C'est du Bill S., encore plus que du Frank Miller.
Pour une fois, c'est directement par le dessin que le sujet est mis en abîme, tant la stylisation des personnages est poussée pour mettre en avant leurs spécificités -caractères et/ou situation dans l'intrigue. Daredevil n'est presque plus qu'une trainée de couleur entre les façades des ruelles, et le Caïd lui-même, énorme et quasi sphérique, va jusqu'à figurer la Lune sur la couverture originale ! Il écrase tout dans les planches où il apparait, faisant de sa femme, Vanessa, une frêle créature dont on a du mal à imaginer l'âge véritable tant le procédé la rajeunit -mais Miller l'avait déjà dépeinte de cette manière dans la série régulière, en complète opposition de ses premières figurations dans celle de Spiderman, où elle accusait une apparence plus mature, et plus en rapport avec l'âge supposé de son mari -ou celui de leur fils.
Sinon pour le dilemme personnel qu'affronte le maitre de la pègre New-yorkaise, le scénario un peu léger laisse la part belle aux images ; et Bill Sienkiewicz s'étale -gentiment- sur les cases (à peine dérangées sur ce coup-là !) et nous offre un très joli dépliant touristique de la ville, toute enluminée de néons et de neige.
... Je suis fan alors, bien sûr, je trouve que ça vaut le coup !
Ce qui est incroyable avec l'art, c'est quand bien même je n'ai rien en commun ni avec l'expérience de l'auteur, ni ses valeurs et probablement son sens moral, on ne peut s'empêcher devant une telle oeuvre d'être saisie par l'insaisissable quand l'auteur y a posé ses tripes et son âme comme cataliseur catharsistique.
Mr Larcenet m'a vraiment soufflé en peignant ce récit, et il a réussi à nous partager en fond l'expression de son esprit endommagé par des affres psychiatrique, se traduisant par un récit d'une intensité dramatique effroyable et un univers graphique à l'encre de chine bouleversant.
En disant ça on peut s'attendre à ce que le récit soit pénible à suivre, qu'on va souffrir avec les protagonistes et l'auteur, mais non j'ai ressenti presque de la légèreté dans le ton adopté, car le personnage principal n'a pas bien conscience dans quelle folie il évolue. On suit ce marginal malade, qui n'a pas bien conscience de ses actes (en ce sens cela me rappelle le personnage principal de Silent Hill 2 autre chef d'oeuvre sur le thème de la non expiation des horreurs commises, et que cette non acceptation a créé une inconscience post traumatique ici symbolisée par le "Blast"), et finalement on emboite le pas de sa déposition d'un personnage quelque peu simplet, voire enfantin, comme on se promenerait dans une forêt avec son labrador.
Avant de comprendre de quel mal est atteint cette grosse carcasse, on lui porte une empathie réelle. C'est aussi ce qui va rendre ce récit presque effrayant, exarcerbé par les hallucinations subies par cet étrange personnage dans une explosion graphique. Il va nous intriguer, nous dégouter et au final nous toucher.
Avait-il finalement conscience de ses actes, était il coupable moralement, voilà tout le rôle de la psyché et de son mécanisme difficilement traduisible qui pourra altérer notre vision de ce qu'on jugera du domaine du barbarisme ou du domaine de la névrose incontrôlée.
Nous avons encore tant de choses à apprendre sur la psyché humaine. C'est aussi pourquoi les tueurs en série nous subjuguent, car il nous font apprendre beaucoup sur les formes que le conscient et l'inconscient peuvent prendre.
Je ne pense pas avoir connu une oeuvre graphique aussi profonde. C'est un chef d'oeuvre, de l'art en barre.
Premier contact avec cette usine à retraitement d'idées, fantasques, irrévérencieuses et souvent très inspirées, qu'est Alan Moore, cet auteur Britannique à la cervelle enfiévrée...! Je n'arrêtais pas de feuilleter la première édition Francophone dans une bouquinerie, et contenant les quatre ou cinq premiers épisodes, si je me souviens bien ?! La couverture me plaisait pas mal mais ces couleurs moches, à l'intérieur, et ces petites cases toutes empoussiérées, du coup ! Bon, un beau jour, je l'ai acheté, puisque j'y revenais sans cesse...
Ha ben té ! J'ai bien fait ! Cette relecture du mythe -carrément !- du super-héros est passionnante de bout en bout ; même si les artistes embauchés pour remplacer Gary Leach et Alan Davis (pas mal raccords, d'ailleurs) gâchent un peu-beaucoup l'ensemble -surtout l'épisode consacré à Evelyn Cream... Il y aura par la suite d'autres mauvaises surprises, dans le style ; mais comme seul le premier cycle possède une réelle tension dramatique, ce sera moins dommageable pour le lecteur.
Tant pis ! De toutes façons, le concept est trop balaise !
Alan Moore donne la pleine mesure de sa maitrise du sujet dans cette mise en abîme plutôt jusqu'au boutiste du destin probable d'un super-héros, si ce dernier devait voir le jour au sein de notre réalité. Et l'angle scénaristique choisi -la redécouverte de sa propre histoire par le personnage principal, troublé et littéralement "coupé en deux" par le retour de ses souvenirs- donne une saveur automatiquement nostalgique au récit, alors qu'on s'inquiète avec lui des probables causes et conséquences induites par la réalité de ce passé fantastique... Surtout qu'il n'est pas le seul de son espèce !
C'est prodigieusement bien amené -et même très poétique, par moments. Mike Moran est très touchant dans ses désarrois successifs, alors que ses yeux s'ouvrent à la vérité de son histoire ; et le pitch S.F. de la nature de ses pouvoirs est particulièrement original et bien exploité -et encore mieux mis en valeur dans la création de son pendant juvénile. Vraiment du beau boulot.
Certains choix sont plus discutables, car ralentissant l'action et diluant la tension, comme l'exploration extra-terrestre des origines des pouvoirs de Miracleman. Cette partie souffre son âge et apparait un peu redondante : elle n'est vraiment pas le sujet du Comic.
La conclusion de l'arc, démesurée dans l'horreur, est simplement logique étant donné l'angle choisi dès le départ par l'auteur ; et même la terrible lisibilité du trait de Gary Leach à la peinture de ces dernières images semble justifiée par le propos et la volonté d'absolu de la démonstration.
Les suites, pour inventives et -parfois- cocasses qu'elles sont, n'arrivent pas à la hauteur de la tragédie originale, et certaines bonnes idées du concept de Alan Moore sont même un peu gâchées tant il semble y avoir eu précipitation pour les utiliser. Tant pis ! On a quand même droit à quelques envolées graphiques (Alex Ross de passage...) et quelques vertiges quasi d'Anticipation.
Une étape décisive dans l'évolution du genre -et même radicale ! À lire.
Mais comme c'était chouette !
En fait, le Alan Moore, faut le laisser se lâcher complètement pour qu'il soit réellement efficace. Bon, il n'est pas tout seul aux commandes, mais tout le côté parodique et référentiel vient de lui, je suis sûr : il y en a plein les pages et c'est très rigolo -surtout que ça parasite pas du tout le déroulement des histoires, hein ! C'est jamais que le quotidien d'un commissariat de quartier, après tout.
... Mais quel quartier ! C'est Néopolis ! La ville où tout le monde a des super-pouvoirs... Celui-là de concept gaguesque ! Mais ça marche : le ton sans emphase et les sujets abordés -toujours sous l'angle humain, très MCG de la grande époque- font qu'on accepte le postulat de départ comme allant de soi car, simple décor aux personnages, il met en valeur -et en perspectives acceptables car très intelligemment renouvelées !- des scénarios somme toute très classiques, les mêmes que ceux de n'importe quelle autre série policière de télévision.
Bon, il y a quand même un sérieux boulot de création -et parfois de recréation- au niveau des personnages, et les auteurs nous régalent d'un noyau dur de plus d'une douzaine de "super-héros" aux capacités paranormales très originalement mises en valeur (ou en berne ! Pauvre agent McCambridge !) et habilement exploitées dans chaque épisode.
Et Gene Ha est juste parfait dans l'équilibre qu'il arrive a créer entre l'incroyable "réalisme" plein de détail de sa ville monstrueusement inhumaine et le rendu très fouillé de ses personnages, qui parviennent à se détacher -et de manière dynamique, encore !- sur le fond miraculeusement pas trop étouffant de toute cette richesse architecturale. L'impression "pâlie" de l'encrage de certains décors aide aussi pas mal. On a le sentiment assez surprenant d'un cadre futuriste pourtant déjà ancien -bien installé, quoi !-, graphiquement parlant ; et ça fonctionne en renforçant encore d'avantage la singularité de l'idée de départ.
On s'amuse beaucoup à la lecture des aventures des Top 10 ! Il y a de l'humour -bien sûr !-, une vraie profondeur dans les rapports qu'entretiennent les héros entre eux -et donc de vraies tensions !- et les enquêtes, transfigurées par le contexte, n'en sont que plus passionnantes. Je le mets en coup de coeur car, le trouvant en référence sur le site, c'est exactement ce que j'ai ressenti, à nouveau.
Une grande réussite du genre.
Batman était ce super-héros, gothique avant l'heure sous les coups de crayon inspirés de Irv Novick, ou quasi cinématographique grâce à la maitrise graphique de Marshall Rogers, et dont je lisais les aventures dans ces si surprenants albums des publications Artima/Arédit, avec leurs curieuses pages alternativement imprimées couleurs et noir et blanc. J'aimais bien le personnage, et bien sûr sa galerie d'ennemis si visuellement réussis -surtout le Jocker par Walt Simonson ! Mais l'approche DC, complètement partiale aux exploits du justicier en costume au détriment des détails de sa vie personnelle, m'empêchait (déjà !) de m'attacher véritablement et, bien que séduit par telle ou telle péripétie, la chauve-souris et ses comparses costumés ne m'ont jamais fidélisé comme ont pu le faire les héros aux âmes autrement tourmentées de la maison d'édition concurrente. Le drame originel de Batman (et encore plus de Superman !), si éloigné de ma réalité, ne pouvait m'apparaitre comme véritablement émouvant. Le grand Len Wein, ayant débarqué avec son habituel savoir-faire, a failli faire pencher la balance tant son travail sur l'entourage de Bruce Wayne a rapidement pris de l'ampleur et de la profondeur : Lucius Fox et ses problèmes familiaux, par exemple... Mais je ne tenais pas les cordons de la bourse, en ce temps-là ! Seul le hasard approvisionnait mes lectures...
Il aura fallu des refontes balaises pour m'amener à m'intéresser de nouveau à ce super-héros ; et Year One a, de ce côté-là, été une expérience plus que satisfaisante.
D'abord les prises de positions scénaristiques de Frank Miller : l'époque est floue, l'ambiance en demi-teinte. Les personnages sont caractérisés plus par leurs interactions que par leurs choix ; et l'action, classique et illustrant son habituelle obsession -salutaire- de la dénonciation des abus des nantis, s'installe très confortablement, tissant autour des principaux héros une toile de causes et effets au travers desquels ils se définissent magnifiquement une fois la trame définitivement achevée. La relecture est magique de sobriété, pour une fois -et en complète opposition de son travail précédent (néanmoins prodigieusement jouissif !) sur le " Dark Knight ". Bruce Wayne, à peine esquissé -et pour cause-, reflète parfaitement ce qu'il est sensé être : le simple alter-ego civil -et même social- du justicier, dont le véritable visage est ce grotesque masque aux oreilles pointues. Par opposition, l'humanité bouleversante de faiblesses et d'imperfections du Commissaire Gordon et de Selina Kyle -entre autres- est magnifiée et contribue énormément à nourrir le récit sans nuire à l'intrigue ; et le sort des individus ne cesse tout du long de nous importer bien d'avantage que la résolution politique des problèmes de corruption de la ville de Gotham.
... Et puis il y a le dessin ! David Mazzucchelli, avec ce style si personnel et en même temps si "classique", et qui nous apparait si facile (ha ! ha !) tant ses cases, désertées des hachures et autres petits détails habituels sensés enrichir l'image, décrivent l'action en cours avec simplicité (!) et efficacité, laissant la part belle à une colorisation audacieuse, floue et en transparence (Richmond Lewis, très bon choix !). Les deux nous offrent une œuvre véritablement aboutie dont les planches semblent des instantanés d'une autre époque, clichés saisis par l'oeil d'un témoin anonyme et qu'on aurait miraculeusement imprimés. C'est que le dessinateur s'y entend pour suggérer, à peu de frais graphiques -encore une fois en apparence...!- la moindre attitude subtile du visage, le moindre élan dans le mouvement. Et je ne parle même pas de la justesse académique de son art, qualité encore rare à l'époque de la parution. L'encrage volontairement dense souligne sa maitrise et renforce la représentation des sentiments des personnages : l'idylle adultère de Gordon a droit à quelques cases magistrales, dont celle du baiser avec l'inspecteur Essen est un exemple-type, parfaite d'équilibre et de beauté.
J'ai beaucoup aimé, donc, ma redécouverte du personnage ; et si les jeunes générations s'intéressent encore au concept complètement fou et fun et riche de possibilités d'exploration de l'âme humaine que constitue le genre des super-héros en collants, Batman : Year One est une des lectures les plus complètes qu'il est possible de trouver sur le détective chauve-souris. Et certainement aussi une des plus belle.
Avant tout, je dois dire que je suis, depuis mon enfance, un fan absolu des aventures de Blake et Mortimer. J'ai apprécié certains albums de la période post Jacobs, d'autres beaucoup moins.
Étonnamment, j'avais adoré Le Dernier Pharaon, qui explosait les codes de Blake et Mortimer, aussi bien sur le fond que sur la forme (d'ailleurs, je possède trois versions différentes de cet album, l'édition bibliophile, le format à l'italienne, et l'édition noir et blanc, tant cette adaptation m'avait enthousiasmé)
Avec ce nouvel album signé Fromental et Bocquet, auteurs du très réussi "Huit heures à Berlin", je ne pouvais que m'attendre à un scénario de qualité, et je n'ai pas été déçu, loin de là.
Pourtant, lorsque j'ai ouvert cette bande dessinée, j'ai été très surpris par le dessin de Floc'h, au style très épuré, très simple, voire grossier par rapport à celui de Jacobs ou de ses repreneurs.
Son style pique les yeux, à première vue. Nous sommes très loin du souci du détail de Jacobs ou encore des décors fouillés et précis auxquels nous étions habitués, pourtant, la magie Blake et Mortimer opère toujours. Déstabilisant de prime abord, on finit par s'habituer au dessin et aux couleurs de Floc'h au grès de la lecture.
Car, c'est avec un plaisir sans limite que j'ai retrouvé nos deux héros british dans un New York où ils pourraient tomber nez à nez avec Mister Kaplan, de "La Mort aux trousses".
Avec une mise en page basée sur des grandes cases, les auteurs explosent le canon Jacobien, mais avec une intrigue sur 138 pages, l'un compense l'autre.
Le scénario repose sur une enquête sur quelques jours , menée tambour battant et qui ne ménage pas son lot de surprises. Les auteurs renouent ici avec un classicisme qui fait du bien, sur fond d'un New York, que j'ai bien connu.
Cette aventure, qui se situe après "La Marque Jaune", est, à l'aulne des événements actuels, d'une cruciale actualité avec le discours du Capitaine Blake à la tribune de l'ONU.
Les gardiens du Temple crieront sans doute au scandale avec cette aventure de "Blake et Mortimer à New York", mais pour ma part, j'en recommande vivement la lecture.
Je dois préciser que j'ai opté pour l'édition bibliophile, à 6500 exemplaires, pour découvrir cette bande dessinée.
Mon premier manga en intégralité : ça faisait de la lecture !
Le battage fait autour m'avait mis la puce à l'oreille : mutants ressuscités, pouvoirs mentaux et apocalypse... Je voulais savoir ! Hé ben, on en a eu pour son argent. Katsuhiro Otomo nous offre une saga à l'ambiance bien excitante, illustrée quasi réaliste mais toujours avec ce parti-pris d'exagération dans les expressions des personnages, qui apparait d'autant plus efficace justement à cause de la juxtaposition des deux styles.
Personnages d'ailleurs plutôt bien campés, que ce soit dans leurs travers d'adolescents mal barrés et/ou leur rapide maturation quand un but motivant (chacun recherche sa vérité propre) s'impose à leur ennui. Toute la partie pré-apocalypse se lit d'une traite, tant on rebondit de scènes d'actions spectaculaires et haletantes en révélations, à mesure que se définissent les rapports de solidarité et/ou rivalité entre anciens et nouveaux camarades/adversaires. Et l'énormité de ce qui se prépare est suffisamment bien amenée pour que ces (nombreux !) chapitres se justifient, ne serait-ce que par le plaisir véritable qu'on prend à les parcourir.
Je ne suis pas du genre à m'extasier sur la maitrise de la représentation de la réalité, en matière de Bande Dessinée ; au contraire, à priori. Mais force est de constater que ces décors aux perspectives géométriques écrasantes de justesse offrent à la moindre manifestation de pouvoirs paranormaux un contraste parfait ; et on anticipe chacune des apparitions de Kiyoko, Takashi, Masaru et, bien évidemment du héros de la tragédie, Tetsuo, avec une excitation qu'il est rare d'éprouver à la lecture de ce genre d'aventure tant le sujet a été essoré. Quel suspense jusqu'à la scène grandiose qui voit le bouleversement total de l'univers des héros, et la redistribution des rôles pour un redémarrage de l'histoire sur les chapeaux de roues !
Bon, la laideur de la survie dans les décombres me séduit moins, même si c'est largement justifié par le contexte et pas trop complaisant -au contraire même : très réaliste, encore une fois. Le développement du caractère de Tetsuo est logique et très bien amené, comme ses relations avec les autres personnages. Et l'intrusion du monde extérieur dans la réalité de ce Nouveau Tokyo ravagé est prétexte à des scènes dessinées d’anthologie : mon traumatisme "Skylab" est définitivement exorcisé !
La conclusion, un poil frustrante mais en même temps très logique, s'envole vers des sphères beaucoup plus éthérées que ne l'avait laissé pressentir l'ensemble du récit, très concret dans son écriture ET scénaristique ET graphique ! Il était en même temps difficile de surenchérir dans le domaine et cette fin "par le biais", plutôt ouverte et positive, apparait comme une bonne option -tout aurait peut-être paru trop lourd sinon ?!
J'avoue n'y être pas retourné depuis longtemps, uniquement à cause des représentations de la ville post-Akira ainsi que des souffrances de Tetsuo -berk !- qui me laissent un poil déprimé, à chaque fois. Mais ce manga est décidément une grande œuvre très complète de divertissement qui, si elle se contente de brasser ensemble une multitude de clichés de Science-Fiction -et même dans le domaine du super-héros !-, le fait avec une maitrise et un jusqu'au boutisme bluffant d'efficacité qui justifient l'entreprise. Presque écrasant d'aboutissements.
Claire Bretécher, le "rayon X" du Neuvième Art. ;)
Quelle jouissance, ces portraits sans concession de toute une génération de la population Française, pleine d'auto-suffisance pour certains mais, surtout, complètement dépassée par la mutation des rythmes du quotidien, bouleversés par cet afflux d'informations culturelles incessant et impossible à assimiler ainsi que par le vertige de nouveautés de cette époque hallucinée de la fin des années soixante-dix.
Pour en avoir été témoin via le quotidien de mes parents et de mes sœurs ainées -toutes deux ont eu un mal fou à s'adapter aux années quatre-vingt, beaucoup moins pailletées !- je ne peux que constater la précision de l'analyse -très spontanée et incroyablement talentueuse- de l'artiste, qui pointe les difficultés réelles que peut éprouver toute une société quand elle subit, sans y être préparée, un conditionnement sociologique qui la pousse à adopter des comportements pas du tout raccords avec ses aspirations naturelles, profondes et légitimes.
Le consumérisme à tout va, la nécessité d'être au courant de tout et n'importe quoi, tout en étant dans l'incapacité de pouvoir réagir, la remise en question de tant de valeurs mais sans aucun recul quant à la validité des révolutions vendues par les médias...
C'est très Parisien et plutôt axé "Bobos", cette catégorie sociale dont je ne savais rien avant la lecture de ces Frustrés, si bien nommés -je suis issu d'un milieu économique plutôt pépère (pour qui sait travailler !) au moment des faits : mon père était artisan maçon dans le Sud-Est- mais il m'était pourtant impossible de ne pas faire le parallèle entre ces intellectuels de gauche de la capitale, incroyablement psychorigides dans leurs points de vue volontairement -et très lâchement !- limités, et ma parenté beaucoup moins "up to date", mais pareillement influencée et détournée de ce qui aurait dû être ses préoccupations les plus basiques/logiques.
Un témoignage éclatant et hilarant -si on apprécie le mix super-personnel de Claire !- d'une époque qui a vu l'adoubement des médias comme seule référence de la réalité, et l'étape la plus décisive dans le formatage d'une grosse frange de la nation, persuadée -enfin, qui continue à se le faire croire...- d'avoir raison sur tout.
Un état de fait toujours et plus que jamais d'actualité. Culte.
Une époque. Je ne donne mon avis que pour ce qui concerne la création originelle des 80's, que j'ai donc eu la chance de découvrir "in situ".
Moebius au service de Jodorowsky... La froideur cristalline des sphères célestes alliée à la chaleureuse dinguerie humaniste du Sud, ça ne pouvait être que détonnant.
Histoire classique de S.F. (humanité en déliquescence et futur en berne), les héros improbables réunis autour du plus nul d'entre les nuls s'embarquent pour une quête mystico-transcendantale grâce -à cause !- d'une entité/concept omniscient : l'Incal. Ils vont d'attentats extra-terrestres en guérillas urbaines, de manipulations politiques en révélations technologiques terrifiantes avant de se retrouver aux commandes du pouvoir suprême, prêts à affronter la Ténèbre, incarnation finale du Mal.
Ça commence comme un Comic super-bien détaillé, avec rebondissements et trouvailles à foison et plein de personnages pittoresques habitant un décor vertigineux de béton et de verre, plus vrai que nature dans sa démesure. Rapidement les apparences éclatent et cet univers de dissimulation, tout en couches superposées, révèle des horizons toujours plus surprenants (le palais présidentiel, tellement Versailles ! La cité Techno et son idéal d'efficacité libérale ou le Centre-Terre et ses contrées de cristaux, superbes !) jusqu'à s'ouvrir sur les étoiles !
On est en pleine aventure enfantine et les deux artistes s'éclatent à mettre en scène un maximum de ce qui les interpelle dans le genre. Les poncifs s'accumulent : Gorgo Le Sale et les Psychorats, les sages à barbiche et même un Goldorak absolument jouissif dans son hystérie destructrice ! La maestria du talent de Moebius tire souvent vers le haut ce délire somme toute très amusant. Les décors, bien sûr ; mais aussi la beauté des visages : Solune et Animah bénéficient d'un traitement de faveur dans pas mal de cases ! Quant à Tête De Chien, il est extrêmement bien dessiné dans ses expressions !
Il y a un pic de créativité au milieu de l'intrigue avant une accélération/simplification vers la fin, avec l'arrivée (un peu tardive et assez incompréhensible sur le moment) d'une autre équipe de "justiciers". Mais le tout est toujours très distrayant et, même si l'affrontement final est un peu frustrant, quoique traité logiquement, on est content que ça s'arrête... Enfin, pas pour tout le monde, à priori : pauvre John ! Mais bien sûr, le pauvre John, c'est nous ! Ah ! Ce Jodo !
Bel exemple -très positif !- de ce que des artistes libérés de toute censure peuvent produire. Les bons, évidemment.
Je note surtout pour les albums que j'ai lu enfant et adolescent -et se situant tous après "L'Île Noire" (très déçu !) et avant (ouf !) "Vol 714 Pour Sydney"- un Tintin assez dénaturé par (peut-être ?) le sujet choisi et, surtout, son traitement outré, tant dans la mise en scène que le dessin. Et je n'ai toujours pas lu "Tintin Au Pays Des Soviets" et "Tintin Et Les Picaros"... ! "Au Pays De L'Or Noir" ne m'avait pas plu, mais je ne me rappelle plus vraiment pourquoi (je ne le possède pas) : peut-être une impression d'artificialité... ?!
Je rejoins l'avis de Benoît Peeters quant à la difficulté d'assimiler les histoires une fois devenu adulte ; même si je pense aussi que le côté désuet du style -tant graphique que scénaristique- bloque aussi un peu pour les Tintin des débuts. J'avais apprécié le côté critique "gentillet" du Wild West dans "Tintin En Amérique", cependant. Mais tout le reste... !
Les contraintes Historiques (la guerre, les changements de format, de rythmes de parution, etc...) ayant obligé Hergé à se dépasser dans la difficulté -comme tout grand artiste qui se respecte- la bande représente toujours ce qui s'est fait de mieux au service de l'Aventure -d'ailleurs, je mets la majuscule !
C'est toujours du non-stop, pour le reporter et son ombre canine -si humaine, dans ses réactions émotives ! Bien sûr Tintin est notre double idéalisé, si transparent au premier abord qu'il n'est pas très difficile de s'approprier son perpétuel enthousiasme adolescent et son inflexible idéalisme moral, bien établi dès le début de la période dont je parle ici.
Et c'est bien là la principale clé du succès : l'action ! Pour notre plus grande joie, on se lance avec eux à la découverte pédestre -mais au pas de course !- de la Syldavie ; on traverse le Sahara avec le plus casse-bonbons, le plus handicapant des comparses -l'amour BDessiné de ma vie ! On traverse les océans pour aller à la découverte d'aérolithes cataclysmiques, de trésors bien cachés, avant un détour par les Andes et, les plus hauts sommets gravis, on ira même jusque sur la Lune ! Ne reste plus qu'à lutter contre l'espionnage, l'esclavagisme moderne puis filer sauver un ami des neiges éternelles et de l'affection trop exclusive de son nounours mythologique (!) avant de revenir se détendre (grand moment !) au château de Moulinsart.
L'efficacité est ici le maitre-mot : clarté des images, pleines d'allant malgré leur froide ligne claire, et lisibilité de l'action, toujours soutenue par des dialogues riches d'informations -et d'humour. Résolument moderne, encore aujourd'hui, et assez étonnamment dynamique.
...Et combien de chouettes personnages ! Les comiques, bien sûr, comme ces deux policiers jumeaux, si réalistes (!), et ce professeur sourdingue illuminé - et les autres exemples de scientifiques fous, Calixte en tête ! Super lucide, le Hergé ! Et encore cette cantatrice égocentrée, cet émir en adoration devant son rejeton infect, et cet insupportable représentant ! Et les adversaires, le traitre calculateur, le(s) couple(s) d'impitoyables gangsters sadiques (le coup de la barbe au-dessus ou au-dessous !) ou ces criminels de guerre, affreux à la démesure... Les running gags avant l'heure : "... Non, ce n'est pas la boucherie Sanzot, ici..." !
Et les plus attachants seconds couteaux du genre : majordome loyal, ami(s) juré(s) du bout du monde, commerçant opiniâtre, Capitaine fidèle, Mitrailleur à bavette converti et ex-Colonel bourru... Et Wolf !
Mais surtout Haddock. Le Capitaine Haddock qui, avec ses failles si humaines, ses indignations viscérales et ses colères explosives a apporté tout ce qui manquait au jeune homme/miroir de ces pages et sans qui, j'en suis persuadé, l'Aventure n'aurait jamais pu être aussi réussie.
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C'est du Bill S., encore plus que du Frank Miller. Pour une fois, c'est directement par le dessin que le sujet est mis en abîme, tant la stylisation des personnages est poussée pour mettre en avant leurs spécificités -caractères et/ou situation dans l'intrigue. Daredevil n'est presque plus qu'une trainée de couleur entre les façades des ruelles, et le Caïd lui-même, énorme et quasi sphérique, va jusqu'à figurer la Lune sur la couverture originale ! Il écrase tout dans les planches où il apparait, faisant de sa femme, Vanessa, une frêle créature dont on a du mal à imaginer l'âge véritable tant le procédé la rajeunit -mais Miller l'avait déjà dépeinte de cette manière dans la série régulière, en complète opposition de ses premières figurations dans celle de Spiderman, où elle accusait une apparence plus mature, et plus en rapport avec l'âge supposé de son mari -ou celui de leur fils. Sinon pour le dilemme personnel qu'affronte le maitre de la pègre New-yorkaise, le scénario un peu léger laisse la part belle aux images ; et Bill Sienkiewicz s'étale -gentiment- sur les cases (à peine dérangées sur ce coup-là !) et nous offre un très joli dépliant touristique de la ville, toute enluminée de néons et de neige. ... Je suis fan alors, bien sûr, je trouve que ça vaut le coup !
Blast
Ce qui est incroyable avec l'art, c'est quand bien même je n'ai rien en commun ni avec l'expérience de l'auteur, ni ses valeurs et probablement son sens moral, on ne peut s'empêcher devant une telle oeuvre d'être saisie par l'insaisissable quand l'auteur y a posé ses tripes et son âme comme cataliseur catharsistique. Mr Larcenet m'a vraiment soufflé en peignant ce récit, et il a réussi à nous partager en fond l'expression de son esprit endommagé par des affres psychiatrique, se traduisant par un récit d'une intensité dramatique effroyable et un univers graphique à l'encre de chine bouleversant. En disant ça on peut s'attendre à ce que le récit soit pénible à suivre, qu'on va souffrir avec les protagonistes et l'auteur, mais non j'ai ressenti presque de la légèreté dans le ton adopté, car le personnage principal n'a pas bien conscience dans quelle folie il évolue. On suit ce marginal malade, qui n'a pas bien conscience de ses actes (en ce sens cela me rappelle le personnage principal de Silent Hill 2 autre chef d'oeuvre sur le thème de la non expiation des horreurs commises, et que cette non acceptation a créé une inconscience post traumatique ici symbolisée par le "Blast"), et finalement on emboite le pas de sa déposition d'un personnage quelque peu simplet, voire enfantin, comme on se promenerait dans une forêt avec son labrador. Avant de comprendre de quel mal est atteint cette grosse carcasse, on lui porte une empathie réelle. C'est aussi ce qui va rendre ce récit presque effrayant, exarcerbé par les hallucinations subies par cet étrange personnage dans une explosion graphique. Il va nous intriguer, nous dégouter et au final nous toucher. Avait-il finalement conscience de ses actes, était il coupable moralement, voilà tout le rôle de la psyché et de son mécanisme difficilement traduisible qui pourra altérer notre vision de ce qu'on jugera du domaine du barbarisme ou du domaine de la névrose incontrôlée. Nous avons encore tant de choses à apprendre sur la psyché humaine. C'est aussi pourquoi les tueurs en série nous subjuguent, car il nous font apprendre beaucoup sur les formes que le conscient et l'inconscient peuvent prendre. Je ne pense pas avoir connu une oeuvre graphique aussi profonde. C'est un chef d'oeuvre, de l'art en barre.
Miracleman
Premier contact avec cette usine à retraitement d'idées, fantasques, irrévérencieuses et souvent très inspirées, qu'est Alan Moore, cet auteur Britannique à la cervelle enfiévrée...! Je n'arrêtais pas de feuilleter la première édition Francophone dans une bouquinerie, et contenant les quatre ou cinq premiers épisodes, si je me souviens bien ?! La couverture me plaisait pas mal mais ces couleurs moches, à l'intérieur, et ces petites cases toutes empoussiérées, du coup ! Bon, un beau jour, je l'ai acheté, puisque j'y revenais sans cesse... Ha ben té ! J'ai bien fait ! Cette relecture du mythe -carrément !- du super-héros est passionnante de bout en bout ; même si les artistes embauchés pour remplacer Gary Leach et Alan Davis (pas mal raccords, d'ailleurs) gâchent un peu-beaucoup l'ensemble -surtout l'épisode consacré à Evelyn Cream... Il y aura par la suite d'autres mauvaises surprises, dans le style ; mais comme seul le premier cycle possède une réelle tension dramatique, ce sera moins dommageable pour le lecteur. Tant pis ! De toutes façons, le concept est trop balaise ! Alan Moore donne la pleine mesure de sa maitrise du sujet dans cette mise en abîme plutôt jusqu'au boutiste du destin probable d'un super-héros, si ce dernier devait voir le jour au sein de notre réalité. Et l'angle scénaristique choisi -la redécouverte de sa propre histoire par le personnage principal, troublé et littéralement "coupé en deux" par le retour de ses souvenirs- donne une saveur automatiquement nostalgique au récit, alors qu'on s'inquiète avec lui des probables causes et conséquences induites par la réalité de ce passé fantastique... Surtout qu'il n'est pas le seul de son espèce ! C'est prodigieusement bien amené -et même très poétique, par moments. Mike Moran est très touchant dans ses désarrois successifs, alors que ses yeux s'ouvrent à la vérité de son histoire ; et le pitch S.F. de la nature de ses pouvoirs est particulièrement original et bien exploité -et encore mieux mis en valeur dans la création de son pendant juvénile. Vraiment du beau boulot. Certains choix sont plus discutables, car ralentissant l'action et diluant la tension, comme l'exploration extra-terrestre des origines des pouvoirs de Miracleman. Cette partie souffre son âge et apparait un peu redondante : elle n'est vraiment pas le sujet du Comic. La conclusion de l'arc, démesurée dans l'horreur, est simplement logique étant donné l'angle choisi dès le départ par l'auteur ; et même la terrible lisibilité du trait de Gary Leach à la peinture de ces dernières images semble justifiée par le propos et la volonté d'absolu de la démonstration. Les suites, pour inventives et -parfois- cocasses qu'elles sont, n'arrivent pas à la hauteur de la tragédie originale, et certaines bonnes idées du concept de Alan Moore sont même un peu gâchées tant il semble y avoir eu précipitation pour les utiliser. Tant pis ! On a quand même droit à quelques envolées graphiques (Alex Ross de passage...) et quelques vertiges quasi d'Anticipation. Une étape décisive dans l'évolution du genre -et même radicale ! À lire.
Top 10
Mais comme c'était chouette ! En fait, le Alan Moore, faut le laisser se lâcher complètement pour qu'il soit réellement efficace. Bon, il n'est pas tout seul aux commandes, mais tout le côté parodique et référentiel vient de lui, je suis sûr : il y en a plein les pages et c'est très rigolo -surtout que ça parasite pas du tout le déroulement des histoires, hein ! C'est jamais que le quotidien d'un commissariat de quartier, après tout. ... Mais quel quartier ! C'est Néopolis ! La ville où tout le monde a des super-pouvoirs... Celui-là de concept gaguesque ! Mais ça marche : le ton sans emphase et les sujets abordés -toujours sous l'angle humain, très MCG de la grande époque- font qu'on accepte le postulat de départ comme allant de soi car, simple décor aux personnages, il met en valeur -et en perspectives acceptables car très intelligemment renouvelées !- des scénarios somme toute très classiques, les mêmes que ceux de n'importe quelle autre série policière de télévision. Bon, il y a quand même un sérieux boulot de création -et parfois de recréation- au niveau des personnages, et les auteurs nous régalent d'un noyau dur de plus d'une douzaine de "super-héros" aux capacités paranormales très originalement mises en valeur (ou en berne ! Pauvre agent McCambridge !) et habilement exploitées dans chaque épisode. Et Gene Ha est juste parfait dans l'équilibre qu'il arrive a créer entre l'incroyable "réalisme" plein de détail de sa ville monstrueusement inhumaine et le rendu très fouillé de ses personnages, qui parviennent à se détacher -et de manière dynamique, encore !- sur le fond miraculeusement pas trop étouffant de toute cette richesse architecturale. L'impression "pâlie" de l'encrage de certains décors aide aussi pas mal. On a le sentiment assez surprenant d'un cadre futuriste pourtant déjà ancien -bien installé, quoi !-, graphiquement parlant ; et ça fonctionne en renforçant encore d'avantage la singularité de l'idée de départ. On s'amuse beaucoup à la lecture des aventures des Top 10 ! Il y a de l'humour -bien sûr !-, une vraie profondeur dans les rapports qu'entretiennent les héros entre eux -et donc de vraies tensions !- et les enquêtes, transfigurées par le contexte, n'en sont que plus passionnantes. Je le mets en coup de coeur car, le trouvant en référence sur le site, c'est exactement ce que j'ai ressenti, à nouveau. Une grande réussite du genre.
Batman - Année Un (Year One)
Batman était ce super-héros, gothique avant l'heure sous les coups de crayon inspirés de Irv Novick, ou quasi cinématographique grâce à la maitrise graphique de Marshall Rogers, et dont je lisais les aventures dans ces si surprenants albums des publications Artima/Arédit, avec leurs curieuses pages alternativement imprimées couleurs et noir et blanc. J'aimais bien le personnage, et bien sûr sa galerie d'ennemis si visuellement réussis -surtout le Jocker par Walt Simonson ! Mais l'approche DC, complètement partiale aux exploits du justicier en costume au détriment des détails de sa vie personnelle, m'empêchait (déjà !) de m'attacher véritablement et, bien que séduit par telle ou telle péripétie, la chauve-souris et ses comparses costumés ne m'ont jamais fidélisé comme ont pu le faire les héros aux âmes autrement tourmentées de la maison d'édition concurrente. Le drame originel de Batman (et encore plus de Superman !), si éloigné de ma réalité, ne pouvait m'apparaitre comme véritablement émouvant. Le grand Len Wein, ayant débarqué avec son habituel savoir-faire, a failli faire pencher la balance tant son travail sur l'entourage de Bruce Wayne a rapidement pris de l'ampleur et de la profondeur : Lucius Fox et ses problèmes familiaux, par exemple... Mais je ne tenais pas les cordons de la bourse, en ce temps-là ! Seul le hasard approvisionnait mes lectures... Il aura fallu des refontes balaises pour m'amener à m'intéresser de nouveau à ce super-héros ; et Year One a, de ce côté-là, été une expérience plus que satisfaisante. D'abord les prises de positions scénaristiques de Frank Miller : l'époque est floue, l'ambiance en demi-teinte. Les personnages sont caractérisés plus par leurs interactions que par leurs choix ; et l'action, classique et illustrant son habituelle obsession -salutaire- de la dénonciation des abus des nantis, s'installe très confortablement, tissant autour des principaux héros une toile de causes et effets au travers desquels ils se définissent magnifiquement une fois la trame définitivement achevée. La relecture est magique de sobriété, pour une fois -et en complète opposition de son travail précédent (néanmoins prodigieusement jouissif !) sur le " Dark Knight ". Bruce Wayne, à peine esquissé -et pour cause-, reflète parfaitement ce qu'il est sensé être : le simple alter-ego civil -et même social- du justicier, dont le véritable visage est ce grotesque masque aux oreilles pointues. Par opposition, l'humanité bouleversante de faiblesses et d'imperfections du Commissaire Gordon et de Selina Kyle -entre autres- est magnifiée et contribue énormément à nourrir le récit sans nuire à l'intrigue ; et le sort des individus ne cesse tout du long de nous importer bien d'avantage que la résolution politique des problèmes de corruption de la ville de Gotham. ... Et puis il y a le dessin ! David Mazzucchelli, avec ce style si personnel et en même temps si "classique", et qui nous apparait si facile (ha ! ha !) tant ses cases, désertées des hachures et autres petits détails habituels sensés enrichir l'image, décrivent l'action en cours avec simplicité (!) et efficacité, laissant la part belle à une colorisation audacieuse, floue et en transparence (Richmond Lewis, très bon choix !). Les deux nous offrent une œuvre véritablement aboutie dont les planches semblent des instantanés d'une autre époque, clichés saisis par l'oeil d'un témoin anonyme et qu'on aurait miraculeusement imprimés. C'est que le dessinateur s'y entend pour suggérer, à peu de frais graphiques -encore une fois en apparence...!- la moindre attitude subtile du visage, le moindre élan dans le mouvement. Et je ne parle même pas de la justesse académique de son art, qualité encore rare à l'époque de la parution. L'encrage volontairement dense souligne sa maitrise et renforce la représentation des sentiments des personnages : l'idylle adultère de Gordon a droit à quelques cases magistrales, dont celle du baiser avec l'inspecteur Essen est un exemple-type, parfaite d'équilibre et de beauté. J'ai beaucoup aimé, donc, ma redécouverte du personnage ; et si les jeunes générations s'intéressent encore au concept complètement fou et fun et riche de possibilités d'exploration de l'âme humaine que constitue le genre des super-héros en collants, Batman : Year One est une des lectures les plus complètes qu'il est possible de trouver sur le détective chauve-souris. Et certainement aussi une des plus belle.
Blake et Mortimer - L'Art de la guerre
Avant tout, je dois dire que je suis, depuis mon enfance, un fan absolu des aventures de Blake et Mortimer. J'ai apprécié certains albums de la période post Jacobs, d'autres beaucoup moins. Étonnamment, j'avais adoré Le Dernier Pharaon, qui explosait les codes de Blake et Mortimer, aussi bien sur le fond que sur la forme (d'ailleurs, je possède trois versions différentes de cet album, l'édition bibliophile, le format à l'italienne, et l'édition noir et blanc, tant cette adaptation m'avait enthousiasmé) Avec ce nouvel album signé Fromental et Bocquet, auteurs du très réussi "Huit heures à Berlin", je ne pouvais que m'attendre à un scénario de qualité, et je n'ai pas été déçu, loin de là. Pourtant, lorsque j'ai ouvert cette bande dessinée, j'ai été très surpris par le dessin de Floc'h, au style très épuré, très simple, voire grossier par rapport à celui de Jacobs ou de ses repreneurs. Son style pique les yeux, à première vue. Nous sommes très loin du souci du détail de Jacobs ou encore des décors fouillés et précis auxquels nous étions habitués, pourtant, la magie Blake et Mortimer opère toujours. Déstabilisant de prime abord, on finit par s'habituer au dessin et aux couleurs de Floc'h au grès de la lecture. Car, c'est avec un plaisir sans limite que j'ai retrouvé nos deux héros british dans un New York où ils pourraient tomber nez à nez avec Mister Kaplan, de "La Mort aux trousses". Avec une mise en page basée sur des grandes cases, les auteurs explosent le canon Jacobien, mais avec une intrigue sur 138 pages, l'un compense l'autre. Le scénario repose sur une enquête sur quelques jours , menée tambour battant et qui ne ménage pas son lot de surprises. Les auteurs renouent ici avec un classicisme qui fait du bien, sur fond d'un New York, que j'ai bien connu. Cette aventure, qui se situe après "La Marque Jaune", est, à l'aulne des événements actuels, d'une cruciale actualité avec le discours du Capitaine Blake à la tribune de l'ONU. Les gardiens du Temple crieront sans doute au scandale avec cette aventure de "Blake et Mortimer à New York", mais pour ma part, j'en recommande vivement la lecture. Je dois préciser que j'ai opté pour l'édition bibliophile, à 6500 exemplaires, pour découvrir cette bande dessinée.
Akira
Mon premier manga en intégralité : ça faisait de la lecture ! Le battage fait autour m'avait mis la puce à l'oreille : mutants ressuscités, pouvoirs mentaux et apocalypse... Je voulais savoir ! Hé ben, on en a eu pour son argent. Katsuhiro Otomo nous offre une saga à l'ambiance bien excitante, illustrée quasi réaliste mais toujours avec ce parti-pris d'exagération dans les expressions des personnages, qui apparait d'autant plus efficace justement à cause de la juxtaposition des deux styles. Personnages d'ailleurs plutôt bien campés, que ce soit dans leurs travers d'adolescents mal barrés et/ou leur rapide maturation quand un but motivant (chacun recherche sa vérité propre) s'impose à leur ennui. Toute la partie pré-apocalypse se lit d'une traite, tant on rebondit de scènes d'actions spectaculaires et haletantes en révélations, à mesure que se définissent les rapports de solidarité et/ou rivalité entre anciens et nouveaux camarades/adversaires. Et l'énormité de ce qui se prépare est suffisamment bien amenée pour que ces (nombreux !) chapitres se justifient, ne serait-ce que par le plaisir véritable qu'on prend à les parcourir. Je ne suis pas du genre à m'extasier sur la maitrise de la représentation de la réalité, en matière de Bande Dessinée ; au contraire, à priori. Mais force est de constater que ces décors aux perspectives géométriques écrasantes de justesse offrent à la moindre manifestation de pouvoirs paranormaux un contraste parfait ; et on anticipe chacune des apparitions de Kiyoko, Takashi, Masaru et, bien évidemment du héros de la tragédie, Tetsuo, avec une excitation qu'il est rare d'éprouver à la lecture de ce genre d'aventure tant le sujet a été essoré. Quel suspense jusqu'à la scène grandiose qui voit le bouleversement total de l'univers des héros, et la redistribution des rôles pour un redémarrage de l'histoire sur les chapeaux de roues ! Bon, la laideur de la survie dans les décombres me séduit moins, même si c'est largement justifié par le contexte et pas trop complaisant -au contraire même : très réaliste, encore une fois. Le développement du caractère de Tetsuo est logique et très bien amené, comme ses relations avec les autres personnages. Et l'intrusion du monde extérieur dans la réalité de ce Nouveau Tokyo ravagé est prétexte à des scènes dessinées d’anthologie : mon traumatisme "Skylab" est définitivement exorcisé ! La conclusion, un poil frustrante mais en même temps très logique, s'envole vers des sphères beaucoup plus éthérées que ne l'avait laissé pressentir l'ensemble du récit, très concret dans son écriture ET scénaristique ET graphique ! Il était en même temps difficile de surenchérir dans le domaine et cette fin "par le biais", plutôt ouverte et positive, apparait comme une bonne option -tout aurait peut-être paru trop lourd sinon ?! J'avoue n'y être pas retourné depuis longtemps, uniquement à cause des représentations de la ville post-Akira ainsi que des souffrances de Tetsuo -berk !- qui me laissent un poil déprimé, à chaque fois. Mais ce manga est décidément une grande œuvre très complète de divertissement qui, si elle se contente de brasser ensemble une multitude de clichés de Science-Fiction -et même dans le domaine du super-héros !-, le fait avec une maitrise et un jusqu'au boutisme bluffant d'efficacité qui justifient l'entreprise. Presque écrasant d'aboutissements.
Les Frustrés
Claire Bretécher, le "rayon X" du Neuvième Art. ;) Quelle jouissance, ces portraits sans concession de toute une génération de la population Française, pleine d'auto-suffisance pour certains mais, surtout, complètement dépassée par la mutation des rythmes du quotidien, bouleversés par cet afflux d'informations culturelles incessant et impossible à assimiler ainsi que par le vertige de nouveautés de cette époque hallucinée de la fin des années soixante-dix. Pour en avoir été témoin via le quotidien de mes parents et de mes sœurs ainées -toutes deux ont eu un mal fou à s'adapter aux années quatre-vingt, beaucoup moins pailletées !- je ne peux que constater la précision de l'analyse -très spontanée et incroyablement talentueuse- de l'artiste, qui pointe les difficultés réelles que peut éprouver toute une société quand elle subit, sans y être préparée, un conditionnement sociologique qui la pousse à adopter des comportements pas du tout raccords avec ses aspirations naturelles, profondes et légitimes. Le consumérisme à tout va, la nécessité d'être au courant de tout et n'importe quoi, tout en étant dans l'incapacité de pouvoir réagir, la remise en question de tant de valeurs mais sans aucun recul quant à la validité des révolutions vendues par les médias... C'est très Parisien et plutôt axé "Bobos", cette catégorie sociale dont je ne savais rien avant la lecture de ces Frustrés, si bien nommés -je suis issu d'un milieu économique plutôt pépère (pour qui sait travailler !) au moment des faits : mon père était artisan maçon dans le Sud-Est- mais il m'était pourtant impossible de ne pas faire le parallèle entre ces intellectuels de gauche de la capitale, incroyablement psychorigides dans leurs points de vue volontairement -et très lâchement !- limités, et ma parenté beaucoup moins "up to date", mais pareillement influencée et détournée de ce qui aurait dû être ses préoccupations les plus basiques/logiques. Un témoignage éclatant et hilarant -si on apprécie le mix super-personnel de Claire !- d'une époque qui a vu l'adoubement des médias comme seule référence de la réalité, et l'étape la plus décisive dans le formatage d'une grosse frange de la nation, persuadée -enfin, qui continue à se le faire croire...- d'avoir raison sur tout. Un état de fait toujours et plus que jamais d'actualité. Culte.
L'Incal
Une époque. Je ne donne mon avis que pour ce qui concerne la création originelle des 80's, que j'ai donc eu la chance de découvrir "in situ". Moebius au service de Jodorowsky... La froideur cristalline des sphères célestes alliée à la chaleureuse dinguerie humaniste du Sud, ça ne pouvait être que détonnant. Histoire classique de S.F. (humanité en déliquescence et futur en berne), les héros improbables réunis autour du plus nul d'entre les nuls s'embarquent pour une quête mystico-transcendantale grâce -à cause !- d'une entité/concept omniscient : l'Incal. Ils vont d'attentats extra-terrestres en guérillas urbaines, de manipulations politiques en révélations technologiques terrifiantes avant de se retrouver aux commandes du pouvoir suprême, prêts à affronter la Ténèbre, incarnation finale du Mal. Ça commence comme un Comic super-bien détaillé, avec rebondissements et trouvailles à foison et plein de personnages pittoresques habitant un décor vertigineux de béton et de verre, plus vrai que nature dans sa démesure. Rapidement les apparences éclatent et cet univers de dissimulation, tout en couches superposées, révèle des horizons toujours plus surprenants (le palais présidentiel, tellement Versailles ! La cité Techno et son idéal d'efficacité libérale ou le Centre-Terre et ses contrées de cristaux, superbes !) jusqu'à s'ouvrir sur les étoiles ! On est en pleine aventure enfantine et les deux artistes s'éclatent à mettre en scène un maximum de ce qui les interpelle dans le genre. Les poncifs s'accumulent : Gorgo Le Sale et les Psychorats, les sages à barbiche et même un Goldorak absolument jouissif dans son hystérie destructrice ! La maestria du talent de Moebius tire souvent vers le haut ce délire somme toute très amusant. Les décors, bien sûr ; mais aussi la beauté des visages : Solune et Animah bénéficient d'un traitement de faveur dans pas mal de cases ! Quant à Tête De Chien, il est extrêmement bien dessiné dans ses expressions ! Il y a un pic de créativité au milieu de l'intrigue avant une accélération/simplification vers la fin, avec l'arrivée (un peu tardive et assez incompréhensible sur le moment) d'une autre équipe de "justiciers". Mais le tout est toujours très distrayant et, même si l'affrontement final est un peu frustrant, quoique traité logiquement, on est content que ça s'arrête... Enfin, pas pour tout le monde, à priori : pauvre John ! Mais bien sûr, le pauvre John, c'est nous ! Ah ! Ce Jodo ! Bel exemple -très positif !- de ce que des artistes libérés de toute censure peuvent produire. Les bons, évidemment.
Les Aventures de Tintin
Je note surtout pour les albums que j'ai lu enfant et adolescent -et se situant tous après "L'Île Noire" (très déçu !) et avant (ouf !) "Vol 714 Pour Sydney"- un Tintin assez dénaturé par (peut-être ?) le sujet choisi et, surtout, son traitement outré, tant dans la mise en scène que le dessin. Et je n'ai toujours pas lu "Tintin Au Pays Des Soviets" et "Tintin Et Les Picaros"... ! "Au Pays De L'Or Noir" ne m'avait pas plu, mais je ne me rappelle plus vraiment pourquoi (je ne le possède pas) : peut-être une impression d'artificialité... ?! Je rejoins l'avis de Benoît Peeters quant à la difficulté d'assimiler les histoires une fois devenu adulte ; même si je pense aussi que le côté désuet du style -tant graphique que scénaristique- bloque aussi un peu pour les Tintin des débuts. J'avais apprécié le côté critique "gentillet" du Wild West dans "Tintin En Amérique", cependant. Mais tout le reste... ! Les contraintes Historiques (la guerre, les changements de format, de rythmes de parution, etc...) ayant obligé Hergé à se dépasser dans la difficulté -comme tout grand artiste qui se respecte- la bande représente toujours ce qui s'est fait de mieux au service de l'Aventure -d'ailleurs, je mets la majuscule ! C'est toujours du non-stop, pour le reporter et son ombre canine -si humaine, dans ses réactions émotives ! Bien sûr Tintin est notre double idéalisé, si transparent au premier abord qu'il n'est pas très difficile de s'approprier son perpétuel enthousiasme adolescent et son inflexible idéalisme moral, bien établi dès le début de la période dont je parle ici. Et c'est bien là la principale clé du succès : l'action ! Pour notre plus grande joie, on se lance avec eux à la découverte pédestre -mais au pas de course !- de la Syldavie ; on traverse le Sahara avec le plus casse-bonbons, le plus handicapant des comparses -l'amour BDessiné de ma vie ! On traverse les océans pour aller à la découverte d'aérolithes cataclysmiques, de trésors bien cachés, avant un détour par les Andes et, les plus hauts sommets gravis, on ira même jusque sur la Lune ! Ne reste plus qu'à lutter contre l'espionnage, l'esclavagisme moderne puis filer sauver un ami des neiges éternelles et de l'affection trop exclusive de son nounours mythologique (!) avant de revenir se détendre (grand moment !) au château de Moulinsart. L'efficacité est ici le maitre-mot : clarté des images, pleines d'allant malgré leur froide ligne claire, et lisibilité de l'action, toujours soutenue par des dialogues riches d'informations -et d'humour. Résolument moderne, encore aujourd'hui, et assez étonnamment dynamique. ...Et combien de chouettes personnages ! Les comiques, bien sûr, comme ces deux policiers jumeaux, si réalistes (!), et ce professeur sourdingue illuminé - et les autres exemples de scientifiques fous, Calixte en tête ! Super lucide, le Hergé ! Et encore cette cantatrice égocentrée, cet émir en adoration devant son rejeton infect, et cet insupportable représentant ! Et les adversaires, le traitre calculateur, le(s) couple(s) d'impitoyables gangsters sadiques (le coup de la barbe au-dessus ou au-dessous !) ou ces criminels de guerre, affreux à la démesure... Les running gags avant l'heure : "... Non, ce n'est pas la boucherie Sanzot, ici..." ! Et les plus attachants seconds couteaux du genre : majordome loyal, ami(s) juré(s) du bout du monde, commerçant opiniâtre, Capitaine fidèle, Mitrailleur à bavette converti et ex-Colonel bourru... Et Wolf ! Mais surtout Haddock. Le Capitaine Haddock qui, avec ses failles si humaines, ses indignations viscérales et ses colères explosives a apporté tout ce qui manquait au jeune homme/miroir de ces pages et sans qui, j'en suis persuadé, l'Aventure n'aurait jamais pu être aussi réussie. Puisqu'ils nous ont fait rire et pleurer, c'est qu'ils étaient pour de vrai, non ?!