Les derniers avis (7619 avis)

Couverture de la série Muhammad Ali
Muhammad Ali

J'ai vraiment été très impressionné par la construction de cette biographie de Mohamed Ali. 120 pages construites à la manière d'un documentaire vivant et créant une prodigieuse proximité entre le lectorat et les personnages. J'ai de la famille à Louisville Ky, et j'ai eu l'occasion de visiter le très beau musée dédié au légendaire boxeur de la ville. Sibylle Titeux réussit admirablement bien à faire comprendre la singularité historique du personnage de Ali. Sa synthèse biographique trouve le juste équilibre entre la complémentarité de l'aspect sportif et de l'aspect politique du jeune homme. Sa construction très aboutie permettra probablement de comprendre pourquoi Ali est un sportif unique et que son titre d'athlète du siècle n'est pas usurpé. Comme le souligne Mac Arthur dans son avis à une autre époque, dans un autre lieu mais aussi avec une autre technique, et d'autres influences Ali n'aurait pas fait l'Histoire comme on peut le comprendre avec le recul des décennies. Sybille favorise l'historique à la fiction dans son récit. De plus l'autrice propose une narration qui m'a pris au corps à corps. Cet emploi du "Tu" m'a interpellé puis m'a rendu le personnage d'Ali vivant et amical. Comment pourrait-il en être autrement tellement la personne d'Ali est attachante. L'autrice ne cache pas certains jugements assez contestables d'Ali quand il rejoint la NOI (Nation Of Islam) mais elle les met en perspective avec l'influence énorme de ses autres décisions très courageuses (insoumission, conversion, générosité) qui auraient pu lui coûter la vie et celles de ses proches. Titeux réussit la prouesse de montrer que dans un contexte de grande violence (la boxe, le Vietnam, la lutte des droits civiques, la décolonisation) et une parole souvent excessive, Ali a toujours été un grand artisan de paix. D'une manière moins conventionnelle il a sa place auprès de MLK ou de Mandela que l'on croise dans l'album. Le graphisme de Amazing Ameziane me rappelle celui de Séra dans ses ouvrages documentaires sur le Cambodge. Une proposition très réaliste qui fait intervenir de multiples types d'illustrations : des strips, des affiches, des reprises de photos célèbres ou des portraits aux regards profonds qui annoncent des combats d'un dynamisme inouï dans l'expression de la violence. Une excellente synthèse pour comprendre l'impact d'Ali dans ces décennies un ouvrage d'une humanité et d'une justesse rare.

12/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Arcanes de la Lune Noire
Les Arcanes de la Lune Noire

Avec les Chroniques de la Lune Noire, la série originelle, ces préquels basés sur les personnages secondaires sont tout bonnement de petites pépites pour les fans de la série comme pour les lecteurs qui la découvriraient seulement maintenant... J'espère sincèrement qu'il y aura encore quelques tomes de prévus, afin d'étoffer encore un peu cet univers déjà tellement riche et séduisant! Un must selon moi! ;-)

10/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Alex et Euréka
Alex et Euréka

Ma série préférée à l'époque et encore maintenant !! Les dessins parfaits , l’ambiance, l'humour ... c'est dingue ! Mon préféré : "Ramula est là"

09/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Vagabond des Étoiles
Le Vagabond des Étoiles

Intrigante, frappante, saisissante, remarquable, marquante, il y avait longtemps qu'une bd ne m'avait autant transporté. Cette adaptation d'une œuvre de Jack London est magistralement réalisée par Riff Reb's. Décidément, le bonhomme sait y faire, et il met au service de cette œuvre toute la puissance de son trait, qui rend à merveille des personnages âpres, durs. Sa colorisation, encore une fois, est magistrale. Il utilise à perfection la bichromie. Non seulement le résultat est beau, mais en plus elle change selon le fil narratif, participant ainsi pleinement à la narration. Cet écrin graphique illustre une histoire révoltante et fascinante. Révoltante parce que les traitements réservés aux prisonniers relèvent de la torture pure et simple. Jack London sait présenter les choses de façon remarquablement convaincante. Aucun des personnages de cet univers carcéral n'est, même de loin, sympathique. Darrel Standing non plus, d'une intransigeance totale, d'une arrogance folle et d'une absence de tact confinant à la sociopathie. Et cependant, il est impossible cautionner ce qu'on lui inflige. Fascinante parce que Darrel Standing, s'échappant de son quotidien insupportable par une forme d'autohypnose, pense se souvenir de vies passées. Ces histoires se déroulant à travers toute l'histoire de l'humanité, sont partielles. Toutes sont dures, âpres, cruelles, et pourtant fascinantes. Résultat de son imagination ou souvenirs de ses réincarnations ? Le lecteur choisira son interprétation. A la lecture de ce plaidoyer contre des conditions de détention indignes, contre la peine de mort, contre la bêtise humaine, mais aussi pour la fraternité humaine, on ne peut rester insensible. Le temps qui me sépare de la corde m'est désormais compté. De toutes mes incarnations passées, je ne vous en aurai fait goûter que quelques instants. Il se trouve que Jack London est mort l'année suivant la parution du "Vagabond des étoiles". Sans cela, que d'histoires aurait-il encore pu nous laisser ! Note réelle : 4,5 / 5, mais je pousse avec plaisir jusqu'à 5.

09/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Inner City Romance
Inner City Romance

C'est probablement le premier Comics underground que je lis et je suis probablement aux antipodes de certaines convictions de Guy Colwell mais j'ai été fasciné par la puissance qui se dégageait du message de Inner City Romance. Si vous voulez vous plonger dans ce que signifie l'esprit 70 du slogan "Sexe, Drogue et Rock'n roll" il faut lire cet ouvrage publié entre 72 et 78. Loin de moi de faire la promotion de l'usage de stupéfiants que Colwell décrit bien comme un poison. Mais ces publications ont fait date et je le comprends. Ainsi mettre cinq étoiles à cette œuvre qui fut culte en son temps pourra en choquer plusieurs mais cette série fait partie de l'histoire du Comics à côté de celles de Crumb et autres auteurs du genre. Si Colwell reprend les codes de l'underground : drogue, sexualité libre et exposée, critique des violences policières, la singularité de son œuvre est de témoigner de l'univers carcéral et de la culture Afro-Américaine de l'intérieur. Son insoumission contre son engagement au Vietnam l'a conduit deux ans en prison et le fait passer du Flower Power déclinant à une contre-culture révolutionnaire qui hésite à la violence armée. Colwell, enfant de Berkeley élevé à la non-violence et "ami des ... Afro-Américains" en prison donne la première place à la lutte des Afro-Américains mais souligne le peu de succès de l'action violente quand le père et le fils sont abattus aux portes de la prison. De même si la sexualité explicite est très présente dans ses récits, Colwell prend le contrepied de ses collègues sur l'image de la femme. Quand James qui sort de prison quitte ses potes (un Blanc et un Noir) qui se défoncent à l'acide avec des prostituées c'est pour écouter le discours d'une militante : "mais il faut que tu saches que si ce type fait le mac et vend du poison dans la communauté, il n'est pas des nôtres." Inner City Romance me parle beaucoup car il renvoie à une décennie charnière où un ordre établi qu'il soit social, sociétal ou racial est en train de se déconstruire sans que l'on sache ce qui va naître. Le graphisme de Colwell est à l'image de son message : provocateur. Ses visages tordus, ses traits imparfaits se veulent une représentation de la dure réalité mais aussi d'une vision déformée par l'usage des drogues. L'auteur ne cache rien, de la prostituée qui se pique dans la jambe "pour garder de jolis bras" au couple âgé afro-américain qui copule, puis il nous expose une séance de douches carcérales entre rêve et cauchemar. C'est peut-être de la production intello mais c'est fait avec les tripes du vécu. À découvrir pour se faire son jugement sur une œuvre très particulière et dont la vitalité n'a pas vieilli.

01/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Béatrice (Mertens)
Béatrice (Mertens)

Enfin une vraie BD, et pas l'illustration d'une histoire racontée par ailleurs ou une démonstration graphique de combats et de violence. La créativité du scénario et les états émotionnels de l'héroïne sont un émerveillement constant et ô combien réaliste . Cela fait longtemps que je n'ai pas lu une BD aussi accomplie.

30/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Kongo
Kongo

Cette lecture est éprouvante mais vraiment fondamentale. En effet les massacres congolais du temps de Léopold n'est pas une thématique si fréquemment développée par les auteurs du franco-belge. À croire que c'est un sujet tabou que de rendre justice à la mémoire des millions de Congolais tués par des colons belges et français avides de richesses. Atrocités couvertes par une myopie hypocrite parmi les plus meurtrières de l'histoire. Perrissin reprend avec justesse le terrible récit de Joseph Conrad qui a témoigné des atrocités entrevues lors de son engagement au Bakongo. J'avais croisé une nouvelle de Conrad (un avant-poste du progrès) issue du même périple dans Visions d'Afrique mais interprétée par des auteurs Franco-Africains. Les deux récits se ressemblent beaucoup tellement ils dégagent une atmosphère lourde d'horreurs et d'oubli pour les victimes. Le scénario de Perrissin est cadré par le texte de Conrad. La difficulté majeure est de rester dans l'esprit du temps de l'écrivain. D'où l'importance des passages intimistes où Korn se retrouve face à lui-même ou à sa tante sans faux semblant sur ses faiblesses. Perrissin respecte le texte sans s'aventurer sur des extrapolations hasardeuses. Ici point de caoutchouc mais un pillage de l'ivoire à n'importe quel prix. Perrissin n'attaque pas un système colonial issue d'une administration illégitime puisqu'elle n'existait pratiquement pas à ce moment. Sa critique va au delà, en attaquant le racisme issu de cette pensée que l'Européen blanc avait tout pouvoir dans sa mission civilisatrice. C'est cette idée criminelle qui a autorisé "les Stanley en carton bouilli, les sordides aventuriers, les téméraires sans vaillance, les cupides sans audace les cruels sans courage à arracher les richesses des entrailles du Congo" et de toute l'Afrique. Le crime se double du silence et du déni qui ont longtemps accompagné ces meurtres dans un mépris des victimes assez inhumain. Le graphisme de Tirabosco travaille un N&B qui rend l’atmosphère étouffante du climat et des pensées véhiculées par les colons. Le découpage rend la lecture très fluide et facile. L'ambiance sordide du "Roi des Belges" est magnifiquement rendue par des clairs obscurs qui révèlent les zones sombres des personnages. Une lecture de mémoire que j'ai beaucoup apprécié même si c'est un récit éprouvant en de nombreux passages.

21/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Comment faire fortune en juin 40
Comment faire fortune en juin 40

J'ai beaucoup aimé cette lecture divertissante qui mène un train d'enfer. Je n'ai pas vu "de l'or pour les braves" et perso le scénario de Nury/Dorison m'a bien plus renvoyé vers un cinéma de type "Un taxi pour Tobrouk" ou "Le salaire de la peur" (où le personnage de l'allemand Kurtz a pleinement sa place dans un esprit de réconciliation). Ce qui part sur un scénario mille fois vu du braquage convenu, s'écarte justement de cette vision hollywoodienne type Ocean par des péripéties qui remettent tout en cause d'une planche à l'autre. Les dialogues sont très affutés en hommage aux répliques cultes d'un Maurice Biraud ou d'un Lino Ventura de la grande époque. Fabien Nury a cette capacité à créer du nouveau de grande qualité ce qui rend ses oeuvres de plus en plus incontournables. Bien sûr il faut accepter l'excessif du genre (une petite place à Hollywood ?) qui appuie sur le spectaculaire et le sensationnel. Ce n'est pas ma partie préférée mais elle s'inscrit bien dans la fluidité du scénario. Les dessins de Laurent Astier et les couleurs de Laurence Croix travaillent aussi à mes yeux vers un dynamisme très Comics. Cette succession de pages blanches et de pages noires ne réunit-elle pas ces deux interprétations (BD/Comics) d'un récit d'aventure. Une lecture très agréable pour un divertissement de très bonne qualité ouvert à un large public. Pour conclure je reprends la dernière planche de l'album 'Et, par pur patriotisme, ils débarquèrent." renvoie à Charles Aznavour et Maurice Biraud qui répondent à Lino "... Faites semblant de croire que c'était du patriotisme... C'était de l'ambition." "L'esprit petit bourgeois, la sécurité de la gamelle.' Du grand Michel Audiard, je ne peux pas faire meilleur compliment aux auteurs.

20/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

J 'ai trois albums qui trainaient sur mon bureau depuis des mois sans qu'une envie folle me décide à les ouvrir. Je ne suis pas grand amateur de strips. L'humour est un domaine bien particulier et très perso et le nombre vertigineux de 5 me rend plus méfiant qu'autre chose. J'avais raison de ne pas me presser car après quelques lectures assez décevantes Bill Watterson m'a redonné de l'envie à la lecture de si nombreuses séries. J'ai avalé les trois albums d'un jet ce qui ne m'arrive jamais pour ce type de création où l'effet répétitif apporte de la lassitude. Mais le duo de Calvin et de son tigre est tellement rafraichissant et intelligent que j'ai eu un sentiment d'émerveillement durant toute ma lecture. Pour le graphisme tout d'abord que je trouve à la fois économe et riche à travers ce N&B qui souligne les expressions, les contrastes et le dynamisme des personnages. Ensuite j'ai trouvé que le message de Watterson possédait une valeur universelle et que les interventions de Calvin réelles ou de son imagination dévoilaient une justesse de vue sur notre monde. Tout se joue avant six ans nous disent les pédiatres. C'est un peu le message que je retiens des strips de Watterson dans la création des liens que l'on peut avoir avec ses parents, ses enfants, ses amis ou la nature. C'est dit avec beaucoup de poésie, d'intelligence et d'humilité. Watterson avait quelque chose à dire, il l'a magnifiquement fait sans vouloir en profiter d'une manière abusivement commerciale. Un peu comme un vaccin que l'on devrait fournir presque gracieusement tellement c'est important pour la communauté. Une superbe lecture.

19/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Ralph Azham
Ralph Azham

J’adore cette série, du Trondheim en grande forme !! L’auteur s’amuse avec les codes de l’heroic-fantasy (pouvoirs, élu…) pour nous proposer une histoire tout public, divertissante, drôle, légère, qui ne manque pas de profondeur et qui possède sa petite part de noirceur. Un beau numéro d’équilibriste, je suis devenu complètement addict dès le tome 2, l’univers ne cesse de s’enrichir au fil des parutions, on a hâte de découvrir les objets magiques et autres lieux de ce monde. Ralph est un « looser » très attachant, j’aime particulièrement son évolution et sa relative nonchalance affichée au cours de son aventure, les problèmes et responsabilités ne cessant de s’accroître. C’est rempli de personnages réussis (Zania, le père, Yassou…) et de punchlines ou de situations cultes. La série ne souffrira d’aucun ventre mou, chaque tome est réussi et la fin, au ton bien moins insouciant que les débuts, me convient tout à fait. Niveau graphisme, c’est ce que j’ai vu de plus beau de l’auteur, alors que ce dernier use de son style classique animalier, le tout est franchement sublimé par les couleurs de Brigitte Findakly, elles participent grandement au plaisir de lecture. A mes yeux, Trondheim s’est surpassé, alors que les ingrédients sont sans surprise, il nous sert une recette dont il a le secret. Je relis à chaque fois avec délectation, au final un classique de mes étagères.

17/08/2023 (modifier)