Les derniers avis (7655 avis)

Par Ibère
Note: 5/5
Couverture de la série Capitaine perdu
Capitaine perdu

Si l'on a apprécié Sept cavaliers, le dessin de Terpant, ses grands espaces et ses personnages travaillés, mais aussi son goût pour les aventures épiques, racontées avec ce ton particulier, des séries où l'on prend le temps d'installer un monde, "Capitaine perdu" est dans cette veine, avec en plus le plaisir de découvrir vraiment une part ignorée de l'histoire américaine et, surprise, ô combien plus plaisante que les massacres perpétués ensuite par la jeune Amérique .

09/10/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kililana Song
Kililana Song

Les mots me manquent pour décrire cette magnifique bande dessinée traversée par un puissant souffle mystique ! « Kililana Song » est une réussite sur tous les tableaux, tant pour le scénario que le dessin, et on se doute que raconter une histoire de manière fluide avec autant de personnages n’a pas dû être une mince affaire. Parmi ceux-ci, le plus important est peut-être bien cet arbre imposant, mausolée naturel d’un illustre héros du pays gardé par le vieux chamane et menacé par un projet industriel géant. Benjamin Flao semble avoir été littéralement porté par ce récit vibrant d’humanisme et de spiritualité, avec ses somptueuses aquarelles qui jaillissent par moments tels des bouquets chatoyants de lumière exprimant l’indicible. Mais Flao sait rester dans la retenue quand il s’agit d’exprimer le silence d’une mer calme, évitant ainsi à son histoire de tomber dans la grandiloquence par ce graphisme à l’équilibre très subtil, avec un trait alliant à la fois assurance et fragilité. De façon remarquable, l’auteur a su représenter les personnages dans des poses très naturelles et très vivantes, l’aspect inachevé du dessin passant ainsi au second plan. Quant à la narration, son intérêt réside dans la grande variété de protagonistes, ce qui autorise une passionnante diversité de points de vue. Le jeune Naïm joue un peu le rôle de fil rouge, à la fois attachant dans sa soif inextinguible de liberté et son insoumission vis-à-vis de son grand frère, qui s’est donné pour mission d’en faire un bon petit musulman. Celui-ci n’hésite pas à le pourchasser dans les rues pour l’obliger à suivre les cours à la madrass, alors que Naïm refuse de se laisser dresser « comme un petit animal parfaitement idiot »… Ce qui au passage confère à l’histoire une tonalité burlesque assez réjouissante. Et si la bêtise religieuse est pertinemment épinglée ici, le néo-colonialisme occidental n’est pas en reste. La communauté d’expatriés blancs venus pour le business, au mépris de la population locale, est dépeinte de manière peu reluisante, le plus emblématique étant le crétin blond jetsetter et junkie venu au Kenya pour la vie facile. En comparaison, le capitaine à la gouaille « vieille école » apparaîtrait presque sympathique, comme dans cette scène jubilatoire du bar où il fait parfaitement ressortir la lâcheté et la morgue de ses compatriotes, se targuant lui-même d’être un « authentique fils de pute, un animal dangereux, ex-para, ex-légionnaire, ex-mercenaire, ce que l’on fait de pire en la matière ! » Tous les représentants de la bêtise humaine en prennent pour leur grade dans ce diptyque, mélange d’aventure, de critique politique et d’onirisme rageur. En matière de BD, on mesure le chemin parcouru depuis « Tintin au Congo » où l’Afrique était décrite comme un continent peuplé de grands enfants que l’Homme blanc, « dans sa générosité toute désintéressée », s’était donné pour mission d’instruire et d’éduquer. Certes, le colonialisme est toujours là, avec un visage plus lisse et néanmoins plus sournois, mais l’angle descriptif s’est élargi, soucieux de tous les points de vue. Rejoignant les incontournables du neuvième art, « Kililana Song » est une merveilleuse chanson, un conte moderne qui devrait imprimer pour longtemps votre âme par son intelligence et sa beauté poétique.

04/10/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 5/5
Couverture de la série Excalibur - Chroniques
Excalibur - Chroniques

Après l'acquisition du tome 4 "Patricius", et avant la sortie des deux derniers tomes je souhaite modifier totalement mon avis précédent et surtout hausser ma note pour passer à culte. La, ou plutôt devrait on dire, les, légendes Arthuriennes existent depuis qu'elles ont été compilées au XII ème siècle par Chrétien de Troyes qui s'est lui même inspiré des récits de moines collecteurs d'anciens récits. Ces légendes prennent racines au plus profond des âges, en des périodes où les cultes païens avaient encore toute leur place avant l'arrivé du christianisme. Pour la série qui nous occupe, il ne faut pas chercher à trouver les repères habituels auxquels nous a habitué une iconographie plus récente. Je pense en premier lieu au film de John Borman, "Excalibur", prouesse cinématographique esthétisante à l'extrême où tous les éléments brillent à outrance. On ne le dira jamais assez mais Jean Luc Istin, scénariste prolifique, à fait ici un travail proprement monumental. En effet plutôt que de nous offrir une bête adaptation de l'arrachage de l'épée, celle-ci est encore en son roc dans cet opus et n'est pas au centre des évènements. Elle n'est qu'une pierre angulaire, pas trop présente, mais autour de laquelle les passions peuvent donner libre cours à leur exacerbation. Ce que nous offre l'histoire c'est justement celle d'un monde qui s'achève, un monde brutal fait de violence où les jeux de pouvoirs s'affrontent. Qui plus est le monde décrit ici n'est en rien propret, hollywoodien, les personnages souffrent, saignent. S'il ne faut pas regretter ce temps, tout du moins accordons lui le bénéfice de noter que les hommes étaient alors plus en harmonie avec le monde qui les entourait et abordaient les choses de manière plus simple. Sans être une ode béate à une "écologie" primitive l'on se doit de reconnaitre que J.L. Istin nous montre des hommes et des femmes "bruts de décoffrage", ce qui ne veut pas dire que la psychologie est oubliée. Disons le aussi d'emblée, le bougre sait mener sa barque. L'intrigue est parfois complexe mais jamais le lecteur n'est perdu, il faut dire que les héros de cette grande saga sont pour le moins charismatiques. Viviane en son île d'Avalon, Cernunos le dieu cornu maitre des forêts, Morgane, Patricius, évêque de Rome sur l'île de Bretagne et Merlin bien sûr, figure emblématique de la légende. De batailles en complots, de châteaux en landes perdues, d'Avalon au lac; la légende, car bien dommage mais c'en est une, nous entraîne au cœur d'évènements qui ont forgé notre imaginaire collectif. Si j'ai parfois trouvé que dans d'autres séries J.L. Istin délayait un peu la sauce, je suis ici pleinement conquis par son talent de raconteur d'histoire. Une légende c'est bien me direz vous mais encore fallait-il un dessinateur à la hauteur pour rendre hommage à l'histoire. C'est Alain Brion qui s'y colle et avec quel talent, à l'origine illustrateur d'un grand nombre de couvertures de romans, nous avons pu apprécier son talent sur "Les insurgés d'Eladeth", ce récit très SF n'est à mon sens qu'une esquisse par rapport au travail proposé ici. J'ose dire que certaines de ses planches sont proprement fabuleuses. Les pleines ou double pages qui émaillent le récit sont fabuleuses. Réalisées à l'ordinateur, rien d'informatique "froid" pourtant tant le rendu est sublime. Juste entre nous, pour avoir vu ce mec à l’œuvre en dédicaces c'est juste une tuerie de le voir dessiner, c'est fluide propre, sublime vous dis je. Si vous n'avez pas encore sauté le pas, la sortie de ce tome 4 est l'occasion ou jamais de vous plonger dans une légende fascinante, même si sur le coup je suis passablement subjectif, fiez vous aux avis et notes précédentes. Immanquable pour tout bédéiste qui se respecte!!!

27/12/2013 (MAJ le 02/10/2015) (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nous, les morts
Nous, les morts

Audacieux, culotté, atypique, commercialement suicidaire….. Les mots me manquent au final pour décrire la sensation après avoir lu ce qui restera surement l’un des livres les moins attractifs de ce début d’année tant les auteurs prennent un malin plaisir à prendre le lecteur à contrepied et à lui proposer exactement tout l’inverse de ce qu’un amateur d’histoires zombiesques lambda est en droit d’attendre… Nous sommes en 2015 et cela fait à présent un petit bout de temps que les histoires de zombies envahissent les étals de nos librairies avec plus ou moins de qualité (Walking Dead et Zombies de Péru et Cholet sont directement dans le haut du panier et presque tout le reste flirte avec le médiocre ou le convenu) aussi il est franchement encourageant de voir et lire un tel OVNI sorti de nulle part…. Nulle part ? Les auteurs ne sont pas des inconnus, à ma gauche, Igor Kordey bien connu des amateurs de comics comme de bd franco-belge avec un trait que je n’aime pas des masses initialement mais que j’ai réussi à apprivoiser à l’issue de cette lecture et à ma droite (pas celle des futurs Républicains :) ) Darko Macan à l’écriture d’un scénario bien malin et déstabilisant dont je suis encore surpris que Guy Delcourt en ait accepté les conditions tant je doute fortement du succès commercial pour cette tétralogie… Et pourtant l’ensemble ne manque pas de qualités et encore moins d’audace. Pensez donc à un univers contemporain où l’Europe serait peuplée de zombies doté de parole et d’un appétit féroce pour la chair humaine mais qui n’aurait pas évolué d’un pouce et serait encore sous l’ère du Moyen-Âge. A l’origine de tout cela, la Peste Noire empêcherait donc les humains de gouter à une mort bien mérité un peu à la manière de Zorn et Dirna de JDM. Après une remarquable introduction sur ce fléau, on change d’univers et de couleurs pour embrasser le soleil d’Amérique du Sud et du peuple inca qui a su lui évoluer techniquement (par des dirigeables volants) mais pas vraiment moralement (ça fornique allègrement façon Game of Thrones la série et ça complote tout aussi allègrement). Ce bon peuple inca qui n’a pas pu se faire exterminer par les zombies européens reste avide de pouvoir et a eu vent d’une fontaine de jouvence en Europe. Une expédition (volante donc, la mer c’est trop ringard) est mise en place pour trouver ce « secret » de la vie éternelle à des fins politiques… La lecture du bien nommé « Nous, les morts » risque d’en déstabiliser plus d’un. J’ai du m’y reprendre à deux fois pour bien suivre et comprendre cette géniale leçon d’humour noir sur la cupidité de l’homme et en saisir les règles tout comme les enjeux. Il n’y a pas un seul personnage sympathique à sortir du lot, c’est un peu l’équivalent du film classique italien « Affreux, sales et méchants » où les « zombies » ou plutôt les ressuscités gourmands sont relégués au second plan en tant que prétexte pour cette uchronie bien couillue ! A partir du moment où on accepte un tel postulat, ce n’est que du plaisir car il s’en passe des choses pour un tome introductif qui illustre parfaitement son thème : la série B et une farce sincère de la condition humaine qui, morte ou vivante, reste toujours aussi cupide. Le découpage est juste parfait, il ne manque rien finalement après une courte déception (je ne m’attendais vraiment pas à cela) pour faire de cette œuvre audacieuse un futur petit chef d’œuvre en devenir si Macan poursuit son rythme et ses idées originales. Pensez donc ! Pas de zombies façon Walking Dead, les Incas envahissent l’Europe et éradiquent les Aztèques ! La reconstitution de ce monde fictif est juste parfaite avec quelques planches magnifiques dont une église détruite par un atterrissage forcé et une attaque de dirigeables digne d’un film de pirates ! Bref vous aurez bien compris que j’ai pris un pied pas possible avec cette gourmandise qu’il ne faut absolument pas classer en parodie mais bien en grand fleuron d’humour noir subtil. Très très fort et la suite arrive déjà en juin ! J’en serais donc car une telle audace se doit d’être récompensée ! Tome 2 : Consécration ! Tous les bons espoirs fondés dans cette série sont non seulement renouvelés mais décuplés avec un tome 2 passionnant posant pour de bon les bases et les enjeux de toute l'histoire ! Entre un humour noir des plus salvateurs avec ce peuple Inca observant le peuple européen putréfié comme s'il s'agissait de bons sauvages (tout est inversé !), la "création" du grand méchant qui risque de dominer les deux dernières oeuvres et la reconstitution d'une sinistre ville de Londres abandonnée des vivants, ce titre regorge suffisamment de trouvailles et de rebondissements pour en garantir la pérennité sur les deux derniers tomes que j'attends à présent avec une impatience difficile à cacher. Rajouter à cela une intrigue secondaire mais pas inintéressante sur base de complots en terre maya à fortes connotation de "Game of Thrones" et vous tenez clairement la nouveauté 2015 la plus innovante, surprenante et rafraîchissante qui soit ! Tome 3 : Curieusement ce nouveau chapitre, sobrement intitulé "Le Céleste Empire" pour sa référence au peuple des Hans, adopte un rythme beaucoup plus calme là où les événements se précipitaient pour les deux premiers tomes. C'est toujours aussi agréable à lire mais à un tome de la conclusion, je me demande bien comment en sera la conclusion que j'attends du coup peut-être avec plus d'impatience à présent. A l'instar d'une halte hivernale, Macan prend son temps pour jouer avec ses personnages quitte à reléguer les fameux morts-vivants à de rares mais toujours aussi jouissives interventions. Suite et fin dans le tome 4 donc... Marre des zombies ? Essayez "Nous, les morts", dépaysement garanti avec un Igor Kordey en pleine possession de ses moyens et reconstituant des décors imposants sur base de cranes fracassés ! Un bijou d'humour noir appelé d'ors et déjà à devenir culte pour tout amateur d'art déviant mais vivifiant !

16/04/2015 (MAJ le 01/10/2015) (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Varto
Varto

Le génocide arménien est un sujet plutôt grave qui ne se prête pas au divertissement. Une bd qui nous raconte une autre facette de celui-ci est toujours instructive pourvu que cela respecte certaines règles de bienveillance. L’auteur ne s’attachera pas à nous mener au cœur de ce massacre mais plutôt à définir certaines des conséquences. En effet, nous suivons le parcours de deux enfants Varto et sa grande sœur qui tentent de fuir mais sans le savoir. Cela crée la séparation avec la famille. Ils seront à la merci du moindre événement pouvant les conduire sur le chemin de la mort. Oui, c’est une autre facette du génocide qui est abordée à travers le regard innocent d’enfants. A vrai dire, mise à part quelques images, on ne verra presque rien de cette déportation à grande échelle qui a affecté ces chrétiens dans un pays largement musulman. Pas un mot non plus sur la situation politique. C’est voulu par les auteurs qui ont préféré mettre l’accent sur le sentiment lié à la séparation familiale et à la détresse morale que cela entraîne. Ils sont restés dans un cadre purement intime. Il est également intéressant de voir que c’est un turc bien sage et malheureusement mourant qui est à l’origine du sauvetage de ces deux enfants suite à une promesse effectuée. On sait que dans la réalité des faits similaires se sont produits. Bref, les turcs ne sont pas tous adeptes de la non-reconnaissance de ce grand massacre ayant causé la mort de près de 1.5 millions de personnes. On peut même affirmer que la plupart des turcs ont sauvé de nombreuses vies par des gestes de non-dénonciation ou d’aide plus marqué. Bref, il ne s’agit pas d’un règlement de comptes et les auteurs ont évité la facilité en soulignant les ambiguïtés des différents protagonistes et en gardant une certaine neutralité notamment dans le dossier complétant le récit dessiné en fin d’album. On évite également le côté pathologique et d’être submergé par l’émotion à tout va. C’est sans doute la grande force de cette œuvre qui reste digne. Ces enfants ne comprennent pas ce qui leur arrive. C’est assez effrayant. Le lecteur arrive à mieux cerner leur psychologie avec ce qui se passe autour. Aujourd’hui encore près d’un siècle après les faits, cela hante la société turque qui n’a pas fait la paix avec son passé. Aujourd’hui encore, on risque 10 ans de prison en Turquie lorsque l’on emploie le mot «génocide» pour évoquer ces massacres. Cette bd est une goutte d’eau qui pourrait contribuer à trouver le chemin de la paix et de la réconciliation entre ces deux peuples à l’occasion de la commémoration du centenaire de cette terrible tragédie. Le message des auteurs est positif et universel. C’est ce qu’il faut retenir. Je vous invite par conséquent à jeter un coup d’œil.

28/09/2015 (modifier)
Par KanKr
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Trashed
Trashed

L'envers de la société de consommation ! Après Punk Rock et mobile homes et Mon ami Dahmer, Derf Backderf nous fait visiter, avec Trashed, les coulisses des sociétés modernes. Un envers du décor peu reluisant, exhumé de ses souvenirs, où s'entassent jour après jour les poubelles de l'humanité. L'histoire est tirée de son expérience, entre 1979 et 1980, en tant que ripeur. Alors qu'il vient de stopper ses études, J.B., 21 ans, traîne chez ses parents dans une banlieue de l'Ohio. Souhaitant quitter le domicile familial pour ne plus subir les pressions de sa mère, il parcourt les petites annonces et finit par se retrouver engagé comme éboueur contractuel au côté de Mike, un ancien ami de lycée, et de protagonistes hauts en couleur tels que Wile E., Magee, Marv et Betty le camion-benne. Le temps des deux cent quarante pages constituant l'ouvrage, nous suivons leurs tournées sous la pluie, la chaleur étouffante de l'été ou les tempêtes hivernales glaciales. L'auteur nous immerge dans l'intimité de nos boites en ferrailles, mais aussi dans le quotidien de ceux qui les ramassent, confrontés aux torpilles jaunes (bouteilles en plastique pleines d'urine lancées par les camionneurs qui ne veulent pas s'arrêter pour ne pas perdre une seconde), à la prolifération d'asticots, aux sacs-poubelle mal fermés ou bon marché qui se déchirent, aux habitants les plus dérangés de la ville, aux chiens errants et aux bureaucrates qui dirigent la cité à coups de magouilles, copinage et corruption, les poussant à réaliser des travaux qui sortent du cadre du métier : ramassage de gros objets et d'animaux morts sur la route, transport de bois pour les amis de la direction, etc. Par des anecdotes croustillantes et des chiffres plus qu'édifiants, il ne se contente pas de nous conter une histoire, il questionne l'évolution des ordures au fil des années, le recyclage et la biodégradation. Il pose un regard critique, empreint d'un certain humour noir, sur la société de l'obsolescence, du jetable et de l'emballage à outrance, en croquant avec mordant le devenir du contenu des sacs plastiques que nous déposons régulièrement devant chez nous. Habitués à voir disparaître les amas de détritus de nos trottoirs dans les heures qui suivent leur dépôt, le processus de la collecte est un acquis dont nous aurions bien du mal à nous passer. Pourtant, l'impact sur la planète et notre avenir est loin d'être anodin, avec des décharges et des champs d’enfouissement toujours plus grands, une pollution en expansion notamment par l'écoulement de liquides toxiques dans les nappes phréatiques et des délais de décomposition bien trop longs. L'être humain, sans s'en rendre compte, vit au milieu de ses déchets. Finalement le constat est sévère : le recyclage est un grand mot... Bienvenue à l'ère du stockage des rebuts ! Derf Backderf signe ici une extraordinaire épopée de la moisson des ordures, mêlant l'expérience à la fiction et appuyant son propos par une documentation méticuleuse sur l'industrie de la poubelle, tout en continuant à évoquer les petites villes des banlieues américaines. L'ouvrage est aussi l'occasion d'un retour à ses débuts dans le roman graphique en prolongeant son travail sur le sujet qui avait vu une première version de 50 pages récompensée par une nomination aux Eisner Awards. Une pépite à lire incontestablement ! KanKr

24/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Les Passagers du vent
Les Passagers du vent

Je voudrais faire court. Ce n'est pas aisé il y a tant à en dire : Grandiose, incomparable et surtout admirable. Découpage ciselé avec maestria, sens de l'ellipse remarquable, densité du récit, protagonistes principaux et secondaires caractéristiques, dessins somptueux, concordance pointilleuse et rigoureuse des différents épisodes avec l' Histoire, narration et dialogues impeccables, couleurs délicieuses. Bourgeon ne cède à aucun à peu près, et confère à cette série une dimension pharamineuse et saillante. En un mot donc : admirable. Admirable car, comme la définition du mot l'indique, ce travail mérite et attire l'admiration. François Bourgeon en impose dans le monde de la bande dessinée et c'est bien normal.

24/09/2015 (modifier)
Par Canarde
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Templiers
Templiers

Magnifique! Tout est dedans : Chasse au trésor, hold-up, drame amoureux, chocs des cultures, mécanique des fluides, cavalcades, combats à l'épée, chansons provençales, machiavélisme politique, camaraderie burlesque et dégâts des eaux... vous avez tout en deux tomes parfaitement construits, dans un rythme tendu mais pas précipité. Les personnages ont le temps de se densifier, au fils des dialogues savoureux. L'action s'enroule autour du fameux trésor des templiers sur lequel le garde des sceaux Nogaret veut mettre la main à tout prix. Mais Martin de Troyes, notre héros, templier rescapé de la purge royale, se refuse à laisser ce trésor qu'il a contribué à construire. Si vous chercher à comprendre les tenants et les aboutissants du sacrifice des templiers, vous serrez déçus: leur rôle de banquier sur les chemins de la croisade, peu commun à l'époque où l'usure est réservée aux juifs, est passé sous silence. Et on a l'impression que Philippe IV le Bel cherche simplement à renflouer ses caisses sur le dos d'innocents... En revanche si vous souhaitez rester scotchés 3 heures à lire à coté d'un bon feu de cheminée, alors c'est l'idéal. Le trait nerveux et presque rageur, est calqué sur le caractère fougueux de Martin qui se sent victime d'une injustice et responsable de son ordre puisque tous ses chefs sont emprisonnés. La troupe autour du héros abrite des seconds couteaux plein de personnalité eux aussi. Les personnages sont très bien caractérisés et leurs expressions réussies avec très peu de traits. Toutes les intrigues s'imbriquent parfaitement, dans une sorte de spirale qui se referme sur les personnages dans la dernière ligne droite. Allez-y, vous ne le regretterez pas!

23/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Presque
Presque

« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… » disait la chanson. Et on peut en effet, après cette plongée en apnée dans les entrailles d’une certaine armée, de la douleur de Manu Larcenet, chercher à respirer de nouveau. On est évidemment là très loin de la grosse déconne Fluide, de la pochade « Donjon », ou d’une certaine introspection tranquille glissée dans Le Retour à la terre. Sa part d’ombre, Larcenet la réserve plus aux Rêveurs. Larcenet nous livre là, de manière à la fois pudique, intelligente, mais aussi sans concession, la violente expérience qu’a été pour lui le service militaire. Et dans sa dénonciation je retrouve en partie ce que comme lui ou d’autres j’ai connu pendant mes « classes ». C’est-à-dire l’abus fait par des hommes sur d’autres hommes parce qu’on leur donne un pouvoir. C’est-à-dire l’abrutissement, la lobotomisation volontaire, dans un milieu clos sur lui-même où l’obéissance prime sur la réflexion et l’intelligence (encore que Larcenet montre, avec ce qui est arrivé à Marco, que l’obéissance ne garantit pas de s’en sortir). En formatant les « appelés », l’armée déshumanisait les individus, avec des méthodes employées ailleurs par des systèmes totalitaires. Mais ici Larcenet ne donne pas dans la critique de comptoir, le pathos inutile, son propos est au contraire d’une froideur, d’une précision quasi chirurgicale. Voilà pour le fond. Pour la forme, il alterne des esquisses volontairement brouillonnes, noires et difficiles à « lire » et des personnages patatoïdes à la Trondheim lorsqu’il se représente dialoguant avec sa mère. Ces passages avec sa mère – outre la différence graphique avec les reste des dessins, sont aussi importants car ces moments d’humour permettent de respirer. Ils permettent aussi à Larcenet d’illustrer, avec l’incompréhension entre lui et sa mère, qu’on ne peut se faire une idée réelle de son expérience sans l’avoir vécue. Et j’avoue qu’après les passages avec sa mère, on ressent à la reprise de la lecture un peu du malaise qui étreignait Larcenet à l’idée « d’y retourner ». Et ces passages s’avèrent au final presque aussi violents que le reste ! A lire, évidemment !

22/09/2015 (modifier)
Par Jaydee
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château des étoiles
Le Château des étoiles

Dernière série en date du prolifique Alex Alice, j'ai pris une claque en terminant la lecture de ce Château des étoiles. Il est difficile de ne pas décrire cet univers sans citer ceux qui l'ont inspiré : Miyazaki, Jules Vernes et Les Mystérieuses Cités d'Or. Parlons tout d'abord de l'univers complètement barré qui s'appuie sur les "connaissances" les plus fantaisistes en matière de conquête spaciale au XIXème siècle, époque de l'histoire. Ainsi on pensait que l'univers était rempli d'éther -sorte d'énergie pure- , que plus une planète était proche du soleil, plus elle était récente -Vénus est ainsi vue comme une planète abritant une vie préhistorique-, et j'en passe. La grande force du scénario est de donner un dimension merveilleuse à ces théories tout en gardant un semblant de sérieux. Cet aspect est d'autant plus central que la page titre porte la mention "ils ne savaient pas que c'était impossible donc ils l'ont fait". Les personnages ne sont pas en reste et permettent de passer du rire aux larmes en un rien de temps. Enfin, les dessins sont vraiment réussis, Alice prouvant tout son talent en couleurs directes. Une mention spéciale pour les découpages audacieux qui rendent l'histoire encore plus palpitante. Le premier tome aurait mérité à lui seul 4 étoiles, l'intrigue et l'univers développés y sont passionnants bien que l'on puisse regretter que les choses n'avancent pas plus vite. Mais une fois le second tome terminé, on ne peut être que béat d'admiration, chapeau l'artiste, tu n'as pas volé tes 5 étoiles !

15/09/2015 (modifier)