Angoulême 2022 prix Goscinny du meilleur scénario. " une BD ? Mais c'est pour les mômes !! " éructa Madeleine Riffaud après la proposition de JD Morvan.
Heureusement madame Riffaud, vous avez changé d'avis pour le plus grand bien des lecteurs et du monde de la BD où votre témoignage va prendre place parmi les étoiles.
Ce premier tome d'une trilogie qui fait le récit de votre action comme résistante parisienne de 17 ans est une merveille.
C'est si rare d'avoir le récit vécu d'une personne considérée comme Terroriste, sortie des griffes de la Gestapo, qu'on ne peut qu'être admiratif au tableau de vos actions.
Le récit est tellement fluide, tellement logique dans les enchaînements que cela donne l'impression que JD Morvan a été le déclencheur heureux d'une aspiration à la vérité que vous n'aviez pas pu encore mettre en forme.
J'ai l'impression que JD Morvan par son écoute humble, attentive, bienveillante et professionnelle a su livrer un récit dramatique, cohérent et incroyablement vivant pour construire cet album.
C'est très émouvant et poignant car les personnages que vous décrivez ne sont pas âmes de papier mais bel et bien vos amis qui sont tombés sous la barbarie et qui vivront longtemps dans nos souvenirs grâce à cet album.
J'ai beaucoup aimé l'hommage que vous rendez à ces soldats de l'ombre qui n'avaient pas vocation pour cela, les médecins, les prêtres ou les cheminots. Tous probablement d'opinions très différentes mais ici unis par l'amour de la liberté chérie.
Il existe des hommes qui réussissent à transformer leurs lectures les plus chères que ce soient les poésies d'Eluard ou d’Aragon ou les Evangiles en véritables actions affranchies de toute peur.
C'est un récit de courage et de femme moderne. Être une femme dans ces moments c'est double risque, et l'histoire le montre bien en plusieurs endroits. Aucune courtoisie à attendre, au contraire les tortionnaires savent se montrer doublement sadiques.
Devant une telle histoire on aurait pu craindre que Dominique Bertail au dessin soit écrasé par le récit. C'est tout le contraire. Je trouve le dessin formidable. Par contraste dans cette atmosphère de mort et de maladie, il n'y a que beauté.
Beauté de la campagne picarde et du village, beauté du massif de la Chartreuse, beauté des extérieurs d'un Paris occupé et bien sûr beauté d'une jeune fille de 17 ans avec son amoureux. La mise en page est très moderne avec des doubles pages magnifiques.
Je ne crois pas prendre un grand risque en pensant que le grand Goscinny doit être fier d'avoir le nom de Madeleine Riffaud alias Rainer dans sa liste de lauréat(e)s.
Une bien belle série à faire lire "aux mômes" dès le collège mais pas que (loin de là)
Après la lecture du tome 2 je confirme ma note qui reflète l'excellence du récit de Madeleine Riffaud très bien mis en scène par Morvan. Madeleine alias Rainer (un nom allemand !) a pris des responsabilités au sein de la Résistance parisienne du Quartier Latin.
Le récit est de plus en plus prenant dans ce tome qui se focalise sur les rouages des groupes de résistants et le danger des actions menées. En cette année 44, l'ambiance change mais les risques sont toujours aussi grands.
Le graphisme de Bertail dans un mode réaliste nous emmène aux côtés de Rainer et de ses amis dans un Paris à la fois familier et si différent.
À lire, absolument
Tant de douleur et de désespoir dans ces planches sublimes.
Témoignage sans détour -à moins d'être complètement bouché !- de la profondeur du mal-être de Franquin ; de sa profonde sensibilité, si précieuse à son Art et si dommageable à vivre au quotidien : sympathie et empathie incontrôlées envers ses contemporains, tous miroirs de lui-même dans ces cases où la nuit déborde chaque scène pour toujours l'engloutir, à la fin...
J'ai possédé l'édition originale, comme un trésor auquel aurait été associée -sans que je le réalise tout de suite- une malédiction ancienne et implacable. Au fil des relectures, j'ai finalement pris conscience de la mise en exergue de mes propres angoisses, à admirer la mise en images de celles de cet Artiste si cher à nos coeur et, constatant la réelle pénétration de toute cette noirceur, j'ai échangé l’œuvre contre une autre, inévitablement moins talentueuse mais, évidemment, d'une influence moins dommageable pour mon équilibre...
La puissance d'évocation de ce maitre du graphisme, aussi implacablement brillante et honnête dans un domaine d'expression que dans l'autre, ne pouvait donc pas être endiguée par ma propre nature, très impressionnable. Quelle lâcheté de ma part, à abdiquer devant ce qui est probablement le plus courageux des exorcismes psychologiques personnels jamais réalisés via le Neuvième Art : livrant la partie la plus intime de son âme (pas mal présente, déjà, dans les pages de sa série fétiche), Franquin ose encore l'humour (!) pour crier sa lucide révolte à l'horreur de la condition Humaine. Cet ouvrage, manifeste brut qui dénonce la vanité et la gratuité de ce que l'Homme s'impose à lui-même dans l'absurdité de l'existence sur cette Terre, une perception de la "réalité" fatalement colorée par le ressenti si entier de Franquin, demeure unique dans son intégrité absolue ; et j'espère que l'exercice lui a permis de s'alléger (même un peu...) des abîmes qui hantaient sa conscience si Humaniste.
Référence définitive de ce qu'était l'homme, au delà de l'Artiste accompli, l'album peut servir aussi à mesurer l'absurde (et l'irrévérence...) de toutes tentatives d'imitations, à vocation bassement commerciale, de ses travaux ; logiquement vouées -et ce dans bien des domaines...- à la trahison.
Rien à dire sur ce western qui sort un peu des histoires de western "classique", avec comme sujet principal la mort accidentelle d'un jeune enfant.
J'ai trouvé un scénario très bien trouvé, mais surtout un dessin et des couleurs exceptionnelles !
Quelle rigolade !
Bon, je n'ai toujours pas trouvé le courage de traduire les dialogues et pensées du fiancé extra-terrestre (!) de Jehanne ; mais le délire quasi ininterrompu de cette épopée (Historiquement fausse mais si humainement réaliste) demeure une expérience chère à mon coeur, tant les personnages mis en scène, rivalisant d'audace dans leur parfaite absurdité gaguesque (Attila, LE DAUPHIN CHARLES (!!), l'évêque, l'enfant de coeur monstrueux, Gilles De Rais, Etc...) m'ont fait glousser à la lecture de cette Bande Dessinée -graphiquement particulièrement soignée- de F'murr.
Iconoclaste, et en même temps rigoureusement précis dans ses évocations (Kultur ! Kultur !...), ce grand auteur de l'absurde humoristique nous promène une Jehanne d'Arc amatrice de bons vins -un peu poivrote, même, hein !- d'une époque à une autre, histoire de flinguer toute velléité de continuité (et de réalisme !) à l'Histoire de France telle qu'on nous l'a assénée en cours. Irrésistiblement sympathique dans sa spontanéité chaleureuse, elle fiche en l'air les conventions et autres fictions pseudo-Historiques (l'archange !) pour vivre sa passion cosmique -mais sans non plus négliger de cultiver ses affinités avec ses si pittoresques compagnons de voyage.
Incroyable liberté de ton et grande aisance dans le rendu si expressif des dessins : F'murr est visiblement au mieux de sa forme et, la série ayant été à l'origine créée pour une parution mensuelle -si j'ai bien tout compris ?!- le rythme permet d'en appréhender chaque chapitre très confortablement, tant il y a à lire -et à comprendre !- dans chaque planche...
"... Me faire boire de l'eau chaude... À moi !".
"... Quelles sont ces tasses, qui sifflent sur ma tête ?!".
"... Vive ceci ! Vive cela... Ils sont morts comme ils ont vécu : la gueule ouverte !".
"... Jehanne, aimeriez-vous que nous nous abêtissions de concert ? ". "...'core une fois ? OK !".
Il est précieux et rare, celui qui enseigne sans ennuyer ; et l’œuvre de F'murr est riche d'intelligence Humaniste : cette Jehanne d'Arc en étant une des expressions les plus pures.
Mon avis se borne à trois albums, par lesquels j'ai eu le chance de découvrir les Schtroumpfs alors que j'étais encore tout minot : "Le Cosmoschtroumpf", "Le Schtroumpfissime" et "La Schtroumpfette". Étant donnée la qualité franchement moindre des autres histoires parcourues chez des camarades, je ne peux que remercier le hasard ayant présidé à ces achats (ou récupérations ?!) parentaux : je n'avais rien demandé !
La poésie contenue dans les pages du Cosmoschtroumpf -et son obsession assez démissionnaire !- m'avait complètement séduit et j'ai souvent relu cette "aventure" pleine d'humour qui mettait en avant la solidarité de ces gnomes caractériels, dans des décors époustouflants d'évocation réaliste et de beauté. Le graphisme de Peyo est effectivement miraculeux de maitrise et -surtout !- son découpage et ses dialogues rythment, sans jamais l'alourdir, la progression de l'histoire : une leçon éblouissante de "simplicité" dans l'Art de la Bande Dessinée.
Le Schtroumpfissime, à la fois hilarant et pourtant assez acide pour être relu de manière plus décalée à l'adolescence, est encore plus réussi dans sa mise en scène et, pour facile que semble la démonstration, la charge anarchiste est salutaire sans que soit cautionnée à aucun moment la violence impliquée par la création des factions antagonistes. Moins poétique que le précédent, mais tout autant jouissif dans sa lecture -et parfait dans sa réalisation.
La Schtroumpfette, enfin ; qui osait mettre en scène la féminité la plus caricaturale issue de l'imaginaire collectif Occidental, spectaculairement mise en "valeur" par la soudaine "virilisation sociale" de tout les habitants du village -Grand Schtroumpf compris tant son regard sur la problématique de l'inclusion du personnage au reste de la population est incroyablement machiste. Mais ça fonctionne : le désarroi de l'héroïne, pour ridicule qu'il paraisse, est touchant dans sa sincérité et les rivalités grotesques des autres personnages, si réalistiquement "garçonnes", sonnent très "vrai" au sein de leur mini-révolution civile quand, malgré sa "sagesse", leur ainé se trouve accusé officiellement d'être le véritable instigateur du désordre (magnifique retournement de situation scénaristique) !
Si on ajoute les histoires bis associées à ces parutions, respectivement "La Faim Des Schtroumpfs" et "Le Faiseur De Pluie", toutes deux plus simples dans leurs intrigues enfantines mais d'égale facture formelle, on a l'impression d'être en présence d'une œuvre complètement maitrisée, accomplie et achevée. La parfaite compréhension du médium place Peyo parmi les plus grands de son époque ; et son succès international, pour commercial qu'il semble à posteriori au travers de la sur-exploitation de cette franchise, apparait justifié ; ne serait-ce que grâce à ces trois réussites.
Moi, ça me schtroumpfe, une bonne schtroumpf-Dessinée honnête et sans prétenschtroumpf...
J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas.
J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara.
Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné.
C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce.
On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure.
Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies.
Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent.
Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté.
Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture.
Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023.
Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension).
Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler.
Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs.
Un bijou indé destiné à devenir culte.
Note Réelle: 04.5/5
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise.
D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique.
Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album.
Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit.
Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique).
Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
... Vertige.
Où quand un lettré passionné s'amuse, au travers du médium le plus populaire qui soit (ou qui fût, étant donnés les prix, aujourd'hui...), à partager ses connaissances livresques -ses convictions philosophiques, assurément- avec des lecteurs franchement habitués à tout autre chose.
Sacré pari de la part de l'éditeur ! Promethea a reçu quelques récompenses mais j'ignore l'étendue de son succès commercial : l'entreprise est tellement "extrême" dans sa réalisation (fond et -surtout !- forme !) qu'il est étonnant qu'elle ait pu être menée jusqu'à sa conclusion : trente-deux épisodes, quand même ! Bien sûr, cela seul représente un succès en soi.
L'incapacité dont je souffre à retenir les informations au travers de mes lectures me fait amèrement regretter de n'avoir pas connu la série au travers de sa diffusion mensuelle initiale : avoir à patienter entre chaque parution m'aurait amené à relire chaque numéros plusieurs fois et, fatalement, à mieux en assimiler toutes les perles de connaissances, si artistiquement offertes.
... Mythologie, occultisme et philosophie ; psychologie, psychanalyse et théologie... Rien que ça -entre autres !- et parfois même EN VERS (en V.O.), par dessus le marché !
Soutenu par -surtout !- le dessin académiquement parfait de J.H. William III, et une mise en page assez miraculeusement lisible et "dynamique" malgré un excès -voulu- d'enluminures et/ou même carrément de splash-pages Art-déco (!), Alan Moore -psilocybine faite mots- nous ouvre les portes de "La Connaissance" au travers des aventures formatrices que vit Sophie Bangs, séjour charnel d'une entité faite d'imagination et ayant choisi d'amener le monde à "l'Apocalypse" : Promethea, donc.
C'est malin dans la séduction, précis dans l'enseignement -car très didactique et plein de références signées- mais néanmoins assez jouissif dans le traitement car ça reste un Comic-Book : humour et action ne cèdent pas grand choses aux envolées hautement intellectuelles de l'auteur. Tout l'amour de Alan Moore pour cette forme particulière de lecture pour la jeunesse est manifeste justement dans le fait de ce choix de publication. Bien sûr, la réalisation d'une œuvre aussi riche sous la forme d'un album -plusieurs !-, et avec un artiste beaucoup moins "classique" aux dessins, aurait pu aboutir à un monument du neuvième art, révolutionnaire et inclassable. Mais avoir eu le culot d'oser s'adresser à un lectorat beaucoup plus large et -surtout !- beaucoup plus jeune via cette forme de parution, si spécifique et ciblée, amplifie encore d'avantage la puissance subversive de la démarche : très fidèle à lui-même, il pousse l'amateur (pas du tout prévenu !) à se poser des questions assez profondément existentielles et -pourquoi pas ?!- à remettre en questions pas mal de ses idées sur l'existence. Quel terreau plus fertile pour planter ces réflexes de sagesse que l'imaginaire en ébullition de jeunes adolescents ?!
C'est décidément très réussi : à la fois utile et beau et absolument original et unique. Preuve renouvelée de la puissance du pouvoir évocateur du médium qui, au travers de ses images/symboles, nous relie à la genèse de sa création, sur les parois obscures des grottes de nos ancêtres... Holà-là ! Je suis encore sous influence, tiens !
... Un bémol, cependant ; imputable uniquement au fait de la volonté jusqu'au-boutiste de l'auteur de faire adhérer le propos à la forme, dans son traitement artistique : LA TYPOGRAPHIE ! Certes idoine avec le sujet, elle est plusieurs fois assez difficile à déchiffrer et, même, carrément illisible une ou deux fois (genre : en blanc sur fond blanc !).
... Culte, car œuvre de fanatique extrémiste, en fait. :)
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante.
L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle.
Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles.
Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner.
Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable.
Un incontournable à découvrir absolument !
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Angoulême 2022 prix Goscinny du meilleur scénario. " une BD ? Mais c'est pour les mômes !! " éructa Madeleine Riffaud après la proposition de JD Morvan. Heureusement madame Riffaud, vous avez changé d'avis pour le plus grand bien des lecteurs et du monde de la BD où votre témoignage va prendre place parmi les étoiles. Ce premier tome d'une trilogie qui fait le récit de votre action comme résistante parisienne de 17 ans est une merveille. C'est si rare d'avoir le récit vécu d'une personne considérée comme Terroriste, sortie des griffes de la Gestapo, qu'on ne peut qu'être admiratif au tableau de vos actions. Le récit est tellement fluide, tellement logique dans les enchaînements que cela donne l'impression que JD Morvan a été le déclencheur heureux d'une aspiration à la vérité que vous n'aviez pas pu encore mettre en forme. J'ai l'impression que JD Morvan par son écoute humble, attentive, bienveillante et professionnelle a su livrer un récit dramatique, cohérent et incroyablement vivant pour construire cet album. C'est très émouvant et poignant car les personnages que vous décrivez ne sont pas âmes de papier mais bel et bien vos amis qui sont tombés sous la barbarie et qui vivront longtemps dans nos souvenirs grâce à cet album. J'ai beaucoup aimé l'hommage que vous rendez à ces soldats de l'ombre qui n'avaient pas vocation pour cela, les médecins, les prêtres ou les cheminots. Tous probablement d'opinions très différentes mais ici unis par l'amour de la liberté chérie. Il existe des hommes qui réussissent à transformer leurs lectures les plus chères que ce soient les poésies d'Eluard ou d’Aragon ou les Evangiles en véritables actions affranchies de toute peur. C'est un récit de courage et de femme moderne. Être une femme dans ces moments c'est double risque, et l'histoire le montre bien en plusieurs endroits. Aucune courtoisie à attendre, au contraire les tortionnaires savent se montrer doublement sadiques. Devant une telle histoire on aurait pu craindre que Dominique Bertail au dessin soit écrasé par le récit. C'est tout le contraire. Je trouve le dessin formidable. Par contraste dans cette atmosphère de mort et de maladie, il n'y a que beauté. Beauté de la campagne picarde et du village, beauté du massif de la Chartreuse, beauté des extérieurs d'un Paris occupé et bien sûr beauté d'une jeune fille de 17 ans avec son amoureux. La mise en page est très moderne avec des doubles pages magnifiques. Je ne crois pas prendre un grand risque en pensant que le grand Goscinny doit être fier d'avoir le nom de Madeleine Riffaud alias Rainer dans sa liste de lauréat(e)s. Une bien belle série à faire lire "aux mômes" dès le collège mais pas que (loin de là) Après la lecture du tome 2 je confirme ma note qui reflète l'excellence du récit de Madeleine Riffaud très bien mis en scène par Morvan. Madeleine alias Rainer (un nom allemand !) a pris des responsabilités au sein de la Résistance parisienne du Quartier Latin. Le récit est de plus en plus prenant dans ce tome qui se focalise sur les rouages des groupes de résistants et le danger des actions menées. En cette année 44, l'ambiance change mais les risques sont toujours aussi grands. Le graphisme de Bertail dans un mode réaliste nous emmène aux côtés de Rainer et de ses amis dans un Paris à la fois familier et si différent. À lire, absolument
Idées Noires
Tant de douleur et de désespoir dans ces planches sublimes. Témoignage sans détour -à moins d'être complètement bouché !- de la profondeur du mal-être de Franquin ; de sa profonde sensibilité, si précieuse à son Art et si dommageable à vivre au quotidien : sympathie et empathie incontrôlées envers ses contemporains, tous miroirs de lui-même dans ces cases où la nuit déborde chaque scène pour toujours l'engloutir, à la fin... J'ai possédé l'édition originale, comme un trésor auquel aurait été associée -sans que je le réalise tout de suite- une malédiction ancienne et implacable. Au fil des relectures, j'ai finalement pris conscience de la mise en exergue de mes propres angoisses, à admirer la mise en images de celles de cet Artiste si cher à nos coeur et, constatant la réelle pénétration de toute cette noirceur, j'ai échangé l’œuvre contre une autre, inévitablement moins talentueuse mais, évidemment, d'une influence moins dommageable pour mon équilibre... La puissance d'évocation de ce maitre du graphisme, aussi implacablement brillante et honnête dans un domaine d'expression que dans l'autre, ne pouvait donc pas être endiguée par ma propre nature, très impressionnable. Quelle lâcheté de ma part, à abdiquer devant ce qui est probablement le plus courageux des exorcismes psychologiques personnels jamais réalisés via le Neuvième Art : livrant la partie la plus intime de son âme (pas mal présente, déjà, dans les pages de sa série fétiche), Franquin ose encore l'humour (!) pour crier sa lucide révolte à l'horreur de la condition Humaine. Cet ouvrage, manifeste brut qui dénonce la vanité et la gratuité de ce que l'Homme s'impose à lui-même dans l'absurdité de l'existence sur cette Terre, une perception de la "réalité" fatalement colorée par le ressenti si entier de Franquin, demeure unique dans son intégrité absolue ; et j'espère que l'exercice lui a permis de s'alléger (même un peu...) des abîmes qui hantaient sa conscience si Humaniste. Référence définitive de ce qu'était l'homme, au delà de l'Artiste accompli, l'album peut servir aussi à mesurer l'absurde (et l'irrévérence...) de toutes tentatives d'imitations, à vocation bassement commerciale, de ses travaux ; logiquement vouées -et ce dans bien des domaines...- à la trahison.
Jusqu'au dernier
Rien à dire sur ce western qui sort un peu des histoires de western "classique", avec comme sujet principal la mort accidentelle d'un jeune enfant. J'ai trouvé un scénario très bien trouvé, mais surtout un dessin et des couleurs exceptionnelles !
Jehanne au pied du mur
Quelle rigolade ! Bon, je n'ai toujours pas trouvé le courage de traduire les dialogues et pensées du fiancé extra-terrestre (!) de Jehanne ; mais le délire quasi ininterrompu de cette épopée (Historiquement fausse mais si humainement réaliste) demeure une expérience chère à mon coeur, tant les personnages mis en scène, rivalisant d'audace dans leur parfaite absurdité gaguesque (Attila, LE DAUPHIN CHARLES (!!), l'évêque, l'enfant de coeur monstrueux, Gilles De Rais, Etc...) m'ont fait glousser à la lecture de cette Bande Dessinée -graphiquement particulièrement soignée- de F'murr. Iconoclaste, et en même temps rigoureusement précis dans ses évocations (Kultur ! Kultur !...), ce grand auteur de l'absurde humoristique nous promène une Jehanne d'Arc amatrice de bons vins -un peu poivrote, même, hein !- d'une époque à une autre, histoire de flinguer toute velléité de continuité (et de réalisme !) à l'Histoire de France telle qu'on nous l'a assénée en cours. Irrésistiblement sympathique dans sa spontanéité chaleureuse, elle fiche en l'air les conventions et autres fictions pseudo-Historiques (l'archange !) pour vivre sa passion cosmique -mais sans non plus négliger de cultiver ses affinités avec ses si pittoresques compagnons de voyage. Incroyable liberté de ton et grande aisance dans le rendu si expressif des dessins : F'murr est visiblement au mieux de sa forme et, la série ayant été à l'origine créée pour une parution mensuelle -si j'ai bien tout compris ?!- le rythme permet d'en appréhender chaque chapitre très confortablement, tant il y a à lire -et à comprendre !- dans chaque planche... "... Me faire boire de l'eau chaude... À moi !". "... Quelles sont ces tasses, qui sifflent sur ma tête ?!". "... Vive ceci ! Vive cela... Ils sont morts comme ils ont vécu : la gueule ouverte !". "... Jehanne, aimeriez-vous que nous nous abêtissions de concert ? ". "...'core une fois ? OK !". Il est précieux et rare, celui qui enseigne sans ennuyer ; et l’œuvre de F'murr est riche d'intelligence Humaniste : cette Jehanne d'Arc en étant une des expressions les plus pures.
Les Schtroumpfs
Mon avis se borne à trois albums, par lesquels j'ai eu le chance de découvrir les Schtroumpfs alors que j'étais encore tout minot : "Le Cosmoschtroumpf", "Le Schtroumpfissime" et "La Schtroumpfette". Étant donnée la qualité franchement moindre des autres histoires parcourues chez des camarades, je ne peux que remercier le hasard ayant présidé à ces achats (ou récupérations ?!) parentaux : je n'avais rien demandé ! La poésie contenue dans les pages du Cosmoschtroumpf -et son obsession assez démissionnaire !- m'avait complètement séduit et j'ai souvent relu cette "aventure" pleine d'humour qui mettait en avant la solidarité de ces gnomes caractériels, dans des décors époustouflants d'évocation réaliste et de beauté. Le graphisme de Peyo est effectivement miraculeux de maitrise et -surtout !- son découpage et ses dialogues rythment, sans jamais l'alourdir, la progression de l'histoire : une leçon éblouissante de "simplicité" dans l'Art de la Bande Dessinée. Le Schtroumpfissime, à la fois hilarant et pourtant assez acide pour être relu de manière plus décalée à l'adolescence, est encore plus réussi dans sa mise en scène et, pour facile que semble la démonstration, la charge anarchiste est salutaire sans que soit cautionnée à aucun moment la violence impliquée par la création des factions antagonistes. Moins poétique que le précédent, mais tout autant jouissif dans sa lecture -et parfait dans sa réalisation. La Schtroumpfette, enfin ; qui osait mettre en scène la féminité la plus caricaturale issue de l'imaginaire collectif Occidental, spectaculairement mise en "valeur" par la soudaine "virilisation sociale" de tout les habitants du village -Grand Schtroumpf compris tant son regard sur la problématique de l'inclusion du personnage au reste de la population est incroyablement machiste. Mais ça fonctionne : le désarroi de l'héroïne, pour ridicule qu'il paraisse, est touchant dans sa sincérité et les rivalités grotesques des autres personnages, si réalistiquement "garçonnes", sonnent très "vrai" au sein de leur mini-révolution civile quand, malgré sa "sagesse", leur ainé se trouve accusé officiellement d'être le véritable instigateur du désordre (magnifique retournement de situation scénaristique) ! Si on ajoute les histoires bis associées à ces parutions, respectivement "La Faim Des Schtroumpfs" et "Le Faiseur De Pluie", toutes deux plus simples dans leurs intrigues enfantines mais d'égale facture formelle, on a l'impression d'être en présence d'une œuvre complètement maitrisée, accomplie et achevée. La parfaite compréhension du médium place Peyo parmi les plus grands de son époque ; et son succès international, pour commercial qu'il semble à posteriori au travers de la sur-exploitation de cette franchise, apparait justifié ; ne serait-ce que grâce à ces trois réussites. Moi, ça me schtroumpfe, une bonne schtroumpf-Dessinée honnête et sans prétenschtroumpf...
Le Caravage
J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas. J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara. Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné. C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce. On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure. Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies. Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent. Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté. Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture. Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Ultrasons
Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023. Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension). Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler. Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs. Un bijou indé destiné à devenir culte. Note Réelle: 04.5/5
Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise. D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique. Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album. Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit. Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique). Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
Promethea
... Vertige. Où quand un lettré passionné s'amuse, au travers du médium le plus populaire qui soit (ou qui fût, étant donnés les prix, aujourd'hui...), à partager ses connaissances livresques -ses convictions philosophiques, assurément- avec des lecteurs franchement habitués à tout autre chose. Sacré pari de la part de l'éditeur ! Promethea a reçu quelques récompenses mais j'ignore l'étendue de son succès commercial : l'entreprise est tellement "extrême" dans sa réalisation (fond et -surtout !- forme !) qu'il est étonnant qu'elle ait pu être menée jusqu'à sa conclusion : trente-deux épisodes, quand même ! Bien sûr, cela seul représente un succès en soi. L'incapacité dont je souffre à retenir les informations au travers de mes lectures me fait amèrement regretter de n'avoir pas connu la série au travers de sa diffusion mensuelle initiale : avoir à patienter entre chaque parution m'aurait amené à relire chaque numéros plusieurs fois et, fatalement, à mieux en assimiler toutes les perles de connaissances, si artistiquement offertes. ... Mythologie, occultisme et philosophie ; psychologie, psychanalyse et théologie... Rien que ça -entre autres !- et parfois même EN VERS (en V.O.), par dessus le marché ! Soutenu par -surtout !- le dessin académiquement parfait de J.H. William III, et une mise en page assez miraculeusement lisible et "dynamique" malgré un excès -voulu- d'enluminures et/ou même carrément de splash-pages Art-déco (!), Alan Moore -psilocybine faite mots- nous ouvre les portes de "La Connaissance" au travers des aventures formatrices que vit Sophie Bangs, séjour charnel d'une entité faite d'imagination et ayant choisi d'amener le monde à "l'Apocalypse" : Promethea, donc. C'est malin dans la séduction, précis dans l'enseignement -car très didactique et plein de références signées- mais néanmoins assez jouissif dans le traitement car ça reste un Comic-Book : humour et action ne cèdent pas grand choses aux envolées hautement intellectuelles de l'auteur. Tout l'amour de Alan Moore pour cette forme particulière de lecture pour la jeunesse est manifeste justement dans le fait de ce choix de publication. Bien sûr, la réalisation d'une œuvre aussi riche sous la forme d'un album -plusieurs !-, et avec un artiste beaucoup moins "classique" aux dessins, aurait pu aboutir à un monument du neuvième art, révolutionnaire et inclassable. Mais avoir eu le culot d'oser s'adresser à un lectorat beaucoup plus large et -surtout !- beaucoup plus jeune via cette forme de parution, si spécifique et ciblée, amplifie encore d'avantage la puissance subversive de la démarche : très fidèle à lui-même, il pousse l'amateur (pas du tout prévenu !) à se poser des questions assez profondément existentielles et -pourquoi pas ?!- à remettre en questions pas mal de ses idées sur l'existence. Quel terreau plus fertile pour planter ces réflexes de sagesse que l'imaginaire en ébullition de jeunes adolescents ?! C'est décidément très réussi : à la fois utile et beau et absolument original et unique. Preuve renouvelée de la puissance du pouvoir évocateur du médium qui, au travers de ses images/symboles, nous relie à la genèse de sa création, sur les parois obscures des grottes de nos ancêtres... Holà-là ! Je suis encore sous influence, tiens ! ... Un bémol, cependant ; imputable uniquement au fait de la volonté jusqu'au-boutiste de l'auteur de faire adhérer le propos à la forme, dans son traitement artistique : LA TYPOGRAPHIE ! Certes idoine avec le sujet, elle est plusieurs fois assez difficile à déchiffrer et, même, carrément illisible une ou deux fois (genre : en blanc sur fond blanc !). ... Culte, car œuvre de fanatique extrémiste, en fait. :)
Aldébaran
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante. L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle. Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles. Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner. Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable. Un incontournable à découvrir absolument ! Pourquoi c’est un coup de cœur ? Pour sa narration exceptionnelle, la complexité des personnages, la qualité artistique et visuelle, des thèmes pertinents et sur tout par l’originalité de cet univers.