Les derniers avis (7528 avis)

Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série L'Idiot (Kang Full)
L'Idiot (Kang Full)

Je me suis décidé, pour mon 666ème avis, à réécrire intégralement un avis qui ne me satisfaisait pas sur une des BD les plus merveilleuses que j'ai jamais lu. Je ne suis pas fan des listes, des tops ou des considérations "meilleurs mangas", mais indéniablement, lorsque je cite les BD m'ayant le plus plu, le plus marqué et que je recommande à la lecture, L'Idiot est l'une de celle à laquelle je pense en premier. Parce que cette BD a ce quelque chose qui m'accroche au cerveau, et qui fait qu'aujourd'hui encore je suis touché par celle-ci à chaque relecture. L'Idiot est un manga en deux tomes, mais d'une densité assez incroyable, aussi bien dans l'histoire que dans le propos. Et l'auteur n'est pas un manchot dans ce genre, ayant déjà noté son talent de narration doublé de sa capacité à rendre ses protagonistes terriblement humain (voir Appartement et Timing). Ce n'est jamais manichéen, les personnages sont toujours complexes et leurs actions censées. Même si certains personnages semblent plus violent que d'autres, qu'on a une sorte de "méchant" de l'histoire, l'histoire développera les quelques points suffisant à le rendre non pas attachant, mais à comprendre certaines motivations. Ce qui le rendra au final plus pathétique que réellement méchant. Je pourrais parler de chacun des personnages de l'histoire, de la façon dont l'auteur l'introduit dans le récit, de comment il développe son passé, ses motivations, sa psyché, et surtout son histoire personnelle. Chaque protagoniste principal de l'histoire connaitra une histoire développé, et si l'on peut reprocher le côté happy end de la fin (dans le sens où une bonne partie des protagonistes connaissent une fin relativement heureuse) il faut laisser au récit un ton plutôt sombre dans son démarrage. La vie n'est pas rose pour les protagonistes. Et pourtant c'est eux qui font le cœur réel du récit, se croisant et s'entre-croisant autour de l'idiot, et faisant tout le récit. C'est un jeu bien ficelé qui se conclue d'une magnifique manière, triste et belle à la fois. J'ai déjà lu plusieurs fois cette BD, et pourtant, chaque relecture me fait le même effet. Les moments forts sont prenants, les personnages attachants, l'intrigue très simple permet de digresser autour sur bien des sujets (la transformation de la ville, la mafia, la solitude, l'amitié ...), bref c'est une totale réussite qui me cueille à chaque fois jusqu'à son final, qui m'émeut toujours. J'ai beau le connaitre, voir les ficelles du scénario, je ne peux m'empêcher d'avoir les yeux humides à chaque lecture. Parce que c'est suffisamment bien fait pour que je sois plongé dedans à chaque fois, pris au tripes par les angoisses, les questions et les vies de ces protagonistes. Jusqu'au dénouement. Je n'en parlerais pas longuement parce que je l'ai déjà mentionné dans mon avis sur Appartement, mais le dessin de Kang Full a quelque chose d'incroyable et de fort à la fois. Il a un don pour retransmettre les émotions, mais aussi l'humour, qui transparait plus d'une fois (notamment un personnage secondaire servant de comique de répétition mais qui acquiert une profondeur insoupçonnée en deux cases). L'auteur joue habilement des postures et expressions du personnage, des plans et des décors absent pour imposer un ton proche des protagonistes, mais aussi conférer quelque chose de lisible et clair dans la narration. En peu de cases le récit a posé ses bases, et il restera aussi prenant jusqu'au dénouement. Par des petites touches apparait le talent de l'auteur, et si je n'arrive décidément pas à mettre le doigt sur ce qui fait exactement sa force, le récit possède une mise en image qui me touche à chaque lecture. C'est impressionnant de voir comment un dessin qui semble aussi sommaire peut être aussi fort. L'Idiot, c'est un récit humain, profondément humain, et qui est le chef-d’œuvre de l'auteur selon moi. Une telle force dans le récit, je l'ai rarement lu, et je dois bien dire que c'est toujours aussi prenant après de bien nombreuses relectures. Classé dans le haut du panier de mes BD, je le cite bien souvent lorsqu'on me demande les meilleures BD que j'ai lu. Et si il reste aussi vivace dans ma mémoire après tant d'année, c'est que chaque relecture m'a apporté autre chose, à d'autre moment de ma vie. Et que même des années après, j'ai toujours en tête ce sourire d'un idiot qui est trop heureux pour qu'on pleure.

12/09/2017 (MAJ le 03/04/2020) (modifier)
Par dadou
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Gardiens du Maser
Les Gardiens du Maser

Alors franchement, je dois admettre que je suis particulièrement content d'avoir acheté l'intégrale avec les explications supplémentaires en début de bd. En effet... Le début du récit, je dirais que ce sont principalement les 2 premiers tomes qui sont fort confus, mais après ça, le récit devient un pur plaisir :D et que dire du final... magnifique... Donc en effet, si j'avais lu ces BDs au rythme où elles sortaient je n'aurais probablement pas trop aimé.. Surtout sans les explications qui ont été ajoutées dans la version intégrale. En tout cas je dois donc dire que ce récit est tout bonnement excellentissime et les dessins... splendides.

01/04/2020 (modifier)
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Au début de l'été 2019, j'ai appris, à grand renforts de publicités sur les sites spécialisés, que Delcourt allait éditer « Les Indes fourbes », un album concocté par Alain Ayrolles (Garulfo, De Cape et de Crocs) et Juanjo Guarnido (Blacksad)… Mon sang n'a fait qu'un tour ! L'une des plumes les plus acérées de sa génération faisant équipe avec le meilleur dessinateur du 9ème art (à mes yeux)… il ne m'en fallait pas plus ! Le 28 août 2019, j'étais en magasin pour acquérir la chose convoitée depuis plusieurs semaines. Rentré chez moi, je me suis installé dans mon canapé. Le téléphone coupé, j'ai saisi l'ouvrage avec avidité, lu le prologue, quand soudain… la peur, l'angoisse. Et si… ? Et si j'en attendais trop ? Et si j'étais déçu ? N'avais-je pas fantasmé ce récit depuis des semaines ? Ne tombe-t-on pas de haut lorsque la réalité n'est pas à la hauteur du rêve ? J'ai refermé « Les Indes fourbes »... j'ai fait preuve de couardise. Je n'ai pas osé continuer. J'ai rallumé mon téléphone, repris le cours de ma vie et lu d'autres choses, qui ne présentaient pas ces enjeux. Confiné depuis 2 semaines et soulagé du temps consacré aux trajets et au sport, j'ai pu augmenter mon rythme de lecture. Après plusieurs albums, j'ai voulu choisir le suivant… et là, je suis retombé sur Pablos. Le fourbe ! Il me défiait, le regard fier, depuis la plus haute étagère de ma chambre. Fallait-il continuer à fuir ? Me laisser guider par la peur de la déception ?! JAMAIS ! AUX ARMES ! Graphiquement ma lecture a été sans surprise, mais dans le bon sens du terme. Je m'attendais à en prendre plein les yeux et j'ai été servi. Juanjo Guarnido est l'un des meilleurs, si ce n'est el mejor, et ça se voit. Les personnages sont expressifs, les forêts luxuriantes, les geôles sombres et humides, les palais majestueux. Guarnido sait tout faire et de fort belle manière. Son trait est fluide, rond et généreux. Au passage, je suis heureux de le voir développer un univers plus lumineux et si éloigné du polar noir façon Blacksad. Les décors sont variés et fourmillent de détails, à un degré rarement vu. Toutes les planches apportent quelque chose. S'ajoute à cela une édition grand format qui améliore l'expérience visuelle. Bref, chapeau l'artiste !!! Le récit est divisé en trois chapitres. Le premier, couvre la moitié de l'album et relate l'arrivée de Pablos aux « Indes » et sa quête d'Eldorado. Le second, après un rebondissement fort bien amené, apporte un éclairage nouveau sur les événements de la première partie. Enfin, le troisième chapitre fournit quelques compléments et conclut l'album d'une façon que même les plus perspicaces d'entre vous ne verront pas venir. Commençons par ce qui m'a chiffonné, avant de me convaincre. Pablos est un vil coquin, malin comme un singe et d'une inventivité folle. Gueux il est et de sa condition il entend s'extirper, par tous les moyens possibles. Même lorsque ses actes sont abjectes, une certaine noblesse se dégage de lui. Pourtant, je n'ai pas réussi à m'attacher à lui. Pire je lui trouve un côté agaçant. Cela aurait pu être un problème majeur, aimant m'attacher aux personnages. Tel n'est pas le cas en l'occurrence. Dans « Les Indes fourbes », on ne s'attache pas à l'homme mais à l'aventure et à son univers coloré. Alain Ayrolles nous emmènent en voyage et sa galerie de personnages est aussi variée qu'intéressante. La première partie est un peu longue me direz-vous... je vous le concède dans une certaine mesure. Toutefois, le second chapitre est nettement plus rythmé et apporte une toute autre lecture de cette longue introduction. L'histoire est passionnante et se lit avec avidité. Le pourquoi du comment devient une évidence. Il fallait en passer par là pour que le récit prenne toute son ampleur. Je me suis surpris à lire certains passages du second chapitre en parallèle du premier, pour vérifier certains éléments et détails. Et cette troisième partie ? Un peu tirée par les cheveux ? Sans doute ! Mais n'est-ce pas naturel après les deux chapitres précédents, avoir fait la connaissance de ce diable de Pablos et pris la mesure de son culot ? « Les Indes fourbes » sont une farce fictionnelle, une pièce de théâtre à la Molière qui trouve son sens comique en partie dans des situations absurdes. Subjectivement, ce pavé de 160 pages peut ne pas plaire. Après tout, tous les goûts sont dans la nature. Mais force est de constater qu'Alain Ayrolles n'est objectivement pas tombé dans la facilité. Son travail est réfléchi et à y regarder de plus près, l'orfèvrerie n'est plus très loin. Impossible d'entrer dans les détails sans divulgâcher… Le scénario, d'abord classique, se révèle trépidant, puis carrément audacieux ! Les liens entre les chapitres se tissent et le rythme de narration monte crescendo. Une seconde lecture ne serait d'ailleurs pas de trop pour profiter pleinement de toute cette aventure picaresque. L'impatience, la crainte, le plaisir puis l'enthousiasme… cet album m'aura fait vivre des émotions fortes. N'est-ce pas là la définition d'une bande dessinée culte ? À vous d'en décider !

31/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Rébétiko
Rébétiko

J'ai vraiment accroché avec le dessin de Prudhomme avec cette BD précisément. Encore aujourd'hui, je l'ouvre régulièrement, et je suis sidéré à chaque fois par le talent de l'auteur pour capter des mouvements. Très proche du cinéma pour ce qui concerne le découpage et les angles de vue (ce qui est valable selon moi pour la bande-dessinée en général, mais particulièrement vrai pour Rébétiko), chaque case est un arrêt sur image qui parvient à capter un geste, un élan, une intention, un regard, une expression. Outre le fait que Rébétiko a fait parvenir à mes oreilles une musique dont j'ignorais jusqu'à l’existence même, j'ai vraiment aimé partager cette journée (la BD se déroule sur 24H) avec cette joyeuse bande d'anarchistes qui ne disent pas leur nom. Ils emmerdent le pouvoir à leur manière : en maintenant leur art vivant. En vivant, tout simplement, appliquant en cela les précieux conseils d'un certain Baudelaire qui écrivait : "Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge vous répondront il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse, de vin, de poésie, de vertu, à votre guise." Alors c'est ce que s'appliquent à faire les "rébètes", et c'est un peu ce que l'on fait soi-même en déambulant avec eux jusqu'au petit matin. En guise de fin, Prudhomme nous offre une scène de toute beauté au cours de laquelle les protagonistes traversent un bras de mer (ou descendent un fleuve, on ne sait pas mais qu'importe), accompagnés par le jour qui point peu à peu. Cette scène me renvoie à mes jeunes années de beuverie où encore saouls, nous regardions le soleil passer l'horizon, l'atmosphère nous grisant davantage de sa douce quiétude et nous conférant le sentiment d'avoir vaincu la nuit. Le sentiment d'être immortels.

30/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Fleurs rouges
Les Fleurs rouges

La réédition de l'intégralité des œuvres de Tsuge par Cornélius est une bénédiction. De cet auteur obscur, longtemps opposé à toute tentative de traduction des ses œuvres, on connaissait uniquement l'édition de L'homme sans talent parue chez Ego Comme X en 2004. La lecture de ce manga m'avait alors enchanté, moi qui ne suis pas très versé dans la bande dessinée japonaise au sujet de laquelle je suis longtemps resté cantonné dans mes a priori. C'est donc non sans une certaine curiosité que j'ai entamé ce premier tome rassemblant les nouvelles graphiques de Tsuge parue entre 1967 et 1968. Il faut signaler que l'édition de ses œuvres n'est pas appelée à suivre nécessairement un ordre chronologique, mais qu'elle réunit plutôt les nouvelles par "période", chacun des 7 volumes (4 restant à paraitre) prenant le titre d'une nouvelle en particulier, soit parce qu'elle est caractéristique de la dite période (c'est le cas ici), soit parce celle-ci marque un tournant dans l’œuvre de l'auteur (c'est le cas par exemple du volume 2 intitulé La vis). Cela étant dit, il convient de saluer la qualité exceptionnelle de cette édition. Couverture rigide, épaisse, belle jaquette repliée sur elle-même (ce qui renforce l'impression de solidité du papier), présence d'un signet en tissu incorporé au tranchefil, reliure cousue, papier de qualité... L'objet est très beau et agréable à lire. S'ajoute à cela un appareil critique de qualité, de nombreuses traductions émaillant les pages (même les onomatopées sont traduites) ainsi qu'un petit corpus de notes en fin d'ouvrage fournissant d'utiles précisions culturelles ou sociales sur certains aspects évoqués dans le livre. Merci donc à Cornélius pour ce magnifique travail ! Intéressons-nous à l’œuvre en elle-même maintenant. Exception faite de la deuxième nouvelle de ce volume (Plein soleil) qui m'apparait inexplicablement sans grand intérêt tant graphique que narratif, les histoires qu'il contient sont renversantes... Tout d'abord, le dessin de Tsuge, bien que réalisé il y a plus de 50 ans, apparait encore aujourd'hui d'une modernité impressionnante. Le travail sur les ombres est remarquable par sa simplicité, et le soin apporté aux paysages est tout bonnement estomaquant. La narration quant à elle est ici élevée au rang de science tant elle peut compter sur un découpage dynamique. On est très loin du traditionnel gaufrier, encore très en vogue à l'époque. Et puis ce dessin, simplissime, efficace, immédiatement déchiffrable, ne dévoile que le strict nécessaire, abandonnant volontairement le reste à la pudeur de par la grâce de son trait. Tsuge donne au fil des pages une leçon de dessin magistrale. Le dessin est frais, les visages sont très expressifs, et la composition des cases confine à l'art de l'estampe. La force de ces histoires de trois-fois-rien réside dans la puissance de suggestion de l'auteur. Il faut lire la très métaphorique nouvelle éponyme pour s'en convaincre : arrivé à la dernière case, je n'ai pu m'empêcher de lâcher un "wow !" de sidération. Tour à tour poétiques, drôles, voire burlesques, parfois dramatiques, ces nouvelles nous plongent dans un Japon qui, bien qu'encore fortement empreint de tradition, et sur lequel Tsuge jette un regard d'une infinie tendresse, connait alors une vague de libération des mœurs. La nouvelle intitulée Paysage de bord de mer, traitée un peu à la manière de la Nouvelle Vague, est particulièrement significative de cette tendance. Je suis loin d'être un spécialiste du Japon, un pays dont j'ignore à peu près tout, mais je sais que ce manga m'a ému, entre autre raison parce qu'on éprouve cette sensation de basculement d'un monde à l'autre. Je l'ai dit au début, le manga n'est pas mon truc. A part L'Homme sans talent, je n'avais lu que Quartier lointain de Jiro Taniguchi, ou peu s'en faut. Désormais, il serait plus juste d'écrire que le manga N'ETAIT PAS mon truc. Là réside le moindre des mérites des Fleurs rouges, une œuvre monumentale, dense et rêveuse. Aussi, pour cette année vingt vingt déjà bien entamée, je me suis concocté un petit programme de rattrapage comprenant la lecture des œuvres d'Asano, Urasawa, Mizuki ou bien encore Mochizuki. On m'aurait dit ça il y a encore six mois, je vous jure que je m'en serais froissé une côte de rire. Comment c'est déjà le truc qu'on dit avec les avis des imbéciles ?...

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout

Bon, de base, je suis un inconditionnel d'Emile Bravo. Je le suis depuis les premiers tomes des 7 Ours Nains, un régal pour les petits et leur papa. Oui, je le dis : Emile Bravo est un génie ! Mais avant de poursuivre, je précise que je parlerai ici pour les deux tomes de L'espoir Malgré Tout dont je viens tout juste de terminer la lecture. Au commencement, il y a son dessin. Celui-ci s'inscrit parfaitement dans la tradition Ligne Claire, mais avec un petit je-ne-sais-quoi en plus. C'est indéfinissable. Je cherche encore pour tout dire, et je crois que j'aime ce petit mystère. Peut-être la précision du trait, cette capacité à saisir des poses, des attitudes, et toute une foule de détails qui confèrent une profondeur incroyable aux scènes représentées... Et puis il y a le scénario, et là, bravo Bravo ! (ok j'arrête !). C'est touffu. On s'embarque pour une vraie aventure au long court. On a le temps de s'attacher aux personnages, d'en découvrir les humeurs changeantes, de vivre avec eux, tout simplement. Perso, je kiffe bien ça... Emile ne se contente pas de produire "un scénario de Spirou" bien encrer (j'ai dit que j'arrêtais) dans l'esprit des premiers albums, il y incorpore un background historique riche à souhait. Déjà avec la série animée Les Grandes Grandes Vacances, il m'avait bien scotché, mais là, on y est ! Le climat de suspicion, la tension, la schizophrénie ambiante amenant certains personnages à se compromettre, à mentir, à collaborer... Ce qui est parfaitement incarné par le personnage de Fantasio, imbécile heureux, inconséquent et superficiel (mais touchant et drôle), qui va peu à peu retomber sur terre et se trouver bien obligé de regarder la réalité en face avant de finalement "prendre parti". De manière général, les personnages sont multiples, profonds. Ils évoluent au fil de l'histoire et ça, ce qui est même plutôt rare, surtout parce qu'ils sont mis face à des situations complexes comme à la dure réalité. Et là, Emile Bravo n'édulcore (presque) rien. Parmi les nombreuses surprises que réserve la lecture des ces deux premiers tomes, on découvre une petite chose inédite : la sexualité embryonnaire de notre Spirou, déjà intrépide mais encore un brin candide. Quelle petit bonheur de voir ce grand couillon de Fantasio le chambrer sur son statut de puceau !... Cette bande dessinée me fait furieusement regretter de ne pas être prof d'Histoire. Franchement, je la filerais à lire aux gamins sans un soupçon d'hésitation. J'ai pas mal lu sur la Deuxième Guerre Mondiale. Et puis j'ai eu la chance que mon paternel, qui a connu cette époque (il avait 8 ans au début de la guerre), me raconte longuement les anecdotes de son petit village. C'est un sujet que je connais donc plutôt bien. Et bien je suis comblé. Tout ce qui constitue l'horreur d'une situation de guerre et d'occupation est là, ce qui permet d'en appréhender toutes les facettes, aussi noires soient-elles, sans avoir la rigidité d'un manuel scolaire. On y apprend beaucoup sur l'Histoire et la nature humaine. L'Espoir Malgré Tout réussit le pari non seulement de redonner corps à un héros quasi légendaire de l'Histoire de la BD, mais de lui servir une assise solide sur un plateau d'argent. J'avais déjà bien aimé Le Journal d'un Ingénu, mais ces deux tomes ont comblé toutes mes attentes et bien d'avantage. La fin du tome 2 m'a carrément laissé le souffle court, et moi qui suis d'ordinaire d'un naturel assez flegmatique, je me surprends à piaffer d'impatience. Aussi, je n'aurai qu'un conseil à vous donner : si vous avez raté cette Bande-dessinée, n'hésitez pas à, si j'ose dire, "prendre le train en marche"...

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucarne
Lucarne

Fraichement lesté du Prix Révélation lors du dernier festival d’Angoulême, le britannique Joe Kessler propose avec Lucarne une expérience graphique radicale qui, à défaut sans doute de faire l’unanimité, vous fera envisager votre organe rétinien sous un jour nouveau. Difficile de raconter Lucarne. Certains y verront une succession de plusieurs nouvelles graphiques, d’autres une aventure abracadabrante, énigmatique, riche en rebondissements… On pourrait tenter de résumer cette œuvre, bien entendu, mais ce serait vain, futile, totalement inutile, parce qu’au delà de la narration, c’est une galaxie inconnue qui s’offre à nos yeux ébahis. Ces histoires semblent en effet n’avoir ni début, ni fin, pas plus que de titre… On passe de l’une à l’autre à l’autre un peu à la manière d’un cadavre-exquis. On s’imprègne de différentes ambiances, charge au lecteur de tisser son propre chemin. Ici, la narration passe essentiellement par des sensations. Qu’importe finalement si l’on saute d’un cauchemar de destruction à un jardin inondé de soleil, si l’on suit une espèce de magicien louche et vaguement inquiétant pour finir sur le pont d’un navire en compagnie de deux amants improbables… L’important ici est de vous égarer dans le dédale de ces histoires à tiroir, d’en inventer chaque interstice. Lucarne est une œuvre profondément polysémique qu’il est périlleux d’aborder comme une BD classique. Joe Kessler ne fait pas dans la facilité, sollicitant abondamment l’intelligence et l’imagination de ses lecteurs. Les mauvaises langues affirmeront sans perdre une dent qu’il n’y a rien à comprendre dans Lucarne. Qu’importe finalement : je répondrai qu’il y a tout à imaginer. Ce « travail » d’imagination est servi par un mélange de techniques admirables, qu’il s’agisse des crayonnés, des « feutrés », de l’usage discret de l’ordinateur… Chaque page semble judicieusement adaptée à son propos, et chaque case est une histoire à elle seule. Les ambiances variées évoquées précédemment sont parfaitement rendues avec une fluidité, une aisance et une simplicité remarquables : les scènes nocturnes, le travail des ombres, Les jeux de lumière, les images déformées par l’eau, les impressions visuelles, les attitudes, les poses des personnages… On ne sait plus où donner des yeux, si bien que l’on finit par ne plus distinguer ce qui relève du dessin ou de la pure sensation. Tout se mélange dans un tourbillon frais et coloré. Ca vibre, ça s’agite, ça bondit et rebondit sans cesse. Le pied ! C’est bien entendu l’utilisation des couleurs qui saute immédiatement aux yeux. De toute évidence, Joe Kessler flirte avec le Psychédélisme, tout autant avec l’Impressionnisme. Ses dessins faussement mal dessinés, avec leurs traits souvent épais et tracés au feutre, vous éclatent littéralement au visage, renvoyant à l’enfance, au plaisir éprouvé à barbouiller de couleurs de larges feuilles blanches. On sent une énergie dévorante et communicative parcourir chaque page. Cette silhouette verte presque phosphorescente est-ce une peau qui frissonne dans la fraîcheur du soir ? Et ces contours flous et grossiers sont-ils les échos d’un rêve obsédant qui s’attarde au réveil ?… Le traitement des cases prend tout son sens au fil de la lecture, ce que ne permet pas un feuilletage rapide. Il n’y a pas de place pour la demi-mesure : ou le lecteur accepte la découverte, ou il repose l’objet avec dédain dans un jugement hâtif et forcément erroné. D’ailleurs, en forçant le trait (ha ha), on peut se hasarder à penser que toute tentative de caractérisation de ce livre serait de fait bancale. Comment résumer une telle expérience ? Car c’est bien d’une expérience dont il s’agit ici, tant graphique que physique. En ce sens, Lucarne m’évoque, toutes proportions gardées, le cinéma russe qui selon moi est peut-être le meilleur cinéma au monde : L’Île de Lounguine, Le Soleil de Sokourov ou bien encore Requiem pour un massacre de Klimov… Tout comme ces quelques films cités à titre d’exemples, Lucarne est une œuvre dense où le fond et la forme sont inextricables. Par le biais même de son trait, on touche à l’intime de son auteur, et pour un peu on pénétrerait son âme. Alors pour terminer cette vague tentative de synthèse, je me contenterai de paraphraser Dante, en te suggérant, ô aventurier qui entrera dans ces pages, d’abandonner ici tout jugement et de commencer à rêver.

27/03/2020 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pestiférés
Les Pestiférés

J’ai découvert cette BD il y a peu et le moins qu’on puisse dire est qu’elle prend une dimension particulière dans le contexte actuel de pandémie et de confinement. Cette œuvre inachevée de Pagnol a pu être terminée grâce au fait que celui-ci avait raconté la fin à sa femme et c’est grâce à Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, que la BD a pu être réalisée. La trame de l’histoire se base sur un fait réel : l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720 et qui eut des conséquences dramatiques. On y suit les habitants d’un quartier isolé qui tentent de survivre au fléau contre lequel il n’existait aucun remède à l’époque. On y retrouve bien sûr le style de Pagnol avec sa truculence, son anticléricalisme et ses personnages hauts en couleur mais le propos est assez différent de ses autres œuvres car il s’agit ici d’un drame basé sur des événements qui se sont réellement passés et où l’on côtoie sans cesse la mort, ce qui n’empêche pas des touches d’humour à certains moments. L’intrigue est extrêmement bien construite, les motivations de chacun sont très plausibles et les rebondissements nombreux jusqu’à un final inattendu. Vous l’aurez compris : cette BD est un chef d’œuvre qui montre ce qu’était une épidémie au début du XVIIIème siècle. Lecture à conseiller à tous - sauf aux âmes sensibles et stressées par la pandémie actuelle, qui, même si elle est sévère et dramatique pour beaucoup, n’est en rien comparable avec ce qui pouvait se passer à une époque où la médecine était encore embryonnaire.

26/03/2020 (modifier)
Par clem
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Enfants de la Résistance
Les Enfants de la Résistance

Cette série est vraiment géniale. Je n'aime pas l'histoire ni la guerre, pourtant j'adore cette BD. J'attends avec impatience le tome 7. J'espère qu'il va bientôt arriver. Merci au jeu du salon du livre qui m'a fait découvrir cette BD extraordinaire. Quand j'ai commencé cette série, j'ai su tout de suite que cette BD était pour moi. C'est ma BD préférée et cela fait déjà un moment. Merci à tout le monde !!!!!!!!!!!!!!

25/03/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Le Serpent et la Lance
Le Serpent et la Lance

Depuis le succès d'Okko, il faut dire qu'on attendait Hub au tournant. Allait-il réitérer son exploit ? La réponse en ce qui me concerne est très positive. On l'attendait avec impatience et il n'a pas du tout déçu, bien au contraire. Comme il l'explique dans un message en fin d'album, il n'a pas succombé à la mode perverse d'étendre l'univers de sa série ou de poursuivre un nouveau cycle. Il est vrai que je commence sérieusement à détester cette exploitation commerciale qui ne se satisfait pas de la création d'une série originale. Il faut développer un avant ou un après et parfois exploiter des personnages secondaires jusqu'à l'os. Bref, j'approuve totalement l'auteur d'avoir pris son temps pour nous donner une nouvelle série d'envergure en faisant preuve d'imagination. Par ailleurs, il raconte une anecdote de son enfance où il avait été attiré par un ouvrage des éditions Hachette intitulé « au temps des Mayas, des Aztèques et des Incas » magnifiquement illustré par Pierre Joubert. Or, il s'agit du seul livre que j'ai conservé depuis ma propre enfance tant il m'avait également beaucoup marqué. Ce livre a été le déclic pour l'auteur pour cette nouvelle série sur la civilisation de l'empire aztèque. C'est un véritable thriller au sein même d'un monde unique. Il décrit cette prodigieuse civilisation comme rarement on l'avait fait jusqu'ici sur cette période de l'histoire avant l'arrivée des premiers conquistadors. On va avoir droit à 180 pages rien que pour ce premier volume qui lance un récit assez passionnant avec des couleurs et un graphisme à couper le souffle. Je vais suivre cette trilogie avec la plus grande attention.

20/03/2020 (modifier)