Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses.
Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres.
Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille.
On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes.
Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique.
Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire.
Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou.
Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair.
Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants.
Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère…
« Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit,
Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure.
Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier.
L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande.
Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité…
Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs.
Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.
Ah, Lanfeust ... Un succès colossal, une saga vendue en séries toujours plus nombreuses, tout un univers, le lancement d'une maison d'édition adulée et conspuée, le déclenchement d'une folie de la fantasy en BD ... Il est presque impossible de parler de Lanfeust de Troy sans parler de tout ce qui gravite autour, tant cette BD est un ovni débarqué voila 30 ans pour révolutionner (je n'ai pas peur de le dire) le monde de la BD francophone.
Aujourd'hui, 30 après, le nom de Lanfeust et le monde de Troy sont des valeurs sûres, des noms qui font parfois soupirer ou lever les yeux au ciel lors d’une énième annonce d’un produit dérivé de l’univers originel.
Mais au-delà de cette représentation parfois biaisée de la surabondance du monde de Troy, qu’en est-il de la BD originelle, celle qui déclencha l’ensemble du bouzin ?
Et bien, à la relecture et alors que j’ai déjà lu cette série voilà un sacré moment, je ne peux que redire, comme beaucoup de gens, que c’est bon. Je dirais même que c'est dans le très bon, puisqu'en relisant cette série, j'ai autant ri qu'apprécié l'histoire. C'est une narration impeccable, chaque tome concluant de façon satisfaisante un arc narratif qui s'emboite toujours avec le suivant, tout en nous présentant une histoire continue qui nous tient en haleine. Alors certes, il n'y a là rien que des clichés de fantasy déjà vus et revus, mais qui fonctionnent. Et dont l'auteur n'abuse finalement jamais, ne tombant ni dans le poncif usé, ni dans la facilité ou la paresse scénaristique. Lanfeust est un personnage attachant, héros maladroit et très sujet aux hormones, mais aussi courageux et impulsif, créant situation cocasses et catastrophes assez régulièrement.
Hébus n'est jamais limité au personnage de comique, bien qu'il en occupe allègrement la fonction, mais est aussi un moteur de l'action et de l'intrigue, que ce soit pour taper sur des trucs ou pour avoir des mauvaises idées au mauvais moment. Sa popularité donnera lieu à une série complète uniquement sur les trolls, preuve d'un personnage soigné dans l'écriture.
Cixi et C'ian, deux sœurs opposés en tout, rapportent la touche féminine (et le nécessaire visuel pour attirer le chaland, faut bien le dire) qui ne se contente pas d'être une potiche en attente d'un sauveur. Cixi participe à l'intrigue à sa manière, s'émancipant du rôle habituel des femmes pour devenir une sorte de sex-symbol qui n'hésite pas à user des ses charmes et atours pour manipuler, tandis que C'ian incarne cet idéal d'amour chaste et pur, d'un couple normal duquel Lanfeust finira par s'émanciper, comprenant que l'on peut demander plus à la vie.
Mine de rien, sous des airs de comédie potache ou de saga d'héroic-fantasy, la BD nous parle de quelques petits sujets qui expliquent très certainement sa popularité : la sexualité est souvent présente dans le récit, autant pour des blagues que pour de réels points d'intrigue, mais aussi la question de la destinée ou de la croyance, un Lanfeust qui incarne cet adolescent que tout le monde fut, rêvant de partir de chez lui, de découvrir le monde et de grandir. La série se finit d'ailleurs sur un acte qui me semble chargé en symbolique, dans cette idée. Pas étonnant qu'une génération de jeunes adolescents trouvèrent là une histoire faisant terriblement écho à leurs situations.
Alors voila, Lanfeust c'est bien, c'est même très bien, enrichi d'un dessin qui sait se faire dynamique dans les combats, enchanteur dans les représentations de paysages aussi divers que variés qu'on est en droit d'attendre d'un récit d'héroic-fantasy, c'est drôle et bourré de clins d’œil qu'on appréciera lire ...
Mais est-ce vraiment si indispensable que ça ?
Pour ma part, je dirais que oui. Lanfeust est une série qui n'a pas l'aura sacrée que je donnerais à un "De capes et de crocs", par exemple, mais qui est pour autant bien plus connue et appréciée. Et rien qu'à ce titre, Lanfeust de Troy est un monument de la BD qu'il convient de lire lorsqu'on s'intéresse à ce média. Parce qu'il a changé la donne (pour le meilleur et pour le pire) du paysage de BD, qu'il a élargi l'horizon que nous avons aujourd'hui de ce média et qu'il reste, des années après, toujours aussi bon dans sa façon d'être. Une BD qui est, et je ne le répéterais jamais assez, bien sans crier au génie mais qui est surtout impactante à ce point-là mérite, selon-moi, son petit statut culte.
Et c'est pourquoi ma note est ce reflet-là. Si je devais donner mon seul avis, je dirais qu'il s'agit d'un bon 4/5. Mais je ne peux pas juste dire que c'est une bonne série et m'en contenter. Lanfeust est culte, que je le veuille ou non. Et à ce titre, oui, le 5/5 est presque obligatoire lorsque je n'ai pas de réels griefs à lui opposer.
La seule chose qui est sûre, c'est que cette qualification de culte ne m'engage nullement sur les autres séries de Troy !
Cette BD est un superbe récit à la fois fantastique, sensuel et empli de suspense, dans lequel le surnaturel se fait une place dans le monde réel à travers deux histoires menées en parallèle, qui s’entrecroisent progressivement et finissent par se rejoindre avec un premier tome qui se termine sur un « cliffhanger haletant » qui ne donne qu’une envie : ouvrir le 2ème tome.
Le personnage d’Ambroise, harpiste confirmé aspirant à devenir professionnel est celui qui fait le lien entre ces deux récits :
Le premier raconte la façon dont une métamorphe (créature fantastique capable de prendre n’importe quelle apparence) tente de le séduire sans lui dévoiler sa nature, alors que le second décrit l’insertion difficile d’Ambroise dans un orchestre où joue déjà sa sœur percussionniste. La formation musicale est traversée de sourdes tensions en raison notamment des agissements d’un corbeau malveillant et des rivalités, conflits ou attirances dans l’orchestre.
Les interactions entre personnages (humains ou fantastiques) sont très riches de désirs exprimés ou refoulés, de sentiments généreux ou plus obscurs qui créent mystère et suspense. Les personnages eux-mêmes sont finement dessinés dans toutes leur diversités.
Un des autres intérêts du récit est de laisser beaucoup de zones d’ombre et de mystère sur les nombreux personnages principaux et secondaires dont l’on découvre peu à peu certains secrets ou motivations, alors que d’autres restent dans l’ombre au moins pour le premier tome.
Ainsi par exemple, Ambroise reste froidement indifférent à toutes les variantes d’incarnations classiques de la séduction (de la pin-up à la sportive en passant par la fille d’à côté ou la lectrice…), et c’est par un jeu de billard à deux bandes inattendu et surprenant que se révélera à lui celle qui correspond à son attente profonde : une femme plus grande que lui dans tous les domaines : que ce soit par sa reconnaissance artistique internationale, sa force de caractère, sa maturité d’âge, l’amplitude généreuse de son corps… sachant qu’une possible clé sur l’explication de cette correspondance nous est donnée ensuite plus loin dans le récit.
L’histoire joue avec virtuosité sur les thèmes des relations multiples de l’amour et du désir, de la vérité et de la dissimulation, de la confiance et de la trahison...
L’illustration est très réussie : les dessins fins et précis de Thomas Le Boucher sont aussi excellents lorsqu’ils représentent le monde « normal » avec finesse et réalisme, que lorsqu’ils dépeignent l’intrusion du fantastique dont certaines scènes sont dignes de certains tableaux de Jérôme Bosch, ou lorsqu’il représentent des extraits (souvent très drôles) du carnet à dessins d’Ambroise qui illustre les moments importants de sa vie.
La qualité des dessins est mise au service d’un scénario découpé de façon vive et dynamique, très cinématographique.
Trés surpris des avis précédents !
Pour ma part je trouve le dessin sublime et je considère ce comics comme un chef d'œuvre.
Evidemment il faut être ouvert à la fantaisie pour en apprécier le sel
Enfin ! Enfin j'ai lu Les Indociles ! Je guignais cette grosse BD de plus de 400 pages depuis sa sortie qui s'est faite sans tambour ni trompette fin 2022. Plus exactement, il s'agit d'une intégrale réunissant les 5 tomes originels parus entre février 2012 et janvier 2016, agrémentée d'un petit bonus.
Bref ! Sur le net, rien, aucun écho, ou quasi. Côté avis des lecteurs, une seule critique du tome 1 publiée sur PlanetBd, au demeurant peu engageante. Au dos de la BD elle-même, pas mieux. En guise de résumé, ce court extrait de dialogue :
- Papa, ça veut dire quoi communiste ?
- Appelle-moi pas papa.
Plutôt succinct. Difficile d'acheter ce pavé à plus de cinquante balles dans de telles conditions. Pourtant, quelque chose me titillait. Le dessin déjà me séduisait, malgré l'avis du site pré-cité dont l'auteur lui attribuait à peine la moyenne. Dur ! Enfin, autour de moi, personne ne semblait avoir entendu parler de cette série. 416 pages, ça fait quand même 3,5 centimètres d'épaisseur, et ça pèse une tonne ! En somme, une belle bête qui ne passe pas inaperçue en principe.
Et puis c'est mon grand refré qui a tranché la question, m'offrant le pavé sans crier gare. Alors du coup, nous y voilà !
Et bien c'est génial ! Je suis tombé sous le charme de ce coup de crayon gracieux soutenu par une mise en couleur tout à fait convaincante. Pitch Comment propose un genre de gaufrier non conventionnel. Les bords des cases sont flottant, certaines ne comportant d'ailleurs aucun bord. Parfois une case plus grande vient casser le rythme, plus rarement une pleine page. Le trait de Comment est subtil, délicat, très fluide, et rend le mouvement dans toute sa spontanéité. Attitudes et expressions sont croquées avec justesse, les personnages sont de suite reconnaissables malgré leur nombre conséquent, et malgré les années qui passent (Les indociles est une histoire qui s'étale sur presque 7 décennies !). Notre duo d'auteurs possède en outre un sens de l’ellipse remarquable. On saute d'une scène à l'autre ou d'une époque à l'autre avec une aisance naturelle. Bref ! C'est une grande réussite. J'adore !
Le scénario quant à lui ne manque pas non plus de saveur, et c'est peu de le dire. On est loin, très loin, à des années lumière même de ce scénario "ennuyeux et guère convaincant" évoqué par le confrère. Déjà, on suit une bande de potes depuis les années 60 jusqu'aux années 2000, et même jusqu'à aujourd'hui si l'on inclut le bonus de cette intégrale. C'est ambitieux certes, et étant donnée la nature du projet, il faut avoir quelque chose à raconter. Après une préface aussi drôle qu'énigmatique, signé par un certain Stéphane Babey, rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique suisse romand Vigousse, on pénètre dans le vif du sujet. Dans la série originale, chaque tome porte le nom de l'un des protagonistes principaux associé à une décennie. Tout commence ainsi dans les années 60 quand, en plein cœur d'un Jura Suisse étouffé par les convenances, une bande de jeunes crée une communauté dont le lecteur va suivre l'évolution jusqu'à nos jours, ainsi que la transmission de cette utopie à leur progéniture, bon gré mal gré. A ce stade, il m'est vraiment difficile de ne pas en dire plus tant j'ai été embarqué par le rythme incroyable de cette saga. J'étais avec les personnages au quotidien, j'ai vécu leurs espoirs, leurs déconvenues. J'ai ri, j'ai supporté leurs hypocrisies parfois, ressenti leurs joies, leurs peines, leurs frustrations... Parce que j'étais mal parfois. Certains passages sont vraiment durailles, et certains personnages assez antipathiques, sans toutefois l'être totalement. Mais tout sonne juste. On sent que les anecdotes fleurent le vécu. Allez ! J'arrête là pour ce qui est du récit. Il serait dommage de dévoiler la substantifique moelle des Indociles. Je me contenterai d'ajouter que les dialogues sont vraiment excellents, au point que je me demande si Olivier Hervé a réellement lu la même BD que moi, lui qui les jugeait "sans relief". Ils ont au contraire si vivants qu'on les croirait enregistrés dans le jus.
Mais au-delà du scénario, en toile de fond, cette histoire si proche de nous (de l'humain qui est en nous s'entend) dresse le bilan de plus de soixante ans de vie politique suisse mais aussi française, puisque cette dernière est très présente. Gardons en effet à l'esprit que nous sommes dans une région frontalière ! En leur temps, Bakounine et Gustave Courbet y avaient trouvé refuge... Alors oui, au-delà du scénario disais-je, il y a soixante années bercées d'utopies et de désillusions. Et aujourd'hui ? Y a-t-il encore une alternative à créer ? Quels espoirs sont encore susceptibles de porter les jeunes générations ? Que reste-t-il des rêves de liberté des sixties ? Toutes ces questions sont posées ici et les auteurs y apportent quelques réponses avec cette fin suspendue.
Bref ! Les Indociles est un monstre. Ça cause d'utopie et de politique, bien entendu, mais ça parle aussi d'amour, d'amitié, de sexualité, de paternité, de transmission, de trahison, d'avenir... C'est une saga formidable à échelle d'être humain, une histoire en 3D dont les contours se dévoilent à l'aune de l'actualité passée et présente. Rien que pour ça, Camille Rebetez et Pitch Comment sont largement parvenus à donner vie à leur ambition, avec un brio rare. Il y a dans ce pavé un cœur qui bat, fort et clair. Et pour qui sait écouter, on peut y entendre une voix qui nous enjoint de tracer son propre chemin, loin des sentiers battus.
Mise à jour suite à lecture du dernier tome.
C'est un Père Noël lubrique qui m'a déposé ces deux albums au pied du sapin. Mais c'est aussi un Père Noël saligaud, merde il en manque un, je suis en plein coït interrompu. Sniff sniff.
Je viens de dévorer ces deux tomes en un après-midi. Un délice visuel sur un scénario en béton.
Un sucre d'orge à lécher, sucer ou croquer suivant ses envies.
Une soirée mondaine, Iris et Simon s'ennuient, leurs regards se croisent et il en découlera une nuit torride. Elle se sauve au petit matin, elle doit retrouver Bruno, son mari. Mais cette nuit aura laissée des traces indélébiles. Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite.
Un récit qui explore les méandres du plaisir, de la séduction, du désir, du dominant(e)/dominé(e), de la trahison et de l'amour.
Nos personnages principaux sont entourés d'une kyrielle de seconds rôles aux personnalités diverses et intrigantes.
Une narration faite des voix off de nos protagonistes qui donne une ambiance intemporelle. Tout ce petit monde est attachant et nous fait découvrir le monde de la nuit et de ses soirées où le sexe sous toutes ses formes est le maître mot. Mais aussi le monde de l'art et celui des rapports humains dans toutes ses contradictions.
Un noir et blanc de toute beauté où juste le rouge fait éruption pour apporter cette touche de sensualité et d'érotisme.
Un trait fin, léché, qui retranscrit les émotions et le plaisir. Il suffit de regarder le mordillement des lèvres de ces dames.
Une merveille.
Ça titille, ça émoustille.Mais là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir.
Faites-vous du bien.
Moi je vais de ce pas me procurer le tome 3.
Tome 3
Quel bonheur de lire ce troisième opus qui explore les profondeurs de l'âme humaine.
Une osmose parfaite entre narration et dessin. Une narration d'une grande justesse, poignante. Un dessin d'un érotisme rare, hypnotisant.
Je ne peux que vous en conseiller la lecture que vous soyez ou non un adepte de ce genre.
Je monte ma note à 5 étoiles.
Tome 4
Ce dernier tome clos de bien belle manière les aventures de nos protagonistes, entre désespoir et joie, entre solitude et amour. Il suffit parfois d'une étincelle ....
Une narration toujours maîtrisée, toujours juste et toujours avec son lot de surprises. On ne peut que s'attacher à tous ces personnages bien différents, chacun avec sa part d'ange et sa part de démon.
La partie graphique évolue dans cet album, puisque une autre couleur apparaît, le mauve, celui des iris, pour mieux visualiser le début de la transformation d'Iris jusqu'à une pleine colorisation lorsqu'elle sera passée de chrysalide à papillon.
Visuellement, ça transpire de sensualité et la mise en page permet d'en prendre plein les yeux.
En fin d'album, un magnifique artbook.
Dans le genre, un must have.
Culte et re,re coup de cœur.
Mise à jour àprès lecture des tomes 39 et 40:
J'ai continué de lire d'un oeil distrait les tomes suivants le 17 que j'évoquais avant me disant à chaque fois "mais pour quelle raison je continue de suivre cette série?".
Eh bien j'ai la réponse : ce mix si particulier d'aventure, de mytholige et de SF reprend de la vigueur avec l'ouverture du vaisseau atlante qui va nous permettre de revenir aux sources de la saga pour en mieux redéfinir les tenants et les aboutissants. Des esprits chagrins crient au grand n'importe quoi, je fais partie de l'autre camp qui met le Thorgal "enfant des étoiles" à égalité avec le Thorgal "viking".
Je repasse la note à 5 et me réjouis de la suite.
J'ai parallèlement commencé à lire "Adieu Aaricia", le 1er tome de Thorgal Saga: cette grande et belle série fait son grand retour en ne trahissant ni le visuel ni l'esprit d'orgine. L'avenir s'annonce radieux pour les fans.
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Pourquoi, mais pourquoi les auteurs de Thorgal n'ont-ils pas su arrêter cette série à temps, c'est-à-dire vers le tome 17 ?
Ce mélange d'aventure, fantastique et SF en fait une série bien à part dans le monde de la BD. Le trait graphique, bien pauvre au début, s'améliore au fur et à mesure des épisodes.
Van Hamme est bien inspiré, avec des pointes de génie le temps de certains, comme par exemple pour le cycle de Qâ. Certains albums dénotent complètement, le mot Thorgal n'étant que prétexte à leur édition, comme par exemple le fabuleusement inquiétant Alinoë.
De plus, cette série se laisse et relire avec toujours le même plaisir à tout âge.
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Mélodie au crépuscule
Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses. Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres. Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille. On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes. Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique. Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire. Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou. Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Majnoun et Leïli - Chants d'outre-tombe
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair. Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants. Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère… « Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Néféritès
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
La Bibliomule de Cordoue
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit, Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure. Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier. L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande. Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité… Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs. Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.
Lanfeust de Troy
Ah, Lanfeust ... Un succès colossal, une saga vendue en séries toujours plus nombreuses, tout un univers, le lancement d'une maison d'édition adulée et conspuée, le déclenchement d'une folie de la fantasy en BD ... Il est presque impossible de parler de Lanfeust de Troy sans parler de tout ce qui gravite autour, tant cette BD est un ovni débarqué voila 30 ans pour révolutionner (je n'ai pas peur de le dire) le monde de la BD francophone. Aujourd'hui, 30 après, le nom de Lanfeust et le monde de Troy sont des valeurs sûres, des noms qui font parfois soupirer ou lever les yeux au ciel lors d’une énième annonce d’un produit dérivé de l’univers originel. Mais au-delà de cette représentation parfois biaisée de la surabondance du monde de Troy, qu’en est-il de la BD originelle, celle qui déclencha l’ensemble du bouzin ? Et bien, à la relecture et alors que j’ai déjà lu cette série voilà un sacré moment, je ne peux que redire, comme beaucoup de gens, que c’est bon. Je dirais même que c'est dans le très bon, puisqu'en relisant cette série, j'ai autant ri qu'apprécié l'histoire. C'est une narration impeccable, chaque tome concluant de façon satisfaisante un arc narratif qui s'emboite toujours avec le suivant, tout en nous présentant une histoire continue qui nous tient en haleine. Alors certes, il n'y a là rien que des clichés de fantasy déjà vus et revus, mais qui fonctionnent. Et dont l'auteur n'abuse finalement jamais, ne tombant ni dans le poncif usé, ni dans la facilité ou la paresse scénaristique. Lanfeust est un personnage attachant, héros maladroit et très sujet aux hormones, mais aussi courageux et impulsif, créant situation cocasses et catastrophes assez régulièrement. Hébus n'est jamais limité au personnage de comique, bien qu'il en occupe allègrement la fonction, mais est aussi un moteur de l'action et de l'intrigue, que ce soit pour taper sur des trucs ou pour avoir des mauvaises idées au mauvais moment. Sa popularité donnera lieu à une série complète uniquement sur les trolls, preuve d'un personnage soigné dans l'écriture. Cixi et C'ian, deux sœurs opposés en tout, rapportent la touche féminine (et le nécessaire visuel pour attirer le chaland, faut bien le dire) qui ne se contente pas d'être une potiche en attente d'un sauveur. Cixi participe à l'intrigue à sa manière, s'émancipant du rôle habituel des femmes pour devenir une sorte de sex-symbol qui n'hésite pas à user des ses charmes et atours pour manipuler, tandis que C'ian incarne cet idéal d'amour chaste et pur, d'un couple normal duquel Lanfeust finira par s'émanciper, comprenant que l'on peut demander plus à la vie. Mine de rien, sous des airs de comédie potache ou de saga d'héroic-fantasy, la BD nous parle de quelques petits sujets qui expliquent très certainement sa popularité : la sexualité est souvent présente dans le récit, autant pour des blagues que pour de réels points d'intrigue, mais aussi la question de la destinée ou de la croyance, un Lanfeust qui incarne cet adolescent que tout le monde fut, rêvant de partir de chez lui, de découvrir le monde et de grandir. La série se finit d'ailleurs sur un acte qui me semble chargé en symbolique, dans cette idée. Pas étonnant qu'une génération de jeunes adolescents trouvèrent là une histoire faisant terriblement écho à leurs situations. Alors voila, Lanfeust c'est bien, c'est même très bien, enrichi d'un dessin qui sait se faire dynamique dans les combats, enchanteur dans les représentations de paysages aussi divers que variés qu'on est en droit d'attendre d'un récit d'héroic-fantasy, c'est drôle et bourré de clins d’œil qu'on appréciera lire ... Mais est-ce vraiment si indispensable que ça ? Pour ma part, je dirais que oui. Lanfeust est une série qui n'a pas l'aura sacrée que je donnerais à un "De capes et de crocs", par exemple, mais qui est pour autant bien plus connue et appréciée. Et rien qu'à ce titre, Lanfeust de Troy est un monument de la BD qu'il convient de lire lorsqu'on s'intéresse à ce média. Parce qu'il a changé la donne (pour le meilleur et pour le pire) du paysage de BD, qu'il a élargi l'horizon que nous avons aujourd'hui de ce média et qu'il reste, des années après, toujours aussi bon dans sa façon d'être. Une BD qui est, et je ne le répéterais jamais assez, bien sans crier au génie mais qui est surtout impactante à ce point-là mérite, selon-moi, son petit statut culte. Et c'est pourquoi ma note est ce reflet-là. Si je devais donner mon seul avis, je dirais qu'il s'agit d'un bon 4/5. Mais je ne peux pas juste dire que c'est une bonne série et m'en contenter. Lanfeust est culte, que je le veuille ou non. Et à ce titre, oui, le 5/5 est presque obligatoire lorsque je n'ai pas de réels griefs à lui opposer. La seule chose qui est sûre, c'est que cette qualification de culte ne m'engage nullement sur les autres séries de Troy !
47 Cordes
Cette BD est un superbe récit à la fois fantastique, sensuel et empli de suspense, dans lequel le surnaturel se fait une place dans le monde réel à travers deux histoires menées en parallèle, qui s’entrecroisent progressivement et finissent par se rejoindre avec un premier tome qui se termine sur un « cliffhanger haletant » qui ne donne qu’une envie : ouvrir le 2ème tome. Le personnage d’Ambroise, harpiste confirmé aspirant à devenir professionnel est celui qui fait le lien entre ces deux récits : Le premier raconte la façon dont une métamorphe (créature fantastique capable de prendre n’importe quelle apparence) tente de le séduire sans lui dévoiler sa nature, alors que le second décrit l’insertion difficile d’Ambroise dans un orchestre où joue déjà sa sœur percussionniste. La formation musicale est traversée de sourdes tensions en raison notamment des agissements d’un corbeau malveillant et des rivalités, conflits ou attirances dans l’orchestre. Les interactions entre personnages (humains ou fantastiques) sont très riches de désirs exprimés ou refoulés, de sentiments généreux ou plus obscurs qui créent mystère et suspense. Les personnages eux-mêmes sont finement dessinés dans toutes leur diversités. Un des autres intérêts du récit est de laisser beaucoup de zones d’ombre et de mystère sur les nombreux personnages principaux et secondaires dont l’on découvre peu à peu certains secrets ou motivations, alors que d’autres restent dans l’ombre au moins pour le premier tome. Ainsi par exemple, Ambroise reste froidement indifférent à toutes les variantes d’incarnations classiques de la séduction (de la pin-up à la sportive en passant par la fille d’à côté ou la lectrice…), et c’est par un jeu de billard à deux bandes inattendu et surprenant que se révélera à lui celle qui correspond à son attente profonde : une femme plus grande que lui dans tous les domaines : que ce soit par sa reconnaissance artistique internationale, sa force de caractère, sa maturité d’âge, l’amplitude généreuse de son corps… sachant qu’une possible clé sur l’explication de cette correspondance nous est donnée ensuite plus loin dans le récit. L’histoire joue avec virtuosité sur les thèmes des relations multiples de l’amour et du désir, de la vérité et de la dissimulation, de la confiance et de la trahison... L’illustration est très réussie : les dessins fins et précis de Thomas Le Boucher sont aussi excellents lorsqu’ils représentent le monde « normal » avec finesse et réalisme, que lorsqu’ils dépeignent l’intrusion du fantastique dont certaines scènes sont dignes de certains tableaux de Jérôme Bosch, ou lorsqu’il représentent des extraits (souvent très drôles) du carnet à dessins d’Ambroise qui illustre les moments importants de sa vie. La qualité des dessins est mise au service d’un scénario découpé de façon vive et dynamique, très cinématographique.
Manhattan Projects (Projets Manhattan)
Trés surpris des avis précédents ! Pour ma part je trouve le dessin sublime et je considère ce comics comme un chef d'œuvre. Evidemment il faut être ouvert à la fantaisie pour en apprécier le sel
Les Indociles
Enfin ! Enfin j'ai lu Les Indociles ! Je guignais cette grosse BD de plus de 400 pages depuis sa sortie qui s'est faite sans tambour ni trompette fin 2022. Plus exactement, il s'agit d'une intégrale réunissant les 5 tomes originels parus entre février 2012 et janvier 2016, agrémentée d'un petit bonus. Bref ! Sur le net, rien, aucun écho, ou quasi. Côté avis des lecteurs, une seule critique du tome 1 publiée sur PlanetBd, au demeurant peu engageante. Au dos de la BD elle-même, pas mieux. En guise de résumé, ce court extrait de dialogue : - Papa, ça veut dire quoi communiste ? - Appelle-moi pas papa. Plutôt succinct. Difficile d'acheter ce pavé à plus de cinquante balles dans de telles conditions. Pourtant, quelque chose me titillait. Le dessin déjà me séduisait, malgré l'avis du site pré-cité dont l'auteur lui attribuait à peine la moyenne. Dur ! Enfin, autour de moi, personne ne semblait avoir entendu parler de cette série. 416 pages, ça fait quand même 3,5 centimètres d'épaisseur, et ça pèse une tonne ! En somme, une belle bête qui ne passe pas inaperçue en principe. Et puis c'est mon grand refré qui a tranché la question, m'offrant le pavé sans crier gare. Alors du coup, nous y voilà ! Et bien c'est génial ! Je suis tombé sous le charme de ce coup de crayon gracieux soutenu par une mise en couleur tout à fait convaincante. Pitch Comment propose un genre de gaufrier non conventionnel. Les bords des cases sont flottant, certaines ne comportant d'ailleurs aucun bord. Parfois une case plus grande vient casser le rythme, plus rarement une pleine page. Le trait de Comment est subtil, délicat, très fluide, et rend le mouvement dans toute sa spontanéité. Attitudes et expressions sont croquées avec justesse, les personnages sont de suite reconnaissables malgré leur nombre conséquent, et malgré les années qui passent (Les indociles est une histoire qui s'étale sur presque 7 décennies !). Notre duo d'auteurs possède en outre un sens de l’ellipse remarquable. On saute d'une scène à l'autre ou d'une époque à l'autre avec une aisance naturelle. Bref ! C'est une grande réussite. J'adore ! Le scénario quant à lui ne manque pas non plus de saveur, et c'est peu de le dire. On est loin, très loin, à des années lumière même de ce scénario "ennuyeux et guère convaincant" évoqué par le confrère. Déjà, on suit une bande de potes depuis les années 60 jusqu'aux années 2000, et même jusqu'à aujourd'hui si l'on inclut le bonus de cette intégrale. C'est ambitieux certes, et étant donnée la nature du projet, il faut avoir quelque chose à raconter. Après une préface aussi drôle qu'énigmatique, signé par un certain Stéphane Babey, rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique suisse romand Vigousse, on pénètre dans le vif du sujet. Dans la série originale, chaque tome porte le nom de l'un des protagonistes principaux associé à une décennie. Tout commence ainsi dans les années 60 quand, en plein cœur d'un Jura Suisse étouffé par les convenances, une bande de jeunes crée une communauté dont le lecteur va suivre l'évolution jusqu'à nos jours, ainsi que la transmission de cette utopie à leur progéniture, bon gré mal gré. A ce stade, il m'est vraiment difficile de ne pas en dire plus tant j'ai été embarqué par le rythme incroyable de cette saga. J'étais avec les personnages au quotidien, j'ai vécu leurs espoirs, leurs déconvenues. J'ai ri, j'ai supporté leurs hypocrisies parfois, ressenti leurs joies, leurs peines, leurs frustrations... Parce que j'étais mal parfois. Certains passages sont vraiment durailles, et certains personnages assez antipathiques, sans toutefois l'être totalement. Mais tout sonne juste. On sent que les anecdotes fleurent le vécu. Allez ! J'arrête là pour ce qui est du récit. Il serait dommage de dévoiler la substantifique moelle des Indociles. Je me contenterai d'ajouter que les dialogues sont vraiment excellents, au point que je me demande si Olivier Hervé a réellement lu la même BD que moi, lui qui les jugeait "sans relief". Ils ont au contraire si vivants qu'on les croirait enregistrés dans le jus. Mais au-delà du scénario, en toile de fond, cette histoire si proche de nous (de l'humain qui est en nous s'entend) dresse le bilan de plus de soixante ans de vie politique suisse mais aussi française, puisque cette dernière est très présente. Gardons en effet à l'esprit que nous sommes dans une région frontalière ! En leur temps, Bakounine et Gustave Courbet y avaient trouvé refuge... Alors oui, au-delà du scénario disais-je, il y a soixante années bercées d'utopies et de désillusions. Et aujourd'hui ? Y a-t-il encore une alternative à créer ? Quels espoirs sont encore susceptibles de porter les jeunes générations ? Que reste-t-il des rêves de liberté des sixties ? Toutes ces questions sont posées ici et les auteurs y apportent quelques réponses avec cette fin suspendue. Bref ! Les Indociles est un monstre. Ça cause d'utopie et de politique, bien entendu, mais ça parle aussi d'amour, d'amitié, de sexualité, de paternité, de transmission, de trahison, d'avenir... C'est une saga formidable à échelle d'être humain, une histoire en 3D dont les contours se dévoilent à l'aune de l'actualité passée et présente. Rien que pour ça, Camille Rebetez et Pitch Comment sont largement parvenus à donner vie à leur ambition, avec un brio rare. Il y a dans ce pavé un cœur qui bat, fort et clair. Et pour qui sait écouter, on peut y entendre une voix qui nous enjoint de tracer son propre chemin, loin des sentiers battus.
Amabilia
Mise à jour suite à lecture du dernier tome. C'est un Père Noël lubrique qui m'a déposé ces deux albums au pied du sapin. Mais c'est aussi un Père Noël saligaud, merde il en manque un, je suis en plein coït interrompu. Sniff sniff. Je viens de dévorer ces deux tomes en un après-midi. Un délice visuel sur un scénario en béton. Un sucre d'orge à lécher, sucer ou croquer suivant ses envies. Une soirée mondaine, Iris et Simon s'ennuient, leurs regards se croisent et il en découlera une nuit torride. Elle se sauve au petit matin, elle doit retrouver Bruno, son mari. Mais cette nuit aura laissée des traces indélébiles. Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite. Un récit qui explore les méandres du plaisir, de la séduction, du désir, du dominant(e)/dominé(e), de la trahison et de l'amour. Nos personnages principaux sont entourés d'une kyrielle de seconds rôles aux personnalités diverses et intrigantes. Une narration faite des voix off de nos protagonistes qui donne une ambiance intemporelle. Tout ce petit monde est attachant et nous fait découvrir le monde de la nuit et de ses soirées où le sexe sous toutes ses formes est le maître mot. Mais aussi le monde de l'art et celui des rapports humains dans toutes ses contradictions. Un noir et blanc de toute beauté où juste le rouge fait éruption pour apporter cette touche de sensualité et d'érotisme. Un trait fin, léché, qui retranscrit les émotions et le plaisir. Il suffit de regarder le mordillement des lèvres de ces dames. Une merveille. Ça titille, ça émoustille.Mais là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. Faites-vous du bien. Moi je vais de ce pas me procurer le tome 3. Tome 3 Quel bonheur de lire ce troisième opus qui explore les profondeurs de l'âme humaine. Une osmose parfaite entre narration et dessin. Une narration d'une grande justesse, poignante. Un dessin d'un érotisme rare, hypnotisant. Je ne peux que vous en conseiller la lecture que vous soyez ou non un adepte de ce genre. Je monte ma note à 5 étoiles. Tome 4 Ce dernier tome clos de bien belle manière les aventures de nos protagonistes, entre désespoir et joie, entre solitude et amour. Il suffit parfois d'une étincelle .... Une narration toujours maîtrisée, toujours juste et toujours avec son lot de surprises. On ne peut que s'attacher à tous ces personnages bien différents, chacun avec sa part d'ange et sa part de démon. La partie graphique évolue dans cet album, puisque une autre couleur apparaît, le mauve, celui des iris, pour mieux visualiser le début de la transformation d'Iris jusqu'à une pleine colorisation lorsqu'elle sera passée de chrysalide à papillon. Visuellement, ça transpire de sensualité et la mise en page permet d'en prendre plein les yeux. En fin d'album, un magnifique artbook. Dans le genre, un must have. Culte et re,re coup de cœur.
Thorgal
Mise à jour àprès lecture des tomes 39 et 40: J'ai continué de lire d'un oeil distrait les tomes suivants le 17 que j'évoquais avant me disant à chaque fois "mais pour quelle raison je continue de suivre cette série?". Eh bien j'ai la réponse : ce mix si particulier d'aventure, de mytholige et de SF reprend de la vigueur avec l'ouverture du vaisseau atlante qui va nous permettre de revenir aux sources de la saga pour en mieux redéfinir les tenants et les aboutissants. Des esprits chagrins crient au grand n'importe quoi, je fais partie de l'autre camp qui met le Thorgal "enfant des étoiles" à égalité avec le Thorgal "viking". Je repasse la note à 5 et me réjouis de la suite. J'ai parallèlement commencé à lire "Adieu Aaricia", le 1er tome de Thorgal Saga: cette grande et belle série fait son grand retour en ne trahissant ni le visuel ni l'esprit d'orgine. L'avenir s'annonce radieux pour les fans. ------------------------------------ Pourquoi, mais pourquoi les auteurs de Thorgal n'ont-ils pas su arrêter cette série à temps, c'est-à-dire vers le tome 17 ? Ce mélange d'aventure, fantastique et SF en fait une série bien à part dans le monde de la BD. Le trait graphique, bien pauvre au début, s'améliore au fur et à mesure des épisodes. Van Hamme est bien inspiré, avec des pointes de génie le temps de certains, comme par exemple pour le cycle de Qâ. Certains albums dénotent complètement, le mot Thorgal n'étant que prétexte à leur édition, comme par exemple le fabuleusement inquiétant Alinoë. De plus, cette série se laisse et relire avec toujours le même plaisir à tout âge.