Un Comic que je ne possède plus ! À qui donc l'ai-je prêté, celui-là, encore ?!
Je ne me souviens même pas comment il est entré en ma possession, d'ailleurs. Probablement un achat impulsif dans un festival de BD : des avions et une pin-up, ça n'est pas moi, ça, m'enfin ! Mais j'avais déjà vu des images dans "The Comics Journal" ou "Comics Scene" ; et flashé sur le look du casque -et la mise en scène très cinématographique des accroches promotionnelles. Ça a dû être ça, l'argument.
C'est qu'il était drôlement doué, le Dave Stevens. J'aurais bien aimé posséder la moitié de son adresse à manier le crayon et le pinceau : quelle élégance, ce trait...! C'est super propre et incroyablement délié et, fatalement, ça donne un sentiment de facilité d'exécution GNNN ! Ah ! Tu parles ! Et la mise en page, comme un excellent story-board très fouillé mais sans insistance sur les décors : c'est idéalement équilibré. Tu m'étonnes qu'Hollywood ait acheté les droits : C'EST un film, ce Comic. Ils n'ont pas eu à trop se fouler, pour le réaliser : on leur avait déjà mâché tout le travail.
L'histoire est sympa : un hommage plein de clins d’œils (pas des clichés !) à un genre et une époque révolus, avec nobles sentiments et moult rebondissements. Les bons sont gentils et l'ennemi est méchant et Cliff Secord, en anti-héros impétueux, est l'exemple-type du modèle à suivre pour les garçons en devenir, et que l'Amérique va vendre au monde entier après la guerre. Ah, flûte : je me suis manqué, alors... Tant pis !
Un Comic/bijoux d'exécution graphique, mais à lire sans se prendre la tête. Très Américain, ça aussi : un de leurs meilleurs côtés, même.
Fallait avoir du cran -et ce talent-là, tant graphique que littéraire- pour s'attaquer à l'image ridicule et irréelle que les mecs se font du mythe de La Femme sans verser dans le masochisme et la caricature facile. Avec sa lucidité habituelle (déjà!), et cet humour incisif qui, à la lecture des avis qui précèdent, semble encore heurter pas mal de sensibilités (ce qui tendrait à prouver avec quelle précision elle appuie au bon endroit !), Claire Bretécher démolit tous les clichés Historiques accolés, depuis la nuit des temps, à la représentation sociale de la moitié de la population. Images d'Épinal activement entretenues par la vaste majorité de la seconde moitié -bien soutenue par une bonne partie de la première, conditionnée qu'elle est... Je me demande si je suis clair, là...?!
Au volant de son rouleau compresseur, elle dévaste la moindre velléité de ses personnages à vouloir sauver les apparences : traditions, affections, idéaux et inhibitions sociales finissent enterrés sous le poids de leurs hypocrites prétentions et montrent leur vrai visage, plein de l'insoutenable laideur du réalisme ; à l'image de l'atomisation de ce qu'on nous a vendu comme un conte (!) et qui n'est qu'une explication de texte du mécanisme du pouvoir -et de la décadence qui en découle inévitablement.
Cellulite, porte-parole de tout ce qui est vrai dans ce monde et uniquement revêtue de la seule constante de sa personnalité (sa détermination à être prise en compte et respectée en tant qu'être humain au delà de son genre, sa position sociale ou l'illusoire de sa "précieuse" virginité !), s'emploie à démonter les chantages affectifs intéressés de son ignoble géniteur, à mettre à l'épreuve les sentiments de son coup de coeur du moment ; et même à confronter la population à sa propre clownerie (restons polis !).
Grâce à son personnage, Claire Bretécher s'exprime franchement sur tout ce qui la fait suer autour d'elle en s'attaquant directement à la racine du mal -nous TOUS !-, prenant une avance socio-politique manifeste sur l'ensemble de ses petits camarades du moment, vainement occupés à dénoncer la corruption politique à coups d'actualités officielles et de fesses exhibées -le tout complètement suranné aujourd'hui, définitivement inoffensif et donc sans intérêt, du coup. Il y a, à l'époque, une volonté farouche à lui refuser le statut d'artiste à par entière : il faut voir comme le moindre journaleux lui balance son physique remarquable à la gueule à quasi chaque interview ! Elle a abattu un boulot incroyable, depuis ; mais Cellulite est vraiment le début de sa croisade pleine d'esprit contre tout ce qui enferme et étouffe.
Et l'humour, comme d'habitude, est la seule arme efficace -et la plus courageuse. Elle manie sa langue maternelle avec encore plus de dextérité que son pinceau, pourtant doué ! M'enfin, comment peut-on résister à ce genre de vanne : "... SI TU N'AS AUCUNE CONSIDÉRATION POUR MOI, FAIS AU MOINS ATTENTION À MES DÉSHABILLÉS MOUSSEUX !" ?! Moi, ça m'écroule.
Out of respect.
Ah ben vouai : c'est du Alex Ross ! Qu'en dire de plus ?!
Bon, déjà, étant donné le matériel de départ, plein de couleurs il est vrai mais si léger dans son historique -pourtant plus ancien que chez son concurrent !- on peut saluer le scénario de Mark Waid qui est arrivé à mettre en scène avec un début, un milieu et une fin, cette histoire de "remise en ordre" chez les super-héros/dieux des éditions DC.
Et c'était pas gagné. Il est en effet assez difficile de s'intéresser aux destinées de tant de personnages, alors qu'on ne connait vraiment qu'une poignée d'entre eux. Et l'histoire est un peu simpliste dans sa démonstration -en même temps, quand on utilise l'angle religieux pour raconter, c'est difficile de faire autrement... Mais, étant donné le côté mythologique choisi pour nous les dépeindre -sans compter que Alex Ross en rajoute une couche (!) avec l'audace de la composition de ses planches !- c'est probablement le choix le plus logique pour arriver à résumer leur nature et ce qu'ils représentent. Et il nous épargne le classique (sempiternel!) affrontement gratuit entre tel et tel archétype du cheptel costumé : la conclusion est largement argumentée par le déroulement du récit. Chapeau, donc, pour avoir su mettre en valeur, et sans les dénaturer, quelques unes des figures les plus illustres du panthéon concurrent de Marvel : de Superman à Batman, de Wonder-Woman à Captain Marvel, on a l'impression de les avoir quittés la veille tant ils restent fidèles aux modèles originels.
Maintenant, l'Art consommé de Alex Ross (encore plus enthousiaste que d'habitude puisqu'il travaille ici avec les héros préférés de son enfance !) nous laisse béer d'admiration tant la maitrise avec laquelle il figure cette impossible galerie de personnages -les classiques comme les nouveaux venus- est indiscutable d'inspiration, soulignant encore d'avantage la beauté des planches. Les attitudes, les poses, les décors... On pourrait croire qu'on va être blasé, à la longue ; mais force est de constater la véritable passion qu'il voue au médium. Il serait effectivement impossible à un autre artiste, même pareillement accompli, d'offrir un résultat aussi émouvant sans l'ajout manifeste (et inquantifiable) de l'affection de Ross pour son sujet et, à travers elle, le profond respect qui l'anime envers ses prédécesseurs lorsqu'il entreprend de leur rendre hommage.
Du grand Art.
Ceux-là sont arrivés plus tard que leurs homologues compatriotes, au sein de mon panthéon personnel de divinités costumées à adorer... La faute à leurs costumes assortis et un peu tristounets, peut-être ? C'est que mes yeux s'étaient ouverts au genre sur les planches autrement bigarrées des X-Men de Dave Cockrum, alors même que la First Family (gag) du MCG était alors -pour ce qui est de la chronologie des publications dans l'hexagone- livrée aux pinceaux très talentueux mais beaucoup moins "comedia del arte" de John Buscema (encré par le super-sérieux Joe Sinnott, en plus !). Ma fascination d'enfant directement formée (... Déformée ?!) à la dramaturgie spectaculairement graphique des célèbres mutants étant désormais habitée "... d'un besoin dévorant, inaccessible à la compréhension humaine..." comme allait le dire quelqu'un !- ne pouvait plus dès lors se contenter des simples affrontements d'une équipe d'à peine quatre malheureux membres. Peuh ! Et une famille, en plus. Quelle idée ?!
... Oui : quelle idée...
Il faudra à Roy Thomas et Gerry Conway toute leur efficacité légendaire pour parvenir à m'intéresser aux avatars de ces personnages, à la dynamique d'évolution un peu "cernée" par leurs positions respectives au sein de leur bulle familiale. Tout le monde sait combien il est parfois difficile d'être soi-même quand la fonction que nous impose la société ne souffre aucune dérogation ou fantaisie de comportement ; et quelle est la première forme de "société" -infiniment plus contraignante via ses lois souvent non-dîtes et s'imposant par l'affect- à laquelle est confrontée l'individu, sinon sa propre famille ?!
Alors oui : Reed est inévitablement le chef, génie es-tout et n'importe quoi ; et jamais sa place n'est remise en question tant Benjamin, Susan et Johnny sont confinés dans leurs rôles respectifs : faire-valoir comique, fiancée obligatoire et élément adolescent en rapport direct avec l'âge du lectorat. Néanmoins, cette période les verra affronter quelques situations pas mal remuantes, ayant pour conséquence non négligeable l'éclatement du groupe dû, notamment, aux problèmes conjugaux du couple marié, ciment officiel et rationnel de cette équipe de super-héros si singulière. Et le drame qui s'ensuit achève de les séparer (ils y ont été fort, sur ce coup-là, je trouve !) pour mieux les réunir plus tard, mais sans réelle évolution. À peu près au même moment, l'album "Duo Diabolique" m'offre un aperçu assez révélateur de la grande époque des origines mais, bien sûr, mon regard déjà blasé par le trauma chromatique cité plus haut, je délaisse l'objet -qui me semble un peu puéril, n'est-ce pas !- pour me focaliser sur les affres des mutants et autres Peter Parker, autrement plus modernes... Il me faudra quelques années pour enfin assimiler la véritable valeur de la démarche originale de Stan Lee et l'incroyable efficacité du trait de Jack Kirby (!). C'est pas ma faute : on a tout reçu dans le désordre, dans nos régions reculées, m'enfin !!
Et puis débarque John Byrne, affamé de reconnaissance et dévoré d'ambition : il veut carrément égaler le run de Kirby sur le titre ! Il n'y arrivera pas mais, en parvenant -à force d'efforts !- à s'éloigner de la ligne narrative qu'il s'est lui-même imposée (encore une fois un hommage à ses prédécesseurs illustres), il parviendra enfin à transgresser les liens inextricablement figés de l'équipe, nous offrant une relecture passionnante de la bande.
Déjà, il réaffirme la différence d'âge entre Susan et Reed en vieillissant pas mal les traits de ce dernier : Reed redevient le "patriarche" intellectuel, mais avec une douceur de caractère nouvelle et plutôt bienvenue : le Mister Fantastic des Seventies avait un côté "Martin Landau" un poil flippant, quand même... Tout à fait inutilement, Byrne nous donnera, bien plus tard dans la série, une "explication de texte" plutôt lourdingue sur l'essence même de la nature de leur relation amoureuse, très professeur à élève et donc assez déséquilibrée ; ce qui explique plus clairement la fascination (merci Stan, petit coquin !) de la jeune fille des débuts pour le nettement plus racé et stimulant Prince Namor ! Et bien sûr cela fera faire un bond -bienvenu- à leur relation de couple en métamorphosant la fille invisible en femme invisible, dotant Susan d'une personnalité complètement originale de femme au foyer comblée (!), absolument révolutionnaire et transgressive dans cet univers d'avantage peuplé de créatures féminines, fantasmées et fantasmatiques, que de femmes "réelles" -et essentiellement créées par des hommes, de toutes façons ! Ce faisant, il réussit ce que ces prédécesseurs avaient raté : incarner véritablement ce personnage falot qui jamais, sinon à ses heures les plus tragiques, n'avait été aussi profondément vivant. Enfin !
Il retravaille aussi les proportions de tout le monde. Finis les lutteurs bodybuildés : on se souvient tous du dos à la Stallone de Susan sous le pinceau de Buscema ! Déformation Cimmérienne ?! Les Quatre Fantastiques sont désormais les plus Leonardo Da Vinci du MCG, côté mensurations ! Bon, enfin presque : encore en hommage à Kirby, il va rapprocher La Chose de son apparence des débuts : une "chose", donc ! Son personnage préféré aura par contre droit à l'habituel traitement que l'auteur réserve à ses chouchous : plein des malheurs ! Mais sa bonhomie originelle est respectée et mise en valeur : il est véritablement le centre affectif qui les réunit tous. Son remplacement par Miss Hulk, très courageux mais, en même temps, largement plébiscité par les fans (Byrne est si populaire à ce moment-là qu'il peut presque faire tout ce qu'il veut !), aura pourtant un effet amplifiant encore d'avantage l'identité familiale du groupe, par le regard extérieur qu'elle amène sur l'intimité de leur comportement à tous. À un degré moindre, époque oblige, Médusa avait eu le même impact enrichissant -en largement moins fun !
... Et Johnny. En voilà un qu'on a coincé définitivement aux alentours de ses seize ans ! Et si cette nature volontairement adolescente suivait la mode des Fifties-Sixties et peut coller à une certaine forme de jeunesse moderne, comme démontrée assez lucidement dans les deux films principaux -que j'aime plutôt bien : c'est très synthétisé mais sans prétention ; de la BD bien adaptée.- , le personnage a longtemps été très artificiel à mes yeux de gamin des Seventies-Eighties dans ses interactions avec ses proches, obligé de jouer sans cesse le rebelle étourdi et puéril grondé par tout le monde, quand il n'était pas occupé à s'enflammer (facile...) pour telle ou telle poupée de chair improvisée. Même sa relation avec Frankie Raye (what a bitch !) se termine par l'habituel "drame" de la séparation... Alors quelle ne fut pas ma (bonne) surprise quand ce cher John Byrne, dans un de ses sursauts typiques d'inspiration transgressive, lui fit nouer une idylle tout à fait inattendue mais ô combien logique et naturelle dans son installation, avec l'éternelle fiancée de son beau frère : l'artiste aveugle Alicia Masters, alors en célibat forcé dû à la longue absence (un peu culottée, quand même !) volontaire de son cher -sinon tendre ! ARF !- compagnon de longue date.
L'auteur fait coup double avec cette idée prodigieusement intéressante -et courageuse, étant donné l'âge du lectorat Lambda du médium et sa nature plutôt réactionnaire quant aux transformations radicales imposées à ses idoles ! Non content de faire accéder Johnny (enfin !) à la maturité au travers d'une passion qui lui demande bien d'avantage que ses investissements habituels -car, sous la plume de l'auteur, Alicia est d'une autre trempe que la timide et vulnérable promise habituelle : c'est elle qui initie leur histoire !- , il remet en jeu toute l'organisation de la base sacro-sainte du concept même de la série par cette relation amoureuse, absolument scandaleuse dans nos sociétés. C'est le Byrne que je préfère, ça ! Surtout qu'il va jusqu'au bout de la démonstration de manière encore plus provocante -d'un point de vue Américain, incroyablement conservateur quant au respect des institutions !- en faisant accepter par le reste de la famille, et de manière si simple et naturelle, le nouvel ordre établi ; Benjamin ayant donné sa bénédiction, admettant lui-même les limites imposées (par lui, surtout !) de son interminable concubinage avec Alicia. Révolutionnaire - et pas seulement dans l'univers des super-héros.
Hélas ! Toute l'évolution bénéfique qui aurait pu en découler tombe à l'eau quand, après le départ du démiurge -je n'ai jamais rien lu de clair, là dessus ?!-, l'intrigue est atomisée via l'artifice habituel (usurpation d'identité car tromperie métamorphe, bien sûr !) et on retombe dans le train-train habituel des super-héros en manque d'auteurs : de l'action, de l'action, de l'action...
J'ai depuis longtemps lâché prise : mon âge, certainement ; mais aussi les suites, qui n'offrent aucun moment véritablement intéressant. Et même la ré-écriture du titre dans l'univers Ultimate ne m'a pas plus enthousiasmée que ça, sinon pour l'excellent travail de Grant Morrison et Jae Lee (encore lui !) : ce Penseur Fou réinventé, par exemple, est une grande réussite et dans sa recréation, et dans la mise en scène de son apparition.
La persistance de l'unicité de ce groupe de super-héros bien particulier prouve l'intérêt scénaristique de sa création originelle ; mais l'exploitation du concept n'a vraiment été approfondi au delà de la dramaturgie habituelle que par un seul scénariste. On peut être reconnaissant à John Byrne, tout psychorigide qu'il puisse être dans ses prises de positions très discutées (!), d'avoir su avant tout nous offrir une période pleine d'entrain et d'aventures divertissantes, ainsi que de passionnantes intrigues plus personnelles. Sans compter d'incroyables -et encore une fois très inattendues et presque révolutionnaires !- révélations : quelle joyeuse surprise, cette si fameuse Tante Pétunia !
Quelle merveille ce livre!
Commençons par le dessin!
J'aime énormément le travail de Jean Dytar (une bibliographie sans fausse note (Scénario/dessin) et en particulier Florida, un de mes gros coups de coeur de l'année 2018) mais là, waouh, je ne m'attendais pas à pareille claque visuelle !! Un peu dans la même veine que David Vandermeulen pour Fritz Haber.
Que c'est beau et cette idée de découpage des planches qui permet, aidé par les couleurs, de suivre en parallèle et aisément nos trois protagonistes (i.e. Rimbaud, Verlaine et Nouveau) est judicieuse et marche formidablement bien.
Côté scénario, rien à redire, c'est d'une subtilité et finesse sans nom ! On ne présente plus non plus Laurent-Frédéric Bollée et on notera l'apport reconnu de Jean Dytar.
Lire ce récit sur la genèse des Illuminations me donne des envies de (re)lire le(s) livre(s) de Rimbaud, (re)lire les livres de Verlaine et Nouveau, se renseigner sur cette période et ces trois auteurs et finalement, se replonger à nouveau dans cette BD !
Un immanquable de 2023 !
Il y a eu, à un moment donné dans la série originelle, un grand écart -assez séduisant à l'occasion- entre les origines tout ce qu'il y a de "rationnelles" (compte tenu des canons créatifs du MCG, hein !) de Daredevil et l'univers irréel dans lequel il évoluait. Créatures géantes, robots destructeurs, ennemis d'inspiration Fantastique... Malgré la modestie de ses capacités surhumaines (il est moitié dauphin -OUARFF !- et moitié heuu... On va dire super-bien "aligné", au niveau des chakras...!), Matt Murdock, en dehors de ses histoires romantiques ou de son amitié de longue date avec son associé "Foggy" Nelson, n'avait que peu de substance et, hormis son costume entièrement rouge -c'est rare, le monochrome, pour l'époque- il faisait un peu pâle figure (... Je l'ai pas fait exprès, celle-là !) si on le comparait aux canons du genres. Mais ce simple acrobate, donc, rivalisait sans problème avec des menaces quasi cosmique ; c'est dire l'astuce des scénaristes... Il a fallu attendre Frank Miller pour donner un peu plus de corps à sa vie civile -juste un peu : c'est surtout les idylles qui se sont multipliées !- et, surtout, à sa vie super-héroïque, en l'opposant à des menaces mieux calibrées.
Finis les Hiboux d'inspiration Balkaniques, les Pitres délavés (sauf si on ne connait pas le modèle original !), les inventions gouvernementales qui tournent mal -quoique Nuke dans ce recueil-ci et, plus tard, l'agent Hazzard soient tous les deux de sacrés cafouillages ! Mais je parlais des Dreadnoughts (cauchemar phonétique, à l'époque : ça me perturbait comme c'est pas possible, cet embrouillamini de consonnes !) : il me semble bien que Silvermane les avait chouravé au S.H.I.E.L.D. ?! Mais mon point de vue est un poil biaisé : le Gladiateur ou Mister Hyde étaient bien dans les cornes de tête-à-cordes... Ou inversement (!).
Enfin, bref ! Voilà DD aux prises -et en close-combat, encore !- avec des adversaires plus franchement dangereux rien que du fait de leur "normalité" ... Exemple type : le Tireur, sparring-partner un peu faiblard du Tisseur de toiles, qui se voyait propulsé au rang de menace bien réelle face au super-héros aveugle -hou ! Le menteur !- et, surtout, leurs aptitudes réciproques s'opposant miraculeusement bien (l'un ne rate jamais sa cible et l'autre "prévoit" les trajectoires des projectiles ! C'est-y pas une trouvaille, ça ?!), on a eu droit, au fil des pages, à une remise à niveau drastique du justicier ; ce qui allait, et pour assez longtemps, l'insérer concrètement dans un univers beaucoup plus terre-à-terre que précédemment. D'ailleurs même le Caïd, originellement ennemi juré de Spiderman, va définitivement se faire adopter (!) par Miller et trouver sa vraie place et -hou !- sa vraie dimension en face du juriste noctambule (il dors jamais, ce gars-là ?!).
Après le cycle Elektra/Tireur/Caïd, cet album prouve à nouveau le bien fondé de ce choix scénaristique : en faisant évoluer Daredevil au sein d'un quotidien plein de difficultés sociales et/ou économiques, et de dangers beaucoup plus facile à craindre -car la criminalité rampante de nos sociétés corrompues est infiniment plus facile à appréhender pour notre cerveau reptilien qu'un shoot de Galactus dans le Baxter Building- , on lui redécouvre une vraie identité, très singulière au milieu de ses pairs costumés (ce qui n'est pas un mince exploit !) et ses aventures y gagnent inévitablement en intérêt et profondeur.
... C'est un polar, cette histoire ! Frank Miller aligne pas mal de clichés -moi j'aime, quand c'est bien aligné...- et David Mazzucchelli, encore une fois, sublime le tout de ses pinceaux inspirés. Bon : les dernières pages sont moins léchées qu'à l'ordinaire, c'est un peu plus "brouillon"... Peut-être une histoire de délais ?! C'est pas grave : c'est une (autre !) parenthèse très agréable chez les super-héros Marvel.
C'est marrant de penser que des générations qui n'ont jamais croisé les chemins aventureusement désuets de héros presque mythologiques tels le Fantôme (the Phantom) du Bengale ou Doc Savage -l'homme de bronze !-, et même Mandrake, le magicien, peuvent néanmoins, en parcourant les récits "abrégés" de ce Comic Book, expérimenter un peu de la simplicité -pureté ?!- des univers fabuleux dans lesquels ils évoluaient. Moi-même, malgré mon âge (!), et alors que je ne me souvient qu'à peine des exotiques péripéties que j'ai pu lire dans quelques BD de poche miraculeusement tombées du ciel (ou des bouts d'histoires, dans le journal de Tintin !), j'ai pourtant drôlement bien ressenti ce qu'à voulu nous transmettre Alan Moore en nous faisant partager sa nostalgie d'une Ère où tout restait à imaginer, en matière de littérature Fantastique. La science commençait à s'imposer comme LA référence inébranlable de tout ce qui est -jusque dans les domaines variés de la création !- ; et les deux pôles littéraires, en se mêlant gracieusement chez les auteurs les plus avant-gardistes (et les plus talentueux !) allaient nous offrir des œuvres magistrales et visionnaires.
... Il est quand même sacrément culotté de nous priver de ce qui, d'habitude, fait la séduction de l'histoire racontée -son déroulement !- pour ne se concentrer que sur les moments-clé, et nous amener directement aux conclusions de telle ou telle aventure, pour uniquement mettre en avant un aspect de sa réflexion sur cet hommage -du coup très précis !- à ce qu'il a aimé dans ces récits qui ont, vraisemblablement, enrichi son imaginaire à lui, pendant son enfance... J'aurais adoré vivre "en live" les affrontements successifs entre la Strong Family et Modular-Man, par exemple !
Bon, c'est vraiment super-bien fichu. En tous cas les débuts -j'ai un peu perdu pied, par la suite : il semblerait qu'on soit revenu à quelque chose de plus classique -lire "habituel"- , dans la forme... Mais Chris Sprouse est décidément un crack ! Son style, très propre et figuratif, arrive à faire accepter un univers tout de sobriété réaliste dans lequel peuvent évoluer -sans créer d'inconfort visuel !- des personnages aux proportions vraiment "Comicquesques" (!). Sa dextérité à faire exprimer aux héros leurs émotions en quelques traits est un autre aspect de sa virtuosité et, sans imiter personne, il parvient néanmoins à rendre "l'esprit" de ces vieilles bandes ; ne serait-ce que grâce à l'apparente simplicité de son dessin, rejoignant ainsi les intentions de son auteur. Par la suite, les artistes tenteront le même exercice ; mais même l'excellent Arthur Adams, pourtant encore une fois très efficace, ne pourra pas empêcher son graphisme de rendre Tom Strong plus moderne ; et donc moins raccord avec les intentions initiales de Alan Moore.
Des débuts qu'on relit toujours avec grand plaisir -et plein d'espoirs pour la suite !- tant est réussi le mélange. Très bel hommage.
Je ne comprends même pas pourquoi une personne qui n’aime pas les mangas et qui n’a lu que le 1er tome, donne son avis.
Ce manga est génial. Certes, au début il ressemble à bcp d’autres, mais au fil de l’histoire, des intrigues se complexifient. Les personnages évoluent tout au long de l’histoire. Les enjeux changent et évoluent eux aussi. Et ce n’est pas un manga très long, du coup il se lit très bien.
Ceux qui disent qu’on ne différencie pas les persos, ben on ne peut rien pour eux, personnellement, je n’ai jamais eu de mal.
... Je vais faire comme Miss Hulk : "BYRNE ?!" !
Bon, aucune chance qu'il se manifeste ; et puis je connais déjà les réponses à mes questions. Notamment POURQUOI quitter une création complètement personnelle et prodigieusement riche de possibilités pour une stupide histoire "d'échanges" de séries avec d'autres auteurs ?! J'ai cru que j'allais traverser l'Atlantique pour aller lui mettre mon poing sur la figure, pour le coup.
Bon, ses derniers scénarios oscillaient entre gore un peu too much pour le genre Super-Héros (planches censurées par les éditions Lug) et coups de théâtre franchement capillotractés -deux fois de suite ! Mais absolument rien ne justifiait qu'il abandonne ce groupe, à la distribution si bien équilibrée, à la machine à écrire (...!) de Bill Mantlo !
Oui mais voilà : John Byrne est avant tout un fan ! Il semble, du moins à l'époque, avoir un mal fou à s'investir dans quoi que soit d'autre que ces icônes adorées qui ont bercé son enfance, et auxquelles il n'a, depuis lors, cessé de rendre hommage, et ce de manière souvent très inspirée. Sa paternité presque totale du concept de cette équipe de super-héros Canadiens (ils jouent probablement tous au hockey en buvant du sirop d'érable ?!) semble bien être à l'origine de sa désaffection progressive, comme si ce seul fait l'empêchait d'y croire vraiment... C'est fou.
Bon, la mort de James McDonald Hudson et la reprise de son rôle (et de son costume, pour un résultat qui aurait fait frémir d'horreur Dave Cockrum !) au sein du groupe par sa veuve Heather sont de très mauvais choix scénaristiques -énormes et rapides dans le contexte des évènements, et passablement absurdes quant à la personnalité originelle du personnage (très original dans son anticonformisme) ou même de l'impact consécutif sur l'évolution des autres membres de l'équipe. Cette double bourde apparait, à postériori, comme un acte (inconscient ?!) d'auto-sabordage de la part de l'auteur, comme pour justifier son désintérêt croissant pour la série, et son abandon final.
Quel dommage ! Quid des incertitudes de Marina et Walter Langkowski quant à leurs natures inhumaines ? Ou même de la qualité de la relation intime de ce dernier avec Aurora, plutôt originale pour le genre car d'avantage axée "sex-friendly" que romantique ? Et elle même, oubliée en pleine évolution dans sa transition psychologique vers une fusion de ses deux personnalités si disparates (schizophrénie autrement mieux argumentée et justifiée que d'autres exploitations Jekyll/Hyde super-héroïques bien plus artificielles...!). Et le dilemme de Harfang, son incarnation humaine adulte abritant l'âme immortelle d'une déité d'à peine six années terrestres d'existence ?! Les amours contrariées de Eugene -un peu bateau, quand même : je l'aurais mieux vu tourner autour de Jean-Paul ! Quant à l'évidence de la raison de l’asociabilité caractérielle de ce dernier...
Tant pis ! On aura droit à un rouleau compresseur destructeur qui réduira les subtilités de tempérament des personnages à des caricatures grotesques avant d'un peu -vraiment peu !- leur redonner un semblant d'intérêt en les faisant interagir avec de nouveaux membres, certains tout aussi intéressants (Manikin et Persuasion, notamment). Walter Langkowski en fille, c'était pas mal non plus, mais pas exploité du tout ; alors...
J'ai décroché après : trop d'emphase et de lourdeur dans tous les aspects du Comic -sinon dans le dessin ! Ça sonnait très X-Men de l'époque (amphigourique !), comme si ça allait être une garantie de succès. Et même le coming-out de Jean-Paul, complètement redondant quand il arrive finalement, ne fait qu'enfoncer le clou de la médiocrité des choix ayant mené au naufrage.
Un grand regret, sur le moment : John Byrne semblait vraiment bien parti pour faire bouger les choses, pourtant... Il ne se le permettra qu'une fois "independant", malheureusement ; c'est dire comme est rigide sa fidélité à l'esprit Mainstream du genre ! Change pas d'idées facilement, le bougre, d'ailleurs... Suffit de parcourir son site perso : c'est un peu plein de certitudes un peu bloquantes.
On peut se contenter du run original, donc : témoignage encore d'actualité de la valeur de l'exploitation classique et talentueuse du médium.
POSSIBLES SPOILERS
Il n’est sans doute pas utile de faire de la pub pour cette saga de 6 tomes au succès énorme, mais je vais le faire quand même.
C’est ma saga préférée, celle qui m’a fait pleuré à chaudes larmes tout le tome 5 et 6.
je me suis attachée énormément à Riad et à sa maman, au destin de son petit Frère Fadi, et à ce père tellement compliqué, antisémite sexiste nationaliste, mais son père quand même avec des moments touchants entre eux dans les premiers tomes .
Je prête ces tomes à toute ma famille comme si je donnais des nouvelles de gens de notre famille justement, nous n’avons aucun lien avec la Syrie mais cette bd parle à tous les humains
Riad a fait une des œuvres les plus importantes du monde de la bd à mes yeux.
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Rocketeer
Un Comic que je ne possède plus ! À qui donc l'ai-je prêté, celui-là, encore ?! Je ne me souviens même pas comment il est entré en ma possession, d'ailleurs. Probablement un achat impulsif dans un festival de BD : des avions et une pin-up, ça n'est pas moi, ça, m'enfin ! Mais j'avais déjà vu des images dans "The Comics Journal" ou "Comics Scene" ; et flashé sur le look du casque -et la mise en scène très cinématographique des accroches promotionnelles. Ça a dû être ça, l'argument. C'est qu'il était drôlement doué, le Dave Stevens. J'aurais bien aimé posséder la moitié de son adresse à manier le crayon et le pinceau : quelle élégance, ce trait...! C'est super propre et incroyablement délié et, fatalement, ça donne un sentiment de facilité d'exécution GNNN ! Ah ! Tu parles ! Et la mise en page, comme un excellent story-board très fouillé mais sans insistance sur les décors : c'est idéalement équilibré. Tu m'étonnes qu'Hollywood ait acheté les droits : C'EST un film, ce Comic. Ils n'ont pas eu à trop se fouler, pour le réaliser : on leur avait déjà mâché tout le travail. L'histoire est sympa : un hommage plein de clins d’œils (pas des clichés !) à un genre et une époque révolus, avec nobles sentiments et moult rebondissements. Les bons sont gentils et l'ennemi est méchant et Cliff Secord, en anti-héros impétueux, est l'exemple-type du modèle à suivre pour les garçons en devenir, et que l'Amérique va vendre au monde entier après la guerre. Ah, flûte : je me suis manqué, alors... Tant pis ! Un Comic/bijoux d'exécution graphique, mais à lire sans se prendre la tête. Très Américain, ça aussi : un de leurs meilleurs côtés, même.
Cellulite
Fallait avoir du cran -et ce talent-là, tant graphique que littéraire- pour s'attaquer à l'image ridicule et irréelle que les mecs se font du mythe de La Femme sans verser dans le masochisme et la caricature facile. Avec sa lucidité habituelle (déjà!), et cet humour incisif qui, à la lecture des avis qui précèdent, semble encore heurter pas mal de sensibilités (ce qui tendrait à prouver avec quelle précision elle appuie au bon endroit !), Claire Bretécher démolit tous les clichés Historiques accolés, depuis la nuit des temps, à la représentation sociale de la moitié de la population. Images d'Épinal activement entretenues par la vaste majorité de la seconde moitié -bien soutenue par une bonne partie de la première, conditionnée qu'elle est... Je me demande si je suis clair, là...?! Au volant de son rouleau compresseur, elle dévaste la moindre velléité de ses personnages à vouloir sauver les apparences : traditions, affections, idéaux et inhibitions sociales finissent enterrés sous le poids de leurs hypocrites prétentions et montrent leur vrai visage, plein de l'insoutenable laideur du réalisme ; à l'image de l'atomisation de ce qu'on nous a vendu comme un conte (!) et qui n'est qu'une explication de texte du mécanisme du pouvoir -et de la décadence qui en découle inévitablement. Cellulite, porte-parole de tout ce qui est vrai dans ce monde et uniquement revêtue de la seule constante de sa personnalité (sa détermination à être prise en compte et respectée en tant qu'être humain au delà de son genre, sa position sociale ou l'illusoire de sa "précieuse" virginité !), s'emploie à démonter les chantages affectifs intéressés de son ignoble géniteur, à mettre à l'épreuve les sentiments de son coup de coeur du moment ; et même à confronter la population à sa propre clownerie (restons polis !). Grâce à son personnage, Claire Bretécher s'exprime franchement sur tout ce qui la fait suer autour d'elle en s'attaquant directement à la racine du mal -nous TOUS !-, prenant une avance socio-politique manifeste sur l'ensemble de ses petits camarades du moment, vainement occupés à dénoncer la corruption politique à coups d'actualités officielles et de fesses exhibées -le tout complètement suranné aujourd'hui, définitivement inoffensif et donc sans intérêt, du coup. Il y a, à l'époque, une volonté farouche à lui refuser le statut d'artiste à par entière : il faut voir comme le moindre journaleux lui balance son physique remarquable à la gueule à quasi chaque interview ! Elle a abattu un boulot incroyable, depuis ; mais Cellulite est vraiment le début de sa croisade pleine d'esprit contre tout ce qui enferme et étouffe. Et l'humour, comme d'habitude, est la seule arme efficace -et la plus courageuse. Elle manie sa langue maternelle avec encore plus de dextérité que son pinceau, pourtant doué ! M'enfin, comment peut-on résister à ce genre de vanne : "... SI TU N'AS AUCUNE CONSIDÉRATION POUR MOI, FAIS AU MOINS ATTENTION À MES DÉSHABILLÉS MOUSSEUX !" ?! Moi, ça m'écroule. Out of respect.
Kingdom Come
Ah ben vouai : c'est du Alex Ross ! Qu'en dire de plus ?! Bon, déjà, étant donné le matériel de départ, plein de couleurs il est vrai mais si léger dans son historique -pourtant plus ancien que chez son concurrent !- on peut saluer le scénario de Mark Waid qui est arrivé à mettre en scène avec un début, un milieu et une fin, cette histoire de "remise en ordre" chez les super-héros/dieux des éditions DC. Et c'était pas gagné. Il est en effet assez difficile de s'intéresser aux destinées de tant de personnages, alors qu'on ne connait vraiment qu'une poignée d'entre eux. Et l'histoire est un peu simpliste dans sa démonstration -en même temps, quand on utilise l'angle religieux pour raconter, c'est difficile de faire autrement... Mais, étant donné le côté mythologique choisi pour nous les dépeindre -sans compter que Alex Ross en rajoute une couche (!) avec l'audace de la composition de ses planches !- c'est probablement le choix le plus logique pour arriver à résumer leur nature et ce qu'ils représentent. Et il nous épargne le classique (sempiternel!) affrontement gratuit entre tel et tel archétype du cheptel costumé : la conclusion est largement argumentée par le déroulement du récit. Chapeau, donc, pour avoir su mettre en valeur, et sans les dénaturer, quelques unes des figures les plus illustres du panthéon concurrent de Marvel : de Superman à Batman, de Wonder-Woman à Captain Marvel, on a l'impression de les avoir quittés la veille tant ils restent fidèles aux modèles originels. Maintenant, l'Art consommé de Alex Ross (encore plus enthousiaste que d'habitude puisqu'il travaille ici avec les héros préférés de son enfance !) nous laisse béer d'admiration tant la maitrise avec laquelle il figure cette impossible galerie de personnages -les classiques comme les nouveaux venus- est indiscutable d'inspiration, soulignant encore d'avantage la beauté des planches. Les attitudes, les poses, les décors... On pourrait croire qu'on va être blasé, à la longue ; mais force est de constater la véritable passion qu'il voue au médium. Il serait effectivement impossible à un autre artiste, même pareillement accompli, d'offrir un résultat aussi émouvant sans l'ajout manifeste (et inquantifiable) de l'affection de Ross pour son sujet et, à travers elle, le profond respect qui l'anime envers ses prédécesseurs lorsqu'il entreprend de leur rendre hommage. Du grand Art.
Fantastic Four - L'intégrale
Ceux-là sont arrivés plus tard que leurs homologues compatriotes, au sein de mon panthéon personnel de divinités costumées à adorer... La faute à leurs costumes assortis et un peu tristounets, peut-être ? C'est que mes yeux s'étaient ouverts au genre sur les planches autrement bigarrées des X-Men de Dave Cockrum, alors même que la First Family (gag) du MCG était alors -pour ce qui est de la chronologie des publications dans l'hexagone- livrée aux pinceaux très talentueux mais beaucoup moins "comedia del arte" de John Buscema (encré par le super-sérieux Joe Sinnott, en plus !). Ma fascination d'enfant directement formée (... Déformée ?!) à la dramaturgie spectaculairement graphique des célèbres mutants étant désormais habitée "... d'un besoin dévorant, inaccessible à la compréhension humaine..." comme allait le dire quelqu'un !- ne pouvait plus dès lors se contenter des simples affrontements d'une équipe d'à peine quatre malheureux membres. Peuh ! Et une famille, en plus. Quelle idée ?! ... Oui : quelle idée... Il faudra à Roy Thomas et Gerry Conway toute leur efficacité légendaire pour parvenir à m'intéresser aux avatars de ces personnages, à la dynamique d'évolution un peu "cernée" par leurs positions respectives au sein de leur bulle familiale. Tout le monde sait combien il est parfois difficile d'être soi-même quand la fonction que nous impose la société ne souffre aucune dérogation ou fantaisie de comportement ; et quelle est la première forme de "société" -infiniment plus contraignante via ses lois souvent non-dîtes et s'imposant par l'affect- à laquelle est confrontée l'individu, sinon sa propre famille ?! Alors oui : Reed est inévitablement le chef, génie es-tout et n'importe quoi ; et jamais sa place n'est remise en question tant Benjamin, Susan et Johnny sont confinés dans leurs rôles respectifs : faire-valoir comique, fiancée obligatoire et élément adolescent en rapport direct avec l'âge du lectorat. Néanmoins, cette période les verra affronter quelques situations pas mal remuantes, ayant pour conséquence non négligeable l'éclatement du groupe dû, notamment, aux problèmes conjugaux du couple marié, ciment officiel et rationnel de cette équipe de super-héros si singulière. Et le drame qui s'ensuit achève de les séparer (ils y ont été fort, sur ce coup-là, je trouve !) pour mieux les réunir plus tard, mais sans réelle évolution. À peu près au même moment, l'album "Duo Diabolique" m'offre un aperçu assez révélateur de la grande époque des origines mais, bien sûr, mon regard déjà blasé par le trauma chromatique cité plus haut, je délaisse l'objet -qui me semble un peu puéril, n'est-ce pas !- pour me focaliser sur les affres des mutants et autres Peter Parker, autrement plus modernes... Il me faudra quelques années pour enfin assimiler la véritable valeur de la démarche originale de Stan Lee et l'incroyable efficacité du trait de Jack Kirby (!). C'est pas ma faute : on a tout reçu dans le désordre, dans nos régions reculées, m'enfin !! Et puis débarque John Byrne, affamé de reconnaissance et dévoré d'ambition : il veut carrément égaler le run de Kirby sur le titre ! Il n'y arrivera pas mais, en parvenant -à force d'efforts !- à s'éloigner de la ligne narrative qu'il s'est lui-même imposée (encore une fois un hommage à ses prédécesseurs illustres), il parviendra enfin à transgresser les liens inextricablement figés de l'équipe, nous offrant une relecture passionnante de la bande. Déjà, il réaffirme la différence d'âge entre Susan et Reed en vieillissant pas mal les traits de ce dernier : Reed redevient le "patriarche" intellectuel, mais avec une douceur de caractère nouvelle et plutôt bienvenue : le Mister Fantastic des Seventies avait un côté "Martin Landau" un poil flippant, quand même... Tout à fait inutilement, Byrne nous donnera, bien plus tard dans la série, une "explication de texte" plutôt lourdingue sur l'essence même de la nature de leur relation amoureuse, très professeur à élève et donc assez déséquilibrée ; ce qui explique plus clairement la fascination (merci Stan, petit coquin !) de la jeune fille des débuts pour le nettement plus racé et stimulant Prince Namor ! Et bien sûr cela fera faire un bond -bienvenu- à leur relation de couple en métamorphosant la fille invisible en femme invisible, dotant Susan d'une personnalité complètement originale de femme au foyer comblée (!), absolument révolutionnaire et transgressive dans cet univers d'avantage peuplé de créatures féminines, fantasmées et fantasmatiques, que de femmes "réelles" -et essentiellement créées par des hommes, de toutes façons ! Ce faisant, il réussit ce que ces prédécesseurs avaient raté : incarner véritablement ce personnage falot qui jamais, sinon à ses heures les plus tragiques, n'avait été aussi profondément vivant. Enfin ! Il retravaille aussi les proportions de tout le monde. Finis les lutteurs bodybuildés : on se souvient tous du dos à la Stallone de Susan sous le pinceau de Buscema ! Déformation Cimmérienne ?! Les Quatre Fantastiques sont désormais les plus Leonardo Da Vinci du MCG, côté mensurations ! Bon, enfin presque : encore en hommage à Kirby, il va rapprocher La Chose de son apparence des débuts : une "chose", donc ! Son personnage préféré aura par contre droit à l'habituel traitement que l'auteur réserve à ses chouchous : plein des malheurs ! Mais sa bonhomie originelle est respectée et mise en valeur : il est véritablement le centre affectif qui les réunit tous. Son remplacement par Miss Hulk, très courageux mais, en même temps, largement plébiscité par les fans (Byrne est si populaire à ce moment-là qu'il peut presque faire tout ce qu'il veut !), aura pourtant un effet amplifiant encore d'avantage l'identité familiale du groupe, par le regard extérieur qu'elle amène sur l'intimité de leur comportement à tous. À un degré moindre, époque oblige, Médusa avait eu le même impact enrichissant -en largement moins fun ! ... Et Johnny. En voilà un qu'on a coincé définitivement aux alentours de ses seize ans ! Et si cette nature volontairement adolescente suivait la mode des Fifties-Sixties et peut coller à une certaine forme de jeunesse moderne, comme démontrée assez lucidement dans les deux films principaux -que j'aime plutôt bien : c'est très synthétisé mais sans prétention ; de la BD bien adaptée.- , le personnage a longtemps été très artificiel à mes yeux de gamin des Seventies-Eighties dans ses interactions avec ses proches, obligé de jouer sans cesse le rebelle étourdi et puéril grondé par tout le monde, quand il n'était pas occupé à s'enflammer (facile...) pour telle ou telle poupée de chair improvisée. Même sa relation avec Frankie Raye (what a bitch !) se termine par l'habituel "drame" de la séparation... Alors quelle ne fut pas ma (bonne) surprise quand ce cher John Byrne, dans un de ses sursauts typiques d'inspiration transgressive, lui fit nouer une idylle tout à fait inattendue mais ô combien logique et naturelle dans son installation, avec l'éternelle fiancée de son beau frère : l'artiste aveugle Alicia Masters, alors en célibat forcé dû à la longue absence (un peu culottée, quand même !) volontaire de son cher -sinon tendre ! ARF !- compagnon de longue date. L'auteur fait coup double avec cette idée prodigieusement intéressante -et courageuse, étant donné l'âge du lectorat Lambda du médium et sa nature plutôt réactionnaire quant aux transformations radicales imposées à ses idoles ! Non content de faire accéder Johnny (enfin !) à la maturité au travers d'une passion qui lui demande bien d'avantage que ses investissements habituels -car, sous la plume de l'auteur, Alicia est d'une autre trempe que la timide et vulnérable promise habituelle : c'est elle qui initie leur histoire !- , il remet en jeu toute l'organisation de la base sacro-sainte du concept même de la série par cette relation amoureuse, absolument scandaleuse dans nos sociétés. C'est le Byrne que je préfère, ça ! Surtout qu'il va jusqu'au bout de la démonstration de manière encore plus provocante -d'un point de vue Américain, incroyablement conservateur quant au respect des institutions !- en faisant accepter par le reste de la famille, et de manière si simple et naturelle, le nouvel ordre établi ; Benjamin ayant donné sa bénédiction, admettant lui-même les limites imposées (par lui, surtout !) de son interminable concubinage avec Alicia. Révolutionnaire - et pas seulement dans l'univers des super-héros. Hélas ! Toute l'évolution bénéfique qui aurait pu en découler tombe à l'eau quand, après le départ du démiurge -je n'ai jamais rien lu de clair, là dessus ?!-, l'intrigue est atomisée via l'artifice habituel (usurpation d'identité car tromperie métamorphe, bien sûr !) et on retombe dans le train-train habituel des super-héros en manque d'auteurs : de l'action, de l'action, de l'action... J'ai depuis longtemps lâché prise : mon âge, certainement ; mais aussi les suites, qui n'offrent aucun moment véritablement intéressant. Et même la ré-écriture du titre dans l'univers Ultimate ne m'a pas plus enthousiasmée que ça, sinon pour l'excellent travail de Grant Morrison et Jae Lee (encore lui !) : ce Penseur Fou réinventé, par exemple, est une grande réussite et dans sa recréation, et dans la mise en scène de son apparition. La persistance de l'unicité de ce groupe de super-héros bien particulier prouve l'intérêt scénaristique de sa création originelle ; mais l'exploitation du concept n'a vraiment été approfondi au delà de la dramaturgie habituelle que par un seul scénariste. On peut être reconnaissant à John Byrne, tout psychorigide qu'il puisse être dans ses prises de positions très discutées (!), d'avoir su avant tout nous offrir une période pleine d'entrain et d'aventures divertissantes, ainsi que de passionnantes intrigues plus personnelles. Sans compter d'incroyables -et encore une fois très inattendues et presque révolutionnaires !- révélations : quelle joyeuse surprise, cette si fameuse Tante Pétunia !
Les Illuminés
Quelle merveille ce livre! Commençons par le dessin! J'aime énormément le travail de Jean Dytar (une bibliographie sans fausse note (Scénario/dessin) et en particulier Florida, un de mes gros coups de coeur de l'année 2018) mais là, waouh, je ne m'attendais pas à pareille claque visuelle !! Un peu dans la même veine que David Vandermeulen pour Fritz Haber. Que c'est beau et cette idée de découpage des planches qui permet, aidé par les couleurs, de suivre en parallèle et aisément nos trois protagonistes (i.e. Rimbaud, Verlaine et Nouveau) est judicieuse et marche formidablement bien. Côté scénario, rien à redire, c'est d'une subtilité et finesse sans nom ! On ne présente plus non plus Laurent-Frédéric Bollée et on notera l'apport reconnu de Jean Dytar. Lire ce récit sur la genèse des Illuminations me donne des envies de (re)lire le(s) livre(s) de Rimbaud, (re)lire les livres de Verlaine et Nouveau, se renseigner sur cette période et ces trois auteurs et finalement, se replonger à nouveau dans cette BD ! Un immanquable de 2023 !
Daredevil - Renaissance (Justice aveugle)
Il y a eu, à un moment donné dans la série originelle, un grand écart -assez séduisant à l'occasion- entre les origines tout ce qu'il y a de "rationnelles" (compte tenu des canons créatifs du MCG, hein !) de Daredevil et l'univers irréel dans lequel il évoluait. Créatures géantes, robots destructeurs, ennemis d'inspiration Fantastique... Malgré la modestie de ses capacités surhumaines (il est moitié dauphin -OUARFF !- et moitié heuu... On va dire super-bien "aligné", au niveau des chakras...!), Matt Murdock, en dehors de ses histoires romantiques ou de son amitié de longue date avec son associé "Foggy" Nelson, n'avait que peu de substance et, hormis son costume entièrement rouge -c'est rare, le monochrome, pour l'époque- il faisait un peu pâle figure (... Je l'ai pas fait exprès, celle-là !) si on le comparait aux canons du genres. Mais ce simple acrobate, donc, rivalisait sans problème avec des menaces quasi cosmique ; c'est dire l'astuce des scénaristes... Il a fallu attendre Frank Miller pour donner un peu plus de corps à sa vie civile -juste un peu : c'est surtout les idylles qui se sont multipliées !- et, surtout, à sa vie super-héroïque, en l'opposant à des menaces mieux calibrées. Finis les Hiboux d'inspiration Balkaniques, les Pitres délavés (sauf si on ne connait pas le modèle original !), les inventions gouvernementales qui tournent mal -quoique Nuke dans ce recueil-ci et, plus tard, l'agent Hazzard soient tous les deux de sacrés cafouillages ! Mais je parlais des Dreadnoughts (cauchemar phonétique, à l'époque : ça me perturbait comme c'est pas possible, cet embrouillamini de consonnes !) : il me semble bien que Silvermane les avait chouravé au S.H.I.E.L.D. ?! Mais mon point de vue est un poil biaisé : le Gladiateur ou Mister Hyde étaient bien dans les cornes de tête-à-cordes... Ou inversement (!). Enfin, bref ! Voilà DD aux prises -et en close-combat, encore !- avec des adversaires plus franchement dangereux rien que du fait de leur "normalité" ... Exemple type : le Tireur, sparring-partner un peu faiblard du Tisseur de toiles, qui se voyait propulsé au rang de menace bien réelle face au super-héros aveugle -hou ! Le menteur !- et, surtout, leurs aptitudes réciproques s'opposant miraculeusement bien (l'un ne rate jamais sa cible et l'autre "prévoit" les trajectoires des projectiles ! C'est-y pas une trouvaille, ça ?!), on a eu droit, au fil des pages, à une remise à niveau drastique du justicier ; ce qui allait, et pour assez longtemps, l'insérer concrètement dans un univers beaucoup plus terre-à-terre que précédemment. D'ailleurs même le Caïd, originellement ennemi juré de Spiderman, va définitivement se faire adopter (!) par Miller et trouver sa vraie place et -hou !- sa vraie dimension en face du juriste noctambule (il dors jamais, ce gars-là ?!). Après le cycle Elektra/Tireur/Caïd, cet album prouve à nouveau le bien fondé de ce choix scénaristique : en faisant évoluer Daredevil au sein d'un quotidien plein de difficultés sociales et/ou économiques, et de dangers beaucoup plus facile à craindre -car la criminalité rampante de nos sociétés corrompues est infiniment plus facile à appréhender pour notre cerveau reptilien qu'un shoot de Galactus dans le Baxter Building- , on lui redécouvre une vraie identité, très singulière au milieu de ses pairs costumés (ce qui n'est pas un mince exploit !) et ses aventures y gagnent inévitablement en intérêt et profondeur. ... C'est un polar, cette histoire ! Frank Miller aligne pas mal de clichés -moi j'aime, quand c'est bien aligné...- et David Mazzucchelli, encore une fois, sublime le tout de ses pinceaux inspirés. Bon : les dernières pages sont moins léchées qu'à l'ordinaire, c'est un peu plus "brouillon"... Peut-être une histoire de délais ?! C'est pas grave : c'est une (autre !) parenthèse très agréable chez les super-héros Marvel.
Tom Strong
C'est marrant de penser que des générations qui n'ont jamais croisé les chemins aventureusement désuets de héros presque mythologiques tels le Fantôme (the Phantom) du Bengale ou Doc Savage -l'homme de bronze !-, et même Mandrake, le magicien, peuvent néanmoins, en parcourant les récits "abrégés" de ce Comic Book, expérimenter un peu de la simplicité -pureté ?!- des univers fabuleux dans lesquels ils évoluaient. Moi-même, malgré mon âge (!), et alors que je ne me souvient qu'à peine des exotiques péripéties que j'ai pu lire dans quelques BD de poche miraculeusement tombées du ciel (ou des bouts d'histoires, dans le journal de Tintin !), j'ai pourtant drôlement bien ressenti ce qu'à voulu nous transmettre Alan Moore en nous faisant partager sa nostalgie d'une Ère où tout restait à imaginer, en matière de littérature Fantastique. La science commençait à s'imposer comme LA référence inébranlable de tout ce qui est -jusque dans les domaines variés de la création !- ; et les deux pôles littéraires, en se mêlant gracieusement chez les auteurs les plus avant-gardistes (et les plus talentueux !) allaient nous offrir des œuvres magistrales et visionnaires. ... Il est quand même sacrément culotté de nous priver de ce qui, d'habitude, fait la séduction de l'histoire racontée -son déroulement !- pour ne se concentrer que sur les moments-clé, et nous amener directement aux conclusions de telle ou telle aventure, pour uniquement mettre en avant un aspect de sa réflexion sur cet hommage -du coup très précis !- à ce qu'il a aimé dans ces récits qui ont, vraisemblablement, enrichi son imaginaire à lui, pendant son enfance... J'aurais adoré vivre "en live" les affrontements successifs entre la Strong Family et Modular-Man, par exemple ! Bon, c'est vraiment super-bien fichu. En tous cas les débuts -j'ai un peu perdu pied, par la suite : il semblerait qu'on soit revenu à quelque chose de plus classique -lire "habituel"- , dans la forme... Mais Chris Sprouse est décidément un crack ! Son style, très propre et figuratif, arrive à faire accepter un univers tout de sobriété réaliste dans lequel peuvent évoluer -sans créer d'inconfort visuel !- des personnages aux proportions vraiment "Comicquesques" (!). Sa dextérité à faire exprimer aux héros leurs émotions en quelques traits est un autre aspect de sa virtuosité et, sans imiter personne, il parvient néanmoins à rendre "l'esprit" de ces vieilles bandes ; ne serait-ce que grâce à l'apparente simplicité de son dessin, rejoignant ainsi les intentions de son auteur. Par la suite, les artistes tenteront le même exercice ; mais même l'excellent Arthur Adams, pourtant encore une fois très efficace, ne pourra pas empêcher son graphisme de rendre Tom Strong plus moderne ; et donc moins raccord avec les intentions initiales de Alan Moore. Des débuts qu'on relit toujours avec grand plaisir -et plein d'espoirs pour la suite !- tant est réussi le mélange. Très bel hommage.
Ares - The Vagrant Soldier
Je ne comprends même pas pourquoi une personne qui n’aime pas les mangas et qui n’a lu que le 1er tome, donne son avis. Ce manga est génial. Certes, au début il ressemble à bcp d’autres, mais au fil de l’histoire, des intrigues se complexifient. Les personnages évoluent tout au long de l’histoire. Les enjeux changent et évoluent eux aussi. Et ce n’est pas un manga très long, du coup il se lit très bien. Ceux qui disent qu’on ne différencie pas les persos, ben on ne peut rien pour eux, personnellement, je n’ai jamais eu de mal.
Alpha Flight - L'intégrale
... Je vais faire comme Miss Hulk : "BYRNE ?!" ! Bon, aucune chance qu'il se manifeste ; et puis je connais déjà les réponses à mes questions. Notamment POURQUOI quitter une création complètement personnelle et prodigieusement riche de possibilités pour une stupide histoire "d'échanges" de séries avec d'autres auteurs ?! J'ai cru que j'allais traverser l'Atlantique pour aller lui mettre mon poing sur la figure, pour le coup. Bon, ses derniers scénarios oscillaient entre gore un peu too much pour le genre Super-Héros (planches censurées par les éditions Lug) et coups de théâtre franchement capillotractés -deux fois de suite ! Mais absolument rien ne justifiait qu'il abandonne ce groupe, à la distribution si bien équilibrée, à la machine à écrire (...!) de Bill Mantlo ! Oui mais voilà : John Byrne est avant tout un fan ! Il semble, du moins à l'époque, avoir un mal fou à s'investir dans quoi que soit d'autre que ces icônes adorées qui ont bercé son enfance, et auxquelles il n'a, depuis lors, cessé de rendre hommage, et ce de manière souvent très inspirée. Sa paternité presque totale du concept de cette équipe de super-héros Canadiens (ils jouent probablement tous au hockey en buvant du sirop d'érable ?!) semble bien être à l'origine de sa désaffection progressive, comme si ce seul fait l'empêchait d'y croire vraiment... C'est fou. Bon, la mort de James McDonald Hudson et la reprise de son rôle (et de son costume, pour un résultat qui aurait fait frémir d'horreur Dave Cockrum !) au sein du groupe par sa veuve Heather sont de très mauvais choix scénaristiques -énormes et rapides dans le contexte des évènements, et passablement absurdes quant à la personnalité originelle du personnage (très original dans son anticonformisme) ou même de l'impact consécutif sur l'évolution des autres membres de l'équipe. Cette double bourde apparait, à postériori, comme un acte (inconscient ?!) d'auto-sabordage de la part de l'auteur, comme pour justifier son désintérêt croissant pour la série, et son abandon final. Quel dommage ! Quid des incertitudes de Marina et Walter Langkowski quant à leurs natures inhumaines ? Ou même de la qualité de la relation intime de ce dernier avec Aurora, plutôt originale pour le genre car d'avantage axée "sex-friendly" que romantique ? Et elle même, oubliée en pleine évolution dans sa transition psychologique vers une fusion de ses deux personnalités si disparates (schizophrénie autrement mieux argumentée et justifiée que d'autres exploitations Jekyll/Hyde super-héroïques bien plus artificielles...!). Et le dilemme de Harfang, son incarnation humaine adulte abritant l'âme immortelle d'une déité d'à peine six années terrestres d'existence ?! Les amours contrariées de Eugene -un peu bateau, quand même : je l'aurais mieux vu tourner autour de Jean-Paul ! Quant à l'évidence de la raison de l’asociabilité caractérielle de ce dernier... Tant pis ! On aura droit à un rouleau compresseur destructeur qui réduira les subtilités de tempérament des personnages à des caricatures grotesques avant d'un peu -vraiment peu !- leur redonner un semblant d'intérêt en les faisant interagir avec de nouveaux membres, certains tout aussi intéressants (Manikin et Persuasion, notamment). Walter Langkowski en fille, c'était pas mal non plus, mais pas exploité du tout ; alors... J'ai décroché après : trop d'emphase et de lourdeur dans tous les aspects du Comic -sinon dans le dessin ! Ça sonnait très X-Men de l'époque (amphigourique !), comme si ça allait être une garantie de succès. Et même le coming-out de Jean-Paul, complètement redondant quand il arrive finalement, ne fait qu'enfoncer le clou de la médiocrité des choix ayant mené au naufrage. Un grand regret, sur le moment : John Byrne semblait vraiment bien parti pour faire bouger les choses, pourtant... Il ne se le permettra qu'une fois "independant", malheureusement ; c'est dire comme est rigide sa fidélité à l'esprit Mainstream du genre ! Change pas d'idées facilement, le bougre, d'ailleurs... Suffit de parcourir son site perso : c'est un peu plein de certitudes un peu bloquantes. On peut se contenter du run original, donc : témoignage encore d'actualité de la valeur de l'exploitation classique et talentueuse du médium.
L'Arabe du futur
POSSIBLES SPOILERS Il n’est sans doute pas utile de faire de la pub pour cette saga de 6 tomes au succès énorme, mais je vais le faire quand même. C’est ma saga préférée, celle qui m’a fait pleuré à chaudes larmes tout le tome 5 et 6. je me suis attachée énormément à Riad et à sa maman, au destin de son petit Frère Fadi, et à ce père tellement compliqué, antisémite sexiste nationaliste, mais son père quand même avec des moments touchants entre eux dans les premiers tomes . Je prête ces tomes à toute ma famille comme si je donnais des nouvelles de gens de notre famille justement, nous n’avons aucun lien avec la Syrie mais cette bd parle à tous les humains Riad a fait une des œuvres les plus importantes du monde de la bd à mes yeux.