... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie...
Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top".
Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?!
Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant.
Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir.
Alain Grenet
Riff Reb's nous offre un plaidoyer contre les conditions inhumaines dans les prisons de ce temps, mais cela a-t-il vraiment changé? Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale. Encore une fois je ne peux que plussoir aux avis précédents, Mr Riff Reb's est un tout grand de la bande dessinée. Son graphisme est singulier, reconnaissable entre mille. Après sa trilogie sur le monde marin voilà qu'ici il nous propose un autre voyage, celui de l'âme humaine et ses tréfonds. Librement inspiré de Jack London, et oui celui-ci n'est pas que l'auteur de "Croc Blanc", il s'empare de ce roman qui si l'on y réfléchit bien est une sorte d'attaque en règle du système carcéral, de la bêtise humaine.
Certes Darrel Standing est loin d'être un saint, il a quand même commis un meurtre, sa manière d'entrer en relation avec la hiérarchie de la prison de Saint Quentin n'en fait pas le plus grand diplomate du monde, son orgueil est immense et va lui coûter bien cher. S'ensuivent alors plusieurs planches qui nous montrent avec quelle abjection les gardiens se chargent de casser un homme, de lui enseigner des valeurs qui n'ont aucun sens dans ce milieu. Cassé physiquement à cause de la punition dite de la "camisole", Standing n'aura d'autres moyens pour s'évader que de faire appel à son cerveau que l'on qualifierait aujourd'hui d’analytique. Dans sa cellule Standing va trouver le moyen de s'évader pour retrouver des moments de vies antérieures qui vont l'aider à supporter l’insupportable.
J'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifiquement adaptée par Riff Reb's. Adaptation et graphisme sont à l'unisson, bravo j'en redemande.
Majoration après la sortie du deuxième et dernier tome.
J'ai un peu peur de faire une redite de l'avis sur le premier tome, mais véritablement les deux albums à la suite forment un tout homogène qui évoque ce que dans les années 70 on appelait le "voyage astral" mais sans la connotation un peu baba-cool.
Pour Darrel Standing c'est une évidence, un moyen d'échapper à l'enfer qu'il vit notamment avec ce supplice de la camisole. Encore une fois les matons, le directeur de la prison ont le mauvais rôle et on peut le comprendre.
Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale
C'était nouveau et la spontanéité/authenticité de la chose était indéniable. J'avais adoré le ton juste des rapports Parents/enfants des personnages et le graphisme romantique et poétique du Hislaire de l'époque -infiniment moins déprimant que ce qu'il nous a proposé depuis...
J'avoue un faible pour les dessinateurs "en devenir" : leurs premières œuvres sont toujours pleines de trouvailles et expérimentations réjouissantes, pour qui aime l'image. Je regrette ses démêlées avec la direction de Spirou Magazine (pas éclairée sur ce coup-là, visiblement...) qui ont abouti à l'interruption de la série, lui conférant pour toujours cette couleur plus mélancolique que comique -et, à ce propos : honte aux éditions Glénat pour le choix de cet orange pétant en fond de couverture de la réédition du recueil, complètement en porte-à-faux avec l'histoire ! Le rouge sombre de l'ouvrage précédent était bien plus "raccord".
Un beau souvenir.
Ado, je l'avais effleuré avec quelques pages de Rork, dans Tintin puis, plus tard, "Le Cimetière Des Cathédrales", lors d'un voyage scolaire. Immédiatement séduit -presque malgré moi tant je préfère la courbe aux angles, dans le dessin !- mais, outre l'ambiance hyper graphique, le détail soigné -mais pas étouffant- et le récit mystérieux à souhaits, c'est le découpage qui a vraiment fait toute ma fascination instantanée pour l’œuvre de Andreas.
ENFIN un artiste soucieux AUSSI de la dynamique de sa mise en page ! Habitué que j'étais aux Comics (réussie ou non, cette dynamique y est souvent présente), j'avais goûté cette nouveauté dans le paysage francophone de la BD de l'époque. Et "La Caverne Du Souvenir" est un exemple quasi parfait de ce que Andreas a de mieux à offrir, tant graphiquement que scénaristiquement.
On s'étonne et on s'interroge (C'est QUI, ce gars ? Il va OÙ ?!), on s'émerveille (Woah : le souffle du vent sur le champs... Holàlàà ! La déesse et le règne du vivant...! L'EXPLICATION MÉTAPHORIQUE ?!?)... On arrive au bout avec la tête pleine de beauté ; et la dernière page nous en remet une couche : totale liberté graphique avec accès direct au subconscient. Andreas se fait du bien et c'est prodigieusement communicatif dans cet album. Rien que la couverture : raison initiale de mon achat de l'époque -avec deux Bilal, artiste bien plus connu et reconnu, mais dont j'ai refourgué les albums depuis lors... Album charnière, je veux bien (je ne suis pas un technicien, de l'art ou d'autre chose) mais, surtout, indispensable pour qui aime la grande poésie.
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués.
La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile.
Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
C'est avec un grand plaisir que je retrouve la fascinante épopée du kimono fantastique de Nancy Peña. Sur les pas de l'intrépide et moderne Alice Barnes, l'autrice nous fait voyager dans un Japon traditionnel qui s'ouvre au monde extérieur.
C'est donc à une confrontation culturelle intense que nous invite cette escapade japonaise. Le scénario transpire de la grande culture de l'autrice qui nous fait passer des références littéraires anglaises aux contes traditionnels japonais avec un grand brio. Deux mondes éloignés géographiquement mais qui peuvent se rejoindre tellement le fantastique et l'onirique imbibent les deux cultures littéraires.
Le titre renvoie à un ouvrage collectif qui montre la difficulté à "comprendre le Japon". Mais "ici c'est le Japon" le lecteur comme Neville doit "accepter de ne pas comprendre" mais plutôt utiliser son "nonsense anglais". Il faut donc se laisser porter dans ce monde où les Kamis vous invitent au détachement.
Graphiquement cet ouvrage est une merveille. Déjà la très belle couverture est digne des plus jolies gravures. L'intérieur est du même niveau, chaque planche est une merveille de courbes, de finesse, de foisonnement et de précision. Le dessin de Nancy participe pleinement à la narration qui nous rappelle l'importance du rapport à la nature pour les japonais.
Nature instable, exigeante et qui invite à l'humilité de l'éphémère tellement tout peut changer d'un jour à l'autre. La mise en couleur en bichromie rouge/noire ajoute de la profondeur à cette univers poétique et fantastique.
Nancy Peña conclut magnifiquement son cycle du chat du kimono par un ouvrage d'une intelligence rare. Son originalité des scénarii et son talent graphique en font à mon goût une artiste d'exception dans le monde de la BD.
J'ai dû créer un compte pour rétablir la vérité sur ce manga. Ce manga est tout ce qu'on a perdu à l'heure actuelle dans les mangas d'aujourd'hui. C'est drôle, c'est triste, c'est une histoire cohérente et si parfois, c'est niais, et bien ça ne nous empêche pas d'être ému par les sentiments aussi simples soient-ils que l'amour, la justice dans ses formes les plus infantiles et romancées certes, mais ça suffit. Ça suffit pour s'émouvoir, ça suffit pour apprécier chaque combat, chaque dessin, chaque page, lire un tome de kurohime c'est pas comme les mangas d'aujourd'hui ou tout se ressemble, c'est une expérience complètement différente, c'est à la fois sombre, drôle, avec une note d'espoir. Honnêtement lisez ce chef d'oeuvre et ne vous arrêtez pas avant le tome 5. Ne vous limitez pas aux avis venant de lecteurs limités qui ne jureront que par Berserk et compagnie et qui jugent une oeuvre sur deux tomes juste pour suivre une tendance d'une communauté bien trop formatée. Faites vous votre propre avis, et bonne lecture :)
Je me range aux avis positifs, cette bd m’a fait pleurer pendant une moitié de la lecture, mais la fin n’est pas triste heureusement .
La couverture ne donne sans doute pas envie et je crois que j’avais noté cette bd en cherchant des recommandations d’Angoulême.
Elle raconte la maladie neurologique de l’autrice, sa chute puis sa remontée.
Le fait qu’elle soit dessinatrice et qu’elle ait ajouté des dessins faits pendant les années où elle était jeune et malade ajoute énormément, ça va paraître dingue mais certains à mes yeux sont aussi beaux que des Picasso.
Pour un public adulte, ne passez pas à côté, ça vaut le coup d’être découvert.
Celui là je le mets en coup de cœur,
Je l’ai découvert complètement par hasard en lisant un livre de Caroline fourest.
L’histoire présente de manière simple l’histoire d’une adolescente qui a refusé de laisser sa place dans un bus pendant la ségrégation, mais tombée dans l’oubli.
Le dessin des personnages est simple et ressemble à celui d’une dessinatrice à la mode, Leslie plee, mais avec les immeubles et boutiques dessinés avec plus de détails ainsi que des choix parcimonieux de couleurs, je trouve que ça donne un bel effet.
Ça prend au cœur comme les histoires d’injustice évidement.
C’est au rayon jeunesse de ma bibliothèque mais je n’hésiterai pas à le prêter à des adultes pendant la pause café.
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L'Ère des Cristaux
... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie... Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top". Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?! Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Petzi
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant. Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir. Alain Grenet
Le Vagabond des Étoiles
Riff Reb's nous offre un plaidoyer contre les conditions inhumaines dans les prisons de ce temps, mais cela a-t-il vraiment changé? Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale. Encore une fois je ne peux que plussoir aux avis précédents, Mr Riff Reb's est un tout grand de la bande dessinée. Son graphisme est singulier, reconnaissable entre mille. Après sa trilogie sur le monde marin voilà qu'ici il nous propose un autre voyage, celui de l'âme humaine et ses tréfonds. Librement inspiré de Jack London, et oui celui-ci n'est pas que l'auteur de "Croc Blanc", il s'empare de ce roman qui si l'on y réfléchit bien est une sorte d'attaque en règle du système carcéral, de la bêtise humaine. Certes Darrel Standing est loin d'être un saint, il a quand même commis un meurtre, sa manière d'entrer en relation avec la hiérarchie de la prison de Saint Quentin n'en fait pas le plus grand diplomate du monde, son orgueil est immense et va lui coûter bien cher. S'ensuivent alors plusieurs planches qui nous montrent avec quelle abjection les gardiens se chargent de casser un homme, de lui enseigner des valeurs qui n'ont aucun sens dans ce milieu. Cassé physiquement à cause de la punition dite de la "camisole", Standing n'aura d'autres moyens pour s'évader que de faire appel à son cerveau que l'on qualifierait aujourd'hui d’analytique. Dans sa cellule Standing va trouver le moyen de s'évader pour retrouver des moments de vies antérieures qui vont l'aider à supporter l’insupportable. J'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifiquement adaptée par Riff Reb's. Adaptation et graphisme sont à l'unisson, bravo j'en redemande. Majoration après la sortie du deuxième et dernier tome. J'ai un peu peur de faire une redite de l'avis sur le premier tome, mais véritablement les deux albums à la suite forment un tout homogène qui évoque ce que dans les années 70 on appelait le "voyage astral" mais sans la connotation un peu baba-cool. Pour Darrel Standing c'est une évidence, un moyen d'échapper à l'enfer qu'il vit notamment avec ce supplice de la camisole. Encore une fois les matons, le directeur de la prison ont le mauvais rôle et on peut le comprendre. Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale
Bidouille et Violette
C'était nouveau et la spontanéité/authenticité de la chose était indéniable. J'avais adoré le ton juste des rapports Parents/enfants des personnages et le graphisme romantique et poétique du Hislaire de l'époque -infiniment moins déprimant que ce qu'il nous a proposé depuis... J'avoue un faible pour les dessinateurs "en devenir" : leurs premières œuvres sont toujours pleines de trouvailles et expérimentations réjouissantes, pour qui aime l'image. Je regrette ses démêlées avec la direction de Spirou Magazine (pas éclairée sur ce coup-là, visiblement...) qui ont abouti à l'interruption de la série, lui conférant pour toujours cette couleur plus mélancolique que comique -et, à ce propos : honte aux éditions Glénat pour le choix de cet orange pétant en fond de couverture de la réédition du recueil, complètement en porte-à-faux avec l'histoire ! Le rouge sombre de l'ouvrage précédent était bien plus "raccord". Un beau souvenir.
La Caverne du souvenir
Ado, je l'avais effleuré avec quelques pages de Rork, dans Tintin puis, plus tard, "Le Cimetière Des Cathédrales", lors d'un voyage scolaire. Immédiatement séduit -presque malgré moi tant je préfère la courbe aux angles, dans le dessin !- mais, outre l'ambiance hyper graphique, le détail soigné -mais pas étouffant- et le récit mystérieux à souhaits, c'est le découpage qui a vraiment fait toute ma fascination instantanée pour l’œuvre de Andreas. ENFIN un artiste soucieux AUSSI de la dynamique de sa mise en page ! Habitué que j'étais aux Comics (réussie ou non, cette dynamique y est souvent présente), j'avais goûté cette nouveauté dans le paysage francophone de la BD de l'époque. Et "La Caverne Du Souvenir" est un exemple quasi parfait de ce que Andreas a de mieux à offrir, tant graphiquement que scénaristiquement. On s'étonne et on s'interroge (C'est QUI, ce gars ? Il va OÙ ?!), on s'émerveille (Woah : le souffle du vent sur le champs... Holàlàà ! La déesse et le règne du vivant...! L'EXPLICATION MÉTAPHORIQUE ?!?)... On arrive au bout avec la tête pleine de beauté ; et la dernière page nous en remet une couche : totale liberté graphique avec accès direct au subconscient. Andreas se fait du bien et c'est prodigieusement communicatif dans cet album. Rien que la couverture : raison initiale de mon achat de l'époque -avec deux Bilal, artiste bien plus connu et reconnu, mais dont j'ai refourgué les albums depuis lors... Album charnière, je veux bien (je ne suis pas un technicien, de l'art ou d'autre chose) mais, surtout, indispensable pour qui aime la grande poésie.
Conrad et Paul
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués. La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile. Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
Le Goût du Japon
C'est avec un grand plaisir que je retrouve la fascinante épopée du kimono fantastique de Nancy Peña. Sur les pas de l'intrépide et moderne Alice Barnes, l'autrice nous fait voyager dans un Japon traditionnel qui s'ouvre au monde extérieur. C'est donc à une confrontation culturelle intense que nous invite cette escapade japonaise. Le scénario transpire de la grande culture de l'autrice qui nous fait passer des références littéraires anglaises aux contes traditionnels japonais avec un grand brio. Deux mondes éloignés géographiquement mais qui peuvent se rejoindre tellement le fantastique et l'onirique imbibent les deux cultures littéraires. Le titre renvoie à un ouvrage collectif qui montre la difficulté à "comprendre le Japon". Mais "ici c'est le Japon" le lecteur comme Neville doit "accepter de ne pas comprendre" mais plutôt utiliser son "nonsense anglais". Il faut donc se laisser porter dans ce monde où les Kamis vous invitent au détachement. Graphiquement cet ouvrage est une merveille. Déjà la très belle couverture est digne des plus jolies gravures. L'intérieur est du même niveau, chaque planche est une merveille de courbes, de finesse, de foisonnement et de précision. Le dessin de Nancy participe pleinement à la narration qui nous rappelle l'importance du rapport à la nature pour les japonais. Nature instable, exigeante et qui invite à l'humilité de l'éphémère tellement tout peut changer d'un jour à l'autre. La mise en couleur en bichromie rouge/noire ajoute de la profondeur à cette univers poétique et fantastique. Nancy Peña conclut magnifiquement son cycle du chat du kimono par un ouvrage d'une intelligence rare. Son originalité des scénarii et son talent graphique en font à mon goût une artiste d'exception dans le monde de la BD.
Kurohimé
J'ai dû créer un compte pour rétablir la vérité sur ce manga. Ce manga est tout ce qu'on a perdu à l'heure actuelle dans les mangas d'aujourd'hui. C'est drôle, c'est triste, c'est une histoire cohérente et si parfois, c'est niais, et bien ça ne nous empêche pas d'être ému par les sentiments aussi simples soient-ils que l'amour, la justice dans ses formes les plus infantiles et romancées certes, mais ça suffit. Ça suffit pour s'émouvoir, ça suffit pour apprécier chaque combat, chaque dessin, chaque page, lire un tome de kurohime c'est pas comme les mangas d'aujourd'hui ou tout se ressemble, c'est une expérience complètement différente, c'est à la fois sombre, drôle, avec une note d'espoir. Honnêtement lisez ce chef d'oeuvre et ne vous arrêtez pas avant le tome 5. Ne vous limitez pas aux avis venant de lecteurs limités qui ne jureront que par Berserk et compagnie et qui jugent une oeuvre sur deux tomes juste pour suivre une tendance d'une communauté bien trop formatée. Faites vous votre propre avis, et bonne lecture :)
La Parenthèse
Je me range aux avis positifs, cette bd m’a fait pleurer pendant une moitié de la lecture, mais la fin n’est pas triste heureusement . La couverture ne donne sans doute pas envie et je crois que j’avais noté cette bd en cherchant des recommandations d’Angoulême. Elle raconte la maladie neurologique de l’autrice, sa chute puis sa remontée. Le fait qu’elle soit dessinatrice et qu’elle ait ajouté des dessins faits pendant les années où elle était jeune et malade ajoute énormément, ça va paraître dingue mais certains à mes yeux sont aussi beaux que des Picasso. Pour un public adulte, ne passez pas à côté, ça vaut le coup d’être découvert.
Noire - La Vie méconnue de Claudette Colvin
Celui là je le mets en coup de cœur, Je l’ai découvert complètement par hasard en lisant un livre de Caroline fourest. L’histoire présente de manière simple l’histoire d’une adolescente qui a refusé de laisser sa place dans un bus pendant la ségrégation, mais tombée dans l’oubli. Le dessin des personnages est simple et ressemble à celui d’une dessinatrice à la mode, Leslie plee, mais avec les immeubles et boutiques dessinés avec plus de détails ainsi que des choix parcimonieux de couleurs, je trouve que ça donne un bel effet. Ça prend au cœur comme les histoires d’injustice évidement. C’est au rayon jeunesse de ma bibliothèque mais je n’hésiterai pas à le prêter à des adultes pendant la pause café.