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Couverture de la série Rivages lointains
Rivages lointains

Anais Flogny signe ici sa première bande dessinée. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cet album trahi déjà de grandes ambitions scénaristiques et un volonté de façonner des personnages fascinants ! Cet album sort dans la collection Combo, un nouveau label que la maison d’édition Dargaud lance cette année et qui a pour objectif de mettre en lumière le travail d’autrices et d’auteurs différentes, influencés par les mangas, les comics, l'animation, le jeu vidéo et les réseaux sociaux. « Rivages Lointains » raconte l’histoire de Jules Tivoli, un jeune commis, immigré italien vivant dans le Chicago des années 30, en pleine grande dépression (et durant la prohibition). Un jour, Jules fait la connaissance d’Adam Czar, un charismatique (et plus âgé) membre de la pègre locale. Rapidement, de façon fort culotée, Jules va se faire remarquer d’Adam qui, intrigué par le potentiel du jeune homme, le prendra sous son aile. Il entamera avec lui une relation amoureuse passionnée. Suite à une série de règlements de compte Adam et Jules sont contraints de quitter Chicago pour s’installer à New York. Malheureusement, Adam, polonais d’origine, ne parvient pas à intégrer les rangs de la très italienne Cosa Nostra. Qu’à cela ne tienne, il décide de se servir de Jules comme « porte-parole » et ainsi conserver ses privilèges. Jules va toutefois se prêter au jeu et va, progressivement, prendre de l’assurance et gravir lui-même les échelons jusqu’à devenir un membre important de la Cosa Nostra, au grand dam … d’Adam. Cette historie est terriblement bien racontée. A tel point que les presque 230 pages qui la composent se lisent avec une facilité déconcertante. L’autrice, Anais Flogny, a eu la bonne idée de découper son récit en chapitres entre lesquels s’écoulent chaque fois 2 années ou plus. De la sorte, on assiste à la progressive montée en puissance de Jules, à la déchéance du charismatique Adam et surtout à la détérioration de leur romance, le second jalousant petit à petit le premier. Il est aussi très intéressant d’observer comment Anais Flogny construit méthodiquement la psychologie de ses personnages. Cela se ressent tout particulièrement dans le personnage de Jules qui, s’il ne dispose d’aucun « pouvoir » (et ce sens qu’il n’est qu’un commis sans perspective d’avenir) a, dès le début, une force de caractère et une volonté de réussir dans la vie. A tel point que son ascension, son amour pour Adam puis son émancipation de son mentor/amant en sont passionnantes. Il est enfin important de noter la présence du personnage d’Eufrasio, un autre jeune membre de la mafia, flamboyant et tête brulée, que Jules rencontrera à New York et dont il deviendra l’ami. Eufrasio s’inscrit comme un élément perturbateur magnifique. C’est en effet lui qui va semer les premiers éléments de doute que Jules éprouvera vis-à-vis d’Adam et c’est surtout lui qui va amener le personnage à s’affirmer profondément et durablement. De son propre aveu, Anais Flogny tire son inspiration des affichistes et des illustrateurs du début du XXème siècle (René Gruau, Austin Griggs…) mais également d’auteurs et autrices de bandes dessinées comme Cyril Pedrosa ou Kamome Shirahama , un mélange de style intriguant qui, s’il pourrait de prime abord en surprendre certains, se laisse rapidement apprivoiser pour en devenir addictif. Peu de décors, mais des personnages tout en expressivité et dont les moindres haussement de sourcils (aussi infimes soient ils), les moindres rictus, les membres expressions corporelles, trahissent des personnalités fortes. L’ensemble est colorisé dans des tons pales et un peu délavés renforce l’aspect vintage et dangereux du récit et du monde dans lequel évolue les personnages. Cette histoire n’est pas sans rappeler d’autres récits tels que le Parrain, les Affranchis, dont elle aborde, bien évidemment les thèmes. La pauvreté, la petite et la grande criminalité, la montée en puissance d’un personnage d’origines modestes, déterminé, la chute inévitable d’un personnage influent… Loin d’être redondante, la relecture de ces différentes thématiques est, au contraire, passionnante, tant on est curieux et curieuses de voir ce qu’en fait Anais Flogny. L’autrice parvient en effet, grâce à son trait particulier et à la construction de la psyché de ses personnages, à transcender ce type de récit « classique » en y insufflant une dimension (un peu plus) humaine et poignante. En ce sens, la relation homosexuelle entre les deux personnages est un élément tout à fait neuf, dans ce genre d’histoire et peu représenté dans ce genre de milieux mafieux, iconiquement considéré comme très viril. Cela apporte ainsi une touche de douceur mais également de danger à l’ensemble. Avec Rivages Lointains, Anais Flogny ne dynamite pas les codes du récit de gangster, mais le soin qu’elle apporte à sa narration ainsi qu’à la construction de ses personnages font de cet album une relecture moderne et rafraichissante de ce type d’histoire.

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Messire Guillaume
Messire Guillaume

Messire Guillaume a été créé par le scénariste Gwen de Bonneval (Les Derniers Jours d’un Immortel, Le Dernier Atlas…) et magistralement dessiné par Matthieu Bonhomme (L’Homme qui tua Lucky Luke, Texas Cowboy, Le Voyage d’Esteban…). C’est une histoire en trois tomes, parue initialement entre 2005 et 2007. Elle avait déjà été ré-éditée en intégrale en 2010, sous le titre « L’Esprit Perdu », dans une magnifique édition en noir et blanc et en format à l’italienne. C’est d’ailleurs cette version qui avait été primée au festival d’Angoulême et qui avait permis à cette fantastique histoire médiévale d’être mise en lumière. Mais pas encore assez, tant il me semble qu'elle reste encore aujourd’hui, un peu oubliée… C'est un tort ! Dès qu’on entre dans les premières pages de ce récit, on sent que l’on s’embarque dans une grande et épique aventure teintée d’une douce mélancolie. L’histoire raconte comme le jeune Guillaume décide de partir à la recherche de son père, pourtant déclaré mort. Il est précédé par Hélis, sa grande sœur, partie avant lui et portée disparue. Dans sa quête, Guillaume va faire la connaissance du chevalier de Brabançon (un chevalier errant et bourru dont les traits rappellent ceux de Jean Réno), d’un barde du nom de Courtepointe et d’une petite chèvre. Sur leur route, ils croiseront des brigands, des sorcières, de méchants Seigneurs et, dans ce qui était autrefois le 2ème tome de la série, des créatures fantastiques objectivement inventives et inédites en héroïc-fantasy. Un récit initiatique grandiose à rattraper absolument

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Mauvaises Herbes
Mauvaises Herbes

Keum Suk Gendry-kim est une autrice et traductrice sud-coréenne. Elle a d’abord étudié à Sejong avant de rejoindre Strasbourg et qui, après quelques années en France, est retournée vivre en Corée. En plus de ses nombreux travaux de traduction, elle est à la fois l’autrice de bande dessinée jeunesse (dont certaines inédites en francophonie) et de bandes dessinées autobiographiques et reportages. Son ouvrage, "Les Mauvaises Herbes" est paru une première fois aux éditions Delcourt en 2018. Il a été publié en 7 langues et a reçu de nombreux prix à travers le monde. Il ressort aujourd’hui aux éditions Futuropolis et mérite amplement un nouveau coup de projecteur Les « Mauvaises Herbes » est une histoire vraie. Elle est basée sur le témoignage et les souvenirs d’une dame, Lee Oksun, que l’autrice rencontre au détour de la visite d’un centre pour « femmes de réconfort ». Les femmes de réconfort, c’est ainsi que l’on appelait les esclaves sexuelles de l’armée japonaise, en 1943, en pleine guerre du Pacifique. A l’époque, la Corée se trouvait sous occupation nippone. Oksun, a 16 ans et est vendue par ses parents adoptifs comme esclave sexuelle à l'armée japonaise basée en Chine. Après avoir vécu 60 ans loin de son pays, Sun revient sur sa terre natale. Sa rencontre avec Keum Suk Gendry-kim va lui permettre de relater l’enfer qu’elle a vécu à l’époque… un enfer qu’elle décrit de façon très factuelle et qui ne fait que souligner l’horreur qu’on vécues des tas de femmes durant cette période méconnue de l’histoire. C’est un ouvrage long de 500 pages que nous propose l’autrice et, le moins que l’on puisse dire c’est que la force et la puissance de ce témoignage nous fait difficilement arrêter la lecture. Keum Suk Gendry-kim alterne sa narration entre ses rencontres avec une Oksun âgée et le récit imagée de la jeunesse (et du calvaire) de cette dernière. En ce sens, l’histoire rappelle Maus un autre grand témoignage en bande dessinée récit qui lui aussi alternait entre l’horreur des camps de concentrations et le témoignage qu’un homme en faisait à son fils. Keum Suk Gendry-kim relate avec beaucoup de simplicité et de force un récit empli de tristesse, de violence, voire parfois d’un certain nihilisme. Le détachement avec lequel Oksun raconte certains passage de sa vie en captivité est parfois glaçant. On a le cœur brisé pour cette femme qui tant bien que mal, construite , s’est construite une vie malgré les horreurs qu’elle a vécu enfant et jeune femme. De son propre aveu, Oksun semble avoir fait le deuil d’un bonheur qu’elle n’aura finalement jamais connu. La narration que propose Keum Suk Gendry-kim est à la fois dure, pudique et très poétique. On ressent au plus profond de notre chaire les brimades, les humiliations et l’injustice que vivent Oksun et ces autres « femmes de réconfort ». On se sent finalement impuissant face à une profonde et honteuse injustice qui, malheureusement fait partie d’une histoire trop peu racontée. Le trait de Keum Suk Gendry-kim est fascinant. Son dessin est en noir et blanc, son trait est « gras », réalisé au pinceau et à la plume (nous semble-t-il) et constitué de gros aplats noirs. C’est un dessin aussi brut que l’histoire qu’il raconte (et sans doute que le témoignage d’Oksun) et dont parfois ressortent des vrais moments de grâces, notamment dans la représentation de la végétation (dont les « mauvaises herbes » qui ont, en partie, inspiré le titre) et de certaines scènes entre ces différentes femmes de réconfort. Cet ouvrage est véritablement un témoignage coup de poing. A titre personnel, c’est une partie de l’histoire que je ne connaissais que trop peu, voire pas du tout. Découvrir le traitement que ces femmes ont subies il y a à peine 80 ans (quasiment rien à l’échelle de l’histoire humaine) a quelque chose de profondément choquant, déstabilisant, éprouvant… La vie d’Oksun, telle que décrite dans ce livre, a été une succession d’épreuves et d’injustices. Des épreuves que la jeune femme a traversé avec une colère étouffée et, parfois, une résignation perturbante et glaçante. Quand on réalise à quel point la situation de cette jeune femme et de ses camarades d’infortunes était désespérée (ainsi que celle, dans une moindre mesure, de certains des militaires japonais, pris eux aussi dans un engrenage malsain), on ne peut que saluer la force de caractère et d’abnégation de cette femme qui se sera, envers et contre tout, accrochée à un instinct de survie. Un instinct de survie dans tout ce qu’il a de plus primaire. Une volonté de vivre qui lui aura permis de croiser la route de Keum Suk Gendry-kim et de faire en sorte que son histoire ne soit jamais oubliée « Les Mauvaises Herbes » est un récit dévastateur qui ne vous laissera pas indemne. Une histoire froide et profondément humaine qui donne, enfin, une voix, à celles qui en ont été privées pendant trop longtemps. Une histoire qui, nous l’espérons, accordera à leur courage toute la place qu’il mérite dans l’histoire de l’humanité.

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Magda - Cuisinière intergalactique
Magda - Cuisinière intergalactique

Il s’agit d’une histoire de Science-Fiction culinaire. Un terme qui n’existe pas (encore) mais que j’espère les gens commenceront à utiliser après avoir lu cette chronique. On suit le personnage de Magda, qui habite sur la planète Azuki et qui, un peu malgré elle, devient la favorite d’un grand concours de cuisine intergalactique. Le scénario est de Nicolas Wouters, un scénariste et dessinateur Belge à qui l’on devait déjà les Egarés de Déjima, en 2018 (avec Michele Foletti au dessin) et le roman graphique Totem, en 2016, avec Mikaël Ross. Mathilde Van Gheluwe, elle, s’est faite connaitre dans le monde du fanzine, avant de sortir en 2016, la bande dessinée autobiographique « Pendant que le Loup n’y est Pas », réalisée à 4 mains avec Valentine Gallardo et dans lequel les deux autrices racontaient leurs souvenirs d’enfance à l’époque de l’affaire Dutroux. S’ensuit, en 2020, une autre histoire jeunesse, intitulée Funky Town, à la croisée des contes d’Andersen et des films de Miyazaki. Ensemble, Wouters et Van Gheluwe signent une aventure jeunesse décomplexée, farfelue, qui emprunte autant aux clichés des récits initiatiques et des shonen /shojo japonais, qu’elle ne s’amuse à les déconstruire. Il s’agit d’une histoire de science-fiction culinaire, donc, qui raconte l’histoire de Magda, une petite cuisinière inventive, habitant sur la planète Azuki avec son père et sa Mamidou. Un peu malgré elle, elle se retrouve à participer au grand concours de cuisine végétarien intergalactique au cours duquel des enfants, représentant chacun une planète, s’affrontent depuis cent ans. L’enjeu est grand : gagner le « Nectar », convoite? par tous pour ses propriétés miraculeuses. Magda va vite être l’une des favorites du concours mais va aussi découvrir que les dirigeants de certaines planètes se réunissent avec de sombres desseins : voler le Nectar et s’en servir pour entendre leur pouvoir sur toute la galaxie. Et si vous ne le remarquez pas à la lecture, je vous le dis directement, les planètes et certains personnages de cet univers ont des noms de plantes ou de légumes. Cette série est très, très chouette. C’est l’adjectif qui, selon moi, la décrit le mieux. L’histoire comprend tous les ingrédients d’un bon récit d’aventure. Du mystère, de l’action, de la surprise, de la tension, de l’émotion… on retrouve à la fois un peu de Harry Potter (les jeunes participants logent dans la Tour d’Eroknas, qui rappelle le château de Poudlard, Magda se lie d’amitié avec Hector, un jeune garçon enthousiaste mais un peu gauche qui, lui rappelle, Ron Weasley), un peu Hunger Games (pour le côté tournoi…sans les horribles meurtres, bien sûr), avec une pointe d’influence japonaise dans certains décors et certaines créatures qui font penser tantôt au dessin animé Nausicaa et la Vallée du Vent tantôt à l’univers des Pokemons (il y a un légume qui, dans cet univers s’appelle l’Artichoc). Mais, et c’est la grande force de cette série, tout sonne absolument frais, original et jamais vu. Les mondes que créent les deux auteurs sont vraiment très généreux et donnent envie d’en découvrir plus en tournant chaque pages. On a, à la lecture, toujours l’impression d’être en terrain connu et inconnu à la fois… c’est très plaisant. Chaque album est divisé en chapitres, ce qui accentue encore un peu plus la sensation de lire une grande aventure épique, et en fin de bd, on peut trouver une section intitulée « Les Recettes de Magda » qui présentent…des recettes végétariennes à faire soi-même. Mathilde Van Gheluwe avait déjà fait forte impression à l’époque de « Pendant que le Loup n’y est Pas », une bd que Valentine Gallardo et elle avait réalisées entièrement au crayon noir. L’utilisation du crayon (et le fait de ne parfois pas gommer certains endroits et de les proposer tels quels dans la bd) offrait une histoire au graphisme à la fois complétement dynamique et survolté, mais très tendre par endroit. Funky Town, que Mathilde Van Gheluwe proposa seule quelques années plus tard, restait dans cette mouvance. On suivait une petite fille solitaire à l’imagination débordante à qui le coup de crayon parfois léger, parfois plus appuyé de la dessinatrice donnait une force toute particulière. Avec Magda, Mathilde Van Gheluwe reste dans le monde de l’enfance qu’elle maitrise si bien… et elle parvient à faire, de ce qui aurait pu être un récit de science-fiction classique et codifié, une œuvre pleine de fantaisie. Les personnages sont ultra expressifs, les décors généreusement fournis, l’univers fourmille de trouvailles graphiques comme le vaisseau spatial-tracteur de Magda et de sa famille dans le tome 1 et la végétation inquiétante de l’arbre monde dans le second tome. En ce sens, cette science-fiction, et la façon dont elle est proposée est très rafraichissante. On retrouve énormément d’influences d’un peu partout qui se mélangent dans un joyeux bazar pour créer une œuvre absolument unique et irrésistible. Cette histoire est résolument moderne. Comme cité plus haut, Nicolas Wouters et Mathilde Van Gheluwe s’amuse à détourner les codes du récit jeunesse et de science-fiction pour parler, également de thématiques d’actualités. On traite évidemment d’écologie et mais aussi, dans une moindre mesure, de malbouffe. Parce qu’en proposant une histoire comme celle-ci, qui fait la part belle à l’art de la cuisine et aux fruits et légumes, Mathilde Van Gheluwe et Nicolas Wouters démontrent brillamment qu’on peut manger tout aussi bien, et même carrément mieux avec des produits frais et issus de l’agriculture biologique. Il suffit pour ça d’avoir un peu d’imagination et une bonne dose de curiosité. D’ailleurs, la cuisine non végétarienne est considérée comme affaire du passé et c’est, précisément la cuisine végétarienne qui a conquis toute la galaxie. Du coup, qui sait ? Ça pourrait peut-être donner des idées aux générations futures. A côté de ça, c’est très plaisant de lire une histoire de compétition dans laquelle les personnages, et surtout l’héroïne principale, préfèrent s’entraider, voire carrément renoncer à la compétition si ça signifie qu’ils ou elles doivent abandonner certains de leurs principes. Enfin le cœur de l’histoire c’est, avant tout, la relation compliquée et pleine de mystère qu’entretient Magda avec sa grand-mère. Le papa étant plus un personnage de soutien. Deux femmes aux caractères fortement opposés… une relation vraiment passionnante à lire.

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Une Journée avec Moi
Une Journée avec Moi

Qu'est-ce que j'ai ri, mon dieu !! "Une Journée avec Moi" est un tout petit album au format carré dans lequel, Alexandre Géraudie raconte... ben une journée avec lui. On devait déjà à l'auteur, en 2015, le tout aussi petit album « Du Pain et des Chats » dans lequel, à l’aide de photos et de commentaires absurdes qu’il ajoutait, il comparait du pain et des chats. On ne peut pas faire plus explicite. C’est aussi le cas avec cet album dans lequel il dessine, sur chaque page de droite, un dessin de lui en train de faire quelque chose ainsi que l’heure à laquelle il le fait. Par exemple : « 16h04 : Là c’est moi qui prend l’air cinq minutes », «16h05 : Là c’est moi qui fait semblant de pas entendre le voisin », « 16h10 : Là c’est moi qui plante une sorte de bâton »…etc. Et ça continue pendant une soixantaine, le tout avec un dessin (en apparence) absolument simpliste. C’est hilarant, c’est un voyage complètement absurde dans la vie d’un personnage à la vie la plus inintéressante …et c’est ça qui est amusant.

09/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Keeping two
Keeping two

Si peu de notes positives pour un album aussi grandiose ! Il est temps de rééquilibrer un peu la donne :) Keeping Two, c'est l'histoire de Connie et Will, un jeune couple américain qui rentre chez eux un soir, un peu tendus, après avoir passé beaucoup trop de temps dans les embouteillages. Une fois à la maison, Will reçoit successivement deux appels : le premier de sa mère qui lui annonce la mort de son chien, le second de son frère, qui lui annonce la mort du frère de son colocataire. Ces deux annonces qui vont en fait réveiller une angoisse chez Will, qui est persuadé que les gens meurent toujours par série de trois. Une vieille croyance qui le hante depuis l’enfance. A un moment de la soirée, Connie doit quitter l’appartement pour aller faire quelques courses sauf que les heures passent, et passent, et qu’elle ne revient pas. Will commence alors à cogiter et à envisager tous les scénarios possibles où improbables qui pourraient expliquer son retard… de la situation la plus anodine (elle a du faire un détour, elle s’est arrêtée en chemin…) à la situation la plus dramatique (il lui est arrivé quelque chose de grave…). De plus, Connie est partie à pied, elle a oublié son téléphone et est complètement injoignable… bref… de quoi complétement paniquer ce pauvre Will qui va décider de partir à sa recherche. En parallèle, dans la bande dessinée on suit également Claire et Dan, les personnages d’un roman que Connie est en train de lire et qui vivent un drame familial très difficile. Deux personnages qui, eux aussi, se questionnent sur ce qu'ils auraient dû faire ou ne pas faire, ce qu'ils auraient dû dire ou ne pas dire, la façon dont ils auraient dû ou devrait réagir suite à ce drame… deux personnages qui, eux aussi, envisagent tous les scénarii possibles. Keeping Two nous invite donc à suivre les histoires de Will et Connie, de Dan et Claire, deux histoires dans lesquelles viennent s'entremêler tous les « et si… », ainsi que des éléments de flashback liés à l'enfance de Will. Même si ça a l’air un peu confus présenté comme ça, la narration reste complètement limpide du début à la fin. Tout d’abord parce que les éléments de flashback ainsi que les éléments fictifs (donc du roman que lit Connie) interviennent à des moments clés du récit, en soutient à ce que vivent les protagonistes principaux. Ensuite, le tracé des cases est fait de telle sorte que les cases sont faites de lignes droites droit quand on est dans le monde réel et de lignes ondulées quand on est dans une situation fictive ou parallèle. Visuellement on est dans ce que la bande dessinée indépendante américaine fait de mieux. Les personnages sont ronds, un peu cartoonesques et représentés dans un style un peu léger. A l’inverse, certains décors et certains plans sont beaucoup plus travaillés. L’album est colorisé avec plusieurs nuances de vert. Et le découpage, tantôt contemplatif, tantôt complément éclaté et surréaliste donne à l’ensemble une énergie toute particulière. On est en tension avec les personnages, on est au plus proche de leurs ressentis. Astuce intéressante : les personnages décédés où absents sont représentés dans la bande dessinée sous forme de traits pointillés dont l’intérieur est colorié en blanc. On a l’impression des espèces de fantômes qui hantent en permanence l’esprit des personnages. Par exemple quand il s'inquiète de savoir où est Connie, Will ressent sa présence « fantomatique » à côté de lui. Une sorte de matérialisation de son subconscient Ce récit fait directement écho aux angoisses que tout un chacun peut avoir vis-à-vis d’une personne qui lui est chère. On est dans le monde du fantasme et de tout qu'on peut imaginer de pire. Une thématique qui n'est jamais traité de manière trop sombre où trop morbide mais au contraire, de façon très poétique, et parfois très « factuelle »… jamais Will ou Connie ne s’emportent exagérément ou ne se lance dans de longues tirades anxieuses. Jordan Crane a mis 20 ans à écrire cet album. Il a commencé à publier cette histoire sous forme de fanzine, à partir des années 2000 (donc en bande dessinée autoéditée) et il aura mis véritablement une vingtaine d'années pour la pour la terminer. Ça se remarque principalement car son trait qui évolue très fortement entre le début et la fin de l'album. C'est le cas pour toutes les bandes dessinées bien sûr, mais là c'est très marquant car ses personnages et les décors/ambiances gagnent en solidité au fur et à mesure de l’histoire. On sent également une évolution niveau narration. Le début de l’histoire est très « factuel »… on raconte l’histoire comme on pouvait le faire dans la bande dessinée des années 2000. Au fur et à mesure et vers la fin de l'album, la narration est beaucoup plus percutante, beaucoup plus imagée, voire carrément métaphorique. Keeping Two est un album très touchant, plein d'humanité et qui nous fait vivre au plus profond ce que ressentent ses protagonistes. Ce que vivent Will et Connie, et même Dan et Claire nous renvoie à nos propres relations, à notre propre imaginaire et à nos propres angoisses. C’est en ça que, pour nous, cet album est une réussite. Un album dont l’interprétation de la fin peut diviser... Je ne vous en dit pas plus et vous laisse découvrir cette histoire et cette thématique à laquelle chacun et chacune d'entre nous est ou a été confronté à un moment ou l'autre de sa vie.

09/05/2024 (modifier)
Par Roussel
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maud et les aventuriers de l'océan
Maud et les aventuriers de l'océan

Ce livre m’a vraiment plu. Il essaye de sauver les mers et on a vraiment l’impression d'être avec lui dans l’histoire et qu’on vit ce qu’il est en train de vivre. Les dessins sont beaux et l’histoire aussi. Ce qui est bien aussi, c’est qu'il y a un zoom pédagogique sur les murailles de corail. Grâce à cela on peut en apprendre beaucoup plus.

08/05/2024 (MAJ le 08/05/2024) (modifier)
Couverture de la série Nippon Folklore - Mythes et légendes du Soleil-levant
Nippon Folklore - Mythes et légendes du Soleil-levant

Petite prise de risque en commandant cet(s) album(s), j’aime bien le Japon et son folklore mais sans en être un féru absolu. Et bien je dois dire que je me suis régalé, ça tombe d’ailleurs plutôt bien parce que j’en ai deux autres de la même autrice ^^. Nippon Folklore est donc ma première découverte dans cet univers, l’autrice est italienne mais franchement on s’y croirait. Sa science des couleurs et de son trait sont justes magiques et parfaits pour illustrer ce Japon féodal rempli de mythes. Certaines pages sont magnifiques et non rien à envier aux estampes. La balade graphique m’a vraiment plu et je me suis arrêté sur de nombreuses pages. Un style dépaysant et fort agréable. Pour les récits, je suis tout aussi enthousiaste. Je n’en connaissais aucun et l’auteure, en modifiant à chaque fois un peu son trait, arrive à leur donner une identité propre. Il n’y en a qu’un seul qui m’a laissé un peu dubitatif (Le chapeau de paille) sinon les autres sont du tout bon. Le côté court et abrupte des fins, contrairement aux autres aviseurs, ne m’a pas gêné. Plutôt le contraire même, ça m’a rappelé de bons souvenirs d’enfance où je dévorais de nombreux livres sur les mythes et légendes divers (Moyen-âge, Sibérie, Afrique …), j’aimais leurs formats court et le style direct, ça ne se perdait pas en fioritures et leurs fins, souvent flous, devaient laisser le lecteur en tirer sa propre moralité. Bref j’adorais ça et on retrouve la même formule dans ce recueil, d’ailleurs je laisse toujours à chaque fois un petit temps d’arrêt avant d’enchaîner avec le prochain conte. J’avoue qu’ici il n’y a rien de bien sorcier dans les morales mais j’ai adoré la façon dont ça m’était conté. Un album qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais si vous êtes amateurs d’art Nippon ou aimer les vieux mythes, je ne peux que vous encourager à tomber sur ce dernier. Le seul petit point négatif, c’est que j’aurai bien aimé avoir un petit dossier en fin de tome (source, inspiration …), mais honnêtement rien de grave, un album que me parle bien.

07/05/2024 (modifier)
Par Pathy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Beginning - After the End
The Beginning - After the End

Cette histoire possède, comparée à d'autres dans le même style, un univers et des personnages tous bien construits. La série est satisfaisante à lire. On se prend vite de curiosité pour l’histoire, on s’attache aux personnages. Cette série a tout pour plaire, je recommande.

06/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Fredric, William et l'Amazone
Fredric, William et l'Amazone

La blessure à l'œil - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, rehaussée de lavis, avec quelques cases en couleurs, dont la première édition date de 2020. Elle a été réalisée par Jean-Marc Lainé pour le scénario, Thierry Olivier pour les dessins, l'encrage et les lavis. Ce tome se termine avec un dossier de 20 pages comprenant des pages à différents stades d'avancement, des documents d'époque, et un texte édifiant de Lainé commentant le processus de création. La dernière page comprend une bibliographie présentant 6 ouvrages de référence, ainsi qu'une courte biographie d'un paragraphe présentant les deux auteurs. Chapitre 1 : 1922-1935. Fredric Wertham écrit une lettre à son ancien professeur Sigmund Freud. Il relate qu'il se trouve accoudé au bastingage du navire arrivant en vue de New York, en train de passer au large de la Statue de la Liberté. Dans le même temps, il s'interroge sur les paramètres du déterminisme social susceptibles d'engendrer la violence. Il se fait déposer à destination par un taxi. Il avise un kiosque à journaux en descendant du taxi et achète un journal. En le feuilletant, il est frappé par l'expressivité des personnages du comicstrip. Dans sa maison, William Moulton Marston est confortablement installé dans son fauteuil, et sa femme lui apporte le journal où un article évoque ses travaux sur le détecteur de mensonge, et plus particulièrement sur la pression systolique. Il se félicite qu'on parle de ses travaux, réalisées avec son assistante Olive Byrne, alors que sa femme ironise sur le fait qu'il s'agit plutôt de sa maîtresse. Il ajoute qu'il travaille sur le manuscrit de son prochain livre le détecteur de mensonges, et qu'il a été contacté par un avocat qui souhaite utiliser ledit détecteur pour innocenter son client. Wertham est reçu par le directeur de l'université Johns-Hopkins de Baltimore dans le Maryland, qui l'engage. L'avocat présente son client James Frye à Marston en prison. Il teste le détecteur de mensonges. le jugement a lieu et Frye est reconnu coupable, les résultats du détecteur n'étant pas reconnus par le tribunal. L'avocat fait observer à Marston que grâce à lui, son client a quand même échappé à la chaise électrique. le compte-rendu de l'audience fait l'objet d'un article dans un grand quotidien, et il se félicite que son invention y soit mentionnée. Wertham peste contre la supercherie de la pression systolique dont il ne reconnaît pas la validité scientifique. William Moulton Marston continue de tester son invention, cette fois-ci dans ses bureaux, sur une jeune femme qui capte bien le sous-entendu d'être attachée sur un fauteuil. Peu de temps après, il impose à sa femme Elizabeth le fait qu'Olive Byrne s'installe chez eux, instituant ainsi un ménage à trois. En 1927, Wertham est naturalisé citoyen américain. En 1928, Marston travaille pour un studio d'Hollywood à essayer d'anticiper les goûts du public. À Los Angeles, la police de Chicago engage un dénommé Leonarde Keeler, l'inventeur de l'émotographe. le 26 août 1928 naît Pete, le fils d'Elizabeth et William. Peu de temps après, le studio d'Hollywood apprend à Marston qu'ils n'ont plus besoin de ses services, du fait de la mise en oeuvre du code Hays. Il comprend bien qu'ils l'ont remplacé pour un prestataire moins cher, vraisemblablement Keeler. En décembre 1934, la police arrête le tueur en série Albert Fish. Son évaluation psychologique échoit à Fredric Wertham. Voici un projet aussi alléchant que sujet à caution : rapprocher deux psychologues ayant vécu à la même époque, et ayant une incidence à long terme sur les comics américains. L'un a créé Wonder Woman en 1941, l'autre a jeté durablement l'opprobre sur les comics avec un livre paru en 1954. Indéniablement, la structure et la narration présentent des particularités qui attirent l'oeil et l'attention du lecteur. Les auteurs ont choisi de ne pas toujours respecter l'unité de lieu et de temps dans certaines pages : une séquence peut se terminer aux deux tiers, et une autre sans rapport commencer dans le dernier tiers. Marston semble systématiquement arborer un sourire factice, d'autant plus éclatant que le dessinateur ne représente pas de séparation entre les dents. Il peut arriver que certaines scènes ne débouchent sur rien. Par exemple page 15, Marston place ses capteurs sur les bras et les jambes d'une jeune femme pour un test : le sourire et le regard intense de la demoiselle semble indiquer qu'elle saisit bien le sous-entendu de domination contenu dans cette situation. Pour autant la page d'après passe à une discussion sans rapport évident entre Marston et son épouse, et il n'est plus jamais question de cette jeune dame. de temps à autre, un bras ou une tête semblent un peu trop gros ou un peu trop petit, ou trop court. Les emprunts à Watchmen (1986/1987) de Dave Gibbons & Alan Moore s'apparentent à du recopiage, par exemple la scène d'entretien entre Albert Fish et Wertham, avec un découpage en 9 cases de la planche et une mise en couleurs contrastée entre présent et images dans l'esprit du psychologue. Dans le même temps, le lecteur se rend vite compte qu'il ne s'agit pas d'amateurisme. Les auteurs reconstituent une époque précise, ou plutôt développent plusieurs thèmes dans une structure complexe totalement maîtrisée : l'évolution de l'image des comics, au travers de la trajectoire en miroir de deux personnalités très différentes. Au fur et à mesure qu'il découvre les pages, le lecteur relève de nombreuses autres caractéristiques qui attestent d'un ouvrage très réfléchi. Pour commencer, il est découpé en 4 chapitres, chacun correspondant à une époque : de 1922 à 1935, de 1935 à 1940, de 1940 à 1945, et de 1945 à 1956, chacune placée sous le signe d'une personnalité historique différente (Sigmund Freud, puis Albert Fish, Adolph Hitler, Joseph McCarthy). À l'opposé d'un dispositif gadget pour ajouter une caution historique factice et creuse, ces références apportent une profondeur de champ thématique au récit. Au fil des pages, le lecteur relève d'autres références visuelles : à Dave Gibbons, à Richard Corben, à un ou deux artistes ayant travaillé pour EC Comics. Là encore il ne s'agit pas simplement de manque d'inspiration ou de citations serviles. Au dos de chaque page annonçant le chapitre, se trouve un facsimilé de comics d'époque constituant à la fois une référence visuelle dessinée à la manière de l'époque, et un jeu thématique avec les éléments développés dans le chapitre en question. Quand il prend un peu de recul, le lecteur se rend compte du soin avec lequel le récit a été construit, par exemple en remarquant que chaque chapitre s'ouvre avec une vue différente de New York, à autant d'époques différentes, avec un investissement tangible pour respecter l'authenticité historique. Ainsi il s'impose comme une évidence qu'il s'agit d'une BD très soignée, tant sur le plan de sa construction, que sur le plan visuel. S'il est néophyte en histoire des comics, le lecteur découvre deux individus sortant de l'ordinaire. Un psychologue élève de Sigmund Freud (1856-1939) effectuant un métier éprouvant, constructif pour la société : professeur dans une école de médecine de Baltimore, psychologue expert auprès des tribunaux, être humain soumis à l'exposition la plus crue des horreurs commises par un tueur en série, professionnel écoutant la parole des enfants, individu concerné par la société dans laquelle il vit et souhaitant faire de la prévention. Par contraste, les qualifications professionnelles de William Moulton Marston ne sont jamais explicitées. Son apport à la création du détecteur de mensonges n'est pas forcément très important en pourcentage. Il présente un côté bateleur faisant son autopromotion et sa vie privée recèle des zones d'ombre discutables, en particulier en ce qui concerne sa relation avec sa femme. le récit n'est pas à charge contre lui, mais il ne provoque pas la sympathie. L'artiste met en scène ses personnages avec une direction d'acteur naturaliste, des individus avec une présence souvent intense, un grand soin apporté à la reconstitution historique (décors, tenues vestimentaires, éléments culturels). le lecteur découvre ainsi plus qu'un pan de l'histoire des comics : la manière dont la société gère une facette de l'image de la violence en son sein, en particulier dans ses publications à destination de la jeunesse. Pour un lecteur de comics un peu familier de l'histoire des comics, la narration recèle des richesses impressionnantes. L'utilisation de la scénographie de Watchmen (l'entretien entre Walter Joseph Kovacs & le docteur Malcolm Long) s'impose comme une évidence pour celui entre Albert Fish et Wertham : ce n'est pas du plagiat mais un hommage intelligent à bon escient. L'utilisation du kiosque à journaux se révèle tout aussi pertinente et intelligente. le retournement de la polarisation affective entre les 2 psychologues fait sens : à la fois pour réhabiliter Fredric Wertham, à la fois pour montrer les failles de Marston. D'ailleurs les auteurs ne grossissent pas le trait. Ils évoquent en passant l'intégration d'Olive Byrne dans le cercle familial, le lecteur sachant peut-être que Marston a imposé un ménage à trois à son épouse. le lecteur relève d'autres références de la culture comics comme le thème visuel de la blessure à l’œil, pointé du doigt par Wertham, l'exemple positif de Wonder Woman pour les lectrices, et bien sûr la participation de Carmine Infantino (1925-2013) et Julius Schwartz (1915-2004), ainsi que l'image de conclusion. Il se rend compte que les aveux d'Albert Fish sont encore plus terrifiants que la confession de Kovacs : voyeurisme, sadisme, masochisme, fétichisme, flagellation active, zoophilie, prostitution, autocastration, pédophilie, ondinisme, coprophilie, cannibalisme. Il prête une attention plus importante aux autres éléments historiques, ayant conscience qu'il s'agit d'autant de parties émergées d'événements qu'il peut aller approfondir s'il est intéressé : par exemple, l'émotographe de Leonarde Keeler (1903-1949), le code Hays (1930-1968), la carrière personnelle d'Elizabeth Holloway Marston (1893-1993, avocate et psychologue), l'activisme militant de Margaret Sanger (1879-1966), etc. Il observe que William Moulton Marston a écrit les aventures de Wonder Woman de 1941 à 1947, alors que Robert Kanigher les a écrites de 1947 à 1968, avec une interprétation différente de celle de son créateur. Le lecteur peut partir avec un a priori négatif sur une tranche d'histoire des comics réalisée par des français, et un feuilletage rapide de la BD peut le conforter dans son opinion. Si sa curiosité le mène à entamer la lecture, celle-ci s'avère d'une grande richesse, en termes de reconstitution historique, d'évocation de la vie de Fredric et William, de l'importance culturelle de l'amazone, de thèmes abordés qui sont plus larges que juste les comics. En tant que néophyte, il découvre une facette de la société des États-Unis sur la gestion des comics en tant que vecteur culturel de la violence, mais aussi de l'image de la femme. En tant que lecteur chevronné, il découvre que l'ampleur de la richesse de l’œuvre est encore plus grande qu'il n'imaginait, et que Jean-Marc Lainé & Thierry Olivier ont fait œuvre d'auteur pour un ouvrage à la construction sophistiquée et élégante, et à la narration fluide et très agréable.

06/05/2024 (modifier)