Cet album est absolument remarquable il faut bien le reconnaitre. Tout y est: le fond et la forme avec un final à "couper le souffle" digne des plus grands polars.
Il faut le dire d'emblée, cet album est l'adaptation d'un polar à succès. Ce qui explique la qualité du scénario. Encore fallait-il réussir l'adaptation en bandes dessinées, ce qui a été fait d'une main de maître. L'intrigue n'est pas forcément le point central de cette histoire. L'essentiel est la forme et la manière dont les auteurs parviennent à "manipuler" les lecteurs et à leur préparer un final en apothéose.
L'intrigue se déroule au siècle dernier dans le village bien connu de Giverny, et bien entendu, la peinture est la toile de fond de cette histoire et un des mobiles potentiels des crimes commis sur la Commune. Et puis il a le destin de femmes de tout âge, du moins le croit-on, dont les destins s'entremêlent, et l'arrivée d'un commissaire de police dont l'objectivité est vite remise en cause du fait de l'attrait qu'il éprouve pour l'une d'elles.
Inutile d'en dire plus à propos de cet album qui doit être lu avant d'être raconté
On ne peut pas non plus passer sur la qualité du dessin de Cassegrain, un dessinateur dont le style oscille entre celui de Prado ou de Gibrat, et dont la mise en couleur n'a rien à envier à ces glorieux ainés.
Cet album fait partie de ceux que l'on doit avoir dans sa bibliothèque je crois
Alors là mesdames et messieurs, je dis oui ! Oui tout de suite et sans concession à cette BD merveilleuse qui a su ENFIN établir quelque chose de beau et de poétique sur la question du travestissement ou du transgenre. Et nom d'un chien ça fait du bien de lire ça !
Je ne serais absolument pas objectif sur cette BD parce que j'ai été ému jusqu'aux larmes lors de ma lecture ET de la fin, donc autant dire que niveau ressenti j'ai été dedans à pieds joints. Alors tout est fait pour : le style de narration qui emprunte le chemin du conte pour pouvoir faire de temps en temps des petites incartades particulièrement bien senties (comme cette énorme réflexion que fait le roi sur le changement du monde et la nécessité d'accepter ce qui paraissait encore impensable hier). Le trait en rondeur, en douceur même, avec ses couleurs chatoyantes et douces en même temps ... Et bien sûr, tout le message qui en est dégagé ! Je dirais bien qu'il y a une belle histoire d'amour en plus, mais en vrai le propos n'est pas tant sur la romance que sur le regard, et à cet égard je suis subjugué par la justesse du propos.
En fait, je crois bien que c'est la première fois que je lis une BD aussi joliment faite et aussi assumé dans son propos : le travestissement est accepté par le protagoniste, qui ne se remet pas en question en tant que "déviant" de la norme, et toute l'histoire tourne autour du regard des autres là-dessus. Et c'est foutrement bien joué : pas de questionnement sur ce qu'il est ou ce qu'il ressent. Il le sait, il l'assume et la seule personne qui partage son secret en fait de même. Voila le genre de message positif qu'on devrait lire bien plus souvent. Surtout quand c'est aussi bien mis en scène ...
Et je ne peux même pas parler de tout ! Emile, le majordome, qui sait tout et se contente de dire "ça ne me concerne pas", comme beaucoup devraient le faire dans la vie; les discours de certaines personnes (notamment sur la fin) qui sont d'une sacrée pertinence ... Oui, je suis vraiment ébloui par la beauté de ce conte et la justesse de son ton. Ni moralisateur, ni dénonciateur, il se contente de faire une histoire belle et tendre sur un fait qui est vu comme normal. Et en lisant ce genre d'histoire, je me dis que j'ai vraiment hâte que ce soit la norme sociétale également.
Je ne veux même pas épiloguer sur le dessin, qui rehausse l'ensemble par un trait totalement adapté au conte, une colorisation magique et des magnifiques costumes. C'est simple et beau, efficace, ... Je ne sais quoi en dire.
Oui, encore une fois je m'emporte, je lâche des grands mots, je suis sous le charme. Mais quand une BD est aussi simple et belle, aussi merveilleuse de ton et aussi touchante, avec une portée quasi-universelle, je crois bien que je n'ai même pas besoin de justifier ma note. C'est beau, diablement beau, et j'en ai encore une humidité au coin de l’œil après cette critique. Quand la BD est capable de nous toucher autant, il est parfois nécessaire de se taire et de simplement apprécier. Ce que je retourne faire en espérant que vous irez vite en faire de même.
Il y a des rencontres apparemment anodines qui scellent le sort d'un monde... Indéniablement, celle entre René Goscinny et Albert Uderzo est de celles-ci.
La rencontre entre un petit bonhomme à la bouille rondouillarde et un grand dadais au visage carré peut prêter à sourire. Le duo naissant semble tout droit sorti de l'imagination d'un scénariste de bande dessinée. Leur rencontre est la plus commune qui soit, deux grains de sables qui se rencontrent dans la vaste plage du monde.
Mais l'alchimie parfaite qui voit le jour entre les deux est celle qui va leur dicter toute leur oeuvre. Le génie du dessin mis au service du génie du scénario, à moins que ce ne soit l'inverse. Tous les deux fortement influencés par l'art américain (n'oublions pas que René Goscinny était parti aux Etats-Unis dans le but de travailler pour Walt Disney, tandis que l'influence américaine est omniprésente dans le "Arys Buck" d'Uderzo), ils vont ironiquement créer un nouvel art français de chez français.
Peut-être le vrai génie dans l'affaire est-il en fait Jean-Michel Charlier, qui les mit en contact, ayant sans nul doute un flair unique pour discerner le talent là où il se cache. En attendant, c'est grâce à lui que nos deux compères vont écrire plus de 25 ans de l'histoire de la bande dessinée, et - osons le dire - de l'Histoire tout court...
La carrière commune d'Albert et René est une longue escalade jusqu'à ce point culminant qu'est "Astérix". Jehan Pistolet, Luc Junior, Benjamin et Benjamine, "Bill Blanchart", "Poussin et Poussif", "La Famille Cokalane", Oumpah-Pah, tout cela devait irrémédiablement mener au grand chef-d'œuvre... Dans les uns, on voit s'affirmer une rigueur d'écriture impressionnante, tant Goscinny y révèle un sens de la narration à toute épreuve, dans les autres, c'est l'humour qui s'affirme, et dans tous, c'est le trait d'Uderzo qui s'affine et se dessine dans la forme définitive qu'on lui connaîtra.
Ainsi, "Astérix", c'est l'apothéose d'une carrière prolifique. Il a failli être réduit à une adaptation du "Roman de Renart", qui aurait été forcément savoureuse, mais n'aurait sans doute pas permis aux deux auteurs de voler de leurs propres ailes. Avec le petit gaulois, la liberté est totale. Si le trait d'Uderzo n'est pas encore tout-à-fait achevé dans ses premiers albums, il est déjà d'une limpidité qui en dit long sur le génie du dessinateur, tandis que Goscinny met tout son cœur et toute son âme dans un scénario parfaitement troussé, où l'humour touche la maturité qui caractérisera toute la saga.
Tout Goscinny est là-dedans : la finesse des dialogues, l'amour du calembour, l'art de l'anachronisme et de l'allusion bien placée, l'art du stéréotype (car le stéréotype peut être un art, la preuve !) et des personnages hauts en couleurs... Autant d'éléments qui feront florès durant la saga entière, dont chaque tome réussira le tour de force de renouveler constamment l'intrigue, tout en réutilisant les mêmes gimmicks géniaux et en faisant voyager nos héros sans jamais basculer dans le récit capillotracté ou le racisme de mauvais aloi.
Le plus grand génie de Goscinny, c'est sans nul doute de réussir à parler à toutes les générations en même temps. Enfant comme adulte, on a tous les mêmes réactions devant "Astérix". Mieux, René Goscinny accompagne toute notre croissance en nous faisant découvrir de nouveaux éléments à chaque lecture...
Le tout au gré d'un dessin qui s'arrondit pour le mieux lors des premiers albums, déformant à loisir ses personnages, mais en gardant toujours un sens des proportions inouï dont seul Uderzo avait le secret.
Et au fur et à mesure des albums, on apprend à mieux faire connaissance avec ces gens qui deviendront comme des amis, comme une famille : les sanguins forgeron et vendeur de poisson, le barde déconnecté, le chef dépassé par les événements, les femmes qui ne sont pas en reste... Tous ces gens au milieu desquels on apprend à vivre de tome en tome, et dont on a plus de mal à se séparer à chaque fois.
Heureusement, la saga vivra assez longtemps pour qu'on ne puisse pas épuiser le filon. Il y a bien trop de tomes pour que l'on puisse se lasser de cette série.
Malheureusement, après la mort de Goscinny, la saga continuera à vivre de manière tout-à-fait décente pour s'amenuiser petit-à-petit jusqu'à sombrer dans le gouffre que l'on connaît (des extraterrestres dans Astérix ? Où avez-vous vu ça ? En tous cas, moi, jamais entendu parler...). Être un génie du dessin ne fait pas de nous un scénariste hors-pair pour autant...
Ferri et Conrad parviendront plus ou moins à redresser la barre, mais qu'on le veuille ou non, l'heure d'Astérix est passée. C'est toujours une bonne saga, mais elle est devenue une BD comme les autres.
Non, ce qui est immortel, c'est bel et bien la période Goscinny, ces 20 durant lesquels la BD française connut son heure de gloire, durant lesquels la littérature française trouva un de ses sommets là où on ne l'attendait pas. Et c'est bien ce qui fait d'Astérix une saga aussi géniale : que ce soit en 1959 ou en 2019, elle constitue pour ses lecteurs émerveillés une éternelle surprise, gravée à jamais dans le marbre de la mémoire collective, et dans celui de l'Histoire...
Il y a des BD, comme ça, qu'on découvre totalement par hasard, et qui deviennent cultes d'un seul coup. "Bone" est de celles-là. Je l'ai tenté sans grande motivation, uniquement poussé par le fait qu'Alain Ayroles était lié indirectement à cette BD, puisqu'il a participé à la traduction des premiers tomes, ce qui me paraissait tout de même une garantie relativement solide, mais pas franchement sûre.
Et bien m'en a pris : dès les premières pages, je suis tombé amoureux de cette saga.
Au début, on se demande un peu dans quoi on s'embarque et si c'est bien de notre âge, tant on a l'impression d'avoir plongé le nez dans un vieux numéro de "Picsou". Même les personnages nous rappellent ceux de notre enfance : on a l'intrépide naïf et débrouillard, l'escroc cupide prêt à tout pour de l'argent et le simplet mais attachant imbécile heureux, qui aime à se fourrer dans les pires situations possibles. Là où le lecteur adulte va se rassurer très vite, c'est dans le monde que crée Jeff Smith autour d'eux. En fait, cette saga, on pourrait la résumer par ce concept simple : Que se passerait-il si Mickey, Picsou et Dingo se retrouvaient projetés dans le monde du "Seigneur des Anneaux" ?
C'est ce que Jeff Smith nous offre. Sur un plateau en or...
En or, "Bone" l'est sûrement. Déjà, par son extraordinaire travail sur la forme. Le trait de Jeff Smith est tout bonnement incroyable : allant du pur cartoonesque au réalisme, il allie différents styles de dessin avec un étonnant brio, créant un résultat visuellement enchanteur, que l'édition en couleurs de chez Delcourt ne trahit en rien. La réussite de "Bone" tient sans nul doute pour moitié au génie du dessin.
Ce dessin plein de vie ne serait rien sans un montage dynamique qui le met en valeur, et c'est bien ce que nous propose l'auteur-dessinateur ici. Chaque page est un plaisir pour les yeux, tant l'action est toujours lisible malgré le désordre qui y règne dans l'intrigue, et l'on suit avec un intérêt constant les aventures déjantées de nos personnages.
Mais, bien évidemment, le scénario et les personnages suivent. Smith réussit à brosser des caractères fort bien développés en partant de stéréotypes connus (voir ci-dessus), et en leur donnant de plus en plus d'épaisseur au fur et à mesure que l'intrigue avance. Si "Bone" commence comme une pure comédie, on comprend rapidement que la noirceur va peu à peu envahir le récit pour le tirer vers la tragédie. Et ce mélange des genres est parfaitement maîtrisé. Si l'humour n'est pas toujours hilarant, il compense à merveille le ton sombre que revêt le récit au fur et à mesure de son avancée.
En outre, Jeff Smith a eu l'intelligence de mêler ses personnages fantaisistes à des personnages humains, bien plus réalistes, qui, eux, assurent plutôt la partie sombre de la saga. Ainsi, dès leur introduction, on peut se rattacher à des points de repère forts, chacun de ces personnages ayant de vraies motivations, que l'on comprend et qui le rendent véritablement vivant.
A côté de ça, le scénario global est très bien mené, l'auteur introduisant dès le début une certaine part de mystère qui va s'épaissir pour se dissiper à l'approche de la fin, ce qui assure une immersion totale au lecteur. Il faut bien avouer que tous les fils de l'intrigue ne sont pas très faciles à débrouiller à la première lecture, mais on retrouve assez facilement ses petits (contrairement à RASL, du même auteur), et les lectures suivantes nous aident à éclaircir une intrigue aussi dense que complexe.
Bref, s'il fallait résumer "Bone", je décrirai cette saga simplement comme une immixtion du cartoon dans un univers d'heroic fantasy, mais avec un respect total des codes de ces deux genres apparemment antinomiques. Là où l'un et l'autre auraient pu s'autodétruire, ils sont au contraire parfaitement mis en valeur l'un par l'autre, et permettent à Jeff Smith de construire un univers fascinant, dans lequel on se plonge volontiers pour n'en sortir qu'à regret. Si tant est qu'on arrive à en sortir un jour...
"Je suis venu en paix, ben tu vas nous la foutre la paix !" C'est déjà par le rappel de la seule tirade intéressante du film Z Dark Angel avec Dolph Lundgren que Griffon a interpellé mes sens... Et voilà la réussite formelle de ce feuilleton : extraire tout le coté ringard de ces récits d'outre tombe pour n'en garder que le meilleur !!!
N'y allons pas par 4 chemins : Carson City est un pur chef d'oeuvre de culture geek, pulp et pop !
Je m'en explique rapidement tant l'empressement de faire apprécier ce qui est devenu à mes yeux aussi indispensable qu'un Mutafukaz voire plus est grand !
Griffon est le dessinateur talentueux et déjà unique d'un Billy Wild de grande envergure par des dessins en noir et blanc de toutes beautés. Son style est parfaitement inimitable et unique à ma connaissance. Il s'agit de dessins uniquement noir & blanc présentant des personnages difformes extrêmement détaillés et finement ciselés dans des décors qui ne sont pas en reste...
Là où "Bill Wild" n'était qu'un essai réussi sur fond de western spaghetti/ambiance fantastique, j'avais déjà noté que le bonhomme ne pouvait que progresser affranchi d'un scénario somme toute classique et Carson City vient remettre de l'ordre dans tout cela car Griffon ose enfin passer la seconde et exposer son amour tarantinesque des codes narratifs (histoire décomposée en plusieurs chapitres et autant de protagonistes, allers & retours dans le temps ménageant suspens et tension, unité de lieu etc...) pour nous offrir un maestria de purs bonheurs adolescents coupables comme je les aime et dont chaque dialogue est amené à devenir culte.
Sur base d'un postulat vaguement Z avec invasions zombies et expérimentations de scientifique fou, Griffon rend hommage à toutes les oeuvres ayant excité son imaginaire en y ayant parfaitement compris ce qui rendait à la fois populaire et captivants les oeuvres de Tarantino citant à la fois Pulp Fiction et Une nuit en enfer. Les deux tomes déjà écrits et publiés en un temps record dénotent davantage d'un travail de perfectionniste soucieux d'offrir le meilleur et rien que le meilleur à ses lecteurs que d'un travail baclé sans queue ni tête car la force justement de l'auteur est de nous prouver qu'il sait parfaitement vers où il se dirige sans balbutiements inutiles. Ici on rentre dans le lard et chaque chapitre peut presque se lire de façon individuelle, le tout s'imbriquant parfaitement dans la trame principale.
Alors il s'agit d'une ènième série de zombies, de portraits de petites frappes sans grande envergure et sans héros principal ? Certes mais à aucun moment on a envie de décrocher de la lecture se délectant à la fois de tirades vraiment poilantes ou de s'extasier sur un découpage quasi parfait et de planches qui savent attiser l'oeil.
Dieu reconnaîtra les siens paraît-il ? Après avoir lu l'intégralité des 7 tomes, les amateurs de bisseries eighties vont totalement se reconnaître dans cette série qui utilise les artifices cinématographiques (présentation désopilante des protagonistes/acteurs sous forme d'arrêt sur l'image et à l'avenir incertain et ironique) et qui restera dans les annales de la bande dessinée européenne underground, à n'en pas douter...
L'ajout de quelques personnages savoureusement kitch et populaires et pas mal de sous intrigues continuent d'enrichir constamment les quelques 600 pages. En se réappropriant des lieux et situations déjà vues et revues mille fois ailleurs mais sous un oeil avisé, Griffon renouvelle le genre par une maîtrise hors norme des scènes d'action mais surtout de dialogues amenés à devenir cultes.
Hilarant et rythmé tout en ne ressemblant à aucune autre oeuvre, Carson City devrait faire date tout en exposant la générosité d'un auteur qui n'aura cessé d'évoluer.
Recommandé et recommandable ? Non indispensable !!! ;-)
Un nouveau Trondheim ne se refuse pas…
Euh mais comme tous mes avis sur ses œuvres commencent toujours par ce même et unique dicton, il va sans dire qu’il faudrait un peu étayer ce genre d’arguments. En plus Trondheim n’aide pas à la transparence puisqu’un coup d’œil sur la seule couverture suffit à nous en rappeler le bon souvenir des Donjon !
Passé cette fausse impression, on entre comme toujours chez Trondheim vers un univers dont lui seul possède la saveur avec ses codes de l’absurde et de l’ordinaire dans un univers d’Heroic Fantasy dont pas mal d’éléments sont absents.
Ralph est un paria au sein de sa communauté et dont le seul tort est de ne pas être l’élu tant désiré du village qui les aidera à repousser une horde d’étrangers belliqueux. Non en lieu et place d’un super pouvoir qui pourrait rebouter les vilains, Ralph a le seul don de connaître si la personne en face de lui va avoir des enfants ou non. Une piètre qualité pour un supposé sauveur que les notables ne vont guère lui pardonner… pour notre plus grand plaisir !
Trondheim se lâche et nous sort un florilège de corniauds bien pensants… et si le premier opus a un peu de mal à décoller il pose parfaitement la base de tout ce joli monde par le truchement de flashbacks bien mis en scène aux moments clés qui nous en révèlent un peu plus…
La couleur est un peu plus travaillée qu'à son habitude avec de très jolis rendus pastels par Brigitte Findakly et sans sortir des registres du label Trondheim, cela apporte un peu de diversité et de nouveauté…
Par un mélange d'improvisation mais tout en conservant une grande maîtrise des évènements, Trondheim surprend et mène son récit sur l'ascension d'un loser tout en en développant un "lore" aussi conséquent que cohérent sur l'origine des Bleuis (ces personnages dotés d'un don après la conjonction des deux lunes de cet univers) ou des artefacts magiques.
Ce mélange inhabituel de poésie et de fantasie condense l'humour absurde et l'évolution particulière d'un exclu cynique dans le style unique d'un auteur prolifique.
Ralph Azham ne fait que monter en puissance au fil de ses cycles et synthétise peut être enfin ce qu'on apprécie le plus chez Trondheim, seul maître à bord de cet univers qui lui ressemble et nous plait tant. La recette de la maturité sans aucun doute.
Pendant que le public amateur de bons mots et d'Héroic Fantasy déjantée se réjouit du retour improbable de Donjon, d'autres récits du même acabit arrivent sans crier gare et pourraient même tirer la couverture à eux.
Cette "Boule de feu" réalisée à 4 mains en est un excellent exemple. Qui aurait pu jauger d'une collaboration improbable entre deux auteurs aux univers distincts et aux techniques si différentes ? Et pourtant on tient ici un petit bijou d'humour absurde dont le contraste des personnages rigolos d'Anouk Ricard se fond parfaitement dans les décors lumineux et inspirés créent une atmosphère hypnotique unique.
En partant d'un pitch relativement simple où il est question de rapatrier du monde des humains un Magicien capable de sauver une contrée lointaine d'envahisseurs par la fameuse Boule de Feu du titre, Anouk Ricard développe une jolie bande de bras cassés pour le plus grand plaisir du lecteur.
Fernando n'est guère motivé par sa quête et le Mage Patrix proclamé comme grand sauveur a tout oublié de ses origines ésotériques. L'équipe est bien mal barrée pour sauver le village d'autant plus que le retour ne se fera pas au bon endroit et qu'il leur faudra braver différentes contrées inhospitalières dans un délai imparti.
La suite ne sera qu'une succession de fous rires et de réparties hilarantes tout au long de leurs rencontres hasardeuses.
Et si on rit souvent des bons mots des personnages grotesques d'Anouk Ricard, nos rétines s'attardent souvent sur les décors travaillés d'Etienne Chaize qui renvoient directement à son magnifique travail sur sa précédente oeuvre Hélios.
La technique n'est pas nouvelle et a déjà été employée en incrustant personnages dessinés sur décors photoshopés avec beaucoup moins de succès que par cette Boule de Feu. Ici tout se mêle dans un naturel confondant sans oublier de développer une histoire drôle mais également parfaitement équilibrée.
Il est également à noter que si le prix pour 70 pages reste élevé, les éditions 2024 ont une fois de plus réalisé un livre de grand format et de grande qualité qui ne risquera pas de prendre la poussière dans votre bibliothèque.
Boule de feu est un excellent antidote contre la morosité et en tous points un pari réussi. Incontournable.
Ro a écrit :
"Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable !"
Je suis entièrement d'accord avec sa chronique et j'ai eu exactement la même sensation de m'être fait avoir (pour mon plus grand plaisir) et j'ai eu le même réflexe de vérifier la cohérence des planches précédentes... sans faute !
Mise en scène maline, intelligente et subtile avec de superbes dessins et décors sublimes de Cassegrain.
Bref, gros coup de cœur chaudement recommandé.
Je ne connaissais pas du tout Fabien Toulmé et cette BD, énorme pavé de 270 pages, a été un véritable enchantement ! Même si cette œuvre est une pure fiction, l’auteur a su trouver les mots justes pour rendre l’histoire crédible. Il faut dire que refaire sa vie en plaquant un soi-disant « bon » boulot rémunérateur pour se lancer à l’aventure est le rêve de pas mal de gens mais très peu osent réellement se jeter à l’eau.
Outre une histoire sympa, il y a une tendresse dans les rapports entre les deux frères qui fait plaisir à voir (et à lire). De plus, certaines situations, qui pourtant pourraient sembler assez banales, m’ont fait bien rire. Je pense que le dessin, simple mais efficace, y est pour beaucoup.
Scénario est assez classique mais très bien construit, dessin très fluide. Pour paraphraser Sacha Guitry qui disait « Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. », je dirais qu’après que vous ayez fini de lire cette BD, vous resterez encore bercé par son ambiance un bon petit bout de temps...
Bref, à lire absolument !
Une série culte d'Heroic Fantasy (sans aucune volonté d'être historique selon moi) avec sorcière, loup-garou et autres monstres. Florie, jeune et belle sorcière, part à la recherche de sa soeur. Au cours de ses aventures, elle se frottera au seigneur sans pitié de Mortepierre, au frère inquisiteur, aux religieuses d'un couvent, aux monstres des marais,...
Le dessin est à couper le souffle. Mohamed Aouamri signe là ses plus belles planches selon moi (loin devant la Quête et Saga Valta)! Un vrai chef-d'oeuvre!
J'ai adoré également le scénario et les dialogues: entre "Les Compagnons du crépuscules" et "Justine ou les Malheurs de la vertu" du marquis de Sade.
L'ensemble de l'oeuvre est assez érotique. Réserver la lecture à un public averti!
A partir du Tome 5, Rafa Garres, inexpérimenté, piteux et malhabile, remplace Mohamed Aouamri au dessin. Garres signera à lui tout seul le naufrage de cette sublime série qui sera abandonnée.
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Nymphéas noirs
Cet album est absolument remarquable il faut bien le reconnaitre. Tout y est: le fond et la forme avec un final à "couper le souffle" digne des plus grands polars. Il faut le dire d'emblée, cet album est l'adaptation d'un polar à succès. Ce qui explique la qualité du scénario. Encore fallait-il réussir l'adaptation en bandes dessinées, ce qui a été fait d'une main de maître. L'intrigue n'est pas forcément le point central de cette histoire. L'essentiel est la forme et la manière dont les auteurs parviennent à "manipuler" les lecteurs et à leur préparer un final en apothéose. L'intrigue se déroule au siècle dernier dans le village bien connu de Giverny, et bien entendu, la peinture est la toile de fond de cette histoire et un des mobiles potentiels des crimes commis sur la Commune. Et puis il a le destin de femmes de tout âge, du moins le croit-on, dont les destins s'entremêlent, et l'arrivée d'un commissaire de police dont l'objectivité est vite remise en cause du fait de l'attrait qu'il éprouve pour l'une d'elles. Inutile d'en dire plus à propos de cet album qui doit être lu avant d'être raconté On ne peut pas non plus passer sur la qualité du dessin de Cassegrain, un dessinateur dont le style oscille entre celui de Prado ou de Gibrat, et dont la mise en couleur n'a rien à envier à ces glorieux ainés. Cet album fait partie de ceux que l'on doit avoir dans sa bibliothèque je crois
Le Prince et la Couturière
Alors là mesdames et messieurs, je dis oui ! Oui tout de suite et sans concession à cette BD merveilleuse qui a su ENFIN établir quelque chose de beau et de poétique sur la question du travestissement ou du transgenre. Et nom d'un chien ça fait du bien de lire ça ! Je ne serais absolument pas objectif sur cette BD parce que j'ai été ému jusqu'aux larmes lors de ma lecture ET de la fin, donc autant dire que niveau ressenti j'ai été dedans à pieds joints. Alors tout est fait pour : le style de narration qui emprunte le chemin du conte pour pouvoir faire de temps en temps des petites incartades particulièrement bien senties (comme cette énorme réflexion que fait le roi sur le changement du monde et la nécessité d'accepter ce qui paraissait encore impensable hier). Le trait en rondeur, en douceur même, avec ses couleurs chatoyantes et douces en même temps ... Et bien sûr, tout le message qui en est dégagé ! Je dirais bien qu'il y a une belle histoire d'amour en plus, mais en vrai le propos n'est pas tant sur la romance que sur le regard, et à cet égard je suis subjugué par la justesse du propos. En fait, je crois bien que c'est la première fois que je lis une BD aussi joliment faite et aussi assumé dans son propos : le travestissement est accepté par le protagoniste, qui ne se remet pas en question en tant que "déviant" de la norme, et toute l'histoire tourne autour du regard des autres là-dessus. Et c'est foutrement bien joué : pas de questionnement sur ce qu'il est ou ce qu'il ressent. Il le sait, il l'assume et la seule personne qui partage son secret en fait de même. Voila le genre de message positif qu'on devrait lire bien plus souvent. Surtout quand c'est aussi bien mis en scène ... Et je ne peux même pas parler de tout ! Emile, le majordome, qui sait tout et se contente de dire "ça ne me concerne pas", comme beaucoup devraient le faire dans la vie; les discours de certaines personnes (notamment sur la fin) qui sont d'une sacrée pertinence ... Oui, je suis vraiment ébloui par la beauté de ce conte et la justesse de son ton. Ni moralisateur, ni dénonciateur, il se contente de faire une histoire belle et tendre sur un fait qui est vu comme normal. Et en lisant ce genre d'histoire, je me dis que j'ai vraiment hâte que ce soit la norme sociétale également. Je ne veux même pas épiloguer sur le dessin, qui rehausse l'ensemble par un trait totalement adapté au conte, une colorisation magique et des magnifiques costumes. C'est simple et beau, efficace, ... Je ne sais quoi en dire. Oui, encore une fois je m'emporte, je lâche des grands mots, je suis sous le charme. Mais quand une BD est aussi simple et belle, aussi merveilleuse de ton et aussi touchante, avec une portée quasi-universelle, je crois bien que je n'ai même pas besoin de justifier ma note. C'est beau, diablement beau, et j'en ai encore une humidité au coin de l’œil après cette critique. Quand la BD est capable de nous toucher autant, il est parfois nécessaire de se taire et de simplement apprécier. Ce que je retourne faire en espérant que vous irez vite en faire de même.
Astérix
Il y a des rencontres apparemment anodines qui scellent le sort d'un monde... Indéniablement, celle entre René Goscinny et Albert Uderzo est de celles-ci. La rencontre entre un petit bonhomme à la bouille rondouillarde et un grand dadais au visage carré peut prêter à sourire. Le duo naissant semble tout droit sorti de l'imagination d'un scénariste de bande dessinée. Leur rencontre est la plus commune qui soit, deux grains de sables qui se rencontrent dans la vaste plage du monde. Mais l'alchimie parfaite qui voit le jour entre les deux est celle qui va leur dicter toute leur oeuvre. Le génie du dessin mis au service du génie du scénario, à moins que ce ne soit l'inverse. Tous les deux fortement influencés par l'art américain (n'oublions pas que René Goscinny était parti aux Etats-Unis dans le but de travailler pour Walt Disney, tandis que l'influence américaine est omniprésente dans le "Arys Buck" d'Uderzo), ils vont ironiquement créer un nouvel art français de chez français. Peut-être le vrai génie dans l'affaire est-il en fait Jean-Michel Charlier, qui les mit en contact, ayant sans nul doute un flair unique pour discerner le talent là où il se cache. En attendant, c'est grâce à lui que nos deux compères vont écrire plus de 25 ans de l'histoire de la bande dessinée, et - osons le dire - de l'Histoire tout court... La carrière commune d'Albert et René est une longue escalade jusqu'à ce point culminant qu'est "Astérix". Jehan Pistolet, Luc Junior, Benjamin et Benjamine, "Bill Blanchart", "Poussin et Poussif", "La Famille Cokalane", Oumpah-Pah, tout cela devait irrémédiablement mener au grand chef-d'œuvre... Dans les uns, on voit s'affirmer une rigueur d'écriture impressionnante, tant Goscinny y révèle un sens de la narration à toute épreuve, dans les autres, c'est l'humour qui s'affirme, et dans tous, c'est le trait d'Uderzo qui s'affine et se dessine dans la forme définitive qu'on lui connaîtra. Ainsi, "Astérix", c'est l'apothéose d'une carrière prolifique. Il a failli être réduit à une adaptation du "Roman de Renart", qui aurait été forcément savoureuse, mais n'aurait sans doute pas permis aux deux auteurs de voler de leurs propres ailes. Avec le petit gaulois, la liberté est totale. Si le trait d'Uderzo n'est pas encore tout-à-fait achevé dans ses premiers albums, il est déjà d'une limpidité qui en dit long sur le génie du dessinateur, tandis que Goscinny met tout son cœur et toute son âme dans un scénario parfaitement troussé, où l'humour touche la maturité qui caractérisera toute la saga. Tout Goscinny est là-dedans : la finesse des dialogues, l'amour du calembour, l'art de l'anachronisme et de l'allusion bien placée, l'art du stéréotype (car le stéréotype peut être un art, la preuve !) et des personnages hauts en couleurs... Autant d'éléments qui feront florès durant la saga entière, dont chaque tome réussira le tour de force de renouveler constamment l'intrigue, tout en réutilisant les mêmes gimmicks géniaux et en faisant voyager nos héros sans jamais basculer dans le récit capillotracté ou le racisme de mauvais aloi. Le plus grand génie de Goscinny, c'est sans nul doute de réussir à parler à toutes les générations en même temps. Enfant comme adulte, on a tous les mêmes réactions devant "Astérix". Mieux, René Goscinny accompagne toute notre croissance en nous faisant découvrir de nouveaux éléments à chaque lecture... Le tout au gré d'un dessin qui s'arrondit pour le mieux lors des premiers albums, déformant à loisir ses personnages, mais en gardant toujours un sens des proportions inouï dont seul Uderzo avait le secret. Et au fur et à mesure des albums, on apprend à mieux faire connaissance avec ces gens qui deviendront comme des amis, comme une famille : les sanguins forgeron et vendeur de poisson, le barde déconnecté, le chef dépassé par les événements, les femmes qui ne sont pas en reste... Tous ces gens au milieu desquels on apprend à vivre de tome en tome, et dont on a plus de mal à se séparer à chaque fois. Heureusement, la saga vivra assez longtemps pour qu'on ne puisse pas épuiser le filon. Il y a bien trop de tomes pour que l'on puisse se lasser de cette série. Malheureusement, après la mort de Goscinny, la saga continuera à vivre de manière tout-à-fait décente pour s'amenuiser petit-à-petit jusqu'à sombrer dans le gouffre que l'on connaît (des extraterrestres dans Astérix ? Où avez-vous vu ça ? En tous cas, moi, jamais entendu parler...). Être un génie du dessin ne fait pas de nous un scénariste hors-pair pour autant... Ferri et Conrad parviendront plus ou moins à redresser la barre, mais qu'on le veuille ou non, l'heure d'Astérix est passée. C'est toujours une bonne saga, mais elle est devenue une BD comme les autres. Non, ce qui est immortel, c'est bel et bien la période Goscinny, ces 20 durant lesquels la BD française connut son heure de gloire, durant lesquels la littérature française trouva un de ses sommets là où on ne l'attendait pas. Et c'est bien ce qui fait d'Astérix une saga aussi géniale : que ce soit en 1959 ou en 2019, elle constitue pour ses lecteurs émerveillés une éternelle surprise, gravée à jamais dans le marbre de la mémoire collective, et dans celui de l'Histoire...
Bone
Il y a des BD, comme ça, qu'on découvre totalement par hasard, et qui deviennent cultes d'un seul coup. "Bone" est de celles-là. Je l'ai tenté sans grande motivation, uniquement poussé par le fait qu'Alain Ayroles était lié indirectement à cette BD, puisqu'il a participé à la traduction des premiers tomes, ce qui me paraissait tout de même une garantie relativement solide, mais pas franchement sûre. Et bien m'en a pris : dès les premières pages, je suis tombé amoureux de cette saga. Au début, on se demande un peu dans quoi on s'embarque et si c'est bien de notre âge, tant on a l'impression d'avoir plongé le nez dans un vieux numéro de "Picsou". Même les personnages nous rappellent ceux de notre enfance : on a l'intrépide naïf et débrouillard, l'escroc cupide prêt à tout pour de l'argent et le simplet mais attachant imbécile heureux, qui aime à se fourrer dans les pires situations possibles. Là où le lecteur adulte va se rassurer très vite, c'est dans le monde que crée Jeff Smith autour d'eux. En fait, cette saga, on pourrait la résumer par ce concept simple : Que se passerait-il si Mickey, Picsou et Dingo se retrouvaient projetés dans le monde du "Seigneur des Anneaux" ? C'est ce que Jeff Smith nous offre. Sur un plateau en or... En or, "Bone" l'est sûrement. Déjà, par son extraordinaire travail sur la forme. Le trait de Jeff Smith est tout bonnement incroyable : allant du pur cartoonesque au réalisme, il allie différents styles de dessin avec un étonnant brio, créant un résultat visuellement enchanteur, que l'édition en couleurs de chez Delcourt ne trahit en rien. La réussite de "Bone" tient sans nul doute pour moitié au génie du dessin. Ce dessin plein de vie ne serait rien sans un montage dynamique qui le met en valeur, et c'est bien ce que nous propose l'auteur-dessinateur ici. Chaque page est un plaisir pour les yeux, tant l'action est toujours lisible malgré le désordre qui y règne dans l'intrigue, et l'on suit avec un intérêt constant les aventures déjantées de nos personnages. Mais, bien évidemment, le scénario et les personnages suivent. Smith réussit à brosser des caractères fort bien développés en partant de stéréotypes connus (voir ci-dessus), et en leur donnant de plus en plus d'épaisseur au fur et à mesure que l'intrigue avance. Si "Bone" commence comme une pure comédie, on comprend rapidement que la noirceur va peu à peu envahir le récit pour le tirer vers la tragédie. Et ce mélange des genres est parfaitement maîtrisé. Si l'humour n'est pas toujours hilarant, il compense à merveille le ton sombre que revêt le récit au fur et à mesure de son avancée. En outre, Jeff Smith a eu l'intelligence de mêler ses personnages fantaisistes à des personnages humains, bien plus réalistes, qui, eux, assurent plutôt la partie sombre de la saga. Ainsi, dès leur introduction, on peut se rattacher à des points de repère forts, chacun de ces personnages ayant de vraies motivations, que l'on comprend et qui le rendent véritablement vivant. A côté de ça, le scénario global est très bien mené, l'auteur introduisant dès le début une certaine part de mystère qui va s'épaissir pour se dissiper à l'approche de la fin, ce qui assure une immersion totale au lecteur. Il faut bien avouer que tous les fils de l'intrigue ne sont pas très faciles à débrouiller à la première lecture, mais on retrouve assez facilement ses petits (contrairement à RASL, du même auteur), et les lectures suivantes nous aident à éclaircir une intrigue aussi dense que complexe. Bref, s'il fallait résumer "Bone", je décrirai cette saga simplement comme une immixtion du cartoon dans un univers d'heroic fantasy, mais avec un respect total des codes de ces deux genres apparemment antinomiques. Là où l'un et l'autre auraient pu s'autodétruire, ils sont au contraire parfaitement mis en valeur l'un par l'autre, et permettent à Jeff Smith de construire un univers fascinant, dans lequel on se plonge volontiers pour n'en sortir qu'à regret. Si tant est qu'on arrive à en sortir un jour...
Apocalypse sur Carson City
"Je suis venu en paix, ben tu vas nous la foutre la paix !" C'est déjà par le rappel de la seule tirade intéressante du film Z Dark Angel avec Dolph Lundgren que Griffon a interpellé mes sens... Et voilà la réussite formelle de ce feuilleton : extraire tout le coté ringard de ces récits d'outre tombe pour n'en garder que le meilleur !!! N'y allons pas par 4 chemins : Carson City est un pur chef d'oeuvre de culture geek, pulp et pop ! Je m'en explique rapidement tant l'empressement de faire apprécier ce qui est devenu à mes yeux aussi indispensable qu'un Mutafukaz voire plus est grand ! Griffon est le dessinateur talentueux et déjà unique d'un Billy Wild de grande envergure par des dessins en noir et blanc de toutes beautés. Son style est parfaitement inimitable et unique à ma connaissance. Il s'agit de dessins uniquement noir & blanc présentant des personnages difformes extrêmement détaillés et finement ciselés dans des décors qui ne sont pas en reste... Là où "Bill Wild" n'était qu'un essai réussi sur fond de western spaghetti/ambiance fantastique, j'avais déjà noté que le bonhomme ne pouvait que progresser affranchi d'un scénario somme toute classique et Carson City vient remettre de l'ordre dans tout cela car Griffon ose enfin passer la seconde et exposer son amour tarantinesque des codes narratifs (histoire décomposée en plusieurs chapitres et autant de protagonistes, allers & retours dans le temps ménageant suspens et tension, unité de lieu etc...) pour nous offrir un maestria de purs bonheurs adolescents coupables comme je les aime et dont chaque dialogue est amené à devenir culte. Sur base d'un postulat vaguement Z avec invasions zombies et expérimentations de scientifique fou, Griffon rend hommage à toutes les oeuvres ayant excité son imaginaire en y ayant parfaitement compris ce qui rendait à la fois populaire et captivants les oeuvres de Tarantino citant à la fois Pulp Fiction et Une nuit en enfer. Les deux tomes déjà écrits et publiés en un temps record dénotent davantage d'un travail de perfectionniste soucieux d'offrir le meilleur et rien que le meilleur à ses lecteurs que d'un travail baclé sans queue ni tête car la force justement de l'auteur est de nous prouver qu'il sait parfaitement vers où il se dirige sans balbutiements inutiles. Ici on rentre dans le lard et chaque chapitre peut presque se lire de façon individuelle, le tout s'imbriquant parfaitement dans la trame principale. Alors il s'agit d'une ènième série de zombies, de portraits de petites frappes sans grande envergure et sans héros principal ? Certes mais à aucun moment on a envie de décrocher de la lecture se délectant à la fois de tirades vraiment poilantes ou de s'extasier sur un découpage quasi parfait et de planches qui savent attiser l'oeil. Dieu reconnaîtra les siens paraît-il ? Après avoir lu l'intégralité des 7 tomes, les amateurs de bisseries eighties vont totalement se reconnaître dans cette série qui utilise les artifices cinématographiques (présentation désopilante des protagonistes/acteurs sous forme d'arrêt sur l'image et à l'avenir incertain et ironique) et qui restera dans les annales de la bande dessinée européenne underground, à n'en pas douter... L'ajout de quelques personnages savoureusement kitch et populaires et pas mal de sous intrigues continuent d'enrichir constamment les quelques 600 pages. En se réappropriant des lieux et situations déjà vues et revues mille fois ailleurs mais sous un oeil avisé, Griffon renouvelle le genre par une maîtrise hors norme des scènes d'action mais surtout de dialogues amenés à devenir cultes. Hilarant et rythmé tout en ne ressemblant à aucune autre oeuvre, Carson City devrait faire date tout en exposant la générosité d'un auteur qui n'aura cessé d'évoluer. Recommandé et recommandable ? Non indispensable !!! ;-)
Ralph Azham
Un nouveau Trondheim ne se refuse pas… Euh mais comme tous mes avis sur ses œuvres commencent toujours par ce même et unique dicton, il va sans dire qu’il faudrait un peu étayer ce genre d’arguments. En plus Trondheim n’aide pas à la transparence puisqu’un coup d’œil sur la seule couverture suffit à nous en rappeler le bon souvenir des Donjon ! Passé cette fausse impression, on entre comme toujours chez Trondheim vers un univers dont lui seul possède la saveur avec ses codes de l’absurde et de l’ordinaire dans un univers d’Heroic Fantasy dont pas mal d’éléments sont absents. Ralph est un paria au sein de sa communauté et dont le seul tort est de ne pas être l’élu tant désiré du village qui les aidera à repousser une horde d’étrangers belliqueux. Non en lieu et place d’un super pouvoir qui pourrait rebouter les vilains, Ralph a le seul don de connaître si la personne en face de lui va avoir des enfants ou non. Une piètre qualité pour un supposé sauveur que les notables ne vont guère lui pardonner… pour notre plus grand plaisir ! Trondheim se lâche et nous sort un florilège de corniauds bien pensants… et si le premier opus a un peu de mal à décoller il pose parfaitement la base de tout ce joli monde par le truchement de flashbacks bien mis en scène aux moments clés qui nous en révèlent un peu plus… La couleur est un peu plus travaillée qu'à son habitude avec de très jolis rendus pastels par Brigitte Findakly et sans sortir des registres du label Trondheim, cela apporte un peu de diversité et de nouveauté… Par un mélange d'improvisation mais tout en conservant une grande maîtrise des évènements, Trondheim surprend et mène son récit sur l'ascension d'un loser tout en en développant un "lore" aussi conséquent que cohérent sur l'origine des Bleuis (ces personnages dotés d'un don après la conjonction des deux lunes de cet univers) ou des artefacts magiques. Ce mélange inhabituel de poésie et de fantasie condense l'humour absurde et l'évolution particulière d'un exclu cynique dans le style unique d'un auteur prolifique. Ralph Azham ne fait que monter en puissance au fil de ses cycles et synthétise peut être enfin ce qu'on apprécie le plus chez Trondheim, seul maître à bord de cet univers qui lui ressemble et nous plait tant. La recette de la maturité sans aucun doute.
Boule de Feu
Pendant que le public amateur de bons mots et d'Héroic Fantasy déjantée se réjouit du retour improbable de Donjon, d'autres récits du même acabit arrivent sans crier gare et pourraient même tirer la couverture à eux. Cette "Boule de feu" réalisée à 4 mains en est un excellent exemple. Qui aurait pu jauger d'une collaboration improbable entre deux auteurs aux univers distincts et aux techniques si différentes ? Et pourtant on tient ici un petit bijou d'humour absurde dont le contraste des personnages rigolos d'Anouk Ricard se fond parfaitement dans les décors lumineux et inspirés créent une atmosphère hypnotique unique. En partant d'un pitch relativement simple où il est question de rapatrier du monde des humains un Magicien capable de sauver une contrée lointaine d'envahisseurs par la fameuse Boule de Feu du titre, Anouk Ricard développe une jolie bande de bras cassés pour le plus grand plaisir du lecteur. Fernando n'est guère motivé par sa quête et le Mage Patrix proclamé comme grand sauveur a tout oublié de ses origines ésotériques. L'équipe est bien mal barrée pour sauver le village d'autant plus que le retour ne se fera pas au bon endroit et qu'il leur faudra braver différentes contrées inhospitalières dans un délai imparti. La suite ne sera qu'une succession de fous rires et de réparties hilarantes tout au long de leurs rencontres hasardeuses. Et si on rit souvent des bons mots des personnages grotesques d'Anouk Ricard, nos rétines s'attardent souvent sur les décors travaillés d'Etienne Chaize qui renvoient directement à son magnifique travail sur sa précédente oeuvre Hélios. La technique n'est pas nouvelle et a déjà été employée en incrustant personnages dessinés sur décors photoshopés avec beaucoup moins de succès que par cette Boule de Feu. Ici tout se mêle dans un naturel confondant sans oublier de développer une histoire drôle mais également parfaitement équilibrée. Il est également à noter que si le prix pour 70 pages reste élevé, les éditions 2024 ont une fois de plus réalisé un livre de grand format et de grande qualité qui ne risquera pas de prendre la poussière dans votre bibliothèque. Boule de feu est un excellent antidote contre la morosité et en tous points un pari réussi. Incontournable.
Nymphéas noirs
Ro a écrit : "Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable !" Je suis entièrement d'accord avec sa chronique et j'ai eu exactement la même sensation de m'être fait avoir (pour mon plus grand plaisir) et j'ai eu le même réflexe de vérifier la cohérence des planches précédentes... sans faute ! Mise en scène maline, intelligente et subtile avec de superbes dessins et décors sublimes de Cassegrain. Bref, gros coup de cœur chaudement recommandé.
Les Deux Vies de Baudouin
Je ne connaissais pas du tout Fabien Toulmé et cette BD, énorme pavé de 270 pages, a été un véritable enchantement ! Même si cette œuvre est une pure fiction, l’auteur a su trouver les mots justes pour rendre l’histoire crédible. Il faut dire que refaire sa vie en plaquant un soi-disant « bon » boulot rémunérateur pour se lancer à l’aventure est le rêve de pas mal de gens mais très peu osent réellement se jeter à l’eau. Outre une histoire sympa, il y a une tendresse dans les rapports entre les deux frères qui fait plaisir à voir (et à lire). De plus, certaines situations, qui pourtant pourraient sembler assez banales, m’ont fait bien rire. Je pense que le dessin, simple mais efficace, y est pour beaucoup. Scénario est assez classique mais très bien construit, dessin très fluide. Pour paraphraser Sacha Guitry qui disait « Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. », je dirais qu’après que vous ayez fini de lire cette BD, vous resterez encore bercé par son ambiance un bon petit bout de temps... Bref, à lire absolument !
Mortepierre
Une série culte d'Heroic Fantasy (sans aucune volonté d'être historique selon moi) avec sorcière, loup-garou et autres monstres. Florie, jeune et belle sorcière, part à la recherche de sa soeur. Au cours de ses aventures, elle se frottera au seigneur sans pitié de Mortepierre, au frère inquisiteur, aux religieuses d'un couvent, aux monstres des marais,... Le dessin est à couper le souffle. Mohamed Aouamri signe là ses plus belles planches selon moi (loin devant la Quête et Saga Valta)! Un vrai chef-d'oeuvre! J'ai adoré également le scénario et les dialogues: entre "Les Compagnons du crépuscules" et "Justine ou les Malheurs de la vertu" du marquis de Sade. L'ensemble de l'oeuvre est assez érotique. Réserver la lecture à un public averti! A partir du Tome 5, Rafa Garres, inexpérimenté, piteux et malhabile, remplace Mohamed Aouamri au dessin. Garres signera à lui tout seul le naufrage de cette sublime série qui sera abandonnée.