Les derniers avis (7597 avis)

Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés. S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages… Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi. Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…

31/01/2013 (modifier)
Couverture de la série Transmetropolitan
Transmetropolitan

D’abord, c’est de Warren Ellis, et je ne suis pas objectif : il a commis du très moyen dont je réfute jusqu’à l’existence, et ce qu’il a fait de bon est très bon, inobjectivement (Planetary, Desolation Jones, Fell, …). Mes scénaristes préférés de comics américains sont finalement tous britanniques. Avis sur l’intégrale en V.O. Transmetropolitan est avant tout l’histoire de Spider Jerusalem. C’est un personnage barré, le gonzo journaliste ultime (non, pas le muppet), un Hunter S. Thompson sous amphets (enfin, plus d’amphets) et accès à l’arsenal de Bugs Bunny. D’ailleurs, dès la première page traine un exemplaire de « Fear and Loathing (in Las Vegas)*». (et un « Confederacy of Dunces » aussi, deux livres qui méritent un coup d’œil). (* Las Vegas Parano en V.F., et c’est semi autobiographique) Ellis sort de plusieurs années de comics ‘plus standards’, sur lesquels je n’ai pas d’avis. Avec Transmet, il peut enfin mettre en scène un adulte capable d’enfiler son pantalon par-dessus son slip, et il se lâche. Spider Jerusalem est légèrement exagéré (enfin, limite cartoon), mais ignoblement jouissif. Et ses assistantes parviennent à lui tenir tête, ce qui en fait des personnages à part entière. J’aime beaucoup la dynamique du trio. Le dessin est egocentrique : Spider est très détaillé, furieusement expressif. Les décors sont assez vides et effacés, ce à quoi Spider répondrait probablement « I’m Spider Jerusalem, and fuck all of you! Ha! ». Beaucoup de clins d’œil dans les arrières plans extérieurs, toutefois, et des cases très colorées pour un propos assez sombre. Fatal, mais pas sérieux (j’suis aussi fan d’Adam Warren). Beaucoup de clins d’œil dans les dialogues d’arrière plan aussi : Ellis parvient même à placer « Wave of Mutilation » dans une phrase sensée, c’est dire. Ah oui, tiens, le propos est assez cru, dans la forme * et dans le fond. Enfin, si on se limite au factuel, je ne trouve rien de plus choquant que dans un épisode quelconque de série américaine quelconque de prime-time (quelconque). Sans l’abrutissement, moins moralisateur et plus jubilatoire. Mais pas plus de tripe, et moins de cul au final. Enfin, pour ce que j’en ai vu, les types qui ont pondu House M.D. ont dû lire Transmet. (* « If anyone in this shithole city gave two tugs of a dead dog's cock about Truth, this wouldn't be happening. » Et ça, c’est modéré.) Cependant, Spider Jerusalem reste un journaliste, et les différents volumes sont aussi des reportages. Ellis renoue avec les racines de la S.F. façon Bradbury : l’anticipation technologique est à la fois omniprésente et peu importante, et fait la part belle à la critique sociale. Difficile par exemple de ne pas replacer la lutte présidentielle entre ‘The Beast’ et ‘The Smiler’ dans le contexte d’alternance U.S. de l’époque (de Bush Sr. à Clinton), ou de ne pas reconnaitre l’approche locale des émeutes raciales. Attention toutefois, le monde de Spider est laid. Spider est un sociopathe humaniste qui lui trouve parfois de la beauté. Mais ça reste assez déprimant. J’aime, mais je conseille de lire le 1er tome avant d’acheter (une centaine de pages, jusqu’à l’épisode consacré à Mary, où la série trouve son équilibre), ça ne plaira pas à tout le monde.

30/01/2013 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Tintin n'est plus à présenter. Un monument de la bande dessinée, une légende qui ne se tarit pas (et les films qu'on produit actuellement n'en sont qu'un bon exemple). Je ne reviendrai pas sur les styles d'histoires, sur le dessin qui reste la base de la ligne claire, ou simplement les idées qui sont présentées. Mais je dois dire que Tintin, j'aimais sacrément ça étant enfant. J'en lisais autant que possible (et aucun n'a survécu d'ailleurs), même si je ne comprenais pas les histoires. Et aujourd'hui, quand je les relis, je les trouve toujours aussi sympathiques. J'ai personnellement une préférence pour le diptyque du voyage sur la lune, très documenté, angoissant également dans ses moments de tension. Un superbe opus à mon avis. Les aventures sont très souvent réjouissantes, les traits d'humour encore bons, les intrigues parfaitement menées, bref tout reste bon dans Tintin. Et au final, malgré les polémiques sur les idées de fond, je ne crois pas qu'on puisse dire que Tintin incite à une haine raciale ou autre théorie. Je les ai lu des dizaines de fois étant enfant, je ne suis toujours pas raciste. Une oeuvre culte, c'est clair et net. Tintin est et restera un des plus grands de la BD, dans le panthéon du 7ème art.

28/01/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Amateurs
Les Amateurs

Quand je pense que certaines bd érotiques, dont la qualité et les dessins sont d'une fadeur totale, arrivent à atteindre les 3 étoiles et que ce chef d’œuvre (parfaitement) n'en a que 2 à l'heure ou j'écris, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume bdtheque. Graphiquement c'est sublime. Pas juste beau, non non, il y a des pages qui sont simplement magnifiques à en pleurer. De plus l'agencement et le rythme des pages sont très très astucieux et malgré de nombreuses superpositions de personnages, de situations et de sous-entendus, on comprend tout, c'est impeccablement lisible et agréable à lire. Bref, Events n'est pas un bon dessinateur de plus: il vole au dessus des foules. En plus il sait raconter des histoires ! Le scénario est intelligent, prenant et bien mené. Que demande le peuple bdtheque ? On ne peut pas passer à côté d'une œuvre pareille (re-parfaitement). EDIT : je remonte ma note au niveau culte après relecture plus d'1 an après.

26/01/2013 (modifier)
Couverture de la série Pascal Brutal
Pascal Brutal

Un portrait juste et réel de la régression sociétale observée à tous les niveaux politiques, intellectuels, culturels avec cette société du futur qui poursuit le prolongement de la liquidation médiatique de mai 68 et de son héritage. Beaucoup d'humour, du second degré, En résumé : "putain, Pascal je te kiffe !"

26/01/2013 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Le Combat ordinaire
Le Combat ordinaire

Manu Larcenet est selon moi un auteur parmi les plus talentueux que je n'ai jamais lu. C'est bien simple : sur les trois œuvres que j'ai lu à présent de lui, j'ai mis trois fois 5/5 car j'ai été touché par les trois œuvres, mais à chaque fois de façon dissemblable. Manu Larcenent possède un trait excellent, juste et précis, sans fioriture, presque épurée. Le style graphique est pas mal différent de ce que j'avais apprécié dans Presque, mais il est ici tellement beau accolé au récit que je le trouve parfait une fois de plus. Ce trait simple mais beau accompagne parfaitement le récit, qui est plus proche de la philosophie quotidienne selon moi que d'une véritable histoire. Le terme Roman graphique est sans doute le seul adapté pour cette œuvre à part dans ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Mélangeant l'histoire, les photos dessinées et commentée, les petites histoires de la vie et ses grandes interrogations, Le combat ordinaire est une philosophie actuelle digne de ce que pouvait nous produire un Platon ou un Socrate de l'antiquité. Le récit est empli de petites réflexions, rarement développées, rarement longues, mais toujours très juste. Le nombre de citations qu'on pourrait extraire de cette BD est simplement énorme. Je peux relire cette BD n'importe quand, de jour comme de nuit, à n'importe quel sentiment, je trouve toujours quelque chose qui me convienne. Même l'humour est à mon avis savamment dosé et bien introduit, jamais là pour détruire une scène sérieuse, jamais absent lorsque le récit pourrait sombrer dans l'inutile ou le lassant. Le dosage de l'ensemble est juste parfait. En le lisant aujourd'hui, je me rends compte que j'ai été marqué par cette BD, par ce qu'elle propose comme réflexion et comme idées. J'en ai souvent des passages en tête, et plus d'une fois j'ai pu constater la justesse du propos de Larcenet. Manu Larcenent est un auteur de talent, il n'a plus à le prouver. Et pourtant je ne cesse d'être impressionné par celui-ci. Il me fait aimer encore une fois la bande-dessinée. Il n'a pas donné ses lettres de noblesse à la BD, mais il les défend ardemment. Et je ne peux que me joindre à lui dans cet art si noble.

13/12/2011 (MAJ le 25/01/2013) (modifier)
Par dut
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un printemps à Tchernobyl
Un printemps à Tchernobyl

J'aime beaucoup ce que fait Emmanuel Lepage, que ce soit par exemple Névé, ou encore Muchacho, c'est un auteur plein de sensibilité et avec un trait de crayon assez unique que j'apprécie particulièrement. Pourtant, j'avais un peur peur avant de commencer "Un printemps à Tchernobyl". J’avais peur de tomber sur une œuvre trop engagée anti-nucléaire, mais heureusement ce n'est pas le cas. Alors certes le très instructif rappel de la catastrophe fait froid dans le dos, mais ce n'est finalement pas le sujet principal de cette BD. Finalement on pourrait résumer en disant que le sujet de cette BD, c'est la vie ! La vie qui continue dans cette région sinistrée, la nature qui reprend ses droits une foie arrivé le printemps... L'auteur arrive avec ses magnifiques planches à nous faire rentrer dans l'ambiance grisâtre, remplie de tristesse, de cette région sinistrée. Si on savait pas que ca existait, on pourrait croire à une BD de SF post-apocalyptique. Lors de la visite de la "zone interdite", je me suis senti complètement oppressé, le spectacle de désolation magnifiquement retranscrit par Emmanuel Lepage, les tic-tic du dosimètre qui sont là pour rajouter un peu de pression... Puis doucement on bascule un peu dans une autre ambiance, au gré des rencontres effectuées, des balades, je trouve que ça bascule vers des notes d'espoir, et c'est plutôt agréable ! Les couleurs employées sont différentes par moment, plus vives, plus pastel, c'est un bon moyen de changer le ton de l'histoire. Bref, une histoire prenante, sur un sujet sérieux, des dessins à couper le souffle, les couleurs fantastiques, cette BD est un vrai bijou à ne manquer sous aucun prétexte. Bravo M. Lepage.

24/01/2013 (modifier)
Couverture de la série Criminal
Criminal

Criminal raconte une histoire par volume (au nombre de six) avec à chaque fois un personnage principal différent, mais dans un monde interlope où parfois on recroise des têtes entrevues ailleurs. On peut lire ça dans le désordre, la cohérence étant avant tout thématique, et non scénaristique. Criminal, c'est un monde de gangsters à la Tarantino, la petite criminalité, mais débarrassé du superflu de ce réalisateur, et où plane la fatalité d'un Impitoyable de Clint Eastwood. C'est beau, Criminal. Le premier volume m'a paru classique et réussi, une bonne histoire de gangsters, bien racontée, avec un auteur qui semble connaître son sujet. Je pourrais dire la même chose du deuxième volume, et du troisième... Seulement au fur et à mesure des volumes, la cohérence thématique fait que Criminal dépasse pour moi du cadre de la "bonne histoire bien racontée". C'est difficile d'écrire de bonnes histoires de gangsters. Soit on édulcore et des pourritures passent pour des princes, soit on plonge un peu trop dedans et ça donne envie de vomir, comme le film Truands de Frederic Schoendoerffer particulièrement dégueulasse et glauque, que je ne recommande d'ailleurs pas malgré (et à cause de) son réalisme à la limite du reportage. Dans Criminal il n'y a pas de héros, et les gangsters ne sont pas classes. Il y a des ordures, des pourritures, tandis que ce qui pourrait s'apparenter de très loin à des gens biens, ce sont des hommes violents et des salopes sur le retour. Il y a de la fatalité dans l'air, il y a comme une chape de plomb sur les héros qui les empêche de transcender leur condition, de devenir meilleur, de s'en sortir. Et ce qui est terrible, c'est qu'ils en sont conscients. Pour certains qui parviennent à s'extirper d'une vie misérable, il y a l'appel irrésistible du gouffre ; parce que dans le bonheur on se sent comme un pou, autant revenir à ce qu'on a connu toute sa vie. Et le dessin est en harmonie avec le propos, un trait grossier, noir, précis, direct, avec parfois des visages en gros plan où une expression est pleinement saisie. La capacité du dessinateur a capturé l'essence d'une situation, d'une posture, d'un personnage au bon moment, dans la bonne case, fait en sorte qu'on lit le reste comme si tout était aussi soigné et aussi beau. Une case évocatrice, et ce psychopathe nous fera froid dans le dos à chaque apparition. Une case, et cette femme nous crèvera le coeur. Comme dirait Dennis Lehane : Ténèbres, prenez-moi la main.

23/01/2013 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série La Nuit
La Nuit

La Nuit de Druillet … Encore aujourd’hui, quand je le relis, j'ai ce petit frisson d'exaltation, ce sentiment qui nous prend au ventre quand on sait qu'on va assister à quelque chose de grandiose. Car grandiose, je pense encore qu'elle l'est cette œuvre, même après plus de vingt relectures espacées dans le temps tout autant que dans les conditions de lecture. Et pourtant j'ai le même effet à chaque fois. Un mélange d'excitation par l'aventure qui m'attends, mais en même temps d'appréhension avec le côté grave et curieusement défaitiste qui se dégage de l'œuvre. Mais dépressive, elle ne l'est pas, même si elle est noire. C'est une œuvre forte, une œuvre belle, mais pas dépressive. Ça c'est sur. En commençant, l'ouverture est grave, pesante, lourde. Druillet fait son introduction. Déjà la beauté du texte se voit, l'émotion se ressent, la douleur transparaît. Druillet nous invite à le suivre dans son exorcisation de la douleur, à voir la perte d'un être cher et ce qu'il en à tiré comme œuvre. L'introduction est funèbre, pesante, mais en même temps on sent une colère forte derrière la douleur, et cette colère est dirigée contre un peu tout le monde. Lui-même semble notamment se détester. Mais cette colère, au contraire de l'aveugler, ne le rends que plus lucide, et l'introduction en est d'autant plus impressionnante. Elle est la raison pour laquelle j'ai acheté cette BD, et encore aujourd'hui je la relis en pesant bien les mots qu'elle contient. La page se tourne. Il fait noir, mais un portrait, à mi-chemin entre la photo et le dessin nous sert d'ouverture. La femme nous regarde en nous attendant, nous invitant à ouvrir la porte de l'univers de la nuit. Et maintenant, voilà que s'ouvre la BD proprement dite. Une BD qui semble curieuse. Les dessins sont fouillés (ou fouillis ?), plein de détails, colorés à en faire mal à la tête, et en même temps ils collent à l'atmosphère, ils sont un style à part entière, l'émotion suinte par lui. Dans ce dessin, nous voyons les lions qui volent. Le décor se plante, la ville où tout vit la nuit seulement, les êtres en noirs, les crânes qu'ils les appellent, et le combat prend forme. La violence règne. Même dans les termes. Peu de phrases, des expressions, beaucoup de vulgaire. Tout s'emballe tout à coup, on ne comprend pas. Des cataclysmes se déclenchent, il faut se réfugier sous terre, et retrouver les autres. Et la nouvelle tombe : la dope a été prise par quelque chose. Nous ne saurons pas ce que c'est, mais c'est fini pour les tribus de la cité si elles ne parviennent pas à reprendre le dépôt. Toutes se réunissent, s'arrangent, dansent. Le tableau de ces hommes dansant sur Brown Sugar à quelque chose d'étrange, comme s’il ne devait pas être là. C'est la dernière scène de paix. Nous voilà au milieu de l'œuvre, et la plongée en enfer commence. Une plongée dans un enfer dont on en ressent tout de suite les effets : doubles pages magnifiques qui nous invitent à nous plonger dans une myriade de dessins, des planches sublimes aux couleurs toujours plus folles, des découpages de cases fous. Et pourtant, Heintz sent le doute poindre. Il a peur de la mort. Elle semble se rapprocher. Et le combat se lance. Tous contre tous, dans un combat final. Ce sera le dernier, l'un disparaitra totalement. Et pourquoi pas les deux ? Qui a dit qu'il y aura un vainqueur au final. Mais les crânes sont vaincus, la lutte a servi. Et pourtant Heintz a encore peur. Il est seul au milieu, il hurle. Il regarde la mort en face. C'est fini, mais pourquoi ne pas tenter une dernière course à la mort ? Ils foncent en chantant, et voilà que les doubles pages prennent toute leur ampleur. Les photos d'un calme apparent se mêlent au chaos des dessins, les deux mondes se mélangent. Et voilà que le dépôt bleu est là ! Il semble carrément transpercer les pages, il explose par tous ses orifices et la foule se presse pour y rentrer. Et la danse recommence, tandis que le shoot fait effet. Dernier chapitre : les pâles arrivent. Ce qu'elles sont ? Nul n'en sait rien. Mais elles tuent, tout. Absolument tout. Et l'apocalypse se déchaîne. Tout le monde meurt, les corps s'entassent, explosent sous les rayons de ces pâles. Tout se disloque, tout disparaît. Mais Heintz est encore là. Il est debout, attendant l'aube. Il sait qu'elle tuera les pâles et lui avec. De toutes façons, c'est déjà fini. Et l'aube nait. Tout disparaît, et Heintz se désagrège lentement, disparaissant de la page. Celle-ci est vide de tout le reste à part lui. Et tout est fini. Les métaphores du cancer, de la mort, du pourrissement d'un corps sont encore floues, qui est qui ? Mais au final, peut importe de savoir exactement. La force des émotions est là, sans qu'il faille l'expliquer. Alors, respirant fortement avec la montée de tension qui a traversé les pages, encore sous le choc de ce que je viens de lire, je vois les derniers mots de la BD, tracé délicatement par Druillet au bas de la dernière planche, et un sourire me monte aux lèvres. « Fin. Lente montée de la musique … »

26/01/2012 (MAJ le 17/01/2013) (modifier)
Par Bernard
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Peste blanche
Peste blanche

Un peu déroutant au départ, puis on se laisse captiver par cette histoire qui se passe à Marseille. Il y a plusieurs degrés de lecture dans cette BD. Personnellement j'ai dû la relire pour bien saisir toutes les subtilités. Il y a du Camus dans cet auteur. Un certain détachement, un goût d'absurde. Le personnage principal JB Chataud me fait penser à "L'étranger". Le graphisme invite le lecteur à avoir sa propre vision selon son vécu. Une BD à lire, et à relire !

16/01/2013 (modifier)