Je ne comprends pas les mauvaises revues. Je trouve qu'il y a pas mal de messages cachés dans cette bande dessinée. Il y a le concept du meneur, suiveur, la relation parents enfants, l’incompréhension entre enfants et adultes, l'opposition avec la police. Pour moi tous ces concepts sont encore d’actualité.
Bien sûr les voitures sont datées. Et alors ? Je trouve même intéressant de voir les liens avec l’époque actuelle.
Wououh !!!! "Okko" est pour moi à ce jour une des meilleure série du genre !
Non pas que je sois un spécialiste en ce domaine, mais pratiquant l'aïkido, étant amateur de récits fantastiques, épiques et d'aventure, j'ai été comblé avec le travail de Hub !
"Okko" et ses 3 cycles en 2 tomes sur les éléments est plus que réussi. Espérons que le quatrième cycle du feu ne gâche pas notre plaisir, ce qui paraît heureusement peu probable...
Ce qui marque d'abord dans cette série, ce sont les couvertures magnifiques, et leur pouvoir d'attraction qu'elles exercent. Rien que le nom de la série Okko est hypnotique...
Et si certaines BD savent nous accrocher par des couvertures puissantes, on est parfois déçu dès la première page (changement de colorisation, de dessinateur, etc.). Mais là, on est vite conforté par le coup de crayon fin et précis de Hub. C'est beau... et ça va durer !
Décors minutieux, paysages assez époustouflants, costumes d'époque fouillés, personnages et créatures de la mythologie nippone vraiment bien rendus : chapeau ! On sent la maîtrise de l'univers ! Et tout ça dans une colorisation très réussie.
Côté mise en page, Hub n'est pas en manque d'idées pour composer ses planches. C'est aussi fougueux mais maîtrisé que l'art du combat de notre ronin ; efficace !
Ajoutez à cela un sens du récit et du rythme, et Hub construit au fil de ses cycles un monde dont on s'approprie peu à peu les codes, et dont les personnages principaux se révèlent par touches au fil des pages. Car ce qui fait la réussite de cette série c'est bien la complexité de notre troupe de héros et la singularité de chacun des membres de cette troupe. Sous leurs airs caricaturaux du premier tome, ils se révèlent moins linéaires qu'il n'y paraît. Et même après 3 cycles, des mystères restent entiers... Suspens, quand tu nous tient...
Alors, en attendant le dernier cycle de cette excellente série, on ne peut d'ors et déjà que féliciter l'auteur qui maîtrise son projet de bout en bout : peu en sont capable, surtout avec une constance dans le résultat ! Une série qui si elle poursuit dans cette voie méritera amplement à mon goût sa 5e étoile pour faire partie de mes séries "cultes".
*** Cycles 4 & 5 ***
Ce n'était donc pas 1 mais 2 cycles qui ont suivi les 3 premiers ! En sus du feu, Hob nous fait la surprise d'un dernier cycle sur le vide !
Quelle série mes amis ! Voilà une saga découpée en cycles bouclée en dix tomes maîtrisée de bout en bout. Et pour le coup, pour avoir pu en discuter avec l'auteur, quand on sait que dès le début Hub avait une vision globale de son récit et qu'il savait précisément qu'il ferait 10 tomes, moi je dis chapeau !
Car si chaque cycle pourrait se lire indépendamment avec une histoire dans la trame générale, c'est bien cette dernière qui se tisse au fil des tomes et se conclue de façon magistrale dans le tome 10. Toutes les questions et les mystères distillés au fil des cycles finissent par trouver réponse, et quelles réponses ! Quant au travail graphique, il reste complètement maîtrisé avec la très belle colorisation de Li et nous immerge de bout en bout dans cette puissante saga japonaise.
Voilà donc une série de plus à rentrer dans mon petit panthéon des 5 étoiles ! Bienvenue au club :)
Je le savais que ça arriverait un jour. Et le jour est arrivé ! c’était hier soir. Ca y est je vous l’avoue, j’ai plongé. J’ai pourtant essayé de lutter de toutes mes forces. Je bataille déjà avec moi-même depuis de nombreuses semaines. Je suis si faible. J’ai même braillé à qui voulait l’entendre que non ô grand jamais cela ne m’arriverait. Je suis lâche. J’ai perdu. Le confinement a eu raison de toutes mes résolutions. Ma détermination de breton – certains diront entêtement d’autres ténacité – a été balayée d’un revers de manche. Pourrais-je encore me regarder dans la glace ? mais pourquoi ai-je craqué ? 28 jours de confinement et je ne suis plus libre de mon dessein. Ma vie est foutue. Plus de projet à construire. Plus de vie sociale pour un bon moment…
Je dois vous dire la vérité. Ne me juger pas trop sévèrement s’il vous plaît. Hier soir, j’ai décidé de relire toutes les BD de Leo ! Vous vous rendez compte dans quoi je me suis fourré ? Aldébaran, Amazonie, Antarès, Kenya, Namibia, Beltégeuse…
Je vais donc devoir passer quelques heures dans mon canapé ! Je ne suis surtout pas démoralisé – bien au contraire – surtout si le confinement dure jusqu’à fin juin ! j’ai de quoi m’occuper désormais !
Pour beaucoup les personnes sont trop statiques et sans expressions particulières. Je vous l’accorde, il y a mieux. Mais cela reste pour moi une œuvre majeure de la Bd science-fiction.
Aldébaran est une saga captivante avec une multitude de rebondissements. Je savoure donc de nouveau chaque épisode. J’adore le personnage de Kim. Quant aux animaux ou à la flore sortis tout droit de l’imagination débordante de Leo, c’est juste magnifique.
Oui Leo – Luiz Eduardo de Oliveira – est un génie et oui je revendique que je suis un aficionado de tous ses albums.
Relecture cet après-midi du cultissime tome 1 « il faut flinguer Ramirez » de Nicolas Petrimaux. Encore une fois un excellent moment de lecture bien calé dans mon transat au soleil. Car il faut le dire haut et fort, cette BD est la meilleure BD de l’année 2018.
Album irréprochable. Le graphisme, les couleurs, le découpage tout a été méticuleusement étudié pour en faire une BD mémorable.
Suspens garanti. Impossible de connaitre avant la dernière page si Jacques Ramirez employé dans une fabrique d’aspirateurs est un employé modèle ou si il est le pire assassin que le Mexique ait connu.
J’attends avec impatience le tome 2. Il devrait paraitre en 2020. A l’automne.
Quelle odyssée,
De Cape et de Crocs fait partie de mes séries favorites depuis des années.
Les dialogues sont rarement le point fort d'une bd, mais là c'est ce qui la démarque et qui lui donne un niveau de qualité rarement atteint. L'auteur s'appuie sur des références littéraires toujours placées au bon moment.
Les héros sont inoubliables, l'utilisation d'animaux et de leurs caractères respectifs nous plongent dans un conte ouvrant aux auteurs un monde imaginaire sans aucune limite.
L'humour est omniprésent dans les dialogues, les situations et les détails des dessins.
Les 4 premiers tomes sont les plus enchanteurs et les plus drôles. Nous sommes captivés par cette aventure pleine de rebondissements, un vrai moment de détente et de plaisirs rarement atteint à la lecture d'une bd.
Série à conserver à portée de mains pour des relectures toujours synonymes de plaisir.
Si il y a bien une série que j’adore, c’est bien celle du Choucas.
Le choucas est un drôle d’oiseau. Ce petit corvidé d’un noir intense, qui passe le plus clair de son temps à planer dans les parages alpestres à partir de 2000 m d’altitude. Le chocard à bec jaune…
Notre choucas est un détective privé - et comme le dirait Sloane … un ‘mou du genou’ - qui déambule à travers les pages mais à des altitudes subalternes avec sa chemise jaune et son costard noir.
Le cocktail de cette série … une atmosphère sombre, un humour décalé avec de multiples références aux ouvrages des éditions Gallimard et sa fameuse ‘série noire’, un graphisme plus qu’honnête et bien évidemment une colorisation avec de nombreuses touches noires et de jaunes.
Une série d’histoires jubilatoires.
Enfin petit scoop (ou pas). Pour avoir échangé avec Christian Lax lors du dernier festival d’Angoulême, il n’est pas à exclure qu’il reprenne la série.
Je me suis décidé, pour mon 666ème avis, à réécrire intégralement un avis qui ne me satisfaisait pas sur une des BD les plus merveilleuses que j'ai jamais lu. Je ne suis pas fan des listes, des tops ou des considérations "meilleurs mangas", mais indéniablement, lorsque je cite les BD m'ayant le plus plu, le plus marqué et que je recommande à la lecture, L'Idiot est l'une de celle à laquelle je pense en premier. Parce que cette BD a ce quelque chose qui m'accroche au cerveau, et qui fait qu'aujourd'hui encore je suis touché par celle-ci à chaque relecture.
L'Idiot est un manga en deux tomes, mais d'une densité assez incroyable, aussi bien dans l'histoire que dans le propos. Et l'auteur n'est pas un manchot dans ce genre, ayant déjà noté son talent de narration doublé de sa capacité à rendre ses protagonistes terriblement humain (voir Appartement et Timing). Ce n'est jamais manichéen, les personnages sont toujours complexes et leurs actions censées. Même si certains personnages semblent plus violent que d'autres, qu'on a une sorte de "méchant" de l'histoire, l'histoire développera les quelques points suffisant à le rendre non pas attachant, mais à comprendre certaines motivations. Ce qui le rendra au final plus pathétique que réellement méchant.
Je pourrais parler de chacun des personnages de l'histoire, de la façon dont l'auteur l'introduit dans le récit, de comment il développe son passé, ses motivations, sa psyché, et surtout son histoire personnelle. Chaque protagoniste principal de l'histoire connaitra une histoire développé, et si l'on peut reprocher le côté happy end de la fin (dans le sens où une bonne partie des protagonistes connaissent une fin relativement heureuse) il faut laisser au récit un ton plutôt sombre dans son démarrage. La vie n'est pas rose pour les protagonistes. Et pourtant c'est eux qui font le cœur réel du récit, se croisant et s'entre-croisant autour de l'idiot, et faisant tout le récit. C'est un jeu bien ficelé qui se conclue d'une magnifique manière, triste et belle à la fois.
J'ai déjà lu plusieurs fois cette BD, et pourtant, chaque relecture me fait le même effet. Les moments forts sont prenants, les personnages attachants, l'intrigue très simple permet de digresser autour sur bien des sujets (la transformation de la ville, la mafia, la solitude, l'amitié ...), bref c'est une totale réussite qui me cueille à chaque fois jusqu'à son final, qui m'émeut toujours. J'ai beau le connaitre, voir les ficelles du scénario, je ne peux m'empêcher d'avoir les yeux humides à chaque lecture. Parce que c'est suffisamment bien fait pour que je sois plongé dedans à chaque fois, pris au tripes par les angoisses, les questions et les vies de ces protagonistes. Jusqu'au dénouement.
Je n'en parlerais pas longuement parce que je l'ai déjà mentionné dans mon avis sur Appartement, mais le dessin de Kang Full a quelque chose d'incroyable et de fort à la fois. Il a un don pour retransmettre les émotions, mais aussi l'humour, qui transparait plus d'une fois (notamment un personnage secondaire servant de comique de répétition mais qui acquiert une profondeur insoupçonnée en deux cases). L'auteur joue habilement des postures et expressions du personnage, des plans et des décors absent pour imposer un ton proche des protagonistes, mais aussi conférer quelque chose de lisible et clair dans la narration. En peu de cases le récit a posé ses bases, et il restera aussi prenant jusqu'au dénouement. Par des petites touches apparait le talent de l'auteur, et si je n'arrive décidément pas à mettre le doigt sur ce qui fait exactement sa force, le récit possède une mise en image qui me touche à chaque lecture. C'est impressionnant de voir comment un dessin qui semble aussi sommaire peut être aussi fort.
L'Idiot, c'est un récit humain, profondément humain, et qui est le chef-d’œuvre de l'auteur selon moi. Une telle force dans le récit, je l'ai rarement lu, et je dois bien dire que c'est toujours aussi prenant après de bien nombreuses relectures. Classé dans le haut du panier de mes BD, je le cite bien souvent lorsqu'on me demande les meilleures BD que j'ai lu. Et si il reste aussi vivace dans ma mémoire après tant d'année, c'est que chaque relecture m'a apporté autre chose, à d'autre moment de ma vie. Et que même des années après, j'ai toujours en tête ce sourire d'un idiot qui est trop heureux pour qu'on pleure.
Alors franchement, je dois admettre que je suis particulièrement content d'avoir acheté l'intégrale avec les explications supplémentaires en début de bd.
En effet... Le début du récit, je dirais que ce sont principalement les 2 premiers tomes qui sont fort confus, mais après ça, le récit devient un pur plaisir :D et que dire du final... magnifique...
Donc en effet, si j'avais lu ces BDs au rythme où elles sortaient je n'aurais probablement pas trop aimé.. Surtout sans les explications qui ont été ajoutées dans la version intégrale.
En tout cas je dois donc dire que ce récit est tout bonnement excellentissime et les dessins... splendides.
Au début de l'été 2019, j'ai appris, à grand renforts de publicités sur les sites spécialisés, que Delcourt allait éditer « Les Indes fourbes », un album concocté par Alain Ayrolles (Garulfo, De Cape et de Crocs) et Juanjo Guarnido (Blacksad)… Mon sang n'a fait qu'un tour ! L'une des plumes les plus acérées de sa génération faisant équipe avec le meilleur dessinateur du 9ème art (à mes yeux)… il ne m'en fallait pas plus ! Le 28 août 2019, j'étais en magasin pour acquérir la chose convoitée depuis plusieurs semaines.
Rentré chez moi, je me suis installé dans mon canapé. Le téléphone coupé, j'ai saisi l'ouvrage avec avidité, lu le prologue, quand soudain… la peur, l'angoisse. Et si… ? Et si j'en attendais trop ? Et si j'étais déçu ? N'avais-je pas fantasmé ce récit depuis des semaines ? Ne tombe-t-on pas de haut lorsque la réalité n'est pas à la hauteur du rêve ? J'ai refermé « Les Indes fourbes »... j'ai fait preuve de couardise. Je n'ai pas osé continuer. J'ai rallumé mon téléphone, repris le cours de ma vie et lu d'autres choses, qui ne présentaient pas ces enjeux.
Confiné depuis 2 semaines et soulagé du temps consacré aux trajets et au sport, j'ai pu augmenter mon rythme de lecture. Après plusieurs albums, j'ai voulu choisir le suivant… et là, je suis retombé sur Pablos. Le fourbe ! Il me défiait, le regard fier, depuis la plus haute étagère de ma chambre. Fallait-il continuer à fuir ? Me laisser guider par la peur de la déception ?! JAMAIS ! AUX ARMES !
Graphiquement ma lecture a été sans surprise, mais dans le bon sens du terme. Je m'attendais à en prendre plein les yeux et j'ai été servi. Juanjo Guarnido est l'un des meilleurs, si ce n'est el mejor, et ça se voit. Les personnages sont expressifs, les forêts luxuriantes, les geôles sombres et humides, les palais majestueux. Guarnido sait tout faire et de fort belle manière. Son trait est fluide, rond et généreux. Au passage, je suis heureux de le voir développer un univers plus lumineux et si éloigné du polar noir façon Blacksad. Les décors sont variés et fourmillent de détails, à un degré rarement vu. Toutes les planches apportent quelque chose. S'ajoute à cela une édition grand format qui améliore l'expérience visuelle. Bref, chapeau l'artiste !!!
Le récit est divisé en trois chapitres. Le premier, couvre la moitié de l'album et relate l'arrivée de Pablos aux « Indes » et sa quête d'Eldorado. Le second, après un rebondissement fort bien amené, apporte un éclairage nouveau sur les événements de la première partie. Enfin, le troisième chapitre fournit quelques compléments et conclut l'album d'une façon que même les plus perspicaces d'entre vous ne verront pas venir.
Commençons par ce qui m'a chiffonné, avant de me convaincre. Pablos est un vil coquin, malin comme un singe et d'une inventivité folle. Gueux il est et de sa condition il entend s'extirper, par tous les moyens possibles. Même lorsque ses actes sont abjectes, une certaine noblesse se dégage de lui. Pourtant, je n'ai pas réussi à m'attacher à lui. Pire je lui trouve un côté agaçant. Cela aurait pu être un problème majeur, aimant m'attacher aux personnages. Tel n'est pas le cas en l'occurrence. Dans « Les Indes fourbes », on ne s'attache pas à l'homme mais à l'aventure et à son univers coloré. Alain Ayrolles nous emmènent en voyage et sa galerie de personnages est aussi variée qu'intéressante.
La première partie est un peu longue me direz-vous... je vous le concède dans une certaine mesure. Toutefois, le second chapitre est nettement plus rythmé et apporte une toute autre lecture de cette longue introduction. L'histoire est passionnante et se lit avec avidité. Le pourquoi du comment devient une évidence. Il fallait en passer par là pour que le récit prenne toute son ampleur. Je me suis surpris à lire certains passages du second chapitre en parallèle du premier, pour vérifier certains éléments et détails.
Et cette troisième partie ? Un peu tirée par les cheveux ? Sans doute ! Mais n'est-ce pas naturel après les deux chapitres précédents, avoir fait la connaissance de ce diable de Pablos et pris la mesure de son culot ? « Les Indes fourbes » sont une farce fictionnelle, une pièce de théâtre à la Molière qui trouve son sens comique en partie dans des situations absurdes.
Subjectivement, ce pavé de 160 pages peut ne pas plaire. Après tout, tous les goûts sont dans la nature. Mais force est de constater qu'Alain Ayrolles n'est objectivement pas tombé dans la facilité. Son travail est réfléchi et à y regarder de plus près, l'orfèvrerie n'est plus très loin. Impossible d'entrer dans les détails sans divulgâcher… Le scénario, d'abord classique, se révèle trépidant, puis carrément audacieux ! Les liens entre les chapitres se tissent et le rythme de narration monte crescendo. Une seconde lecture ne serait d'ailleurs pas de trop pour profiter pleinement de toute cette aventure picaresque.
L'impatience, la crainte, le plaisir puis l'enthousiasme… cet album m'aura fait vivre des émotions fortes. N'est-ce pas là la définition d'une bande dessinée culte ? À vous d'en décider !
J'ai vraiment accroché avec le dessin de Prudhomme avec cette BD précisément. Encore aujourd'hui, je l'ouvre régulièrement, et je suis sidéré à chaque fois par le talent de l'auteur pour capter des mouvements. Très proche du cinéma pour ce qui concerne le découpage et les angles de vue (ce qui est valable selon moi pour la bande-dessinée en général, mais particulièrement vrai pour Rébétiko), chaque case est un arrêt sur image qui parvient à capter un geste, un élan, une intention, un regard, une expression.
Outre le fait que Rébétiko a fait parvenir à mes oreilles une musique dont j'ignorais jusqu'à l’existence même, j'ai vraiment aimé partager cette journée (la BD se déroule sur 24H) avec cette joyeuse bande d'anarchistes qui ne disent pas leur nom. Ils emmerdent le pouvoir à leur manière : en maintenant leur art vivant. En vivant, tout simplement, appliquant en cela les précieux conseils d'un certain Baudelaire qui écrivait :
"Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge vous répondront il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse, de vin, de poésie, de vertu, à votre guise."
Alors c'est ce que s'appliquent à faire les "rébètes", et c'est un peu ce que l'on fait soi-même en déambulant avec eux jusqu'au petit matin. En guise de fin, Prudhomme nous offre une scène de toute beauté au cours de laquelle les protagonistes traversent un bras de mer (ou descendent un fleuve, on ne sait pas mais qu'importe), accompagnés par le jour qui point peu à peu. Cette scène me renvoie à mes jeunes années de beuverie où encore saouls, nous regardions le soleil passer l'horizon, l'atmosphère nous grisant davantage de sa douce quiétude et nous conférant le sentiment d'avoir vaincu la nuit. Le sentiment d'être immortels.
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Je ne comprends pas les mauvaises revues. Je trouve qu'il y a pas mal de messages cachés dans cette bande dessinée. Il y a le concept du meneur, suiveur, la relation parents enfants, l’incompréhension entre enfants et adultes, l'opposition avec la police. Pour moi tous ces concepts sont encore d’actualité. Bien sûr les voitures sont datées. Et alors ? Je trouve même intéressant de voir les liens avec l’époque actuelle.
Okko
Wououh !!!! "Okko" est pour moi à ce jour une des meilleure série du genre ! Non pas que je sois un spécialiste en ce domaine, mais pratiquant l'aïkido, étant amateur de récits fantastiques, épiques et d'aventure, j'ai été comblé avec le travail de Hub ! "Okko" et ses 3 cycles en 2 tomes sur les éléments est plus que réussi. Espérons que le quatrième cycle du feu ne gâche pas notre plaisir, ce qui paraît heureusement peu probable... Ce qui marque d'abord dans cette série, ce sont les couvertures magnifiques, et leur pouvoir d'attraction qu'elles exercent. Rien que le nom de la série Okko est hypnotique... Et si certaines BD savent nous accrocher par des couvertures puissantes, on est parfois déçu dès la première page (changement de colorisation, de dessinateur, etc.). Mais là, on est vite conforté par le coup de crayon fin et précis de Hub. C'est beau... et ça va durer ! Décors minutieux, paysages assez époustouflants, costumes d'époque fouillés, personnages et créatures de la mythologie nippone vraiment bien rendus : chapeau ! On sent la maîtrise de l'univers ! Et tout ça dans une colorisation très réussie. Côté mise en page, Hub n'est pas en manque d'idées pour composer ses planches. C'est aussi fougueux mais maîtrisé que l'art du combat de notre ronin ; efficace ! Ajoutez à cela un sens du récit et du rythme, et Hub construit au fil de ses cycles un monde dont on s'approprie peu à peu les codes, et dont les personnages principaux se révèlent par touches au fil des pages. Car ce qui fait la réussite de cette série c'est bien la complexité de notre troupe de héros et la singularité de chacun des membres de cette troupe. Sous leurs airs caricaturaux du premier tome, ils se révèlent moins linéaires qu'il n'y paraît. Et même après 3 cycles, des mystères restent entiers... Suspens, quand tu nous tient... Alors, en attendant le dernier cycle de cette excellente série, on ne peut d'ors et déjà que féliciter l'auteur qui maîtrise son projet de bout en bout : peu en sont capable, surtout avec une constance dans le résultat ! Une série qui si elle poursuit dans cette voie méritera amplement à mon goût sa 5e étoile pour faire partie de mes séries "cultes". *** Cycles 4 & 5 *** Ce n'était donc pas 1 mais 2 cycles qui ont suivi les 3 premiers ! En sus du feu, Hob nous fait la surprise d'un dernier cycle sur le vide ! Quelle série mes amis ! Voilà une saga découpée en cycles bouclée en dix tomes maîtrisée de bout en bout. Et pour le coup, pour avoir pu en discuter avec l'auteur, quand on sait que dès le début Hub avait une vision globale de son récit et qu'il savait précisément qu'il ferait 10 tomes, moi je dis chapeau ! Car si chaque cycle pourrait se lire indépendamment avec une histoire dans la trame générale, c'est bien cette dernière qui se tisse au fil des tomes et se conclue de façon magistrale dans le tome 10. Toutes les questions et les mystères distillés au fil des cycles finissent par trouver réponse, et quelles réponses ! Quant au travail graphique, il reste complètement maîtrisé avec la très belle colorisation de Li et nous immerge de bout en bout dans cette puissante saga japonaise. Voilà donc une série de plus à rentrer dans mon petit panthéon des 5 étoiles ! Bienvenue au club :)
Aldébaran
Je le savais que ça arriverait un jour. Et le jour est arrivé ! c’était hier soir. Ca y est je vous l’avoue, j’ai plongé. J’ai pourtant essayé de lutter de toutes mes forces. Je bataille déjà avec moi-même depuis de nombreuses semaines. Je suis si faible. J’ai même braillé à qui voulait l’entendre que non ô grand jamais cela ne m’arriverait. Je suis lâche. J’ai perdu. Le confinement a eu raison de toutes mes résolutions. Ma détermination de breton – certains diront entêtement d’autres ténacité – a été balayée d’un revers de manche. Pourrais-je encore me regarder dans la glace ? mais pourquoi ai-je craqué ? 28 jours de confinement et je ne suis plus libre de mon dessein. Ma vie est foutue. Plus de projet à construire. Plus de vie sociale pour un bon moment… Je dois vous dire la vérité. Ne me juger pas trop sévèrement s’il vous plaît. Hier soir, j’ai décidé de relire toutes les BD de Leo ! Vous vous rendez compte dans quoi je me suis fourré ? Aldébaran, Amazonie, Antarès, Kenya, Namibia, Beltégeuse… Je vais donc devoir passer quelques heures dans mon canapé ! Je ne suis surtout pas démoralisé – bien au contraire – surtout si le confinement dure jusqu’à fin juin ! j’ai de quoi m’occuper désormais ! Pour beaucoup les personnes sont trop statiques et sans expressions particulières. Je vous l’accorde, il y a mieux. Mais cela reste pour moi une œuvre majeure de la Bd science-fiction. Aldébaran est une saga captivante avec une multitude de rebondissements. Je savoure donc de nouveau chaque épisode. J’adore le personnage de Kim. Quant aux animaux ou à la flore sortis tout droit de l’imagination débordante de Leo, c’est juste magnifique. Oui Leo – Luiz Eduardo de Oliveira – est un génie et oui je revendique que je suis un aficionado de tous ses albums.
Il faut flinguer Ramirez
Relecture cet après-midi du cultissime tome 1 « il faut flinguer Ramirez » de Nicolas Petrimaux. Encore une fois un excellent moment de lecture bien calé dans mon transat au soleil. Car il faut le dire haut et fort, cette BD est la meilleure BD de l’année 2018. Album irréprochable. Le graphisme, les couleurs, le découpage tout a été méticuleusement étudié pour en faire une BD mémorable. Suspens garanti. Impossible de connaitre avant la dernière page si Jacques Ramirez employé dans une fabrique d’aspirateurs est un employé modèle ou si il est le pire assassin que le Mexique ait connu. J’attends avec impatience le tome 2. Il devrait paraitre en 2020. A l’automne.
De Cape et de Crocs
Quelle odyssée, De Cape et de Crocs fait partie de mes séries favorites depuis des années. Les dialogues sont rarement le point fort d'une bd, mais là c'est ce qui la démarque et qui lui donne un niveau de qualité rarement atteint. L'auteur s'appuie sur des références littéraires toujours placées au bon moment. Les héros sont inoubliables, l'utilisation d'animaux et de leurs caractères respectifs nous plongent dans un conte ouvrant aux auteurs un monde imaginaire sans aucune limite. L'humour est omniprésent dans les dialogues, les situations et les détails des dessins. Les 4 premiers tomes sont les plus enchanteurs et les plus drôles. Nous sommes captivés par cette aventure pleine de rebondissements, un vrai moment de détente et de plaisirs rarement atteint à la lecture d'une bd. Série à conserver à portée de mains pour des relectures toujours synonymes de plaisir.
Le Choucas
Si il y a bien une série que j’adore, c’est bien celle du Choucas. Le choucas est un drôle d’oiseau. Ce petit corvidé d’un noir intense, qui passe le plus clair de son temps à planer dans les parages alpestres à partir de 2000 m d’altitude. Le chocard à bec jaune… Notre choucas est un détective privé - et comme le dirait Sloane … un ‘mou du genou’ - qui déambule à travers les pages mais à des altitudes subalternes avec sa chemise jaune et son costard noir. Le cocktail de cette série … une atmosphère sombre, un humour décalé avec de multiples références aux ouvrages des éditions Gallimard et sa fameuse ‘série noire’, un graphisme plus qu’honnête et bien évidemment une colorisation avec de nombreuses touches noires et de jaunes. Une série d’histoires jubilatoires. Enfin petit scoop (ou pas). Pour avoir échangé avec Christian Lax lors du dernier festival d’Angoulême, il n’est pas à exclure qu’il reprenne la série.
L'Idiot (Kang Full)
Je me suis décidé, pour mon 666ème avis, à réécrire intégralement un avis qui ne me satisfaisait pas sur une des BD les plus merveilleuses que j'ai jamais lu. Je ne suis pas fan des listes, des tops ou des considérations "meilleurs mangas", mais indéniablement, lorsque je cite les BD m'ayant le plus plu, le plus marqué et que je recommande à la lecture, L'Idiot est l'une de celle à laquelle je pense en premier. Parce que cette BD a ce quelque chose qui m'accroche au cerveau, et qui fait qu'aujourd'hui encore je suis touché par celle-ci à chaque relecture. L'Idiot est un manga en deux tomes, mais d'une densité assez incroyable, aussi bien dans l'histoire que dans le propos. Et l'auteur n'est pas un manchot dans ce genre, ayant déjà noté son talent de narration doublé de sa capacité à rendre ses protagonistes terriblement humain (voir Appartement et Timing). Ce n'est jamais manichéen, les personnages sont toujours complexes et leurs actions censées. Même si certains personnages semblent plus violent que d'autres, qu'on a une sorte de "méchant" de l'histoire, l'histoire développera les quelques points suffisant à le rendre non pas attachant, mais à comprendre certaines motivations. Ce qui le rendra au final plus pathétique que réellement méchant. Je pourrais parler de chacun des personnages de l'histoire, de la façon dont l'auteur l'introduit dans le récit, de comment il développe son passé, ses motivations, sa psyché, et surtout son histoire personnelle. Chaque protagoniste principal de l'histoire connaitra une histoire développé, et si l'on peut reprocher le côté happy end de la fin (dans le sens où une bonne partie des protagonistes connaissent une fin relativement heureuse) il faut laisser au récit un ton plutôt sombre dans son démarrage. La vie n'est pas rose pour les protagonistes. Et pourtant c'est eux qui font le cœur réel du récit, se croisant et s'entre-croisant autour de l'idiot, et faisant tout le récit. C'est un jeu bien ficelé qui se conclue d'une magnifique manière, triste et belle à la fois. J'ai déjà lu plusieurs fois cette BD, et pourtant, chaque relecture me fait le même effet. Les moments forts sont prenants, les personnages attachants, l'intrigue très simple permet de digresser autour sur bien des sujets (la transformation de la ville, la mafia, la solitude, l'amitié ...), bref c'est une totale réussite qui me cueille à chaque fois jusqu'à son final, qui m'émeut toujours. J'ai beau le connaitre, voir les ficelles du scénario, je ne peux m'empêcher d'avoir les yeux humides à chaque lecture. Parce que c'est suffisamment bien fait pour que je sois plongé dedans à chaque fois, pris au tripes par les angoisses, les questions et les vies de ces protagonistes. Jusqu'au dénouement. Je n'en parlerais pas longuement parce que je l'ai déjà mentionné dans mon avis sur Appartement, mais le dessin de Kang Full a quelque chose d'incroyable et de fort à la fois. Il a un don pour retransmettre les émotions, mais aussi l'humour, qui transparait plus d'une fois (notamment un personnage secondaire servant de comique de répétition mais qui acquiert une profondeur insoupçonnée en deux cases). L'auteur joue habilement des postures et expressions du personnage, des plans et des décors absent pour imposer un ton proche des protagonistes, mais aussi conférer quelque chose de lisible et clair dans la narration. En peu de cases le récit a posé ses bases, et il restera aussi prenant jusqu'au dénouement. Par des petites touches apparait le talent de l'auteur, et si je n'arrive décidément pas à mettre le doigt sur ce qui fait exactement sa force, le récit possède une mise en image qui me touche à chaque lecture. C'est impressionnant de voir comment un dessin qui semble aussi sommaire peut être aussi fort. L'Idiot, c'est un récit humain, profondément humain, et qui est le chef-d’œuvre de l'auteur selon moi. Une telle force dans le récit, je l'ai rarement lu, et je dois bien dire que c'est toujours aussi prenant après de bien nombreuses relectures. Classé dans le haut du panier de mes BD, je le cite bien souvent lorsqu'on me demande les meilleures BD que j'ai lu. Et si il reste aussi vivace dans ma mémoire après tant d'année, c'est que chaque relecture m'a apporté autre chose, à d'autre moment de ma vie. Et que même des années après, j'ai toujours en tête ce sourire d'un idiot qui est trop heureux pour qu'on pleure.
Les Gardiens du Maser
Alors franchement, je dois admettre que je suis particulièrement content d'avoir acheté l'intégrale avec les explications supplémentaires en début de bd. En effet... Le début du récit, je dirais que ce sont principalement les 2 premiers tomes qui sont fort confus, mais après ça, le récit devient un pur plaisir :D et que dire du final... magnifique... Donc en effet, si j'avais lu ces BDs au rythme où elles sortaient je n'aurais probablement pas trop aimé.. Surtout sans les explications qui ont été ajoutées dans la version intégrale. En tout cas je dois donc dire que ce récit est tout bonnement excellentissime et les dessins... splendides.
Les Indes fourbes
Au début de l'été 2019, j'ai appris, à grand renforts de publicités sur les sites spécialisés, que Delcourt allait éditer « Les Indes fourbes », un album concocté par Alain Ayrolles (Garulfo, De Cape et de Crocs) et Juanjo Guarnido (Blacksad)… Mon sang n'a fait qu'un tour ! L'une des plumes les plus acérées de sa génération faisant équipe avec le meilleur dessinateur du 9ème art (à mes yeux)… il ne m'en fallait pas plus ! Le 28 août 2019, j'étais en magasin pour acquérir la chose convoitée depuis plusieurs semaines. Rentré chez moi, je me suis installé dans mon canapé. Le téléphone coupé, j'ai saisi l'ouvrage avec avidité, lu le prologue, quand soudain… la peur, l'angoisse. Et si… ? Et si j'en attendais trop ? Et si j'étais déçu ? N'avais-je pas fantasmé ce récit depuis des semaines ? Ne tombe-t-on pas de haut lorsque la réalité n'est pas à la hauteur du rêve ? J'ai refermé « Les Indes fourbes »... j'ai fait preuve de couardise. Je n'ai pas osé continuer. J'ai rallumé mon téléphone, repris le cours de ma vie et lu d'autres choses, qui ne présentaient pas ces enjeux. Confiné depuis 2 semaines et soulagé du temps consacré aux trajets et au sport, j'ai pu augmenter mon rythme de lecture. Après plusieurs albums, j'ai voulu choisir le suivant… et là, je suis retombé sur Pablos. Le fourbe ! Il me défiait, le regard fier, depuis la plus haute étagère de ma chambre. Fallait-il continuer à fuir ? Me laisser guider par la peur de la déception ?! JAMAIS ! AUX ARMES ! Graphiquement ma lecture a été sans surprise, mais dans le bon sens du terme. Je m'attendais à en prendre plein les yeux et j'ai été servi. Juanjo Guarnido est l'un des meilleurs, si ce n'est el mejor, et ça se voit. Les personnages sont expressifs, les forêts luxuriantes, les geôles sombres et humides, les palais majestueux. Guarnido sait tout faire et de fort belle manière. Son trait est fluide, rond et généreux. Au passage, je suis heureux de le voir développer un univers plus lumineux et si éloigné du polar noir façon Blacksad. Les décors sont variés et fourmillent de détails, à un degré rarement vu. Toutes les planches apportent quelque chose. S'ajoute à cela une édition grand format qui améliore l'expérience visuelle. Bref, chapeau l'artiste !!! Le récit est divisé en trois chapitres. Le premier, couvre la moitié de l'album et relate l'arrivée de Pablos aux « Indes » et sa quête d'Eldorado. Le second, après un rebondissement fort bien amené, apporte un éclairage nouveau sur les événements de la première partie. Enfin, le troisième chapitre fournit quelques compléments et conclut l'album d'une façon que même les plus perspicaces d'entre vous ne verront pas venir. Commençons par ce qui m'a chiffonné, avant de me convaincre. Pablos est un vil coquin, malin comme un singe et d'une inventivité folle. Gueux il est et de sa condition il entend s'extirper, par tous les moyens possibles. Même lorsque ses actes sont abjectes, une certaine noblesse se dégage de lui. Pourtant, je n'ai pas réussi à m'attacher à lui. Pire je lui trouve un côté agaçant. Cela aurait pu être un problème majeur, aimant m'attacher aux personnages. Tel n'est pas le cas en l'occurrence. Dans « Les Indes fourbes », on ne s'attache pas à l'homme mais à l'aventure et à son univers coloré. Alain Ayrolles nous emmènent en voyage et sa galerie de personnages est aussi variée qu'intéressante. La première partie est un peu longue me direz-vous... je vous le concède dans une certaine mesure. Toutefois, le second chapitre est nettement plus rythmé et apporte une toute autre lecture de cette longue introduction. L'histoire est passionnante et se lit avec avidité. Le pourquoi du comment devient une évidence. Il fallait en passer par là pour que le récit prenne toute son ampleur. Je me suis surpris à lire certains passages du second chapitre en parallèle du premier, pour vérifier certains éléments et détails. Et cette troisième partie ? Un peu tirée par les cheveux ? Sans doute ! Mais n'est-ce pas naturel après les deux chapitres précédents, avoir fait la connaissance de ce diable de Pablos et pris la mesure de son culot ? « Les Indes fourbes » sont une farce fictionnelle, une pièce de théâtre à la Molière qui trouve son sens comique en partie dans des situations absurdes. Subjectivement, ce pavé de 160 pages peut ne pas plaire. Après tout, tous les goûts sont dans la nature. Mais force est de constater qu'Alain Ayrolles n'est objectivement pas tombé dans la facilité. Son travail est réfléchi et à y regarder de plus près, l'orfèvrerie n'est plus très loin. Impossible d'entrer dans les détails sans divulgâcher… Le scénario, d'abord classique, se révèle trépidant, puis carrément audacieux ! Les liens entre les chapitres se tissent et le rythme de narration monte crescendo. Une seconde lecture ne serait d'ailleurs pas de trop pour profiter pleinement de toute cette aventure picaresque. L'impatience, la crainte, le plaisir puis l'enthousiasme… cet album m'aura fait vivre des émotions fortes. N'est-ce pas là la définition d'une bande dessinée culte ? À vous d'en décider !
Rébétiko
J'ai vraiment accroché avec le dessin de Prudhomme avec cette BD précisément. Encore aujourd'hui, je l'ouvre régulièrement, et je suis sidéré à chaque fois par le talent de l'auteur pour capter des mouvements. Très proche du cinéma pour ce qui concerne le découpage et les angles de vue (ce qui est valable selon moi pour la bande-dessinée en général, mais particulièrement vrai pour Rébétiko), chaque case est un arrêt sur image qui parvient à capter un geste, un élan, une intention, un regard, une expression. Outre le fait que Rébétiko a fait parvenir à mes oreilles une musique dont j'ignorais jusqu'à l’existence même, j'ai vraiment aimé partager cette journée (la BD se déroule sur 24H) avec cette joyeuse bande d'anarchistes qui ne disent pas leur nom. Ils emmerdent le pouvoir à leur manière : en maintenant leur art vivant. En vivant, tout simplement, appliquant en cela les précieux conseils d'un certain Baudelaire qui écrivait : "Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge vous répondront il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse, de vin, de poésie, de vertu, à votre guise." Alors c'est ce que s'appliquent à faire les "rébètes", et c'est un peu ce que l'on fait soi-même en déambulant avec eux jusqu'au petit matin. En guise de fin, Prudhomme nous offre une scène de toute beauté au cours de laquelle les protagonistes traversent un bras de mer (ou descendent un fleuve, on ne sait pas mais qu'importe), accompagnés par le jour qui point peu à peu. Cette scène me renvoie à mes jeunes années de beuverie où encore saouls, nous regardions le soleil passer l'horizon, l'atmosphère nous grisant davantage de sa douce quiétude et nous conférant le sentiment d'avoir vaincu la nuit. Le sentiment d'être immortels.