"Est-ce que ça vous intéresserait qu'on fasse une rubrique ensemble ?" Quelle question ! Qui aurait refusé une proposition pareille ? C'est exactement ce qui est arrivé à Marcel Gotlib, alors jeune dessinateur inconnu venant frapper à la porte du journal Pilote ; 3 mois après son arrivée au journal, le grand patron lui faisait cette offre.
De 1965 à 1967, préfigurant les fameuses Pages d'actualité de Pilote, c'était les pages préférées des lycéens et des étudiants d'avant 68, à une époque où Pilote s'adressait encore à un public adolescent et où il affichait une véritable identité axée autour de l'humour potache. Cette farandole de gags en 2 pages, sans héros (ce qui était inusité dans cette décennie de héros conquérants), a déstabilisé le lecteur qui découvrait une Bd d'un genre nouveau, mais en même temps, ça a contribué à amener ce lecteur vers un humour différent qui n'était plus celui des gags bon enfant. Goscinny et Gotlib ont conçu là l'une des séries cultes de la première décennie Pilote, en appliquant la devise "instruire en amusant".
C'était une rubrique totalement farfelue, dans l'esprit du légendaire magazine MAD que Goscinny admirait. Les sujets étaient simples : petits tracas de la vie quotidienne ou sujets d'actu qui étaient décortiqués avec dérision ; certaines pages étaient inégales, d'autres franchement réussies, mais avec un humour stupéfiant et totalement novateur pour l'époque, Goscinny et Gotlib traitaient de façon non conventionnelle et loufoque les faits marquants et les grandes valeurs de la vie quotidienne des années 60, usant d'une verve inédite visant à bousculer les conventions.
Gotlib a raconté : "Les Dingodossiers, c'était très en avance. Même les copains me disaient qu'est-ce que c'est que cette connerie ?". La série lui a en tout cas permis d'accéder au rang des grands humoristes de la BD.
Goscinny étant débordé par Astérix, par Lucky Luke et accessoirement par Iznogoud, il finit par lâcher Gotlib qu'il incite à créer ses propres pages d'humour ; rien d'étonnant à ce que celui-ci, marqué par son expérience sur "les Dingodossiers", s'en inspire ensuite pour sa non moins fameuse Rubrique-à-Brac.
Une immense fable sociologique burlesque, à déguster sans restriction.
Un humour noir ravageur, un personnage principal hors du commun, merci à Tacito et Froideval pour cette BD cultissime. J'en viens à regretter qu'il ne s'agisse pas d'une oeuvre made in USA car nous aurions eu une adaptation ciné décoiffante, genre Sin City, avoir Bruce Willis pour interprèter le Père Carmody...
L’Italie de la Renaissance symbolise une époque florissante pour le monde occidental sur tous les plans, aussi bien culturel que politique, scientifique et philosophique. Un temps propice pour imaginer toutes sortes de récits de cape et d’épée et d’intrigues politiques dans ce pays pas encore unifié et où prospèrent des Cités-Etat et autres républiques indépendantes.
C’est dans ce cadre que Jérôme Le Gris choisit de nous conter cette uchronie qu’est Horacio d’Alba, personnage éponyme de la série. L’histoire se déroule au XVIIème siècle dans la république fictive du « Point d’Honneur » situé dans le nord de l’Italie qui sent bon la Toscane. Ah mama mia ! Ces plaines et ces collines verdoyantes à pertes de vue aussi bien dépeintes à la rosée du matin, en plein cagnard ou sous la voûte étoilée sont un pur régal pour les yeux. Nicolas Siner a un véritable don pour nous vendre du rêve.
Le dessin parlons-en, vous aimez Alex Alice ou Timothée Montaigne ? Ne cherchez plus, Nicolas Siner est fait du même bois. Son style semi-réaliste pour dessiner les personnages est d’une maturité étonnante pour une première œuvre, et le détail apporté aux décors force le respect. Honnêtement j’ai passé plusieurs minutes par cases juste pour admirer les statues romaines, les vitraux en arrière plan, les ornements et même les frises sur les murs. Ah ça c’est clair le boulot a été fait et bien grâce à une palette de couleurs diversifiée.
J’en reviens à l’histoire. Cette jeune république du Point d’Honneur a été fondée pour mettre un terme aux guerres intestines et a mis en place un système judiciaire basé sur la loi du Talion qui prend la forme de duels entre les belligérants. Ce système a prospéré et a donné lieu à la création d’écoles de duellistes formés à toutes les disciplines de combats et qui mènent une lutte pour la suprématie de leur école respective. Écoles qui avec les années, ont pris tellement d’importance qu’elles font désormais office de 4ème pouvoir (en référence à Montesquieu et la séparation des pouvoirs).
Cependant, la république et les écoles de duellistes sont menacées car le monde bouge, les idées humanistes progressent et traversent les frontières européennes et si certains voient d’un bon œil ce changement comme le sénateur Rembrandt qui rêve d’une république plus juste, d’autres ont des motifs moins altruistes comme le cardinal rouge prêt à toutes les plus viles bassesses pour devenir pape et envoyer ses armées marcher sur cette république riche et prospère, et s’asseoir sur ses cendres.
Et au milieu de ce micmac il y a Horacio d’Alba au passé tragique, le meilleur de tous les duellistes mais qui reste un soldat loyal trimballé par les évènements et qui ne souhaite pas forcément voir l’ancien monde s’écrouler au contraire de son fils qui a d’autres desseins.
Complots fomentés dans les catacombes, intrigues politiques machiavéliques préparées dans les thermes, duels et batailles épiques, amour, vengeance, une république qui arrive à son crépuscule, une touche d’histoire ; tel est le programme de cette série qui s’annonce comme un must-have.
C’est ce que j’apprécie dans cette série. On sait comment tout cela va finir dans les grandes lignes, mais le charisme des personnages est tel qu’on veut connaître le dénouement de leur propre histoire. Et puis j’aime que le scénario soit très fouillé et pas du tout manichéen. Horacio a beau être le personnage principal, on sait que son combat est perdu d’avance mais il va tout faire pour défendre ses idées. Il n’y a pas de bon ou de mauvais camp. Horacio défend un système qu’il a toujours connu en lequel il croit même s’il est barbare, il y a aussi du bon dans cette république. Alors que son fils souhaite pour diverses raisons mettre fin à cette autarcie, quitte à ce que cela se termine dans un bain de sang.
Le récit prend une tournure presque philosophique pour la raison que l'on suit un groupe de personnages qui lutte dans une quête presque absurde. Car le monde est en marche et ils ne pourront rien y changer mais ils lutteront de toute leur force pour sauvegarder ce en quoi ils croient.
Horacio d’Alba est une série grandiose qui parvient à marier scénario ambitieux et cohérent avec un dessin maîtrisé et aux cadrages hollywoodiens.
Vivement l’ultime album qui sortira chez Glénat suite au rachat du catalogue de 12 Bis.
Une fois de plus quelqu'un pour dire qu'avec La Quête et Chninkel , cette Légende est un best des années 80 pour l'Héroic Fantasy. Tout a été dit plus bas.
Avec du recul, j'ai surtout apprécié que cette série (3 tomes seulement) n'ai pas cédé aux tentations "commerciales" du scénario à rallonge.
Ceci dit je rêverai de recroiser la route de nos 3 "quêteurs" dans une autre aventure...mais leur contrée oubliée est devenue un mythe...n'y touchons pas !!
Chapeau ! Je viens de relire pour la cinquième fois cette série pour l’aviser, et j’ai quasiment ressenti le même plaisir qu’à la première lecture, il y a bien longtemps maintenant. Cette trilogie est vraiment une grande réussite d’Enki Bilal – et de la bande dessinée en général !
Le premier tome est parfois assez proche des ambiances créées en collaboration avec Christin dans certains albums précédents, une société fasciste plus ou moins décadente. Mais l’ambiance, les décors font rapidement dévier cette trajectoire vers de la science fiction onirique bourrée de détails plus ou moins délirants. Ce premier tome est absolument génial je trouve, et donne franchement envie d’aller lire la suite !
Les deux tomes suivants s’écartent encore plus d’une réalité contemporaine : moins de détails ancrant l’histoire dans notre quotidien, et plus de liberté laissée à l’imagination de Bilal, vraiment fertile.
En plus de l’histoire, ce qui fait de cette trilogie ce chef d’œuvre « culte », c’est aussi le dessin, qui s’est affirmé (à comparer avec les histoires de Mémoires d'autres temps) et qui va devenir caractéristique du reste des productions de Bilal. Et que dire des couleurs, qui permettent de « signer » une œuvre de Bilal, ces nuances de Bleu et de Gris si emblématiques.
Malgré les deux derniers tomes peut-être un peu moins « forts », je n’hésite pas à mettre cette série dans la catégorie « culte ». Dans l’œuvre de Bilal bien sûr, œuvre personnelle qui s’affranchit des influences (Moebius, Druillet, mais aussi des scénarios de Christin). Dans l’univers de la science fiction aussi, où Bilal, mélangeant un quotidien à peine décalé dans le temps (et où on peut y lire une critique du microcosme politique de « notre » époque), les dieux égyptiens et les régimes fascistes, a créé un univers unique.
Et un « visuel » vraiment unique aussi. Beaucoup de planches « tiennent » indépendamment de l’histoire ou du reste de l’intrigue uniquement par leur beauté ! Et combien d’auteurs peuvent être reconnus à la vue d’une seule planche ? C’est qu’il y a du style, un auteur, et que cette trilogie en est probablement l’acte de naissance !
Une claque, et je tends l’autre joue !
Un chef d’œuvre !!
Je reste sans voix devant tant de beauté, de maîtrise pour faire passer les émotions,…c’est magnifique, quelle poésie !
L’auteur, grâce à une foule de détails très réalistes et à un texte restreint, arrive à nous plonger par la seule force des images, dans la solitude d’un être difforme isolé dans un phare, au milieu de nulle part. Pour un peu, on aurait presque envie de rencontrer cet ermite tant son vécu est touchant.
L’immersion atteint ici, des sommets. J’ai presque entendu les vents de la mer, le bruit des vagues, le cri des goélands,...Le tout en noir et blanc.
De la très grande BD à posséder et à ranger chaudement auprès des meilleurs Comès.
Merci Mr. Chabouté
Il est toujours délicat de juger une bédé inspirée d’un roman qu’on n’a pas lu. Mais si l’on s’en tient ici à l’aspect visuel, c’est tout bonnement époustouflant. Le trait dentelé de Sorel s’allie parfaitement à ses aquarelles sublimes que l’on admire tels des petits tableaux, avec des effets de lumière sidérants. Et ce quel qu’en soit l’échelle. Si les paysages brésiliens sont grandioses, on est tout autant ému par les délicats reflets d’une coupe de champagne ou de l’eau dans une piscine. Les souvenirs du « monde d’hier », en l’occurrence l’Europe de la culture et des arts avant la barbarie nazie, sont évoqués avec sensibilité, dans une ambiance à la fois crépusculaire et flamboyante.
Je dois dire que je me suis tellement laissé emporter par la magnificence du travail de Sorel que pour moi le scénario passe presque au second plan. D’autant que celui-ci n’est pas vraiment à créer puisqu’il est basé sur des faits réels : la retraite de l’écrivain au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, quelques jours avant leur suicide en 1942. Bref, j’ai trouvé que Sorel rend ici un magnifique hommage à Stefan Zweig et qu’il a parfaitement compris l’état d’esprit dans lequel il pouvait se trouver à ce moment-là. C’est vrai, le récit est lent et contemplatif, et risquera de laisser en dehors ceux qui ne connaissent pas cet auteur dont les œuvres furent traversées par un humanisme inquiet et qui ressentit d’autant plus durement la folie destructrice qui s’était emparée de son pays et de l’Europe toute entière.
Certes, le personnage n’est pas très drôle non plus, mais comment pouvait-il l’être dans un tel contexte ? Comment le pouvait-il, lui l’amoureux des arts qui déprimait de voir le monde prêt à succomber au fascisme (et qui ne croyait pas à la victoire des Américains), et souffrait d’entraîner vers un abîme inéluctable sa chère Lotte qui aspirait à la vie malgré son asthme sévère, lui qui disait ne plus pouvoir vivre avec sa « bile noire » que rien ne pouvait chasser ?
Ce que l’on peut dire aussi de cette œuvre, c’est que les auteurs jouent beaucoup sur les contrastes. Tout d’abord celui entre deux mondes opposés, l’Europe en proie au chaos et le Brésil baigné d’une douceur de vivre réconfortante et hors du temps. Puis celui entre Stefan Zweig lui-même, en proie à un abattement inconsolable, lassé d’être devenu un exilé permanent considéré comme juif par les uns et ennemi allemand par les autres, et sa jeune épouse Lotte, portée par un fort désir de vivre et aspirant à l’insouciance, alors même que sa maladie lui rappelle que cela est impossible. Sorel parvient à rendre avec délicatesse tout l’amour et la tendresse qui unirent ces deux êtres jusqu’à leur fin romanesque, et cela aussi est vraiment très émouvant.
Bravo !
Guérineau, connu pour ses stryges, signe ici un album en solo en adaptant un récit de Jean Teulé. Découpage, narration, dialogues, dessins, colorisation … et un seul homme pour tout faire. Chapeau !
La première chose qui frappe, c’est le dessin. L’auteur personnalise son trait en lui donnant une âme, une profondeur qui lui faisait défaut précédemment, et cela, au service d’une histoire sombre et cynique à souhaits. Il adapte les tonalités de ses planches aux passages contés. Il y a une réelle alchimie entre texte et dessins qui ne peut exister que dans la main d’un seul homme. Grâce à ce one shot, je découvre la vie de Charles IX, qui s’est fait tristement connaître par le massacre de la St Barthélémy dans un contexte de guerre des religions (protestants vs catholiques). C’est un réel tour de force que de proposer de suivre la décadence d’un homme important pour son époque sans hachures ni heurts dans les séquences. La lecture reste fluide (comme le sang) et prenante de bout en bout. A noter quelques clins d’œil et un final sur mesure.
La dimension psychologique du personnage, ses tourments, ses doutes, sa folie, ses moments de lucidité sont admirablement rendus. Du beau travail … du grand art ! Et, curieusement, c’est sans ses créatures ailées, que Guérineau prend son envol comme auteur complet (et avec brio !). Une réelle découverte !!
Une œuvre culte, tout simplement.
À mes yeux, c’est le meilleur album de l'année ! (au moins…)
Reprenant la trame et le ton du roman éponyme de Jean Teulé, Richard Guérineau délaisse momentanément Le Chant des Stryges pour réaliser en solo ce formidable one shot historique.
Et c’est une merveilleuse surprise car il montre un véritable talent d’auteur complet.
Le découpage du scénario, en une vingtaine de chapitres, permet de décrire divers épisodes de la vie de Charles IX entre le 23 août 1572, veille du massacre de la Saint-Barthélemy et le 12 juillet 1574, date de ses funérailles (40 jours après sa mort), qui donne lieu à de nouveaux massacres.
L’originalité de l’ouvrage réside dans le fait que ces événements tragiques ne sont pas traités avec la gravité morbide habituelle (voir l'ambiance sinistre de « La reine Margot » de Patrice Chéreau). Sans rien nier de la violence tragique des faits, Guérineau montre un Charly 9 qui fait le choix de sa folie. Inspiré par l’image d’une autruche que lui montre son médecin Ambroise Paré, il se cache la tête non dans le sable, mais dans la chair, pour fuir la réalité de la politique. Dès lors, profitant de son statut de monarque à qui nul ne peut rien refuser, il multiplie les comportements absurdes, assourdissant son entourage à grands coups de cor de chasse, pourchassant le cerf nu sur son cheval à travers le palais du Louvre, crachant des noyaux de cerise à la face du légat du pape, ou massacrant des lapins à l’arbalète dans la chambre de sa maîtresse.
Et malgré l’horreur des événements, l’humour noir fait mouche et l’on rit souvent, des situations burlesques, des folies du roi, de la débilité des fanatiques religieux ou du cynisme des politiques. Certains passages ne sont pas sans écho contemporains, comme la lecture de cet édit qui exhorte les sujets à « serrer [leurs] ceintures déjà bien étroites afin que la France puisse retrouver sa grandeur d’antan ».
Le récit est servi par un dessin et une mise en couleurs particulièrement inspirés, qui permettent à Guérineau de se hisser un niveau des très grands. Dans un style complexe et changeant, qui oscille entre réalisme cru et caricature, il illustre son propos avec talent, multipliant les ambiances différentes (du burlesque au terrifiant, du grandiose au poétique) qui collent aux variations d’état d’âme du jeune souverain. Au détour des planches, il se paie même le luxe de quelques hommages à d’autres grandes plumes du neuvième art (Peyo, Morris, André Juillard…), sans entamer la fluidité du récit.
Jusqu’à « Charly 9 », nous n’avions pas eu la chance de découvrir les talents de scénariste de Richard Guérineau, et si son dessin a toujours été propre et très efficace, je ne lui trouvais pas de personnalité particulière.
« Charly 9 » m’a vraiment bluffé, et je donne sans hésiter un 5/5 à cet album.
C’est vraiment de la belle ouvrage, Monsieur Guérineau, et j’ai hâte de vous lire à nouveau dans vos travaux en solo !
Enfin une BD sans concession qui ose dire les choses telles qu’elles sont en réalité! J'ai aimé ce ton résolument décalé d'une noirceur inégalé. Les auteurs donnent une version bien pessimiste de la société et de l'âme humaine. C'est presque malsain.
On suit le parcours d’un tueur implacable comme s’il s’agissait d’une profession ordinaire dans un genre d'autobiographie pas comme les autres! Cela peut faire froid dans le dos mais cela répond à une certaine logique. Je me suis surpris par exemple à avoir presque de la sympathie pour un homme froid et solitaire, méthodique et consciencieux dans son travail mais dont les états d'âmes sont intéressants à plus d'un titre.
J’ai tout de suite accroché par une lecture très prenante qui fait la part belle à l’aspect psychologique du personnage et de son regard sur la société. Il est vrai qu'avec ces longs monologues, on entre plus facilement dans l'intimité, voir dans la tête de ce tueur. C'est une performance scénaristique étonnante avec une ambiance pesante et captivante.
Mais attention: il ne faut surtout pas tomber dans le piège de légitimer le rôle des tueurs dans notre société. Gardez bien à l'esprit la notion de bien et de mal. Cet assassin tue des êtres humains pour de l'argent et il ne recule devant rien! Par ailleurs, il ne se remet jamais en cause avec son air détaché et un peu méprisant vis à vis du genre humain. Son cynisme nous désarme assez souvent. Le monde appartient-il réellement aux riches ? Faut-il profiter du système plutôt que d'être un bon citoyen et vivre une vie difficile ? C'est une philosophie qui en vaut d'autres et qui nous amène à nous poser des questions.
Du grand art et de la maîtrise dans le dessin surtout au niveau de l’agencement des cases. Le découpage fluide permet une immersion totale dans la vie du personnage. Le graphisme froid et glacial est à l'image du tueur. Bref, une réussite totale!
C'est une série grandiose parmi mes préférés qui ne bénéficie que des éloges d’un avis général des bédéphiles. Extraordinaire et époustouflant car les auteurs donnent pour une fois la parole à un anti-héros. Qu'on adhère ou pas, c'est une autre question...
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.5/5
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Les Dingodossiers
"Est-ce que ça vous intéresserait qu'on fasse une rubrique ensemble ?" Quelle question ! Qui aurait refusé une proposition pareille ? C'est exactement ce qui est arrivé à Marcel Gotlib, alors jeune dessinateur inconnu venant frapper à la porte du journal Pilote ; 3 mois après son arrivée au journal, le grand patron lui faisait cette offre. De 1965 à 1967, préfigurant les fameuses Pages d'actualité de Pilote, c'était les pages préférées des lycéens et des étudiants d'avant 68, à une époque où Pilote s'adressait encore à un public adolescent et où il affichait une véritable identité axée autour de l'humour potache. Cette farandole de gags en 2 pages, sans héros (ce qui était inusité dans cette décennie de héros conquérants), a déstabilisé le lecteur qui découvrait une Bd d'un genre nouveau, mais en même temps, ça a contribué à amener ce lecteur vers un humour différent qui n'était plus celui des gags bon enfant. Goscinny et Gotlib ont conçu là l'une des séries cultes de la première décennie Pilote, en appliquant la devise "instruire en amusant". C'était une rubrique totalement farfelue, dans l'esprit du légendaire magazine MAD que Goscinny admirait. Les sujets étaient simples : petits tracas de la vie quotidienne ou sujets d'actu qui étaient décortiqués avec dérision ; certaines pages étaient inégales, d'autres franchement réussies, mais avec un humour stupéfiant et totalement novateur pour l'époque, Goscinny et Gotlib traitaient de façon non conventionnelle et loufoque les faits marquants et les grandes valeurs de la vie quotidienne des années 60, usant d'une verve inédite visant à bousculer les conventions. Gotlib a raconté : "Les Dingodossiers, c'était très en avance. Même les copains me disaient qu'est-ce que c'est que cette connerie ?". La série lui a en tout cas permis d'accéder au rang des grands humoristes de la BD. Goscinny étant débordé par Astérix, par Lucky Luke et accessoirement par Iznogoud, il finit par lâcher Gotlib qu'il incite à créer ses propres pages d'humour ; rien d'étonnant à ce que celui-ci, marqué par son expérience sur "les Dingodossiers", s'en inspire ensuite pour sa non moins fameuse Rubrique-à-Brac. Une immense fable sociologique burlesque, à déguster sans restriction.
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Un humour noir ravageur, un personnage principal hors du commun, merci à Tacito et Froideval pour cette BD cultissime. J'en viens à regretter qu'il ne s'agisse pas d'une oeuvre made in USA car nous aurions eu une adaptation ciné décoiffante, genre Sin City, avoir Bruce Willis pour interprèter le Père Carmody...
Horacio d'Alba
L’Italie de la Renaissance symbolise une époque florissante pour le monde occidental sur tous les plans, aussi bien culturel que politique, scientifique et philosophique. Un temps propice pour imaginer toutes sortes de récits de cape et d’épée et d’intrigues politiques dans ce pays pas encore unifié et où prospèrent des Cités-Etat et autres républiques indépendantes. C’est dans ce cadre que Jérôme Le Gris choisit de nous conter cette uchronie qu’est Horacio d’Alba, personnage éponyme de la série. L’histoire se déroule au XVIIème siècle dans la république fictive du « Point d’Honneur » situé dans le nord de l’Italie qui sent bon la Toscane. Ah mama mia ! Ces plaines et ces collines verdoyantes à pertes de vue aussi bien dépeintes à la rosée du matin, en plein cagnard ou sous la voûte étoilée sont un pur régal pour les yeux. Nicolas Siner a un véritable don pour nous vendre du rêve. Le dessin parlons-en, vous aimez Alex Alice ou Timothée Montaigne ? Ne cherchez plus, Nicolas Siner est fait du même bois. Son style semi-réaliste pour dessiner les personnages est d’une maturité étonnante pour une première œuvre, et le détail apporté aux décors force le respect. Honnêtement j’ai passé plusieurs minutes par cases juste pour admirer les statues romaines, les vitraux en arrière plan, les ornements et même les frises sur les murs. Ah ça c’est clair le boulot a été fait et bien grâce à une palette de couleurs diversifiée. J’en reviens à l’histoire. Cette jeune république du Point d’Honneur a été fondée pour mettre un terme aux guerres intestines et a mis en place un système judiciaire basé sur la loi du Talion qui prend la forme de duels entre les belligérants. Ce système a prospéré et a donné lieu à la création d’écoles de duellistes formés à toutes les disciplines de combats et qui mènent une lutte pour la suprématie de leur école respective. Écoles qui avec les années, ont pris tellement d’importance qu’elles font désormais office de 4ème pouvoir (en référence à Montesquieu et la séparation des pouvoirs). Cependant, la république et les écoles de duellistes sont menacées car le monde bouge, les idées humanistes progressent et traversent les frontières européennes et si certains voient d’un bon œil ce changement comme le sénateur Rembrandt qui rêve d’une république plus juste, d’autres ont des motifs moins altruistes comme le cardinal rouge prêt à toutes les plus viles bassesses pour devenir pape et envoyer ses armées marcher sur cette république riche et prospère, et s’asseoir sur ses cendres. Et au milieu de ce micmac il y a Horacio d’Alba au passé tragique, le meilleur de tous les duellistes mais qui reste un soldat loyal trimballé par les évènements et qui ne souhaite pas forcément voir l’ancien monde s’écrouler au contraire de son fils qui a d’autres desseins. Complots fomentés dans les catacombes, intrigues politiques machiavéliques préparées dans les thermes, duels et batailles épiques, amour, vengeance, une république qui arrive à son crépuscule, une touche d’histoire ; tel est le programme de cette série qui s’annonce comme un must-have. C’est ce que j’apprécie dans cette série. On sait comment tout cela va finir dans les grandes lignes, mais le charisme des personnages est tel qu’on veut connaître le dénouement de leur propre histoire. Et puis j’aime que le scénario soit très fouillé et pas du tout manichéen. Horacio a beau être le personnage principal, on sait que son combat est perdu d’avance mais il va tout faire pour défendre ses idées. Il n’y a pas de bon ou de mauvais camp. Horacio défend un système qu’il a toujours connu en lequel il croit même s’il est barbare, il y a aussi du bon dans cette république. Alors que son fils souhaite pour diverses raisons mettre fin à cette autarcie, quitte à ce que cela se termine dans un bain de sang. Le récit prend une tournure presque philosophique pour la raison que l'on suit un groupe de personnages qui lutte dans une quête presque absurde. Car le monde est en marche et ils ne pourront rien y changer mais ils lutteront de toute leur force pour sauvegarder ce en quoi ils croient. Horacio d’Alba est une série grandiose qui parvient à marier scénario ambitieux et cohérent avec un dessin maîtrisé et aux cadrages hollywoodiens. Vivement l’ultime album qui sortira chez Glénat suite au rachat du catalogue de 12 Bis.
Légendes des Contrées Oubliées
Une fois de plus quelqu'un pour dire qu'avec La Quête et Chninkel , cette Légende est un best des années 80 pour l'Héroic Fantasy. Tout a été dit plus bas. Avec du recul, j'ai surtout apprécié que cette série (3 tomes seulement) n'ai pas cédé aux tentations "commerciales" du scénario à rallonge. Ceci dit je rêverai de recroiser la route de nos 3 "quêteurs" dans une autre aventure...mais leur contrée oubliée est devenue un mythe...n'y touchons pas !!
La Trilogie Nikopol
Chapeau ! Je viens de relire pour la cinquième fois cette série pour l’aviser, et j’ai quasiment ressenti le même plaisir qu’à la première lecture, il y a bien longtemps maintenant. Cette trilogie est vraiment une grande réussite d’Enki Bilal – et de la bande dessinée en général ! Le premier tome est parfois assez proche des ambiances créées en collaboration avec Christin dans certains albums précédents, une société fasciste plus ou moins décadente. Mais l’ambiance, les décors font rapidement dévier cette trajectoire vers de la science fiction onirique bourrée de détails plus ou moins délirants. Ce premier tome est absolument génial je trouve, et donne franchement envie d’aller lire la suite ! Les deux tomes suivants s’écartent encore plus d’une réalité contemporaine : moins de détails ancrant l’histoire dans notre quotidien, et plus de liberté laissée à l’imagination de Bilal, vraiment fertile. En plus de l’histoire, ce qui fait de cette trilogie ce chef d’œuvre « culte », c’est aussi le dessin, qui s’est affirmé (à comparer avec les histoires de Mémoires d'autres temps) et qui va devenir caractéristique du reste des productions de Bilal. Et que dire des couleurs, qui permettent de « signer » une œuvre de Bilal, ces nuances de Bleu et de Gris si emblématiques. Malgré les deux derniers tomes peut-être un peu moins « forts », je n’hésite pas à mettre cette série dans la catégorie « culte ». Dans l’œuvre de Bilal bien sûr, œuvre personnelle qui s’affranchit des influences (Moebius, Druillet, mais aussi des scénarios de Christin). Dans l’univers de la science fiction aussi, où Bilal, mélangeant un quotidien à peine décalé dans le temps (et où on peut y lire une critique du microcosme politique de « notre » époque), les dieux égyptiens et les régimes fascistes, a créé un univers unique. Et un « visuel » vraiment unique aussi. Beaucoup de planches « tiennent » indépendamment de l’histoire ou du reste de l’intrigue uniquement par leur beauté ! Et combien d’auteurs peuvent être reconnus à la vue d’une seule planche ? C’est qu’il y a du style, un auteur, et que cette trilogie en est probablement l’acte de naissance ! Une claque, et je tends l’autre joue !
Tout seul
Un chef d’œuvre !! Je reste sans voix devant tant de beauté, de maîtrise pour faire passer les émotions,…c’est magnifique, quelle poésie ! L’auteur, grâce à une foule de détails très réalistes et à un texte restreint, arrive à nous plonger par la seule force des images, dans la solitude d’un être difforme isolé dans un phare, au milieu de nulle part. Pour un peu, on aurait presque envie de rencontrer cet ermite tant son vécu est touchant. L’immersion atteint ici, des sommets. J’ai presque entendu les vents de la mer, le bruit des vagues, le cri des goélands,...Le tout en noir et blanc. De la très grande BD à posséder et à ranger chaudement auprès des meilleurs Comès. Merci Mr. Chabouté
Les Derniers Jours de Stefan Zweig
Il est toujours délicat de juger une bédé inspirée d’un roman qu’on n’a pas lu. Mais si l’on s’en tient ici à l’aspect visuel, c’est tout bonnement époustouflant. Le trait dentelé de Sorel s’allie parfaitement à ses aquarelles sublimes que l’on admire tels des petits tableaux, avec des effets de lumière sidérants. Et ce quel qu’en soit l’échelle. Si les paysages brésiliens sont grandioses, on est tout autant ému par les délicats reflets d’une coupe de champagne ou de l’eau dans une piscine. Les souvenirs du « monde d’hier », en l’occurrence l’Europe de la culture et des arts avant la barbarie nazie, sont évoqués avec sensibilité, dans une ambiance à la fois crépusculaire et flamboyante. Je dois dire que je me suis tellement laissé emporter par la magnificence du travail de Sorel que pour moi le scénario passe presque au second plan. D’autant que celui-ci n’est pas vraiment à créer puisqu’il est basé sur des faits réels : la retraite de l’écrivain au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, quelques jours avant leur suicide en 1942. Bref, j’ai trouvé que Sorel rend ici un magnifique hommage à Stefan Zweig et qu’il a parfaitement compris l’état d’esprit dans lequel il pouvait se trouver à ce moment-là. C’est vrai, le récit est lent et contemplatif, et risquera de laisser en dehors ceux qui ne connaissent pas cet auteur dont les œuvres furent traversées par un humanisme inquiet et qui ressentit d’autant plus durement la folie destructrice qui s’était emparée de son pays et de l’Europe toute entière. Certes, le personnage n’est pas très drôle non plus, mais comment pouvait-il l’être dans un tel contexte ? Comment le pouvait-il, lui l’amoureux des arts qui déprimait de voir le monde prêt à succomber au fascisme (et qui ne croyait pas à la victoire des Américains), et souffrait d’entraîner vers un abîme inéluctable sa chère Lotte qui aspirait à la vie malgré son asthme sévère, lui qui disait ne plus pouvoir vivre avec sa « bile noire » que rien ne pouvait chasser ? Ce que l’on peut dire aussi de cette œuvre, c’est que les auteurs jouent beaucoup sur les contrastes. Tout d’abord celui entre deux mondes opposés, l’Europe en proie au chaos et le Brésil baigné d’une douceur de vivre réconfortante et hors du temps. Puis celui entre Stefan Zweig lui-même, en proie à un abattement inconsolable, lassé d’être devenu un exilé permanent considéré comme juif par les uns et ennemi allemand par les autres, et sa jeune épouse Lotte, portée par un fort désir de vivre et aspirant à l’insouciance, alors même que sa maladie lui rappelle que cela est impossible. Sorel parvient à rendre avec délicatesse tout l’amour et la tendresse qui unirent ces deux êtres jusqu’à leur fin romanesque, et cela aussi est vraiment très émouvant.
Charly 9
Bravo ! Guérineau, connu pour ses stryges, signe ici un album en solo en adaptant un récit de Jean Teulé. Découpage, narration, dialogues, dessins, colorisation … et un seul homme pour tout faire. Chapeau ! La première chose qui frappe, c’est le dessin. L’auteur personnalise son trait en lui donnant une âme, une profondeur qui lui faisait défaut précédemment, et cela, au service d’une histoire sombre et cynique à souhaits. Il adapte les tonalités de ses planches aux passages contés. Il y a une réelle alchimie entre texte et dessins qui ne peut exister que dans la main d’un seul homme. Grâce à ce one shot, je découvre la vie de Charles IX, qui s’est fait tristement connaître par le massacre de la St Barthélémy dans un contexte de guerre des religions (protestants vs catholiques). C’est un réel tour de force que de proposer de suivre la décadence d’un homme important pour son époque sans hachures ni heurts dans les séquences. La lecture reste fluide (comme le sang) et prenante de bout en bout. A noter quelques clins d’œil et un final sur mesure. La dimension psychologique du personnage, ses tourments, ses doutes, sa folie, ses moments de lucidité sont admirablement rendus. Du beau travail … du grand art ! Et, curieusement, c’est sans ses créatures ailées, que Guérineau prend son envol comme auteur complet (et avec brio !). Une réelle découverte !! Une œuvre culte, tout simplement.
Charly 9
À mes yeux, c’est le meilleur album de l'année ! (au moins…) Reprenant la trame et le ton du roman éponyme de Jean Teulé, Richard Guérineau délaisse momentanément Le Chant des Stryges pour réaliser en solo ce formidable one shot historique. Et c’est une merveilleuse surprise car il montre un véritable talent d’auteur complet. Le découpage du scénario, en une vingtaine de chapitres, permet de décrire divers épisodes de la vie de Charles IX entre le 23 août 1572, veille du massacre de la Saint-Barthélemy et le 12 juillet 1574, date de ses funérailles (40 jours après sa mort), qui donne lieu à de nouveaux massacres. L’originalité de l’ouvrage réside dans le fait que ces événements tragiques ne sont pas traités avec la gravité morbide habituelle (voir l'ambiance sinistre de « La reine Margot » de Patrice Chéreau). Sans rien nier de la violence tragique des faits, Guérineau montre un Charly 9 qui fait le choix de sa folie. Inspiré par l’image d’une autruche que lui montre son médecin Ambroise Paré, il se cache la tête non dans le sable, mais dans la chair, pour fuir la réalité de la politique. Dès lors, profitant de son statut de monarque à qui nul ne peut rien refuser, il multiplie les comportements absurdes, assourdissant son entourage à grands coups de cor de chasse, pourchassant le cerf nu sur son cheval à travers le palais du Louvre, crachant des noyaux de cerise à la face du légat du pape, ou massacrant des lapins à l’arbalète dans la chambre de sa maîtresse. Et malgré l’horreur des événements, l’humour noir fait mouche et l’on rit souvent, des situations burlesques, des folies du roi, de la débilité des fanatiques religieux ou du cynisme des politiques. Certains passages ne sont pas sans écho contemporains, comme la lecture de cet édit qui exhorte les sujets à « serrer [leurs] ceintures déjà bien étroites afin que la France puisse retrouver sa grandeur d’antan ». Le récit est servi par un dessin et une mise en couleurs particulièrement inspirés, qui permettent à Guérineau de se hisser un niveau des très grands. Dans un style complexe et changeant, qui oscille entre réalisme cru et caricature, il illustre son propos avec talent, multipliant les ambiances différentes (du burlesque au terrifiant, du grandiose au poétique) qui collent aux variations d’état d’âme du jeune souverain. Au détour des planches, il se paie même le luxe de quelques hommages à d’autres grandes plumes du neuvième art (Peyo, Morris, André Juillard…), sans entamer la fluidité du récit. Jusqu’à « Charly 9 », nous n’avions pas eu la chance de découvrir les talents de scénariste de Richard Guérineau, et si son dessin a toujours été propre et très efficace, je ne lui trouvais pas de personnalité particulière. « Charly 9 » m’a vraiment bluffé, et je donne sans hésiter un 5/5 à cet album. C’est vraiment de la belle ouvrage, Monsieur Guérineau, et j’ai hâte de vous lire à nouveau dans vos travaux en solo !
Le Tueur
Enfin une BD sans concession qui ose dire les choses telles qu’elles sont en réalité! J'ai aimé ce ton résolument décalé d'une noirceur inégalé. Les auteurs donnent une version bien pessimiste de la société et de l'âme humaine. C'est presque malsain. On suit le parcours d’un tueur implacable comme s’il s’agissait d’une profession ordinaire dans un genre d'autobiographie pas comme les autres! Cela peut faire froid dans le dos mais cela répond à une certaine logique. Je me suis surpris par exemple à avoir presque de la sympathie pour un homme froid et solitaire, méthodique et consciencieux dans son travail mais dont les états d'âmes sont intéressants à plus d'un titre. J’ai tout de suite accroché par une lecture très prenante qui fait la part belle à l’aspect psychologique du personnage et de son regard sur la société. Il est vrai qu'avec ces longs monologues, on entre plus facilement dans l'intimité, voir dans la tête de ce tueur. C'est une performance scénaristique étonnante avec une ambiance pesante et captivante. Mais attention: il ne faut surtout pas tomber dans le piège de légitimer le rôle des tueurs dans notre société. Gardez bien à l'esprit la notion de bien et de mal. Cet assassin tue des êtres humains pour de l'argent et il ne recule devant rien! Par ailleurs, il ne se remet jamais en cause avec son air détaché et un peu méprisant vis à vis du genre humain. Son cynisme nous désarme assez souvent. Le monde appartient-il réellement aux riches ? Faut-il profiter du système plutôt que d'être un bon citoyen et vivre une vie difficile ? C'est une philosophie qui en vaut d'autres et qui nous amène à nous poser des questions. Du grand art et de la maîtrise dans le dessin surtout au niveau de l’agencement des cases. Le découpage fluide permet une immersion totale dans la vie du personnage. Le graphisme froid et glacial est à l'image du tueur. Bref, une réussite totale! C'est une série grandiose parmi mes préférés qui ne bénéficie que des éloges d’un avis général des bédéphiles. Extraordinaire et époustouflant car les auteurs donnent pour une fois la parole à un anti-héros. Qu'on adhère ou pas, c'est une autre question... Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.5/5