C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire.
Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash.
Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG.
Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros.
On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?".
L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques".
Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables...
Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties.
Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors.
D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir.
Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie.
Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais".
Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population.
Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.
Je suis un grand fan. Je l'ai découverte (gamin : pas vraiment apprécié !) avec "Les Angoisses De Cellulite". Il m'a fallu y revenir un poil plus grand -aux alentours de la quatorzaine- pour me faire au graphisme si particulier et, une fois "at home", profiter pleinement de son humour au vitriol.
J'adore : Claire Bretécher a le regard acéré et sans pitié d'un rapace ; et son trait, à l'avenant, exprime avec précision et -souvent- une grande violence/puissance les actions et états d'âmes de tous ces pauvres personnages aux prises avec une réalité qui se fiche complètement de leurs affres existentielles. Je rie encore, à chaque relecture, quand telle ménagère explose (à la dernière case !) à cause du bruit de succion que fait son mari en fumant sa pipe ; et même le délire autour du ciment, au milieu de l'album, continue de m'interpeler tant l'absurde de son sujet est cocasse dans sa mise en scène -et surtout ses dialogues.
Bien sûr, les sujets les plus populaires sont incroyablement vieillots, à nos cervelles modernes (...), mais même là, à ses presque débuts, il y a déjà tout ce qui va faire d'elle la plus efficace et talentueuse des Artistes de Bande Dessinées "journalistiques" de sa génération.
Avec un parti-pris assez optimiste quant à la nature humaine -logique puisque l'ensemble est directement inspiré du 2001 de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke (c'est Arthur, le " gentils " des deux !!)-, Yukinobu Hoshino nous entraine, en une ellipse temporelle parfaitement maitrisée, dans un voyage aux confins de la galaxie, à la recherche de nouvelles richesses, concrètes ou plus subtiles...
Chaque épisode, titré : Nuit, explore un thème spécifique "classique" de la S.F., mais toujours avec un souci de communiquer les propres interrogations et réflexions de l'Auteur/Artiste quant à notre nature profonde et ses obsessions/limitations. Les dites Nuits peuvent se lire presque indépendamment, même si un fil rouge assez lâche nous fait rencontrer les membres d'une même famille sur plusieurs générations.
C'est presque du Space-Opera par moment, dans la démesure de certaines illustrations ou certains concepts ; mais sans jamais lorgner vers le côté clinquant : il demeure tout du long fidèle à son modèle, très "Hard Science Fiction". Néanmoins, il ne néglige pas l'argument principal de son médium -à savoir : DISTRAIRE !-, s'offrant de belles libertés graphiques pour transcrire telle "communion/osmose" extra-sensorielle ou telle autre "conscience planétaire"... Et, si je ne me rappelle pas avoir ri (!), j'ai souri à certains gags bien pensés et parfaitement intégrés au sein de cet univers si "réel".
Qu'on ne s'y trompe pas : c'est avant tout de nous, en tant qu'espèce, individus et société(s), que traitent ces ouvrages. Et c'est sûrement ce qui en fait une référence ; non seulement en Science-Fiction mais aussi -et surtout- en Anticipation.
J'ai connu PSME d'abord via sa version animée, en cassette vidéo, avant de m'attaquer, bien plus tard, au Manga lui-même -ma seconde expérience du genre, après Akira (au traitement graphique beaucoup moins typique du genre). Le sujet m'avait séduit -et la bande originale est absolument magnifique : Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi sont des compositeurs extraordinaires.
Sinon, quelle claque ! L'intrigue, mise en scène de manière complètement éclatée (les flashbacks non linéaires et les objectifs/intérêts des héros qui ne cessent de s'inverser, se croiser ou se brouiller) est passionnante de bout en bout, nous faisant passer par tous les affres de la création avec chacun des personnages.
Saki Hiwatari nous balade d'un épisode à l'autre sans jamais tout à fait complètement dévoiler les raisons les plus intimes des motivations du petit groupe d'ex/nouveaux amis/ennemis et, en ce qui me concerne, l’aveu déchirant de Alice à Haruhiko, vers la fin, m'a complètement pris par surprise -et d'autant plus touché que j'avais oublié que les traumas qui nous définissent ne sont décidément jamais les plus évidents. Mais de nombreux autres instants de dure vérité confrontent les adolescents à leurs proches ainsi qu'à eux-mêmes, et mon cœur battait vraiment pour eux tout au long de leur quête ; c'est dire l'art consommé de l'Artiste !
Si on ajoute la réelle beauté des images, des visages (!), des décors à la profonde réflexion Humaniste qui soutient cette (longue ! Mais c'est traditionnel, au Japon) série poétique et romantique, on ne peut qu'en constater la grande réussite.
Un summum du genre, pour l'amateur de Manga vraiment moyen que je suis ; et un summum TOUT COURT pour l'amoureux de bandes dessinées, un poil mieux éclairé.
J'ai vraiment bien ri avec ces brebis complètement folles : c'est tellement nous -et je suis mortellement sérieux ! Je n'en connaissais que quelques gags éparts, au gré de lectures de recueils et magazines divers ; puis, après le premier album acheté, je me suis décidé à tous les dénicher, petit à petit.
Des tâtonnements franchement amateurs du tout début aux expérimentations (discrètes !) en plein milieu, j'ai adoré vivre le quotidien absurde et pourtant plein de sens de ces alter-égos caractériels à nos existences modernes. La pensée de F'murrr, aussi perchée que les plus hauts sommets qui entourent ses personnages, m'a parfois échappé pour cause de culture générale très limitée -il est manifeste que l'Artiste en avait dans le citron !- mais, heureusement pour nous, le pendant humoristique de sa bande permet néanmoins d'en profiter à de nombreux niveaux -et, du coup, de s'imaginer presque aussi intelligents que lui...
La poésie rivalise avec le gag et rend l'émotion prépondérante, souvent là où on l'attend le moins. Et le dessin, tout en courbes, nous caresse dans le sens du poil -frisé ou non- et nous invite à nous allonger quelques pages dans ces prairies paisibles où, sans qu'on le sache, se jouent en parallèle toutes les histoires du monde.
Un autre exemple de la singularité de la Bande Dessinée, seule capable d'offrir quelque chose d'aussi rare -et donc précieux !- qu'une réflexion philosophique assez rigolote (et juste !) pour qu'on y revienne à la moindre occasion. Chapeau bas !
Incontournable, pour qui aime la précision des mots au service de messages riches de significations via la magie des dialogues, dans la BD.
Enfant, je ne comprenais pas non plus certains gags ; mais ceux que je pouvais appréhender m'assuraient déjà de la qualité de la bande et, bien que cela n'ait bien sûr pas eu la moindre importance pour moi lors de ces premières lectures, il est manifeste que mon subconscient s'en est souvenu puisque j'y suis revenu plus tard, pour m'y replonger en quête d'une compagnie chaleureusement amicale.
Il y a une profondeur de caractère inusitée dans le petit groupe central des personnages de Charles Schulz ; et chacun d'entre nous peut facilement s'identifier, tour à tour, avec un Charlie désespéré, aux prises avec sa dépression récurrente, une Lucie prisonnière de ses exigences, possédée par ses accès de colère ; ou encore un Linus, frôlant le Burn-out dans sa crainte perpétuelle des autres et de l'extérieur... Bon, j'avoue n'avoir que peu d'atomes crochus avec Snoopy -et je le déplore !!- ; mais quel bonheur de savoir qu'une Peppermint Patty existe, quelque part, toujours prête à tendre la main et aider son prochain dans la lutte incessante de l'Homme contre l'oppresseur ?!
J'aime l'âme de la bande ; et je suis très reconnaissant à l'auteur d'avoir su y insuffler si justement -cette osmose miraculeuse propre au Neuvième Art, images et mots en équilibre parfait !- autant de ce qu'il y avait du meilleur de sa vérité à lui.
2023, bientôt 50 ans que le premier album est sorti. Je déniche un lot dans une librairie d'occasion, je les achète. C'est pas cher et ça fait un avis de plus !
Retour à la maison, je commence le premier volume. J'en sors surpris : ça a été publié dans le journal Tintin, ça ? Ça parle d'une guerre que les occidentaux n'ont jamais vraiment regardée en face. Ça mentionne des ethnies inconnues, on a des morts, des bombardements. C'est vraiment fait pour enfant ?
Je continue les lectures et l'étonnement grandit. On parle de vols d'œuvres culturelles par les occidentaux, de disparus dans l'Himalaya par manque de préparation, de maladies mentales. Chaque volume est une histoire mais toutes ensemble tissent une trame narrative qui se suit. C'est prenant, c'est passionnant.
L'auteur évolue, et ça se sent. Le dessin du premier volume, plus grossier, s'affine. On sent l'amour pour la montagne, pour le Tibet, pour les populations locales. On mentionne quantité de noms inconnus en occident, ça parle de pays qu'on ne connait qu'en carte postale. Le tout accompagné de bandes originales à chaque album : Mike Oldfield, Kate Bush, Pink Floyd, Brian Eno, du classique parfois … Tiens, il a les mêmes goûts que mon papa, qui me les a transmis !
Et puis la césure, les albums américains. Cosey a changé d'imaginaires, tout comme dans ses BD. On oublie les montagnes de l'Asie, on a les plaines de l'Amérique. C'est le passage de Saigon-Hanoi à Orchidea. Mais Jonathan reste le même, il est toujours affublé de ses vêtements iconiques, sa coupe de cheveux et son spleen mélancolique.
Jonathan, c'est du Corto Maltese inspiré par l'Asie et l'Amérique, c'est du baroudeur qui n'a jamais d'attaches. Il aime, il avance, il découvre. Jonathan ne juge pas, il est spectateur d'un monde, s'inscrit dedans et accepte les gens tels qu'ils sont. Marginaux, rêveurs, idéalistes, tous portés par leur foi en quelque chose. Jonathan, lui, regarde.
Je ressors de ma lecture. C'est prenant. Une envie me vient d'aller prendre mes chaussures et de marcher dans les Vosges. On est en automne, c'est le moment où la forêt sera magnifique et j'ai soudainement envie de montagne. La BD qui habite après sa lecture, n'est-elle pas la meilleure ? Lorsqu'on est encore baigné par une ambiance, c'est qu'elle nous marque, après tout. Et j'ai envie de retourner faire des escapades avec Jonathan, voir un peu le monde et vivre quelques instants encore dans l'Himalaya. Il va falloir que je me procure les albums manquants. Et si je me remettais un Mike Oldfield en attendant ?
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Serval - Fauve blessé / Daredevil - Rêve américain
C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire. Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
La Sensationnelle She-Hulk
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash. Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG. Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros. On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?". L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques". Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Super boxeurs
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables... Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties. Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors. D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir. Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Suck my duck !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie. Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais". Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population. Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.
Salades de saison
Je suis un grand fan. Je l'ai découverte (gamin : pas vraiment apprécié !) avec "Les Angoisses De Cellulite". Il m'a fallu y revenir un poil plus grand -aux alentours de la quatorzaine- pour me faire au graphisme si particulier et, une fois "at home", profiter pleinement de son humour au vitriol. J'adore : Claire Bretécher a le regard acéré et sans pitié d'un rapace ; et son trait, à l'avenant, exprime avec précision et -souvent- une grande violence/puissance les actions et états d'âmes de tous ces pauvres personnages aux prises avec une réalité qui se fiche complètement de leurs affres existentielles. Je rie encore, à chaque relecture, quand telle ménagère explose (à la dernière case !) à cause du bruit de succion que fait son mari en fumant sa pipe ; et même le délire autour du ciment, au milieu de l'album, continue de m'interpeler tant l'absurde de son sujet est cocasse dans sa mise en scène -et surtout ses dialogues. Bien sûr, les sujets les plus populaires sont incroyablement vieillots, à nos cervelles modernes (...), mais même là, à ses presque débuts, il y a déjà tout ce qui va faire d'elle la plus efficace et talentueuse des Artistes de Bande Dessinées "journalistiques" de sa génération.
2001 Nights stories
Avec un parti-pris assez optimiste quant à la nature humaine -logique puisque l'ensemble est directement inspiré du 2001 de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke (c'est Arthur, le " gentils " des deux !!)-, Yukinobu Hoshino nous entraine, en une ellipse temporelle parfaitement maitrisée, dans un voyage aux confins de la galaxie, à la recherche de nouvelles richesses, concrètes ou plus subtiles... Chaque épisode, titré : Nuit, explore un thème spécifique "classique" de la S.F., mais toujours avec un souci de communiquer les propres interrogations et réflexions de l'Auteur/Artiste quant à notre nature profonde et ses obsessions/limitations. Les dites Nuits peuvent se lire presque indépendamment, même si un fil rouge assez lâche nous fait rencontrer les membres d'une même famille sur plusieurs générations. C'est presque du Space-Opera par moment, dans la démesure de certaines illustrations ou certains concepts ; mais sans jamais lorgner vers le côté clinquant : il demeure tout du long fidèle à son modèle, très "Hard Science Fiction". Néanmoins, il ne néglige pas l'argument principal de son médium -à savoir : DISTRAIRE !-, s'offrant de belles libertés graphiques pour transcrire telle "communion/osmose" extra-sensorielle ou telle autre "conscience planétaire"... Et, si je ne me rappelle pas avoir ri (!), j'ai souri à certains gags bien pensés et parfaitement intégrés au sein de cet univers si "réel". Qu'on ne s'y trompe pas : c'est avant tout de nous, en tant qu'espèce, individus et société(s), que traitent ces ouvrages. Et c'est sûrement ce qui en fait une référence ; non seulement en Science-Fiction mais aussi -et surtout- en Anticipation.
Réincarnations - Please Save my Earth
J'ai connu PSME d'abord via sa version animée, en cassette vidéo, avant de m'attaquer, bien plus tard, au Manga lui-même -ma seconde expérience du genre, après Akira (au traitement graphique beaucoup moins typique du genre). Le sujet m'avait séduit -et la bande originale est absolument magnifique : Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi sont des compositeurs extraordinaires. Sinon, quelle claque ! L'intrigue, mise en scène de manière complètement éclatée (les flashbacks non linéaires et les objectifs/intérêts des héros qui ne cessent de s'inverser, se croiser ou se brouiller) est passionnante de bout en bout, nous faisant passer par tous les affres de la création avec chacun des personnages. Saki Hiwatari nous balade d'un épisode à l'autre sans jamais tout à fait complètement dévoiler les raisons les plus intimes des motivations du petit groupe d'ex/nouveaux amis/ennemis et, en ce qui me concerne, l’aveu déchirant de Alice à Haruhiko, vers la fin, m'a complètement pris par surprise -et d'autant plus touché que j'avais oublié que les traumas qui nous définissent ne sont décidément jamais les plus évidents. Mais de nombreux autres instants de dure vérité confrontent les adolescents à leurs proches ainsi qu'à eux-mêmes, et mon cœur battait vraiment pour eux tout au long de leur quête ; c'est dire l'art consommé de l'Artiste ! Si on ajoute la réelle beauté des images, des visages (!), des décors à la profonde réflexion Humaniste qui soutient cette (longue ! Mais c'est traditionnel, au Japon) série poétique et romantique, on ne peut qu'en constater la grande réussite. Un summum du genre, pour l'amateur de Manga vraiment moyen que je suis ; et un summum TOUT COURT pour l'amoureux de bandes dessinées, un poil mieux éclairé.
Le Génie des alpages
J'ai vraiment bien ri avec ces brebis complètement folles : c'est tellement nous -et je suis mortellement sérieux ! Je n'en connaissais que quelques gags éparts, au gré de lectures de recueils et magazines divers ; puis, après le premier album acheté, je me suis décidé à tous les dénicher, petit à petit. Des tâtonnements franchement amateurs du tout début aux expérimentations (discrètes !) en plein milieu, j'ai adoré vivre le quotidien absurde et pourtant plein de sens de ces alter-égos caractériels à nos existences modernes. La pensée de F'murrr, aussi perchée que les plus hauts sommets qui entourent ses personnages, m'a parfois échappé pour cause de culture générale très limitée -il est manifeste que l'Artiste en avait dans le citron !- mais, heureusement pour nous, le pendant humoristique de sa bande permet néanmoins d'en profiter à de nombreux niveaux -et, du coup, de s'imaginer presque aussi intelligents que lui... La poésie rivalise avec le gag et rend l'émotion prépondérante, souvent là où on l'attend le moins. Et le dessin, tout en courbes, nous caresse dans le sens du poil -frisé ou non- et nous invite à nous allonger quelques pages dans ces prairies paisibles où, sans qu'on le sache, se jouent en parallèle toutes les histoires du monde. Un autre exemple de la singularité de la Bande Dessinée, seule capable d'offrir quelque chose d'aussi rare -et donc précieux !- qu'une réflexion philosophique assez rigolote (et juste !) pour qu'on y revienne à la moindre occasion. Chapeau bas !
Snoopy & les Peanuts
Incontournable, pour qui aime la précision des mots au service de messages riches de significations via la magie des dialogues, dans la BD. Enfant, je ne comprenais pas non plus certains gags ; mais ceux que je pouvais appréhender m'assuraient déjà de la qualité de la bande et, bien que cela n'ait bien sûr pas eu la moindre importance pour moi lors de ces premières lectures, il est manifeste que mon subconscient s'en est souvenu puisque j'y suis revenu plus tard, pour m'y replonger en quête d'une compagnie chaleureusement amicale. Il y a une profondeur de caractère inusitée dans le petit groupe central des personnages de Charles Schulz ; et chacun d'entre nous peut facilement s'identifier, tour à tour, avec un Charlie désespéré, aux prises avec sa dépression récurrente, une Lucie prisonnière de ses exigences, possédée par ses accès de colère ; ou encore un Linus, frôlant le Burn-out dans sa crainte perpétuelle des autres et de l'extérieur... Bon, j'avoue n'avoir que peu d'atomes crochus avec Snoopy -et je le déplore !!- ; mais quel bonheur de savoir qu'une Peppermint Patty existe, quelque part, toujours prête à tendre la main et aider son prochain dans la lutte incessante de l'Homme contre l'oppresseur ?! J'aime l'âme de la bande ; et je suis très reconnaissant à l'auteur d'avoir su y insuffler si justement -cette osmose miraculeuse propre au Neuvième Art, images et mots en équilibre parfait !- autant de ce qu'il y avait du meilleur de sa vérité à lui.
Jonathan
2023, bientôt 50 ans que le premier album est sorti. Je déniche un lot dans une librairie d'occasion, je les achète. C'est pas cher et ça fait un avis de plus ! Retour à la maison, je commence le premier volume. J'en sors surpris : ça a été publié dans le journal Tintin, ça ? Ça parle d'une guerre que les occidentaux n'ont jamais vraiment regardée en face. Ça mentionne des ethnies inconnues, on a des morts, des bombardements. C'est vraiment fait pour enfant ? Je continue les lectures et l'étonnement grandit. On parle de vols d'œuvres culturelles par les occidentaux, de disparus dans l'Himalaya par manque de préparation, de maladies mentales. Chaque volume est une histoire mais toutes ensemble tissent une trame narrative qui se suit. C'est prenant, c'est passionnant. L'auteur évolue, et ça se sent. Le dessin du premier volume, plus grossier, s'affine. On sent l'amour pour la montagne, pour le Tibet, pour les populations locales. On mentionne quantité de noms inconnus en occident, ça parle de pays qu'on ne connait qu'en carte postale. Le tout accompagné de bandes originales à chaque album : Mike Oldfield, Kate Bush, Pink Floyd, Brian Eno, du classique parfois … Tiens, il a les mêmes goûts que mon papa, qui me les a transmis ! Et puis la césure, les albums américains. Cosey a changé d'imaginaires, tout comme dans ses BD. On oublie les montagnes de l'Asie, on a les plaines de l'Amérique. C'est le passage de Saigon-Hanoi à Orchidea. Mais Jonathan reste le même, il est toujours affublé de ses vêtements iconiques, sa coupe de cheveux et son spleen mélancolique. Jonathan, c'est du Corto Maltese inspiré par l'Asie et l'Amérique, c'est du baroudeur qui n'a jamais d'attaches. Il aime, il avance, il découvre. Jonathan ne juge pas, il est spectateur d'un monde, s'inscrit dedans et accepte les gens tels qu'ils sont. Marginaux, rêveurs, idéalistes, tous portés par leur foi en quelque chose. Jonathan, lui, regarde. Je ressors de ma lecture. C'est prenant. Une envie me vient d'aller prendre mes chaussures et de marcher dans les Vosges. On est en automne, c'est le moment où la forêt sera magnifique et j'ai soudainement envie de montagne. La BD qui habite après sa lecture, n'est-elle pas la meilleure ? Lorsqu'on est encore baigné par une ambiance, c'est qu'elle nous marque, après tout. Et j'ai envie de retourner faire des escapades avec Jonathan, voir un peu le monde et vivre quelques instants encore dans l'Himalaya. Il va falloir que je me procure les albums manquants. Et si je me remettais un Mike Oldfield en attendant ?