J'ai dévoré cet album de Simon Hureau avec un grand plaisir. On retrouve deux thématiques chères à l'auteur son amour de la faune et son attirance pour la péninsule indochinoise avec son histoire tragique.
A travers les personnages farfelus de Magloire et de Limul, l'auteur construit un scénario très élaboré et captif sur la douloureuse histoire du Cambodge/Kampuchea démocratique.
Hureau parvient à traiter d'un façon faussement légère le récit d'une triple disparition. Disparition du Kouprey, disparition de civilisation ancestrale cambodgienne et disparition d'une grande partie de la population du pays.
Hureau nous montre très finement que ces disparitions ont pour origines la colonisation et les effets de réactions qu'elle a pu provoquer. L'auteur n'attaque pas directement le système colonial mais laisse au lecteur le soin de comprendre la perversité que le système a pu introduire.
J'ai trouvé le scénario brillant dans cette lecture historique en backstage des événements indochinois. C'est très habilement mené avec une narration très fluide et avec de nombreux rebondissements. Hureau réussit même à introduire une dose d'humour.
Je fais un aparté sur un passage qui illustre cette subtilité de la présentation de Simon Hureau. L'épisode des enchères peut être lu comme une transcription excitante du duel entre les deux acquéreurs potentiels. Cela commence doucement par des dizaines pour finir dans la folie des chiffres ahurissants de centaines de mille pour finir au nombre clé qui éclaire la signification cachée de la scène.
Hureau enfonce alors le clou avec un cynisme qui fait froid dans le dos en nous renvoyant aux francs CFA et donc aux morts de l'esclavage ou de la colonisation africaine. Jamais je n'oublierai ce passage.
Je suis un grand fan du graphisme de Simon Hureau. Il est un maître dans l'expression des détails de la faune et de la flore mais aussi des architectures et des objets. Les ambiances du Palais de Limul Goma mais aussi des paillottes cambodgiennes renvoient à deux univers aux antipodes mais qui possèdent chacun leurs richesses.
J'ai toujours été marqué par le génocide du Kampuchea. Pol Pot a fait une partie de ses études à Paris. Que le système étudiant français n'ait pas pu empêcher la formation d'un tel monstre m'a toujours traumatisé.
Les ouvrages qui rappellent la mémoire des victimes, hommes ou animales, de systèmes iniques et criminels sont toujours précieux.
"Le massacre" en fait partie.
En magasin la première de couverture m'a captivité et la lecture était passionnante ! La morale, les idées démocratiques, sociales et solidaires me fascinent ! Le fait de dénoncer la dictature, la corruption tout en écrivant une histoire aussi follement captivante, incroyable !
J'ai gardé la série d'Ayrolles et de Masbou pour mon avis numéro 1000. C'est bien le moins que je pouvais faire pour remercier les auteurs de l'excellent moment de lecture qu'ils m'ont procuré.
Parmi les douze albums, comme les douze pieds d'un alexandrin, je n'ai pas trouvé beaucoup de faiblesses. Certain liront une petite longueur à l'hémistiche de la série comme une petite pause dans ce combat fantaisiste.
De la fantaisie, les auteurs nous en procurent dès le début du récit mélangeant les styles, les genres, les références dans un tourbillon de mots, de sons, d'images et de couleurs digne d'un feu d'artifice du roi Lune.
Un roi Lune à deux visages comme le prouve une réflexion assez subtile d'Ayroles sur le Grand Siècle. Un siècle et un roi qui nous laissera en héritage la langue de Molière ou Racine, la somptuosité des architectures mais aussi le Code Noir ou des conquêtes meurtrières.
Au contraire de certains je ne me suis pas lassé de l'utilisation des alexandrins. Une fois rentré dans la musique du verset, cela procure un rythme qui accompagne harmonieusement la gestuelle de nos héros.
Les auteurs n'oublient aucun art dans le voyage de Lope et d'Armand (et moi ! dit Eusèbe). Ils n'oublient ni la danse, ni la peinture, ni la rhétorique ou l'astronomie ni bien sûr le théâtre. "Clame Eugénie ta mélodie, terrible et polonaise, uphonie calculée !" semblent nous murmurer les auteurs du toit de l'Olympe angoumoise.
J'ai lu cette série comme un hommage vibrant à la création, à toutes les créations, derrière une façade de fantaisie calculée.
J'ai beaucoup aimé les deux derniers épisodes qui nous renvoient aux réalités quotidiennes et à la contingence.
Le graphisme de Masbou soutient particulièrement bien le rythme du récit. Les mimiques des personnages apportent un humour, une tendresse et une profondeur qui ont accompagné toute ma lecture. Le choix de Guy Delorme est une trouvaille qui rend hommage à tous ces rôles de méchants qui donnent une véritable épaisseur à tous les héros de la littérature.
Chaque opus propose un univers graphique nouveau et cela enrichit la série comme nulle autre. La mise en couleur est un régal de contraste ou de luminosité.
La poésie est musique et danse, elle est née d'un retournement (versus) interdit, c'est une boucle qui ne nous lâche plus et la chute du tome 12 nous le rappelle... avec panache.
J'ai longtemps hésité à me lancer dans ce gros pavé noir de 400 pages. Le petit autocollant jaune des lauréats angoumois n'était pas suffisant pour m'inciter à emprunter cet album massif.
J'avais tort car en refermant la série de Carlson et Blair j'ai le sentiment d'avoir réalisé une de mes meilleures lectures de l'année.
C'est exactement le schéma narratif que j'affectionne : une biographie respectueuse des faits et qui introduit un imaginaire fictif obligatoire et crédible.
Comme le souligne Carlson, il a dû introduire des scènes et des dialogues imaginaires pour assurer la cohérence du récit. Le talent de Carlson est de renforcer la crédibilité du scénario en ajustant au mieux les situations et les dialogues aux personnalités des personnages.
Et quels personnages ! Matt Rizzo, son fils Charlie et Nathan Léopold son trois hommes coupables de crimes ou délits. La réalité de la situation dépasse la fiction. En effet Nathan Léopold est l'un des meurtriers les plus connu de l'histoire criminelle US. Plusieurs films (dont un Hitchcock) se sont basés sur son cas.
Matt Rizzo devient aveugle à la suite de son braquage manqué et est confronté à un double enfer. On pourrait penser que la corde pour Nathan ou le trou pour Matt sont des punitions bien trop douces (surtout pour Nathan) au regard de la peine des victimes. C'est tout le génie du scénario de Carlson que de nous proposer cette réflexion sur la deuxième chance.
En filigrane le récit est un excellent plaidoyer contre la peine de mort qui tendait les bras à Léopold mais aussi à Matt d'une manière moins officielle.
La trouvaille géniale de Carlson et de Bobette Buster a été de construire un récit qui progresse en parallèle sur deux plans : le récit de la traversée de l'enfer carcéral de Matt et Nathan sur les pas de Virgile dans la divine comédie de Dante, ainsi que le huis clos de Matt et Charlie sur les pas des écrits de Matt.
Carlson nous propose un récit très littéraire, travaillé avec une grande précision. Perso j'ai beaucoup aimé les passages des écrits de Matt qui montrent le résultat obtenu pendant son séjour en prison.
C'est toujours compliqué de faire ce type de biographie pour un criminel comme Nathan Léopold. En effet il se dégage une grande empathie pour lui et Matt à travers le récit. Si moralement cela ne pose pas de problème pour Matt, Nathan reste le meurtrier par jeu d'un enfant de 14 ans. C'est l'une des richesses de la construction de Carlson de nous le rappeler de temps à autre.
On ne pouvait pas imaginer meilleur graphisme que celui de Landis Blair pour illustrer un tel récit. Son N&B hachuré, sombre et parsemé de monstres infernaux du Moyen-Âge diffuse une ambiance confinée propre à cet univers carcéral mais aussi au handicap nouveau de Matt. Dans cet univers figé par les barreaux, les murs ; la neige ou la cécité, l'oeil du lecteur n'est pourtant jamais au repos.
Blair sait multiplier les détails dans les expressions ou la construction des planches ce qui rend la lecture aisée et vivante.
Quand je pense que c'est le premier album de Carlston avec une construction aussi complexe c'est un coup de génie.
Une excellente lecture pour de nombreuses thématiques fondamentales. Un must pour moi.
J'adore ce manga. J'aime beaucoup les personnages, l'histoire est géniale, les combats extra. Le fait que l'auteur s'inspire des légendes et des personnages historiques du monde rend le manga aussi surprenant qu'instructif. Chaque personnage, que ce soit du côté des humains où des dieux, a sa propre histoire touchante, macabre et surprenante.
Après avoir lu les critiques j'ai décidé de mettre la mienne, je ne contredirai pas les avis précédents.
Il me semble qu'il faut juste prendre cette œuvre pour ce qu'elle est une super introduction et découverte d'une fiction inspirée de l'histoire, qui a pour but de nous faire découvrir à travers c'est mœurs et images l' univers du jeu de rôle du même titre.
Par ce biais j'ai passé un super moment et j'ai hâte de pouvoir découvrir la suite en espérant qu'après la trilogie la saga puisse se poursuivre, je serai client
Un roman dans cette univers pourrais aussi me satisfaire.
Merci de m'avoir lu, je ne suis personne apprécié par vous même
J'ai commencé à lire Yoko Tsuno dans les années 90 avec mes enfants et j'avais beaucoup apprécié cette jeune héroïne un peu particulière.
Depuis la série a toujours eu une belle place dans ma bibliothèque jeunesse et aujourd'hui encore je relis certains épisodes avec plaisir.
Quand Roger Leloup débute la série en 1972, proposer une jeune héroïne japonaise est un défi intéressant. Le Japon n'est pas encore le géant industriel et commercial qu'il va devenir 15 ans plus tard, la culture japonaise est réservée à quelques amateur de Kurosawa, les restaurants japonais sont rarissimes et le Manga n'a pas encore déferlé sur le monde.
Leloup ne se contente pas de créer une jeune femme sexy mais bien plus sage que Natacha. Il propose un bouleversement dans les mentalités très macho du monde de la BD. Yoko ne va pas s'imposer par sa séduction mais par son audace et son savoir technologique dans cette année (1972) où la première femme est admise à l'Ecole Polytechnique (Major svp !).
Pour rendre sa série encore plus singulière, Leloup alterne les épisodes d'enquêtes terriennes à connotations historiques et les épisodes de SF. Les scénarii sont souvent très fouillés avec une construction qui parfois ralentit le rythme du récit. Dès le début, la série propose un bon niveau de lecture et chaque album demande un réel effort pour suivre les rebondissements.
Le trio Yoko, Vic et Pol assure l'équilibre de la série qui possède un penchant sérieux dû à la personnalité de Yoko. Par la suite, presque tous les personnages marquants nouveaux sont féminins : Khâny, Rosée, Olga ou Emilia, les garçons devenant de plus en plus effacés au fil des épisodes.
J'ai bien suivi la série jusqu'au tome 20 (L'Astrologue de Bruges) trouvant les dosages entre la SF de Vinéa, les voyages temporels ou les épisodes plus classiques bien réussis. Même si les premiers épisodes sont très bons, j'ai aussi aimé certains opus plus récents (Le septième code par exemple).
Evidemment sur trente épisodes certains sont moins à mon goût (La servante de Lucifer) mais l'ensemble fait une série singulière assez marquante.
En lisant une partie des avis précédents, le graphisme de Roger Leloup fait presque l'unanimité (contrairement au personnage de Yoko).
Je me joins aux louanges exprimées. La ligne de l'auteur est classique mais d'une grande précision et très détaillée. Je regrette un peu l'évolution du visage de Yoko que je trouve occidentalisé sur les derniers épisodes. Les personnages féminins sont aux antipodes des modèles Manga. Je les trouve gracieux, bien proportionnés et très expressifs.
Les costumes sont nombreux et variés, Leloup nous proposant avec bonheur des tenues ou des coiffures allant du très traditionnel au plus moderne et souvent très sexy.
Enfin Leloup nous donne une leçon de décors très finement réalisés quel que soit l'univers dans lequel se trouve Yoko. C'est à la fois inventif et spectaculaire, mis en valeur par une colorisation classique mais agréable et harmonieuse.
En conclusion même si je pousse un peu ma note, je garde un 5 car je ne connais pas beaucoup d'héroïnes de ce calibre dans le monde de la BD.
C’est un peu l’Incal d’aujourd’hui. Un monde futuriste qui tient plus de l’anticipation de ce qui nous attend mais remis au goût du jour. Avec tous les codes des deux héros loosers à la sauce John Difool contre les mecas qui font respecter les normes Wokistes poussées à leurs extrêmes. C’est franchement une excellente découverte pour moi et tellement bien dessiné jusqu’aux moindres détails. C’est ma BD coup de cœur du mois.
J’ai toujours été intéressée par cette période historique et touchée par cette tragédie, et récemment je me suis procurée la version intégrale « 30 ans », qui est au passage jolie avec une belle charnière au centre et une jolie reliure également.
Ici, on a bien entendu une retranscription des véritables entretiens avec le père de l’auteur, qui est souvent dépeint d’une manière négative d’ailleurs. Il parlera des camps, des ghettos mais il basculera souvent sur plusieurs sujets, dû à son âge et aussi à son caractère compliqué.
Cette bande dessinée a un côté très authentique, tout le monde est montré comme ils sont réellement. Les passages évoquant la Shoah sous bien entendu très poignants et rien n’est épargné, la violence, les insultes. Il est également dit que de l’humanité peut être trouvée au sein de pleins de personnes, prisonniers mais aussi nazis ou kapos.
Le dessin en noir et blanc et simpliste dans la forme mais extrêmement percutant.
Un chef d’œuvre
Du point de vue graphique, cette bd est un véritable feu d'artifice pour les yeux. A voir les précédents commentaires, notamment ceux qui trouve cela dépassé, ou ceux qui "ont du mal à croire que ça date de 1995", beaucoup semblent ignorer qu'en réalité cette bd date de 1983, année ou elle est parue en épisode dans le magazine Femmes d'aujourd'hui, c'est à dire que l'album correspondant a été publié 12 ans après la sortie en presse de la BD. C'est donc un style années 80. Quel plaisir pour moi de retrouver cette petit bijoux kitchissime à souhait mais si original dans le style de dessin, car je désespérait de retrouver les pages qu' enfant je collectionnait chaque semaine avec mon grand frère. On pourrait presque faire une bd de transition pour expliquer comment un vaisseau qu'il fallait arrêter pour empêcher la catastrophe est devenue ensuite celui de l'héroïne. Le fait qu'on ne s'y attarde pas plus que ça peut sembler incohérent, mais à bien y regarder, un vaisseau ennemi qui devient celui du héros, ça me rappelle un certains robot transformable... C'est sublime !
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Le Massacre
J'ai dévoré cet album de Simon Hureau avec un grand plaisir. On retrouve deux thématiques chères à l'auteur son amour de la faune et son attirance pour la péninsule indochinoise avec son histoire tragique. A travers les personnages farfelus de Magloire et de Limul, l'auteur construit un scénario très élaboré et captif sur la douloureuse histoire du Cambodge/Kampuchea démocratique. Hureau parvient à traiter d'un façon faussement légère le récit d'une triple disparition. Disparition du Kouprey, disparition de civilisation ancestrale cambodgienne et disparition d'une grande partie de la population du pays. Hureau nous montre très finement que ces disparitions ont pour origines la colonisation et les effets de réactions qu'elle a pu provoquer. L'auteur n'attaque pas directement le système colonial mais laisse au lecteur le soin de comprendre la perversité que le système a pu introduire. J'ai trouvé le scénario brillant dans cette lecture historique en backstage des événements indochinois. C'est très habilement mené avec une narration très fluide et avec de nombreux rebondissements. Hureau réussit même à introduire une dose d'humour. Je fais un aparté sur un passage qui illustre cette subtilité de la présentation de Simon Hureau. L'épisode des enchères peut être lu comme une transcription excitante du duel entre les deux acquéreurs potentiels. Cela commence doucement par des dizaines pour finir dans la folie des chiffres ahurissants de centaines de mille pour finir au nombre clé qui éclaire la signification cachée de la scène. Hureau enfonce alors le clou avec un cynisme qui fait froid dans le dos en nous renvoyant aux francs CFA et donc aux morts de l'esclavage ou de la colonisation africaine. Jamais je n'oublierai ce passage. Je suis un grand fan du graphisme de Simon Hureau. Il est un maître dans l'expression des détails de la faune et de la flore mais aussi des architectures et des objets. Les ambiances du Palais de Limul Goma mais aussi des paillottes cambodgiennes renvoient à deux univers aux antipodes mais qui possèdent chacun leurs richesses. J'ai toujours été marqué par le génocide du Kampuchea. Pol Pot a fait une partie de ses études à Paris. Que le système étudiant français n'ait pas pu empêcher la formation d'un tel monstre m'a toujours traumatisé. Les ouvrages qui rappellent la mémoire des victimes, hommes ou animales, de systèmes iniques et criminels sont toujours précieux. "Le massacre" en fait partie.
Le Château des Animaux
En magasin la première de couverture m'a captivité et la lecture était passionnante ! La morale, les idées démocratiques, sociales et solidaires me fascinent ! Le fait de dénoncer la dictature, la corruption tout en écrivant une histoire aussi follement captivante, incroyable !
De Cape et de Crocs
J'ai gardé la série d'Ayrolles et de Masbou pour mon avis numéro 1000. C'est bien le moins que je pouvais faire pour remercier les auteurs de l'excellent moment de lecture qu'ils m'ont procuré. Parmi les douze albums, comme les douze pieds d'un alexandrin, je n'ai pas trouvé beaucoup de faiblesses. Certain liront une petite longueur à l'hémistiche de la série comme une petite pause dans ce combat fantaisiste. De la fantaisie, les auteurs nous en procurent dès le début du récit mélangeant les styles, les genres, les références dans un tourbillon de mots, de sons, d'images et de couleurs digne d'un feu d'artifice du roi Lune. Un roi Lune à deux visages comme le prouve une réflexion assez subtile d'Ayroles sur le Grand Siècle. Un siècle et un roi qui nous laissera en héritage la langue de Molière ou Racine, la somptuosité des architectures mais aussi le Code Noir ou des conquêtes meurtrières. Au contraire de certains je ne me suis pas lassé de l'utilisation des alexandrins. Une fois rentré dans la musique du verset, cela procure un rythme qui accompagne harmonieusement la gestuelle de nos héros. Les auteurs n'oublient aucun art dans le voyage de Lope et d'Armand (et moi ! dit Eusèbe). Ils n'oublient ni la danse, ni la peinture, ni la rhétorique ou l'astronomie ni bien sûr le théâtre. "Clame Eugénie ta mélodie, terrible et polonaise, uphonie calculée !" semblent nous murmurer les auteurs du toit de l'Olympe angoumoise. J'ai lu cette série comme un hommage vibrant à la création, à toutes les créations, derrière une façade de fantaisie calculée. J'ai beaucoup aimé les deux derniers épisodes qui nous renvoient aux réalités quotidiennes et à la contingence. Le graphisme de Masbou soutient particulièrement bien le rythme du récit. Les mimiques des personnages apportent un humour, une tendresse et une profondeur qui ont accompagné toute ma lecture. Le choix de Guy Delorme est une trouvaille qui rend hommage à tous ces rôles de méchants qui donnent une véritable épaisseur à tous les héros de la littérature. Chaque opus propose un univers graphique nouveau et cela enrichit la série comme nulle autre. La mise en couleur est un régal de contraste ou de luminosité. La poésie est musique et danse, elle est née d'un retournement (versus) interdit, c'est une boucle qui ne nous lâche plus et la chute du tome 12 nous le rappelle... avec panache.
L'Accident de chasse
J'ai longtemps hésité à me lancer dans ce gros pavé noir de 400 pages. Le petit autocollant jaune des lauréats angoumois n'était pas suffisant pour m'inciter à emprunter cet album massif. J'avais tort car en refermant la série de Carlson et Blair j'ai le sentiment d'avoir réalisé une de mes meilleures lectures de l'année. C'est exactement le schéma narratif que j'affectionne : une biographie respectueuse des faits et qui introduit un imaginaire fictif obligatoire et crédible. Comme le souligne Carlson, il a dû introduire des scènes et des dialogues imaginaires pour assurer la cohérence du récit. Le talent de Carlson est de renforcer la crédibilité du scénario en ajustant au mieux les situations et les dialogues aux personnalités des personnages. Et quels personnages ! Matt Rizzo, son fils Charlie et Nathan Léopold son trois hommes coupables de crimes ou délits. La réalité de la situation dépasse la fiction. En effet Nathan Léopold est l'un des meurtriers les plus connu de l'histoire criminelle US. Plusieurs films (dont un Hitchcock) se sont basés sur son cas. Matt Rizzo devient aveugle à la suite de son braquage manqué et est confronté à un double enfer. On pourrait penser que la corde pour Nathan ou le trou pour Matt sont des punitions bien trop douces (surtout pour Nathan) au regard de la peine des victimes. C'est tout le génie du scénario de Carlson que de nous proposer cette réflexion sur la deuxième chance. En filigrane le récit est un excellent plaidoyer contre la peine de mort qui tendait les bras à Léopold mais aussi à Matt d'une manière moins officielle. La trouvaille géniale de Carlson et de Bobette Buster a été de construire un récit qui progresse en parallèle sur deux plans : le récit de la traversée de l'enfer carcéral de Matt et Nathan sur les pas de Virgile dans la divine comédie de Dante, ainsi que le huis clos de Matt et Charlie sur les pas des écrits de Matt. Carlson nous propose un récit très littéraire, travaillé avec une grande précision. Perso j'ai beaucoup aimé les passages des écrits de Matt qui montrent le résultat obtenu pendant son séjour en prison. C'est toujours compliqué de faire ce type de biographie pour un criminel comme Nathan Léopold. En effet il se dégage une grande empathie pour lui et Matt à travers le récit. Si moralement cela ne pose pas de problème pour Matt, Nathan reste le meurtrier par jeu d'un enfant de 14 ans. C'est l'une des richesses de la construction de Carlson de nous le rappeler de temps à autre. On ne pouvait pas imaginer meilleur graphisme que celui de Landis Blair pour illustrer un tel récit. Son N&B hachuré, sombre et parsemé de monstres infernaux du Moyen-Âge diffuse une ambiance confinée propre à cet univers carcéral mais aussi au handicap nouveau de Matt. Dans cet univers figé par les barreaux, les murs ; la neige ou la cécité, l'oeil du lecteur n'est pourtant jamais au repos. Blair sait multiplier les détails dans les expressions ou la construction des planches ce qui rend la lecture aisée et vivante. Quand je pense que c'est le premier album de Carlston avec une construction aussi complexe c'est un coup de génie. Une excellente lecture pour de nombreuses thématiques fondamentales. Un must pour moi.
Valkyrie Apocalypse
J'adore ce manga. J'aime beaucoup les personnages, l'histoire est géniale, les combats extra. Le fait que l'auteur s'inspire des légendes et des personnages historiques du monde rend le manga aussi surprenant qu'instructif. Chaque personnage, que ce soit du côté des humains où des dieux, a sa propre histoire touchante, macabre et surprenante.
Capitaine Vaudou
Après avoir lu les critiques j'ai décidé de mettre la mienne, je ne contredirai pas les avis précédents. Il me semble qu'il faut juste prendre cette œuvre pour ce qu'elle est une super introduction et découverte d'une fiction inspirée de l'histoire, qui a pour but de nous faire découvrir à travers c'est mœurs et images l' univers du jeu de rôle du même titre. Par ce biais j'ai passé un super moment et j'ai hâte de pouvoir découvrir la suite en espérant qu'après la trilogie la saga puisse se poursuivre, je serai client Un roman dans cette univers pourrais aussi me satisfaire. Merci de m'avoir lu, je ne suis personne apprécié par vous même
Yoko Tsuno
J'ai commencé à lire Yoko Tsuno dans les années 90 avec mes enfants et j'avais beaucoup apprécié cette jeune héroïne un peu particulière. Depuis la série a toujours eu une belle place dans ma bibliothèque jeunesse et aujourd'hui encore je relis certains épisodes avec plaisir. Quand Roger Leloup débute la série en 1972, proposer une jeune héroïne japonaise est un défi intéressant. Le Japon n'est pas encore le géant industriel et commercial qu'il va devenir 15 ans plus tard, la culture japonaise est réservée à quelques amateur de Kurosawa, les restaurants japonais sont rarissimes et le Manga n'a pas encore déferlé sur le monde. Leloup ne se contente pas de créer une jeune femme sexy mais bien plus sage que Natacha. Il propose un bouleversement dans les mentalités très macho du monde de la BD. Yoko ne va pas s'imposer par sa séduction mais par son audace et son savoir technologique dans cette année (1972) où la première femme est admise à l'Ecole Polytechnique (Major svp !). Pour rendre sa série encore plus singulière, Leloup alterne les épisodes d'enquêtes terriennes à connotations historiques et les épisodes de SF. Les scénarii sont souvent très fouillés avec une construction qui parfois ralentit le rythme du récit. Dès le début, la série propose un bon niveau de lecture et chaque album demande un réel effort pour suivre les rebondissements. Le trio Yoko, Vic et Pol assure l'équilibre de la série qui possède un penchant sérieux dû à la personnalité de Yoko. Par la suite, presque tous les personnages marquants nouveaux sont féminins : Khâny, Rosée, Olga ou Emilia, les garçons devenant de plus en plus effacés au fil des épisodes. J'ai bien suivi la série jusqu'au tome 20 (L'Astrologue de Bruges) trouvant les dosages entre la SF de Vinéa, les voyages temporels ou les épisodes plus classiques bien réussis. Même si les premiers épisodes sont très bons, j'ai aussi aimé certains opus plus récents (Le septième code par exemple). Evidemment sur trente épisodes certains sont moins à mon goût (La servante de Lucifer) mais l'ensemble fait une série singulière assez marquante. En lisant une partie des avis précédents, le graphisme de Roger Leloup fait presque l'unanimité (contrairement au personnage de Yoko). Je me joins aux louanges exprimées. La ligne de l'auteur est classique mais d'une grande précision et très détaillée. Je regrette un peu l'évolution du visage de Yoko que je trouve occidentalisé sur les derniers épisodes. Les personnages féminins sont aux antipodes des modèles Manga. Je les trouve gracieux, bien proportionnés et très expressifs. Les costumes sont nombreux et variés, Leloup nous proposant avec bonheur des tenues ou des coiffures allant du très traditionnel au plus moderne et souvent très sexy. Enfin Leloup nous donne une leçon de décors très finement réalisés quel que soit l'univers dans lequel se trouve Yoko. C'est à la fois inventif et spectaculaire, mis en valeur par une colorisation classique mais agréable et harmonieuse. En conclusion même si je pousse un peu ma note, je garde un 5 car je ne connais pas beaucoup d'héroïnes de ce calibre dans le monde de la BD.
No Future
C’est un peu l’Incal d’aujourd’hui. Un monde futuriste qui tient plus de l’anticipation de ce qui nous attend mais remis au goût du jour. Avec tous les codes des deux héros loosers à la sauce John Difool contre les mecas qui font respecter les normes Wokistes poussées à leurs extrêmes. C’est franchement une excellente découverte pour moi et tellement bien dessiné jusqu’aux moindres détails. C’est ma BD coup de cœur du mois.
Maus
J’ai toujours été intéressée par cette période historique et touchée par cette tragédie, et récemment je me suis procurée la version intégrale « 30 ans », qui est au passage jolie avec une belle charnière au centre et une jolie reliure également. Ici, on a bien entendu une retranscription des véritables entretiens avec le père de l’auteur, qui est souvent dépeint d’une manière négative d’ailleurs. Il parlera des camps, des ghettos mais il basculera souvent sur plusieurs sujets, dû à son âge et aussi à son caractère compliqué. Cette bande dessinée a un côté très authentique, tout le monde est montré comme ils sont réellement. Les passages évoquant la Shoah sous bien entendu très poignants et rien n’est épargné, la violence, les insultes. Il est également dit que de l’humanité peut être trouvée au sein de pleins de personnes, prisonniers mais aussi nazis ou kapos. Le dessin en noir et blanc et simpliste dans la forme mais extrêmement percutant. Un chef d’œuvre
XHG-C3
Du point de vue graphique, cette bd est un véritable feu d'artifice pour les yeux. A voir les précédents commentaires, notamment ceux qui trouve cela dépassé, ou ceux qui "ont du mal à croire que ça date de 1995", beaucoup semblent ignorer qu'en réalité cette bd date de 1983, année ou elle est parue en épisode dans le magazine Femmes d'aujourd'hui, c'est à dire que l'album correspondant a été publié 12 ans après la sortie en presse de la BD. C'est donc un style années 80. Quel plaisir pour moi de retrouver cette petit bijoux kitchissime à souhait mais si original dans le style de dessin, car je désespérait de retrouver les pages qu' enfant je collectionnait chaque semaine avec mon grand frère. On pourrait presque faire une bd de transition pour expliquer comment un vaisseau qu'il fallait arrêter pour empêcher la catastrophe est devenue ensuite celui de l'héroïne. Le fait qu'on ne s'y attarde pas plus que ça peut sembler incohérent, mais à bien y regarder, un vaisseau ennemi qui devient celui du héros, ça me rappelle un certains robot transformable... C'est sublime !