La fleur de l’ombre.
Entre les gargouilles et les chimères, Baudelaire est happé par le vide, les ailes brisées. A son réveil, hébété, il fixe un chat juché sur une horloge. Jeanne Duval repose nue à son côté. Il lui déclame les vers qu’elle lui a inspirés la nuit puis le grand miroir de la chambre réfléchit leurs ébats amoureux. Le prologue admirablement posé, Yslaire va ensuite dérouler la vie du poète maudit en commençant par son enterrement au cimetière Montparnasse, le 31 août 1867. Jeanne est en arrière-plan, dans les replis de l’histoire mais par le prisme de son regard et de ses souvenirs, elle va exposer la vie de Charles Baudelaire : l’enfance, le voyage vers les Indes, la bohème parisienne, leur relation tumultueuse, les attaques syphilitiques, l’envol du poète. Le récit est puissant, prenant, intelligent. Le graphisme est superbe par le trait réaliste et charbonneux, précis et inspiré ; les couleurs splendides délivrent des ambiances exceptionnelles ; les mises en page étourdissent quand des doubles-pages composent des tableaux magistraux. Le lecteur apprend à aimer Jeanne, comprenant la solitude du plus grand poète de la langue française, dédaigné de son temps mais « abordant heureusement aux époques lointaines ». L’épilogue noue l’ensemble avec une rare maestria puisque le « repentir même, ô la dernière auberge ! » s’efface pour faire émerger de l’ombre du tableau de Courbet la muse consolatrice au-dessus du portrait de Baudelaire.
Paru initialement en trois cahiers chargés d’esquisses et de travaux préparatoires, le chef-d’œuvre de Bernard Hislaire composé en 150 pages donne à voir le spleen et l’idéal emmêlés comme le serpent sur le caducée.
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras.
Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement.
Mais il ne s'agissait là que de l'introduction.
Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre.
Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire.
Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases.
L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte.
Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime.
Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
Je peux remercier le taulier de ce site, Alix, d'avoir rappelé à ma mémoire le jeu vidéo tiré des aventures de Bragon et de la jolie Pélisse. Si ce jeu n'aura pas autant marqué les mémoires, il n'en est rien pour cette oeuvre phare que je peux ranger sans hontes à côté d'autres classiques Heroic Fantasy eighties et francophones comme Le Grand Pouvoir du Chninkel et les Légendes des Contrées Oubliées.
Comme ces deux œuvres, on y cultive un univers souvent sombre et mélancolique mais également rempli d'idées qui seront bien souvent copiées mais rarement égalées. Mais "La Quête" est probablement la plus connue et reconnue. C'est également une des plus anciennes annonçant un virage un peu plus adulte et d'un découpage dynamique. On ne s'y ennuie jamais d'autant plus que chaque tome pose un univers et des challenges complètement différents tout en maintenant une parfaite continuité dans l'histoire que Serge Le Tendre construit et maitrise parfaitement.
L'équipe constituée est aussi équilibrée qu'atypique. On passe un moment merveilleux entre rires et frissons, scènes cruelles voire violentes et quelques passages plus intimistes. Mention spéciale accordée au personnage du Rige qui inspire un certain respect. Je n'aurais même pas été foncièrement contre une série sur cet unique personnage mais justement, une des forces de "La Quête" est d'avoir su rester relativement courte et cohérente. La claque ressentie lors des dernières pages reste encore à ce jour plus de 30 ans après ma première lecture l'un de mes plus beaux souvenirs de bande dessinée.
Le style Loisel pillé par l'ensemble du catalogue nineties de l'éditeur Soleil n'avait pas d'égal à l'époque de sa parution. Pour une vieille série, elle a de jolis restes et est devenue pour l'ensemble de ses qualités un indispensable. On se souviendra encore longtemps des aventures du Chevalier Bragon.
La bande dessinée me casse les roubignolles actuellement. Ce n'est un secret probablement pour personne. Je passe beaucoup moins de temps à lire et donc à venir chroniquer par ici pour x raisons qui je l'espère s'estomperont. Pourtant il était difficile en 2019 de passer au travers de cette grosse sortie de rentrée.
Pensez-donc, une œuvre à 4 mains du dessinateur de Blacksad, série devenue très rapidement culte par la seule force de ses dessins animaliers détaillés de toute beauté d'une part et d'autre part du scénariste d'autres séries remarquables avec également des bestioles douées de paroles dont je ne vais pas vous faire l'affront de vous les citer naïvement. Si vous n'avez pas lu Garulfo ou De Capes et de.... OUPS ! Je l'ai dit ! Et bien arrêtez la lecture de mon humble critique pour vous gorger des bons mots de Maître Ayroles dans les titres qui ont fait la gloire de ce grand monsieur.
Les autres ont surement donc lu Les Indes Fourbes et n'ont pas attendu aussi longtemps que moi pour avoir leur avis. Mais qu'importe, je vais enfin donner le mien qui peut se résumer en peu de choses : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour lire ce petit bijou ? (d'autant que je le possède depuis sa sortie ahem).
Et surtout, comment ai-je pu ne pas être spoilé bêtement de cette intrigue à tiroirs ce qui aurait probablement bien gâché cette lecture vierge de tout ressenti.
Car je ne peux que conseiller, non même de recommander à la plupart des âmes curieuses et tout aussi vierges que moi de se jeter sans aucune retenue dans ce récit sans aucune influence extérieure, quelle qu'elle soit. Les auteurs laissent déjà bien trop d'indices parsemés par ici ou par cela. On retrouve l'intérêt du papa d'Eusèbe le lapin pour les mises en scène théâtrales et autres farces dignes de Molière.
Le récit des tristes mésaventures de Pablos qui constitue le premier acte et une bonne partie du récit (un copieux 160 pages livré en un seul tome complet) n'est qu'une mise en bouche où l'humour de la situation se dispute au ridicule et à la cruauté des hommes.
Désirant faire fortune en Amérique du Sud que l'on appelait encore les Indes au XVIIème siècle, notre malandrin n'a décidément pas beaucoup de chance ou du moins c'est ce que l'on suppose.
En quête d'un Eldorado qui pourrait établir sa gloire, Pablos va rencontrer tout un tas de personnages qui vont l'élever ou le rabaisser. La mise en scène en histoires imbriquées pourrait être pénible à suivre mais Ayrolles qui insuffle un tel souffle et un tel rythme qu'il est difficile de couper sa lecture.
Et lorsqu'arrivent les second et troisième actes bien plus courts mais ô combien jubilatoires, on arrive en fin de lecture avec le sourire aux lèvres et surtout l'envie de tout relire immédiatement pour déceler certaines fourberies.
Ai-je parlé du dessin ? Non mais il est magnifique. Guarnido prouve en deux temps trois mouvements qu'il peut dessiner autre chose que des polars félins et il le fait très bien (sa double page en aquarelle regorge de détails de toute beauté) et ne faiblit jamais. On sent ces deux auteurs s'amuser énormément. Peu importe certaines ficelles scénaristiques, j'ai passé un excellent moment et vous savez quoi ? Oubliez ma première phrase. ^^
Du très bon Tardi ! Conseillé par Jean-Pierre Vernet, un des plus grands collectionneurs d'objets de la première Guerre mondiale, Tardi peut y aller les yeux fermés et laisser parler son personnage. Il est certain de ne rater aucun détail et les détails, en histoire, c'est intéressant. J'aime le ton employé, le côté récit, le vocabulaire assez brut, la voix off. Cette façon simple de dénoncer les horreurs de la guerre vaut mieux que bien des discours. Chaque année de cette guerre qui devait être courte - on s'en souvient - a son lot de souffrances, d'ordres stupides et d'assauts inutiles. Le scénario chronologique est clair, facile à suivre. On y append pas mal de choses et ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, ce sont toutes les petites scènes de la vie quotidienne du soldat, tout ce qu'on ne voit pas d'habitude.
Dans ce dyptique, Tardi dessine la guerre en couleurs, je trouve que c'est réussi et percutant. Si les dialogues sont crus, les couleurs le sont aussi et le message passe. Tardi réalisa là un très bel album qui met les choses au point. Ca fait réfléchir...
Ahhhhh !!! Quel plaisir de retrouver cet univers unique qu'est en train de développer Gess au fil des tomes ! J'avoue que ce plaisir ne va que grandissant tant l'envergure et la richesse de ces contes de la Pieuvre s'intensifient et se répondent !
Avec ce troisième opus, c'est donc Célestin que nous allons suivre et découvrir. Jeune orphelin, il trouve du boulot à l'auberge de la Pieuvre où il évolue au milieu de cette arène de façon innocente, personne n'étant au courant de son don rare et un peu particulier : celui de Discerneur. Il est capable de voir la vraie nature des gens... Mais l'Oeil, une des quatre personne à la tête de la Pieuvre est sous la coupe d'une malédiction, celle du Coeur de Vendrezanne, qui lui fait perdre tous les enfants que sa femme met au monde. Rien n'y fait, malgré une surveillance serrée de l'être à l'origine de cette malédiction et une troupe armée jusqu'au dents, le drame se répète... Jusqu'au jour où découvrant par accident le pouvoir de Célestin, ce dernier va tenter de mettre un terme à cette malédiction et changer à jamais la face de la Pieuvre...
Que c'est bon de se laisser bercer par un album aussi singulier, mêlant avec bonheur les influences et les genres, les références historiques et littéraires pour réussir cette parfaite alchimie que je recherche dans toute série culte qui se respecte. Car oui, avec ce 3e opus, pas de doute, j'ai là une série qui rentre avec plaisir dans mon petit panthéon des séries "cultes" sur BDthèque. Que ce soit l'inventivité dont elle fait preuve au niveau scénario et le graphisme si particulier mais tellement adéquat à l'univers que Gess développe, je suis sous le charme et j'en redemande ! Longue vie à la Pieuvre et à cet univers tentaculaire mais excitant que nous livre Gess au fil des tomes !
C'est une adaptation d'une partie du Jin ping mei, le chef d’œuvre de la littérature pornographique chinoise. Si ces 110 pilules s'éloignent de l'esprit du texte, elles en gardent la charge érotique et surtout sont magnifiées par le dessin magnifique, clair et précis de Magnus. Corps et décors sont sublimes et l'histoire (car oui, il y en a une) fort bien conduite. A recommander chaudement.
Super lecture des 5 premiers tomes !
C’est léger, aérien, nostalgique de l’époque Jules Verne et mêlé de merveilleux.
Sans jeu de mots, il y a quelque chose d’éthéré qui flotte dans l’air lorsqu’on lit cette bd, j’avais l’impression d’avoir pris de l’hélium ;-)
Super de se replonger dans cette époque napoléonienne, prussienne, de machines à vapeur, de montgolfières avec un nouvel ingrédient magique : l’éther !
Des protagonistes adolescents avec leurs faiblesses, qui murissent au fil de l’histoire ; par exemple Séraphin personnage central n’est pas le jeune homme fort parfait et n’a pas forcément le dernier mot lors d’une lutte, du coup la bd n’est pas trop lisse et ne fait pas trop super héros, c’est agréable.
Un univers plein de magie foisonnant d’idées novatrices et originales.
Au niveau dessin, j’ai particulièrement aimé la faune, la flore et les êtres féériques martiens.
Un des personnages principaux, Hans, n’est pas dessiné de façon réaliste comme les autres, mais a plus une bouille comique de dessin animé à la Miyazaki, ça aussi j’ai trouvé que c’était fort, c’est introduire une différence qui ajoute au tout et qui si elle n’avait pas été là aurait aussi donné une bd trop lisse ; introduire une différence (qui peut paraître comme un défaut) dans un ensemble cohérent peut paradoxalement le renforcer (comme dans les structures cristallines) et là c’est le cas.
J’ai trouvé tous les dégradés de couleurs magnifiques.
Je lirais avec beaucoup d’intérêt la nouvelle série parallèle Les Chimères de Vénus scénarisée par l’excellent Alain Ayroles.
Tanka est la première bd de Toppi que j'ai eue dans les mains et ..... une claque visuelle.
L'histoire se situe dans un Japon médiéval loin des clichés habituels, cinq histoires qui se lisent rapidement avec chacune sa morale. Une préférence pour Tanka et Le retour d'Hishi, mais cela reste subjectif.
Le dessin en noir et blanc, tout en finesse, fait de hachures, est un plaisir pour les yeux. Les nombreux fonds blancs mettent en relief les personnages. De nombreuses planches avec un decoupage vertical qui me ramène en adolescence, avec le Daredevil de Franck Miller.
Pour ma note, j'ai hésité entre 4 et 5, mais le dessin me fait pencher pour le 5.
Je conseille évidemment la lecture et l'achat.
J'ai rarement été aussi pris par une bd.
J'ai lu l'intégrale sans m'arrêter.
Ce qui fait véritablement la force de ce récit, outre le fait que ce soit une histoire vraie, c'est la dualité entre l'époque "actuelle" et les récits de la guerre et des camps. C'est cela qui nous fait entrer dans la réalité de la chose et non comme une vague histoire racontée. Les personnages paraissent réels car ils le sont et cela donne un impact rarement atteint dans une bd.
De plus, les personnages sont dépeints avec leurs défauts et leurs qualités. Rien ne semble avoir été ommis et l'auteur s'écorche lui-même en se montrant s'énervant ou déprimé. Ca ne fait que renforcer cette sensation de "retranscription" plutôt que de récit qui donne sa force à l'oeuvre.
Je ne mets pas de coup de coeur, car je ne peux décemment pas avoir de coup de coeur pour une histoire à propos du massacre de millions d'innocents.
Mais cette oeuvre est définitivement culte et mérite assurément d'être lue par tout un chacun.
Et elle devrait, selon moi, également trouver sa place dans l'éducation, aux côtés du Journal d'Anne Frank (l'original, pas la BD de Soleil...).
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Mademoiselle Baudelaire
La fleur de l’ombre. Entre les gargouilles et les chimères, Baudelaire est happé par le vide, les ailes brisées. A son réveil, hébété, il fixe un chat juché sur une horloge. Jeanne Duval repose nue à son côté. Il lui déclame les vers qu’elle lui a inspirés la nuit puis le grand miroir de la chambre réfléchit leurs ébats amoureux. Le prologue admirablement posé, Yslaire va ensuite dérouler la vie du poète maudit en commençant par son enterrement au cimetière Montparnasse, le 31 août 1867. Jeanne est en arrière-plan, dans les replis de l’histoire mais par le prisme de son regard et de ses souvenirs, elle va exposer la vie de Charles Baudelaire : l’enfance, le voyage vers les Indes, la bohème parisienne, leur relation tumultueuse, les attaques syphilitiques, l’envol du poète. Le récit est puissant, prenant, intelligent. Le graphisme est superbe par le trait réaliste et charbonneux, précis et inspiré ; les couleurs splendides délivrent des ambiances exceptionnelles ; les mises en page étourdissent quand des doubles-pages composent des tableaux magistraux. Le lecteur apprend à aimer Jeanne, comprenant la solitude du plus grand poète de la langue française, dédaigné de son temps mais « abordant heureusement aux époques lointaines ». L’épilogue noue l’ensemble avec une rare maestria puisque le « repentir même, ô la dernière auberge ! » s’efface pour faire émerger de l’ombre du tableau de Courbet la muse consolatrice au-dessus du portrait de Baudelaire. Paru initialement en trois cahiers chargés d’esquisses et de travaux préparatoires, le chef-d’œuvre de Bernard Hislaire composé en 150 pages donne à voir le spleen et l’idéal emmêlés comme le serpent sur le caducée.
Jusqu'au dernier
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras. Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement. Mais il ne s'agissait là que de l'introduction. Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre. Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire. Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases. L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte. Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime. Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Je peux remercier le taulier de ce site, Alix, d'avoir rappelé à ma mémoire le jeu vidéo tiré des aventures de Bragon et de la jolie Pélisse. Si ce jeu n'aura pas autant marqué les mémoires, il n'en est rien pour cette oeuvre phare que je peux ranger sans hontes à côté d'autres classiques Heroic Fantasy eighties et francophones comme Le Grand Pouvoir du Chninkel et les Légendes des Contrées Oubliées. Comme ces deux œuvres, on y cultive un univers souvent sombre et mélancolique mais également rempli d'idées qui seront bien souvent copiées mais rarement égalées. Mais "La Quête" est probablement la plus connue et reconnue. C'est également une des plus anciennes annonçant un virage un peu plus adulte et d'un découpage dynamique. On ne s'y ennuie jamais d'autant plus que chaque tome pose un univers et des challenges complètement différents tout en maintenant une parfaite continuité dans l'histoire que Serge Le Tendre construit et maitrise parfaitement. L'équipe constituée est aussi équilibrée qu'atypique. On passe un moment merveilleux entre rires et frissons, scènes cruelles voire violentes et quelques passages plus intimistes. Mention spéciale accordée au personnage du Rige qui inspire un certain respect. Je n'aurais même pas été foncièrement contre une série sur cet unique personnage mais justement, une des forces de "La Quête" est d'avoir su rester relativement courte et cohérente. La claque ressentie lors des dernières pages reste encore à ce jour plus de 30 ans après ma première lecture l'un de mes plus beaux souvenirs de bande dessinée. Le style Loisel pillé par l'ensemble du catalogue nineties de l'éditeur Soleil n'avait pas d'égal à l'époque de sa parution. Pour une vieille série, elle a de jolis restes et est devenue pour l'ensemble de ses qualités un indispensable. On se souviendra encore longtemps des aventures du Chevalier Bragon.
Les Indes fourbes
La bande dessinée me casse les roubignolles actuellement. Ce n'est un secret probablement pour personne. Je passe beaucoup moins de temps à lire et donc à venir chroniquer par ici pour x raisons qui je l'espère s'estomperont. Pourtant il était difficile en 2019 de passer au travers de cette grosse sortie de rentrée. Pensez-donc, une œuvre à 4 mains du dessinateur de Blacksad, série devenue très rapidement culte par la seule force de ses dessins animaliers détaillés de toute beauté d'une part et d'autre part du scénariste d'autres séries remarquables avec également des bestioles douées de paroles dont je ne vais pas vous faire l'affront de vous les citer naïvement. Si vous n'avez pas lu Garulfo ou De Capes et de.... OUPS ! Je l'ai dit ! Et bien arrêtez la lecture de mon humble critique pour vous gorger des bons mots de Maître Ayroles dans les titres qui ont fait la gloire de ce grand monsieur. Les autres ont surement donc lu Les Indes Fourbes et n'ont pas attendu aussi longtemps que moi pour avoir leur avis. Mais qu'importe, je vais enfin donner le mien qui peut se résumer en peu de choses : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour lire ce petit bijou ? (d'autant que je le possède depuis sa sortie ahem). Et surtout, comment ai-je pu ne pas être spoilé bêtement de cette intrigue à tiroirs ce qui aurait probablement bien gâché cette lecture vierge de tout ressenti. Car je ne peux que conseiller, non même de recommander à la plupart des âmes curieuses et tout aussi vierges que moi de se jeter sans aucune retenue dans ce récit sans aucune influence extérieure, quelle qu'elle soit. Les auteurs laissent déjà bien trop d'indices parsemés par ici ou par cela. On retrouve l'intérêt du papa d'Eusèbe le lapin pour les mises en scène théâtrales et autres farces dignes de Molière. Le récit des tristes mésaventures de Pablos qui constitue le premier acte et une bonne partie du récit (un copieux 160 pages livré en un seul tome complet) n'est qu'une mise en bouche où l'humour de la situation se dispute au ridicule et à la cruauté des hommes. Désirant faire fortune en Amérique du Sud que l'on appelait encore les Indes au XVIIème siècle, notre malandrin n'a décidément pas beaucoup de chance ou du moins c'est ce que l'on suppose. En quête d'un Eldorado qui pourrait établir sa gloire, Pablos va rencontrer tout un tas de personnages qui vont l'élever ou le rabaisser. La mise en scène en histoires imbriquées pourrait être pénible à suivre mais Ayrolles qui insuffle un tel souffle et un tel rythme qu'il est difficile de couper sa lecture. Et lorsqu'arrivent les second et troisième actes bien plus courts mais ô combien jubilatoires, on arrive en fin de lecture avec le sourire aux lèvres et surtout l'envie de tout relire immédiatement pour déceler certaines fourberies. Ai-je parlé du dessin ? Non mais il est magnifique. Guarnido prouve en deux temps trois mouvements qu'il peut dessiner autre chose que des polars félins et il le fait très bien (sa double page en aquarelle regorge de détails de toute beauté) et ne faiblit jamais. On sent ces deux auteurs s'amuser énormément. Peu importe certaines ficelles scénaristiques, j'ai passé un excellent moment et vous savez quoi ? Oubliez ma première phrase. ^^
Putain de guerre !
Du très bon Tardi ! Conseillé par Jean-Pierre Vernet, un des plus grands collectionneurs d'objets de la première Guerre mondiale, Tardi peut y aller les yeux fermés et laisser parler son personnage. Il est certain de ne rater aucun détail et les détails, en histoire, c'est intéressant. J'aime le ton employé, le côté récit, le vocabulaire assez brut, la voix off. Cette façon simple de dénoncer les horreurs de la guerre vaut mieux que bien des discours. Chaque année de cette guerre qui devait être courte - on s'en souvient - a son lot de souffrances, d'ordres stupides et d'assauts inutiles. Le scénario chronologique est clair, facile à suivre. On y append pas mal de choses et ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, ce sont toutes les petites scènes de la vie quotidienne du soldat, tout ce qu'on ne voit pas d'habitude. Dans ce dyptique, Tardi dessine la guerre en couleurs, je trouve que c'est réussi et percutant. Si les dialogues sont crus, les couleurs le sont aussi et le message passe. Tardi réalisa là un très bel album qui met les choses au point. Ca fait réfléchir...
Célestin et le coeur de Vendrezanne
Ahhhhh !!! Quel plaisir de retrouver cet univers unique qu'est en train de développer Gess au fil des tomes ! J'avoue que ce plaisir ne va que grandissant tant l'envergure et la richesse de ces contes de la Pieuvre s'intensifient et se répondent ! Avec ce troisième opus, c'est donc Célestin que nous allons suivre et découvrir. Jeune orphelin, il trouve du boulot à l'auberge de la Pieuvre où il évolue au milieu de cette arène de façon innocente, personne n'étant au courant de son don rare et un peu particulier : celui de Discerneur. Il est capable de voir la vraie nature des gens... Mais l'Oeil, une des quatre personne à la tête de la Pieuvre est sous la coupe d'une malédiction, celle du Coeur de Vendrezanne, qui lui fait perdre tous les enfants que sa femme met au monde. Rien n'y fait, malgré une surveillance serrée de l'être à l'origine de cette malédiction et une troupe armée jusqu'au dents, le drame se répète... Jusqu'au jour où découvrant par accident le pouvoir de Célestin, ce dernier va tenter de mettre un terme à cette malédiction et changer à jamais la face de la Pieuvre... Que c'est bon de se laisser bercer par un album aussi singulier, mêlant avec bonheur les influences et les genres, les références historiques et littéraires pour réussir cette parfaite alchimie que je recherche dans toute série culte qui se respecte. Car oui, avec ce 3e opus, pas de doute, j'ai là une série qui rentre avec plaisir dans mon petit panthéon des séries "cultes" sur BDthèque. Que ce soit l'inventivité dont elle fait preuve au niveau scénario et le graphisme si particulier mais tellement adéquat à l'univers que Gess développe, je suis sous le charme et j'en redemande ! Longue vie à la Pieuvre et à cet univers tentaculaire mais excitant que nous livre Gess au fil des tomes !
Les 110 Pilules
C'est une adaptation d'une partie du Jin ping mei, le chef d’œuvre de la littérature pornographique chinoise. Si ces 110 pilules s'éloignent de l'esprit du texte, elles en gardent la charge érotique et surtout sont magnifiées par le dessin magnifique, clair et précis de Magnus. Corps et décors sont sublimes et l'histoire (car oui, il y en a une) fort bien conduite. A recommander chaudement.
Le Château des étoiles
Super lecture des 5 premiers tomes ! C’est léger, aérien, nostalgique de l’époque Jules Verne et mêlé de merveilleux. Sans jeu de mots, il y a quelque chose d’éthéré qui flotte dans l’air lorsqu’on lit cette bd, j’avais l’impression d’avoir pris de l’hélium ;-) Super de se replonger dans cette époque napoléonienne, prussienne, de machines à vapeur, de montgolfières avec un nouvel ingrédient magique : l’éther ! Des protagonistes adolescents avec leurs faiblesses, qui murissent au fil de l’histoire ; par exemple Séraphin personnage central n’est pas le jeune homme fort parfait et n’a pas forcément le dernier mot lors d’une lutte, du coup la bd n’est pas trop lisse et ne fait pas trop super héros, c’est agréable. Un univers plein de magie foisonnant d’idées novatrices et originales. Au niveau dessin, j’ai particulièrement aimé la faune, la flore et les êtres féériques martiens. Un des personnages principaux, Hans, n’est pas dessiné de façon réaliste comme les autres, mais a plus une bouille comique de dessin animé à la Miyazaki, ça aussi j’ai trouvé que c’était fort, c’est introduire une différence qui ajoute au tout et qui si elle n’avait pas été là aurait aussi donné une bd trop lisse ; introduire une différence (qui peut paraître comme un défaut) dans un ensemble cohérent peut paradoxalement le renforcer (comme dans les structures cristallines) et là c’est le cas. J’ai trouvé tous les dégradés de couleurs magnifiques. Je lirais avec beaucoup d’intérêt la nouvelle série parallèle Les Chimères de Vénus scénarisée par l’excellent Alain Ayroles.
Tanka
Tanka est la première bd de Toppi que j'ai eue dans les mains et ..... une claque visuelle. L'histoire se situe dans un Japon médiéval loin des clichés habituels, cinq histoires qui se lisent rapidement avec chacune sa morale. Une préférence pour Tanka et Le retour d'Hishi, mais cela reste subjectif. Le dessin en noir et blanc, tout en finesse, fait de hachures, est un plaisir pour les yeux. Les nombreux fonds blancs mettent en relief les personnages. De nombreuses planches avec un decoupage vertical qui me ramène en adolescence, avec le Daredevil de Franck Miller. Pour ma note, j'ai hésité entre 4 et 5, mais le dessin me fait pencher pour le 5. Je conseille évidemment la lecture et l'achat.
Maus
J'ai rarement été aussi pris par une bd. J'ai lu l'intégrale sans m'arrêter. Ce qui fait véritablement la force de ce récit, outre le fait que ce soit une histoire vraie, c'est la dualité entre l'époque "actuelle" et les récits de la guerre et des camps. C'est cela qui nous fait entrer dans la réalité de la chose et non comme une vague histoire racontée. Les personnages paraissent réels car ils le sont et cela donne un impact rarement atteint dans une bd. De plus, les personnages sont dépeints avec leurs défauts et leurs qualités. Rien ne semble avoir été ommis et l'auteur s'écorche lui-même en se montrant s'énervant ou déprimé. Ca ne fait que renforcer cette sensation de "retranscription" plutôt que de récit qui donne sa force à l'oeuvre. Je ne mets pas de coup de coeur, car je ne peux décemment pas avoir de coup de coeur pour une histoire à propos du massacre de millions d'innocents. Mais cette oeuvre est définitivement culte et mérite assurément d'être lue par tout un chacun. Et elle devrait, selon moi, également trouver sa place dans l'éducation, aux côtés du Journal d'Anne Frank (l'original, pas la BD de Soleil...).