Blacksad est sans doute une de mes bd préférées parmi toutes celles qui existent et qui inondent le marché depuis tant d'années. Un dessin absolument extraordinaire dans les traits presque hors normes (parmi les plus beaux dessins que je connais). Un découpage de planches et des prises de vue magnifiques! On a une impression générale de vertige et de mystère. Bref, une qualité graphique tout à fait exceptionnelle!
Le parti pris de « bestialiser » les hommes offre une vue intéressante. On peut dire que le choix de l'animal correspondant à chaque personnage représente admirablement la personnalité des protagonistes de tout bon polar de ce type (ex: le berger allemand inspecteur de police, le gorille boxeur, le malfrat à tête de crapaud, le tueur reptile et le rat espion et cafteur...). De belles trouvailles en perspective!
Le scénario de chaque tome est passionnant et renvoi à des thèmes résolument adultes. La critique distillée du racisme, du nucléaire, de la chasse aux sorcières communistes est parfaite.
Tome 1 : Quelque part entre les ombres
Ce premier tome est une histoire certes classique avec tous les codes propres au genre polar mais emmené avec un tel brio que la barre est d'emblée placée très haute. On découvre un univers fort intéressant avec ce détective fort charismatique. Les dés sont jetés pour une série qui va s'avérer tout à fait exceptionnelle.
Tome 2: Artic Nation
Le deuxième tome est une critique de l'Amérique ségrégationniste et intolérante. Cette dimension politique élève d'un cran le niveau de la série qui devient de plus en plus intéressante entre fausses pistes et rebondissements.
Tome 3: Ame rouge
Le troisième opus nous plonge totalement dans une histoire d'espionnage sur fond de communisme et de menace nucléaire. Le scénario se corse un peu pour nous livrer un final détonnant. Par ailleurs, les personnages et notamment notre héros prend une véritable dimension plus psychologique entre trahison et déception.
Tome 4: L'enfer, le silence
Ce 4ème tome s'est fait attendre ! En effet, il a fallu patienter près de 5 ans. Pour quel résultat? Je ne suis absolument pas déçu car c'est tout bonnement magnifique ! J'en avais presque les larmes aux yeux devant tant de grâce et de beauté. Le scénario se déroule dans une ville aux airs jazzy de la Nouvelle-Orléans. L'intrigue nous mène en bateau de manière magistrale.
Tome 5: Amarillo
Après un dernier tome jugé peu convaincant par la critique, c'était l'album le plus attendu de l'année. Pour moi, il n'y a pas photo: c'est une réussite totale ! Que du plaisir pour les yeux avec ces dessins tout simplement somptueux avec une finesse du trait inégalé. Le scénario n'est pas en reste avec des personnages à la psychologie plus vraie que nature. L'ambiance dégagée procure que du bonheur. Bref, c'est une maîtrise éblouissante !
C’est une série géniale sous bien des aspects. Ce côté polar américain des années 50 m’a littéralement transporté dans cette autre époque. Je ne suis pourtant pas à la base un fana du genre « polar » mais on ne peut pas passer à côté. Un vrai régal pour tous les amoureux de la bande dessinée. J'accorde la note maximale pour le dessin.
Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Je ne mets pas souvent des 5 étoiles, mais là, ça les vaut... Ces 9 courts récits complets parus dans le journal Pilote entre 1961 et 1965, sont une réécriture de l'Histoire complètement farfelue, dont l'humour étrangement, n'a pas vieilli. C'est un exercice dont raffolait Goscinny, qui était assez mal vu chez Spirou, et une fois dans son journal, il put donner libre cours à sa passion pour les calembours.
Dans un esprit assez proche de Les Dingodossiers qu'il animera avec Gotlib, et dont c'est un peu une sorte de préfiguration, cette bande est un pur chef-d'oeuvre de drôlerie, à l'humour complètement azimuté, qui détone même pour son époque de parution, car les bandes humoristiques étaient plutôt du genre sage et conventionnel. On dirait que Goscinny se déchaîne ici ; son sens du comique est utilisé de façon hilarante, il ne pouvait sans doute pas trop expérimenter ce type d'humour dans les autres bandes qu'il scénarisait, car il raconte des anecdotes inspirées de célèbres romans ou d'événements historiques d'une façon vraiment très personnelle.
Et surtout, cette série contient en germe de nombreuses trouvailles que Goscinny réutilisera dans Astérix, notamment des allusions directes aux Bretons, aux Normands et au Bouclier Arverne, en plus des nombreux jeux de mots. J'ai toujours aimé le graphisme très expressif de Martial, et dans cette Bd peu connue, il se surpasse ; son dessin très propre, précis et rempli de détails savoureux, contribue énormément à cette entreprise de démolition comique, son style graphique semi-réaliste est très reconnaissable, mais malgré ça, Martial reste injustement méconnu du grand public.
En tout cas, cette Bd est un vrai remède contre la déprime, à consommer sans modération.
Mon avis est peut être tronqué par mon coté nostalgique, mais si je devais garder une BD de ma collection, ce serait celle-ci.
Le lac de l'homme mort est l'un des premiers albums que j'ai eus. C'est mon père qui me l'a offert, alors que j’étais alité suite à une grosse angine. L'album que j'ai est issu de la collection Péchés de jeunesse de Spirou. C'est l'une de mes BD que j'ai le plus relues, avec le 16 est au départ, de Graton.
Le dessin est parfait, l'aventure nous plonge dans les années 50 et l'auteur a su parfaitement en reproduire l'ambiance de cette époque (le marché avec le vendeur d'oeufs, l'intérieur de la maison du sénateur, Pépi et ses gangsters (rangés des affaires), les tenues vestimentaires, les autos etc...) Le scénario est pas mal, c'est du Tillieux.
Un seul regret, c'est que le second récit n'a jamais été fini et que la série en est restée là. Dommage.
C'est bien sûr une série culte, tout comme son auteur.
J'ai découvert Tillieux lorsque mon père m'a offert "Le lac de l'homme mort" seul album de la série Marc Jaguar parue dans "Risque tout", qui malheureusement s'est stoppée au milieu du second volume "Les camions du diable". J'ai lu et relu cet album, qui était de loin mon préféré dans ce qui était le début de ma collection de BD
Lorsqu'un jour de 1985, je découvre chez mon libraire préféré, le tout premier volume de "Tout Gil Jourdan", j'ai cru rêver. J'ai de suite commandé les 16 albums de la série, qui étaient encore disponibles en réédition.
J'ai vraiment pris mon pied en découvrant cette série. Depuis j'ai pu compléter ma collection de Félix au fil des parutions des rééditions. Autant vous dire que je suis un inconditionnel de Tillieux.
J'adore son dessin, ses mises en scènes et surtout l'ambiance qu'il arrivait à reproduire, autant dans ses scénarios, que dans son dessin (la première case de Pâtée explosive en est un exemple probant), j'aime aussi beaucoup les intérieurs des bistros, les véhicules, les camions en particulier ("L'enfer de Xique-Xique", "Les trois taches" ou encore les camions de la Sofraco dans "Les cargos du crépuscule"), les scènes se déroulant au crépuscule ou de nuit, les rues dans les villes etc... En fait, je suis accro à cette ambiance de la fin des années cinquante et des années soixante et peu d'albums de cette époque sont à la hauteur des albums de Tillieux.
Gil Jourdan est pour moi un chef d’œuvre de la BD et mérite d'être cité au même titre que Spirou ou Tintin. Tillieux est disparu bien trop tôt... Snif...
Je ne saurais vous conseiller la série Félix, qui est une création de Tillieux, antérieure à Gil Jourdan, plus cadrée dans les années d'après guerre, en noir et blanc (à l'exception du dernier album "L'affaire des bijoux", très proche des "Gil Jourdan"), mais dans un style plus noir. Seul hic à l’œuvre de Tillieux, c'est la réutilisation de certains scénarios, dans plusieurs séries, "La guerre en caleçon" entre autre.
Pour les inconditionnels de Tillieux, il existe un album récemment paru chez Glénat, qui lui est consacré, "M'sieur Maurice et la dauphine jaune". L'auteur (Bazile) semble très bien connaitre Tillieux et fait des tonnes de clins d’œil à son œuvre.
Bravo aux auteurs !
Bien sûr, ils disposent de scénarii en béton. Les "Racontars arctiques" de Jørn Riel font partie de ces bouquins que l'on dévore, puis que l'on diffuse longtemps tout autour de soi afin de faire profiter tous ses amis du ravissement que leur lecture nous a apporté.
Jørn Riel a vécu dans les années 1950 au Groenland parmi les chasseurs de fourrure. Des hommes rudes, qui s'engagent à passer au moins un hivernage sur place, isolés loin de toute civilisation, dans la nuit, le froid et surtout dans une quasi solitude, puisqu'ils ne sont qu'une poignée à occuper des cabanes sommaires très éloignées les unes des autres. De quoi devenir fou… et justement, c'est ce qu'ils font tous un peu, juste pour passer le temps !
Car leur pire ennemi est l'ennui et la routine.
Bien que généralement séparés les uns des autres, ces hommes hors-du-monde aiment à se retrouver chez les uns ou les autres. Et, lors des ces rares visites de courtoisie, pour peupler les longues soirées arrosées à l'alcool frelaté, ils parlent. Mais attention, comme le fait remarquer l'un des personnages « parler de ses exploits, c'est peut-être pas mal pour tuer une soirée d'hiver… mais tant qu'à faire, vaut mieux raconter quelque chose que les autres n'ont pas vécu ». Dans cette microsociété, le moindre fait, même insignifiant, qui sort de l’ordinaire mérite d’être monté en épingle et devient un « racontar », c’est-à-dire « une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge ; à moins que ce ne soit l’inverse ».
Entre anecdotes réalistes et histoires loufoques, les "Racontars arctiques" de Jørn Riel naviguent dans cet entre-deux qui mêle rêves et réalités.
Il fallait du talent pour rendre cet univers si particulier en bande dessinée.
Gwen de Bonneval parvient à trancher dans les nouvelles de Riel pour en conserver l’esprit. Alternant scènes d’action presque muettes et longues séquences bavardes, il rend vivants et attachants une galerie de personnages dont on identifie aisément le caractère et les petits travers.
Hervé Tanquerelle parvient à rendre l’ambiance de l’arctique, un monde où la lumière est faible, avec des ambiances monochromes. Le choix du noir et blanc rehaussé de lavis est judicieux, et tant pis s’il nous prive du bleu limpide du ciel ou des aurores boréales.
Les adaptations d’œuvres romanesques en bande dessinées ne sont pas toujours des chefs-d’œuvre, loin s’en faut… Souvent, on a l’impression que leurs auteurs cherchent à réaliser des albums dont ils espèrent que toutes les bibliothèques scolaires de France feront l’acquisition, ce qui leur assurera un volume de ventes bien supérieur à ce que mériterait leur travail.
Mais cette série sort franchement du lot : Bonneval & Tanquerelle réalisent une œuvre intelligente et drôle, qui respecte les nouvelles de Jørn Riel. Ils produisent aussi une vraie bande dessinée, une œuvre originale et aboutie.
J’ai adoré ces trois premiers albums, autant que j’avais adoré les recueils de nouvelles qui les ont inspirés, et, croyez-moi, ce n’est pas peu dire !
J’espère que la série se poursuivra longtemps ; il y a encore de beaux racontars à mettre en images.
Joseph Joanovici est un jeune immigré juif lorsqu'il débarque en France avec sa femme ; il est pauvre et n'a d'autre talent que celui de savoir reconnaître la pureté des métaux. Il va vite mettre à profit ce don pour se construire un petit empire à force de roublardises et de magouilles.
L'histoire aurait pu être des plus banales si elle s'était déroulée à notre époque car une personne de son envergure serait certainement devenue un homme d'affaires respecté et craint ; une sorte de Berlusconi à la française en somme.
Mais l'action se déroule avant et surtout pendant la Seconde Guerre Mondiale et en ces temps troublés notre homme va jouer sur tous les tableaux afin, bien évidemment, de survivre mais surtout d’accroître de plus en plus sa fortune personnelle.
Nury parvient à retranscrire avec brio et plus ou moins de véracité la vie d'un personnage très controversé à la fois rusé, malin, bienfaiteur et patriote pour les uns, malfaisant et collabo pour les autres.
Perso, je dirais qu'il s'agit simplement d'un homme sans scrupule doublé d'un fieffé opportuniste ; le genre de personne qui fascine et que l'on aime(rait) détester.
Au niveau narratif, on ne peut que saluer le remarquable talent de l'auteur qui a su broder, autour des actes d'un personnage réel, une histoire à la fois complexe mais fluide extrêmement bien menée du début à la fin mais aussi très intelligemment écrite car on en arrive à prendre fait et cause pour cet anti-héros en adhérant à sa logique tout à fait répréhensible.
Ainsi malgré un premier tome légèrement embrumé par de nombreux flash-back et de multiples protagonistes, on tombe vite sous le charme des pérégrinations de ce personnage haut en couleurs à un tel point que cela en frôle même l'addiction.
Saluons aussi l'excellent travail de Vallée ; ses dessins qui cadrent parfaitement à l'histoire accompagnés d'une colorisation très harmonieuse donnent un rendu tout simplement parfait.
Pour moi l'ensemble ne comporte aucun défaut, fait assez rare pour être souligné, sauf celui de ne pas vraiment savoir ce qui appartient à l'Histoire et ce qui reste de la fiction.
Bref, une magnifique série qui oscille entre la biographie et le roman ; très prenante de bout en bout car écrite et dessinée d'une main de maître.
Un indispensable du genre à découvrir absolument.
J’ai récemment lu et adoré Le Beau Voyage et La Peau de l'ours de Benoît Zidrou, je continue sur ma lancée avec cette nouveauté qui a visiblement séduit les lecteurs en cette fin d’année 2013.
On retrouve ici un roman graphique pure souche racontant le quotidien d’une maman s’occupant de son fils handicapé suite à un accident de voiture. Le ton est bien entendu très intimiste. L’auteur réussit à nous raconter une histoire extrêmement touchante (j’ai eu la boule dans la gorge plus d’une fois) sans trop en faire, sans verser dans le larmoyant, et surtout fait preuve d’un optimisme qui fait plaisir à lire (c’était d’ailleurs déjà le cas dans Le Beau Voyage). La maman est parfaitement dépeinte, quel amour, quelle persévérance, mais aussi quelques moments de faiblesses bien naturels.
Le dessin et les couleurs de Roger (Jazz Maynard) sont magnifiques et parfaitement adaptés au récit.
Un roman graphique qui devrait ravir les fans du genre. Un sans-faute en ce qui me concerne – la note maximale donc.
Aujourd'hui qui ne connait pas Astérix? C'est sans doute avec Tintin un des personnages de bande dessinée franco-belge les plus connus au monde. D'ailleurs on peut se fier au nombre de traductions qui ont été effectuées pour cette célèbre série. D'après ce que j'ai cru comprendre Astérix a été traduit dans 107 langues, ce qui n'est pas négligeable bien au contraire.
Je ne reviendrai pas sur l'historique de cette magnifique série car celui-ci a été abordé un grand nombre de fois dans les nombreux avis précédents.
Donc je vais plutôt vous parler de mon enfance qui fut bercée par ce sympathique personnage, mais ne vous inquiétez pas je vais être très rapide . Je vais vous dire simplement que comme beaucoup d'enfants j'adorais lire les aventures de ce petit gaulois (qui est quand même très costaud surtout quand il boit la fameuse potion magique ) et que je prends encore énormément de plaisir à les relire.
Je suis même impressionné de voir à quel point la popularité de notre héros est toujours aussi importante . Mon fils de neuf ans adore lire cette série , c'est d'ailleurs celle qu'il préfère. Il m'a fait acheter les tomes que je ne possédais pas.
En tout cas malgré le fait que les histoires d'Astérix aient été portées à l'écran ( que ce soit en films ou en dessins animés) je préfère encore feuilleter mes vieilles BD que de regarder les aventures du fameux gaulois à la télévision.
En plus je ne suis pas un fan de notre "Gégé" national déguisé en Obélix, je préfère nettement le personnage original.
Quand on parle d'Astérix , automatiquement on pense à tous les autres personnages qui sont tout aussi célèbres que lui ,ou qu'Obélix et Idéfix qui sont indissociables de notre héros. Mais qui ne connait pas Panoramix, Assurancetourix, Abraracourcix, Cétautomatix , etc...? Vous pouvez me répondre que c'est normal car ils sont dans chaque album. Je peux donc nommer d'autres personnages qui n'apparaissent que dans un épisode mais qui sont tout aussi célèbres. Je suis sûr que Goudurix vous dit quelque-chose ainsi que Olaf Grossebaffe (Astérix et les Normands). Je peux citer également Numérobis aperçu dans Astérix et Cléopâtre.
Les histoires d'Astérix sont pour la plupart du temps un moyen de se moquer de la société française . Dans Le Tour de Gaule d'Astérix les auteurs se permettent de caricaturer de nombreuses régions et leurs habitants.
Certaines s'inspirent des sorties de films (à la sortie de Cléopâtre de 1963 les auteurs envoient Astérix en Egypte à la rencontre de cette très célèbre reine) ou de l'actualité ( le naufrage d'un pétrolier les incitent à dénoncer les marées noires dans L'Odyssée d'Astérix au début des années 80).
Plus les années passent plus Uderzo utilise de nouveaux thèmes, en 1987 il s'inspire des Mille et Une Nuits avec Astérix chez Rahàzade . En 2001 il introduit de la science-fiction dans l'histoire avec des extra-terrestres (Le Ciel lui tombe sur la tête).
Si je voulais citer mes albums préférés je pourrais nommer La Grande Traversée, Astérix chez les Bretons, Astérix et les Normands, Astérix en Corse. Bon je m'arrête là où je vais tous les citer. Il est vrai que les derniers albums parus ne sont pas parmi mes préférés pourtant je ne compte pas m'en séparer.
Pour conclure je peux juste dire que je ne mets pas souvent la note maximale à une série mais là je ne pouvais pas faire autrement pour ce monument de la bande dessinée.
Alors faites comme moi, replongez vous régulièrement dans les aventures du petit guerrier gaulois aux longues moustaches.
Après la lecture du trente-cinquième et dernier tome , je dirai seulement , comme les derniers posteurs, qu'il y a du mieux par rapport aux deux , trois numéros précédents .
On retrouve certaines choses qui ont fait le succès de la série comme les baffes données aux pirates, aux bardes, aux romains bien sûr, des jeux de mots et bien d'autres choses. Mais malgré cela je pense que cet album pourrait être meilleur. Il manque un petit quelque-chose (je ne sais pas lequel) qui ferait que cet album soit incontournable.
Cela vient sans doute du fait qu'on espère toujours plus dès qu'on suit les aventures du Gaulois le plus célèbre de la planète. En tout cas je ne baisse pas ma note car pour moi Astérix reste une série culte.
Peut-être que le prochain album arrivera à me rendre encore plus nostalgique.
En tant que grand fan unique du trait de Brüno, Atar Gull s'est logiquement retrouvé il y a près de deux ans dans mon cabas sans grande conviction de l'intérêt d'une histoire qui ne m'intéressait à vrai dire pas plus que cela.
C'est donc après ma lecture de l'excellent Tyler Cross du même duo d'auteurs que ma curiosité me piqua à ouvrir d'un peu plus près cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue que je connaissais davantage pour ses Mystères de Paris que cette sombre histoire de vengeance.
Et pourtant quelle claque monumentale...
Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus lu une oeuvre aussi riche et complète faussement aiguillée par le dessin de Brüno et toujours aussi bien colorée par une Laurence Croix qui magnifie ambiance et climax par sa palette nuancée.
Il s'agit d'un drame terriblement humain en plusieurs actes ou époques à une sombre époque où le bois d'ébène était considéré comme une simple "marchandise" monnayable et convoitée dans des desseins purement lucratifs.
Et on oublie que ces hommes fiers sont simplement les égaux des occidentaux dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses.
Un parallèle rapide pourrait être fait entre la destinée d'Atar Gull, qui aurait pu être un roi, et celle du héros de Tarantino, Django.
La différence est que tout aussi cruel soit le film Django Unchained, de larges plages d'humour noir mais néanmoins d'humour traitent de l'esclavage alors que dans cette adaptation rédigée par Fabien Nury, il n'y a pas un seul instant qui prête à rire ou à sourire et la destinée de Atar Gull et des siens, arrachés de leur tribu par des "négriers" ou des pirates, est d'une horreur sans égal qui prête à réfléchir activement sur la montée du racisme actuelle en France. No comment....
Par chance ce n'est pas parce que cette histoire est horriblement triste et mélancolique qu'elle est dénuée de charme comme de poésie, j'étais habitué aux cadrages intelligents de Brüno sur ses oeuvres précèdentes et j'avoue avoir été soufflé par la réalisation purement cinématographique de celle-ci.
Qu'il s'agisse d'une tempête représentée sur deux pages où l'on sent presque l'eau et la houle ruisseler sur nos visages ou d'une scène d'échange de "marchandise", chaque partie contemplant ses acquisitions qu'il s'agisse d'or pour l'un ou d'hommes noirs pour l'autre, le montage en parallèle est d'une rare intelligence.
Je ne sais pas s'il faut féliciter Sue ou Nury mais les dialogues sont également inspirés, faisant clairement passer les esclaves pour de simples objets le plus naturellement du monde, il s'agit d'une horreur peu ordinaire qui le devient aux yeux de ces hommes qui considéraient leurs frères africains comme de simples objets. Tout simplement effarant...
De la traversée des océans aux plantations en Jamaïque, les auteurs insufflent un rythme sans égal se contentant de sublimer leur héros silencieux, Atar Gull d'un charisme sans égal.
Ce personnage restera passif jusqu'à un élément déclencheur qui va réveiller toute sa fureur et sa vengeance sera aussi horrible que féroce et laissera plus d'un lecteur sur le carreau à l'issue de cette histoire complète dont la conclusion formera une boucle subtile avec l'introduction.
Atar Gull deviendra t-il par ses actes réfléchis aussi barbare que les hommes qu'il souhaite condamner ? La réponse sera aussi évidente que la Loi du Thalion d'autant plus que personne n'en sortira indemne avec d'habiles pirouettes scénaristiques que je préfère taire pour en garder toute la saveur.
L'un des derniers aspects non négligeables subsiste par la description des seconds rôles, qu'il s'agisse du terrible Brulard qui mériterait presque un livre à la gloire de ses "méfaits" ou du capitaine du Catherine ainsi que du "brave" maître d'Atar Gull, toutes ces personnes restent dans un recoin même lointain profondément humains.
Rarement touché comme je l'ai été, je ne peux qu'attribuer une note maximale à une oeuvre intelligente sans être manichéenne et que je recommande à tous. Il s'agit peut-être cette fois de la plus belle œuvre à l'heure actuelle de Brüno, en tous cas surement de la plus percutante dans un ensemble qui frôle la perfection.
Fabien Nury ne restera plus longtemps inconnu à mes yeux par la récente acquisition de sa série culte Il était une fois en France dont j'espère ressentir à sa proche lecture le même uppercut.
Il serait d'utilité publique d'enseigner et de prodiguer cette destinée sans faire de leçon de morale dans un monde qui perd ses repères sur les différentes races ou estimes de soi comme d'autrui...
Touchant sans être déprimant, poétique sans être barbant, Atar Gull cumule divertissement et réflexion. Une oeuvre inestimable à ne pas louper.
Je n'aurais jamais pensé qu'il y aurait un jour une suite à cette série. Cependant, cela paraît évident que le concept de second cycle puisse trouver application. On reprend 4 autres personnages (Alex, Philip, Stephen, Kathryn) et on recommence de manière plus éprouvante encore. Le point commun sera le fait qu'ils veulent sauver un proche de la maladie ce qui est plus louable qu'un million de dollars. Bref, il y a une variante de taille autre que la cupidité ce qui donne encore plus d'épaisseur à l'ensemble !
Néanmoins, va t'on assister à un carnage programmé ou est-ce qu'il y aura enfin une variation heureuse à ce scénario diabolique ? Ce premier tome semble donner une réponse mais on espère que la suite nous surprendra. A noter que la numérotation reprend à 1 et que le format a un peu changé. Les auteurs restent fort heureusement les mêmes ! Callède semble au sommet de son art scénaristique en distillant un suspense machiavélique et presque insupportable. Le dessinateur Gihef ne déçoit pas car on notera une amélioration de son dessin encore plus précis.
Le second tome ne déçoit pas, au contraire ! On en apprend un peu plus sur chacun de ces 4 nouveaux personnages. Les pièces de l'échiquier se mettent en place pour une partie qui s'annonce très serrée. Il est dommage de prévoir comment tout cela va se terminer. Mal, forcément.
Le troisième tome va encore plus loin. On sent qu'il y a une véritable interconnexion avec la saison 1. Ce cycle est véritablement passionnant. Après les tentatives avortées, on voit que les personnages sont prêts au passage à l'acte ce qui les rends moins sympathiques. Même pour la bonne cause, rien ne justifie un meurtre de sang froid. En tout cas, l'efficacité sera de mise pour un scénario au concept diabolique. On espère un final réussi.
Le quatrième tome constitue le final tant attendu de la seconde saison. On sait de toute façon que le jeu machiavélique va mal se terminer. Au moins, il n'y aura pas de happy-end de circonstance. Cependant, c'est la manière dont cela se termine qui nous intéresse. Et là, je dois dire que les auteurs nous ont préparé une petite surprise scénaristique assez diabolique.
Bref, c'est sombre et efficace !
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4,5/5 - Note Globale: 4.5/5
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Blacksad est sans doute une de mes bd préférées parmi toutes celles qui existent et qui inondent le marché depuis tant d'années. Un dessin absolument extraordinaire dans les traits presque hors normes (parmi les plus beaux dessins que je connais). Un découpage de planches et des prises de vue magnifiques! On a une impression générale de vertige et de mystère. Bref, une qualité graphique tout à fait exceptionnelle! Le parti pris de « bestialiser » les hommes offre une vue intéressante. On peut dire que le choix de l'animal correspondant à chaque personnage représente admirablement la personnalité des protagonistes de tout bon polar de ce type (ex: le berger allemand inspecteur de police, le gorille boxeur, le malfrat à tête de crapaud, le tueur reptile et le rat espion et cafteur...). De belles trouvailles en perspective! Le scénario de chaque tome est passionnant et renvoi à des thèmes résolument adultes. La critique distillée du racisme, du nucléaire, de la chasse aux sorcières communistes est parfaite. Tome 1 : Quelque part entre les ombres Ce premier tome est une histoire certes classique avec tous les codes propres au genre polar mais emmené avec un tel brio que la barre est d'emblée placée très haute. On découvre un univers fort intéressant avec ce détective fort charismatique. Les dés sont jetés pour une série qui va s'avérer tout à fait exceptionnelle. Tome 2: Artic Nation Le deuxième tome est une critique de l'Amérique ségrégationniste et intolérante. Cette dimension politique élève d'un cran le niveau de la série qui devient de plus en plus intéressante entre fausses pistes et rebondissements. Tome 3: Ame rouge Le troisième opus nous plonge totalement dans une histoire d'espionnage sur fond de communisme et de menace nucléaire. Le scénario se corse un peu pour nous livrer un final détonnant. Par ailleurs, les personnages et notamment notre héros prend une véritable dimension plus psychologique entre trahison et déception. Tome 4: L'enfer, le silence Ce 4ème tome s'est fait attendre ! En effet, il a fallu patienter près de 5 ans. Pour quel résultat? Je ne suis absolument pas déçu car c'est tout bonnement magnifique ! J'en avais presque les larmes aux yeux devant tant de grâce et de beauté. Le scénario se déroule dans une ville aux airs jazzy de la Nouvelle-Orléans. L'intrigue nous mène en bateau de manière magistrale. Tome 5: Amarillo Après un dernier tome jugé peu convaincant par la critique, c'était l'album le plus attendu de l'année. Pour moi, il n'y a pas photo: c'est une réussite totale ! Que du plaisir pour les yeux avec ces dessins tout simplement somptueux avec une finesse du trait inégalé. Le scénario n'est pas en reste avec des personnages à la psychologie plus vraie que nature. L'ambiance dégagée procure que du bonheur. Bref, c'est une maîtrise éblouissante ! C’est une série géniale sous bien des aspects. Ce côté polar américain des années 50 m’a littéralement transporté dans cette autre époque. Je ne suis pourtant pas à la base un fana du genre « polar » mais on ne peut pas passer à côté. Un vrai régal pour tous les amoureux de la bande dessinée. J'accorde la note maximale pour le dessin. Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Les Divagations de Mr Sait-Tout
Je ne mets pas souvent des 5 étoiles, mais là, ça les vaut... Ces 9 courts récits complets parus dans le journal Pilote entre 1961 et 1965, sont une réécriture de l'Histoire complètement farfelue, dont l'humour étrangement, n'a pas vieilli. C'est un exercice dont raffolait Goscinny, qui était assez mal vu chez Spirou, et une fois dans son journal, il put donner libre cours à sa passion pour les calembours. Dans un esprit assez proche de Les Dingodossiers qu'il animera avec Gotlib, et dont c'est un peu une sorte de préfiguration, cette bande est un pur chef-d'oeuvre de drôlerie, à l'humour complètement azimuté, qui détone même pour son époque de parution, car les bandes humoristiques étaient plutôt du genre sage et conventionnel. On dirait que Goscinny se déchaîne ici ; son sens du comique est utilisé de façon hilarante, il ne pouvait sans doute pas trop expérimenter ce type d'humour dans les autres bandes qu'il scénarisait, car il raconte des anecdotes inspirées de célèbres romans ou d'événements historiques d'une façon vraiment très personnelle. Et surtout, cette série contient en germe de nombreuses trouvailles que Goscinny réutilisera dans Astérix, notamment des allusions directes aux Bretons, aux Normands et au Bouclier Arverne, en plus des nombreux jeux de mots. J'ai toujours aimé le graphisme très expressif de Martial, et dans cette Bd peu connue, il se surpasse ; son dessin très propre, précis et rempli de détails savoureux, contribue énormément à cette entreprise de démolition comique, son style graphique semi-réaliste est très reconnaissable, mais malgré ça, Martial reste injustement méconnu du grand public. En tout cas, cette Bd est un vrai remède contre la déprime, à consommer sans modération.
Marc Jaguar
Mon avis est peut être tronqué par mon coté nostalgique, mais si je devais garder une BD de ma collection, ce serait celle-ci. Le lac de l'homme mort est l'un des premiers albums que j'ai eus. C'est mon père qui me l'a offert, alors que j’étais alité suite à une grosse angine. L'album que j'ai est issu de la collection Péchés de jeunesse de Spirou. C'est l'une de mes BD que j'ai le plus relues, avec le 16 est au départ, de Graton. Le dessin est parfait, l'aventure nous plonge dans les années 50 et l'auteur a su parfaitement en reproduire l'ambiance de cette époque (le marché avec le vendeur d'oeufs, l'intérieur de la maison du sénateur, Pépi et ses gangsters (rangés des affaires), les tenues vestimentaires, les autos etc...) Le scénario est pas mal, c'est du Tillieux. Un seul regret, c'est que le second récit n'a jamais été fini et que la série en est restée là. Dommage.
Gil Jourdan
C'est bien sûr une série culte, tout comme son auteur. J'ai découvert Tillieux lorsque mon père m'a offert "Le lac de l'homme mort" seul album de la série Marc Jaguar parue dans "Risque tout", qui malheureusement s'est stoppée au milieu du second volume "Les camions du diable". J'ai lu et relu cet album, qui était de loin mon préféré dans ce qui était le début de ma collection de BD Lorsqu'un jour de 1985, je découvre chez mon libraire préféré, le tout premier volume de "Tout Gil Jourdan", j'ai cru rêver. J'ai de suite commandé les 16 albums de la série, qui étaient encore disponibles en réédition. J'ai vraiment pris mon pied en découvrant cette série. Depuis j'ai pu compléter ma collection de Félix au fil des parutions des rééditions. Autant vous dire que je suis un inconditionnel de Tillieux. J'adore son dessin, ses mises en scènes et surtout l'ambiance qu'il arrivait à reproduire, autant dans ses scénarios, que dans son dessin (la première case de Pâtée explosive en est un exemple probant), j'aime aussi beaucoup les intérieurs des bistros, les véhicules, les camions en particulier ("L'enfer de Xique-Xique", "Les trois taches" ou encore les camions de la Sofraco dans "Les cargos du crépuscule"), les scènes se déroulant au crépuscule ou de nuit, les rues dans les villes etc... En fait, je suis accro à cette ambiance de la fin des années cinquante et des années soixante et peu d'albums de cette époque sont à la hauteur des albums de Tillieux. Gil Jourdan est pour moi un chef d’œuvre de la BD et mérite d'être cité au même titre que Spirou ou Tintin. Tillieux est disparu bien trop tôt... Snif... Je ne saurais vous conseiller la série Félix, qui est une création de Tillieux, antérieure à Gil Jourdan, plus cadrée dans les années d'après guerre, en noir et blanc (à l'exception du dernier album "L'affaire des bijoux", très proche des "Gil Jourdan"), mais dans un style plus noir. Seul hic à l’œuvre de Tillieux, c'est la réutilisation de certains scénarios, dans plusieurs séries, "La guerre en caleçon" entre autre. Pour les inconditionnels de Tillieux, il existe un album récemment paru chez Glénat, qui lui est consacré, "M'sieur Maurice et la dauphine jaune". L'auteur (Bazile) semble très bien connaitre Tillieux et fait des tonnes de clins d’œil à son œuvre.
Racontars Arctiques
Bravo aux auteurs ! Bien sûr, ils disposent de scénarii en béton. Les "Racontars arctiques" de Jørn Riel font partie de ces bouquins que l'on dévore, puis que l'on diffuse longtemps tout autour de soi afin de faire profiter tous ses amis du ravissement que leur lecture nous a apporté. Jørn Riel a vécu dans les années 1950 au Groenland parmi les chasseurs de fourrure. Des hommes rudes, qui s'engagent à passer au moins un hivernage sur place, isolés loin de toute civilisation, dans la nuit, le froid et surtout dans une quasi solitude, puisqu'ils ne sont qu'une poignée à occuper des cabanes sommaires très éloignées les unes des autres. De quoi devenir fou… et justement, c'est ce qu'ils font tous un peu, juste pour passer le temps ! Car leur pire ennemi est l'ennui et la routine. Bien que généralement séparés les uns des autres, ces hommes hors-du-monde aiment à se retrouver chez les uns ou les autres. Et, lors des ces rares visites de courtoisie, pour peupler les longues soirées arrosées à l'alcool frelaté, ils parlent. Mais attention, comme le fait remarquer l'un des personnages « parler de ses exploits, c'est peut-être pas mal pour tuer une soirée d'hiver… mais tant qu'à faire, vaut mieux raconter quelque chose que les autres n'ont pas vécu ». Dans cette microsociété, le moindre fait, même insignifiant, qui sort de l’ordinaire mérite d’être monté en épingle et devient un « racontar », c’est-à-dire « une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge ; à moins que ce ne soit l’inverse ». Entre anecdotes réalistes et histoires loufoques, les "Racontars arctiques" de Jørn Riel naviguent dans cet entre-deux qui mêle rêves et réalités. Il fallait du talent pour rendre cet univers si particulier en bande dessinée. Gwen de Bonneval parvient à trancher dans les nouvelles de Riel pour en conserver l’esprit. Alternant scènes d’action presque muettes et longues séquences bavardes, il rend vivants et attachants une galerie de personnages dont on identifie aisément le caractère et les petits travers. Hervé Tanquerelle parvient à rendre l’ambiance de l’arctique, un monde où la lumière est faible, avec des ambiances monochromes. Le choix du noir et blanc rehaussé de lavis est judicieux, et tant pis s’il nous prive du bleu limpide du ciel ou des aurores boréales. Les adaptations d’œuvres romanesques en bande dessinées ne sont pas toujours des chefs-d’œuvre, loin s’en faut… Souvent, on a l’impression que leurs auteurs cherchent à réaliser des albums dont ils espèrent que toutes les bibliothèques scolaires de France feront l’acquisition, ce qui leur assurera un volume de ventes bien supérieur à ce que mériterait leur travail. Mais cette série sort franchement du lot : Bonneval & Tanquerelle réalisent une œuvre intelligente et drôle, qui respecte les nouvelles de Jørn Riel. Ils produisent aussi une vraie bande dessinée, une œuvre originale et aboutie. J’ai adoré ces trois premiers albums, autant que j’avais adoré les recueils de nouvelles qui les ont inspirés, et, croyez-moi, ce n’est pas peu dire ! J’espère que la série se poursuivra longtemps ; il y a encore de beaux racontars à mettre en images.
Il était une fois en France
Joseph Joanovici est un jeune immigré juif lorsqu'il débarque en France avec sa femme ; il est pauvre et n'a d'autre talent que celui de savoir reconnaître la pureté des métaux. Il va vite mettre à profit ce don pour se construire un petit empire à force de roublardises et de magouilles. L'histoire aurait pu être des plus banales si elle s'était déroulée à notre époque car une personne de son envergure serait certainement devenue un homme d'affaires respecté et craint ; une sorte de Berlusconi à la française en somme. Mais l'action se déroule avant et surtout pendant la Seconde Guerre Mondiale et en ces temps troublés notre homme va jouer sur tous les tableaux afin, bien évidemment, de survivre mais surtout d’accroître de plus en plus sa fortune personnelle. Nury parvient à retranscrire avec brio et plus ou moins de véracité la vie d'un personnage très controversé à la fois rusé, malin, bienfaiteur et patriote pour les uns, malfaisant et collabo pour les autres. Perso, je dirais qu'il s'agit simplement d'un homme sans scrupule doublé d'un fieffé opportuniste ; le genre de personne qui fascine et que l'on aime(rait) détester. Au niveau narratif, on ne peut que saluer le remarquable talent de l'auteur qui a su broder, autour des actes d'un personnage réel, une histoire à la fois complexe mais fluide extrêmement bien menée du début à la fin mais aussi très intelligemment écrite car on en arrive à prendre fait et cause pour cet anti-héros en adhérant à sa logique tout à fait répréhensible. Ainsi malgré un premier tome légèrement embrumé par de nombreux flash-back et de multiples protagonistes, on tombe vite sous le charme des pérégrinations de ce personnage haut en couleurs à un tel point que cela en frôle même l'addiction. Saluons aussi l'excellent travail de Vallée ; ses dessins qui cadrent parfaitement à l'histoire accompagnés d'une colorisation très harmonieuse donnent un rendu tout simplement parfait. Pour moi l'ensemble ne comporte aucun défaut, fait assez rare pour être souligné, sauf celui de ne pas vraiment savoir ce qui appartient à l'Histoire et ce qui reste de la fiction. Bref, une magnifique série qui oscille entre la biographie et le roman ; très prenante de bout en bout car écrite et dessinée d'une main de maître. Un indispensable du genre à découvrir absolument.
Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?
J’ai récemment lu et adoré Le Beau Voyage et La Peau de l'ours de Benoît Zidrou, je continue sur ma lancée avec cette nouveauté qui a visiblement séduit les lecteurs en cette fin d’année 2013. On retrouve ici un roman graphique pure souche racontant le quotidien d’une maman s’occupant de son fils handicapé suite à un accident de voiture. Le ton est bien entendu très intimiste. L’auteur réussit à nous raconter une histoire extrêmement touchante (j’ai eu la boule dans la gorge plus d’une fois) sans trop en faire, sans verser dans le larmoyant, et surtout fait preuve d’un optimisme qui fait plaisir à lire (c’était d’ailleurs déjà le cas dans Le Beau Voyage). La maman est parfaitement dépeinte, quel amour, quelle persévérance, mais aussi quelques moments de faiblesses bien naturels. Le dessin et les couleurs de Roger (Jazz Maynard) sont magnifiques et parfaitement adaptés au récit. Un roman graphique qui devrait ravir les fans du genre. Un sans-faute en ce qui me concerne – la note maximale donc.
Astérix
Aujourd'hui qui ne connait pas Astérix? C'est sans doute avec Tintin un des personnages de bande dessinée franco-belge les plus connus au monde. D'ailleurs on peut se fier au nombre de traductions qui ont été effectuées pour cette célèbre série. D'après ce que j'ai cru comprendre Astérix a été traduit dans 107 langues, ce qui n'est pas négligeable bien au contraire. Je ne reviendrai pas sur l'historique de cette magnifique série car celui-ci a été abordé un grand nombre de fois dans les nombreux avis précédents. Donc je vais plutôt vous parler de mon enfance qui fut bercée par ce sympathique personnage, mais ne vous inquiétez pas je vais être très rapide . Je vais vous dire simplement que comme beaucoup d'enfants j'adorais lire les aventures de ce petit gaulois (qui est quand même très costaud surtout quand il boit la fameuse potion magique ) et que je prends encore énormément de plaisir à les relire. Je suis même impressionné de voir à quel point la popularité de notre héros est toujours aussi importante . Mon fils de neuf ans adore lire cette série , c'est d'ailleurs celle qu'il préfère. Il m'a fait acheter les tomes que je ne possédais pas. En tout cas malgré le fait que les histoires d'Astérix aient été portées à l'écran ( que ce soit en films ou en dessins animés) je préfère encore feuilleter mes vieilles BD que de regarder les aventures du fameux gaulois à la télévision. En plus je ne suis pas un fan de notre "Gégé" national déguisé en Obélix, je préfère nettement le personnage original. Quand on parle d'Astérix , automatiquement on pense à tous les autres personnages qui sont tout aussi célèbres que lui ,ou qu'Obélix et Idéfix qui sont indissociables de notre héros. Mais qui ne connait pas Panoramix, Assurancetourix, Abraracourcix, Cétautomatix , etc...? Vous pouvez me répondre que c'est normal car ils sont dans chaque album. Je peux donc nommer d'autres personnages qui n'apparaissent que dans un épisode mais qui sont tout aussi célèbres. Je suis sûr que Goudurix vous dit quelque-chose ainsi que Olaf Grossebaffe (Astérix et les Normands). Je peux citer également Numérobis aperçu dans Astérix et Cléopâtre. Les histoires d'Astérix sont pour la plupart du temps un moyen de se moquer de la société française . Dans Le Tour de Gaule d'Astérix les auteurs se permettent de caricaturer de nombreuses régions et leurs habitants. Certaines s'inspirent des sorties de films (à la sortie de Cléopâtre de 1963 les auteurs envoient Astérix en Egypte à la rencontre de cette très célèbre reine) ou de l'actualité ( le naufrage d'un pétrolier les incitent à dénoncer les marées noires dans L'Odyssée d'Astérix au début des années 80). Plus les années passent plus Uderzo utilise de nouveaux thèmes, en 1987 il s'inspire des Mille et Une Nuits avec Astérix chez Rahàzade . En 2001 il introduit de la science-fiction dans l'histoire avec des extra-terrestres (Le Ciel lui tombe sur la tête). Si je voulais citer mes albums préférés je pourrais nommer La Grande Traversée, Astérix chez les Bretons, Astérix et les Normands, Astérix en Corse. Bon je m'arrête là où je vais tous les citer. Il est vrai que les derniers albums parus ne sont pas parmi mes préférés pourtant je ne compte pas m'en séparer. Pour conclure je peux juste dire que je ne mets pas souvent la note maximale à une série mais là je ne pouvais pas faire autrement pour ce monument de la bande dessinée. Alors faites comme moi, replongez vous régulièrement dans les aventures du petit guerrier gaulois aux longues moustaches. Après la lecture du trente-cinquième et dernier tome , je dirai seulement , comme les derniers posteurs, qu'il y a du mieux par rapport aux deux , trois numéros précédents . On retrouve certaines choses qui ont fait le succès de la série comme les baffes données aux pirates, aux bardes, aux romains bien sûr, des jeux de mots et bien d'autres choses. Mais malgré cela je pense que cet album pourrait être meilleur. Il manque un petit quelque-chose (je ne sais pas lequel) qui ferait que cet album soit incontournable. Cela vient sans doute du fait qu'on espère toujours plus dès qu'on suit les aventures du Gaulois le plus célèbre de la planète. En tout cas je ne baisse pas ma note car pour moi Astérix reste une série culte. Peut-être que le prochain album arrivera à me rendre encore plus nostalgique.
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
En tant que grand fan unique du trait de Brüno, Atar Gull s'est logiquement retrouvé il y a près de deux ans dans mon cabas sans grande conviction de l'intérêt d'une histoire qui ne m'intéressait à vrai dire pas plus que cela. C'est donc après ma lecture de l'excellent Tyler Cross du même duo d'auteurs que ma curiosité me piqua à ouvrir d'un peu plus près cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue que je connaissais davantage pour ses Mystères de Paris que cette sombre histoire de vengeance. Et pourtant quelle claque monumentale... Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus lu une oeuvre aussi riche et complète faussement aiguillée par le dessin de Brüno et toujours aussi bien colorée par une Laurence Croix qui magnifie ambiance et climax par sa palette nuancée. Il s'agit d'un drame terriblement humain en plusieurs actes ou époques à une sombre époque où le bois d'ébène était considéré comme une simple "marchandise" monnayable et convoitée dans des desseins purement lucratifs. Et on oublie que ces hommes fiers sont simplement les égaux des occidentaux dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses. Un parallèle rapide pourrait être fait entre la destinée d'Atar Gull, qui aurait pu être un roi, et celle du héros de Tarantino, Django. La différence est que tout aussi cruel soit le film Django Unchained, de larges plages d'humour noir mais néanmoins d'humour traitent de l'esclavage alors que dans cette adaptation rédigée par Fabien Nury, il n'y a pas un seul instant qui prête à rire ou à sourire et la destinée de Atar Gull et des siens, arrachés de leur tribu par des "négriers" ou des pirates, est d'une horreur sans égal qui prête à réfléchir activement sur la montée du racisme actuelle en France. No comment.... Par chance ce n'est pas parce que cette histoire est horriblement triste et mélancolique qu'elle est dénuée de charme comme de poésie, j'étais habitué aux cadrages intelligents de Brüno sur ses oeuvres précèdentes et j'avoue avoir été soufflé par la réalisation purement cinématographique de celle-ci. Qu'il s'agisse d'une tempête représentée sur deux pages où l'on sent presque l'eau et la houle ruisseler sur nos visages ou d'une scène d'échange de "marchandise", chaque partie contemplant ses acquisitions qu'il s'agisse d'or pour l'un ou d'hommes noirs pour l'autre, le montage en parallèle est d'une rare intelligence. Je ne sais pas s'il faut féliciter Sue ou Nury mais les dialogues sont également inspirés, faisant clairement passer les esclaves pour de simples objets le plus naturellement du monde, il s'agit d'une horreur peu ordinaire qui le devient aux yeux de ces hommes qui considéraient leurs frères africains comme de simples objets. Tout simplement effarant... De la traversée des océans aux plantations en Jamaïque, les auteurs insufflent un rythme sans égal se contentant de sublimer leur héros silencieux, Atar Gull d'un charisme sans égal. Ce personnage restera passif jusqu'à un élément déclencheur qui va réveiller toute sa fureur et sa vengeance sera aussi horrible que féroce et laissera plus d'un lecteur sur le carreau à l'issue de cette histoire complète dont la conclusion formera une boucle subtile avec l'introduction. Atar Gull deviendra t-il par ses actes réfléchis aussi barbare que les hommes qu'il souhaite condamner ? La réponse sera aussi évidente que la Loi du Thalion d'autant plus que personne n'en sortira indemne avec d'habiles pirouettes scénaristiques que je préfère taire pour en garder toute la saveur. L'un des derniers aspects non négligeables subsiste par la description des seconds rôles, qu'il s'agisse du terrible Brulard qui mériterait presque un livre à la gloire de ses "méfaits" ou du capitaine du Catherine ainsi que du "brave" maître d'Atar Gull, toutes ces personnes restent dans un recoin même lointain profondément humains. Rarement touché comme je l'ai été, je ne peux qu'attribuer une note maximale à une oeuvre intelligente sans être manichéenne et que je recommande à tous. Il s'agit peut-être cette fois de la plus belle œuvre à l'heure actuelle de Brüno, en tous cas surement de la plus percutante dans un ensemble qui frôle la perfection. Fabien Nury ne restera plus longtemps inconnu à mes yeux par la récente acquisition de sa série culte Il était une fois en France dont j'espère ressentir à sa proche lecture le même uppercut. Il serait d'utilité publique d'enseigner et de prodiguer cette destinée sans faire de leçon de morale dans un monde qui perd ses repères sur les différentes races ou estimes de soi comme d'autrui... Touchant sans être déprimant, poétique sans être barbant, Atar Gull cumule divertissement et réflexion. Une oeuvre inestimable à ne pas louper.
Enchaînés - Saison 2
Je n'aurais jamais pensé qu'il y aurait un jour une suite à cette série. Cependant, cela paraît évident que le concept de second cycle puisse trouver application. On reprend 4 autres personnages (Alex, Philip, Stephen, Kathryn) et on recommence de manière plus éprouvante encore. Le point commun sera le fait qu'ils veulent sauver un proche de la maladie ce qui est plus louable qu'un million de dollars. Bref, il y a une variante de taille autre que la cupidité ce qui donne encore plus d'épaisseur à l'ensemble ! Néanmoins, va t'on assister à un carnage programmé ou est-ce qu'il y aura enfin une variation heureuse à ce scénario diabolique ? Ce premier tome semble donner une réponse mais on espère que la suite nous surprendra. A noter que la numérotation reprend à 1 et que le format a un peu changé. Les auteurs restent fort heureusement les mêmes ! Callède semble au sommet de son art scénaristique en distillant un suspense machiavélique et presque insupportable. Le dessinateur Gihef ne déçoit pas car on notera une amélioration de son dessin encore plus précis. Le second tome ne déçoit pas, au contraire ! On en apprend un peu plus sur chacun de ces 4 nouveaux personnages. Les pièces de l'échiquier se mettent en place pour une partie qui s'annonce très serrée. Il est dommage de prévoir comment tout cela va se terminer. Mal, forcément. Le troisième tome va encore plus loin. On sent qu'il y a une véritable interconnexion avec la saison 1. Ce cycle est véritablement passionnant. Après les tentatives avortées, on voit que les personnages sont prêts au passage à l'acte ce qui les rends moins sympathiques. Même pour la bonne cause, rien ne justifie un meurtre de sang froid. En tout cas, l'efficacité sera de mise pour un scénario au concept diabolique. On espère un final réussi. Le quatrième tome constitue le final tant attendu de la seconde saison. On sait de toute façon que le jeu machiavélique va mal se terminer. Au moins, il n'y aura pas de happy-end de circonstance. Cependant, c'est la manière dont cela se termine qui nous intéresse. Et là, je dois dire que les auteurs nous ont préparé une petite surprise scénaristique assez diabolique. Bref, c'est sombre et efficace ! Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4,5/5 - Note Globale: 4.5/5