Les derniers avis (9802 avis)

Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Racines (Lou Lubie)
Racines (Lou Lubie)

Premier album de Lou Lubie que je lis (oui je sais j'arrive un peu après la bataille :P ) et c'est une très bonne surprise pour moi ! Tout d'abord, félicitation au maquettiste, la couverture est de toute beauté, tant visuellement qu'au toucher. En effet, un petit effet de volume sensible au doigt sur le volume des cheveux est du plus bel effet ! Dans cet album, Lou Lubie nous propose de découvrir le parcours du combattant des jeunes filles métisses lié à la nature de leur cheveux. Dit comme ça, on se dit que c'est vraiment un sujet de niche qui ne doit pas concerner grand monde... Erreur ! Et j'en sais quelque chose pour avoir une jeune ado métisse de 12 ans à la maison : la gestion des cheveux, t'as intérêt à lui laisser la part belle dans le planning quotidien si tu veux tout caser dans ta journée ! Et mine de rien, ça concerne un paquet de monde et c'est même devenu un business très lucratif. C'est la force de cet album qui en partant d'une chose apparemment anecdotique, lie le pratique, l'informatif, le sensible et l'intelligent. Car au delà de ces complications capillaires, c'est toute ces perspectives sur le colonialisme, le métissage, le racisme, le féminisme, l'acceptation de soi qui découlent de ce récit de façon pertinente. Le titre Racines prend ici tout son sens. Notre jeune protagoniste réunionnaise, Rose, va en effet nous embarquer dans son quotidien, digne d'un véritable parcours du combattant. De son enfance, en passant par l'adolescence jusqu'à son âge de jeune adulte. Être une fille métisse, c'est découvrir un autre monde, ou plutôt une autre façon de vivre où ces cheveux impliquent soins, argent et temps, comme nulle autre pareil. Rose aborde les sujets frontalement, sans concession, mais toujours avec une petite touche d'humour bien sentie et une bonne dose d'autodérision. Voilà donc un très bel album, fin, intelligent, avec la dose d'humour nécessaire pour partager un point de vue et un quotidien qu'on n'imagine pas forcément. Clairement, je ne regarde plus mon ados et le temps qu'elle passe à gérer ses cheveux de la même manière !

18/05/2024 (modifier)
Par Yannis
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Berserk
Berserk

Berserk est sans doute l'une des œuvres les plus prenantes et les plus "choquantes" du 9eme art. Après lecture des 16 premiers tomes il est difficile de ressortir Indemne de cette lecture. Trois premiers tomes d'exposition avant de partir sur les traces de Guts et la troupe du faucon. Et petit à petit on s'attache aux différents personnages le héros bien entendu mais aussi ses compagnons notamment Casca mais aussi Pippin ou Rickert. Et puis c'est le choc du tome 13 et du sabbat. Toutes ces péripéties sont portées par le dessin de l'auteur incroyablement détaillé même si sur certaines scènes d'actions il peut être à mon goût un peu confus ou chargé. Berserk est une oeuvre extrême qui ne plaira pas à tout le monde mais qui mérite d'être découverte. Je lirai la suite et espère que le tome 41 le dernier de l'auteur décédé depuis conclura la série malgré tout à moins que l'éditeur poursuive avec un autre scénariste. MAJ 18/05/2024 J'ai lu les 41 tomes et je trouve que ce dernier constitue une fin acceptable et pour moi réussie de la série. On peut chipoter et trouver que cela mérite de continuer afin d'aller plus loin dans l'histoire et d'amener une autre fin qui conclurait de manière ferme et définitive la série mais je trouve celle-ci acceptable. On sait désormais que la série se poursuivra à voir quelle qualité aura la reprise

25/12/2021 (MAJ le 18/05/2024) (modifier)
Par mamande
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série TERRE
TERRE

Ah la saga [JUPI]TER[RE] Déjà le dessin est incroyablement beau: personnages, couleurs, arrière-plans, angles. Tout est bien travaillé et c'est un bonheur pour les yeux. L'histoire de SF est relativement simple au départ. Une communauté perdue qui découvre un univers bien plus vaste et cherche à survivre (premier cycle TER). Le premier cycle se passe totalement dans l'espace comme une sorte de survival en mode space opera où deux communautés s'affrontent: les scientifiques et les religieux. Un thème récurrent mais cela passe bien ici. Nous vivons au rythme des personnages et de la course poursuite. L'absurdité des pertes humaines et le fait que les survivants n'ont pas le temps de faire le deuil et sont hébétés mais continuent de se battre pour survivre est très marquant. Le deuxième cyle TERRE se passe sur une bonne vieille planète respirable. La nôtre ? vous le découvrivrez à la lecture. Le talent de l'auteur est de réussir à sortir une histoire riche en actions et poursuites tout en étant extrêmement onirique. Partis à la découverte de la planète, nos personnages devront encore affronter bien des épreuves. Les tomes 1 et 2 consistuent de l'excellente science-fiction (entre Léo et Bourgeon), le tome 3 est plus explicatif et onirique. Il y a bien quelques questions qui se posent quant au choix des failles temporelles et je dois dire que cela m'a donné le même ressenti qu'avec le cycle de Cyan de Bourgeon (j'adore mais je n'ai tjs pas tout saisi). Au final, c'est le côté onirique qui laissera un souvenir marquant de cette série. Ah vivre et mourir, aimer et haïr. Au final il faut savoir être heureux. Bonne lecture !

17/05/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Terrible - L'Enfant, la jeune fille et la sorcière
Terrible - L'Enfant, la jeune fille et la sorcière

Alors qu'ils se baladent en forêt, Ana perd son petit frère dans une grotte et tous deux se retrouvent de l'autre côté, dans une forêt de conte de fées où venir en aide aux gens n'apportent rien de bon et où rôde la terrible sorcière Baba Yaga. En évitant les dangers et les absurdités de ce monde, Ana va devoir retrouver son petit frère si elle veut pouvoir retourner chez elle un jour. C'est un bel album cartonné, épais et à dos rond. La couverture, légèrement granuleuse, est belle et attirante, présageant de planches dans un style similaire, s'apparentant un peu à celui des Kerascoët ou de Blain. Directement peint à l'encre et à l'aquarelle, il dégage des touches de naïveté autant que d'esthétisme tout en se rendant parfaitement fluide à la lecture. L'intrigue commence de manière bateau. Combien de fois a-t-on déjà vu cette histoire d'une jeune fille transportée dans un royaume magique et dangereux où elle va devoir triompher des périls pour retrouver un proche ? Cet univers là est inspiré des contes slaves, avec des éléments aussi connus que Baba Yaga et d'autres moins célèbres, dont certains que je venais d'ailleurs tout juste de rencontrer dans les contes roumains de Au cœur des terres ensorcelées. Et la pauvre Ana est brinquebalée de l'un à l'autre sans rien maîtriser, ignorant tout des lois de cet endroit si différent de son monde moderne... ...jusqu'à sa rencontre avec Loup Gris. Et là tout bascule. La jeune fille reprend la main, grâce à l'aide combinée de son ami Poupée et du terrible loup. Ce dernier se révèle d'ailleurs fort charismatique, notamment grâce à son phrasé soutenu et délicat qui contraste avec humour avec sa dangerosité. Et alors qu'on a l'impression qu'après bien des péripéties, le conte va trouver une fin heureuse tellement convenue, l'histoire prend une tournure surprenante, à la fois cruelle et adulte, qui l'amène à une conclusion aussi bienvenue qu'inattendue. Plus ma lecture de cet album progressait, plus je me suis vu convaincu, intéressé et finalement complètement charmé. Un beau conte moderne sur base de légendes slaves qui amène le lecteur là où il ne l'attend pas.

16/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Silence d'amour
Silence d'amour

Tout en explorant un domaine déjà souvent utilisé (celui du deuil), ce récit présente suffisamment de qualités pour que j'en recommande la lecture. Le seul gros reproche que je ferai est le choix du format du livre. Trop grand à mes yeux, il dilue un peu le dessin alors que, comme l'auteur fait la part belle aux grandes illustrations, un format plus réduit aurait permis d'au contraire le concentrer. Ceci dit, ce choix permet d'admirer la colorisation de Matthieu Parciboula et donne un certain 'prestige' à l'objet (et très certainement une plus grande visibilité dans les librairies). Ceci dit, et comme déjà annoncé, j'ai bien apprécié cette lecture. Rien de bien neuf, un homme endeuillé par la perte de son amour retourne sur les terres qui l'ont vue naitre. Mais : - je trouve que c'est très bien écrit et cette qualité littéraire est en plus justifiée par la profession du personnage principal, lui-même écrivain ; - je trouve la colorisation vraiment très belle, qui met bien en valeur les paysages méditerranéens ; - j'ai aimé ce fantôme qui accompagne le personnage central, nous faisant au mieux ressentir la douleur de l'absence ; - j'ai aimé la relation adulte-enfant et ce partage de la douleur ressentie à la perte d'un être cher ; - même si ce n'est pas essentiel, j'aime bien le fait que l'on ne découvre les causes de la mort de sa compagne qu'à la toute fin du récit ; - j'aime bien cette fin ouverte qui laisse place à l'interprétation alors même que l'on comprend que le personnage central est enfin apaisé. Pourquoi 'seulement' 3/5 du coup ? Sans doute parce qu'il n'y a pas cette petite originalité qui aurait permis à ce récit de sortir des sentiers battus... mais c'est raconté avec tellement de naturel et de simplicité que j'accorde un coup de cœur à cet album. Vraiment pas mal du tout et un auteur à suivre !

16/05/2024 (modifier)
Couverture de la série La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)
La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)

J'ai profité du triste anniversaire des 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda pour me replonger dans cette page horrible de l'histoire contemporaine. J'ai lu de nombreux documents sur ce génocide depuis 2004 après ma lecture du roman de Patrick de Saint Exupéry. Je ne cherchais donc pas une relecture de faits ou de témoignages que je connaissais déjà en entamant ma lecture. C'est pourquoi j'ai été séduit par ce retour du journaliste en compagnie d'Hippolyte dans un ouvrage qui fait la part belle au silence et à l'indicible. Indicible beauté du lac Kivu et indicible horreur des massacres de Bisesero. Un peu à la manière de Simon Hureau dans Palaces les auteurs nous proposent une sorte de carnet de voyage 20 ans après l'insondable folie meurtrière des Hutus envers leurs compatriotes Tutsi. La différence est que de Saint-Exupéry est devenu un acteur premier du dévoilement de la vérité. En effet c'est son action journalistique qui a conduit la formation de la Mission parlementaire sur le Rwanda qui a conclu à "des dysfonctionnements institutionnels" (français) quant à l'action de la politique française. C'est le sens que je donne aux deux premières planches du livre qui suivent la terrible citation de Mitterrand. Comme le souligne les auteurs les millions de français ne peuvent être tenus pour responsables puisque les prises de décisions ont été prises en tout petit comité hors du contrôle parlementaire loin du peuple. Ensuite les auteurs reviennent sur les lieux que le journaliste a couverts, à savoir la zone de Bisesero dans la ZHS (zone humanitaire sûre). Le récit est sobre et ne se veut pas polémique car tout a été déjà dit des centaines de fois sur les actions des uns et les réponses des autres. Les témoignages sont peu nombreux car les survivants furent très rares, méfiants et souvent en position de faiblesse. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que le témoignage le plus choquant soit celui de l'instit qui a tué les 2/3 de ses élèves. Témoignage rare sur le vif d'un homme qui croyait parler à des oreilles amies. A ce propos je me permets une anecdote. Au TPIR les grands juristes ont fait témoigner une JF qui avait été violée et contaminée par le SIDA par des autorités de sa province. Puis elle fut renvoyée au village stigmatisée et abandonnée sans soin alors que ses tortionnaires étaient soignés dans les confortables cellules du tribunal. Alors oui, percer ce silence fut une gageure. C'est bien le principal intervenant de la série, celui qui envahit les souvenirs et la faiblesse de notre aveuglement. Hippolyte prête son trait avec une grande humilité sans voyeurisme ni sensationnalisme. Ses peintures tentent l'impossible d'exprimer l'inavouable. 20/30 ans après la beauté du lac Kivu se rit de la folie des hommes et place la série dans l'émotion de bout en bout. Une lecture pour la mémoire des victimes du silence qui m'a profondément touché.

16/05/2024 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un océan d'amour
Un océan d'amour

Un couple de bretons, lui marin pêcheur et elle au foyer, elle lui fait des crêpes. Les pages sont muettes, ils n’ont pas besoin de parler, on sent qu’une grande tendresse, appuyée par la force de l’habitude, les unit. Tout est dans le regard et l’attitude. Ils sont touchants et il pourrait ne pas y avoir d’histoire. Mais le hasard en a décidé autrement, notre marin pêcheur connaîtra toutes les vicissitudes de la vie en mer, les avaries, le naufrage, la surpêche industrielle, les pollutions des dégazages sauvages, le continent de plastique, ...Le message écologique est bien là mais ce n’est pas l’essentiel de l’histoire. La vraie héroïne est Madame, bigoudène pur jus, truculente à souhait… et sacrément pugnace ! Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour retrouver son homme qui n’est pas rentré au port. Elle consultera une voyante, parcourra la moitié de la Terre, subjuguera Fidel Castro himself, et fera tourbillonner la culture bretonne dans le monde, crêpes et dentelles en tête. Admirable. Je n’aime pas les histoires d’amour, c’est toujours cucul la praline et ça me gonfle. Là, c’est une histoire d’Amour, avec un grand A, et j’adore. Je n’imagine pas un autre dessin pour aller avec cette histoire. L’angoisse, la tristesse et l’humour également y transparaissent pleinement. Les trognes de notre couple sont à croquer. Et en bonus, j’aime bien la mouette aussi. C’est simple, j’ai couru l’acheter après l’avoir emprunté en bibli !

14/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Vieux Fourneaux
Les Vieux Fourneaux

Une bd qui éveille, qui détend, qui fait rire, qui fait pleurer, wow ... prodigieux. Rien que pour son côté éducatif habilement amené, je recommande. Du reste, tout a été dit.

13/05/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ronson
Ronson

Vous êtes amatrices et teurs de récits d'enfance ? Alors voici Ronson, petite pépite signée par un jeune auteur espagnol de grand talent ! C'est la couverture qui a d'abord attiré mon regard. Malgré son noir et blanc sobre, les effets d'ombrage sont incroyables. On devine au dessus de ce petit garçon un feuillage frais, et au dessus encore, un soleil de plomb. A peine ouverte, le soleil implacable de l'été espagnol m'a explosé au visage. L'effet bœuf de cette bichromie orange et noire, audacieuse, traduit à la perfection cette ambiance cagnarde, au point de faire fondre ma rétine. Le dessin, très expressif et dynamique, est entièrement imprégné de cette atmosphère. Le trait fin, ciselé, précis, anime ce voile coloré. Très vite, un dialogue s'établit entre dessin et couleur. Il y a là une force incroyable auquel l'auteur (dont c'est apparemment la première BD publiée) ajoute sa touche à la fois désuète et extrêmement moderne. Les cases sont traversées par des ondes de chaleur, le silence de la campagne espagnole est écrasé par le chant des cigales. On le sent, César Sebastian parvient à retranscrire ce genre d'impression. L'effet est hypnotique. Le travail éditorial est à l'avenant. Si le dos jaune trompe son monde en laissant croire à un dos toilé, il annonce la couleur (si je puis dire), mais surtout la température. Les pages de garde à l'ancienne sont splendides avec leur motif marbré jaune et noir. Tout cela pour un prix tout à fait convenable. Quant à l'histoire, elle est bien narrée. Après un début très narratif que l'on feuillète comme un album photo, avec cette collection d'instantanés splendides où passé et présent se mêlent intimement, et cette voix off du papy qui raconte, on arrive dans le vif du sujet. Les souvenirs s'incarnent et s'animent, d'abord de manière échevelée, comme le sont généralement les enfances sauvages de la cambrousse. Puis les choses s'ordonnent par chapitres, autours de thèmes : les jeux, les animaux, la sexualité... Au-delà des souvenirs se tisse en filigrane un paysage de l'Espagne franquiste, et bien entendu, un portrait de l'enfance dans toute sa lumière, mais également dans toute sa cruauté brutale, presque innocente. On se laisse porter jusqu'à la fin, où la boucle se boucle, philosophiquement parlant. En effet, la narrateur est redevenu adulte et reprend le fil de sa réflexion sur le temps et les souvenirs, entamé avec les premières pages. Comme lui, le lecteur a la sensation d'avoir traversé des événements brumeux, mais terriblement réalistes. Le ton doux amer de cette histoire renforce encore cette impression de réalisme rêveur, ce qui pourrait paraitre paradoxal. Mais tout sonne juste, tout est à sa place, et contribue à dresser un tableau on-ne-peut-plus honnête d'une enfance pourtant inventée de toutes pièces puisque l'auteur est né à la fin des années 80. Mais sont-ils réellement inventés ? Ou bien s'est-il inspiré de souvenirs de son père ? De son grand-père ?... Quoiqu'il en soit, on y croit. Mais tout pourrait n'être que pure fiction, César Sebastian a totalement réussi à donner vie à ces tranches de vie. Ronson est un hommage à l'enfance touchant, tout comme à la foule anonyme qui nous précéda sur cette Terre. C'est un récit très mature et bouleversant qui mérite que l'on s'y attarde, car à coup sur, il saura titiller quelque chose en vous, et ranimer de vieux souvenirs qui, à leur tour, prendront cette texture bichrome flottant entre le rêve et la réalité.

10/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

"Le Dieu Fauve" est paru en mars 2024 aux éditions Dargaud. Cet ouvrage marque la seconde sortie ce mois-ci du prolifique scénariste Fabien Vehlman (Seuls, Green Manor…), après son précédent album La Cuisine des ogres publié chez Rue de Sévres. Pour "Le Dieu Fauve", Vehlman s'associe au talentueux dessinateur espagnol Roger, connu pour son travail remarquable dans le domaine de la bande dessinée. Ensemble, ils nous offrent un récit captivant et visuellement époustouflant, ainsi qu’une plongée dans une narration très particulière, dont je reparlerai un peu plus bas ! Cette bd nous transporte à l’époque imaginaire du Déluge : une ère lointaine évoquée dans les textes anciens de l'humanité. On débute en suivant Sans-Voix, un jeune singe orphelin, déterminé à prouver sa valeur à son clan en chassant le redoutable 'longue-gueule', un vieil alligator vicieux. Mais alors que Sans-Voix parvient à trouver sa place au sein du clan, il assiste, complétement impuissant au massacre de sa famille par les guerriers d’un Empire déchu, qui le capturent et le dressent à devenir un redoutable guerrier sacré, un 'Dieu-Fauve'. Animé par une obsession brûlante de vengeance, Sans-Voix se prépare à affronter ses bourreaux, quel qu'en soit le prix. Ce qui est passionnant avec la narration de "Dieu Fauve" c’est que l’histoire est découpée en chapitre et est conçue comme un récit choral. Chaque chapitre se concentre sur un personnage différent. L'histoire débute en suivant le singe Sans-Voix, dont le chapitre se clôt tragiquement avec le massacre de son clan. À partir de là, on suit les protagonistes humains : Athanael, le poète, la Grande Veneuse, guerrière impitoyable, et Awa, ancienne esclave qui est moins innocente qu’il n’y parait. Ce qui rend cette narration passionnante, c'est sa construction non linéaire. Les personnages secondaires d'un chapitre deviennent les principaux d'un autre, offrant des perspectives différentes sur une même histoire. L'intelligence de cette narration réside dans sa capacité à révéler les éléments de l'histoire au compte-gouttes. Chaque chapitre apporte de nouveaux éclairages, faisant évoluer notre compréhension de l'intrigue et des personnages. C'est un véritable jeu de puzzle où les pièces s'emboîtent progressivement pour former un tableau complexe et captivant. Le dessin de "Le Dieu Fauve" ne m'a pas réellement plu, pour être honnête. Le style semi-réaliste de Roger puise son inspiration dans la rudesse du graphisme propre à certains comics américains. Les traits sont nets, les personnages (surtout Sans-Voix, dans le début du récit), sont représentés avec une expressivité saisissante, soulignant ainsi l'intensité des émotions qu'ils traversent.... mais malgré tout, bon... il semblerait que ce ne soit pas ma tasse de thé ! Les couleurs, ternes et sombres, renforcent l'atmosphère oppressante et tragique qui imprègne l'ensemble de l'œuvre. Ce choix chromatique crée un parallèle frappant avec la dureté des situations vécues par les protagonistes, renforçant ainsi l'impact émotionnel sur le lecteur. Le découpage, bien que parfois un peu difficile à suivre sur certains plans, est soigneusement conçu pour ne pas égarer le lectorat. L'histoire est structurée de manière à ce que le lecteur retrouve rapidement ses repères, notamment lors des passages d'un protagoniste à un autre. Cette alternance de narrations permet de maintenir un rythme dynamique tout en offrant une perspective variée sur l'intrigue Cette histoire trahit certaines obsessions qu’on retrouve dans d’autres œuvres de Fabien Vehlman comme Jolies Ténèbres, Green Manor ou Seuls, dans une moindre mesure : la dureté du monde et des rapports humains, l’insignifiance des rapports de force, le fait qu’un simple événement peut tout faire basculer en un instant. Un peu comme dans un Game of Thrones, où personne n’est jamais réellement à l’abris, ’est une histoire sévère qui questionne notre humanité, notre rapport à la cruauté, la « justesse » de nos actions… Mais malgré tout, Fabien Vehlman n’oublie jamais de faire germer des graines de poésie de ci, de là, qui nous aident à supporter la violence de certains passages. Au final, on est face, ici, à un récit furieux, empreint d'une poésie sauvage, qui explore les thèmes de la violence de la nature, de la lutte pour la survie et de la frontière floue entre l'homme et l'animal.

09/05/2024 (modifier)