Les derniers avis (7619 avis)

Par bab
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Watership Down
Watership Down

Ro a tout dit ! Il est fort ce Ro... L'objet m'est tombé dans les mains chez ma libraire. L'édition est magnifique. Une couverture superbe, très travaillée, un papier texturé. Un livre qui fait plaisir à avoir (quand on aime avoir des livres). Je ne connaissais pas le roman, ni l'histoire, mais le quatrième de couverture et le conseil de Corinne (ma libraire donc) m'ont rapidement décidé que le jeu, ou plutôt le prix, en valait la chandelle. Je ne reviendrai pas sur le pitch. Cette aventure épique est fabuleusement menée. Lu en plusieurs fois (350 pages quand même), j'attendais la suite avec impatience. Découpée en chapitres courts, la création de cette garenne par Hazel et ses compagnons nous tient en haleine de bout en bout jusqu'aux dernières pages, qui viennent appuyer la poésie du folklore et des croyances créés par l'auteur autour de nos lapins. La carte et le glossaire à part sont vraiment malins, bienvenus sans qu'il n'y ait besoin de le consulter à chaque page. Côté graphique, c'est beau et simple. Pas de fioriture, une ligne soignée, claire qui appuie parfaitement le côté poétique du récit, mais aussi bien les aventures et combats. Certaines pages rendent magnifiquement le dynamisme des actions. Cependant, rien ne ressemble plus à un lapin... qu'un lapin. Certes, chacun portent ses différences, ses marques, ses cicatrices mais il n'est pas toujours simple de savoir à qui nous avons affaire. Cela nécessite de l'attention et parfois quelques retours en arrière pour bien comprendre qui fait quoi. Cela n'entrave pas la qualité du récit, mais nécessite une lecture "concentrée". Je rejoins Ro, une bien belle histoire qui mêle aventures, bagarres, amitiés, entraides et soutiens. Moi qui croise 10 lapins par jour sur les routes de campagne, je ne vais plus les regarder de la même façon ! Un roman graphique à lire, à faire lire. C'est beau, c'est une belle histoire, une belle aventure.

09/05/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pigments
Pigments

Les pigments, c’est juste ce qui les a rendues visibles, ces caresses. - Ce tome correspond à une anthologie réalisée par huit bédéastes différents relatant une expérience commune. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par des auteurs complets ayant chacun réalisé le scénario, les dessins et les couleurs de leur segment, par ordre d’apparition avec leur surnom entre parenthèses et le nombre de pages réalisées : Pascal Rabaté (Chafouin, trois segments pour un total de dix pages), Étienne Davodeau (Auroch, dix pages), Emmanuel Guibert (L’abbé, douze pages), Edmond Baudoin (Lou Cabra, douze pages), Chloé Cruchodet (Pipistrelle, treize pages), Troubs (Belette, dix pages), David Prudhomme (Bison sensible, seize pages), Marc-Antoine Mathieu (Cro-Ma, trois pages). Le tome commence par un article de huit pages (du texte illustré par des photographies) rédigé par Marc Azéma, intitulé : Picasso, Soulages, Barceló en ont rêvé…. Les Rupestres l’ont fait ! L’auteur évoque les grottes de la région, la reconnaissance d’un art pariétal paléolithique, la technique du fac-similé de grotte ornée (pour réaliser Lascaux II), ses travaux de chercheur sur la représentation du mouvement dans l’art paléolithique, son livre La préhistoire du cinéma, l’album Rupestres ! (2011, par Davodeau, Guibert, Mathieu, Prudhomme, Rabaté, Troubs), et l’expérience relatée dans cet album. À la fin se trouve un dossier de quarante-six pages de photographies prises par Rémi Flament, montrant les bédéastes à l’ouvrage ainsi que leurs réalisations dans la grotte, et un article de deux pages sur les grottes du Quercy. Devant l’entrée de la grotte de la Sagne, une personne accueille le groupe d’artistes en leur expliquant que voici donc la grotte où ils vont œuvrer pendant dix jours. Ils ne travailleront qu’à la lampe frontale et qu’avec des pigments naturels. Les deux derniers compères qui participent à l’expérience arriveront demain. Un des participants ironise qu’il s’agit d’une sorte de Koh-Lanta pour dessinateurs-rices. Vient ensuite une vue de dessus de ladite grotte, puis une autre de la grotte de Pech Merle. Au sein de la grotte lieu de l’expérimentation : une culture de shiitake en pots, une table avec des pigments naturels et du matériel de dessin, et des bidons d’eau de chaux. Printemps 2021, Étienne Davodeau est à sa table de dessin et il répond à un appel téléphonique. Parfois, quels que soient les retards sur les travaux en cours, quels que soient les impératifs des agendas, des propositions impossibles à écarter arrivent. Cette petite vallée du Lot l’appelle donc à nouveau. Il y file pied au plancher. La première fois, c’était pour y dessiner avec quelques camarades au fond des grottes, face aux magnifiques œuvres de leurs collègues du paléolithique. De cette inoubliable expérience est né le livre collectif Rupestres ! La deuxième fois, c’était pour y retrouver ce petit mammouth de 22.000 ans qu’ils y avaient croisé. Encore aujourd’hui il ne sait pas exactement pourquoi ce petit dessin le fascine tant. L’introduction de Marc Azéma et celle de deux pages de Rabaté établit bien l’expérience : dix jours à réaliser des peintures rupestres pour sept artistes (Marc-Antoine Mathieu réalisant ses trois pages à partir d’une galerie), dont cinq avaient déjà participé ensemble au précédent projet : rêver et réaliser un livre en forme de grotte ornée avec ses galeries étroites, ses grandes salles, des zones d'ombres, des goulets et leurs questions… Le présent tome comprend donc un chapitre réalisé par chacun des artistes, une introduction et un épilogue réalisés par Rabaté. Chacun relate à sa manière cette expérience, tous à la première personne, certains en se mettant tout seul en scène, certains en évoquant quelques-uns des autres participants, et Guibert en mettant en scène un dialogue avec Edmond Baudoin. Ils ont chacun disposé d’une pagination adaptée : deux chapitres de dix pages, deux de douze pages, un de treize pages, un de seize pages, et les trois chapitres plus courts de Rabaté, ainsi que l’épilogue de trois pages de Mathieu. Les récits vont du commentaire sous forme d’échange (Guibert & Edmond), au récit de la réalisation effective des dessins par Troubs. De la même manière, les registres picturaux présentent des caractéristiques différentes d’un artiste à l’autre : un esquissé pour la séquence introductive, dans une veine réaliste pour Davodeau, sous forme de deux personnages comiques (sans arrière-plan) pour Guibert, des illustrations narratives mêlant plusieurs registres picturaux pour Baudoin, les délicates aquarelles de Cruchaudet, jusqu’au reportage photographique intitulés Pigments. Le lecteur entame la première histoire : sous le charme des dessins au trait de contour fin et délicat, évoluant dans le cocon de la douce lumière qu’elle soit extérieure et vive ou artificielle et dirigée vers la paroi. Il suit le flux de pensées de l’artiste. Davodeau s’apprête à dessiner comme ses collègues du paléolithique, avec les mêmes pigments. Pourquoi dessinaient-ils à l’âge de pierre ? Pourquoi eux dessinent-ils maintenant ? Tenter de répondre, c’est peut-être déjà enfermer l’idée. Dessiner quoi ? Ils verront. Ce qui compte, c’est le geste. Et pour des auteurs de bandes dessinée, habitués à l’espace exigu des cases de leurs pages, parcourir les parois de cette grotte, c’est dessiner avec tout le corps. Dessiner des jours entiers, et surtout dessiner ensemble. Autant que dessiner, un d’eux aime voir dessiner. Voir naître le dessin d’un autre, c’est voir une intelligence au travail. Le lecteur est pris dans un flux narratif, une histoire avec un début (l’appel téléphonique) une fin (la réalisation d’un dessin à l’extérieur), un point de vue et un ressenti. Le rythme se trouve rompu par la séquence suivante : quatre pages réalisées par Rabaté, qui comprennent, chacune, trois cases de la largeur de la page pour faire apparaître la longueur du boyau souterrain, avec les silhouettes des artistes en ombre chinoise, en train de réaliser leurs œuvres, ceux du côté gauche en entrant, puis ceux du côté droit. C’est le regard que porte Rabaté sur ses collègues, détaché, observateur, factuel, avec une prise de recul pour voir cette situation comme s’il y était extérieur. Puis le lecteur est pris par surprise par cette mise en scène des avatars de Guibert et Baudoin en petite silhouette arrondie, traits simplifiés, dans une pantomime faisant la part belle à la gestuelle, pour un dialogue. Ils papotent, échangeant leurs impressions, leurs connaissances sur le contexte de la peinture rupestre, échafaudant des hypothèses sur l’état d’esprit des artistes de l’époque, n’arrêtant pas de bouger. Ce chapitre se termine également par les réflexions de ce créateur sur cette expérience, sur le fait de pouvoir regarder les autres travailler : Sept peintres rupestres badigeonnent la muqueuse d’une caverne. C’est jouissif, de peindre sur la roche. Et rébarbatif. Et instructif. D’abord, il n’y a pas de format, pas de toutes les surfaces, du lisse au buriné, du plat au boursouflé, du ruisselant au sec. À chacune son lot de plaisirs et de désagréments. Les peintres tour à tour se mélangent ou s’isolent. Quand ils s’isolent de quelques mètres, ils s’entre-regardent parfois du coin de l’œil. Ils voient, dans le noir, une petite silhouette coiffée d’un lumignon s’escrimant contre une paroi. Elle émeut, cette petite silhouette. Le lecteur tourne la page… Et là… Là, il découvre le chapitre réalisé par Edmond Baudoin. Extraordinaire ! La sensibilité des peintures rupestres au travers de dessins peints, libérés de la structure des cases, entremêlant des images entre elles, tout en conservant la sensation d’une lecture graphique et d’une progression, avec des cellules de texte à la frontière du commentaire et d’un flux de pensée libre, évoquant aussi bien la pratique des artistes préhistoriques, que celle de ses collègues qu’il observe, le caractère éphémère de celle qu’il réalise, agrémenté d’une citation de Gilles Deleuze (1925-1995 – S’il n’y a pas dans un tableau une rébellion de la main par rapport à l’œil, c’est que le tableau n’est pas bon.) et d’une de Charles Baudelaire (1821-1867 – Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le soir ; il descend ; le voici : une atmosphère obscure enveloppe la ville, aux uns portant la paix, aux autres le souci.), et s’achevant sur un dessin réalisé après, une page contenant quelque chose d’essentiel. C’est à la fois unique, une expression de la personnalité profonde de ce créateur, et universel. Ce chapitre mérite à lui seul la lecture de l’ouvrage. Pour autant, le reste n’apparaît pas fade au regard du chapitre d’Edmond Baudoin. Chloé Cruchaudet rend compte de cette expérience de son point de vue, avec sa propre sensibilité, des dessin plus délicats : elle parle de son manque de confiance, de ses interrogations quant à ce qu’elle peut représenter, de son adaptation progressive à la grotte, apprenant à connaître ce milieu, trouvant une façon de s’exprimer en adéquation et en phase avec cet environnement extraordinaire. Troubs réalise des dessins plus organiques, focalisés sur la paroi qu’il s’apprête à transformer par ses dessins, montrant comment le support même agit sur sa créativité, comment la matière participe à décider de son sujet. À sa manière, David Prudhomme balaye un spectre aussi large que celui de Baudoin, avec une sensibilité différente, une expression de sa personnalité et de sa pratique du dessin qui lui est propre, proche du credo : Dessiner, c’est enregistrer un parcours de l’œil, de la main, du pied, de la bouche, du corps de l’esprit sur un support. Il continue : L’image immatérielle est une image hors du temps, un dessin donne toujours une notion de temps nécessaire à sa création. Le dessin est un art de la trace et les amateurs de dessins sont des pisteurs. Ce voyage guidé initiatique se termine avec la dernière soirée passée entre artistes. Et l’épilogue de Mathieu fait apparaître l’universalité de des surfaces de monstration des dessins, comment celle de la grotte et celle de la galerie se confondent. Curieux, le lecteur découvre ensuite le copieux reportage photographique, très beau, qui lui permet de voir de manière plus prosaïque le concret des expériences relatées en toute subjectivité par les artistes. Peindre à la manière des hommes préhistoriques dans une grotte ? La lecture de cet ouvrage s’avère tellement plus que ça : une expérience chorale, vécue au travers de sept artistes différents, chacun avec leur personnalité. Chacun a choisi de mettre en avant des aspects et des thèmes qui lui importent, de la question de savoir quoi représenter, à la source d’inspiration, en passant par le questionnement sur ce qui pouvait inspirer les hommes préhistoriques, quel pouvait être leur état d’esprit, leur motivation. Le lecteur en ressort marqué par ces différents points de vue de ces créateurs tous praticiens expérimentés du dessin. Il se retrouve subjugué par la plénitude de l’expérience de lecture du chapitre d’Edmond Baudoin, véritable chaman. Une visite guidée que le lecteur prolongerait bien en allant visiter cette grotte par lui-même.

08/05/2025 (modifier)
Par Marie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Molière - Le théâtre de sa vie
Molière - Le théâtre de sa vie

Un bijou de rigueur et de tendresse. On croit connaître Molière, on croit tout savoir… et pourtant, cette BD fait l’effet d’une redécouverte. Chaque page respire l’amour du théâtre, le respect des faits, et une profonde humanité. On y sent le souffle de la scène, les failles d’un homme, et le travail patient des chercheur·euse·s qui ont éclairé son parcours, notamment Georges Forestier, à qui ce livre rend hommage. Accessible, intelligent, fidèle aux programmes scolaires, mais surtout bouleversant de justesse. Merci pour ce morceau de vie, d’histoire, de mémoire.

07/05/2025 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Champs de Bataille - L'histoire enfouie du remembrement
Champs de Bataille - L'histoire enfouie du remembrement

Mon dieu, quelle horreur... J'ai mis des mois à réussir à lire cette BD que j'ai dû reposer au moins trois ou quatre fois, en ne voulant plus y toucher le temps de me calmer. J'ai rarement été autant énervé par une BD. Réellement énervé, au point de ne pas avoir l'envie de lire la suite et que je me sentais obligé d'aller faire autre chose et ne plus y penser. Balayons directement la question de la forme : vous avez aimé Algues vertes - L'Histoire interdite ? Foncez, c'est tout aussi bon et clair, didactique et étayé. Le dessin est efficace, la narration pas trop lourde et quelques fulgurances traversent la BD comme cette envolée des paysans qui disparaissent, montant au ciel les bras en croix. Symbole et métaphore, tout est clair. Pour le reste, par contre... Quelle claque, quelle horreur. A écrire ces mots après une lecture finie récemment, je suis encore plus en colère. Cette BD, ce n'est pas le genre d'informations qui m'a fait comprendre quelque chose qui m'effraye, lié au changement climatique, à la dégradation des sols et l'épuisement des ressources. Elle est allée au-delà, elle m'a mis en fureur. Celle qui m'a fait tourner en rond chez moi en ressassant des pensées pendant des heures. Le sous-titre de catastrophe écologique et sociale est amplement méritée. Au vu des informations que j'avais déjà et au sortir de cette lecture, j'ose affirmer que ce dont elle parle est probablement la plus grande catastrophe du XXè siècle. Au-delà des génocides, des dictateurs, des bombes nucléaires, ce qui s'est joué là a brisé quelque chose de fondamental dans l'humanité, quelque chose qui s'est construit pendant des milliers d'années et qui a définitivement disparu : la transmission de l'agriculture et des terres, des pratiques, de tout ce qui a été fait. Voir ces paysages dévastés, ces gens méprisés, exploités et désormais devenus esclaves d'une chaine de production, relégués au statut d'ouvrier d'usine mais croulant sous les dettes, toujours moins nombreux sur toujours plus de terre, avec toujours plus de matériel. Sincèrement, j'ai rarement été énervé à ce point par une BD qui met en lumière ce qu'est réellement ce remembrement, premier acte d'une transformation radicale de l'agriculture. Je pense que personne ne peut mesurer l'ampleur de son action, la dévastation des campagnes, de nos eaux et de nos airs. La façon dont cette transformation de l'agriculture a impacté si fort notre mode de consommation, nos vies, nos systèmes sociaux, notre conception du monde... Il y a des témoignages qui donnent envie de pleurer et d'autres qui donnent envie de sortir le fusil pour aller tuer certaines têtes précises. Mais surtout, la BD oblige presque le lecteur à se battre contre cela, à s'investir pour sauver ce qui peut encore l'être. Nous sommes passés à moins de 400.000 agriculteurs en France, il faudrait au moins 1 million de plus... Qui va y aller ? Parce qu'il devient crucial de le faire...

06/05/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Downlands
Downlands

Un futur incontournable ? Sans aucun doute ! Norm Konyu est canadien, il vit actuellement dans le Sussex, il a travaillé de nombreuses années dans l'animation. Il s'est orienté dernièrement vers le neuvième art, après son adaptation de L'Appel du Cthulhu (comics qui a failli garnir ma bibliothèque), il se lance dans ce projet personnel. Un récit qui s'appuie sur la mythologie, la géographie et le folklore du sud de l'Angleterre, sa région d'adoption. 1994 dans un village du sud de l'Angleterre, un garçon de 14 ans, James Reynods, vient de perdre subitement sa sœur jumelle Jen. Une perte qui plonge James et ses parents dans un deuil impossible. C'est l'apparition d'un chien noir, que seule Jen a vu la veille de sa mort, qui va pousser James à fouiller dans le passé du village et il va découvrir d'étranges histoires. Des histoires qui vont lui ouvrir des portes, des portes sur un autre monde. Mais toutes les portes ne sont pas bonnes à ouvrir. La vie laisse une empreinte, mais la mort laisse la plus forte empreinte qui soit. On peut les appeller fantômes ou esprits, mais ce ne sont que des échos, les échos des âmes disparues. Un récit atypique, c'est du fantastique avec une pointe d'historique et de polar. Le scénario est prenant, je n'ai pas pu lâcher le bouquin avant sa conclusion et la narration maîtrisée qui oscille entre les recherches de James sur ce chien noir et les récits sur le passé de son village sont dosés avec justesse. Toutes ces anecdotes / histoires macabres ne sont pas là par hasard, elles font partie d'un tout qui va se dévoiler au fil des investigations de James. Les personnages sont attachants, enfin presque tous, et particulièrement James avec son rituel de déposer une lettre dans un bocal sur la tombe de Jen, il veut lui donner les dernières nouvelles du village. Je pourrais vous en dire beaucoup plus, mais je n'ai pas envie de gâcher votre future lecture, l'inattendu sera au rendez-vous. Une lecture captivante qui doit beaucoup à la partie graphique, elle transmet les émotions et nous plonge lentement mais sûrement dans le surnaturel. Un dessin très anguleux et expressif, aux décors soignés où le moindre détail peut avoir son importance. Les couleurs m'ont époustouflé, elles évoluent suivant l'espace temps, mais aussi avec la présence (ou non) du fantastique. Une ambiance à la Edgar Allan Poe. Sublime ! Un dossier sur les inspirations à l'origine de "Downlands" vient compléter cet album de plus de 300 pages. Un auteur à découvrir. Culte et gros coup de cœur. "Ce n'est qu'une rue dans un village. Et il y a tant à raconter".

30/04/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Île aux orcs
L'Île aux orcs

C'est un feuilletage rapide et sa magnifique couverture qui m'ont fait craquer. Et là, c'est le jackpot. Quel plaisir de retrouver le tandem de Goodnight paradise, il sera cette fois-ci accompagné par le génialissime Matt Hollingsworth à la couleur. De la Fantasy comme on n'en voit pas souvent. Tous les ingrédients sont présents pour faire de ce récit une réussite. Trois personnages principaux, Cerrin fils sion est un demi-elfe, Urghria est une pirate qui a perdu son équipage, ils vont s'associer pour aller voler des crânes d'orc sur l'île aux orcs pour faire fortune et ainsi s'extirper de leur condition misérable. Mais pour cela ils ont besoin de magie, Urghria va acheter un mage au temple, le triste Andune. Des protagonistes qui vous surprendront. Un monde de désolation sous la coupe d'une religion qui ne pense qu'à son bien-être. Un monde où l'on peut découvrir des temples volants et leurs patriarches, des créatures fantastiques et des orcs. Un monde inégalitaire et violent où le sang coule à flot, où les crânes sont fracassés et les langues arrachées. Un récit captivant et sans temps mort qui prend soin de bien planter le décor et les acteurs avec un zeste d'humour. Les surprises seront au rendez-vous, je ne m'attendais pas à une telle fin. Une triste parabole, bien mal acquis... Une narration maîtrisée de bout en bout. Joshua Dysart est un scénariste à suivre. Le dessin est une tuerie, dans tous les sens du terme, Alberto Ponticelli a réalisé un travail fantastique. La mise en page audacieuse permet d'en prendre plein les mirettes, les décors sont fabuleux, que ce soit cette jungle sauvage ou la cité des orcs. Inventif, expressif, immersif et dynamique. Il me faut aussi mettre en avant le travail extraordinaire de Matt Hollingsworth, ses choix de couleurs apportent une touche singulière à ce récit sanguinolent. N'hésitez pas à feuilleter l'album en librairie, la galerie ne rend pas hommage à ce visuel de toute beauté. J'ai ajouté deux nouvelles images depuis. Un indispensable pour tous les aficionados de Fantasy. Foncez, foncez et foncez. Un comics à la puissance animale indéniable, la séance de torture sur la croix est d'une cruauté extrême. Âmes sensibles s'abstenir. Après relecture, le 5 étoiles est une évidence. Un souffle épique rarement atteint. Gros coup de cœur. "Tout peuple est ennemi de lui-même". Quelques coquilles, une relecture de l'éditeur aurait été nécessaire. Grrr.

13/02/2025 (MAJ le 27/04/2025) (modifier)
Par Gotham007
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Incal
L'Incal

Culte. Tout simplement. Dessin, scénario, tout y est. La référence BD SF des années 80. Prochainement (2029?) en salle dans un cinéma près de chez vous avec Taika Waititi aux commandes. À noter que Nicolas Winding Refn s’y était cassé les dents néanmoins.

24/04/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sandman - Nuits Éternelles
Sandman - Nuits Éternelles

Ce "Sandman - Nuits Éternelles" est une bombe. Le plaisir de retrouver la plume de Neil Gaiman, il raconte des histoires comme personne. Toujours son phrasé si singulier empreint d'onirisme, de noirceur et de mysticisme qui transporte le lecteur dans une autre dimension. Le plaisir aussi de retrouver les Éternels, chacun aura droit à son petit récit. Mais c'est surtout le panel de dessinateurs qui vont se succéder qui m'a émerveillé. Death. Deux histoires sans lien apparent dans des espaces temps différents, dont une sur le principe d'un jour sans fin. Une île de la lagune de Venise comme décor. On ne peut pas tromper Death, un jour ou l'autre c'est elle qui gagne, quoi qu'on fasse. Le dessin de Philip Craig Russel me séduit toujours autant, j'aime son trait fin, doux et chaleureux. Les couleurs de Lovern Kindzierski sont dépaysantes. Très beau ! 4 étoiles. Desire. Il y a forcément un prix à payer pour contrôler le désir et l'amour. C'est Milo Manara qui s'occupe de la partie graphique et le résultat m'a laissé bouche bée, les femmes sont désirables, sensuelles et souvent dénudées (il est vrai qu'elles sortent toutes du même moule). Les chaudes couleurs sont superbes. Que c'est beau ! 4 étoiles. Dream. Dream vient présenter sa fiancée, Killalla de l'Éclat, à sa famille au cours d'un colloque réunissant toutes les galaxies. Débats et trahison seront au menu. Je découvre Miguelanxo Prado et là je prends un belle claque dans la tronche. Des planches magnifiques, les décors sont féeriques et les couleurs mates apportent une ambiance onirique. Magnifique ! 4,5 étoiles. Despair. 15 portraits du désespoir. Des récits singuliers, on n'est plus vraiment dans de la bande dessinée. Une succession de tableaux accompagnés de textes positionnés soit à côté, soit sur le tableau même. Dave McKean est à la conception graphique et Barron Storey au dessin et le résultat est surprenant. Une mise en page qui va d'une pleine page à 51 cases pour une planche. Je disais donc des tableaux parce qu'il s'agit d'œuvres d'art. Un mélange hétéroclite d'expressionnisme, de futurisme, de surréalisme... Je suis amateur de ce type d'expérimentations. 4,5 étoiles. Delirium. Plusieurs personnages mentalement déséquilibrés vont venir en aide à Délire. J'ai eu le bonheur de suivre l'évolution graphique de Bill Sienkiewicz, de ses débuts sur Moon Knight dans les années 80/81, puis sur The New Mutants - L'Intégrale et son Elektra (Delcourt) jusqu'à ce "Sandman - Nuits Éternelles". Je suis totalement sous le charme de son travail, il fait partie des rares artistes à élever le comics au rang d'art à part entière. La mise en page est un chaos ordonné. Grandiose ! 5 étoiles. Destruction. Au large de la Sardaigne, des fouilles archéologiques doivent dévoiler le futur. Le dessin de Glenn Fabry fait très classique lorsqu'on le compare à ses prédécesseurs, tout comme la colorisation de Chris Chuckry. Agréable. 3,5 étoiles. Destiny. Destiny et son livre. Frank Quitely propose de magnifiques planches, libres de cases, au trait fin et minutieux et aux couleurs dans des tons ternes et brumeux. Superbe ! 4 étoiles. Une alchimie parfaite entre texte et dessin pour une explosion des plaisirs. Culte et coup de cœur.

21/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Seuls sont les indomptés
Seuls sont les indomptés

Bon, j'arrive après la bataille. Les cinq avis précédents oscillent entre 3/5 et 4/5. Je les ai lus, et j'ai compris ce que tous ont "aimé" et "pas aimé" dans cette BD. Alors oui le film avec Kirk Douglas, oui le livre d'Edward Abbey, oui tout ça. On a vu le film (un grand souvenir d'enfance pour moi), lu le livre (pas mon préféré d'Abbey, mais quand même), et, forcément, quand on a vu la couverture de la BD chez son libraire préféré, ben on s'est dit "banco". Résultat : je le dis en toute franchise, et c'est une première pour moi : voilà l'un des rarissime cas où la BD est supérieure au livre. Rien de moins. Et pourtant, j'adore Abbey, ses clefs à mollette, ses déserts perdus, ses héros fatigués du monde… Mais là, Max de Radiguès et Hugo Piette livrent non pas une adaptation, mais une réécriture de la trame du roman. Une version surexposée (merci les couleurs), aiguisée jusqu'au fil, une réduction au sens culinaire du mot : on chauffe, on chauffe, on élimine la flotte et le superflu pour garder le suc, l'ampleur de l'histoire, l'odeur du sable et des cailloux, le rat-rat-rat des pales d'hélico, le refus de la jument Whisky face à chaque obstacle. Bon sang, c'est virtuose… Alors oui, c'est pas Usual Suspect et la fin ne cueille pas le spectateur. Mais faudrait pas oublier que c'est le second roman d'Abbey, écrit à 29 ans. Oui, encore, il ne s'était pas foulé pour le titre. Se contentant d'un "The brave cowboy" qui ne risquait pas d'attiser la curiosité des lecteurs un peu exigeants. Mais cette version là, cette BD solaire et crépusculaire à la fois, moi je la veux sur mon étagère. Et je l'offre aux amis à qui je suis sûr de faire plaisir.

18/04/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Charlie quand ça leur chante
Charlie quand ça leur chante

Les dessins ont toujours déplu à plein de monde. Et c’est bien la moindre des choses. - Ce tome contient un exposé complet indépendant de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Aurel (Aurélien Forment) pour le scénario, les dessins, les couleurs. Il comprend trente-deux pages de bande dessinée. L’auteur a réalisé des dessins de presse pour Le Monde et l'hebdomadaire Politis, Le Canard enchaîné, et par le passé pour Marianne (1) Un dessin réussi (comme une blague) est la combinaison de trois éléments fondamentaux : une émettrice – un émetteur (qui dessine), un récepteur – une réceptrice (qui lit) et un contexte. Si les trois éléments ne sont pas clairement identifiés et ne partagent pas les mêmes codes culturels, ça ne peut pas marcher. (2) L’humour est hautement culturel : un bon dessin français peut laisser de marbre un-e Allemand-e et vice-versa. Une blague populaire en Belgique peut choquer une Italienne. Sans parler du flop d’un gag breton à Marseille. (3) En France, les seules limites posées à la liberté d’expression sont celles de la loi. (4) Dans ce livre, la question de l’extrême droite et des extrémistes religieux n'est pas évoquée, car pour elle et eux, le dessin de presse est au mieux un effet secondaire indésirable de la vie politique, au pire, une hérésie à réprimer – voire buter. La discussion est vite close. - Dix ans après la déflagration qu’a représentée l‘attentat contre Charlie Hebdo et l’assassinat des dessinateurs parmi les meilleurs de la profession (déjà peu peuplée – quelques dizaines d’individus), le dessin de presse continue de tenter de survivre à une maladie qu’il avait contracté bien avant 2015. Au-delà de l’horreur de l’attentat, l’ignominie des frères Kouachi a été un facteur aggravant ; accélérant la sénescence d’un métier. Le dessin de presse – mais en fait l’humour d’actualité au sens large – se meurt. Le funambule constitue une bonne métaphore graphique de cette situation, dans les dessins de presse. C’est très pratique pour figurer la fragilité d’une position, la précarité d’un équilibre politique ou une inexorable chute qui pourtant tarde à venir… Et on peut adjoindre à l’allégorie en péril, tout un tas d’attributs exprimant ses contraintes. Dans une mise en abyme, on pourrait représenter le dessinateur de presse en funambule. Première des multiples affections dont souffre le dessin de presse : son principal support – la presse écrite – va mal, les ventes s’effondrent. Et lorsqu’ils prennent plus ou moins bien le virage du numérique, les journaux oublient bien souvent d’embarquer le dessin sur le web. Il suffirait de pas grand-chose et surtout d’un tout petit peu de bonne volonté pour le faire bouger, évoluer et le faire profiter des avantages qu’offre le numérique. Mais à quelques exceptions près, comme Charlie Hebdo ou Le Canard enchaîné, les journaux se sont bien accommodés d’oublier l’encombrant dessin au passage sur le web. Car oui, nous sommes encombrant-e-s ! En effet – seconde affection – un dessin d’actualité doit être percutant, irrévérencieux, sale gosse. Le sept janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi perpètrent un attentat islamiste contre le journal satirique Charlie Hebdo faisant douze morts : Frédéric Boisseau, Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, puis Ahmed Merabet à l’extérieur. Dans cet ouvrage, l’auteur indique quelle était sa relation avec le magazine Charlie Hebdo. Quelques semaines après l’attentat, un copain s’étonne de le voir arborer un badge Je suis Charlie, car il connaît ses différends politiques avec le journal. Aurel explicite : Primo, ça n’entre pas en compte pour lui à ce moment-là. Et secundo, il explique à son ami ce que signifie pour lui être Charlie : Pouvoir être libre de dire et de dessiner ce qu’on veut dans la limite de la loi. Il ajoute : Et dans les limites de la loi ou pas, un désaccord ne peut en aucun cas se résoudre par un assassinat. Une prise de position qui lui paraît simple et limpide, il ne sait pas s‘il a convaincu son interlocuteur mais i est assez content d’avoir pu le formuler simplement. Dix ans après l’attentat de Charlie Hebdo, Aurel a besoin de faire le point sur la situation, à la fois de l’héritage de ces crimes abjects, à la fois sur le fait que par la malédiction des Kouachi, Charlie s’est transformé en martyr de la liberté d’expression. Cela a eu pour conséquence qu’un petit groupe s’en est emparé pour de plus ou moins bonnes raisons, parfois (souvent) par simple calcul personnel ou politique, et a touché le gros lot. Le lecteur comprend dès la première page qu’il s’agit d’un essai, ce qui induit un mode narratif particulier, avec ses propres spécificités. L’auteur a choisi de mettre en scène un avatar de lui-même pour s’adresser directement au lecteur, avec un dessin descriptif et simplifié, sans pour autant s’embellir. Il apparaît comme un homme normal, avec les cheveux en bataille, une barbe hirsute un sweatshirt informe et un pantalon passe-partout. Il met à profit la possibilité d’accentuer et même d’exagérer les expressions de visage pour faire ressentir son état d’esprit en fonction des situations ; énervement, sidération, abattement, peur, indignation, inquiétude, lassitude, réflexion, entrain, etc. Il utilise des conventions graphiques telles que les étoiles au-dessus de la tête pour l’étourdissement après une chute, le nuage noir au-dessus de la tête pour la colère, etc. Il met en œuvre quelques métaphores visuelles comme son avatar en train de faire le funambule. Il joue sur l’encrage, ajoutant des traits secs pour faire ressentir le degré d’intensité d’une émotion. Lorsqu’il apprend la mort des dessinateurs de Charlie Hebdo, il se liquéfie, et le lecteur peut voir que les traits de contour de son personnage perdent toute leur tension, succombant à la gravité, comme s’il se liquéfiait littéralement. Un essai induit que le rôle de la bande dessinée induit que la narration visuelle est inféodée au texte, à sa construction et ses développements, qu’elle l’illustre plus qu’elle ne le raconte. Le choix de l’avatar de l’auteur, lui, induit également de le voir s’adresser au lecteur, étant régulièrement assis à sa table de travail, ou en train de dessiner. Pour autant, l’auteur va au-delà de l’alignement de cases en bande, avec uniquement des têtes en train de parler, ou de lui-même en plan poitrine en train de parler. Il fait usage de métaphores et de mises en situation diversifiées. Le lecteur croise d’autres personnages et se retrouve dans des environnements inattendus. Dans la première catégorie, il voit un patron de presse, un copain de l’auteur, des bras avec une chaussette au bout pour un théâtre de Guignol, le temps d’une case les six dessinateurs assassinés (Cabu, Choron, Cavanna, Reiser, Gébé, Wolinski), Nicolas Sarkozy, PhilippeVal (ex-rédacteur en chef de Charlie Hebdo, ex-directeur de France Inter, chroniqueur sur Europe 1)… et même des jeunes. Au cours de sa lecture, assiste à des événements aussi inattendus et divers qu’une chute à la verticale sur la hauteur de la page, une liquéfaction, l’intervention d’une citrouille grimée en tête de clown, une chute en chaîne de dominos, le passage de Charlie Brown (pour indiquer d’où vient le titre du magazine satirique), un bouclage du magazine à la grande époque historique (avec des prostituées), et les deux mâchoires de l’étau qui se resserre. Au cours de son essai, l’auteur développe les répercussions de l’attentat contre Charlie Hebdo sous différents points de vue. Il commence par donner sa définition du dessin de presse réussi, puis il évoque l’état de la profession, c’est-à-dire la frilosité des patrons de presse d’inclure ce type de rubrique dans leur périodique. Il effectue plusieurs constats auxquels le lecteur attribue une valeur certaine, ne serait-ce que parce qu’Aurel est lui-même un professionnel de ce métier. En fonction de sa familiarité avec ce domaine, il en apprend plus ou moins, ou il trouve la confirmation de ce qu’il a déjà pu lire ailleurs : la précarisation du métier par la diminution des journaux accueillant les dessins de presse, la mise en concurrence systématique et l’absence de contrat stable avec un journal, le questionnement de chaque production par les éditeurs avant toute publication. Il s’agit de réalités économiques et de conditions d’emploi que le lecteur connaît peut-être déjà, ayant été attiré par cette bande dessinée au propos ciblé. Cet essai va plus loin qu’un constat économique peu encourageant. L’auteur analyse également les forces systémiques en place s’appliquant sur la forme d’humour. Il développe la nature de ces deux mâchoires. D’un côté les néo-réacs : il explicite ce que recouvre ce terme dans le contexte du dessin de presse, comment ce groupe d’opinion s’est imposé après que Charlie Hebdo ait été érigé en martyr, comment il contraint les dessinateurs, et quelles sont ses limites, en particulier les limites de sa pertinence et de sa légitimité dans la définition de ce que serait le bon humour. De l’autre côté : la société évolue, et l’humour doit évoluer avec. Il évoque l’esprit Woke, avec ce que cette appellation peut avoir de flou, et l’associant à des prises de position, des exigences de la jeunesse, des lecteurs plus jeunes. Il détaille la pertinence de ces exigences, leur légitimité, le besoin de les prendre en compte, ce qui ne signifie pas les accepter les yeux fermés. Il voit les critiques Woke (retenant cette appellation faute d’un terme plus approprié) comme une incitation à ne pas se montrer fainéants. Après l’horreur du massacre de Charlie Hebdo du sept janvier 2015, après le mouvement de solidarité d’une ampleur formidable Je suis Charlie, un auteur de dessin de presse constate et analyse les évolutions survenues. Il présente un essai sous forme de bande dessinée en faisant usage de toute la diversité graphique d’expression de ce médium. Il expose la situation du dessin de presse comme pris dans un étau, entre les néo-réacs et les Wokes (faute d’un meilleur terme), avec des conditions d’emploi toujours aussi précaires. Une profession fragile et complexe, pour un humour évoluant avec la société.

18/04/2025 (modifier)