Les derniers avis (7517 avis)

Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Cigarettes - Le Dossier sans filtre

Merci Gruizzli ! C'est lui qui m'a motivé pour laisser mon avis sur cette BD pourtant lue à sa sortie mais que j'avais un peu oubliée, sans doute parce qu'à l'époque, elle m'avait plongé dans un mal-être certain, comme face un miroir après un soir de bringue. Moi qui alors fumais des clopes roulées, j'avais soudain abandonné les filtres histoire de soulager (un peu) ma mauvaise conscience. C'était déjà ça. Comme lui, je pense qu'on pourra pinailler sur le dessin ou sur tous ces attributs normalement intrinsèquement portés par le 9e Art, ce n'est ici pas le propos. Certes, le dessin est plus que correct. Les choix de colorisation peuvent laisser dubitatif. Qu'importe ! Ici, plus que dans toute autre BD doc lue jusque là, c'est véritablement l'information qui est au centre, et force est de constater que ça mitraille sec. Cette BD est en outre très habile : elle est construite comme une visite touristique, et notre tour-operator est un serviteur maléfique des cigarettiers au ton cynique. Ca fait son effet ! Je souscris complètement à son avis. C'est une BD puissante sur cette question de la tabagie. Les auteurs balancent une tonne et demi d'informations qui sont comme autant de coups de poings dans la g%*µ£$@. Quand on est/a été fumeur comme moi, on se sent soudain complètement à la merci des vendeurs de cancer. On se sent petit, lâche, dépossédé de son libre arbitre, esclave d'une propagande dont on n'avait jusqu'alors pas réalisé toute la portée. Par l'intermédiaire des lobbys, la manipulation est injectée partout, tout le temps, y compris et surtout à des endroits que l'on ne soupçonnait pas, par exemple dans l'industrie cinématographique ! Aujourd'hui, ça me saute aux yeux. Le dernier exemple en date, c'était Le Règne Animal, excellent film où pourtant le tabac est présenté dès la scène d'ouverture comme la marque de la rébellion et de la pensée divergente. On y voit Romain Duris expliquer à son fils qu'il faut penser en dehors du cadre tout en s'allumant une cigarette... Bref ! Une BD qui vaut (largement et essentiellement) pour l'information qu'elle transmet, et pour la manière dont elle le fait. Ca ne laissera aucun fumeur indifférent ; si vous pensez "qu'on se fait bien niquer la gueule" par le système, c'est que vous ne le pensez pas assez fort !

21/11/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Cigarettes - Le Dossier sans filtre

Wou. Putain ... Wouah ! Voila le ressenti final de ma lecture (comptez cinq-dix secondes entre chaque mot pour ressentir l'intensité du truc). Et nom d'un chien, c'est fou comme BD ! Dans le genre, je dirais même que j'ai rarement lu une BD documentaire aussi bien faite. Tout est bon, tout est net, tout est précis ! A tel point que j'ai brisé ma règle habituelle de n'écrire mes avis qu'après un temps de réflexion, tant j'avais besoin de sortir l'avis à chaud. J'ai lu cette BD en deux voyages en train, me plongeant dedans et regrettant de devoir l'interrompre. Quelle lecture fluide, quelle lecture prenante. Je ne fume pas et ne suis pas entouré de fumeurs, je n'ai pas été exposé à la publicité des cigarettes étant enfant (merci l'absence de télé) et personne n'a fumé près de moi étant enfant. Je pensais que c'était de la chance, je constate aujourd'hui que c'est une bénédiction. La clope tue. C'est un fait, mais tout comme le risque de cancer ou la mauvaise odeur, tout ça ne concerne que la partie émergée de l'iceberg du tabac. Cette BD vient violemment remettre les points sur les I en nous rappelant que la partie immergée est dantesque. Et surtout pire, bien pire. Je ne pourrais dire en mot ce que cette BD retranscrit. Les chiffres, les faits, les phrases, les conséquences, tout parait fou à la lecture des pages. Je ressors de là convaincu qu'il faut réussir à faire arrêter la cigarette au monde entier, parce que rien de bon ne peut en sortir. Mais surtout, quelle démonstration documentaire ! Le dessin est parfait : alliant les graphismes, les textes explicatives, les métaphores, les caricatures, les détournements ou les reprises, il joue de tout les codes narratifs ou visuels pour nous pondre une BD digeste jusqu'au bout alors qu'elle étale une quantité d'informations remarquable. Rarement j'ai été aussi investi dans une BD documentaire et surtout, quelle prestance visuelle ! Le personnage de présentateur (qui m'a fait penser à Spider Jerusalem de Transmetropolitan) explique non sans un humour noir toute l'origine du tabac et de la cigarette, pour ensuite étaler la grandeur de cette industrie. Tout est clair et lisible, sans pavés explicatifs monstrueux à lire. Et de plus, plein de clins d’œils amusants parsèment l'ouvrage (j'ai reconnu l'hommage à Gotlib). C'est clair, drôle et instructif, parsemé de détails qui font mouche (les chiffres au niveau des numéros de page, par exemple). Honnêtement, je me sens obligé de lui accorder un cinq étoiles. Cette BD n'a pas fait un seul faux pas dans son déroulé. On peut pinailler, bien sur : plus de détails sur les autres pays du monde, sur l'écologie, l'environnement, ou des précisions sur tel ou tel problématique. Mais force est de reconnaitre que la BD est avant tout une œuvre introductive : elle se veut la plus exhaustive possible sur le sujet. Et lorsque j'ai refermé la BD, j'ai eu un étrange sentiment. Parce qu'au delà du "simple" documentaire travaillé, les auteurs font ce tour de force du dernier chapitre : une considération qui dépasse le simple cadre de la cigarette. Et cette considération va bien au-delà du simple cadre documentaire : elle est politique. C'est frappant de voir que tout semble lié, jusqu'à ce constat implacable. La cigarette est un poison, mais l'empoisonneur reste avant tout le capitalisme. Quelle conclusion magistrale et quelle fin en apothéose. Ce dessin, cette expression, ce message. Il est d'une justesse et d'une violence qui remuent. Ce genre de BD est à mettre entre toutes les mains pour se rendre compte de la portée et de l'impact de ces "simples" cigarettes. C'est une question qui a bientôt deux siècles que celle de l'industrie du tabac, et ce qu'elle soulève dépasse les simples fumeurs. C'est un cancer sociétale, une tumeur politique et un désastre environnemental. C'est un gouffre qui se finit dans les mêmes poches depuis des années, c'est un poison quotidien. Je pense qu'il sera difficile désormais de ne pas voir en chaque fumeur une victime d'un système atroce que nos états, nos politiques et nos entreprises permettent. Rappelons que 200 personnes meurent en France chaque jour des conséquences du tabac. Il ne faut pas rester impassible face à cela.

20/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Clan de l'ours des cavernes
Le Clan de l'ours des cavernes

La découverte du mois, ne connaissant pas les romans je me suis laissé tenter sans a priori et quelle réussite. L'histoire est touchante et l'on suit avec envie les péripéties d'Ayla et de son clan adoptif. Le dessin de Camille Moog arrive très bien à mettre en avant les émotions des personnages dans les scènes douces ou difficiles, accentué par la mise en couleur de Marta Todeschini. Cela donne envie de connaître la suite de ses aventures et de pourquoi pas se plonger dans les romans !

17/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Perpendiculaire au soleil
Perpendiculaire au soleil

Je n'ai pas hésité à mettre la note max à cet ouvrage aussi original que saisissant. La thématique de la peine de mort est assez souvent reprise mais ici Valentine Cuny-Le Callet produit une œuvre d'une grande densité qui aborde la problématique par le bon bout. En effet la notion de degré de culpabilité est secondaire dans la question de fond sur la légitimité de la peine capitale. En évoquant plusieurs anecdotes atroces, Valentine montre qu'elle n'élude pas cet aspect. Mais le sujet se pense en nature et pas en degré. Comme elle le propose. L'autrice s'inscrit ainsi dans les pas de Victor Hugo (Claude Gueux, Les derniers jours d'un condamné) où il n'y avait aucun doute sur la culpabilité du prévenu. Valentine place immédiatement son récit sur le plan du contraste entre l'humanité de Renaldo et l'inhumanité du système carcéral. C'est d'ailleurs paradoxal car c'est souvent un acte inhumain qui a conduit ces hommes dans le couloir de la mort mis en place par une société qui se revendique comme modèle d'humanité. Je suis impressionné par la maturité du propos de la jeune autrice de 24 ans. Maturité dans la construction de son récit et maturité dans son graphisme où elle utilise plusieurs techniques. Comme le souligne Valentine, cette double violence la dépasse. C'est uniquement en se réfugiant dans les différentes références artistiques qu'elle peut avancer sur son objectif sans y laisser trop de son affect. J'ai perçu Valentine dans un constant besoin d'équilibre pour trouver la position juste vis à vis de Renaldo. C'est une problématique très connue des bénévoles associatifs dans ce type de situations où la mort est très présente. Elle ne doit pas envahir tout l'espace mais ne doit pas non plus se laisser envahir par Renaldo. Malgré sa jeunesse, je trouve que Valentine réussit admirablement bien cet exercice. Le pavé de plus de 400 pages peut paraître un peu lourd mais cela permet à l'autrice des passages bien aboutis sur des voies de traverses comme le racisme aux USA ou certaines règles de fonctionnement du système carcéral. Toutes les œuvres qui traitent sérieusement du monde carcéral (L'Accident de chasse, Panthers in the hole) mènent à des questionnements fondamentaux sur notre humanité. L'œuvre de Valentine Cuny-Le Callet ne déroge pas à la règle. Une lecture exigeante et marquante d'un excellent niveau.

15/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Monica
Monica

Accrochez-vous, le nouveau Daniel Clowes est disponible en Français et il est d’une richesse folle. Après une première lecture, je me suis dit qu’une seconde, troisième (voire plus) ne seraient pas de trop et suffisantes pour comprendre et capturer toutes les subtilités du livre, l’intégralité des pages de ce fait, de la couverture au quatrième. Impressionnant dans sa structure (Clowes est un habitué cf. Wilson, Patience, Mr Wonderful), et au travers de différents styles/thèmes (Guerre, Science-Fiction, Suspense, Enquête…), l’album est un vibrant hommage aux « vieux » comics américains (EC Comics en tête). Graphiquement parlant, c’est du pur Clowes. Je suis fan inconditionnel. Par exemple, je reste pantois d’admiration devant la case d'une grande simplicité représentant la photo de Penny en bas de page 11. Œuvre dense et magistrale, Monica est et restera un sommet de 2023 (à mes yeux ébahis !). A lire et relire sans modération.

11/11/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Éclaireur - Récits gravés de Lynd Ward
L'Éclaireur - Récits gravés de Lynd Ward

Une œuvre majeure de la bande dessinée. Un grand bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette anthologie et pour la qualité de ce coffret. Lynd Ward est un précurseur du roman graphique, c'est lorsque qu'il vit en Allemagne à Leipzig où il suit une formation en gravure qu'il découvre Le Soleil de Frans Masereel qui aura une influence déterminante sur ses ambitions artistiques. Ce coffret reprend l'intégralité de ses six romans sans paroles, ils sont proposés dans l'ordre chronologique de création, ce qui permettra de suivre l'évolution graphique de l'artiste. Une œuvre marquée par son époque, de la crise de 1929 à l'aube de la seconde guerre mondiale. Le témoignage sur une période trouble du XX° siècle. Une narration visuelle unique, les symboles sont omniprésents, puisqu'elle permet à chaque lecteur de se l'approprier et d'en faire une interprétation personnelle même si Ward en donne les grandes lignes. Chaque récit est suivi des mots de Lynd Ward qui nous éclairent sur le processus de création. Mais Lynd Ward c'est aussi un peintre et de nombreuses bd pour enfants, souvent avec son épouse May McNeer à l'écriture. Graphiquement, au début j'ai été un peu perturbé, car la dimension des gravures varie souvent d'une planche à l'autre, le choix a été fait de garder les formats originaux des gravures sur bois. Des formats différents qui, finalement, n'ont pas gêné mon plaisir de lecture. On a droit à une image par page ou plutôt d'une image par feuille, ce qui facilite la lecture. Un dessin à la grande force évocatrice, sensuel, puissant, expressif et d'une finesse époustouflante puisqu'il ne joue pas seulement sur un noir et blanc contrasté, comme Masereel, il arrive à immiscer des nuances de gris grâce la technique "La Manière Noire" pour la première fois dans l'histoire de la gravure. Un dessin qui va évoluer de l'expressionnisme allemand anguleux à un style art déco plus doux. Des gravures qui grouillent de détails, qui jouent sur les ombres. Magnifique ! - Gods' Man (1929) _ 139 bois. Ce livre est sorti en octobre 1929, la semaine même du krach de la bourse de New-York. L'histoire faustienne d'un artiste qui renonce à son âme contre un pinceau miraculeux. Un récit sur l'art et le pouvoir de l'argent avec en toile de fond la recherche du bonheur. Une fin inéluctable. Percutant. 4 étoiles. - Madman's Drum (1930) _ 118 bois. L'histoire d'un marchand d'esclaves qui vole un tambour, orné d'un visage de démon, à un homme qu'il assassine. Un récit sur les liens familiaux, la perte d'êtres chers et l'injustice sociale avec un brin de religion. Il faut rester concentré pour bien saisir l'intrigue qui se joue au fil des pages. L'histoire la plus complexe, à mon avis, à décrypter, la narration manque de fluidité. La couverture est issue de ce récit. 3,5 étoiles. - Wild Pilgrimage (1932) _ 108 bois. L'histoire d'un ouvrier d'usine qui abandonne son lieu de travail pour chercher une vie libre. Un récit qui explore la réalité du monde extérieur et son image qui se projette dans l'esprit de chacun. Une narration qui joue sur la couleur de l'encre utilisée pour ne pas nous perdre, le noir pour la réalité et l'orange pour les fantasmes avec en filigrane le racisme. Dérangeant. 4,5 étoiles. - Prelude to a Million Year (1933) _ 30 bois. L'histoire d'un sculpteur qui, dans sa quête de la beauté idéale, néglige la réalité des luttes entraînant ses voisins dans les profondeurs de la grande dépression. Un regard sur la vie nombriliste d'un artiste avec en arrière plan l'injustice sociale. Poignant. 4 étoiles. - Song Without Words (1936) _ 21 bois. L'histoire concerne l'anxiété qu'éprouve une future mère à l'idée de mettre un enfant dans un monde sous la menace du fascisme. Une œuvre réalisée alors que l'épouse de Ward est enceinte de leur deuxième enfant. Visionnaire. 4,5 étoiles. - Vertigo (1937) _ 230 bois. L'histoire se déroule de 1929 à 1935 et suit trois personnages principaux : une jeune femme, un jeune homme et un vieil homme. Chacune fait l'objet d'un chapitre complet. D'abord "The girl" qui se découpe en années, puis "An elderly gentleman" en mois et enfin "The boy" en jours. Une narration maîtrisée et qui s'accélère pour mieux montrer l'impact de la grande dépression, celle-ci transpire dans ces trois vies brisées. Un chef-d'œuvre. 5 étoiles. Une anthologie dense, novatrice et à la forte puissance narrative. Si vous en avez l'occasion, ne vous en privez pas. Culte et gros coup de cœur.

08/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Marrons glacés
Marrons glacés

Témoignage historique, que cet album ! Ayant été un Homosexuel assez décontracté -coming-out pourquoi faire ?!- vivant un quotidien des plus banal pendant mon adolescence -très sage- et ma jeunesse -en couple ! Quelle idée ?!-, j'ai pas mal apprécié cette galerie de toutes les absurdités comportementales associées aux clichés auto-imposés par cette "communauté", à peine sortie de la clandestinité (?) à l'époque. Le Gay-Pied Magazine, rare référence "non Pornographique" du moment en France, vendait très exactement la même vision "officielle" de l'Homosexualité masculine ; et j'ai eu beaucoup de chance de ne le lire qu'à mes dix-huit ans : à quatorze, je crois que je me serais tiré une balle... Mais le décalage persistait hier encore, via les pages du magazine Têtu (fric & sex, sinon has-been !) et on peut sans détour dire que le mouvement s'est carrément généralisé aujourd'hui : qui d'entre nous n'a pas un label quelconque à se coller au T-shirt (la moitié de l'alphabet OUARFF !) pour être sûr de n'être pas confondu avec un autre, dans la rue ? Il est regrettable qu'on ait oublié que les labels, non seulement résument artificiellement un individu à ses "préférences" mais, surtout, permettent d'identifier plus facilement une cible. Autant dire que l'auteur était pas mal en avance sur ce point-là. Ça a beau être un instantané Germanique, cette accumulation par Ralf König des travers Gays les plus loufoques -parfois franchement insupportables, quant à leurs côtés auto-répressifs toujours d'actualité-, se transpose sans problème à la culture Francophone, tant sont criants d'universalité nos défauts (toutes sexualités confondues, hein !) courageusement traduis en gags par l'auteur. Du culte du machisme au snobisme lié à la préférence sexuelle (!) en passant par la prétendue communauté de pensée (re-!) associée à une culture commune -allons, bon !-, il égratigne avec son humour dévastateur habituel l'hypocrisie et la faiblesse du quidam moyen quand il s'agit d'assouvir ses besoins. Sans jamais négliger le but objectif de son propos -nous faire rire, et de nous-même, encore !-, il n'hésite pas à passer à la moulinette tel ou tel canon auto-proclamé de la Gay-attitude pour en extraire le jus le plus ordinaire qui soit : l'essence désespérément humaine qui nous définie et nous limite, au lieu de nous transcender ; sinon dans ces instants sublimes où l'assouvissement du désir sexuel, intérêt quasi unique de tous ces mâles (et toujours très objectivement mis en scène) nous vaut quelques perles burlesques, tant leur créativité à amener un mec dans leur pieu frôle le génie... ... Mais pas seulement : à ceux qui hésitent encore, il faut absolument lire cet album ; ne serait-ce que pour le monologue excédé de Marie à Joseph, tant l'injustice de son sort l'insupporte -mais, encore une fois, pas au point de le remettre en question, même quand l'occasion lui est offerte de tout laisser tomber... - ; ou encore le face-à-face hilarant d'énormité scénaristique (avec la complicité de Walter Moers) entre Dieu et Diable, eux-mêmes incapables d'élever leur débat Originel, pourtant sacré, au dessus de la ceinture. Clair comme de l'eau de roche dés ses débuts, cet auteur-là.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lysistrata
Lysistrata

Eeeet voui ! Il le fait encore ! M'enfin : qui d'autre est capable de pondre un truc pareil ?! Alors je ne possède aucune culture classique (antique ou autre, sinon un peu de mythologie Grecque (Ulysse reVIEENt...!), mais cette culbute dans l'Histoire via une pièce de théâtre détournée, c'est véritablement à mettre au programme de l'éducation nationale -au moins, ce sera rigolo ! Utilisant à nouveau son artifice du stupre Homosexuel masculin comme liant universel des masses viriles (!!) -et donc socialement dominantes-, Ralf König nous plonge dans un imbroglio socio-politique où, une fois encore, la sensualité l'emporte sur tout le reste. Politique, morale et patriotisme, ainsi que bien d'autres valeurs "construites", sont balayés par un irrésistible raz de marée libidineux quand trois petits cochons se mêlent de détourner le plan -excellent !- ourdi par les épouses pour obliger leurs maris à un cessez-le-feu -bien improbable, d'ailleurs, tant ils sont récalcitrants à abandonner leurs habitudes, aussi vaines et sanglantes soient-elles. Car c'est bien à un affrontement de pouvoir auquel on assiste -entre les genres !- ; et, une fois encore, les impératifs sociaux prédominent sur la raison et le bien-être. Les femelles veulent être des épouses avant tout, aussi limité et dégradant que soit réduit leur rôle par les mâles qui, eux, préfèrent garder leur pouvoir totalitaire ainsi que leurs certitudes, quitte à vivre dans la frustration et/ou se faire trucider sur le champs de bataille. L'auteur continue sa brillantissime démonstration de la puissance subversive de la sexualité réprimée quand elle est brutalement libérée : une révolution. Et, entre parenthèses, une leçon pour les auteurs de Pornographie -surtout occidentale- qui continuent à patauger dans le "consensuel réactionnaire" -voire l'auto-répression !- en ignorant la véritable puissance de l’outil qu'ils manipulent... Propos extrêmement difficile à explorer et exposer tant il est délicat d'établir un équilibre rigoureux entre le fond et la forme, sous peine d'être assimilé à une simple provocation des interdits en vogue. Mais Ralf König y arrive à nouveau, prouvant encore une fois la clarté de sa vision quant à son sujet de référence -nous !-, et son immense talent de conteur en parvenant à nous faire croire à cette fable tant ses personnages vibrent de réalité, dans leurs dialogues si précis comme dans leurs actes -ceux-ci en complète opposition de leurs volontés ! Fidèles miroirs de nos craintes et de nos espoirs les plus simples et naturels, ils nous amènent au bout de leur représentation -triomphale !- grâce, aussi et surtout, à l'humour imparable de leur auteur, véritable gage d'intelligence.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Rocketeer
Rocketeer

Un Comic que je ne possède plus ! À qui donc l'ai-je prêté, celui-là, encore ?! Je ne me souviens même pas comment il est entré en ma possession, d'ailleurs. Probablement un achat impulsif dans un festival de BD : des avions et une pin-up, ça n'est pas moi, ça, m'enfin ! Mais j'avais déjà vu des images dans "The Comics Journal" ou "Comics Scene" ; et flashé sur le look du casque -et la mise en scène très cinématographique des accroches promotionnelles. Ça a dû être ça, l'argument. C'est qu'il était drôlement doué, le Dave Stevens. J'aurais bien aimé posséder la moitié de son adresse à manier le crayon et le pinceau : quelle élégance, ce trait...! C'est super propre et incroyablement délié et, fatalement, ça donne un sentiment de facilité d'exécution GNNN ! Ah ! Tu parles ! Et la mise en page, comme un excellent story-board très fouillé mais sans insistance sur les décors : c'est idéalement équilibré. Tu m'étonnes qu'Hollywood ait acheté les droits : C'EST un film, ce Comic. Ils n'ont pas eu à trop se fouler, pour le réaliser : on leur avait déjà mâché tout le travail. L'histoire est sympa : un hommage plein de clins d’œils (pas des clichés !) à un genre et une époque révolus, avec nobles sentiments et moult rebondissements. Les bons sont gentils et l'ennemi est méchant et Cliff Secord, en anti-héros impétueux, est l'exemple-type du modèle à suivre pour les garçons en devenir, et que l'Amérique va vendre au monde entier après la guerre. Ah, flûte : je me suis manqué, alors... Tant pis ! Un Comic/bijoux d'exécution graphique, mais à lire sans se prendre la tête. Très Américain, ça aussi : un de leurs meilleurs côtés, même.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Cellulite
Cellulite

Fallait avoir du cran -et ce talent-là, tant graphique que littéraire- pour s'attaquer à l'image ridicule et irréelle que les mecs se font du mythe de La Femme sans verser dans le masochisme et la caricature facile. Avec sa lucidité habituelle (déjà!), et cet humour incisif qui, à la lecture des avis qui précèdent, semble encore heurter pas mal de sensibilités (ce qui tendrait à prouver avec quelle précision elle appuie au bon endroit !), Claire Bretécher démolit tous les clichés Historiques accolés, depuis la nuit des temps, à la représentation sociale de la moitié de la population. Images d'Épinal activement entretenues par la vaste majorité de la seconde moitié -bien soutenue par une bonne partie de la première, conditionnée qu'elle est... Je me demande si je suis clair, là...?! Au volant de son rouleau compresseur, elle dévaste la moindre velléité de ses personnages à vouloir sauver les apparences : traditions, affections, idéaux et inhibitions sociales finissent enterrés sous le poids de leurs hypocrites prétentions et montrent leur vrai visage, plein de l'insoutenable laideur du réalisme ; à l'image de l'atomisation de ce qu'on nous a vendu comme un conte (!) et qui n'est qu'une explication de texte du mécanisme du pouvoir -et de la décadence qui en découle inévitablement. Cellulite, porte-parole de tout ce qui est vrai dans ce monde et uniquement revêtue de la seule constante de sa personnalité (sa détermination à être prise en compte et respectée en tant qu'être humain au delà de son genre, sa position sociale ou l'illusoire de sa "précieuse" virginité !), s'emploie à démonter les chantages affectifs intéressés de son ignoble géniteur, à mettre à l'épreuve les sentiments de son coup de coeur du moment ; et même à confronter la population à sa propre clownerie (restons polis !). Grâce à son personnage, Claire Bretécher s'exprime franchement sur tout ce qui la fait suer autour d'elle en s'attaquant directement à la racine du mal -nous TOUS !-, prenant une avance socio-politique manifeste sur l'ensemble de ses petits camarades du moment, vainement occupés à dénoncer la corruption politique à coups d'actualités officielles et de fesses exhibées -le tout complètement suranné aujourd'hui, définitivement inoffensif et donc sans intérêt, du coup. Il y a, à l'époque, une volonté farouche à lui refuser le statut d'artiste à par entière : il faut voir comme le moindre journaleux lui balance son physique remarquable à la gueule à quasi chaque interview ! Elle a abattu un boulot incroyable, depuis ; mais Cellulite est vraiment le début de sa croisade pleine d'esprit contre tout ce qui enferme et étouffe. Et l'humour, comme d'habitude, est la seule arme efficace -et la plus courageuse. Elle manie sa langue maternelle avec encore plus de dextérité que son pinceau, pourtant doué ! M'enfin, comment peut-on résister à ce genre de vanne : "... SI TU N'AS AUCUNE CONSIDÉRATION POUR MOI, FAIS AU MOINS ATTENTION À MES DÉSHABILLÉS MOUSSEUX !" ?! Moi, ça m'écroule. Out of respect.

03/11/2023 (modifier)