Voilà une série que je cite dans plusieurs notices et que je n'avais pas encore notée ! Tout a été dit dans les précédentes critiques sur la collaboration fructueuse entre deux futurs monstres sacrés de la BD : Goscinny, alors en pleine période Astérix et redac'chef de Pilote, et le jeune Gotlib, au talent en herbe mais déjà gigantesque.
Au delà de la drôlerie de ces pastilles d'une double page, qui explorent les travers de leur époque avec autant d’éclectisme que d'humour absurde, les Dingodossiers ont véritablement créé un genre. Ils ont fait sortir la BD de l'âge du feuilleton, des histoires héroïques à épisode, pour en faire a la fois un miroir déformant tourné vers son époque, rendant ainsi possible, par la suite, une BD plus adulte, et un outil exploratoire, un laboratoire narratif, qui permettra, quelques années plus tard, toutes les audaces visuelles.
Côté Goscinny, les Dingodossiers sont dans la ligne du Petit Nicolas, d'autant plus drôle qu'il est écrit au premier degré, ou des manuels de savoir-vivre à l'usage des lycéens que sont "le Potache est servi" et "la Potachologie", petits chefs d'œuvre d'humour pince sans rire où Goscinny laisse libre cours à son talent pour brosser des caractères.
Côté Gotlib, les Dingodossiers préfigurent la Rubrique à Brac, qui n'aura qu'à pousser à son extrême le plaisir du délire visuel et du récit abracadabrant construit comme une mécanique d'horlogerie.
Oh comme c'est noir ! Oh comme c'est méchant ! Oh comme j'ai aimé ça !
Winschluss fait vraiment très fort avec ce livre. Ce conte moderne, détournement de conte ancien, est une pure merveille. Tant au niveau de l'histoire que des personnages, de la morale, du graphisme, de la construction et de l'humour.
Winschluss, avec son humour habituel, croque une société, mais en la passant au vitriol. Tout ce qui peut être critiqué ou pointé du doigt l'est. Sans pour autant que cela ne choque dans l'histoire et en respectant (grosso modo) la trame première du conte de Carlo Collodi.
Le trait est sublime, Winschluss alternant différents styles, parfois assez moche et crade, parfois avec des dessins en une page finalement pas mal du tout voir assez beau, et les passages avec Jimminy -métamorphosé pour l'occasion- en noir et blanc. Cette alternance est franchement bien faite et permet de ne pas être lassé par un style.
Et que dire de la morale de cette BD. Car finalement, je pense qu'il y en a plusieurs, mais ça c'est au lecteur de se faire la sienne (surtout que je ne suis pas sur d'avoir tout bien compris). Mais cette œuvre fait vraiment réfléchir, et la fin de l'histoire avec Pinocchio m'a troublé. Je crois surtout que se dégage une dénonciation de la connerie humaine sous toute ses formes. De ce côté là, Pinocchio, robot mécanique, est finalement le seul épargné.
Enfin, je dois dire que j'ai adoré les multiples clin d'oeil, tant aux autres comptes qu'a des choses réels. J'ai particulièrement aimé la réécriture de Blanche-neige, qui ne manque franchement pas de culot, mais qui est particulièrement génial.
Bref, une histoire savoureuse aux multiples interprétations, des personnages hauts en couleur, un trait savoureux et des passages magnifiques, de la philosophie de bistrot ou plus profonde, Pinocchio est véritablement une œuvre superbe.
Je pense qu'elle vaut largement le 5/5 et je conseille à tout le monde de se la procurer (surtout que des réeditions sont en cours).
Un immanquable certain dont je garde encore la moral de Jimminy en tête :
"Les riches deviennent de plus en plus riche et les pauvres de plus en plus con".
Voilà une bd bien surprenante sur la quête d'identité d'une jeune fille qui se réveille sur un banc à Paris. Elle est devenue amnésique et n'aura de cesse que de retrouver la mémoire par tous les moyens. La conclusion de cette histoire est des plus réussies car on aura droit à un final auquel on ne s'attendait pas et qui mérite toute notre attention.
On est très vite happé par cette histoire car on ressent les émotions de l'héroïne qui ne parvient pas à se rappeler d'où elle vient et qui elle est. On avance avec elle dans ses recherches et ses errances au travers d'un parfum, d'un lieu ou d'un geste. Elle se découvre d'ailleurs totalement superficielle et ne se reconnaît pas dans ce personnage qui lui est désormais étranger. Cette thématique est passionnante car au-delà d'introduire une notion de double personnalité, les auteurs se servent de l'amnésie pour entamer une véritable réflexion sur l'identité.
Ce long roman graphique est bien écrit et c'est souvent agrémenté par de petites touches d'humour délicieuses malgré la situation tragique du personnage. Les auteurs nous font partager un agréable moment de lecture où l'on oublie tout et c'est bien le cas de le dire...
Raaa que c’est beau ! J’ai adoré toutes les BD de Renaud Dillies que j’ai lues, mais sans jamais leur allouer la note maximum… allez, je m’emporte sur le coup de l’émotion, et je le fais pour Abélard !
Je suis surpris de retrouver Régis Hautière au scénario. Les thèmes (vie, amitié, aventure, musique) semblent pourtant tout droit sortis de la panoplie de Dillies. L’histoire est belle et touchante, remplie d’optimisme et de beauté naïve dans le premier tome, et de cruelles désillusions dans le second. La double fin m’a arraché une larme dans un premier temps, avant de me rendre le sourire.
Graphiquement Dillies s’est surpassé. C’est aussi beau que Mélodie au crépuscule, qui m’avait déjà émerveillé.
Un diptyque pas forcément innovant, certes, mais les amateurs de belles histoires très humaines et remplies de poésie ne devraient pas être déçus. Moi, je me suis régalé !
Là l'auteur a réussit un coup de maître et a gommé les défauts de Monster.
Il développe encore très bien la psychologie de ses personnages que ce soit pour les principaux comme les secondaires. L'histoire imaginée est vraiment excellente et l'on suit avec hâte et intérêt les rebondissements de l'intrigue. L'histoire est en 8 volumes ce qui pour un manga rend l'achat très abordable.
Le dessin sert très bien l'histoire et le design des robots est vraiment excellent.
Un manga culte à lire absolument.
J'avoue être très étonné par les critiques précédentes.
Je suis moi même un grand amateur des Alix de la "belle" époque ... et je trouve que cette nouvelle version est enfin le coup de fouet qui manquait à une série qui radotait.
Selon moi, autant le style de Jacques Martin se justifiait dans les années 60 autant il est rigide et daté de nos jours où le graphisme a fait de tels progrès ... on ne peut plus accepter (sauf pour des raisons de nostalgie) les textes sans fin, les scènes sans dynamique, les personnages fades se ressemblant tous. La comparaison entre "Roma Roma" et ce qui se fait sur Rome en BD est douloureuse pour la production des "héritiers" de Jacques Martin.
Donc, enfin un "coming out", enfin Alix rencontre Murena.
Enfin un dessin splendide et un scénario dynamique. Je lis cet ouvrage avec plaisir, je suis très touché par la transposition de cet univers "sacré". Je me prends à retrouver dans tel ou tel visage une expression de l'ancien Alix. C'est une belle réussite.
Un seule bémol, ils n'ont pas réussi à vieillir Alix, peu de rides, toujours cet air d'éternel adolescent.
Pour me résumer c'est du niveau de Murena et donc j'attends la suite avec impatience.
Dans ce superbe roman graphique – un pavé de près de 600 pages ! - plein de poésie, véritable parcours introspectif accompagné de flashbacks sur son enfance, Craig Thompson nous raconte comment une amourette adolescente va avoir une énorme répercussion sur le cours de sa vie que son entourage voulait croire toute tracée… « Blankets » signifie « couverture » en français, et comme le titre du roman l’indique, il y est beaucoup question de couvertures… la région du Midwest semble en permanence sous une « couverture » de neige, accompagnée d’un froid glacial qui pousse à hiberner sous la couette… mais le terme revêt aussi un autre sens, car la couverture qui sert à se protéger peut être aussi morale, elle est celle qui permet de passer inaperçu, de ne pas se faire remarquer, de se fondre dans la masse afin de ne pas être jugé… et c’est bien de cela dont il est question ici : faut-il se satisfaire de ses croyances qui rassurent tout autant qu’elles emprisonnent et sacrifier sa liberté ?
J’ai trouvé à cet ouvrage une grande qualité graphique, où le trait noir et blanc est d’une grande finesse, alternant le minimalisme « cartoon » lié à l’enfance et les courbes sensuelles et gracieuses lorsque l’auteur évoque son amour d’adolescence. Quant à l’histoire, elle bénéficie d’une grande fluidité et n’est jamais plombée par son sujet, qui pourtant pourrait vite dévier vers l’auto-apitoiement ou une sensiblerie un peu gnangnan… L’auteur se contente de produire un récit lucide et sensible, sans concession, sans aigreur ni colère, avec juste une touche d’ironie et des images fortes, où il explique comment [SPOILER] à la suite d’une désillusion amoureuse [fin du SPOILER], il s’est détaché de la religion malgré la pression familiale et sociale.
Voici un style graphique dont je raffole, très proche de celui de Karascoët dans Miss Pas Touche, sauf qu’ici Yomgui Dumont pousse le souci du détail nettement plus loin et nous offre des planches de toute beauté. L’équilibre entre les couleurs, les détails, les décors et les expressions des personnages est parfait, tourner les pages est un vrai bonheur. Un autre point commun aux deux séries… leur noirceur.
« Chambres Noires » raconte une histoire que l’on pourrait presque qualifier de déjà-vue, sans apporter de véritable originalité au genre, c’est un récurrent récit de fantômes. En guise de préface, l‘histoire commence par une présentation de la maisonnée, de ses habitants et de leurs activités, façon petite chronique assez drôle par ailleurs. Mais c’est surtout dans son traitement qu’elle accroche, Olivier Bleys sait distiller les informations nécessaires au bon moment pour maintenir un excellent suspense. Il y a aussi une grande richesse au niveau des personnages qui sont très nombreux et suffisamment développés pour que l’on s’attache à eux. Une petite touche humoristique vient se glisser de-ci de-là, et elle tombe toujours pile poil quand il faut et surtout quand on ne s’y attend pas. J’ai eu un coup de cœur pour Bertille et ce pauvre Erratum…
Suite et fin
Celle-ci ne fait que confirmer mes premières impressions, toutes les qualités du premier opus sont présentes, avec en plus un déroulement de l’histoire on ne peut plus prenant, le suspense étant maintenu jusqu'au final. La qualité du graphisme est constante, avec ses innombrables détails et des expressions pleines de vie ; j'aime aussi la manière dont Yomgui Dumont joue sur les contrastes, notamment avec les yeux des personnages.
Cette série est surtout un véritable coup de cœur avec un attachement inconditionnel aux personnages, charismatiques, drôles et attendrissants ; par ailleurs les méchants sont vraiment odieux ce qui par opposition les rend intéressants.
Autre point important, moi qui n'aime pas des masses les histoires de fantômes, j'ai été enchantée par celle-ci et tout cela vaut bien la note maximale.
La sortie de l'édition de luxe m'a permis de me replonger dans ce superbe manga. Une très belle édition soit dit en passant.
Clairement, c'est un manga qu'on ne peut pas lire à la va-vite tellement l'histoire est dense et les personnages nombreux.
On suit avec plaisir le destin de ce médecin qui doit vivre avec le poids d'avoir sauvé un meurtrier dangereux et qui fera tout pour l’arrêter. J'aime particulièrement l'importance que Urasawa a donné aux personnages secondaires, bien qu'au final on les voit presque autant que Temna.
L'auteur prend clairement son temps pour distiller les infos sur le fond de l'histoire et pour faire avancer le récit, mais c'est un plaisir, je trouve, de rencontrer la multitude de personnages sur le chemin de Temna. Enfin, je trouve que les 2 derniers tomes offrent un très bon final.
Et même si la fin est un petit peu ouverte, je trouve qu'on a quand même la majorité des réponses sur l'histoire des jumeaux et sur ce qui s'est passé dans leur enfance, avec leur mère, Bonaparta etc...
Concernant le dessin, j'aime beaucoup son style, où l'on n'a pas de graphiques fouillis comme sur d'autres mangas.
Après, pour ceux qui ont l'habitude de suivre les séries de Urasawa, on retrouve toujours un peu les mêmes "gueules" mais bon.
Bref, pour ma part, Monster avait été peut-être le 1er manga "adulte" que j'avais découvert il y a de ça plusieurs années, et après une 2eme relecture ces jours-ci, c'est définitivement un des meilleurs qu'il m'ait été donné de lire.
Je conseille donc d'y aller les yeux fermés (sauf si on est allergique au genre thriller bien sûr), et surtout essayez de le lire d'une traite, pour apprécier au mieux toutes les histoires annexes qui s’entremêlent les unes avec les autres durant tout le récit.
Les yeux fermés je mets 4 étoiles pour cette série « coup de cœur ». Coup de cœur parce que bizarrement elle n’est pas trop connue bien que figurant dans le best of 2010 du site, mais nul doute qu’elle va finir par percer.
Monkey Bizness, c’est de l’humour « hard » et satirique par les auteurs de la mini série tv Les Lascars, mais là on n’est pas dans un type d’humour racaille banlieusard mais un style beaucoup plus trash et porno. Pour ceux qui ont aimé le film Pulp Fiction de Tarantino, le duo de singes Hammer-Jack Mandrill fait énormément penser à l’autre Travolta-Samuel Jackson pour le côté barbouzes sans morale quand il s’agit du boulot, et qui sont de vrais concierges pipelettes pendant les moments de détente où on parle de tout et de rien mais toujours avec une philosophie de bistro. D’ailleurs, dans cette jungle urbaine où tout le monde a un langage « tarantinesque » (j’entends par là, à base de « putain », « enfoiré » et autre), le gorille Hammer n’a pas son pareil pour manier la langue de Racine et en cela il a un côté décalé et hilarant. Aussi, le fait qu’il distribue les mandales à tour de bras m’a rappelé Sœur Marie-Thérèse et du coup, ça renforce ma sympathie pour cette série.
Autre point positif, la BD fait une bonne centaine de pages ce qui est assez rare quand en plus le dessin et les couleurs sont de qualité.
J’apprécie de plus en plus la section Label 619 des éditons Ankama, ça me rappelle les meilleures années de Fluide Glacial. La relève est assurée.
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Les Dingodossiers
Voilà une série que je cite dans plusieurs notices et que je n'avais pas encore notée ! Tout a été dit dans les précédentes critiques sur la collaboration fructueuse entre deux futurs monstres sacrés de la BD : Goscinny, alors en pleine période Astérix et redac'chef de Pilote, et le jeune Gotlib, au talent en herbe mais déjà gigantesque. Au delà de la drôlerie de ces pastilles d'une double page, qui explorent les travers de leur époque avec autant d’éclectisme que d'humour absurde, les Dingodossiers ont véritablement créé un genre. Ils ont fait sortir la BD de l'âge du feuilleton, des histoires héroïques à épisode, pour en faire a la fois un miroir déformant tourné vers son époque, rendant ainsi possible, par la suite, une BD plus adulte, et un outil exploratoire, un laboratoire narratif, qui permettra, quelques années plus tard, toutes les audaces visuelles. Côté Goscinny, les Dingodossiers sont dans la ligne du Petit Nicolas, d'autant plus drôle qu'il est écrit au premier degré, ou des manuels de savoir-vivre à l'usage des lycéens que sont "le Potache est servi" et "la Potachologie", petits chefs d'œuvre d'humour pince sans rire où Goscinny laisse libre cours à son talent pour brosser des caractères. Côté Gotlib, les Dingodossiers préfigurent la Rubrique à Brac, qui n'aura qu'à pousser à son extrême le plaisir du délire visuel et du récit abracadabrant construit comme une mécanique d'horlogerie.
Pinocchio (Winshluss)
Oh comme c'est noir ! Oh comme c'est méchant ! Oh comme j'ai aimé ça ! Winschluss fait vraiment très fort avec ce livre. Ce conte moderne, détournement de conte ancien, est une pure merveille. Tant au niveau de l'histoire que des personnages, de la morale, du graphisme, de la construction et de l'humour. Winschluss, avec son humour habituel, croque une société, mais en la passant au vitriol. Tout ce qui peut être critiqué ou pointé du doigt l'est. Sans pour autant que cela ne choque dans l'histoire et en respectant (grosso modo) la trame première du conte de Carlo Collodi. Le trait est sublime, Winschluss alternant différents styles, parfois assez moche et crade, parfois avec des dessins en une page finalement pas mal du tout voir assez beau, et les passages avec Jimminy -métamorphosé pour l'occasion- en noir et blanc. Cette alternance est franchement bien faite et permet de ne pas être lassé par un style. Et que dire de la morale de cette BD. Car finalement, je pense qu'il y en a plusieurs, mais ça c'est au lecteur de se faire la sienne (surtout que je ne suis pas sur d'avoir tout bien compris). Mais cette œuvre fait vraiment réfléchir, et la fin de l'histoire avec Pinocchio m'a troublé. Je crois surtout que se dégage une dénonciation de la connerie humaine sous toute ses formes. De ce côté là, Pinocchio, robot mécanique, est finalement le seul épargné. Enfin, je dois dire que j'ai adoré les multiples clin d'oeil, tant aux autres comptes qu'a des choses réels. J'ai particulièrement aimé la réécriture de Blanche-neige, qui ne manque franchement pas de culot, mais qui est particulièrement génial. Bref, une histoire savoureuse aux multiples interprétations, des personnages hauts en couleur, un trait savoureux et des passages magnifiques, de la philosophie de bistrot ou plus profonde, Pinocchio est véritablement une œuvre superbe. Je pense qu'elle vaut largement le 5/5 et je conseille à tout le monde de se la procurer (surtout que des réeditions sont en cours). Un immanquable certain dont je garde encore la moral de Jimminy en tête : "Les riches deviennent de plus en plus riche et les pauvres de plus en plus con".
La Page blanche
Voilà une bd bien surprenante sur la quête d'identité d'une jeune fille qui se réveille sur un banc à Paris. Elle est devenue amnésique et n'aura de cesse que de retrouver la mémoire par tous les moyens. La conclusion de cette histoire est des plus réussies car on aura droit à un final auquel on ne s'attendait pas et qui mérite toute notre attention. On est très vite happé par cette histoire car on ressent les émotions de l'héroïne qui ne parvient pas à se rappeler d'où elle vient et qui elle est. On avance avec elle dans ses recherches et ses errances au travers d'un parfum, d'un lieu ou d'un geste. Elle se découvre d'ailleurs totalement superficielle et ne se reconnaît pas dans ce personnage qui lui est désormais étranger. Cette thématique est passionnante car au-delà d'introduire une notion de double personnalité, les auteurs se servent de l'amnésie pour entamer une véritable réflexion sur l'identité. Ce long roman graphique est bien écrit et c'est souvent agrémenté par de petites touches d'humour délicieuses malgré la situation tragique du personnage. Les auteurs nous font partager un agréable moment de lecture où l'on oublie tout et c'est bien le cas de le dire...
Abélard
Raaa que c’est beau ! J’ai adoré toutes les BD de Renaud Dillies que j’ai lues, mais sans jamais leur allouer la note maximum… allez, je m’emporte sur le coup de l’émotion, et je le fais pour Abélard ! Je suis surpris de retrouver Régis Hautière au scénario. Les thèmes (vie, amitié, aventure, musique) semblent pourtant tout droit sortis de la panoplie de Dillies. L’histoire est belle et touchante, remplie d’optimisme et de beauté naïve dans le premier tome, et de cruelles désillusions dans le second. La double fin m’a arraché une larme dans un premier temps, avant de me rendre le sourire. Graphiquement Dillies s’est surpassé. C’est aussi beau que Mélodie au crépuscule, qui m’avait déjà émerveillé. Un diptyque pas forcément innovant, certes, mais les amateurs de belles histoires très humaines et remplies de poésie ne devraient pas être déçus. Moi, je me suis régalé !
Pluto
Là l'auteur a réussit un coup de maître et a gommé les défauts de Monster. Il développe encore très bien la psychologie de ses personnages que ce soit pour les principaux comme les secondaires. L'histoire imaginée est vraiment excellente et l'on suit avec hâte et intérêt les rebondissements de l'intrigue. L'histoire est en 8 volumes ce qui pour un manga rend l'achat très abordable. Le dessin sert très bien l'histoire et le design des robots est vraiment excellent. Un manga culte à lire absolument.
Alix Senator
J'avoue être très étonné par les critiques précédentes. Je suis moi même un grand amateur des Alix de la "belle" époque ... et je trouve que cette nouvelle version est enfin le coup de fouet qui manquait à une série qui radotait. Selon moi, autant le style de Jacques Martin se justifiait dans les années 60 autant il est rigide et daté de nos jours où le graphisme a fait de tels progrès ... on ne peut plus accepter (sauf pour des raisons de nostalgie) les textes sans fin, les scènes sans dynamique, les personnages fades se ressemblant tous. La comparaison entre "Roma Roma" et ce qui se fait sur Rome en BD est douloureuse pour la production des "héritiers" de Jacques Martin. Donc, enfin un "coming out", enfin Alix rencontre Murena. Enfin un dessin splendide et un scénario dynamique. Je lis cet ouvrage avec plaisir, je suis très touché par la transposition de cet univers "sacré". Je me prends à retrouver dans tel ou tel visage une expression de l'ancien Alix. C'est une belle réussite. Un seule bémol, ils n'ont pas réussi à vieillir Alix, peu de rides, toujours cet air d'éternel adolescent. Pour me résumer c'est du niveau de Murena et donc j'attends la suite avec impatience.
Blankets - Manteau de neige
Dans ce superbe roman graphique – un pavé de près de 600 pages ! - plein de poésie, véritable parcours introspectif accompagné de flashbacks sur son enfance, Craig Thompson nous raconte comment une amourette adolescente va avoir une énorme répercussion sur le cours de sa vie que son entourage voulait croire toute tracée… « Blankets » signifie « couverture » en français, et comme le titre du roman l’indique, il y est beaucoup question de couvertures… la région du Midwest semble en permanence sous une « couverture » de neige, accompagnée d’un froid glacial qui pousse à hiberner sous la couette… mais le terme revêt aussi un autre sens, car la couverture qui sert à se protéger peut être aussi morale, elle est celle qui permet de passer inaperçu, de ne pas se faire remarquer, de se fondre dans la masse afin de ne pas être jugé… et c’est bien de cela dont il est question ici : faut-il se satisfaire de ses croyances qui rassurent tout autant qu’elles emprisonnent et sacrifier sa liberté ? J’ai trouvé à cet ouvrage une grande qualité graphique, où le trait noir et blanc est d’une grande finesse, alternant le minimalisme « cartoon » lié à l’enfance et les courbes sensuelles et gracieuses lorsque l’auteur évoque son amour d’adolescence. Quant à l’histoire, elle bénéficie d’une grande fluidité et n’est jamais plombée par son sujet, qui pourtant pourrait vite dévier vers l’auto-apitoiement ou une sensiblerie un peu gnangnan… L’auteur se contente de produire un récit lucide et sensible, sans concession, sans aigreur ni colère, avec juste une touche d’ironie et des images fortes, où il explique comment [SPOILER] à la suite d’une désillusion amoureuse [fin du SPOILER], il s’est détaché de la religion malgré la pression familiale et sociale.
Chambres Noires
Voici un style graphique dont je raffole, très proche de celui de Karascoët dans Miss Pas Touche, sauf qu’ici Yomgui Dumont pousse le souci du détail nettement plus loin et nous offre des planches de toute beauté. L’équilibre entre les couleurs, les détails, les décors et les expressions des personnages est parfait, tourner les pages est un vrai bonheur. Un autre point commun aux deux séries… leur noirceur. « Chambres Noires » raconte une histoire que l’on pourrait presque qualifier de déjà-vue, sans apporter de véritable originalité au genre, c’est un récurrent récit de fantômes. En guise de préface, l‘histoire commence par une présentation de la maisonnée, de ses habitants et de leurs activités, façon petite chronique assez drôle par ailleurs. Mais c’est surtout dans son traitement qu’elle accroche, Olivier Bleys sait distiller les informations nécessaires au bon moment pour maintenir un excellent suspense. Il y a aussi une grande richesse au niveau des personnages qui sont très nombreux et suffisamment développés pour que l’on s’attache à eux. Une petite touche humoristique vient se glisser de-ci de-là, et elle tombe toujours pile poil quand il faut et surtout quand on ne s’y attend pas. J’ai eu un coup de cœur pour Bertille et ce pauvre Erratum… Suite et fin Celle-ci ne fait que confirmer mes premières impressions, toutes les qualités du premier opus sont présentes, avec en plus un déroulement de l’histoire on ne peut plus prenant, le suspense étant maintenu jusqu'au final. La qualité du graphisme est constante, avec ses innombrables détails et des expressions pleines de vie ; j'aime aussi la manière dont Yomgui Dumont joue sur les contrastes, notamment avec les yeux des personnages. Cette série est surtout un véritable coup de cœur avec un attachement inconditionnel aux personnages, charismatiques, drôles et attendrissants ; par ailleurs les méchants sont vraiment odieux ce qui par opposition les rend intéressants. Autre point important, moi qui n'aime pas des masses les histoires de fantômes, j'ai été enchantée par celle-ci et tout cela vaut bien la note maximale.
Monster
La sortie de l'édition de luxe m'a permis de me replonger dans ce superbe manga. Une très belle édition soit dit en passant. Clairement, c'est un manga qu'on ne peut pas lire à la va-vite tellement l'histoire est dense et les personnages nombreux. On suit avec plaisir le destin de ce médecin qui doit vivre avec le poids d'avoir sauvé un meurtrier dangereux et qui fera tout pour l’arrêter. J'aime particulièrement l'importance que Urasawa a donné aux personnages secondaires, bien qu'au final on les voit presque autant que Temna. L'auteur prend clairement son temps pour distiller les infos sur le fond de l'histoire et pour faire avancer le récit, mais c'est un plaisir, je trouve, de rencontrer la multitude de personnages sur le chemin de Temna. Enfin, je trouve que les 2 derniers tomes offrent un très bon final. Et même si la fin est un petit peu ouverte, je trouve qu'on a quand même la majorité des réponses sur l'histoire des jumeaux et sur ce qui s'est passé dans leur enfance, avec leur mère, Bonaparta etc... Concernant le dessin, j'aime beaucoup son style, où l'on n'a pas de graphiques fouillis comme sur d'autres mangas. Après, pour ceux qui ont l'habitude de suivre les séries de Urasawa, on retrouve toujours un peu les mêmes "gueules" mais bon. Bref, pour ma part, Monster avait été peut-être le 1er manga "adulte" que j'avais découvert il y a de ça plusieurs années, et après une 2eme relecture ces jours-ci, c'est définitivement un des meilleurs qu'il m'ait été donné de lire. Je conseille donc d'y aller les yeux fermés (sauf si on est allergique au genre thriller bien sûr), et surtout essayez de le lire d'une traite, pour apprécier au mieux toutes les histoires annexes qui s’entremêlent les unes avec les autres durant tout le récit.
Monkey Bizness
Les yeux fermés je mets 4 étoiles pour cette série « coup de cœur ». Coup de cœur parce que bizarrement elle n’est pas trop connue bien que figurant dans le best of 2010 du site, mais nul doute qu’elle va finir par percer. Monkey Bizness, c’est de l’humour « hard » et satirique par les auteurs de la mini série tv Les Lascars, mais là on n’est pas dans un type d’humour racaille banlieusard mais un style beaucoup plus trash et porno. Pour ceux qui ont aimé le film Pulp Fiction de Tarantino, le duo de singes Hammer-Jack Mandrill fait énormément penser à l’autre Travolta-Samuel Jackson pour le côté barbouzes sans morale quand il s’agit du boulot, et qui sont de vrais concierges pipelettes pendant les moments de détente où on parle de tout et de rien mais toujours avec une philosophie de bistro. D’ailleurs, dans cette jungle urbaine où tout le monde a un langage « tarantinesque » (j’entends par là, à base de « putain », « enfoiré » et autre), le gorille Hammer n’a pas son pareil pour manier la langue de Racine et en cela il a un côté décalé et hilarant. Aussi, le fait qu’il distribue les mandales à tour de bras m’a rappelé Sœur Marie-Thérèse et du coup, ça renforce ma sympathie pour cette série. Autre point positif, la BD fait une bonne centaine de pages ce qui est assez rare quand en plus le dessin et les couleurs sont de qualité. J’apprécie de plus en plus la section Label 619 des éditons Ankama, ça me rappelle les meilleures années de Fluide Glacial. La relève est assurée.