La première fois que j’ai lu cette série, je l’ai trouvée intéressante, plus réaliste et moins édulcorée que la version de notre bon vieux Walt. Les personnages avaient plus de profondeur, plus de contradictions et surtout des sentiments plus plausibles : égoïsme, prétention, cruauté, indifférence, etc. Par ailleurs, il n’y avait pas les ‘bons’ d’un côté et les ‘mauvais’ de l’autre, c’était plus nuancé : le capitaine Crochet n’avait pas que des défauts tandis que le gentil Peter paraissait très égoïste plus d’une fois…
A la suite d’une seconde lecture récente, des années plus tard, j’ai réalisé que je n’avais rien compris du message de Loisel et que j’étais resté à une lecture assez superficielle de l’œuvre.
En refermant le sixième tome, une question me turlupinait : pourquoi diantre Loisel avait-il intégré Jack l’Éventreur dans l’histoire ?
- Pour mettre une ambiance un peu glauque dans le récit ? Bizarre car il y avait déjà assez d’autres éléments trash dans l’histoire.
- Pour intégrer un fait historique dans ce récit imaginaire ? Peu probable car le Londres des quartiers pauvres du récit de Loisel était déjà suffisamment réaliste sans avoir besoin d’en rajouter.
Non, il devait y avoir une autre raison. Mais laquelle ?
Et puis, j’ai eu un flash, une illumination : mais oui, bon sang, mais c’est bien sûr ! La raison est que [censuré]. Mais alors, tout se tient. Mais quel maître ce Loisel ! Comment peut-on écrire une histoire pareille qui suggère mais ne dévoile pas, qui évoque mais ne dit pas ? Le message est donc bien plus profond que celui d’une simple petite historiette…
Je ne vous donnerai évidemment pas la réponse car c’est à vous de chercher – pour vous aider, je peux vous dire que diverses critiques de ce site l’ont plus qu’évoquée – Loisel lui-même a fait un commentaire plus qu’explicite sur le forum de ce site - mais combien d’autres sont passés complètement à côté (non, l’histoire de Jack n’est pas aussi secondaire qu'il n'y paraît).
Disons, simplement, que le récit est parfaitement cohérent et n’aurait jamais pu s’arrêter au tome 5 comme d’aucuns l’écrivent car le sens du message de Loisel n’aurait pas eu la même clarté. Bien sûr, il n’y a pas de certitude dans le propos de l’auteur mais juste une piste, une hypothèse qui nous emmène bien au-delà du livre.
Sans dévoiler ni l’intrigue ni le rôle exact des personnages principaux, on peut s’interroger sur la réelle beauté du Pays imaginaire et sur la si grande noirceur de Londres. Le monde du rêve, de l’imaginaire, de l’enfance est-il aussi pur et beau qu’on ne le souhaiterait ? Le retour du Pays imaginaire vers le réel est-il aussi facile que l’on croit ou devient-il de plus en plus difficile – voire impossible ?
Au-delà du conte réécrit par Loisel, on se met à réfléchir à des thèmes universels tels que les relations entre parents et enfants, la recherche de paradis (artificiels ?) pour supporter la réalité, la cruauté du monde de l’enfance (si prompt à passer d’un extrême à l’autre – on ne peut s’empêcher de rapprocher le récit de Peter Pan de celui de William Golding – The Lord of the Flies), les désastres de la jalousie, l’absence de mémoire des individus et de l’humanité, …
Bravo, monsieur Loisel, votre réécriture de l’œuvre de James Barrie (que je devrais lire car je ne la connais que par l’entremise de Disney) est vraiment du grand Art, de la vraie Littérature.
Un avis sur Blacksad ; pas très originale vu le nombre, je vais essayer d’être rapide et concis. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, (vous vivez sur quelle planète ?!) Blacksad est une série policière ayant pour cadre l’Amérique des années 50 et dont les personnages sont des animaux avec une morphologie humaine. Une idée déjà exploitée certes mais qui prend tout son sens dans cette série noire où les personnages ont des faciès d’animaux parce qu’ils se comportent comme tels et que la ville s’apparente d’avantage à une jungle.
Si le tome 1 peut paraître classique voir un peu cliché (Blacksad, chat noir, détective privé célibataire et un peu bourru, enquête sur la mort d’une de ses anciennes conquêtes, une actrice de cinéma, et il est bien décidé à retrouver le meurtrier et à envoyer balader quiconque se mettra en travers de son chemin, question d’honneur) ; ça marche quand même grâce à un scénario solide et surtout un dessin tout simplement magnifique. Je conseil l’achat du tome 1 et 2 pour débuter (les histoires peuvent se lire indépendamment) afin de bien voir la différence entre le tome 1 qui s’attache surtout à planter le décor avec une intrigue basique mais bigrement efficace, et les autres albums (même si j’ai appris plus tard que les auteurs avaient réalisé Blacksad comme un one-shot).
Le tome 2 a pour sujet le racisme (toujours aux USA) avec le ku klux klan… le tome 3 évoque la guerre froide sur fond de menace nucléaire, et de chasse aux communistes. Le tome 4 a pour cadre la Nouvelle-Orléans avec comme thème le jazz forcément. Impossible de dire pour moi lequel de ces albums est le meilleur, chacun se distingue par un décor et une ambiance différente.
Le charme opère grâce aux dessins façon aquarelle, le résultat est sans défauts. Guarnido qui a bossé ou bosse encore, chez Disney, apporte un grand soin à cette série, ce qui peut expliquer l’attente entre chaque album (4 en 10 ans).
Bon je m’aperçois que je ne suis pas du tout concis en fait donc pour finir, achat fortement recommandé (se serait honteux de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque) des deux premiers tomes pour commencer. Les 3 et 4 suivront rapidement.
Je continue dans la lancée des BD cultes, et je vais mettre un avis sur cette BD cultissime.
A part répéter mes prédécesseurs je ne vois pas trop quoi rajouter ....
On a une BD qui est à la fois un monument d'humour, le jalon de départ de tellement d'autres œuvres, une BD qui est célèbre par des personnages qui ne sont pas héros, des caricatures de personnes réelles (ou irréelles), des situations terriblement cocasses, des gags sérieux qui font réfléchir, on a un auteur tellement mégalo qu'il en remplit deux pages, une coccinelle qui cherche ses brocolis dans chaque page, un Newton et sa pomme qu'il prend dans le crâne, des tartes à la crème et des "Comment-vas tu yau de poêle ?".
Une BD qui vous fait rire aux larmes dans chaque gag, qui se moque de tout et de rien, qui se veut être exactement ce qu'elle s'est donnée comme nom : une rubrique-à-brac. Je crois que le nom d'une BD n'a jamais été aussi bien choisi.
En fait, je crois que cette BD est indispensable, tant par sa portée immense que par son contenu, par son humour et sa verve légendaire. Je dirais que c'est véritablement une œuvre culte, et dans tous les sens possibles du terme.
C'est toujours un plaisir de lire les aventures de Paul. Cette fois-ci, nous sommes dans l'enfance de Paul et, chronologiquement, c'est le tome qui se situe au commencement. J'avais un peu peur que le Paul jeune soit moins intéressant que le Paul adulte et même que l'histoire serait moins mature, mais je me suis heureusement trompé.
J'ai vraiment aimé voir Paul chez les scouts. On a droit à des passages savoureux. Son histoire d'amour avec une fille est un peu moins intéressante car je trouve qu'elle n'est pas très développée, mais cela doit être parce qu'ils sont encore jeunes pour comprendre ce qu'est l'amour. L'histoire se passe en 1970 et fait référence à l'ambiance politique de l'époque et je ne sais pas si cela dérangerait un lecteur qui ne connait pas la politique québécoise.
Le découpage est toujours aussi bien fait et j'ai bien aimé qu'il y ait une planche consacrée à chacun des chefs scouts qui montre un moment de leur vie. Dans chaque cas, leur nom est marqué sur le haut de la page et la planche est numérotée 'b'.
Paradoxalement, le récit contient des thèmes moins matures que dans 'Paul à Québec' ou 'Paul à la pêche' tout en ayant la scène la plus 'choquante' de toute la série jusqu'à présent. Une de ces scènes qui vous retourne les tripes et qui vous donne envie de relire l'album car cela change tout. Qu'une scène me bouleverse à ce point est rare et rien que pour cela je ne peux pas mettre moins que 5 étoiles.
Chapeau monsieur Rabagliati !
Qui ne connait pas Garfield, ce chat cynique qui ne pense qu'à manger des lasagnes, dormir, écraser les araignées à coup de journal , regarder la télé et se moquer de son maître (le roi des râteaux)...
On retrouve souvent les mêmes situations comme l'anniversaire de Garfield ou la fête de Noël, et les gags sont un peu répétitifs (surtout les araignées) mais cette bd me fait rire et sourire. Garfield est un peu le reflet de notre société cynique et égoïste.
Je pense qu'il est indispensable d'avoir au moins un tome de Garfield chez soi. Moi je complète tranquillement ma collection quand ils sortent des tomes en promotion.
Je répare un oubli injustifiable : recommander cette excellentissime série !
Le trait est simple, dépouillé, mais d'une limpidité rafraîchissante! Il sert à merveille l'histoire qui mélange sans fausse note humour décalé et intrigue sombre dans un univers médiéval-fantastique, avec des idées franchement décalées et drôles.
Le couple de rats-garous, ou Smiley sont excellents, Phoncible et son ambition démesurée également, tout comme les autres personnages qui se dévoilent tous au fur et à mesure des tomes, plus complexes et intéressants que l'on ne pouvait le penser. L'histoire est bien menée, alternant moments calmes nous plongeant dans le pays étrange où ont atterri les Bone, et les moments de tensions ou de mystères.
Je ne vois pas de défaut à cette série. Vraiment pas. Ah si... J'ai la première version. D'abord, cette version en noir et blanc peut s'avérer très fragile. J'ai quelques tomes dont les pages tombent comme de simples feuilles mortes... Ensuite, le tome 10 est introuvable sauf à prix d'or! J'ai du le prendre dans la seconde édition. En couleur donc et en plus suite à un redécoupage de la série (qui renoue en fait avec le découpage original de la série) le tome 10 est devenu le tome 8... Le bonheur !
Surtout que je trouve que la version couleur ôte du charme au trait initial, en diminuant la simplicité et la légèreté de celui-ci. La série US était d'ailleurs bien en noir et blanc initialement. Mais cette version noir et blanc est devenue difficile à trouver sauf en bibliothèque éventuellement... Ou chez les rares particuliers qui voudront revendre leur série complète suite à une faillite personnelle (aucune autre raison ne pourrait justifier de céder cette BD géniale!!!).
A noter également qu'elle peut s'adresser aux enfants sans problèmes (même si l'intrigue est parfois un peu compliquée pour eux), en tout cas, ma fille de 9 ans est fan (surtout des 2 rats-garous) !
Avertissement : Je note cette série non pas de manière indépendante mais comme faisant partie intégrante de 20th century boys. Pourquoi ? Parce que lire ces deux tomes indépendamment n'aurait aucun sens. Parce que l'auteur a complété une fin un peu trop brutale sur le 22ème tome par un rebondissement supplémentaire, que l'on peut juger tiré par les cheveux, mais qui a le mérite de donner une fin plus agréable, plus homogène, moins frustrante. Parce que, à titre personnel, j'ai eu autant de plaisir à lire ces deux tomes que les 22 précédents. Et pour cause, il n'y aurait pas eu le titre qui changeait, je ne me serais pas rendu compte que c'était une fin surajoutée. En tout cas je ne pense pas. Et a contrario, je me serais arrêté au 22ème, j'aurais été frustré et limite déçu à coup sûr !
Alors 21th et 20th même combat : le plaisir d'une histoire exceptionnelle écrite avec virtuosité !
Et tant pis si elle n'est pas parfaite, elle s'en approche quand même drôlement !!!
Merci encore à BDtheque qui m'a permis de découvrir cette série !
ATTENTION ! Ne pas fuir cette série sous prétexte que c'est un manga ! Essayez au moins d'en lire un !
Dessin de qualité, scénario complexe et prenant, personnages attachants, virtuosité de l'auteur pour mélanger les époques et accrocher le lecteur, grande cohérence de l'ensemble (je considère personnellement que la série n'est complète qu'avec 21th century boys), j'ai passé de longues heures à lire cette série sans me lasser ! Eh oui, sans me lasser !
Qu'est ce qu'une œuvre qui s'étire artificiellement ? C'est un récit qui se répète, qui n'ajoute rien et qui sent le maintien en vie forcé (je pense à XIII ou Thorgal sur une certaine période). Ici, l'auteur nous promène dans sa vision passé/présent/futur sans jamais perdre le fil de son intrigue, mais tout en prenant le temps de décrire sa vision des ces trois époques. Le lecteur qui veut juste savoir qui est Ami et pourquoi il est ainsi trouvera cela forcément trop long. Celui qui veut avoir le dénouement de suite également.
Mais à mon sens un récit ne se résume pas à une fin ou une résolution d'énigme, si tant est que l'environnement décrit est un univers dans lequel on se plonge avec plaisir. Et c'est exactement le cas dans cette série. De la nostalgie de l'enfance ou d'une certaine époque, jusqu'à un futur extrême mais pas excessif, j'ai lu les 24 (j'insiste !) tomes sans agacement, sans lassitude, juste parce que j'ai aimé être baladé ainsi d'époque en époque, de personnage en personnage, d'énigme en énigme, de rebondissement en rebondissement. Comme un morceau de musique qui dure longtemps mais sans qu'on voit le temps passer...
Alors oui, j'admets sans problème que quelques ficelles sont un peu grosses, que certaines questions restent sans réponses, qu'un ou deux dispositifs peuvent paraître peu crédibles, mais tout cela n'apparaît que lorsqu'on cherche à analyser le travail de l'auteur...
Oui encore, la série aurait pu faire 4 ou 5 tomes de moins, soit, mais moi, on m'aurait privé de 4 ou 5 tomes à lire avec délice dans la mesure où quand l'auteur vous manipule avec autant de dextérité et de talent, je dis Encore !!! Oui aussi, on aurait pu avoir des réponses plus précises sur certains points, mais un récit qui vous laisse une petite part d'interprétation et d'interrogation après la lecture de la dernière page, est un récit qui continue à vivre en vous et qui vous donnera envie de le relire !!!
Donc, en conclusion : essayez au moins le premier tome de cette série, la qualité d'ensemble vaut largement cette tentative ! Par contre il faut savoir qu'à moins de l'avoir intégralement dans une bibliothèque, si vous accrochez, votre porte-monnaie ne vous dira pas merci, lui !
On n’est pas loin de la perfection avec cette excellente BD. Dès les premières pages j’ai été subjugué par les décors, par l’ambiance et par les dialogues.
Si le récit est principalement axé sur l’histoire d’amour entre Josef et Vespérinne, le monde décrit par Peyraud et Alfred ne peut que capter le lecteur, la partie noire de notre société est mise, très justement, en avant.
Un récit haut de gamme, un magnifique dessin d’Alfred qui intensifie le côté dramatique du récit.
5 étoiles pour cette BD même si le temps d’attente entre le tome 2 et 3 fut bien trop long, me donnant l’impression d’être pour les auteurs une œuvre mineure.
Étant en histoire, je ne pouvais pas passer à côté du chef-d'œuvre du genre (n'ayons pas peur des mots). En effet, cette BD est culte à bien des égards.
Tout d'abord, je pense qu'il est important de souligner son ancienneté, qui permet de bien cerner cette œuvre dans l'histoire des mentalités (elle apparue juste avant les grandes recherches et théories sur les camps et les survivants ... drôle de coïncidence non ?). Et puis surtout, elle fait partie des anciennes BD, celles qui ont ouvert les portes à plein d'autres choses.
En second lieu, ce qui frappe beaucoup de monde dans cette BD, c'est le dessin (bien que je n'ai pas spécialement été choqué par ça). Minimaliste, en noir et blanc, animalier, "simple". Un dessin qui sert son histoire, mais j'y reviens juste après. Ce qui est "amusant", c'est aussi cette distinction entre chaque pays et entre les juifs, avec plusieurs sortes d'animaux. Mais en fait on rentre très vite dedans, le dessin ne gênant plus à partir de deux pages. Et certaines planches sont véritablement belle (si !).
Mais surtout, la grande force de Maus, son excellence, c'est ce scénario à deux facettes, cette histoire double d'un père et de son fils, d'une opposition constante dans le présent ramenée à une relation beaucoup plus calme et simple dans le récit du passé.
Les deux livres sont découpés en plusieurs chapitres, avec un nouveau chapitre de l'histoire du père intercalée entre deux tranches du présent. Du coup, on se sent comme Art Spiegelman, comme si on le suivait dans sa recherche historique du passé. On est avec lui dans la vie, et comme lui on écoute parler ce père marqué à vie par l'épisode de sa vie qu'il conte. Car il ne raconte pas, il conte véritablement. On est entrainé dans une histoire tellement prenante qu'il est quasiment impossible de décrocher dès que l'on rentre dedans.
Analyser Maus est quelque chose d'énorme, dans lequel je n'aurais pas la prétention de me lancer. Mais cette œuvre touche tout public, par son message, par son humanité et sa dés-humanité, par ces deux histoires à la fois triste et pourtant terriblement vraie.
Maus est bien plus qu'un simple témoignage sur les camps. C'est un témoignage sur l'humain, sur son horreur, sur ses faiblesses et ses forces, sur sa partie la plus sombre et parfois aussi la plus belle. Sur nos actes et leurs conséquences funestes, parfois bien plus loin qu'on ne le pense.
Cette BD est à mon avis un indispensable sur n'importe quelle étagère d'un lecteur, même occasionnel. Il est presque impossible de passer outre.
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Peter Pan
La première fois que j’ai lu cette série, je l’ai trouvée intéressante, plus réaliste et moins édulcorée que la version de notre bon vieux Walt. Les personnages avaient plus de profondeur, plus de contradictions et surtout des sentiments plus plausibles : égoïsme, prétention, cruauté, indifférence, etc. Par ailleurs, il n’y avait pas les ‘bons’ d’un côté et les ‘mauvais’ de l’autre, c’était plus nuancé : le capitaine Crochet n’avait pas que des défauts tandis que le gentil Peter paraissait très égoïste plus d’une fois… A la suite d’une seconde lecture récente, des années plus tard, j’ai réalisé que je n’avais rien compris du message de Loisel et que j’étais resté à une lecture assez superficielle de l’œuvre. En refermant le sixième tome, une question me turlupinait : pourquoi diantre Loisel avait-il intégré Jack l’Éventreur dans l’histoire ? - Pour mettre une ambiance un peu glauque dans le récit ? Bizarre car il y avait déjà assez d’autres éléments trash dans l’histoire. - Pour intégrer un fait historique dans ce récit imaginaire ? Peu probable car le Londres des quartiers pauvres du récit de Loisel était déjà suffisamment réaliste sans avoir besoin d’en rajouter. Non, il devait y avoir une autre raison. Mais laquelle ? Et puis, j’ai eu un flash, une illumination : mais oui, bon sang, mais c’est bien sûr ! La raison est que [censuré]. Mais alors, tout se tient. Mais quel maître ce Loisel ! Comment peut-on écrire une histoire pareille qui suggère mais ne dévoile pas, qui évoque mais ne dit pas ? Le message est donc bien plus profond que celui d’une simple petite historiette… Je ne vous donnerai évidemment pas la réponse car c’est à vous de chercher – pour vous aider, je peux vous dire que diverses critiques de ce site l’ont plus qu’évoquée – Loisel lui-même a fait un commentaire plus qu’explicite sur le forum de ce site - mais combien d’autres sont passés complètement à côté (non, l’histoire de Jack n’est pas aussi secondaire qu'il n'y paraît). Disons, simplement, que le récit est parfaitement cohérent et n’aurait jamais pu s’arrêter au tome 5 comme d’aucuns l’écrivent car le sens du message de Loisel n’aurait pas eu la même clarté. Bien sûr, il n’y a pas de certitude dans le propos de l’auteur mais juste une piste, une hypothèse qui nous emmène bien au-delà du livre. Sans dévoiler ni l’intrigue ni le rôle exact des personnages principaux, on peut s’interroger sur la réelle beauté du Pays imaginaire et sur la si grande noirceur de Londres. Le monde du rêve, de l’imaginaire, de l’enfance est-il aussi pur et beau qu’on ne le souhaiterait ? Le retour du Pays imaginaire vers le réel est-il aussi facile que l’on croit ou devient-il de plus en plus difficile – voire impossible ? Au-delà du conte réécrit par Loisel, on se met à réfléchir à des thèmes universels tels que les relations entre parents et enfants, la recherche de paradis (artificiels ?) pour supporter la réalité, la cruauté du monde de l’enfance (si prompt à passer d’un extrême à l’autre – on ne peut s’empêcher de rapprocher le récit de Peter Pan de celui de William Golding – The Lord of the Flies), les désastres de la jalousie, l’absence de mémoire des individus et de l’humanité, … Bravo, monsieur Loisel, votre réécriture de l’œuvre de James Barrie (que je devrais lire car je ne la connais que par l’entremise de Disney) est vraiment du grand Art, de la vraie Littérature.
Blacksad
Un avis sur Blacksad ; pas très originale vu le nombre, je vais essayer d’être rapide et concis. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, (vous vivez sur quelle planète ?!) Blacksad est une série policière ayant pour cadre l’Amérique des années 50 et dont les personnages sont des animaux avec une morphologie humaine. Une idée déjà exploitée certes mais qui prend tout son sens dans cette série noire où les personnages ont des faciès d’animaux parce qu’ils se comportent comme tels et que la ville s’apparente d’avantage à une jungle. Si le tome 1 peut paraître classique voir un peu cliché (Blacksad, chat noir, détective privé célibataire et un peu bourru, enquête sur la mort d’une de ses anciennes conquêtes, une actrice de cinéma, et il est bien décidé à retrouver le meurtrier et à envoyer balader quiconque se mettra en travers de son chemin, question d’honneur) ; ça marche quand même grâce à un scénario solide et surtout un dessin tout simplement magnifique. Je conseil l’achat du tome 1 et 2 pour débuter (les histoires peuvent se lire indépendamment) afin de bien voir la différence entre le tome 1 qui s’attache surtout à planter le décor avec une intrigue basique mais bigrement efficace, et les autres albums (même si j’ai appris plus tard que les auteurs avaient réalisé Blacksad comme un one-shot). Le tome 2 a pour sujet le racisme (toujours aux USA) avec le ku klux klan… le tome 3 évoque la guerre froide sur fond de menace nucléaire, et de chasse aux communistes. Le tome 4 a pour cadre la Nouvelle-Orléans avec comme thème le jazz forcément. Impossible de dire pour moi lequel de ces albums est le meilleur, chacun se distingue par un décor et une ambiance différente. Le charme opère grâce aux dessins façon aquarelle, le résultat est sans défauts. Guarnido qui a bossé ou bosse encore, chez Disney, apporte un grand soin à cette série, ce qui peut expliquer l’attente entre chaque album (4 en 10 ans). Bon je m’aperçois que je ne suis pas du tout concis en fait donc pour finir, achat fortement recommandé (se serait honteux de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque) des deux premiers tomes pour commencer. Les 3 et 4 suivront rapidement.
Rubrique-à-Brac
Je continue dans la lancée des BD cultes, et je vais mettre un avis sur cette BD cultissime. A part répéter mes prédécesseurs je ne vois pas trop quoi rajouter .... On a une BD qui est à la fois un monument d'humour, le jalon de départ de tellement d'autres œuvres, une BD qui est célèbre par des personnages qui ne sont pas héros, des caricatures de personnes réelles (ou irréelles), des situations terriblement cocasses, des gags sérieux qui font réfléchir, on a un auteur tellement mégalo qu'il en remplit deux pages, une coccinelle qui cherche ses brocolis dans chaque page, un Newton et sa pomme qu'il prend dans le crâne, des tartes à la crème et des "Comment-vas tu yau de poêle ?". Une BD qui vous fait rire aux larmes dans chaque gag, qui se moque de tout et de rien, qui se veut être exactement ce qu'elle s'est donnée comme nom : une rubrique-à-brac. Je crois que le nom d'une BD n'a jamais été aussi bien choisi. En fait, je crois que cette BD est indispensable, tant par sa portée immense que par son contenu, par son humour et sa verve légendaire. Je dirais que c'est véritablement une œuvre culte, et dans tous les sens possibles du terme.
Paul au parc
C'est toujours un plaisir de lire les aventures de Paul. Cette fois-ci, nous sommes dans l'enfance de Paul et, chronologiquement, c'est le tome qui se situe au commencement. J'avais un peu peur que le Paul jeune soit moins intéressant que le Paul adulte et même que l'histoire serait moins mature, mais je me suis heureusement trompé. J'ai vraiment aimé voir Paul chez les scouts. On a droit à des passages savoureux. Son histoire d'amour avec une fille est un peu moins intéressante car je trouve qu'elle n'est pas très développée, mais cela doit être parce qu'ils sont encore jeunes pour comprendre ce qu'est l'amour. L'histoire se passe en 1970 et fait référence à l'ambiance politique de l'époque et je ne sais pas si cela dérangerait un lecteur qui ne connait pas la politique québécoise. Le découpage est toujours aussi bien fait et j'ai bien aimé qu'il y ait une planche consacrée à chacun des chefs scouts qui montre un moment de leur vie. Dans chaque cas, leur nom est marqué sur le haut de la page et la planche est numérotée 'b'. Paradoxalement, le récit contient des thèmes moins matures que dans 'Paul à Québec' ou 'Paul à la pêche' tout en ayant la scène la plus 'choquante' de toute la série jusqu'à présent. Une de ces scènes qui vous retourne les tripes et qui vous donne envie de relire l'album car cela change tout. Qu'une scène me bouleverse à ce point est rare et rien que pour cela je ne peux pas mettre moins que 5 étoiles. Chapeau monsieur Rabagliati !
Garfield
Qui ne connait pas Garfield, ce chat cynique qui ne pense qu'à manger des lasagnes, dormir, écraser les araignées à coup de journal , regarder la télé et se moquer de son maître (le roi des râteaux)... On retrouve souvent les mêmes situations comme l'anniversaire de Garfield ou la fête de Noël, et les gags sont un peu répétitifs (surtout les araignées) mais cette bd me fait rire et sourire. Garfield est un peu le reflet de notre société cynique et égoïste. Je pense qu'il est indispensable d'avoir au moins un tome de Garfield chez soi. Moi je complète tranquillement ma collection quand ils sortent des tomes en promotion.
Bone
Je répare un oubli injustifiable : recommander cette excellentissime série ! Le trait est simple, dépouillé, mais d'une limpidité rafraîchissante! Il sert à merveille l'histoire qui mélange sans fausse note humour décalé et intrigue sombre dans un univers médiéval-fantastique, avec des idées franchement décalées et drôles. Le couple de rats-garous, ou Smiley sont excellents, Phoncible et son ambition démesurée également, tout comme les autres personnages qui se dévoilent tous au fur et à mesure des tomes, plus complexes et intéressants que l'on ne pouvait le penser. L'histoire est bien menée, alternant moments calmes nous plongeant dans le pays étrange où ont atterri les Bone, et les moments de tensions ou de mystères. Je ne vois pas de défaut à cette série. Vraiment pas. Ah si... J'ai la première version. D'abord, cette version en noir et blanc peut s'avérer très fragile. J'ai quelques tomes dont les pages tombent comme de simples feuilles mortes... Ensuite, le tome 10 est introuvable sauf à prix d'or! J'ai du le prendre dans la seconde édition. En couleur donc et en plus suite à un redécoupage de la série (qui renoue en fait avec le découpage original de la série) le tome 10 est devenu le tome 8... Le bonheur ! Surtout que je trouve que la version couleur ôte du charme au trait initial, en diminuant la simplicité et la légèreté de celui-ci. La série US était d'ailleurs bien en noir et blanc initialement. Mais cette version noir et blanc est devenue difficile à trouver sauf en bibliothèque éventuellement... Ou chez les rares particuliers qui voudront revendre leur série complète suite à une faillite personnelle (aucune autre raison ne pourrait justifier de céder cette BD géniale!!!). A noter également qu'elle peut s'adresser aux enfants sans problèmes (même si l'intrigue est parfois un peu compliquée pour eux), en tout cas, ma fille de 9 ans est fan (surtout des 2 rats-garous) !
21st Century Boys
Avertissement : Je note cette série non pas de manière indépendante mais comme faisant partie intégrante de 20th century boys. Pourquoi ? Parce que lire ces deux tomes indépendamment n'aurait aucun sens. Parce que l'auteur a complété une fin un peu trop brutale sur le 22ème tome par un rebondissement supplémentaire, que l'on peut juger tiré par les cheveux, mais qui a le mérite de donner une fin plus agréable, plus homogène, moins frustrante. Parce que, à titre personnel, j'ai eu autant de plaisir à lire ces deux tomes que les 22 précédents. Et pour cause, il n'y aurait pas eu le titre qui changeait, je ne me serais pas rendu compte que c'était une fin surajoutée. En tout cas je ne pense pas. Et a contrario, je me serais arrêté au 22ème, j'aurais été frustré et limite déçu à coup sûr ! Alors 21th et 20th même combat : le plaisir d'une histoire exceptionnelle écrite avec virtuosité ! Et tant pis si elle n'est pas parfaite, elle s'en approche quand même drôlement !!! Merci encore à BDtheque qui m'a permis de découvrir cette série !
20th Century Boys
ATTENTION ! Ne pas fuir cette série sous prétexte que c'est un manga ! Essayez au moins d'en lire un ! Dessin de qualité, scénario complexe et prenant, personnages attachants, virtuosité de l'auteur pour mélanger les époques et accrocher le lecteur, grande cohérence de l'ensemble (je considère personnellement que la série n'est complète qu'avec 21th century boys), j'ai passé de longues heures à lire cette série sans me lasser ! Eh oui, sans me lasser ! Qu'est ce qu'une œuvre qui s'étire artificiellement ? C'est un récit qui se répète, qui n'ajoute rien et qui sent le maintien en vie forcé (je pense à XIII ou Thorgal sur une certaine période). Ici, l'auteur nous promène dans sa vision passé/présent/futur sans jamais perdre le fil de son intrigue, mais tout en prenant le temps de décrire sa vision des ces trois époques. Le lecteur qui veut juste savoir qui est Ami et pourquoi il est ainsi trouvera cela forcément trop long. Celui qui veut avoir le dénouement de suite également. Mais à mon sens un récit ne se résume pas à une fin ou une résolution d'énigme, si tant est que l'environnement décrit est un univers dans lequel on se plonge avec plaisir. Et c'est exactement le cas dans cette série. De la nostalgie de l'enfance ou d'une certaine époque, jusqu'à un futur extrême mais pas excessif, j'ai lu les 24 (j'insiste !) tomes sans agacement, sans lassitude, juste parce que j'ai aimé être baladé ainsi d'époque en époque, de personnage en personnage, d'énigme en énigme, de rebondissement en rebondissement. Comme un morceau de musique qui dure longtemps mais sans qu'on voit le temps passer... Alors oui, j'admets sans problème que quelques ficelles sont un peu grosses, que certaines questions restent sans réponses, qu'un ou deux dispositifs peuvent paraître peu crédibles, mais tout cela n'apparaît que lorsqu'on cherche à analyser le travail de l'auteur... Oui encore, la série aurait pu faire 4 ou 5 tomes de moins, soit, mais moi, on m'aurait privé de 4 ou 5 tomes à lire avec délice dans la mesure où quand l'auteur vous manipule avec autant de dextérité et de talent, je dis Encore !!! Oui aussi, on aurait pu avoir des réponses plus précises sur certains points, mais un récit qui vous laisse une petite part d'interprétation et d'interrogation après la lecture de la dernière page, est un récit qui continue à vivre en vous et qui vous donnera envie de le relire !!! Donc, en conclusion : essayez au moins le premier tome de cette série, la qualité d'ensemble vaut largement cette tentative ! Par contre il faut savoir qu'à moins de l'avoir intégralement dans une bibliothèque, si vous accrochez, votre porte-monnaie ne vous dira pas merci, lui !
Le Désespoir du Singe
On n’est pas loin de la perfection avec cette excellente BD. Dès les premières pages j’ai été subjugué par les décors, par l’ambiance et par les dialogues. Si le récit est principalement axé sur l’histoire d’amour entre Josef et Vespérinne, le monde décrit par Peyraud et Alfred ne peut que capter le lecteur, la partie noire de notre société est mise, très justement, en avant. Un récit haut de gamme, un magnifique dessin d’Alfred qui intensifie le côté dramatique du récit. 5 étoiles pour cette BD même si le temps d’attente entre le tome 2 et 3 fut bien trop long, me donnant l’impression d’être pour les auteurs une œuvre mineure.
Maus
Étant en histoire, je ne pouvais pas passer à côté du chef-d'œuvre du genre (n'ayons pas peur des mots). En effet, cette BD est culte à bien des égards. Tout d'abord, je pense qu'il est important de souligner son ancienneté, qui permet de bien cerner cette œuvre dans l'histoire des mentalités (elle apparue juste avant les grandes recherches et théories sur les camps et les survivants ... drôle de coïncidence non ?). Et puis surtout, elle fait partie des anciennes BD, celles qui ont ouvert les portes à plein d'autres choses. En second lieu, ce qui frappe beaucoup de monde dans cette BD, c'est le dessin (bien que je n'ai pas spécialement été choqué par ça). Minimaliste, en noir et blanc, animalier, "simple". Un dessin qui sert son histoire, mais j'y reviens juste après. Ce qui est "amusant", c'est aussi cette distinction entre chaque pays et entre les juifs, avec plusieurs sortes d'animaux. Mais en fait on rentre très vite dedans, le dessin ne gênant plus à partir de deux pages. Et certaines planches sont véritablement belle (si !). Mais surtout, la grande force de Maus, son excellence, c'est ce scénario à deux facettes, cette histoire double d'un père et de son fils, d'une opposition constante dans le présent ramenée à une relation beaucoup plus calme et simple dans le récit du passé. Les deux livres sont découpés en plusieurs chapitres, avec un nouveau chapitre de l'histoire du père intercalée entre deux tranches du présent. Du coup, on se sent comme Art Spiegelman, comme si on le suivait dans sa recherche historique du passé. On est avec lui dans la vie, et comme lui on écoute parler ce père marqué à vie par l'épisode de sa vie qu'il conte. Car il ne raconte pas, il conte véritablement. On est entrainé dans une histoire tellement prenante qu'il est quasiment impossible de décrocher dès que l'on rentre dedans. Analyser Maus est quelque chose d'énorme, dans lequel je n'aurais pas la prétention de me lancer. Mais cette œuvre touche tout public, par son message, par son humanité et sa dés-humanité, par ces deux histoires à la fois triste et pourtant terriblement vraie. Maus est bien plus qu'un simple témoignage sur les camps. C'est un témoignage sur l'humain, sur son horreur, sur ses faiblesses et ses forces, sur sa partie la plus sombre et parfois aussi la plus belle. Sur nos actes et leurs conséquences funestes, parfois bien plus loin qu'on ne le pense. Cette BD est à mon avis un indispensable sur n'importe quelle étagère d'un lecteur, même occasionnel. Il est presque impossible de passer outre.