Les derniers avis (7619 avis)

Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

Oh qu'il est beau celui-là ! J'ai un attrait pour la mythologie grecque, riche, foisonnante, mainte fois reprise et retravaillée en tout sens. J'aime surtout qu'elle soit toujours reprise, rejouée et réécrite pour en tirer de nouveaux commentaires sur notre monde, notre actualité, nos idées. Ici, Fabrizio Dori a fait dans l'excellence, à mes yeux. Une réappropriation à la croisée des genres et des influences, pour tirer de cette mythologie un commentaire sur notre monde contemporain. Brillant ! Ce qui saute aux yeux rapidement, c'est le talent du dessin. C'est coloré, dynamique, mais aussi bourré de références et de symboliques. Des plus évidentes (les reprises d'amphores grecques) aux clins d’œils vers les impressionnistes (Van Gogh ne pouvait pas être absent de cette BD), avec une recherche dans les décors, les personnages ... C'est des têtes de mort mexicaines qui côtoient des images de la Grèce antique pourrait paraitre étrange mais passe très bien, mélangeant des mythologies et des cultures pour en montrer l'universalité. Le dessin est inspiré, et la lecture s'en ressent. C'est beau, on en redemande. Personnellement j'ai hâte de le relire pour rechercher toutes les références. Niveau histoire, on brode sur la thématique habituelle du monde duquel les dieux se sont retirés avec l'arrivée du Christianisme. Cette thématique dans l'air du temps semble se nourrir d'une déconnexion de l'homme contemporain de la spiritualité qui l'a habité pendant des siècles : retour à la nature, retrouvailles d'anciennes fêtes, nostalgie d'un passé où l'homme se sentait plus en harmonie avec le monde (que ce fut vrai ou non). Sur ces thématiques, l'auteur livre une histoire aux multiples facettes que l'on pourra interpréter à loisir : regarder par les yeux du satyre, est-ce regarder par les yeux d'un artiste ? Eustis représente-t-il les vagabonds, les clochards, "ceux d'en bas" ? Est-ce une critique du monde contemporain, détaché de la nature et d'un sens profond du bonheur ? Tout ceci et plus encore, sans doute. Impossible de ne pas voir des choix réfléchis et conscient dans la représentation de Arès comme un ancien militaire néo-nazi et complotiste, très protecteur de "son" territoire, Aphrodite gérant un parc d'attraction aux multiples plaisirs proposés (que j'ai personnellement vu comme une métaphore d'Internet, avec sa bibliothèque infinie de tout les livres existants ou l'ancienne prostituée qui vient y travailler sans se rendre compte de la facticité du lieu, entouré d'obscurité). Les dieux grecs sont des archétypes dont l'auteur joue, et le sens qu'il donne à tout cela n'est pas anodin : l'entrée des enfers est dans la décharge derrière le parc d'attraction. Je trouve l'image parlante ! C'est typiquement le genre de BD que j'adore parce qu'elle utilise des codes et des symboles pour parler d'un monde, d'un air du temps, d'une idée. La déconnexion de l'homme avec la nature est assez nette, mais aussi la question de la beauté du monde (contrebalancé par des décharges et des tours d'immeubles), l'accomplissement personnel, la désillusion de nos choix de vie ... C'est riche et dense, mais beau aussi et la fin me donne le sourire. Une sorte de triomphe de l'amour et de la fête, du positif dans toutes ces représentations parfois triste. Comme dirait Pacôme Thiellement : "Carnaval doit renaitre", et cette BD invite aux libations antiques, à retrouver la beauté de la nature, à la fête éternelle de Dionysos, aux plaisirs ! Quelle belle BD ...

27/02/2024 (modifier)
Par LilyEve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Pêcheur de rêves
Le Pêcheur de rêves

Cette BD est un coup de coeur pour moi. Je ne connaissais pas l'autrice mais je dois dire que la BD m'a enchantée. L'histoire de ce jeune Mael est intéressante. Nous le suivons dans sa recherche d'identité. J'ai adoré les dessins et la recherche d'équilibre entre le bien et le mal. Je recommande cette BD pour les jeunes qui sauront s'émerveiller devant ces pages colorées.

25/02/2024 (modifier)
Par Gregory
Note: 5/5
Couverture de la série Jeu de dames
Jeu de dames

J'avais acheté le premier tome pour mon ex femme qui ne l'a pas trop aimé. Pour moi c'était une promesse de suite sympa. Je me doutais d'un joli rebondissement. En effet le second (et dernier) tome apporte une suite plus forte que je ne l'avais imaginé. Je n'en dis pas plus pour maintenir le suspense. ;) Un bon coup de coeur ! Le dessin est simple mais efficace. Il dessert bien l'histoire et très agréable.

22/02/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Monster
Monster

Hé bé ! C'est l'Iliade & l'Odyssée ! Guerre et Paix ! Ou encore plus "fleuve " : Candy - Candy !! Quel foisonnement d'idées scénaristiques ! Quels personnages magnifiquement élaborés (et si nombreux !) ! Et surtout, quelle maestria à renouveler le suspense, tout au long des CENT SOIXANTE DEUX chapitres -en toutes lettres et en majuscules !- de cette effarante quête rédemptrice... Culte, ne serait-ce que pour l'ampleur de la chose, proprement époustouflante en elle-même -mais pas seulement. L'argument est élaboré, historiquement documenté et sinistre à souhaits ; et la spirale de violence et de mort provoquée par Johan ne cesse d'intriguer tant il est difficile d'assimiler immédiatement la nature des rapports entre le "monstre" et ses comparses (volontaires ou dupes). J'ai eu le tort de lire le tout d'une traite (difficile de résister !) ; mais il est évident que prendre son temps doit permettre de mieux appréhender les détails. Ça doit s'améliorer à la relecture. La forme du récit -presque un "road-trip" pour l'héroïque Kenzo Tenma, mais d'avantage des "scènes de vies" pour le reste du casting-, permet néanmoins de bien installer chaque "arc" ; et on a le temps de respirer entre deux exactions. C'est véritablement très classique dans la mise en scène : la tranquillité des multiples enquêtes, qui s'additionnent en parallèle ; et le crescendo vers chaque nouvelle révélation (ou scène-clé) est habilement mené. Un polard passionnant, dénonçant avec une grande richesse de détails réalistes les dérives éthiques des puissants, en opposant deux archétypes de comportement au travers des deux héros principaux, presque artificiels dans leur hyper-caractérisation antipode. Ceci venant encore accentuer le charme, limite suranné (siècle dernier, quoi !), du traitement de l'histoire. C'est à leur démesure que la profonde humanité des autres intervenants (les bons comme les mauvais) se révèle, en une variété de portraits prodigieusement variés (!). Le dessin est typique du genre : décors documentés et figuratifs sur lesquels se détachent si puissamment les personnages, dont la stylisation des visages résume adroitement les ressentis -quand on n'est pas réfractaire au procédé, si magnifiquement maitrisé par les Mangaka. À noter : une particularité au niveau de la taille des occiputs, trop petits, sauf quand le protagoniste nous fait face ?! Problème déjà évoqué pour le Manga Planètes, par Yukimura Makoto ?! ici, Urasawa Naoki est tellement balaise pour le reste que, là aussi, je n'ai pas d'explication rationnelle... La conclusion peut sembler manquer de "panache", tant les nombreuses péripéties qui nous y amènent s'apparentent à une virée (sans barrières de sécurité !) sur un Grand Huit ; mais elle est définitivement logique, et parfaitement à même de justifier la folie de Johan. Il est clair que l'aisance de son itinéraire meurtrier, ainsi que sa facilité à manipuler autrui, procèdent d'un brillant intellect (supposément génétiquement "supérieur" dans le récit) ; mais la plausibilité de la nature du véritable traumatisme originel, malheureusement plus banal que ce que l'auteur nous laisse imaginer, est, aux vues des conséquences terrifiantes, une puissante -et émouvante- validation de la profession de foi (originelle, elle aussi) du Docteur Tenma. Culte, donc.

21/02/2024 (modifier)
Par Alain
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dieu qui pue, Dieu qui pète
Dieu qui pue, Dieu qui pète

Magnifique ! Soit c'est la mise en bd de vrais contes africains, pleins de bon sens et de malice, soit c'est de la fiction pure, et dans ce cas on ne peut qu'être admiratif de la capacité de l'auteur à se glisser dans la peau d'un griot (conteur) africain. Que du plaisir en tous cas.

20/02/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bobigny 1972
Bobigny 1972

En 1972 a eu lieu un procès dont le sujet, les débats et la conclusion ont eu un impact énorme sur la société française depuis cinq décennies. Ce procès n'était pas seulement celui de Marie-Claire Chevalier, qui a avorté à la suite d'un viol, et de sa mère, pénalement responsable pour elle, mais aussi celui d'une loi inique, celle de 1920 condamnant toute femme ayant recours à l'avortement à une peine de prison. En 1971, lorsque Marie-Claire et sa mère sont arrêtées, 343 femmes, célèbres et anonymes, sont sortie du bois, pour affirmer qu'elles aussi ont dû avorter (plusieurs fois pour certaines), comme des milliers, des centaines de milliers de femmes (on parlait alors de 500 000 à UN MILLION d'avortements par an dans le pays). Sous l'impulsion de l'association Choisir (qui existe toujours) ces femmes et des milliers d'autres qui manifestent dans la rue refusent que cette situation perdure, que les hommes dictent leur volonté, prennent le contrôle de leur corps. Le procès de Marie-Claire et sa mère Michèle n'est pas le premier du genre, mais l'avocate Gisèle Halimi, co-fondatrice de Choisir, est déterminée à faire de ce procès, tellement exemplaire, celui qui fera basculer l'opinion publique et le législateur dans une nouvelle phase de leur histoire. Marie Bardiaux-Vaïente, historienne et scénariste passionnée par toutes les questions liées à la liberté individuelle et elle-même personnellement concernée par le sujet, a donc décidé, cinquante ans après les faits, de raconter ce moment crucial de notre Histoire. Elle a consulté pour cela de nombreux documents et témoignages, et tenté de retranscrire au mieux les différentes phases de cette affaire. Ainsi, même si Marie-Claire, sa mère et Me Halimi sont au centre de l'histoire, de nombreuses autres personnalités, comme Delphine Seyrig, à l'aura incroyable, Simone Veil, qui a porté au Parlement la loi légalisant l'IVG en tant que Ministre de la Santé, ou encore Françoise Giroud, journaliste qui fait fi des demandes de confidentialité du président du tribunal, sont-elles présentes. On pourra citer également Michel Rocard, qui a porté le projet de loi, ou le prix Nobel de médecine, parmi les personnages masculins. Le récit fait bien sûr la part belle aux interrogatoires et plaidoiries qui ont émaillé le procès, mais n'est pas avare de scènes intimistes, de scènes de mobilisations dans la rue, afin de retranscrire non seulement l'ambiance de l'époque, mais aussi de saisir à quel point les femmes -pauvres, de surcroît, une injustice supplémentaire soulevée par Gisèle Halimi durant le procès- ont pu souffrir physiquement, moralement, socialement, économiquement de tout ça. Le résultat est tétanisant. Certains passages, parmi les intimistes, m'ont serré le cœur. Parce qu'ils synthétisent parfaitement tout ça. Cette souffrance, cette injustice. Pendant le procès, ce sont quatre femmes (en plus de la mère et de la fille, sur le banc des accusées se trouvent également celle qui a pratiqué l'avortement et l'amie qui les a mises en relation) face à quatre hommes. Si le procureur fait preuve de veulerie, d'obscurantisme et de machisme, le juge principal a quant à lui, comme il se doit bien sûr, pris ses responsabilités et fait preuve de discernement et laissé l'avocate dérouler ses arguments, interrogé les accusées et les témoins, les experts. Bien sûr nous n'avons pas l'intégralité des débats, qui peuvent facilement se retrouver si on souhaite approfondir. Le travail graphique de Carole Maurel est remarquable. Chaque case est ciselée, travaillée pour avoir un impact maximal sur le lectorat. Il y a des moments de silence, qui se passent de paroles, tant l'intensité des regards, des attitudes, est forte. Lors de scènes traumatisantes, les ambiances se font plus glaçantes, souvent en noir et blanc, avec quelques effets graphiques mais sans en faire trop. Indispensable.

19/02/2024 (modifier)
Par Tièri
Note: 5/5
Couverture de la série Rubrique-à-Brac
Rubrique-à-Brac

Bonjour, Gotlieb. OU Gotlieb ! Mais sûrement pas Gotlieb ? Tant il me parait improbable qu'il ne soit connu; apprécié ou détesté...??? Donc, que dire sur cet énergumène, et probablement sa meilleure série, même si d'autres sont à peu près, ou plus ou moins aussi bonne; mais là c'est aussi question de feeling, et d'appréciation d'humour... Gotlieb; me fais penser à un iceberg, s'il ne devait y avoir qu'un seul mot à le définir. Iceberg; cet immense agrégat, à la dérive, et flottant, dont on ne perçoit qu'un dixième de sa masse au-dessus de l'eau. Et s'il devait être statufié, l'aurait-il souhaité...apprécié...??? Gotlieb : Génial, Grotesque, Géantissime, Goliath, Gargantua, Gogol, Gondwana, Gulf-stream, Gabegie ou Gastrique, Gaga, Gay-man, Gai-Luron, gaillard "d'avant, arrière, et d'abord'âge comme de babord'âge", Gaillard "même pour un château ou un gâteau et même des râteaux ratissant large", Galactique, Galet à ricoche et ricochets "mais certainement pas plats", Galiote, Galipettes, Gaulois "d'un peuple qui n'existe pas d'ailleurs puisqu'ils sont celtes historiquement", Galocheur impénitent raclant ses galoches et en roulant d'autres en ne trainant pas toujours les pieds dedans comme dehors, Galopin et Galopin à boire sans modération au triple Galop sans Gamberge à Gambader en les images et textes et cases de la BD, ..."Bon je vais m'arrêter là" mais vous pouvez continuer à ma place... Gotlieb; un iceberg...!!! Ne nous livre aux yeux qu'un dixième de sa masse...Tout corps plongé dans l'eau subit une poussée de bas en haut...selon le thé-"Ô"r'aime à boire d'Archi m'aide si je ne Docteur M'abuse à quoi ou à coi devant un humour de glace, glaçant, et d'un sang froid à vous réchauffer les yeux, l'âme, l'instant de bon-heurts...mais pas que!!! Un iceberg dont il faut en faire le tour, mais cela suffit-il...? Et ses histoires, à dormir debout; aussi. Il faut creuser en l'histoire...Comme en celle du Titanic qui rencontrât l'iceberg à la glace trop dure, et c'est là qu'il faut creuser...White Star Line qui vire son ingénieur qui voulait mettre 66 canots de sauvetages; il n'y en aura que 20; hé, oui ! Question de prestige!!! Goldman Sachs qui finance, et oblige à partir tôt...Goldman Sachs à l'origine de tous les Crack boursier du 20ème siècle!!! Un feu sourd dans les soutes à charbon, qui fait débarquer les soutiers anglais en France avant le départ pour l'Irlande. Des bulles dans le fer de mauvaise qualité d'être allé trop vite à le fondre...Un chantier repoussé d'1 mois à cause que son frère l'Olympique a heurté un navire anglais et est complètement éventré à la proue...Le SOS pas encore en place totalement, mais le deviendra à partir de cette date...La radio "société privée" complètement débordé par les messages de la bourse et du boursicotage...Et je vous fait grâââce du reste, et des vraies/fausses enquêtes" par la suite, et le contraire aussi; soit des Gotlieb/Gotlieb enquêtes par la suite; pour sauver White Star Line, Goldman Sachs, les commanditaires et les ingénieurs...VOILÀ, en gros ce qu'est la BD de Gotlieb, ce que sont les cases et histoires de Gotlieb...Dans votre sac de survie il vous faut une dose de connaissances, un bon éclairage d'appoint, une pelle pour creuser, un décamètre pour mesurer la connerie mais l'intelligence aussi "ou le contraire", une échelle pour monter les blanc en neige si la glace fond, une corde pour se pendre un 1er avril sans se découvrir d'un fil, ..., etc; et pêle-mêle des affaires de brique et de broc pour parer à toutes situations...Soit un sac à dos genre camion remorque pour justement ne pas y être... Bref !!! Rubrique à Brac, une BD manufacturée style artisanal mais de bonne facture...à lire sans modération et à mettre entre toutes les mains même au manchots qui sont de l’entarte-tic et même les pingouins de l'art-tique...à siroter calmement, votre verre à la main avec beaucoup de glace...!!! Cordialement.

17/02/2024 (modifier)
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

J'ai emprunté ce petit ouvrage qui ne paye pas de mine sans savoir où je mettais les pieds. C'est un des plaisirs de mes lacunes immenses dans le domaine de la BD : s'émerveiller ou râler sur des "vieilles" séries que tout le monde connait. Dès les premières pages (la 2 ou 3) j'ai été intrigué puis déboussolé et enfin enchanté par l'exploitation à l'extrême de l'absurde des situations ou des dialogues que propose Fabcaro. C'est un humour d'une grande intelligence qui ne fait jamais appel à la vulgarité ni à la méchanceté pour sonner au plus juste. Derrière des situations qui renvoient à Alfred Jarry ou à Kafka cela reste une satire virulente de la société consumériste à outrance qui utilise un prêt-à-penser et des phrases toutes faites. A travers la pertinence et l'insolence de ses gags, l'auteur demande de réfléchir à la banalisation de l'indicible (pédophilie, suicide des jeunes, ouverture de façade...) Dans cet exercice Fabcaro approche en quelques pages la maîtrise des maîtres de l'absurde d'il y a 60 ans. Ces quelques pages sont bourrées d'un talent rare de grand alchimiste qui sait transformer la rouille qui nous entoure en or de l'esprit. Le graphisme est en harmonie avec la petite musique du récit. Le trait va à l'essentiel de l'expression verbale ou gestuelle. C'est simple et dépouillé de tout artifice superflu mais c'est fluide et cristallin. Une formidable découverte qui m'a fait passer un excellent moment de rire et de réflexion.

15/02/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Les Nouveaux Mecs
Les Nouveaux Mecs

On va finir par penser que je suis de parti-pris, en ce qui concerne Ralf König, à lui mettre systématiquement cinq étoiles... Ma foi ! Il nous livre cette fois un vaudeville hilarant où le genre du personnage-clé, classiquement "planqué dans le placard", n'est pas celui qu'on croit ; ce qui, bien évidemment, soulève toute une tempête de questionnements et d'évènements riches en péripéties et autres gags à vocations pédagogiques (bien au delà de l'argument "Bi" sous-entendu, complètement anecdotique). Parce que, oui : Ralf König, même s'il continue de nous exposer (avec un talent toujours renouvelé !) le quotidien si "banal" de ses contemporains "Homosexuellement orientés", n'hésite pas à nous éclairer aussi sur la condition du péquin moyen (mâle et femelle, d'ailleurs) quand il se prend un bon coup de pied dans le fondement de ses certitudes. Au delà des préoccupations si bassement utilitaires -... Même en ce qui concerne ses besoins libidineux !- du "héros" de l'histoire, ce "nouveau mec" dont la société moderne adoube tous les travers tant qu'il reste fidèle à son modèle-type originel (un sale con ordinaire, immature et borné mais socialement intégré), c'est encore une fois à nos propres illusions et vanités que l'auteur nous confronte. De la faiblesse intrinsèque du caractère de Norbert, absolument masochiste dans sa passivité et à qui Alex, avec logique, fait tout subir, jusqu'à l'artificialité de l'autonomie de Doro qui, malgré tous les arguments (patents !) lui prouvant la nullité de son ex, ne peut se résoudre à élever son futur enfant sans lui, ce sont tous les mécanismes imposés par nos émotions si culturellement calibrées qui sont mis en exergue - et ce dans toute leur absurdité ! Heureusement que l'humour si réjouissant de ce créateur allège le propos, tant la démonstration est criante de réalisme -et absolument pas flatteuse pour personne. Résolument universel, comme tout les albums lus jusqu'à présent. L’œuvre de Ralf König n'a décidément de férocement Homo que l'esprit avec lequel il met en scène le plus nul et le meilleur de nos vies : une certaine distance pleine de lucidité que tempère une tendresse infaillible. J'avais oublié, puisque l'avis porte sur les deux tomes -qui sont en fait deux histoires complètement autonomes, bien que se faisant suite- : la seconde "partie" est aussi bien scénarisée que la première (rare) et, surtout, encore plus comique ! " ... Reprenons. Ton mec aime le foot, mate des vidéos d'horreur et est impuissant." "Et alors ?" "Si j'étais psychiatre, je dirais que ton mec est un hétéro-sexuel latent." :))

15/02/2024 (modifier)
Couverture de la série Journal inquiet d'Istanbul
Journal inquiet d'Istanbul

Coup de cœur pour cette bd que j’ai mis longtemps à lire après être allée la chercher à la bibliothèque quand on me l'a recommandée suite à la lecture de Dissident Club. La raison : le dessin me rebutait, j’avais l’impression de voir un dessin animé satyrique pour adultes . Mais en fait on s’habitue à ce dessin plein de caractère dont j’ai aussi apprécié le côté « volumineux » des formes . L’histoire est très intéressante, à travers l’autobiographie de l’auteur qui parle de pourquoi il a voulu faire du dessin depuis petit, on voit les intimidations des religieux sur sa famille, les angoisses de son père. L’artiste est vraiment sympathique et courageux mais montre aussi ses mauvais côtés quand il fait le filou avec sa copine …lol Je vais m’arrêter à ce tome 1 je crois car j’adore la fin.

14/02/2024 (modifier)