra-célèbres.
Non seulement j'ai passé un très agréable moment de lecture, mais en plus il m'a donné une très grosse envie de retourner visiter ce musée là.
Cela faisait très longtemps que je voulais découvrir l’œuvre d’Atak, un auteur « underground » allemand, et en particulier cet album, que je recherchais en vain, jusqu’à ce que je tombe dessus dans l’excellente librairie parisienne Aaapoum Bapoum.
Et je n’ai pas été déçu par cet album, qui s’est révélé déroutant, mais très riche. Disons-le tout de suite, il rebutera fortement les amateurs exclusifs de franco-belge classique, et ceux qui sont trop cartésiens ou réfractaires à une poésie noire.
Car on a ici une œuvre pleinement surréaliste, que ce soit pour le fond ou pour la forme. En effet, je suppose qu’Atak a en partie improvisé, au gré d’une écriture quasi automatique, pour plusieurs passages. De fait, la narration est décousue.
Quant au dessin, il est à la fois simple (un bon côté underground), mais aussi minutieux au niveau du remplissage des décors, ce qui m’a souvent fait penser à certains dessins médiumniques chers à André Breton.
Cette version d’Alice prend place dans une série de publications des éditions Frémok qui à l’époque formaient « L’expérience Alice » (un encart indépendant et assez complexe de 6 pages est normalement inclus dans l’album, et présente le cheminement historique et intellectuel de Fremok et d’Atak autour d’Alice). Mais on est loin, très loin ici de l’œuvre de Carroll, qu’Atak s’est appropriée pour en faire quelque chose de personnel et très noir. En effet, il donne une vision noire, trash, érotique (certaines scènes violentes ou sexuelles m’ont poussé à conseiller cette lecture à des adultes) d’un Berlin qu’on croirait sorti des désastres de la guerre (le Berlin de 1945 – les ruines en moins – ou celui des expressionnistes de l’immédiat après première guerre mondiale).
Tout ici est bestial, le désir est primaire et sans filtre, que ce soit Eros ou Thanatos qui l’aiguillonnent. Les scènes, les images s’enchaînent, et la traversée de l’album laisse le lecteur les yeux rougis par un monde où la folie balaye l’innocence, où les repères habituels (la morale, l'innocence de l'enfance, le distingo entre être animés et objets) s’estompent.
Une œuvre impossible à résumer bien sûr, difficile à appréhender, et qui questionne. Une œuvre qui m’a touché en tout cas.
Un coup de cœur visuel, poétique et surréaliste. A feuilleter avant d’acheter, car c’est très particulier (remarque toute virtuelle, étant donné la rareté de la rencontre de cette album).
Note réelle 3,5/5.
Un truc génIAAAL comme c'est pas permis !
Quelques activistes écologistes se retrouvent au premier rang pour assister à la fin du monde. À coups de flash-back pas du tout handicapants pour le déroulé de l'histoire proprement dite, tant ils sont riches d'informations captivantes ET sur les personnages ET sur la réalité du monde où nous vivons (rappel plein de sens étant donné le sujet abordé), les auteurs nous offrent une course-poursuite maritime pleine de péripéties très excitantes tout en nous confrontant à beaucoup de vérités primordiales extrêmement bien introduites par le récit.
Les personnages sont profonds et sensibles, même les plus secondaires ; et leurs interactions et affrontements sont tous sauf gratuits. Les dialogues sont particulièrement bien troussés : pas une bulle de perdue !
Une épopée dont le jusqu'au-boutisme finit par sonner presque biblique dans sa démesure, pourtant assez réaliste ; et le scénariste se permet même un écart (que je trouve assez couillu, tant le contexte est "sérieux" ; mais que d'autres, j'en suis sûrs, qualifieront de racoleur/facile/idiot...) qui touche tout à la fois au fantastique et au mythologique... La série n'en avait nul besoin pour être d'avantage passionnante ; mais cela ne fait que lui faire "embrasser" -et éclater, par la même occasion- un cadre plus large que le contexte originel ne le laissait supposer. Et pourquoi pas, après tout, puisque tout le reste y passe ?!
Le dessin est plus qu'honnête (même si pas trop jojo !) quasi tout le long des TRENTE Comics (... Pour l'édition originale, en tous cas ; il ne semble y avoir que trois tomes disponibles traduits par Panini, si j'ai bien compris ?!), n'accusant quelques faiblesses que lors du passage d'encreurs moins doués que les dessinateurs eux-mêmes. Le rythme de parution force néanmoins quelques planches moins léchées que les autres -surtout vers la fin- mais le "look" général est très figuratif et les personnages comme les décors sont parfaitement "équilibrés". La colorisation n'est pas en reste, pleine de parti-pris. Beaucoup d'atmosphère dans ces planches parfaitement composées : une leçon d'efficacité "simple" propre au Comic-Book, et dont pas mal de monde peut s'inspirer.
... Très sympa à lire ! J'aurais mis cinq étoiles mais "culte" ne voudrait rien dire, dans ce cas-précis : c'est juste une BD trop chouette :)
Énorme surprise , j’ai pris ce livre un peu par hasard à la bibli dans les nouveautés.
On suit un homme qui travaille pour aider des personnages âgées dans une résidence.
Le dessin est dans un style caricatural et on suit ce personnage très humain et touchant dans lequel je me reconnais totalement. Il sait que pour les humains ce qui compte ce n’est pas d’être en vie mais de vivre (il refuse des règles qu’il trouve idiotes pour passer plus de temps à parler aux gens, enlève son masque, tutoie, bref il est humain).
C’est forcément triste car on parle de gens seuls, malades, solitaires forcés, mais c’est aussi touchant et on voit que c’est fait avec bienveillance et amour.
On s’attache aussi au narrateur qui fait un boulot extrêmement fatiguant.
Le seul « problème » de cette bd et que vu le sujet ce n’est pas évident de la prêter pour la faire découvrir car j’aurais peur de faire de la peine et certaines personnes qui penseraient à la fin de fin de vie de leur famille ou à leur fin de vie et que ça pourrait déprimer.
Mais je me raccroche à ce personnage courageux et gentil et je vous en recommande la lecture.
Pas facile de faire une métaphore de la création artistique en BD, pour un public jeune.
C'est pourtant ce qu'a essayé de faire Claire Grimond avec cette première BD, elle qui s'est faite connaître en tant que sculpteuse et scénariste pour l'animation. Sa fascination pour l'inspiration créatrice, la peinture en particulier transpire des idées qui parsèment ce récit qui mêle quête initiatique et amour filial (petit-filial, en l'occurrence). C'est assez basique, avec des gentils très vite identifiés, un méchant qui reste méchant tout du long, et des simili-méchants qui s'avèrent plutôt bienveillants. A côté de ça, le cheminement de l'histoire et ses différents éléments sont confus, même si les enjeux sont correctement posés.
Le dessinateur est lui aussi un "débutant" dans l'exercice, Léo Verrier a fait ses armes dans le cinéma d'animation. Le communiqué de presse parle d'inspirations diverses, telles que Hayao Miyazaki, Italo Calvino, David Lynch et Nicolas de Crécy. C'est ce dernier nom qui me semble le plus légitime pour cet album, avec ses couleurs pastels et son design rond, particulièrement pour le fameux navire écarlate, que j'aime beaucoup. Les personnages m'ont moins convaincu, je trouve qu'ils manquent un peu de fantaisie, mais l'ensemble est tout de même fort agréable à l'œil, et je tiens à mettre en exergue la couverture, très jolie avec son vernis argenté sélectif.
En bonus, un plan en coupe du fameux navire.
Et voilà, j’ai craqué. Vu le prix, ce n’est pas raisonnable mais je ne pouvais pas laisser passer ça.
Que pourrais-je ajouter à l'avis précédent ? C’est magnifique.
Édition récente mais bd de 1950, qui plus est scénario tiré d’un roman d’Eugène Sue.
Je reconnais qu’on peut ne pas apprécier mais moi j’aime bien ces romans feuilletons du xixe (de Sue, je n’avais lu que le Juif Errant), à lire bien entendu en connaissance de cause, témoignages souvent d’un état d’esprit de l’époque.
Aventure pur jus, action historique et exotique.
Le texte est sous les cases illustratives de l’action. Un choix judicieux pour avoir l’impression de « lire un roman » surtout que Beuville semble avoir su tirer la moelle de l’intrigue.
Mais c’est aussi et surtout au dessin que Beuville donne toute sa mesure.
Étonnant ce dessin pour l’époque, contemporain de la ligne claire d’Hergé – d’ailleurs il s’agit d’une commande d’Hergé à Beuville – mais qui en prend le contrepied, fort agréablement (et pourtant , j’aime infiniment la ligne claire).
Comme le dit Grogro, un dessin moderne (on est en 1950 !), tout en nuances mais parfaitement lisible. C’est vrai qu’il paraît hésitant, mais on le sent parfaitement maîtrisé. Et quand on pense que les dessins ont été réalisés à l’échelle de la publication, c’est du grand art. Ce n’est pas pour rien que Beuville a tant d’admirateurs dans le monde de la bd.
Beau travail éditorial que d’avoir restitué cette œuvre, à partir d’originaux quand c’était possible ou de récupération de planches publiées. En revanche, j’aurais apprécié également que le texte soit dans une couleur un peu plus lisible et surtout pour le prix, effectivement, une belle reliure cartonnée aurait été bienvenue.
Et je vais suivre avec joie la note culte de Grogro, en espérant aussi inciter les éditeurs à retrouver des pépites oubliées.
En ce début d’année, après quelques très très bonnes lectures dont celles partagées sur ce site (Le Fauve de Corleone, À mourir entre les bras de ma nourrice), je m’extasie enfin devant la première pépite de 2024.
Pas réellement une découverte puisqu’elle provient de deux auteurs chevronnés à la bibliographie passé déjà remarquable.
Je ne connais pas le bouquin original de Simenon dont est issue cette oeuvre, Mais à la lecture, je n’ai à aucun moment pensé que cette BD ne se suffisait pas à elle-même. Sentiment que l’on peut ressentir quand on a l’impression que le parti pris de l’adaptation a laissé sur le trottoir une partie du texte.
Cette BD est donc un petit bijou, ou le moindre détail du trio texte/dialogue/dessin est finement ciselé.
Tout comme dans Contrition (une des perles de l’année dernière), cette histoire sonde les tréfonds de l’âme humaine, ici à travers le destin de Frank.
Jeune Adulte d’une rare noirceur, privé de sentiment, celui-ci va se complaire à se détruire pour enfin atteindre une forme de rédemption et d’épanouissement.
Malgré la froideur du personnage et la répulsion attendue générée par un personnage aussi détestable dans ses pensées et ses actes, une attirance malsaine est à l’œuvre tant nous sommes fasciné par ce démon au visage d’ange.
Le dessin d’Yslaire est juste magique. A l’image de notre héros (avant de se faire salement amocher), chaque planche se révèle d’une beauté gracieuse, mais là ou on ne ressent que froideur en lui, le dessin réhaussé par un choix de couleurs subtils et délicats dégage à l’opposé une chaleur soyeuse et ce malgré un temps hivernal et une neige omniprésente qui sert de fil rouge à l'intrigue jusqu'à se retrouver dans le titre.
Sublime.
C’est à Angouleme que je me suis procuré les deux premiers albums de cette série qui revisite l’œuvre d’Alexandre Dumas. Et – ne tournons pas autour du pot - c’est fantastique ! j’ai adoré. Bravo à Jordan Mechner qui s’est emparé de cette œuvre remarquable pour signer un scénario audacieux et énergique. Quand vous commencerez le récit, vous ne pourrez plus vous arrêter avant d’avoir terminé la lecture de la dernière planche.
Au-delà du scénario, le dessin est magnifique. Ca bouge. Les rebondissements sont nombreux. Et même si les esprits chagrins diront que cela manque d’originalité, pas grave, cela ne doit pas vous décourager à découvrir cette série singulière où les complots sont pléthores.
Le troisième tome – et dernier tome - sort en mai prochain. J’ai hâte de découvrir la fin !
je recommande vivement.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette série sur le Château de Versailles. Les auteurs ont choisi une approche particulière en ne montrant pratiquement pas les salles ni les œuvres d'art du Château.
Ainsi le scénario met l'accent sur la symbolique historique de l'édifice. Perçu comme une image de la royauté déchue, puis comme une insulte infligée par Bismark l'édifice aurait pu disparaître à cause d'une vision républicaine étroite et fausse.
C'est le grand mérite d'hommes de cette époque d'avoir fait comprendre que ces trésors architecturaux étaient l'héritage du peuple et dépassaient les clivages historiques ou partisans.
J'ai suivi avec intérêt les démarches et l'habileté politique de Pierre de Nolhac pour rendre à Versailles un lustre... républicain. En effet c'est cette thématique qui m'a le plus séduit. Les auteurs prennent le contrepied total de la maxime "du passé faisons table rase". Même si ce passé n'est pas conforme à l'esprit du moment, même s’il présente des aspects glorieux et des aspects sombres voire ignominieux, ce passé nous a forgé dans notre roman national. Y a-t-il un autre monument qui puisse faire la liaison entre royauté et république ? pouvoir absolu et démocratie ? Le Louvre peut-être et d'ailleurs les auteurs mettent souvent en évidence dans le récit les liens étroits qui se sont créés entre les deux institutions.
Je trouve cet aspect du scénario déjà bien riche mais Maïté Labat et J.B Véber y ajoutent un côté intimiste qui rend le roman très humain. C'est là où le château de mon père fait la liaison avec le château de ma mère.
Par un jeu de contrastes les auteurs renvoient à Pagnol avec les similitudes : esprit républicain, drames familiaux, une forte image du père et les oppositions : couleurs provençales et grisaille parisienne et bien sûr le Château ami ou ennemi de la mère.
Pour accentuer les contrastes Alexis Vitrebert propose un formidable graphisme en N&B avec de superbes gouaches qui travaillent à chaque case pour approfondir une ambiance "Belle époque" comme on pourrait la voir sur de vieilles pellicules.
Alexis Vitrebert nous rappelle par sa technicité, son originalité et sa maîtrise que la thématique principale reste la transmission, la conservation et le partage du génie artistique. Il y réussit formidablement bien à mes yeux.
Une très belle lecture qui donne du sens à la conservation du patrimoine pour ceux qui en doutent.
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Jusqu'ici tout va bien (Pitz)
Ça se passe dans une petite ville des États-Unis dans les années 60, chez une famille immigrée sans le sou. Je ne vous en dis pas plus parce que vous allez projeter des a priori qui n'y sont pas. On peut dire que le titre est plutôt ironique (comme la dernière phrase du film La haine) Ce serait plutôt "jusqu'ici tout va mal", on s'identifie au héros, à ses motivations de jeune écorché, on le comprend de mieux en mieux, petit à petit au cours des étapes de l'aventure. L'histoire de village s'insère dans la grande histoire avec la guerre du Vietnam ; de précieuses gravures anciennes qui sont conservées à la bibliothèque jouent un rôle inattendu ; la toile de fond du baseball vient fixer le titre et l'illustration de chaque chapitre ; tous les personnages sont parfaitement habités (les membres de la famille bien-sûr, mais aussi le bibliothécaire, certains professeurs, le patron de l'usine, l'épicier et sa fille, l'écrivaine...) J'ai eu tellement de plaisir à lire cette histoire que je vous la recommande chaudement. On est dedans, on n'a pas vraiment envie d'en sortir même si ce destin n'est pas toujours drôle. C'est un scénario à l'ancienne, bien construit, bien dialogué, avec une belle adaptation graphique, où la couleur vient donner à la fois une contemporanéité bienvenue et aussi un émerveillement qui éclaire la vie du jeune héros. J'ai pris ce livre au hasard, intriguée par cette première page qui évoque presque un manga de bagarre, mais avec ce regard en dessous, et ces oiseaux rouges répandus sur la page comme les anges d'un triptyque médiéval...J'ai ouvert et ...ça m'a plu.
Musée
Un hommage très réussi au Musée d'Orsay, à ses oeuvres et aux musées en général. La mise en place est un peu longue. Certes j'y savourais le très bon dessin de Chabouté et l'excellence avec laquelle il représentait ces scènes de visiteurs de musée et les oeuvres elles-mêmes mais la narration muette m'ennuyait un peu et j'ai attendu pendant un peu trop de pages de comprendre où allait en venir l'auteur. Il m'a fallu pour cela attendre les premiers indices clairs et surtout les premiers dialogues qui viennent bien tard. Mais une fois le concept acquis, j'ai rapidement été séduit par l'atmosphère et l'idée de cette série. Cela tient en grande partie à la perfection du dessin qui arrive à s'approprier autant de chefs-d'oeuvres de la peinture et de la sculpture et à leur donner autant de vie qu'aux personnages humains de cette histoire. C'est à la fois poétique et drôle, inspirant et divertissant. Par le biais de cette histoire ouverte, on s'attache à nombre d'oeuvres artistiques et on réalise au passage combien le Musée d'Orsay en contient de formidables et souvent ultra-célèbres. Non seulement j'ai passé un très agréable moment de lecture, mais en plus il m'a donné une très grosse envie de retourner visiter ce musée là.
Alice embrasse la lune avant qu'elle ne s'endorme
Cela faisait très longtemps que je voulais découvrir l’œuvre d’Atak, un auteur « underground » allemand, et en particulier cet album, que je recherchais en vain, jusqu’à ce que je tombe dessus dans l’excellente librairie parisienne Aaapoum Bapoum. Et je n’ai pas été déçu par cet album, qui s’est révélé déroutant, mais très riche. Disons-le tout de suite, il rebutera fortement les amateurs exclusifs de franco-belge classique, et ceux qui sont trop cartésiens ou réfractaires à une poésie noire. Car on a ici une œuvre pleinement surréaliste, que ce soit pour le fond ou pour la forme. En effet, je suppose qu’Atak a en partie improvisé, au gré d’une écriture quasi automatique, pour plusieurs passages. De fait, la narration est décousue. Quant au dessin, il est à la fois simple (un bon côté underground), mais aussi minutieux au niveau du remplissage des décors, ce qui m’a souvent fait penser à certains dessins médiumniques chers à André Breton. Cette version d’Alice prend place dans une série de publications des éditions Frémok qui à l’époque formaient « L’expérience Alice » (un encart indépendant et assez complexe de 6 pages est normalement inclus dans l’album, et présente le cheminement historique et intellectuel de Fremok et d’Atak autour d’Alice). Mais on est loin, très loin ici de l’œuvre de Carroll, qu’Atak s’est appropriée pour en faire quelque chose de personnel et très noir. En effet, il donne une vision noire, trash, érotique (certaines scènes violentes ou sexuelles m’ont poussé à conseiller cette lecture à des adultes) d’un Berlin qu’on croirait sorti des désastres de la guerre (le Berlin de 1945 – les ruines en moins – ou celui des expressionnistes de l’immédiat après première guerre mondiale). Tout ici est bestial, le désir est primaire et sans filtre, que ce soit Eros ou Thanatos qui l’aiguillonnent. Les scènes, les images s’enchaînent, et la traversée de l’album laisse le lecteur les yeux rougis par un monde où la folie balaye l’innocence, où les repères habituels (la morale, l'innocence de l'enfance, le distingo entre être animés et objets) s’estompent. Une œuvre impossible à résumer bien sûr, difficile à appréhender, et qui questionne. Une œuvre qui m’a touché en tout cas. Un coup de cœur visuel, poétique et surréaliste. A feuilleter avant d’acheter, car c’est très particulier (remarque toute virtuelle, étant donné la rareté de la rencontre de cette album). Note réelle 3,5/5.
The Massive
Un truc génIAAAL comme c'est pas permis ! Quelques activistes écologistes se retrouvent au premier rang pour assister à la fin du monde. À coups de flash-back pas du tout handicapants pour le déroulé de l'histoire proprement dite, tant ils sont riches d'informations captivantes ET sur les personnages ET sur la réalité du monde où nous vivons (rappel plein de sens étant donné le sujet abordé), les auteurs nous offrent une course-poursuite maritime pleine de péripéties très excitantes tout en nous confrontant à beaucoup de vérités primordiales extrêmement bien introduites par le récit. Les personnages sont profonds et sensibles, même les plus secondaires ; et leurs interactions et affrontements sont tous sauf gratuits. Les dialogues sont particulièrement bien troussés : pas une bulle de perdue ! Une épopée dont le jusqu'au-boutisme finit par sonner presque biblique dans sa démesure, pourtant assez réaliste ; et le scénariste se permet même un écart (que je trouve assez couillu, tant le contexte est "sérieux" ; mais que d'autres, j'en suis sûrs, qualifieront de racoleur/facile/idiot...) qui touche tout à la fois au fantastique et au mythologique... La série n'en avait nul besoin pour être d'avantage passionnante ; mais cela ne fait que lui faire "embrasser" -et éclater, par la même occasion- un cadre plus large que le contexte originel ne le laissait supposer. Et pourquoi pas, après tout, puisque tout le reste y passe ?! Le dessin est plus qu'honnête (même si pas trop jojo !) quasi tout le long des TRENTE Comics (... Pour l'édition originale, en tous cas ; il ne semble y avoir que trois tomes disponibles traduits par Panini, si j'ai bien compris ?!), n'accusant quelques faiblesses que lors du passage d'encreurs moins doués que les dessinateurs eux-mêmes. Le rythme de parution force néanmoins quelques planches moins léchées que les autres -surtout vers la fin- mais le "look" général est très figuratif et les personnages comme les décors sont parfaitement "équilibrés". La colorisation n'est pas en reste, pleine de parti-pris. Beaucoup d'atmosphère dans ces planches parfaitement composées : une leçon d'efficacité "simple" propre au Comic-Book, et dont pas mal de monde peut s'inspirer. ... Très sympa à lire ! J'aurais mis cinq étoiles mais "culte" ne voudrait rien dire, dans ce cas-précis : c'est juste une BD trop chouette :)
Résidence Autonomie
Énorme surprise , j’ai pris ce livre un peu par hasard à la bibli dans les nouveautés. On suit un homme qui travaille pour aider des personnages âgées dans une résidence. Le dessin est dans un style caricatural et on suit ce personnage très humain et touchant dans lequel je me reconnais totalement. Il sait que pour les humains ce qui compte ce n’est pas d’être en vie mais de vivre (il refuse des règles qu’il trouve idiotes pour passer plus de temps à parler aux gens, enlève son masque, tutoie, bref il est humain). C’est forcément triste car on parle de gens seuls, malades, solitaires forcés, mais c’est aussi touchant et on voit que c’est fait avec bienveillance et amour. On s’attache aussi au narrateur qui fait un boulot extrêmement fatiguant. Le seul « problème » de cette bd et que vu le sujet ce n’est pas évident de la prêter pour la faire découvrir car j’aurais peur de faire de la peine et certaines personnes qui penseraient à la fin de fin de vie de leur famille ou à leur fin de vie et que ça pourrait déprimer. Mais je me raccroche à ce personnage courageux et gentil et je vous en recommande la lecture.
Le Navire écarlate
Pas facile de faire une métaphore de la création artistique en BD, pour un public jeune. C'est pourtant ce qu'a essayé de faire Claire Grimond avec cette première BD, elle qui s'est faite connaître en tant que sculpteuse et scénariste pour l'animation. Sa fascination pour l'inspiration créatrice, la peinture en particulier transpire des idées qui parsèment ce récit qui mêle quête initiatique et amour filial (petit-filial, en l'occurrence). C'est assez basique, avec des gentils très vite identifiés, un méchant qui reste méchant tout du long, et des simili-méchants qui s'avèrent plutôt bienveillants. A côté de ça, le cheminement de l'histoire et ses différents éléments sont confus, même si les enjeux sont correctement posés. Le dessinateur est lui aussi un "débutant" dans l'exercice, Léo Verrier a fait ses armes dans le cinéma d'animation. Le communiqué de presse parle d'inspirations diverses, telles que Hayao Miyazaki, Italo Calvino, David Lynch et Nicolas de Crécy. C'est ce dernier nom qui me semble le plus légitime pour cet album, avec ses couleurs pastels et son design rond, particulièrement pour le fameux navire écarlate, que j'aime beaucoup. Les personnages m'ont moins convaincu, je trouve qu'ils manquent un peu de fantaisie, mais l'ensemble est tout de même fort agréable à l'œil, et je tiens à mettre en exergue la couverture, très jolie avec son vernis argenté sélectif. En bonus, un plan en coupe du fameux navire.
Le Morne au diable
Et voilà, j’ai craqué. Vu le prix, ce n’est pas raisonnable mais je ne pouvais pas laisser passer ça. Que pourrais-je ajouter à l'avis précédent ? C’est magnifique. Édition récente mais bd de 1950, qui plus est scénario tiré d’un roman d’Eugène Sue. Je reconnais qu’on peut ne pas apprécier mais moi j’aime bien ces romans feuilletons du xixe (de Sue, je n’avais lu que le Juif Errant), à lire bien entendu en connaissance de cause, témoignages souvent d’un état d’esprit de l’époque. Aventure pur jus, action historique et exotique. Le texte est sous les cases illustratives de l’action. Un choix judicieux pour avoir l’impression de « lire un roman » surtout que Beuville semble avoir su tirer la moelle de l’intrigue. Mais c’est aussi et surtout au dessin que Beuville donne toute sa mesure. Étonnant ce dessin pour l’époque, contemporain de la ligne claire d’Hergé – d’ailleurs il s’agit d’une commande d’Hergé à Beuville – mais qui en prend le contrepied, fort agréablement (et pourtant , j’aime infiniment la ligne claire). Comme le dit Grogro, un dessin moderne (on est en 1950 !), tout en nuances mais parfaitement lisible. C’est vrai qu’il paraît hésitant, mais on le sent parfaitement maîtrisé. Et quand on pense que les dessins ont été réalisés à l’échelle de la publication, c’est du grand art. Ce n’est pas pour rien que Beuville a tant d’admirateurs dans le monde de la bd. Beau travail éditorial que d’avoir restitué cette œuvre, à partir d’originaux quand c’était possible ou de récupération de planches publiées. En revanche, j’aurais apprécié également que le texte soit dans une couleur un peu plus lisible et surtout pour le prix, effectivement, une belle reliure cartonnée aurait été bienvenue. Et je vais suivre avec joie la note culte de Grogro, en espérant aussi inciter les éditeurs à retrouver des pépites oubliées.
La Neige était sale
En ce début d’année, après quelques très très bonnes lectures dont celles partagées sur ce site (Le Fauve de Corleone, À mourir entre les bras de ma nourrice), je m’extasie enfin devant la première pépite de 2024. Pas réellement une découverte puisqu’elle provient de deux auteurs chevronnés à la bibliographie passé déjà remarquable. Je ne connais pas le bouquin original de Simenon dont est issue cette oeuvre, Mais à la lecture, je n’ai à aucun moment pensé que cette BD ne se suffisait pas à elle-même. Sentiment que l’on peut ressentir quand on a l’impression que le parti pris de l’adaptation a laissé sur le trottoir une partie du texte. Cette BD est donc un petit bijou, ou le moindre détail du trio texte/dialogue/dessin est finement ciselé. Tout comme dans Contrition (une des perles de l’année dernière), cette histoire sonde les tréfonds de l’âme humaine, ici à travers le destin de Frank. Jeune Adulte d’une rare noirceur, privé de sentiment, celui-ci va se complaire à se détruire pour enfin atteindre une forme de rédemption et d’épanouissement. Malgré la froideur du personnage et la répulsion attendue générée par un personnage aussi détestable dans ses pensées et ses actes, une attirance malsaine est à l’œuvre tant nous sommes fasciné par ce démon au visage d’ange. Le dessin d’Yslaire est juste magique. A l’image de notre héros (avant de se faire salement amocher), chaque planche se révèle d’une beauté gracieuse, mais là ou on ne ressent que froideur en lui, le dessin réhaussé par un choix de couleurs subtils et délicats dégage à l’opposé une chaleur soyeuse et ce malgré un temps hivernal et une neige omniprésente qui sert de fil rouge à l'intrigue jusqu'à se retrouver dans le titre. Sublime.
Monte-Cristo
C’est à Angouleme que je me suis procuré les deux premiers albums de cette série qui revisite l’œuvre d’Alexandre Dumas. Et – ne tournons pas autour du pot - c’est fantastique ! j’ai adoré. Bravo à Jordan Mechner qui s’est emparé de cette œuvre remarquable pour signer un scénario audacieux et énergique. Quand vous commencerez le récit, vous ne pourrez plus vous arrêter avant d’avoir terminé la lecture de la dernière planche. Au-delà du scénario, le dessin est magnifique. Ca bouge. Les rebondissements sont nombreux. Et même si les esprits chagrins diront que cela manque d’originalité, pas grave, cela ne doit pas vous décourager à découvrir cette série singulière où les complots sont pléthores. Le troisième tome – et dernier tome - sort en mai prochain. J’ai hâte de découvrir la fin ! je recommande vivement.
Le Château de mon père - Versailles ressuscité
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette série sur le Château de Versailles. Les auteurs ont choisi une approche particulière en ne montrant pratiquement pas les salles ni les œuvres d'art du Château. Ainsi le scénario met l'accent sur la symbolique historique de l'édifice. Perçu comme une image de la royauté déchue, puis comme une insulte infligée par Bismark l'édifice aurait pu disparaître à cause d'une vision républicaine étroite et fausse. C'est le grand mérite d'hommes de cette époque d'avoir fait comprendre que ces trésors architecturaux étaient l'héritage du peuple et dépassaient les clivages historiques ou partisans. J'ai suivi avec intérêt les démarches et l'habileté politique de Pierre de Nolhac pour rendre à Versailles un lustre... républicain. En effet c'est cette thématique qui m'a le plus séduit. Les auteurs prennent le contrepied total de la maxime "du passé faisons table rase". Même si ce passé n'est pas conforme à l'esprit du moment, même s’il présente des aspects glorieux et des aspects sombres voire ignominieux, ce passé nous a forgé dans notre roman national. Y a-t-il un autre monument qui puisse faire la liaison entre royauté et république ? pouvoir absolu et démocratie ? Le Louvre peut-être et d'ailleurs les auteurs mettent souvent en évidence dans le récit les liens étroits qui se sont créés entre les deux institutions. Je trouve cet aspect du scénario déjà bien riche mais Maïté Labat et J.B Véber y ajoutent un côté intimiste qui rend le roman très humain. C'est là où le château de mon père fait la liaison avec le château de ma mère. Par un jeu de contrastes les auteurs renvoient à Pagnol avec les similitudes : esprit républicain, drames familiaux, une forte image du père et les oppositions : couleurs provençales et grisaille parisienne et bien sûr le Château ami ou ennemi de la mère. Pour accentuer les contrastes Alexis Vitrebert propose un formidable graphisme en N&B avec de superbes gouaches qui travaillent à chaque case pour approfondir une ambiance "Belle époque" comme on pourrait la voir sur de vieilles pellicules. Alexis Vitrebert nous rappelle par sa technicité, son originalité et sa maîtrise que la thématique principale reste la transmission, la conservation et le partage du génie artistique. Il y réussit formidablement bien à mes yeux. Une très belle lecture qui donne du sens à la conservation du patrimoine pour ceux qui en doutent.