Après lecture du dernier tome, je ne peux mettre que la note maximale pour cette œuvre hors-norme, pas forcément des plus accessibles (avec un premier tome un rien fastidieux), mais qui quelque part peut être qualifiée d’ultime dans le genre.
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C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’univers unique de cet auteur que j’avais découvert avec Lupus, mélange de récit introspectif et de SF poétique. Mais cette fois, Frederik Peeters est passé à la couleur, et ça ne lui va pas si mal, même si la tonalité littéraire de l’histoire pouvait supporter largement le noir et blanc. Le trait a gagné en précision, mais se fait en même temps plus conventionnel. Un peu comme une version grand public de « Lupus », avec les mêmes obsessions de l’auteur mais davantage en mode aventure : la perte de l’être aimé, la maladie silencieuse (le personnage principal Verloc est victime d’une maladie de peau, le lupus en est une également), la marginalité au sein d’un monde normatif et étouffant, les paradis artificiels, l’incommunicabilité, l’étrangeté du monde et la difficulté à trouver sa place dans l’univers.
L’histoire bénéficie d’un scénario assez complexe, avec moult flashbacks, où il faut parfois faire preuve d’attention, mais reste cohérent. Les personnages sont bien campés, et la relation entre Verloc et Myo évoque immanquablement celle entre Lupus et Saana. Pour les textes, l’auteur s’est basé sur le carnet de bord du personnage principal, conférant ainsi une couleur littéraire et une profondeur au récit.
Avec cette série atypique, l’auteur nous donne à voir toute sa puissance créatrice. On en prend alors plein les yeux, pénétrant un monde entièrement inconnu, un monde où grouillent plantes et autres créatures mi-organiques mi-synthétiques, aussi bizarroïdes que monstrueuses. On est littéralement subjugué par ce déferlement visuel prodigieux.
A l’état plus ou moins latent dans « Lupus », cette obsession de Peeters pour les formes de vie invisibles, mystérieuses et grouillantes, explose à pleine puissance ici. On est à la fois saisi d’effroi et émerveillé, alors que de multiples questions assaillent l’esprit, sous l’effet d’un vertige métaphysique.
Cette BD unique en son genre, mélange d’aventure et de science-fiction aux accents très « psy », pose donc beaucoup de questions et appartient de par sa créativité aux œuvres supportant aisément plusieurs lectures, tant en nombre qu’en grilles… A l’heure où les apprentis sorciers de la Silicon Valley se prennent pour des démiurges et rêvent d’inventer une nouvelle humanité guidée par la technoscience, Peeters prouve avec cette série son talent de visionnaire, avec cette question en toile de fond : quel sera le seuil de progrès à partir duquel nous perdrons définitivement notre humanité, celle qui fait de nous des êtres en proie au doute, avec leurs faiblesses et leur imperfections ?
L’histoire se révèle être aussi une touchante déclaration d’amour d’un père à sa fille. Et au-delà des réflexions sur la technoscience et l’avenir de l’humanité que peut susciter cette histoire, l’auteur nous invite parallèlement à embrasser la vie, à l’aimer, à en vivre chaque instant intensément. A condition d’être réceptif, son jeu de piste nous guidera vers la fusion, l’UNI-versel, nous amènera à revivre notre état originel d’Adam végétal où nous tous, foules individualistes, ne faisions qu’un.
« Aâma » s’impose ainsi comme une rencontre au sommet du 9ème art entre philosophie et science-fiction. Et dans ces hauteurs, les questionnements métaphysiques effectuent une folle sarabande avec les délirants songes graphiques de Frédérik Peeters, un auteur qui, avec cette série, renforce décidément sa présence au panthéon des auteurs de BD.
T1 – L'odeur de la poussière chaude
T2 – La multitude invisible
T3 – Le désert des miroirs
T4 – Tu seras merveilleuse, ma fille
Le Nom de la Rose a son rejeton en bande dessinée, il s'appelle "le Troisième Testament" !
Et il est proprement fabuleux. Il appartient à cette caste de séries BD de très haut niveau mais qui restent malheureusement assez peu connues en dehors d'un petit cercle d'initiés et de fans. C'est bien simple sans BDTheque je ne l'aurais probablement jamais remarqué sur les rayons de la Fnac...
Voici Xavier Dorison (que j'ai connu par le bais d'Undertaker) et Alex Alice ( que j'ai connu grâce au Château des étoiles) conjuguant leurs forces pour nous offrir ce récit empreint d'ésotérisme, lugubre et gothique, s'étalant sur quatre tomes et narrant le grand vagabondage de trois aventuriers dans l'Europe médiévale du début du XIVème siècle, sur fond d'enquête criminelle et de quête mystique.
En effet, le dénommé Conrad de Marbourg, ex-inquisiteur accusé naguère de trahison et de satanisme par l'autorité ecclésiastique (et qui se paye la bobine de Sean Connery lorsque ce dernier jouait dans le Nom de la Rose, le film de J-J Annaud), est sollicité par son ancien ami Charles d'Elsenor au sujet du massacre sordide de plusieurs moines officiant au couvent de Veynes. Non seulement ça, les tueurs ont également dérobé de très vieux manuscrits, qui avaient ceci de singulier qu'ils n'étaient référencés nulle part y compris dans l'index officiel.
D'abord réticent, de Marbourg va finir par accepter la mission qui lui est confié et va partir à la recherche des tueurs et de ces fameux manuscrits, s'alliant en cours de route le concours de la fille adoptive d'Elsenor et d'un mercenaire irlandais rempli de panache.
Une fois cette intrigante mise en place effectuée, le récit nous embarque dans une pure odyssée transeuropéenne, ou l'on se familiarise à des lieux tels que Stornwall, St Luc, Paris, Tolède, Dantzig, Prague, et j'en passe. Une aventure au rythme échevelé, avec peu de temps morts; on est absorbé par la succession d'évènements qui se déploient au fil des pages. On en apprend aussi beaucoup sur l'histoire de la chrétienté et sur certains grands personnages qui la constituent ( par exemple - ô quelle surprise fut la mienne - le comte de Sayn et Conrad de Marbourg ont réellement existé !). Les séquences fulgurantes et splendides se succèdent et le combat final, apothéose apocalyptique critiqué par certains, représente à mes yeux un absolu chef-d'oeuvre de dénouement à nul autre pareil dans la bande dessinée franco-belge. Monumental, voilà le seul terme qui convient.
Il faut saluer la maestria des deux magiciens Dorison et Alice, qui chacun dans son domaine a donné le meilleur de son talent. Et puis Alice, quel coup de crayon ! c'est fin, c'est précis, c'est élégant, je n'y trouve rien à critiquer, et les villains qu'il a conceptualisé sont franchement sinistres et effrayants, une vraie réussite, chacune de leur apparition fait froid dans le dos.
Un point bonus aussi pour les couvertures qui sont des œuvres d'art à elles toutes seules, la première et la dernière en particulier.
Pour moi cette quadrilogie mérite un dix sur dix, et va maintenant figurer en bonne place dans mon top 10 BD. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai été conquis. Une lecture indispensable et un must have pour toute bibliothèque personnelle qui se respecte.
Maintenant il ne me reste plus qu'à aller dévorer la préquelle produite par les mêmes auteurs : Le Troisième Testament : Julius. De nouveaux frissons en perspective !
Brüno a cette capacité évidente à me charmer par son trait si caractéristique et il a beau trifouiller tous les thèmes possibles et rebattus comme Lorna ou Jun ou des scénarios plus originaux comme Biotope ou Atar Gull, je ne peux que me plier et acquiescer au charme évident de ses créations.
Ici avec Fabien Nury au scénario, on balance méchamment dans la première catégorie, section polars bien noirs. Il ne faut que quelques minutes pour replonger dans un univers à la fois immédiat rappelant les films de Sidney Lumet (12 hommes en colère) comme ceux plus récents par exemple d’Oliver Stone (U-Turn) ou de John Dahl (Red Rock West) où un paria se retrouve dans un village de ploucs inhospitaliers.
Le schéma est bien connu et Tyler Cross, mélange taciturne et classieux de Lee Marvin et de Clint Eastwood n’y échappe pas. Ce qui distingue ce polar d’un autre outre ses qualités graphiques évidentes à admirer aussi bien sous les couleurs de Laurence Croix que d’un noir et blanc approprié selon le choix de l’édition, c’est avant tout le traitement narratif utilisé. On n’échappe pas à la voix off qui passe d’un personnage à un autre en y dévoilant moult points de vue, y compris celui d’un crotale ! Quelques flashbacks viennent étayer également ce joyeux bordel organisé autour de réglements de compte dans une ville gangrénée par une famille pourrie et autres rancoeurs.
Tyler Cross n’a rien d’un saint, il est méthodique et appliqué et se comporte la plupart du temps pour satisfaire uniquement ses propres intérêts. Les personnages gravitant autour de lui ne manquent pas de saveur entre avocat véreux, flics corrompus et tyrans sadiques. Tous les clichés se concentrent en plusieurs points et les morts violentes mais jouissives se succèdent dans une époque rétro où porter un chapeau était signe d’élégance et où ces foutus gsm n’existaient pas.
A Nury et Brüno la lourde charge de parsemer leur récit conventionnel par un humour noir et distingué de bon aloi. On ne s’ennuie pas une seule minute dans ce récit à la fois simple et définitif.
Le style de Brüno s’est encore amélioré avec quelques cadrages arrogants et de superbes scènes de pose pour son héros qu’il affectionne et cela se ressent.
Cela se ressent d’ailleurs tellement qu’une suite ou préquelle est d’ors et déjà prévue. Tout le plaisir des deux auteurs suinte chaque page de ce pur divertissement pour adultes et on en redemande avec plaisir puisque l’histoire se conclut tel un one-shot mais bien trop rapidement.
Une œuvre indispensable de plus pour ce duo doué que je relirais avec un grand plaisir coupable ! Sans aucun doute le polar le plus recommandable de cette année 2013 !
Tome 2 : Angola
2 ans se sont déroulés depuis la première aventure de Tyler Cross et je viens seulement de m'en rendre compte. Le premier tome m'avait tellement plu que ses aventures étaient encore fraîches dans ma mémoire.
C'est donc avec un plaisir et une confiance totale en ces deux auteurs que je me suis rué sur Angola dès sa sortie.
Cette préquelle/séquelle (biffez la mention inutile) peut d'ailleurs se lire comme un one shot étant complètement détaché de l'autre récit.
Tyler Cross se retrouve en très mauvaise posture dès le début du tome en purgeant une peine incompressible dans un pénitencier suite à un casse qui a mal tourné.
Les conditions sont insoutenables, la mafia veut sa peau et Tyler Crosse la poudre d'escampette et la vengeance.
C'est la poudre de gunshots qui va donc parler dans un milieu carcéral pourri et bien glauque avec une évasion et une vengeance à façonner.
Encore un sans fautes pour le couple Brüno/Nury avec ce nouvel opus qui fait définitivement rentrer le personnage de Tyler Cross plus charismatique et iconique que jamais dans le monde de la bd franco-belge !!!
Indispensable.
Pour bien planter le décor et ne pas vous prendre en traitre, je fais les présentations ; Don Lope:
- Fan absolu de Fabien Nury ; je trouve qu'Il était une fois en France est la meilleure série de ces dernières années et globalement je trouve qu'à peu près tout ce que fait Nury est réussi ; j'achète ses BD les yeux fermés comme je le fais avec quelques rares auteurs (Ayroles, Mathieu, Lupano).
- Fan de Brüno depuis Inner City Blues, en passant par Biotope, Commando colonial et même jusqu'à Lorna. J'aime sa touche, son dessin faussement minimaliste, les ambiances qu'il arrive à distiller.
De facto, vous vous en doutez, j'ai aimé le premier Tyler Cross. L'ambiance western 50's, le côté redneck moderne, qui m'a fortement rappelé U-Turn, et le personnage principal avec son petit côté Parker... tout ça remplissait parfaitement le job.
Mais cela n'était rien comparé à Tyler Cross tome 2. Ce nouveau tome est fabuleux, que cela soit dit.
Il est d'une richesse et d'une inventivité folle. On a l'impression d'avoir lu une série entière de 4 tomes tant l'ensemble est dense et sans temps mort. On passe du pénitencier au bayou et du passé de Tyler Cross aux stratégies qu'il fomente dans sa tête avec une fluidité narrative déconcertante. Bruno est à son meilleur niveau, le côté pouilleux du bagne et du bayou allant comme un gant à son dessin.
100 pages de pur plaisir, bravo messieurs, encore. Mais ça va être dur de faire aussi bien...
1972, une année très heureuse pour les albums western en français. Blueberry est finalement bien dessiné par Giraud (La Mine de L'Allemand Perdu) et puis il y a Comanche d'Hermann et Greg. Niveau dessin, Hermann atteindra des sommets avec Les Loups du Wyoming ou Le Doigt du Diable : le trait, la couleur, parfaits! Pas besoin de couleur directe! Greg est toujours un peu bavard et moraliste, mais avec de la distance on pardonne... surtout parce que son scénario ne se limite pas au cliché du pistolero solitaire, mais nous présente la vie d'une vraie communauté de cowboys.
Je ne conseille pas les histoires après Hermann, grosse déception!
Quant au Corps d'Algernon Brown, oui... peut-être les auteurs n'y étaient plus de tout coeur. Coté pinnailles, j'ai trouvé un touriste japonais avec sa Canon et une annonce Toyota... page 39 par exemple.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». C’est par cette citation que commence Le Château des Etoiles, et elle pourrait s’appliquer à Alex Alice quant à son talent pour sublimer l’esprit de Jules Verne. Inspiration assumée. Et très bien assumée. Cette histoire de conquête spatiale avant l’heure, car c’est de cela dont il s’agit, reprend tous les classiques du genre, et du maître Vernes, en les mettant aux goûts du jour avec un panache et un brio dont Alex Alice n’a pas à rougir.
L’histoire nous place en plein XIXe siècle, à la croisée d’une découverte scientifique sans précédent et d’un contexte géopolitique instable. L’un et l’autre étant étroitement liés. Au cœur de cette intrigue : la Bavière, le jeune Séraphin Dulac, son père et leurs compagnons Hans, Sophie et le roi. Tout ce petit monde va se retrouver confronté aux ambitions impériales d’unification de l’Allemagne de Bismarck et à la plus grande avancée scientifique de tout les temps : le voyage à travers l’éther et la conquête de l’espace.
Au scénario, Alex Alice nous livre une histoire en deux tomes rondement menée. Encore une fois, impossible de ne pas évoquer Jules Verne, aussi bien dans le rythme de la narration, la conception des engins, que dans la façon de traiter les thématiques scientifiques et politiques. Mais l’auteur passe avec brio au travers des poncifs du genre pour s’approprier le style en le forgeant à sa vision de la narration. On se plait à croire à la lecture de ces deux tomes que la découverte de l’espace reste à mener. On suit avec délectation et impatience les aventures de Séraphin vers la conquête des cieux. Chaque personnage est fouillé, animé de ses propres motivations pour faire aboutir ce projet grandiose. Chacun trouve sa juste place dans un scénario au cordeau. Une fois la bd dans les mains, impossible de la lâcher.
Niveau dessins, c’est brillant ! Chaque cadrage est pensé, la narration fluide, chaque case une œuvre d’art de finesse, de détails, de méticulosité. On y ressent le temps passé, mais aussi l’investissement et l’amour de l’auteur dans son œuvre. La mise en couleur en aquarelle ne vient que renforcer l’impression d’ensemble. C’est beau. Que dis-je ? C’est magnifique.
Le deuxième tome vient clore le premier opus de l’aventure, mais la porte est grande ouverte pour la suite des aventures de Séraphin et de ses compagnons. Aussi ferme t’on cette histoire des étoiles pleins les yeux, et l’impatience non dissimulée de se replonger dans l’éther.
Que dire de plus ! Je rejoins les commentaires de beaucoup d'entre vous.
Le dessin est soigné et très détaillé. Le scénario est extrêmement dense et complexe - j'apprécie de pouvoir lire une BD en plusieurs fois et de découvrir de nouvelles choses. C'est pour ce point que je classe la BD culte car il n'y pas beaucoup de BD avec une telle richesse dans le scénario.
Certes on s'y perd un peu, mais l'on savoure d'autant plus à la relecture. Le dernier tome aurait je pense mérité un peu plus de longueur afin de diluer les informations qui sont extrêmement denses sur la fin.
Dans le genre du western il y a des visages plus connus que d’autres. Le lieutenant à forte tête créé par Jean Giraud, un manchot videur de saloon, un homme solitaire qui perd l’usage de sa main dès le premier tome, un poor lonesome cowboy et d’autres. Mais ce choix atypique de prendre un fossoyeur comme héros, personne n’avait encore osé se l’approprier. C’est chose faite désormais grâce à Xavier Dorison qui commence sérieusement à se tailler une réputation méritée de best seller. Tout ce que touche cet homme semble se transformer en or.
Cette nouvelle série est d’autant plus intéressante qu’elle s’inscrit dans une sorte de continuité dans la façon d’écrire du scénariste ces dernières années et cela renforce un peu plus la mythologie « dorisonienne ». A mesure que je progresse dans sa bibliographie je me rends compte qu’il y a un style Dorison qui affirme petit à petit son univers. Un sentiment que je perçois surtout au travers de personnages récurrents.
Il y a toujours eu chez Dorison des personnages féminins à fort tempérament souvent en avance et en décalage sur la morale de leur époque. Qu’il s’agisse de Lady Vivian Hastings dans Long John Silver, Vera Yelnikov sur Red Skin ou Elisabeth d’Elsénor avec Le Troisième Testament sa première série, toutes ces femmes ont une idiosyncrasie unique. Il en est de même pour Rose Prairie, le premier rôle féminin de cet opus qui, sous ses allures de femme psychorigide éduquée à coup de trique à l’école anglaise, est une femme plus cultivée et aventurière que la moyenne de l’époque mais malheureusement, est aussi enfermée dans une fonction qui est une entrave au développement de ses talents. Tour à tour comptable, gouvernante puis notaire, on devine et on souhaite qu’elle s’affranchisse de son rôle de femme victime en abandonnant une part de sa pudibonderie et envoyant valdinguer son corset.
Sur chacun des acteurs principaux j’ai trouvé que la psychologie était plutôt bien travaillée. Le fossoyeur Jonas Crow fait aussi parti de ces figures récurrentes comme John Silver, Asgard ou Conrad de Marbourg en appartenant à la catégorie de ceux que j’appelle les faux salopards. Undertaker est sans aucun doute un truand, un homme solitaire qui ne fait pas beaucoup confiance à ses semblables, il ne les aime pas et ces derniers le lui rendent bien. Mais si l’on creuse un peu on découvre aussi un homme à la personnalité complexe. Amusant par son côté borderline au subconscient surgissant et transformant le bonhomme en une espèce de berserk capable de réduire en bouillie le visage d’un homme avec une truelle. Il fait penser à Tom de A History of Violence. Un tueur bipolaire mais pourvu pour ce que ça vaut d'une sorte d’éthique morale et capable de remord et de compassion avec les plus étranges individus. Comme Jed le sidekick comique de Jonas et qui est… un vautour. Un vautour avec des yeux de merlan frit dont Jonas a eu pitié et n’a pu se résoudre à abattre. Cette confusion des humeurs du héros permet de faire place à un peu de loufoquerie et de drôlerie.
Bien aimé également la facette du « potentes » (comprenez un possédant, un homme puissant), Joe Cusco. Cet homme incarne quelque part une certaine philosophie de vie américaine, c’est le self-made-man parti de rien et devenu subitement immensément riche. Mourant, il ne se montre guère philanthrope comme c’était la tendance chez les fortunés de « l’âge d’or » américain, et de reverser son argent aux « humiliores » (les faibles, les pauvres). Lui est une sorte de libertarien avant l’heure et décide de s’enterrer avec son magot. Il a trouvé ce filon, l’a exploité, n’a volé personne et n’entend pas qu’à sa mort d’autres se servent sur son cadavre. « Tout ce que j’ai est à moi ! Rien qu’à moi ! Et à personne d’autre ! ». Cet Undertaker a un je-ne-sais-quoi d’Il était une fois la révolution. Mais je n’en dirai pas plus, seulement que la comparaison s’arrête ici. La série se voulant plus orientée vers le divertissement plutôt qu’une mise en scène des rapports entre possédants et exploités.
Une vraie bonne histoire, intelligente, distrayante et avec du fond. Mais une bonne histoire servie par de bons dialogues, c’est du luxe. Dorison est inspiré pour écrire ses punch lines qui ne manquent pas de cynisme, notamment lors des sermons moralistes de Jonas Crow, blasphématoires et outranciers.
Lorsque ce récit est mis en image par un Ralph Meyer au sommet de sa forme, égale à lui-même en somme, on frôle l’immanquable. Pas de doute au premier coup d’œil on reconnaît la patte Meyer et ses cadrages inspirés, l’encrage profond et les jeux d’ombres sur certaines cases qui posent bien l’ambiance. De plus je trouve que les couleurs donnent un certain réalisme et du relief au dessin. Sûrement que le résultat est tout autant magnifique en noir et blanc mais il n’y a rien à redire sur le travail des couleurs auquel participe Caroline Delabie.
Et si cela ne suffit pas il y a toujours le cahier graphique en fin d’album comportant esquisses et illustrations d’une grande beauté et dont certaines n’auraient pas démérité à être choisies comme illustration de couverture.
Certains ont pu se moquer du sticker racoleur annonçant le meilleur western depuis Blueberry comme quoi il faudrait le garder pour la postérité. Vu le succès critique et commercial, plus personne ne rigole désormais et les puristes peuvent manger leur Haut de Forme. En effet, ce premier tome d'Undertaker affiche des ambitions et se positionne sur la même ligne de départ que les classiques du genre. Reste à voir la position de la série sur la ligne d’arrivée.
Je regarde l'anime depuis qu'il est sorti et j'adore. C'est pour cela que j'ai lu le manga et je ne suis pas déçu d'avoir pris cette décision car le manga est lui aussi excellent.
Pourtant, je ne suis pas masochiste et il faut dire que la plupart du fan service présent dans cette série ne m'excite pas trop. J'aime bien à cause de la qualité du scénario. Je trouve que l'histoire est bien pensée et le suspense est bien maitrisé. Lorsqu'un personnage était dans une mauvaise situation je voulais tout de suite savoir comment il allait s'en sortir.
J'aime bien les personnages (enfin sauf peut-être la vice-présidente avec des seins trop gros parce que les seins trop gros ce n'est pas beau). J'aime particulièrement le personnage d'Hana et sa relation avec le personnage principal. L'humour m'a bien fait rire et ça doit être la première fois que je trouve des gags à base de pisse marrants. Bon c'est clair qu'un manga rempli de fétiches risque de déplaire à beaucoup de gens, mais moi j'aime bien.
Après réflexion, je remonte ma note à 5. J'adore tellement ce manga que je me suis mis à le lire depuis des mois sur internet et j'ai lu tous les chapitres que je n'avais pas lus seulement en une soirée et ensuite je me suis mis à attendre patient chaque semaine le nouveau chapitre (j'étais bien triste lorsqu'il y en avait pas). J'ai relu mes chapitres préférés des dizaines de fois tout en ayant le même plaisir que lors de ma première lecture. J'adore l'univers de ce manga. Le point fort c'est que l'auteur fait des situations loufoques et les traitent de manière sérieuse ce qui donne des situations à la fois drôles et qui semble épique ! Je ne sais jamais ce qui va se produire ensuite tellement tout est imprévisible.
Le seul défaut c'est que parfois l'intrigue peut parfois avancer très lentement.
Petit update concernant la fin qui a paru il y a quelques mois: personnellement je l'aime bien et je trouve que c'est bien dans l'esprit un peu débile de la série, mais je comprend pourquoi cette fin est frustrée plusieurs lecteurs. Surtout que la série s’arrête alors qu'il y a encore des éléments à développer. Espérons qu'un jour l'auteur va la continuer.
En retraçant la vie de Fritz Haber (prix Nobel de Chimie et sympathisant Sioniste, entre beaucoup d'autres choses), David Vandermeulen nous fait découvrir la société Allemande au tournant du 19e siècle avec son antisémitisme, son machisme, son nationalisme et son industrie naissante.
Il montre en même temps ce que signifiait être Juif dans un tel contexte ainsi que les racines et l'histoire du Sionisme.
Il décrit enfin le destin, les doutes et les choix d'un homme nourrissant une ambition hors du commun.
Un livre ardu mais captivant, qui laisse présager une suite encore plus intéressante.
Ajout après lecture du 4e et dernier tome (et relecture des 3 autres tomes au passage) :
Je reste abasourdi. Fritz Haber est ce savant Allemand Juif qui a inventé le gaz moutarde et a eu le prix Nobel de Chimie pour avoir inventé les engrais modernes.
La série le suit de très près, et plusieurs thèmes s'entrecroisent, entre la place des Juifs dans l'Allemagne (et l'Europe), leur discrimination politique et sur le marché du travail, leur position face à la conversion au Christianisme, au mariage mixte, leur recherche d'un état Juif (ils étaient à 2 doigts d’atterrir en Ouganda au lieu de la Palestine ; à quoi tiennent les hasards de l'histoire, n'est-ce pas ?), leur participation à l'effort de guerre. On est également plongé dans le nationalisme et le militarisme exacerbé de l'époque, la colonisation de l'Afrique, du Moyen Orient et de l'Asie, bref, sur tout ce qui a fait le début du XXe siècle (le dernier tome est d'ailleurs plus sur Rathenau que sur Haber ; Einstein joue aussi un grand rôle dont je ne savais rien avant de lire la BD - encore une bonne surprise).
Passionnant, fascinant, et pour moi une belle découverte car je n'ai jamais rien lu de pareil ailleurs en BD. On plonge véritablement dans l'esprit du siècle, vu par l'élite intellectuelle et politique, qui a forcément déteint sur la population. Alors que les BD de Tardi qui traitent de la même époque sont extrêmement "modernes", en ce sens qu'on s'identifie immédiatement avec ses poilus et que ceux-ci pourraient aussi bien être nés en 1990 qu'en 1890 (le discours pourrait être exactement pareil), Vandermeulen fait beaucoup mieux car il nous fait découvrir un monde et une manière de penser aujourd'hui obsolète et exotique car ils appartiennent (fort heureusement) au passé. Mais on voit néanmoins la filiation entre notre époque et celle de Haber et ses embryons d'union Européenne, des Nations Unies, d'Israël, etc. Véritablement une série culte à ne pas manquer
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Aâma
Après lecture du dernier tome, je ne peux mettre que la note maximale pour cette œuvre hors-norme, pas forcément des plus accessibles (avec un premier tome un rien fastidieux), mais qui quelque part peut être qualifiée d’ultime dans le genre. ------------------------------------------------- C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’univers unique de cet auteur que j’avais découvert avec Lupus, mélange de récit introspectif et de SF poétique. Mais cette fois, Frederik Peeters est passé à la couleur, et ça ne lui va pas si mal, même si la tonalité littéraire de l’histoire pouvait supporter largement le noir et blanc. Le trait a gagné en précision, mais se fait en même temps plus conventionnel. Un peu comme une version grand public de « Lupus », avec les mêmes obsessions de l’auteur mais davantage en mode aventure : la perte de l’être aimé, la maladie silencieuse (le personnage principal Verloc est victime d’une maladie de peau, le lupus en est une également), la marginalité au sein d’un monde normatif et étouffant, les paradis artificiels, l’incommunicabilité, l’étrangeté du monde et la difficulté à trouver sa place dans l’univers. L’histoire bénéficie d’un scénario assez complexe, avec moult flashbacks, où il faut parfois faire preuve d’attention, mais reste cohérent. Les personnages sont bien campés, et la relation entre Verloc et Myo évoque immanquablement celle entre Lupus et Saana. Pour les textes, l’auteur s’est basé sur le carnet de bord du personnage principal, conférant ainsi une couleur littéraire et une profondeur au récit. Avec cette série atypique, l’auteur nous donne à voir toute sa puissance créatrice. On en prend alors plein les yeux, pénétrant un monde entièrement inconnu, un monde où grouillent plantes et autres créatures mi-organiques mi-synthétiques, aussi bizarroïdes que monstrueuses. On est littéralement subjugué par ce déferlement visuel prodigieux. A l’état plus ou moins latent dans « Lupus », cette obsession de Peeters pour les formes de vie invisibles, mystérieuses et grouillantes, explose à pleine puissance ici. On est à la fois saisi d’effroi et émerveillé, alors que de multiples questions assaillent l’esprit, sous l’effet d’un vertige métaphysique. Cette BD unique en son genre, mélange d’aventure et de science-fiction aux accents très « psy », pose donc beaucoup de questions et appartient de par sa créativité aux œuvres supportant aisément plusieurs lectures, tant en nombre qu’en grilles… A l’heure où les apprentis sorciers de la Silicon Valley se prennent pour des démiurges et rêvent d’inventer une nouvelle humanité guidée par la technoscience, Peeters prouve avec cette série son talent de visionnaire, avec cette question en toile de fond : quel sera le seuil de progrès à partir duquel nous perdrons définitivement notre humanité, celle qui fait de nous des êtres en proie au doute, avec leurs faiblesses et leur imperfections ? L’histoire se révèle être aussi une touchante déclaration d’amour d’un père à sa fille. Et au-delà des réflexions sur la technoscience et l’avenir de l’humanité que peut susciter cette histoire, l’auteur nous invite parallèlement à embrasser la vie, à l’aimer, à en vivre chaque instant intensément. A condition d’être réceptif, son jeu de piste nous guidera vers la fusion, l’UNI-versel, nous amènera à revivre notre état originel d’Adam végétal où nous tous, foules individualistes, ne faisions qu’un. « Aâma » s’impose ainsi comme une rencontre au sommet du 9ème art entre philosophie et science-fiction. Et dans ces hauteurs, les questionnements métaphysiques effectuent une folle sarabande avec les délirants songes graphiques de Frédérik Peeters, un auteur qui, avec cette série, renforce décidément sa présence au panthéon des auteurs de BD. T1 – L'odeur de la poussière chaude
T2 – La multitude invisible
T3 – Le désert des miroirs
T4 – Tu seras merveilleuse, ma fille 
Le Troisième Testament
Le Nom de la Rose a son rejeton en bande dessinée, il s'appelle "le Troisième Testament" ! Et il est proprement fabuleux. Il appartient à cette caste de séries BD de très haut niveau mais qui restent malheureusement assez peu connues en dehors d'un petit cercle d'initiés et de fans. C'est bien simple sans BDTheque je ne l'aurais probablement jamais remarqué sur les rayons de la Fnac... Voici Xavier Dorison (que j'ai connu par le bais d'Undertaker) et Alex Alice ( que j'ai connu grâce au Château des étoiles) conjuguant leurs forces pour nous offrir ce récit empreint d'ésotérisme, lugubre et gothique, s'étalant sur quatre tomes et narrant le grand vagabondage de trois aventuriers dans l'Europe médiévale du début du XIVème siècle, sur fond d'enquête criminelle et de quête mystique. En effet, le dénommé Conrad de Marbourg, ex-inquisiteur accusé naguère de trahison et de satanisme par l'autorité ecclésiastique (et qui se paye la bobine de Sean Connery lorsque ce dernier jouait dans le Nom de la Rose, le film de J-J Annaud), est sollicité par son ancien ami Charles d'Elsenor au sujet du massacre sordide de plusieurs moines officiant au couvent de Veynes. Non seulement ça, les tueurs ont également dérobé de très vieux manuscrits, qui avaient ceci de singulier qu'ils n'étaient référencés nulle part y compris dans l'index officiel. D'abord réticent, de Marbourg va finir par accepter la mission qui lui est confié et va partir à la recherche des tueurs et de ces fameux manuscrits, s'alliant en cours de route le concours de la fille adoptive d'Elsenor et d'un mercenaire irlandais rempli de panache. Une fois cette intrigante mise en place effectuée, le récit nous embarque dans une pure odyssée transeuropéenne, ou l'on se familiarise à des lieux tels que Stornwall, St Luc, Paris, Tolède, Dantzig, Prague, et j'en passe. Une aventure au rythme échevelé, avec peu de temps morts; on est absorbé par la succession d'évènements qui se déploient au fil des pages. On en apprend aussi beaucoup sur l'histoire de la chrétienté et sur certains grands personnages qui la constituent ( par exemple - ô quelle surprise fut la mienne - le comte de Sayn et Conrad de Marbourg ont réellement existé !). Les séquences fulgurantes et splendides se succèdent et le combat final, apothéose apocalyptique critiqué par certains, représente à mes yeux un absolu chef-d'oeuvre de dénouement à nul autre pareil dans la bande dessinée franco-belge. Monumental, voilà le seul terme qui convient. Il faut saluer la maestria des deux magiciens Dorison et Alice, qui chacun dans son domaine a donné le meilleur de son talent. Et puis Alice, quel coup de crayon ! c'est fin, c'est précis, c'est élégant, je n'y trouve rien à critiquer, et les villains qu'il a conceptualisé sont franchement sinistres et effrayants, une vraie réussite, chacune de leur apparition fait froid dans le dos. Un point bonus aussi pour les couvertures qui sont des œuvres d'art à elles toutes seules, la première et la dernière en particulier. Pour moi cette quadrilogie mérite un dix sur dix, et va maintenant figurer en bonne place dans mon top 10 BD. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai été conquis. Une lecture indispensable et un must have pour toute bibliothèque personnelle qui se respecte. Maintenant il ne me reste plus qu'à aller dévorer la préquelle produite par les mêmes auteurs : Le Troisième Testament : Julius. De nouveaux frissons en perspective !
Tyler Cross
Brüno a cette capacité évidente à me charmer par son trait si caractéristique et il a beau trifouiller tous les thèmes possibles et rebattus comme Lorna ou Jun ou des scénarios plus originaux comme Biotope ou Atar Gull, je ne peux que me plier et acquiescer au charme évident de ses créations. Ici avec Fabien Nury au scénario, on balance méchamment dans la première catégorie, section polars bien noirs. Il ne faut que quelques minutes pour replonger dans un univers à la fois immédiat rappelant les films de Sidney Lumet (12 hommes en colère) comme ceux plus récents par exemple d’Oliver Stone (U-Turn) ou de John Dahl (Red Rock West) où un paria se retrouve dans un village de ploucs inhospitaliers. Le schéma est bien connu et Tyler Cross, mélange taciturne et classieux de Lee Marvin et de Clint Eastwood n’y échappe pas. Ce qui distingue ce polar d’un autre outre ses qualités graphiques évidentes à admirer aussi bien sous les couleurs de Laurence Croix que d’un noir et blanc approprié selon le choix de l’édition, c’est avant tout le traitement narratif utilisé. On n’échappe pas à la voix off qui passe d’un personnage à un autre en y dévoilant moult points de vue, y compris celui d’un crotale ! Quelques flashbacks viennent étayer également ce joyeux bordel organisé autour de réglements de compte dans une ville gangrénée par une famille pourrie et autres rancoeurs. Tyler Cross n’a rien d’un saint, il est méthodique et appliqué et se comporte la plupart du temps pour satisfaire uniquement ses propres intérêts. Les personnages gravitant autour de lui ne manquent pas de saveur entre avocat véreux, flics corrompus et tyrans sadiques. Tous les clichés se concentrent en plusieurs points et les morts violentes mais jouissives se succèdent dans une époque rétro où porter un chapeau était signe d’élégance et où ces foutus gsm n’existaient pas. A Nury et Brüno la lourde charge de parsemer leur récit conventionnel par un humour noir et distingué de bon aloi. On ne s’ennuie pas une seule minute dans ce récit à la fois simple et définitif. Le style de Brüno s’est encore amélioré avec quelques cadrages arrogants et de superbes scènes de pose pour son héros qu’il affectionne et cela se ressent. Cela se ressent d’ailleurs tellement qu’une suite ou préquelle est d’ors et déjà prévue. Tout le plaisir des deux auteurs suinte chaque page de ce pur divertissement pour adultes et on en redemande avec plaisir puisque l’histoire se conclut tel un one-shot mais bien trop rapidement. Une œuvre indispensable de plus pour ce duo doué que je relirais avec un grand plaisir coupable ! Sans aucun doute le polar le plus recommandable de cette année 2013 ! Tome 2 : Angola 2 ans se sont déroulés depuis la première aventure de Tyler Cross et je viens seulement de m'en rendre compte. Le premier tome m'avait tellement plu que ses aventures étaient encore fraîches dans ma mémoire. C'est donc avec un plaisir et une confiance totale en ces deux auteurs que je me suis rué sur Angola dès sa sortie. Cette préquelle/séquelle (biffez la mention inutile) peut d'ailleurs se lire comme un one shot étant complètement détaché de l'autre récit. Tyler Cross se retrouve en très mauvaise posture dès le début du tome en purgeant une peine incompressible dans un pénitencier suite à un casse qui a mal tourné. Les conditions sont insoutenables, la mafia veut sa peau et Tyler Crosse la poudre d'escampette et la vengeance. C'est la poudre de gunshots qui va donc parler dans un milieu carcéral pourri et bien glauque avec une évasion et une vengeance à façonner. Encore un sans fautes pour le couple Brüno/Nury avec ce nouvel opus qui fait définitivement rentrer le personnage de Tyler Cross plus charismatique et iconique que jamais dans le monde de la bd franco-belge !!! Indispensable.
Tyler Cross
Pour bien planter le décor et ne pas vous prendre en traitre, je fais les présentations ; Don Lope: - Fan absolu de Fabien Nury ; je trouve qu'Il était une fois en France est la meilleure série de ces dernières années et globalement je trouve qu'à peu près tout ce que fait Nury est réussi ; j'achète ses BD les yeux fermés comme je le fais avec quelques rares auteurs (Ayroles, Mathieu, Lupano). - Fan de Brüno depuis Inner City Blues, en passant par Biotope, Commando colonial et même jusqu'à Lorna. J'aime sa touche, son dessin faussement minimaliste, les ambiances qu'il arrive à distiller. De facto, vous vous en doutez, j'ai aimé le premier Tyler Cross. L'ambiance western 50's, le côté redneck moderne, qui m'a fortement rappelé U-Turn, et le personnage principal avec son petit côté Parker... tout ça remplissait parfaitement le job. Mais cela n'était rien comparé à Tyler Cross tome 2. Ce nouveau tome est fabuleux, que cela soit dit. Il est d'une richesse et d'une inventivité folle. On a l'impression d'avoir lu une série entière de 4 tomes tant l'ensemble est dense et sans temps mort. On passe du pénitencier au bayou et du passé de Tyler Cross aux stratégies qu'il fomente dans sa tête avec une fluidité narrative déconcertante. Bruno est à son meilleur niveau, le côté pouilleux du bagne et du bayou allant comme un gant à son dessin. 100 pages de pur plaisir, bravo messieurs, encore. Mais ça va être dur de faire aussi bien...
Comanche
1972, une année très heureuse pour les albums western en français. Blueberry est finalement bien dessiné par Giraud (La Mine de L'Allemand Perdu) et puis il y a Comanche d'Hermann et Greg. Niveau dessin, Hermann atteindra des sommets avec Les Loups du Wyoming ou Le Doigt du Diable : le trait, la couleur, parfaits! Pas besoin de couleur directe! Greg est toujours un peu bavard et moraliste, mais avec de la distance on pardonne... surtout parce que son scénario ne se limite pas au cliché du pistolero solitaire, mais nous présente la vie d'une vraie communauté de cowboys. Je ne conseille pas les histoires après Hermann, grosse déception! Quant au Corps d'Algernon Brown, oui... peut-être les auteurs n'y étaient plus de tout coeur. Coté pinnailles, j'ai trouvé un touriste japonais avec sa Canon et une annonce Toyota... page 39 par exemple.
Le Château des étoiles
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». C’est par cette citation que commence Le Château des Etoiles, et elle pourrait s’appliquer à Alex Alice quant à son talent pour sublimer l’esprit de Jules Verne. Inspiration assumée. Et très bien assumée. Cette histoire de conquête spatiale avant l’heure, car c’est de cela dont il s’agit, reprend tous les classiques du genre, et du maître Vernes, en les mettant aux goûts du jour avec un panache et un brio dont Alex Alice n’a pas à rougir. L’histoire nous place en plein XIXe siècle, à la croisée d’une découverte scientifique sans précédent et d’un contexte géopolitique instable. L’un et l’autre étant étroitement liés. Au cœur de cette intrigue : la Bavière, le jeune Séraphin Dulac, son père et leurs compagnons Hans, Sophie et le roi. Tout ce petit monde va se retrouver confronté aux ambitions impériales d’unification de l’Allemagne de Bismarck et à la plus grande avancée scientifique de tout les temps : le voyage à travers l’éther et la conquête de l’espace. Au scénario, Alex Alice nous livre une histoire en deux tomes rondement menée. Encore une fois, impossible de ne pas évoquer Jules Verne, aussi bien dans le rythme de la narration, la conception des engins, que dans la façon de traiter les thématiques scientifiques et politiques. Mais l’auteur passe avec brio au travers des poncifs du genre pour s’approprier le style en le forgeant à sa vision de la narration. On se plait à croire à la lecture de ces deux tomes que la découverte de l’espace reste à mener. On suit avec délectation et impatience les aventures de Séraphin vers la conquête des cieux. Chaque personnage est fouillé, animé de ses propres motivations pour faire aboutir ce projet grandiose. Chacun trouve sa juste place dans un scénario au cordeau. Une fois la bd dans les mains, impossible de la lâcher. Niveau dessins, c’est brillant ! Chaque cadrage est pensé, la narration fluide, chaque case une œuvre d’art de finesse, de détails, de méticulosité. On y ressent le temps passé, mais aussi l’investissement et l’amour de l’auteur dans son œuvre. La mise en couleur en aquarelle ne vient que renforcer l’impression d’ensemble. C’est beau. Que dis-je ? C’est magnifique. Le deuxième tome vient clore le premier opus de l’aventure, mais la porte est grande ouverte pour la suite des aventures de Séraphin et de ses compagnons. Aussi ferme t’on cette histoire des étoiles pleins les yeux, et l’impatience non dissimulée de se replonger dans l’éther.
La Licorne
Que dire de plus ! Je rejoins les commentaires de beaucoup d'entre vous. Le dessin est soigné et très détaillé. Le scénario est extrêmement dense et complexe - j'apprécie de pouvoir lire une BD en plusieurs fois et de découvrir de nouvelles choses. C'est pour ce point que je classe la BD culte car il n'y pas beaucoup de BD avec une telle richesse dans le scénario. Certes on s'y perd un peu, mais l'on savoure d'autant plus à la relecture. Le dernier tome aurait je pense mérité un peu plus de longueur afin de diluer les informations qui sont extrêmement denses sur la fin.
Undertaker
Dans le genre du western il y a des visages plus connus que d’autres. Le lieutenant à forte tête créé par Jean Giraud, un manchot videur de saloon, un homme solitaire qui perd l’usage de sa main dès le premier tome, un poor lonesome cowboy et d’autres. Mais ce choix atypique de prendre un fossoyeur comme héros, personne n’avait encore osé se l’approprier. C’est chose faite désormais grâce à Xavier Dorison qui commence sérieusement à se tailler une réputation méritée de best seller. Tout ce que touche cet homme semble se transformer en or. Cette nouvelle série est d’autant plus intéressante qu’elle s’inscrit dans une sorte de continuité dans la façon d’écrire du scénariste ces dernières années et cela renforce un peu plus la mythologie « dorisonienne ». A mesure que je progresse dans sa bibliographie je me rends compte qu’il y a un style Dorison qui affirme petit à petit son univers. Un sentiment que je perçois surtout au travers de personnages récurrents. Il y a toujours eu chez Dorison des personnages féminins à fort tempérament souvent en avance et en décalage sur la morale de leur époque. Qu’il s’agisse de Lady Vivian Hastings dans Long John Silver, Vera Yelnikov sur Red Skin ou Elisabeth d’Elsénor avec Le Troisième Testament sa première série, toutes ces femmes ont une idiosyncrasie unique. Il en est de même pour Rose Prairie, le premier rôle féminin de cet opus qui, sous ses allures de femme psychorigide éduquée à coup de trique à l’école anglaise, est une femme plus cultivée et aventurière que la moyenne de l’époque mais malheureusement, est aussi enfermée dans une fonction qui est une entrave au développement de ses talents. Tour à tour comptable, gouvernante puis notaire, on devine et on souhaite qu’elle s’affranchisse de son rôle de femme victime en abandonnant une part de sa pudibonderie et envoyant valdinguer son corset. Sur chacun des acteurs principaux j’ai trouvé que la psychologie était plutôt bien travaillée. Le fossoyeur Jonas Crow fait aussi parti de ces figures récurrentes comme John Silver, Asgard ou Conrad de Marbourg en appartenant à la catégorie de ceux que j’appelle les faux salopards. Undertaker est sans aucun doute un truand, un homme solitaire qui ne fait pas beaucoup confiance à ses semblables, il ne les aime pas et ces derniers le lui rendent bien. Mais si l’on creuse un peu on découvre aussi un homme à la personnalité complexe. Amusant par son côté borderline au subconscient surgissant et transformant le bonhomme en une espèce de berserk capable de réduire en bouillie le visage d’un homme avec une truelle. Il fait penser à Tom de A History of Violence. Un tueur bipolaire mais pourvu pour ce que ça vaut d'une sorte d’éthique morale et capable de remord et de compassion avec les plus étranges individus. Comme Jed le sidekick comique de Jonas et qui est… un vautour. Un vautour avec des yeux de merlan frit dont Jonas a eu pitié et n’a pu se résoudre à abattre. Cette confusion des humeurs du héros permet de faire place à un peu de loufoquerie et de drôlerie. Bien aimé également la facette du « potentes » (comprenez un possédant, un homme puissant), Joe Cusco. Cet homme incarne quelque part une certaine philosophie de vie américaine, c’est le self-made-man parti de rien et devenu subitement immensément riche. Mourant, il ne se montre guère philanthrope comme c’était la tendance chez les fortunés de « l’âge d’or » américain, et de reverser son argent aux « humiliores » (les faibles, les pauvres). Lui est une sorte de libertarien avant l’heure et décide de s’enterrer avec son magot. Il a trouvé ce filon, l’a exploité, n’a volé personne et n’entend pas qu’à sa mort d’autres se servent sur son cadavre. « Tout ce que j’ai est à moi ! Rien qu’à moi ! Et à personne d’autre ! ». Cet Undertaker a un je-ne-sais-quoi d’Il était une fois la révolution. Mais je n’en dirai pas plus, seulement que la comparaison s’arrête ici. La série se voulant plus orientée vers le divertissement plutôt qu’une mise en scène des rapports entre possédants et exploités. Une vraie bonne histoire, intelligente, distrayante et avec du fond. Mais une bonne histoire servie par de bons dialogues, c’est du luxe. Dorison est inspiré pour écrire ses punch lines qui ne manquent pas de cynisme, notamment lors des sermons moralistes de Jonas Crow, blasphématoires et outranciers. Lorsque ce récit est mis en image par un Ralph Meyer au sommet de sa forme, égale à lui-même en somme, on frôle l’immanquable. Pas de doute au premier coup d’œil on reconnaît la patte Meyer et ses cadrages inspirés, l’encrage profond et les jeux d’ombres sur certaines cases qui posent bien l’ambiance. De plus je trouve que les couleurs donnent un certain réalisme et du relief au dessin. Sûrement que le résultat est tout autant magnifique en noir et blanc mais il n’y a rien à redire sur le travail des couleurs auquel participe Caroline Delabie. Et si cela ne suffit pas il y a toujours le cahier graphique en fin d’album comportant esquisses et illustrations d’une grande beauté et dont certaines n’auraient pas démérité à être choisies comme illustration de couverture. Certains ont pu se moquer du sticker racoleur annonçant le meilleur western depuis Blueberry comme quoi il faudrait le garder pour la postérité. Vu le succès critique et commercial, plus personne ne rigole désormais et les puristes peuvent manger leur Haut de Forme. En effet, ce premier tome d'Undertaker affiche des ambitions et se positionne sur la même ligne de départ que les classiques du genre. Reste à voir la position de la série sur la ligne d’arrivée.
Prison School
Je regarde l'anime depuis qu'il est sorti et j'adore. C'est pour cela que j'ai lu le manga et je ne suis pas déçu d'avoir pris cette décision car le manga est lui aussi excellent. Pourtant, je ne suis pas masochiste et il faut dire que la plupart du fan service présent dans cette série ne m'excite pas trop. J'aime bien à cause de la qualité du scénario. Je trouve que l'histoire est bien pensée et le suspense est bien maitrisé. Lorsqu'un personnage était dans une mauvaise situation je voulais tout de suite savoir comment il allait s'en sortir. J'aime bien les personnages (enfin sauf peut-être la vice-présidente avec des seins trop gros parce que les seins trop gros ce n'est pas beau). J'aime particulièrement le personnage d'Hana et sa relation avec le personnage principal. L'humour m'a bien fait rire et ça doit être la première fois que je trouve des gags à base de pisse marrants. Bon c'est clair qu'un manga rempli de fétiches risque de déplaire à beaucoup de gens, mais moi j'aime bien. Après réflexion, je remonte ma note à 5. J'adore tellement ce manga que je me suis mis à le lire depuis des mois sur internet et j'ai lu tous les chapitres que je n'avais pas lus seulement en une soirée et ensuite je me suis mis à attendre patient chaque semaine le nouveau chapitre (j'étais bien triste lorsqu'il y en avait pas). J'ai relu mes chapitres préférés des dizaines de fois tout en ayant le même plaisir que lors de ma première lecture. J'adore l'univers de ce manga. Le point fort c'est que l'auteur fait des situations loufoques et les traitent de manière sérieuse ce qui donne des situations à la fois drôles et qui semble épique ! Je ne sais jamais ce qui va se produire ensuite tellement tout est imprévisible. Le seul défaut c'est que parfois l'intrigue peut parfois avancer très lentement. Petit update concernant la fin qui a paru il y a quelques mois: personnellement je l'aime bien et je trouve que c'est bien dans l'esprit un peu débile de la série, mais je comprend pourquoi cette fin est frustrée plusieurs lecteurs. Surtout que la série s’arrête alors qu'il y a encore des éléments à développer. Espérons qu'un jour l'auteur va la continuer.
Fritz Haber
En retraçant la vie de Fritz Haber (prix Nobel de Chimie et sympathisant Sioniste, entre beaucoup d'autres choses), David Vandermeulen nous fait découvrir la société Allemande au tournant du 19e siècle avec son antisémitisme, son machisme, son nationalisme et son industrie naissante. Il montre en même temps ce que signifiait être Juif dans un tel contexte ainsi que les racines et l'histoire du Sionisme. Il décrit enfin le destin, les doutes et les choix d'un homme nourrissant une ambition hors du commun. Un livre ardu mais captivant, qui laisse présager une suite encore plus intéressante. Ajout après lecture du 4e et dernier tome (et relecture des 3 autres tomes au passage) : Je reste abasourdi. Fritz Haber est ce savant Allemand Juif qui a inventé le gaz moutarde et a eu le prix Nobel de Chimie pour avoir inventé les engrais modernes. La série le suit de très près, et plusieurs thèmes s'entrecroisent, entre la place des Juifs dans l'Allemagne (et l'Europe), leur discrimination politique et sur le marché du travail, leur position face à la conversion au Christianisme, au mariage mixte, leur recherche d'un état Juif (ils étaient à 2 doigts d’atterrir en Ouganda au lieu de la Palestine ; à quoi tiennent les hasards de l'histoire, n'est-ce pas ?), leur participation à l'effort de guerre. On est également plongé dans le nationalisme et le militarisme exacerbé de l'époque, la colonisation de l'Afrique, du Moyen Orient et de l'Asie, bref, sur tout ce qui a fait le début du XXe siècle (le dernier tome est d'ailleurs plus sur Rathenau que sur Haber ; Einstein joue aussi un grand rôle dont je ne savais rien avant de lire la BD - encore une bonne surprise). Passionnant, fascinant, et pour moi une belle découverte car je n'ai jamais rien lu de pareil ailleurs en BD. On plonge véritablement dans l'esprit du siècle, vu par l'élite intellectuelle et politique, qui a forcément déteint sur la population. Alors que les BD de Tardi qui traitent de la même époque sont extrêmement "modernes", en ce sens qu'on s'identifie immédiatement avec ses poilus et que ceux-ci pourraient aussi bien être nés en 1990 qu'en 1890 (le discours pourrait être exactement pareil), Vandermeulen fait beaucoup mieux car il nous fait découvrir un monde et une manière de penser aujourd'hui obsolète et exotique car ils appartiennent (fort heureusement) au passé. Mais on voit néanmoins la filiation entre notre époque et celle de Haber et ses embryons d'union Européenne, des Nations Unies, d'Israël, etc. Véritablement une série culte à ne pas manquer