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Couverture de la série Klaus Barbie - La Route du rat
Klaus Barbie - La Route du rat

C'est le genre de lecture que j'aimerais ne pas faire tellement Brrémaud nous introduit dans le plus noir de l'homme. Il y a de très nombreux ouvrages traitant de cette période gestapiste avec un habillage plus ou moins de fictions. Pour n'en citer que deux le très vanté Il était une fois en France de Fabien Nury où la fiction l'emporte de beaucoup sur l'Histoire malgré un bon travail documentaire, ou le remarquable Madeleine, résistante bien plus proche d'un récit historique mais vu du côté des gentils. La gageure à laquelle est confrontée Brrémaud est de centrer le récit sur "le boucher de Lyon" au risque d'y mettre une lumière et une fascination morbide qui l'humanise trop au dépend de ses victimes. C'est vrai pour toutes les biographies des pires assassins. Pour éviter cet écueil les auteurs choisissent un ouvrage au format de documentaire historique à la lecture exigeante. Comme l'indique la quatrième de couverture l'ouvrage est destiné aux "lecteurs avertis". Les dialogues sont quasi absents de l'ouvrage et la parole est laissée dans la troisième partie, celle du procès, aux victimes du tortionnaire sadique. C'est une prouesse de l'auteur que de m'avoir captivé avec un texte off en continu, relatant des faits avérés souvent proche de l'insoutenable. Brrémaud n'a pas à inventer des ressors dramatiques, le drame est présent du début à la fin sans aucun répit. J'ai lu l'ouvrage en deux fois. Certains passages donnent presque la nausée et interrogent sur la justice quand on lit le parcours du gestapiste après le conflit. L'ouvrage est partagé en trois périodes, Lyon, la Bolivie et le procès. Brrémaud ne juge pas, il laisse l'Histoire parler, il laisse même la parole aux défenseurs de l'accusé. Jean-Claude Bauer propose un graphisme qui convient bien au didactisme du récit. Ses cases sont réalistes dans les personnages, les décors et les situations. Il utilise un crayon fin qui rappelle le croquis des portraits d'audience pour être le plus précis possible. L'auteur évite les fioritures et le sensationnalisme ou le voyeurisme morbide. La torture, les enfants déportés ne sont qu'entrevus mais cela n'amoindrit pas la force suggestive du visuel, au contraire. Une lecture forte et souvent dérangeante qui donne toute sa place à la réalité historique.

13/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)
La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)

Il me fallait réécrire mon avis, qui portait préalablement uniquement sur la série "La jeunesse de Picsou", premier volume de la nouvelle collection en sept volumes que l'on peut désormais se procurer. Et pourtant, ma note ne changera pas : même si la BD que j'estime le plus n'est que le premier des sept volumes de la réédition, cette intégrale de Don Rosa se hisse au rang de culte rien que pour elle. Pour parler brièvement de l'intégrale, la compilation des histoires de Don Rosa est diablement plaisante (et la réédition très très bien faite) mais je ne dirais pas que toutes les histoires sont du même acabit. C'est variable avec du très bon, de l'excellent et quelques histoires moyennes, comme toute intégrale. L'inventivité dont il a su faire preuve réhausse cependant l'ensemble, c'est souvent drôle dans le texte et le dessin, les chutes fonctionnent plutôt bien et j'aime toujours autant l'inventivité dont il fait preuve tout en ancrant souvent l'univers des canards dans une réalité plus franche. Mais le vrai cœur de cette série, et personne ne s'y trompe, ce sont les deux premiers volumes : les douze épisodes de la jeunesse et les épisodes bis qui viennent compléter avec beaucoup de gags supplémentaires. Ces deux volumes là sont parmi les plus chéris de ma bibliothèque. Déjà pour la dédicace que j'ai pu y faire (quelle rencontre !) et surtout pour ce qu'elle a été. C'est avec La jeunesse de Picsou que j'ai découvert qu'une BD pouvait me faire pleurer. Ces épisodes m'ont fait rêver, Don Rosa réussissant l'exploit d'humaniser le canard le plus riche du monde comme jamais personne n'a pu le faire avant lui. Je pense sincèrement que son œuvre aura dépassé celle du pourtant très estimé Carl Barks. Je pourrais parler des heures de tout ce qui me plait dans cette BD, mais je ne ferais que redire les arguments que de nombreux autres personnes ont déjà dit dans des milliers d'articles, vidéos, reportages, etc … Pour rester dans un avis personnel, je pense que cette BD est parfaite pour apprendre à grandir. Je l'avais lu jeune et elle m'avait durablement marquée parce qu'elle prenait un univers mignon et coloré pour le rendre plus réaliste : plus dur, plus émouvant, plus drôle, mais aussi plus triste. Cette tristesse qui imprègne la fin de l'épisode 9 ou 11 est tout ce qui fait le sel de cette série. En grandissant, j'ai compris les références, les détails, les clins d'œil mais aussi les messages, comprenant ce que j'avais auparavant intégré sans réfléchir. Don Rosa a fait une œuvre que les enfants adorent tout autant que les adultes. Et ça, c'est fort. Je suis sans doute assez peu objectif, mais l'amour que tant de gens portent à cette série me semble révélateur de ses qualités. C'est une BD qui peut nous accompagner à plusieurs étapes de notre vie et fait rêver. Le genre de BD qui m'émeut toujours autant, qui me fait encore rire alors que je connais par cœur tout les gags dissimulés dans les planche. Parfois, je me prends à penser que Don Rosa à peut être fait la seule BD que je considère comme véritablement immanquable.

27/11/2011 (MAJ le 12/01/2024) (modifier)
Couverture de la série XIII
XIII

En lisant l'avis de Cosme je m'aperçois que je n'ai pas avisé l'amnésique aux multiples identités. Pourtant j'ai eu le temps de faire le numéro 200 car je possède les 28 albums que je relis pour certains avec délectation. Il faut dire que JVH a réussi un tour de force avec un scénario complexe aux multiples pistes. C'est complotiste, c'est improbable en de nombreux endroits, cela possède un petit air de copie de l'affaire JFK, Jason est le stéréotype du BG inoxydable bourré de bons sentiments mainstream. Tous ces éléments ont le don de m'agacer d'habitude mais ici j'ai été envouté par l'univers dans lequel se meut notre héros. Oui, JVH m'a souvent étonné par ses propositions dans les changements de cap du beau tatoué. À chaque nouvelle piste, à chaque rebondissement je suis resté collé d'enthousiasme par ma lecture. Rien de rationnel mais c'est une ambiance qui me plaît. Ensuite JVH a su créer une galerie de personnages gravitant autour de Jason qui méritent bien le premier rôle que leur a fourni le spin off de XIII Mystery. J'en cite seulement deux pour faire court : Jones qui aurait pu être mon avatar (si Linda ne l'avait pas précédée) et la Mangouste. Les images du bien et du mal qui gravitent autour de Jason qui possède lui, un contour plus flou. J'ai bien apprécié la suite proposée par Y.Sente et dont je me demande comment il se sortira de sa politique fiction bien aventureuse. J'aime beaucoup le travail graphique de Vance. Dans Ramiro il montrait déjà les qualités d'un dessin réaliste très détaillé dans ses décors et très expressif dans ses personnages aventureux. Avec XIII son trait s'est allégé pour faire ressortir la dynamique du récit d'une façon encore plus intense. J’ai transpiré dans la jungle du Costa Verde et grelotté avec les rednecks de Greenfalls mais je me suis toujours senti proche de XIII. Je n'ai vu aucune adaptation filmée de la série et je ne tiens pas à en voir tellement j'ai passé de bons moments avec les images de Jones, Jessica ou Maria. Sacré veinard ce XIII.

11/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maria
Maria

Je ne connaissais pas Kazuo Kamimura, dont la bibliographie semble assez étonnante et intéressante, mais j'avais envie de lire la série "Maria" depuis longtemps, attiré par les couvertures, le nom de l'auteur et surtout parce qu'elle n'était pas sur le site BDthèque. La lecture fut étonnante, autant sur l'histoire que sur le dessin et surtout le sujet. La Bd date du début des années 70 (la première version du moins) et malgré ses cinquante ans aujourd'hui, elle reste terriblement d'actualité. Qu'a donc vécu Kamimura pour écrire une histoire de ce genre ? Le scénario est très flottant, dans une ambiance qui ne se pose jamais véritablement. On passe d'une lycéenne qui semble se donner facilement à une fille qui l'aime à un conflit familial, puis à une errance dans le Japon, le temps de se poser dans un petit village et la fin arrive, loin de tout. Je ne saurais pas retranscrire exactement l'ambiance, mélancolique et désenchantée. C'est assez étrange à lire mais très prenant. Le dessin frappe d'entrée de jeu. Entre le portrait de Maria, en finesse et visiblement inspiré par des peintures japonaises et son trait qui est assez typé dans le genre du vieux manga, c'est un étonnant mélange mais dont la finesse fait ressortir la beauté qu'il veut fixer. Il y a un vrai travail de composition et de caractérisation par le dessin (j'y reviendrai). C'est d'autant plus étonnant qu'il ne s'embarrasse souvent pas de décors ou d'éléments concrets entourant son personnage. Le vide de l'existence est ici symboliquement présent partout. Au-delà de ces qualités, la vraie force de l'œuvre, c'est son propos. Maria est une jeune femme très évanescente mais aussi diablement concrète. Elle refuse de jouer le rôle qu'on lui a assigné dans la société japonaise : mauvaise fille, mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise amie, elle n'est jamais la femme idéale. Pourtant sa beauté saisit tout les hommes et femmes qui croisent sa route. Elle est révélatrice de l'hypocrisie de cette société, en déclenchant chez les autres les comportements que l'auteur condamne. C'est particulièrement net dans le regard des hommes, qui la voient tous comme une femme hautement désirable voir parfois la femme de leur vie. Ces comportements machistes et puérils sont mis en lumière dans le regard, l'attitude, les gestes, les propositions déplacées… Maria navigue dans un monde où sa condition de femme est une souffrance, mais qu'elle se refuse à porter. Il y a de nombreux sujets évoqués : la dualité mère-putain, assez explicite dans le récit, mais aussi plein de sujets que je ne m'attendais pas à voir explorer par un mangaka des années 70 : homosexualité (masculine et féminine), divorce (Kamimura semble partisan de celui-ci), pouvoir détenu par les hommes, prostitution, inceste, viols, violence éducative, craintes superstitieuses… C'est sombre, très sombre, à ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourtant, le manga est positif, malgré toute cette noirceur. Comme une nouvelle naissance, Kamimura s'empare de son personnage pour rejeter une société qu'il n'aime pas. Une société qui opprime les femmes en les confinant au rôle de mère/épouse ou de putain de service pour assouvir les besoins des hommes, toujours seigneurs et maitres. Il critique également le rôle bien trop important de la famille ainsi que ce qu'il faut y sacrifier. Le tout est exposé par une Maria qui sait jouer de son corps pour rendre fou les hommes, mais se pose aussi des questions sur l'éducation qu'on donne aux jeunes hommes. Son personnage est un véritable catalyseur de tout ce qui dysfonctionne, mais met aussi en lumière ce qu'il y a de bon dans l'être humain. Plusieurs histoires semblent presque anecdotiques dans le récit mais renvoient, selon moi, à ce que Kamimura déteste de sa société. Mais sa fin heureuse, en tout cas positive, invite à un nouvel espoir. Peut-être porté par les idéaux de la période (nous sommes juste après mai 68) il semble annoncer une jeunesse qui va vivre différemment. Et cet espoir final est très beau. Inspiré de cinéastes, sans aucun doute, Kamimura fait de son histoire un pamphlet que je ne peux m'empêcher de trouver féministe, non pas en avance sur son temps mais intemporel. La place de Maria dans la société, sa vie et ses choix sont étonnants mais résonnent terriblement justes. Vouloir être autre chose que ce qu'on attend de nous ne sera pas sans heurts. Je suis très volubile, mais la lecture de ce manga a été un petit choc. J'en suis ressorti sonné, avec un long moment de réflexion et de regard dans le vide. Je crois bien qu'il y a là quelque chose qui m'a touché. Quelle corde sensible ? Impossible de le dire immédiatement, mais cette lecture va résonner encore en moi. Je ne regrette ni l'achat ni la lecture de ce manga qui me semble incroyablement bon.

11/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dans l'intimité de Marie
Dans l'intimité de Marie

Je me suis permis de remodifier cet avis après moults relecture et y avoir longuement réfléchi. Parce que cette série est marquante à plus d'un titre. Et surtout, je suis étonné du peu d'avis concernant cette série, surtout portant sur sa globalité. Car si il elle a bien quelque chose de remarquable, c'est qu'elle n'est vraiment considérable que dans son ensemble. Et c'est dommage que si peu d'avis en parlent. Si je lui accorde une telle note, c'est que je considère qu'elle réussit un tour de force avec tout ce qu'elle a à disposition. L'auteur a réussi à faire une fin qui donne à elle seule la saveur à la série, en donnant envie de relire l'ensemble des neufs tomes pour redécouvrir l'histoire sous son nouveau jour. Et c'est brillamment réussi, car nous découvrons tout les indices semés par l'auteur au fur et à mesure de la lecture. C'est mené d'une main de maitre tout au long des différents tomes. Sa tenue est telle qu'il parait évident que l'auteur l'avait parfaitement en tête tout au long de l'écriture. L'ensemble se tient comme une seule grande histoire découpée en chapitres successifs. L'histoire est intelligente, partant d'une idée semblant déjà vue mais qui poursuit dans une direction résolument adulte et psychologique, loin de toute considération humoristique (l'humour étant absent du manga). Cette histoire développe d'ailleurs une ambiance assez sombre, tirant vers le glauque par moment. Les thèmes développés vont de l'adolescence et de la sexualité aux différences entre hommes et femmes, avec des problématiques autour du point de vue (social, moral …). La question du sexisme est abordée d'une façon originale, par exemple. Le dessin, lui, s'étoffe au fur et à mesure, donnant de magnifiques cases très chargées en émotion, jouant même avec des peintures dans le volet final. L'évolution du dessin passe notamment par les cadrages, soignés et travaillés, qui jouent sur le regard et le point de vue, dans une mise en scène immersive. Nous sommes de plein pied dans la question du regard : regard sur soi, sur les autres, voyeurisme et point de vue. D'ailleurs il transparait parfois quelque chose de presque beau même si l'ensemble reste baigné d'étrangeté. C'est difficile à expliquer, mais il dégage une impression de beauté par le malaise. Dans l'histoire, c'est justifié mais ça crée un décalage assez saisissant. On joue en permanence sur deux tableaux, l'étrangeté de la beauté et le malaise du corps, dans un regard très ambiguë. Ce manga est passé un peu inaperçu, du moins j'en ai l'impression en voyant le peu de commentaires ou d'avis que je peux trouver sur le net, et je trouve ça dommage. Car une série qui a réussit à la fois à être aussi prenante et surprenante, aussi profonde et aussi chargée, c'est rare. Surtout que je l'ai relu plusieurs fois en connaissant cette fin, et que le manga ne perd pas un iota de sa force. Il s'agit sans doute d'une série qui m'a marquée durablement et profondément. Je m'en rends compte plusieurs années après avoir écrit mon premier avis parce que je suis désormais en train de l'offrir à des jeunes filles de ma famille comme cadeau. Parce qu'après l'avoir fait lire à ma copine, il m'apparait clairement que la série est d'une grande force pour une jeune femme qui se cherche. C'est le genre de manga qui apprend à grandir, mais pas de la façon dont beaucoup l'imaginent. C'est plus cru, plus collé au corps mais aussi aux émotions. Si encore aujourd'hui ce manga reste marquant dans la somme de lecture que j'ai englouti ces dernières années, c'est qu'il est traversé de quelque chose de puissant. Je ne le pensais pas à la première lecture, mais mon premier avis date d'il y a 6 ans maintenant, et je continue de considérer ce manga comme un de plus importants de mes lectures. Oui, indubitablement, il m'a marqué.

17/11/2017 (MAJ le 09/01/2024) (modifier)
Par Cosme
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série XIII
XIII

Je regarde le thème « On en parle », et je vois que XIII est à 199 avis… alors c’est trop tentant, je serais celui qui lui fait son deux centième avis, et qui par la même occasion fera de XIII la première série à franchise la barre des 200 avis sur ce site ! XIII, j’ai découvert ado, c’est le copain de ma sœur à ce moment là qui m’avait prêté les 7 ou 8 premiers albums. Oulala! Mais comme je ne m’y attendais pas, comme j’ai été surpris de découvrir une si bonne série, quelle claque, je découvrais à peine la BD pour ado et adulte, (autre chose que les BDs jeunesses type Les Tuniques Bleues et compagnie), et je tombe sur ça! Autant dire que ça m’a conforté dans le goût et la passion de la BD. Puis des années plus tard je me suis acheté la série (jusqu’au tome 19 je tiens à le préciser, je n’ai jamais lu plus loin que cet album, ni aucune série dérivée). Van Hamme utilise ici tous ses talents de scénariste, et oserais je dire qu’il atteint ici l’apothéose de son talent…? Allez, j’ose, c’est un deux centième avis quand même, alors je me lache! De l’action, des mystères, des questionnements, des rebondissements, tout! Tout y est présent et parfaitement écrit, dosé, millimétré! Un vrai travail d’orfèvre. Quand au dessin de Vance, et bien je continue sur mon enthousiasme, également il atteint le point culminant de son talent pour cette série. Tout y est splendide, fait avec précision et passion ! Et lorsqu’on voit qu’elle a atteint les 200 avis, avec une moyenne aussi élevé, des adaptations télé (que je n’ai pas vu), des adaptations jeux vidéos (et oui moi aussi j’y ai joué sur Game Cube et PS2), on ne peut qu’objectivement considérer que c’est une série culte, qui mérite largement ses 5 étoiles, même si elle peut ne pas être apprécié, ça serait être de mauvaise fois de nier l’influence qu’elle a eu sur la culture BD. Si vous n’aviez jamais lu XIII, je vous laisse lire les nombreux avis élogieux, ils vous convaincront. Enfin non, ne perdez pas de temps à les lire, lisez la série directement, foncez-y même!!! Que faites vous encore sur ce site ??? Vous devriez déjà être en train d’arriver chez votre libraire ! Cette série fait partie des séries qui m’ont forgé ma passion pour la bande dessinée, alors Monsieur Van Hamme, Monsieur Vance, merci de tout cœur !!!

09/01/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Daredevil / Echo - Quête de Vision (Daredevil - Echo)
Daredevil / Echo - Quête de Vision (Daredevil - Echo)

Ce comics est tout sauf une histoire de super-héros. Il se rapproche davantage au roman graphique. Pour commencer, Daredevil a un rôle mineur dans cette histoire (seulement quelques planches), tout comme le Caïd. Par contre, Wolverine aura un rôle important dans la seconde partie du récit. C'est bien Maya Lopez, alias Echo, qui en est la vedette. Je découvre ce personnage avec cette BD, elle fait sa première apparition dans Daredevil (vol 2) #9 en 1999 avec Joe Quesada au dessin et David Mack au scénario. Elle est amérindienne et sourde, ce qui n'est pas courant dans le monde des super-héros. Elle a la particularité d'avoir des réflexes photographiques ce qui lui permet d'assimiler et de reproduire tout ce qu'elle voit, des techniques de combat à jouer du piano. Echo doit renouer avec son passé pour donner un sens à sa vie, et la culture amérindienne sera au centre de l'histoire. On va suivre le cheminement de sa quête d'identité. Rien de révolutionnaire donc, mais la réalisation est hors norme ! David Mack est à la baguette et il va bousculer tous les codes de la narration. D'abord le texte, aidé du langage des signes, il n'est pas seulement dans les bulles, il est partout, il vous faudra même retourner la BD pour le lire. Ensuite le dessin, plusieurs styles graphiques, tous maîtrisés et magnifiques, il peut changer d'une planche à l'autre et même d'une case à l'autre, de même pour la colorisation qui suit l'évolution du dessin. Et enfin, une mise en page éclatée. Mais rien n'est gratuit, on est ainsi au plus proche de l'introspection d'Echo, de ses émotions. Un récit dense qui joue sur l'identité amérindienne, la différence, le spirituel avec la quête hallucinogène d'Echo, mais aussi sur les langages à travers la gestuelle, la musique et la peinture, d'ailleurs de nombreuses cases vous feront penser à des peintres célèbres : Gustav Klimt, Pablo Picasso ou Vincent van Gogh entre autres. Du très grand art. Les expérimentations de David Mack ne feront pas l'unanimité, mais ce comics est une formidable porte d'entrée pour découvrir le génie de cet artiste. Et comme le dit si bien Ems ci-dessous : cette œuvre ne se lit pas, elle se ressent. Gros coup de cœur. "Tu es le shaman d'une tribu sans frontières".

08/01/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Aya de Yopougon
Aya de Yopougon

Je m'aperçois que je n'ai jamais avisé Aya alors que cela me semble être la série culte par excellence, et alors que je viens de lire le 8ème tome, j'en ressors toujours aussi avide de lire la suite. J'ai lu des avis qui trouvaient que la série aurait du s’arrêter à deux tomes, et au moment de la sortie j'étais peut-être sur les mêmes positions (autour de 2007). Mais à l'heure des séries Netflix, il me semble que nous avons changé d'attentes vis-à-vis des séries. Le modèle n'est plus le manga, où il ne se passe pas grand chose mais où les actions se répètent dans un monde imaginaire. Ici nous allons plutôt dans l'accompagnement quotidien, qui mine de rien, nous fait avaler pas mal de pilules qui pouvaient sembler amères à la majorité (les divorces, les seconds bureaux, l'homosexualité, la transidentité, la famille monoparentale, les mariages entre cultures différentes, etc...) C'est un nouveau type de composition, effectivement assez décomposé au sens où personne ne songerait à imaginer des épisodes avec une montée dramatique autour d'un enjeu difficile à résoudre et se finirait par la solution du problème. Ici mille problèmes se posent en même temps, certains sont en voie de solution, d'autres sont juste découverts, certains soulèvent des hauts cris, d'autres sont acceptés, etc...Comme dans la vraie vie, l'imprévu est le maître. C'est une sorte d'image de la vie qui dédramatise les mouvements de la société et nous les fait voir ici chez Aya d'un point de vue humoristique et touchant. Aya est celle qui représente le bon sens rationnel que notre approche du XXIème siècle européen présente comme désirable. Marguerite Abouet prend comme paysage la banlieue d'Abidjan de son enfance, le parlé local et son folklore. Ces particularismes nous font rire et l'humanité des personnages nous touche. Bref c'est drôle, caricatural, en même temps que juste. C'est un monde qu'on aime retrouver. Le dessin, et la couleur, de Clément Oubrerie me plaisent aussi beaucoup (comme dans Pablo, Zazie dans le métro ou Isadora) , il maîtrise les regards à la perfection et a su croquer les silhouettes africaines, dans leur variété. (pas de problème pour identifier les personnages, pourtant très nombreux)

07/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Requiem - Chevalier Vampire
Requiem - Chevalier Vampire

Clairement déjà une œuvre pas pour tout le monde, un mélange baroque et gothique avec des décors saturés d’idées plus hallucinées les unes que les autres. Requiem n’est pas une histoire linéaire et agréable à suivre, requiem est un train fantôme fou nous faisant visité un enfer ou valeurs morales et chronologie sont inversées. Ici, le bien est une maladie, l’ordre est un fléau, « on rejette le progrès et on embrasse la décadence », attendez vous donc à ça, une décadence totale magnifiée par le trait brillant de Ledroit et par un univers sincèrement passionnant à visiter. Je conseillerais d’essayer au moins avec le tome 1, cela dit, le gore et l’aspect éclaté du récit et des dessins ne sont véritablement pas pour tout le monde, j’espère que c’est aussi fait pour vous, en tous cas c’était fait pour moi…

06/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Madeleine, résistante
Madeleine, résistante

Angoulême 2022 prix Goscinny du meilleur scénario. " une BD ? Mais c'est pour les mômes !! " éructa Madeleine Riffaud après la proposition de JD Morvan. Heureusement madame Riffaud, vous avez changé d'avis pour le plus grand bien des lecteurs et du monde de la BD où votre témoignage va prendre place parmi les étoiles. Ce premier tome d'une trilogie qui fait le récit de votre action comme résistante parisienne de 17 ans est une merveille. C'est si rare d'avoir le récit vécu d'une personne considérée comme Terroriste, sortie des griffes de la Gestapo, qu'on ne peut qu'être admiratif au tableau de vos actions. Le récit est tellement fluide, tellement logique dans les enchaînements que cela donne l'impression que JD Morvan a été le déclencheur heureux d'une aspiration à la vérité que vous n'aviez pas pu encore mettre en forme. J'ai l'impression que JD Morvan par son écoute humble, attentive, bienveillante et professionnelle a su livrer un récit dramatique, cohérent et incroyablement vivant pour construire cet album. C'est très émouvant et poignant car les personnages que vous décrivez ne sont pas âmes de papier mais bel et bien vos amis qui sont tombés sous la barbarie et qui vivront longtemps dans nos souvenirs grâce à cet album. J'ai beaucoup aimé l'hommage que vous rendez à ces soldats de l'ombre qui n'avaient pas vocation pour cela, les médecins, les prêtres ou les cheminots. Tous probablement d'opinions très différentes mais ici unis par l'amour de la liberté chérie. Il existe des hommes qui réussissent à transformer leurs lectures les plus chères que ce soient les poésies d'Eluard ou d’Aragon ou les Evangiles en véritables actions affranchies de toute peur. C'est un récit de courage et de femme moderne. Être une femme dans ces moments c'est double risque, et l'histoire le montre bien en plusieurs endroits. Aucune courtoisie à attendre, au contraire les tortionnaires savent se montrer doublement sadiques. Devant une telle histoire on aurait pu craindre que Dominique Bertail au dessin soit écrasé par le récit. C'est tout le contraire. Je trouve le dessin formidable. Par contraste dans cette atmosphère de mort et de maladie, il n'y a que beauté. Beauté de la campagne picarde et du village, beauté du massif de la Chartreuse, beauté des extérieurs d'un Paris occupé et bien sûr beauté d'une jeune fille de 17 ans avec son amoureux. La mise en page est très moderne avec des doubles pages magnifiques. Je ne crois pas prendre un grand risque en pensant que le grand Goscinny doit être fier d'avoir le nom de Madeleine Riffaud alias Rainer dans sa liste de lauréat(e)s. Une bien belle série à faire lire "aux mômes" dès le collège mais pas que (loin de là) Après la lecture du tome 2 je confirme ma note qui reflète l'excellence du récit de Madeleine Riffaud très bien mis en scène par Morvan. Madeleine alias Rainer (un nom allemand !) a pris des responsabilités au sein de la Résistance parisienne du Quartier Latin. Le récit est de plus en plus prenant dans ce tome qui se focalise sur les rouages des groupes de résistants et le danger des actions menées. En cette année 44, l'ambiance change mais les risques sont toujours aussi grands. Le graphisme de Bertail dans un mode réaliste nous emmène aux côtés de Rainer et de ses amis dans un Paris à la fois familier et si différent. À lire, absolument

09/05/2022 (MAJ le 05/01/2024) (modifier)