De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!!
Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius...
D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne.
Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel.
Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit…
Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension.
Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien.
Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer.
Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres…
Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte.
Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre.
De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole.
Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité.
Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Oui je sais, "culte" est un peu fort pour cette BD, j'en conçois. D'autant plus qu'elle n'est pas parfaite, le scénario est léger (l'église envoie une tueuse à gage tuer l'anté-christ, ça y est les 7 albums sont résumés), les dessins ne sont pas exceptionnels (même s'ils s'améliorent au rythme des albums).
La série se résume à une succession de scènes d'actions violentes bourrées de stéroides et autres psychotropes. Ca décapite, ça explose, ça brûle, on s'injecte des stimulants et on repart. Dans un sens ça ressemble à un jeux vidéo, ou notre personnage évolue dans un donjon et affronte boss après boss.
Dans cet BD pas de sentiments, tout le monde ramasse, on a à peine le temps de s'attacher à un personnage qu'il se fait dépecer.
Pourtant la force de Yiu (à mon sens), réside dans son ambiance, dans tous ces petits détails qui parviennent à nous faire croire à l'existence de cet univers: l'Australie hyper-protectrice de ses frontières (bon ça c'est comme dans la vrai vie...), attentats, religion, sectes (c'est quoi la différence entre les deux?) , un guerrier relié à un babouin par un cordon ombilicale, des soldats hultra-protéinés, les émeutes, la folie des gens... .
Voilà donc pourquoi j'ai mis "culte" car Yiu a su créer son propre monde.
Petite parenthèse: le tome 1 est sorti en janvier 2001, soit avant le 11 septembre et tous les éléments qui s'en sont suivit. Je n'irai pas jusqu'à dire que les auteurs sont des visionnaire (loin de là), mais je tenais tout de même à soulever le fait que le scénariste n'a pas attendu les événements récents pour écrire sont histoire de guerre de religion et d'attentats en tout genre.
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques.
Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture !
Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible?
Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois.
Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir.
Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston !
Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale !
Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti.
Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss.
Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions !
Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini...
Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite !
Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage.
A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...
Difficile de parler de cette série sans trop en dire, ou pas assez. Les dessins sont très beaux, l'intrigue nous mène par le bout du nez, des yeux, là où Bajram voulait nous mener, à coup de citations bibliques.
Peut-être pas le scénario le plus original, mais dès la première lecture (je l'ai lue trois fois en entier), j'ai été embarqué et n'ai pu m'arrêter avant la fin. Je ne sais plus si ni où j'ai pu lire une interview de Bajram où il disait, il y a longtemps, avoir déjà matière à une suite. Cela fait rêver... et puis non, la peur de la déception, enfin un réflexe con, sûrement.
En tout cas, je me joins aux très nombreux avis qui recommandent achat et lecture de ce qui constitue un "immanquable" du genre - dont on peut ne pas être friand, mais si c'est le cas, n'hésitez pas à vous plonger dans cet univers ! Quel plaisir !
Très bonne bd ! L'univers et l'ambiance des mille et une nuits sont présents, l'histoire est captivante, les personnages aussi. Le dessin est chaleureux, notamment ceux de Bagdad en plein soir avec les souks bien retranscrits. On s'y croirait !! C'est beau c'est bon c'est génial. Je mets volontiers 5/5 tellement j'aime cet univers.
Cela fait un moment que j'ai remarqué cette série, bien avant sa sortie et je l'attendais impatiemment. 6 tomes racontant l'histoire de 6 personnages qui ne se connaissent pas, qui n'ont rien en commun et pourtant...
Le pitch fait envie, le dessin aussi. Je le trouve vraiment superbe, c'est un mélange assez réussi de plusieurs éléments et pour cause : au lieu d'avoir un dessinateur différent par tome, ils se sont partagé le boulot. Un au story board, un pour les décors, un pour les personnages, un pour la couleur. L'alchimie prend super bien, l'homogénéité de l'ensemble est assurée et le résultat est de qualité.
Côté scénario, si la même histoire vue par des personnages différents est un procédé que j'apprécie et qui est déjà vu en BD, les scénaristes ont poussé le mécanisme à fond en racontant 6 histoires différentes de personnages qui ne se connaissent pas et qui vont juste se croiser. Le résultat donne une série qu'on peut lire dans n'importe quel ordre. Sacrée bonne idée... et sur les premiers tomes le résultat est là.
Fouad est un thriller où un bénévole dans une association humanitaire va découvrir que son employeur se sert des malades pour en faire des cobayes. Il va alors tenter de découvrir ce qui se trame dans les hautes sphères de cette organisation et très vite il va mettre le doigt là où il ne fallait pas. L'histoire est rythmée, pleine de mystère et avance à 100 à l'heure. J'ai dévoré ce tome.
J'ai à peine moins aimé Camille, une histoire qui ouvre doucement les portes d'un récit fantastique. Là encore on se promène aux 4 coins de la planète, et le rythme est soutenu.
Darius recoupe pas mal l'histoire de cette dernière, tout l'en abordant d'un point de vue bien différent. Et on a aussi droit à quelques révélations autour de l'intrigue principale. Quel régal !
Quant à l'histoire de Park, c'est avec Fouad qu'elle a plus de liens. Mais ce tome nous apporte une vision assez différente de ce que l'on pensait savoir... Et puis quel final !!!
Les 2 autres albums apportent eux aussi leurs lots de recoupements et de surprises. De ce coté là on est servi avec Jonas. De son coté Noah apporte un nouvel éclairage sur des éléments lus précédemment.
Bref cette sorte de puzzle fonctionne à merveille. On croise des personnages qu'on a déjà vus, des évènements déjà lus, mais abordés de manière totalement différente. Ce qui est une péripétie sans importance ou un détail dans un tome est un élément majeur dans l'autre. Les recoupements s'articulent parfaitement et les liens entre les histoires donnent une nouvelle vision de celle précédemment lue.
Pas vraiment annoncé au départ, mais probablement déjà prévu Ultimatum est une sorte de conclusion qui se passe après les 6 premiers albums. J'ai tellement adoré les premiers que j'avais presque peur d'être déçu de cette suite. Ce n'est pas le cas, ce qui se passe est plutôt logique en fin de compte. Il y a de très bonnes idées. Il y a d'autres détails auxquels j'ai moins adhéré. Et puis il y a des personnages qui me tenaient beaucoup à coeur et j'aurais aimé pour eux un autre destin. Mais c'est comme ça finalement...
Incontestablement ma meilleure lecture de 2011. Je ne résiste pas au plaisir de mettre 5 étoiles. Après plusieurs relectures, Alter Ego est même clairement une de mes séries préférées !
Vivement la suite !
C'est réellement une agréable découverte à laquelle je ne m'attendais pas avec un titre pareil. Certes, le scénario est classique et un peu digne des grandes sagas familiales à travers les épreuves historiques du temps. Néanmoins, en l'espèce, c'est rondement bien mené. On est très vite happé par le récit et on a envie de découvrir la suite avec impatience. L'Histoire et la bande dessinée font quelquefois fois très bon ménage ensemble!
On s'attache à l'histoire d'un immigrant russe de confession judaïque qui fait fortune en France dans l'acier, juste avant la seconde guerre mondiale. J'ai bien aimé le début car on découvre la genèse de l'histoire en Bessarabie en 1905 au moment des pogroms puis la fin un peu tragique du magnat en 1965 au moment de l'élection présidentielle. Il est vrai qu'on est facilement balloté d'une époque à l'autre avec de nombreux flash-backs. Cependant, je trouve qu'ils sont savamment orchestrés d'autant que cela va être de plus en plus limité par la suite.
Bref, la réalisation de cette bd est tout à fait convenable tout comme le dessin. Il faut dire que le dessin de Sylvain Vallée avec son style réaliste ne décrédibilise pas l'ensemble. Je suis véritablement conquis! :) Par contre, je pense que la filiation revendiquée avec Sergio Léone est pour le moins hasardeuse sauf à revendiquer un côté fresque. Que dire également des différentes couvertures qui se succèdent et qui respectent un cadre bien précis ! C'est réellement du très bon travail !
Le second tome traite de la période de la seconde guerre mondiale où il n’était pas bon d’être un juif dans un pays conquis. Aussi cet homme va tout faire pour sauver sa famille et son entreprise jusqu’à renier ses propres origines et se compromettre avec le mal. Fera t-'il acte de résistance ou bien de collaboration avec l'ennemi pour consolider son empire dans la sidérurgie? On tient là une grande série qui ne fait pas de complaisance.
Le troisième tome est un peu celui de la consécration. La série se poursuit toujours avec brio grâce aux talents des deux auteurs. On est au coeur de la Seconde Guerre Mondiale avec la période de l'Occupation où Joseph Joanovici navigue entre des affaires douteuses qui marchent bien et une collaboration de circonstance avec les nazis. Pour autant, il sent le vent tourner et investit peu à peu dans la Résistance. C'est difficile de jouer sur deux tableaux : c'est ce que semble démontrer cette série qui nous dépeint un homme pas complètement pourri.
Le quatrième tome est sans doute le plus fort car c'est le temps du passage à l'acte afin de sauver les meubles devant le débarquement alliés. Jamais notre homme ne sera autant au bord du gouffre avec son double jeu ! Cependant, il arrivera à s'en sortir non sans de terribles sacrifices. On découvre dans toute sa splendeur l'ambiguité de ce personnage qui a pactisé avec le diable. La sympathie qu'il inspirait va s'effacer peu à peu. Reste à découvrir ce qu'il l'attend au tournant.
Le cinquième tome fait un retour sur le petit juge de Melun qui avait un peu disparu de l'intrigue. Le personnage de Joseph devient de plus en plus détestable car sans moralité. J'en arrive même à espérer que le petit juge qui lutte contre un puissant réseau qui le protège pourra le coincer. Néanmoins, il faut se dire que c'est toute une époque troublée qu'il faudrait juger où des dignitaires ont d'abord collaboré avec l'ennemi avant de retourner leur veste.
Le dernier tome est l’heure pour notre anti-héros de payer l’addition remplie par une vie d’excès et d’argent facile. Les sombres prédictions se réalisent. On en vient à avoir de la compassion pour Joseph malgré tout ce qu’il a pu faire. Cette œuvre se termine de façon magistrale. J’ai franchement bien aimé.
Un dernier mot pour dire que la narration est d'une remarquable fluidité malgré la complexité de l'histoire de ce personnage. C'est ce qui me fait dire que Fabien Nury est certainement l'un des scénaristes les plus doués de sa génération. Je crois que cette bd fera un jour un très bon film de cinéma ! Tout y est pour notre plus grand plaisir !
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Gotham Central raconte une suite d'enquêtes classiques plus ou moins liées les unes aux autres dans l'univers de Batman, à la manière d'une série policière américaine qui, au fil des affaires, en profite pour approfondir discrètement ses personnages.
Avant de lire la BD j'avais quelques appréhensions face à ce mix de prime abord étrange entre The Wire et l'univers d'un gars déguisé en chauve-souris. Mais j'ai été conquis. Je pense que ce qui rend cette alchimie possible tient beaucoup au dessin à la Year One, très réaliste, peu fouillé, allant brutalement à l'essentiel. Dans "Un Long Halloween" j'ai vraiment eu du mal avec le contraste entre un graphisme plutôt réaliste du monde de la pègre, et celui complètement fantaisiste des super-vilains. Ici les super-vilains s'intègrent bien.
Gotham Central, c'est d'abord l'occasion de découvrir les méchants batmaniens sous un tout nouvel angle, plus humain d'une part et donc plus intéressant ; la police établit des profils de ces criminels d'exception, et Ed Brubaker parvient à les rendre très crédibles grâce à une plume sobre et sensible. C'est aussi l'occasion de voir un Batman différent.
Dans les BDs canoniques, Batman est un personnage principal, quand ce n'est pas LE personnage principal. Ici, évidemment sa présence surplombe toute la BD, mais il apparaît peu. Nous n'avons plus son point de vue à lui ; nous ne savons rien de ses motivations, de ses enjeux, ce n'est qu'un type laconique qui apparaît pour disparaître aussitôt.
Et on découvre que pour les policiers, il y a des raisons légitimes de détester cet homme qui fait le boulot à leur place, agit en toute impunité sans se soucier des lois, ce "freak" qui a transformé leur ville en Foire aux Monstres. La relation est ambiguë, car si effectivement la police a bien du mal à souffrir son soutien, elle en a aussi besoin quand la situation la dépasse.
Gotham Central, c'est le point de vue de gens ordinaires sur un monde qui ne l'est plus, qui ne leur appartient presque plus, et qui est pourtant le leur. C'est aussi une manière très habile de faire de la BD de super-héros "pour les grands", bien mieux que Nolan ne l'a fait pour le cinéma, et dans la continuité de Year One.
Bref, Gotham Central ; j'adore !
Je ne comprends pas qu'on ne mette pas "culte" à Thorgal.
C'est comme Tintin, personnellement je ne supporte pas cet adolescent imberbe et asexué de 40 kilos qui met KO les méchants en un coup de poing (sérieux Tintin, fais nous plaisir : trouve toi une meuf). Pourtant si je devais le noter je mettrais "culte", pas le choix, l'histoire nous l'a démontré.
Donc pour Thorgal c'est pareil. Que dire du héros ? Il est juste parfait.
Fort, beau, généreux, intelligent, dévoué... et en plus il a horreur de la violence et ne se bat que lorsqu'il y est contraint (heureusement car à lui tout seul on lui doit la clef du deuxième monde, la chute de Brek Zarith, la victoire de xijins sur les chaams, la mort d'Orghoff l'Invincible, Shaigan sans merci...).
Il voyage, entre les mondes et les continents.
Archer hors pair, le meilleur album de la série en sera intitulé.
Des personnages secondaires somptueux, je pense notamment à Kriss de Valnor (mon premier fantasme d'adolescent avec Iguegue de "Salut les musclés" bon là ce n'est pas le même registre).
Que dire du cycle du pays Qà ? Rien, lisez-le et relisez-le.
Pour les détracteurs je vous l'accorde la série n'est pas parfaite, il y a quelques incohérences entre certains albums, la série s'essouffle lorsque l'on arrive au 22-23ème album, Van Hamme à tendance à en faire trop (comme à son habitude), malheureusement c'est vrai.
Par contre le dessin de Rosinski est impeccable, proportions, visages expressions souvent dans les BD réalistes on a tendance à confondre certains personnages, là impossible de confondre Thorgal à Tjall ou Jorund le Taureau à Wor le Magnifique.
Enfants des étoiles, super-héros sans super-pouvoir (si ce n'est celui du coeur), les femmes l'aiment, les hommes le jalousent.
En définitive, Thorgal c'est l'homme qu'on adore ou qu'on déteste mais il ne laisse pas indifférent.
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Big Baby
De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!! Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius... D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne. Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel. Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit… Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension. Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien. Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer. Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres… Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte. Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre. De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole. Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité. Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Yiu
Oui je sais, "culte" est un peu fort pour cette BD, j'en conçois. D'autant plus qu'elle n'est pas parfaite, le scénario est léger (l'église envoie une tueuse à gage tuer l'anté-christ, ça y est les 7 albums sont résumés), les dessins ne sont pas exceptionnels (même s'ils s'améliorent au rythme des albums). La série se résume à une succession de scènes d'actions violentes bourrées de stéroides et autres psychotropes. Ca décapite, ça explose, ça brûle, on s'injecte des stimulants et on repart. Dans un sens ça ressemble à un jeux vidéo, ou notre personnage évolue dans un donjon et affronte boss après boss. Dans cet BD pas de sentiments, tout le monde ramasse, on a à peine le temps de s'attacher à un personnage qu'il se fait dépecer. Pourtant la force de Yiu (à mon sens), réside dans son ambiance, dans tous ces petits détails qui parviennent à nous faire croire à l'existence de cet univers: l'Australie hyper-protectrice de ses frontières (bon ça c'est comme dans la vrai vie...), attentats, religion, sectes (c'est quoi la différence entre les deux?) , un guerrier relié à un babouin par un cordon ombilicale, des soldats hultra-protéinés, les émeutes, la folie des gens... . Voilà donc pourquoi j'ai mis "culte" car Yiu a su créer son propre monde. Petite parenthèse: le tome 1 est sorti en janvier 2001, soit avant le 11 septembre et tous les éléments qui s'en sont suivit. Je n'irai pas jusqu'à dire que les auteurs sont des visionnaire (loin de là), mais je tenais tout de même à soulever le fait que le scénariste n'a pas attendu les événements récents pour écrire sont histoire de guerre de religion et d'attentats en tout genre.
Gaston Lagaffe
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques. Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture ! Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible? Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois. Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir. Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston ! Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale ! Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti. Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Pinocchio (Winshluss)
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss. Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions ! Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini... Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite ! Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage. A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...
Universal War One
Difficile de parler de cette série sans trop en dire, ou pas assez. Les dessins sont très beaux, l'intrigue nous mène par le bout du nez, des yeux, là où Bajram voulait nous mener, à coup de citations bibliques. Peut-être pas le scénario le plus original, mais dès la première lecture (je l'ai lue trois fois en entier), j'ai été embarqué et n'ai pu m'arrêter avant la fin. Je ne sais plus si ni où j'ai pu lire une interview de Bajram où il disait, il y a longtemps, avoir déjà matière à une suite. Cela fait rêver... et puis non, la peur de la déception, enfin un réflexe con, sûrement. En tout cas, je me joins aux très nombreux avis qui recommandent achat et lecture de ce qui constitue un "immanquable" du genre - dont on peut ne pas être friand, mais si c'est le cas, n'hésitez pas à vous plonger dans cet univers ! Quel plaisir !
SinBad
Très bonne bd ! L'univers et l'ambiance des mille et une nuits sont présents, l'histoire est captivante, les personnages aussi. Le dessin est chaleureux, notamment ceux de Bagdad en plein soir avec les souks bien retranscrits. On s'y croirait !! C'est beau c'est bon c'est génial. Je mets volontiers 5/5 tellement j'aime cet univers.
Alter Ego
Cela fait un moment que j'ai remarqué cette série, bien avant sa sortie et je l'attendais impatiemment. 6 tomes racontant l'histoire de 6 personnages qui ne se connaissent pas, qui n'ont rien en commun et pourtant... Le pitch fait envie, le dessin aussi. Je le trouve vraiment superbe, c'est un mélange assez réussi de plusieurs éléments et pour cause : au lieu d'avoir un dessinateur différent par tome, ils se sont partagé le boulot. Un au story board, un pour les décors, un pour les personnages, un pour la couleur. L'alchimie prend super bien, l'homogénéité de l'ensemble est assurée et le résultat est de qualité. Côté scénario, si la même histoire vue par des personnages différents est un procédé que j'apprécie et qui est déjà vu en BD, les scénaristes ont poussé le mécanisme à fond en racontant 6 histoires différentes de personnages qui ne se connaissent pas et qui vont juste se croiser. Le résultat donne une série qu'on peut lire dans n'importe quel ordre. Sacrée bonne idée... et sur les premiers tomes le résultat est là. Fouad est un thriller où un bénévole dans une association humanitaire va découvrir que son employeur se sert des malades pour en faire des cobayes. Il va alors tenter de découvrir ce qui se trame dans les hautes sphères de cette organisation et très vite il va mettre le doigt là où il ne fallait pas. L'histoire est rythmée, pleine de mystère et avance à 100 à l'heure. J'ai dévoré ce tome. J'ai à peine moins aimé Camille, une histoire qui ouvre doucement les portes d'un récit fantastique. Là encore on se promène aux 4 coins de la planète, et le rythme est soutenu. Darius recoupe pas mal l'histoire de cette dernière, tout l'en abordant d'un point de vue bien différent. Et on a aussi droit à quelques révélations autour de l'intrigue principale. Quel régal ! Quant à l'histoire de Park, c'est avec Fouad qu'elle a plus de liens. Mais ce tome nous apporte une vision assez différente de ce que l'on pensait savoir... Et puis quel final !!! Les 2 autres albums apportent eux aussi leurs lots de recoupements et de surprises. De ce coté là on est servi avec Jonas. De son coté Noah apporte un nouvel éclairage sur des éléments lus précédemment. Bref cette sorte de puzzle fonctionne à merveille. On croise des personnages qu'on a déjà vus, des évènements déjà lus, mais abordés de manière totalement différente. Ce qui est une péripétie sans importance ou un détail dans un tome est un élément majeur dans l'autre. Les recoupements s'articulent parfaitement et les liens entre les histoires donnent une nouvelle vision de celle précédemment lue. Pas vraiment annoncé au départ, mais probablement déjà prévu Ultimatum est une sorte de conclusion qui se passe après les 6 premiers albums. J'ai tellement adoré les premiers que j'avais presque peur d'être déçu de cette suite. Ce n'est pas le cas, ce qui se passe est plutôt logique en fin de compte. Il y a de très bonnes idées. Il y a d'autres détails auxquels j'ai moins adhéré. Et puis il y a des personnages qui me tenaient beaucoup à coeur et j'aurais aimé pour eux un autre destin. Mais c'est comme ça finalement... Incontestablement ma meilleure lecture de 2011. Je ne résiste pas au plaisir de mettre 5 étoiles. Après plusieurs relectures, Alter Ego est même clairement une de mes séries préférées ! Vivement la suite !
Il était une fois en France
C'est réellement une agréable découverte à laquelle je ne m'attendais pas avec un titre pareil. Certes, le scénario est classique et un peu digne des grandes sagas familiales à travers les épreuves historiques du temps. Néanmoins, en l'espèce, c'est rondement bien mené. On est très vite happé par le récit et on a envie de découvrir la suite avec impatience. L'Histoire et la bande dessinée font quelquefois fois très bon ménage ensemble! On s'attache à l'histoire d'un immigrant russe de confession judaïque qui fait fortune en France dans l'acier, juste avant la seconde guerre mondiale. J'ai bien aimé le début car on découvre la genèse de l'histoire en Bessarabie en 1905 au moment des pogroms puis la fin un peu tragique du magnat en 1965 au moment de l'élection présidentielle. Il est vrai qu'on est facilement balloté d'une époque à l'autre avec de nombreux flash-backs. Cependant, je trouve qu'ils sont savamment orchestrés d'autant que cela va être de plus en plus limité par la suite. Bref, la réalisation de cette bd est tout à fait convenable tout comme le dessin. Il faut dire que le dessin de Sylvain Vallée avec son style réaliste ne décrédibilise pas l'ensemble. Je suis véritablement conquis! :) Par contre, je pense que la filiation revendiquée avec Sergio Léone est pour le moins hasardeuse sauf à revendiquer un côté fresque. Que dire également des différentes couvertures qui se succèdent et qui respectent un cadre bien précis ! C'est réellement du très bon travail ! Le second tome traite de la période de la seconde guerre mondiale où il n’était pas bon d’être un juif dans un pays conquis. Aussi cet homme va tout faire pour sauver sa famille et son entreprise jusqu’à renier ses propres origines et se compromettre avec le mal. Fera t-'il acte de résistance ou bien de collaboration avec l'ennemi pour consolider son empire dans la sidérurgie? On tient là une grande série qui ne fait pas de complaisance. Le troisième tome est un peu celui de la consécration. La série se poursuit toujours avec brio grâce aux talents des deux auteurs. On est au coeur de la Seconde Guerre Mondiale avec la période de l'Occupation où Joseph Joanovici navigue entre des affaires douteuses qui marchent bien et une collaboration de circonstance avec les nazis. Pour autant, il sent le vent tourner et investit peu à peu dans la Résistance. C'est difficile de jouer sur deux tableaux : c'est ce que semble démontrer cette série qui nous dépeint un homme pas complètement pourri. Le quatrième tome est sans doute le plus fort car c'est le temps du passage à l'acte afin de sauver les meubles devant le débarquement alliés. Jamais notre homme ne sera autant au bord du gouffre avec son double jeu ! Cependant, il arrivera à s'en sortir non sans de terribles sacrifices. On découvre dans toute sa splendeur l'ambiguité de ce personnage qui a pactisé avec le diable. La sympathie qu'il inspirait va s'effacer peu à peu. Reste à découvrir ce qu'il l'attend au tournant. Le cinquième tome fait un retour sur le petit juge de Melun qui avait un peu disparu de l'intrigue. Le personnage de Joseph devient de plus en plus détestable car sans moralité. J'en arrive même à espérer que le petit juge qui lutte contre un puissant réseau qui le protège pourra le coincer. Néanmoins, il faut se dire que c'est toute une époque troublée qu'il faudrait juger où des dignitaires ont d'abord collaboré avec l'ennemi avant de retourner leur veste. Le dernier tome est l’heure pour notre anti-héros de payer l’addition remplie par une vie d’excès et d’argent facile. Les sombres prédictions se réalisent. On en vient à avoir de la compassion pour Joseph malgré tout ce qu’il a pu faire. Cette œuvre se termine de façon magistrale. J’ai franchement bien aimé. Un dernier mot pour dire que la narration est d'une remarquable fluidité malgré la complexité de l'histoire de ce personnage. C'est ce qui me fait dire que Fabien Nury est certainement l'un des scénaristes les plus doués de sa génération. Je crois que cette bd fera un jour un très bon film de cinéma ! Tout y est pour notre plus grand plaisir ! Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Gotham Central
Gotham Central raconte une suite d'enquêtes classiques plus ou moins liées les unes aux autres dans l'univers de Batman, à la manière d'une série policière américaine qui, au fil des affaires, en profite pour approfondir discrètement ses personnages. Avant de lire la BD j'avais quelques appréhensions face à ce mix de prime abord étrange entre The Wire et l'univers d'un gars déguisé en chauve-souris. Mais j'ai été conquis. Je pense que ce qui rend cette alchimie possible tient beaucoup au dessin à la Year One, très réaliste, peu fouillé, allant brutalement à l'essentiel. Dans "Un Long Halloween" j'ai vraiment eu du mal avec le contraste entre un graphisme plutôt réaliste du monde de la pègre, et celui complètement fantaisiste des super-vilains. Ici les super-vilains s'intègrent bien. Gotham Central, c'est d'abord l'occasion de découvrir les méchants batmaniens sous un tout nouvel angle, plus humain d'une part et donc plus intéressant ; la police établit des profils de ces criminels d'exception, et Ed Brubaker parvient à les rendre très crédibles grâce à une plume sobre et sensible. C'est aussi l'occasion de voir un Batman différent. Dans les BDs canoniques, Batman est un personnage principal, quand ce n'est pas LE personnage principal. Ici, évidemment sa présence surplombe toute la BD, mais il apparaît peu. Nous n'avons plus son point de vue à lui ; nous ne savons rien de ses motivations, de ses enjeux, ce n'est qu'un type laconique qui apparaît pour disparaître aussitôt. Et on découvre que pour les policiers, il y a des raisons légitimes de détester cet homme qui fait le boulot à leur place, agit en toute impunité sans se soucier des lois, ce "freak" qui a transformé leur ville en Foire aux Monstres. La relation est ambiguë, car si effectivement la police a bien du mal à souffrir son soutien, elle en a aussi besoin quand la situation la dépasse. Gotham Central, c'est le point de vue de gens ordinaires sur un monde qui ne l'est plus, qui ne leur appartient presque plus, et qui est pourtant le leur. C'est aussi une manière très habile de faire de la BD de super-héros "pour les grands", bien mieux que Nolan ne l'a fait pour le cinéma, et dans la continuité de Year One. Bref, Gotham Central ; j'adore !
Thorgal
Je ne comprends pas qu'on ne mette pas "culte" à Thorgal. C'est comme Tintin, personnellement je ne supporte pas cet adolescent imberbe et asexué de 40 kilos qui met KO les méchants en un coup de poing (sérieux Tintin, fais nous plaisir : trouve toi une meuf). Pourtant si je devais le noter je mettrais "culte", pas le choix, l'histoire nous l'a démontré. Donc pour Thorgal c'est pareil. Que dire du héros ? Il est juste parfait. Fort, beau, généreux, intelligent, dévoué... et en plus il a horreur de la violence et ne se bat que lorsqu'il y est contraint (heureusement car à lui tout seul on lui doit la clef du deuxième monde, la chute de Brek Zarith, la victoire de xijins sur les chaams, la mort d'Orghoff l'Invincible, Shaigan sans merci...). Il voyage, entre les mondes et les continents. Archer hors pair, le meilleur album de la série en sera intitulé. Des personnages secondaires somptueux, je pense notamment à Kriss de Valnor (mon premier fantasme d'adolescent avec Iguegue de "Salut les musclés" bon là ce n'est pas le même registre). Que dire du cycle du pays Qà ? Rien, lisez-le et relisez-le. Pour les détracteurs je vous l'accorde la série n'est pas parfaite, il y a quelques incohérences entre certains albums, la série s'essouffle lorsque l'on arrive au 22-23ème album, Van Hamme à tendance à en faire trop (comme à son habitude), malheureusement c'est vrai. Par contre le dessin de Rosinski est impeccable, proportions, visages expressions souvent dans les BD réalistes on a tendance à confondre certains personnages, là impossible de confondre Thorgal à Tjall ou Jorund le Taureau à Wor le Magnifique. Enfants des étoiles, super-héros sans super-pouvoir (si ce n'est celui du coeur), les femmes l'aiment, les hommes le jalousent. En définitive, Thorgal c'est l'homme qu'on adore ou qu'on déteste mais il ne laisse pas indifférent.