Les derniers avis (7517 avis)

Par Lajt
Note: 5/5
Couverture de la série Les 5 Terres
Les 5 Terres

J'attribue 5 étoiles à cette série même si ma note réelle est plutôt 4,5/5. J'ai adhéré immédiatement à l'ambiance très "politique" du premier cycle. Complot, trahison et soif de pouvoir règnent sur Angleon...un changement est il possible? J'ai eu un peu de difficulté à comprendre les histoires au début du cycle 2 et ressentir la même empathie pour les personnages, mais passé le tome 9, j'ai de plus en plus apprécié la tournure que prenaient les événements et la nouvelle dimension que prenait le récit. De plus je trouve la scène finale du tome 11, dernier paru, ...incroyable.

25/11/2023 (modifier)
Par Lajt
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Monstres
Monstres

Une BD culte. Tellement palpitant que j'ai eu du mal à me sortir de l'histoire les heures qui ont suivi ma lecture... Une impression d'être comme dans un autre monde. C'est pour le moment l'unique ouvrage qui m'a emmené autant ailleurs... Peu fan des comics habituellement, "Monstres" est vraiment à part selon moi !

25/11/2023 (modifier)
Par Lajt
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Ciel dans la tête
Le Ciel dans la tête

Une BD que je ne peux que conseiller très vivement. Intrigué tout d'abord par un graphisme atypique (qui colle a merveille à l'ambiance ) je considère cette oeuvre comme parmi les trois plus marquantes que j'ai lues. Néanmoins récit très rude qui ne ménage pas la lectrice/ le lecteur. On y suit le parcours d'un jeune migrant qui affronte toute la brutalité de la vie. Certaines scènes sont réellement terribles, a glacer le sang, quand on ne peut qu'imaginer la véracité et la crédibilité du récit. Âmes sensibles s'abstenir. Un témoignage de vie(s) hélas si réel et actuel...

25/11/2023 (modifier)
Par Lajt
Note: 5/5
Couverture de la série Thorgal
Thorgal

15 ans après ma premiere lecture de la série, je retrouve le même plaisir à suivre l'aventure de Thorgal aujourd'hui. Jusqu'au tome 30 je trouve que la qualité du récit reste égale et tellement réussie (même si quelques histoires marquent moins l'esprit). Les intégrales aux éditions Niffle avec les pages grand format permettent d'apprécier le niveau dingue de détail du dessin de Rosinski. Ouvrages splendides, merci aux auteurs et editeurs pour ces lectures formidables.

25/11/2023 (modifier)
Par Lajt
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Aliss
Aliss

Pour mon premier avis posté sur le site :) grand fan du roman je commence par mon coup de coeur magistral pour cette adaptation BD réalisée par Jeik Dion. J'ai retrouvé l'ambiance poisseuse et suffocante à tous moments. Le dessin de Jeik se prête simplement à merveille pour entrainer le lecteur au plus près des découvertes intrigantes et macabres d'Aliss... Pour public mature et averti. Parmi mon top 3 BD (même si je pense que la lecture au préalable du roman y est pour beaucoup).

25/11/2023 (modifier)
Par Cleck
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ceux qui me touchent
Ceux qui me touchent

Le trait de Bonneau m'avait déjà enthousiasmé dans l'excellent roman graphique L'Étreinte, dans le beau mais moins abouti Regard d'un père. J'étais donc réceptif à ce style particulier et prêt à accueillir la tornade émotionnelle en marche, si tant est que l'on puisse être prêt à cela. "Ceux qui me touchent" vibre d'une force brute et viscérale. Damien Marie offre un puzzle parfait à Laurent Bonneau : on suit la trajectoire d'un homme désenchanté mais non résigné, son couple certes heureux mais surtout fatigué par le travail quotidien, une fille adorée offrant une échappatoire dans l'imaginaire, et puis la nostalgie d'une jeunesse où des envies d'Art et d'absolu conviaient encore tous les possibles. Nous sommes en présence de perdants magnifiques : des femmes et des hommes broyés par un système imposant ses cadences, ses horaires infernaux, sa froideur capitaliste, sa négation du sens et de l'éthique. Ici, nulle révolte sociale et collective (grèves, manifs traditionnelles, mouvement des gilets jaunes...) comme nous le présentait Tristan Egolf dans le roman "Le Seigneur des porcheries", immanquablement à l'esprit lorsqu'il est question d'abattoirs porcins. Non, ici on épouse une trajectoire individuelle, une fuite irréfléchie capable de tout envoyer en l'air (travail, couple et niveau social) pour s'offrir une respiration désespérée, profondément humaine, artistique. S'invitent alors nos souvenirs d'un des beaux romans graphiques de l'année passée, La Dernière Reine de Rochette : les thématiques dialoguent, se répondent (rapport au monde, à la nature, à l'Art brut, dichotomie Paris/Province, quête d'absolu, l'amour magnifié). Les illustrations de Bonneau acceptent de se présenter comme quasi-inachevées ; nul repassage à l'encre ici pour en gommer les traits de construction, elles s'offrent par touches à la manière des peintres impressionnistes, non pour en dévoiler la lumière et les couleurs mais pour ne pas en effacer le geste artistique, l'hésitation devant la feuille. Elles demeurent une perpétuelle esquisse, des fragments de vie. Cela leur confère une puissance magnifique renfermant de l'ellipse et une polysémie de sens, susceptibles d'abriter nos souvenirs de lecture et plus encore notre intime dont les thématiques aisément partagées facilitent l'identification (ici nos rêves d'enfant, nos actes manqués, les difficultés au sein de nos couples, la quête de sens au travail, la (ma)paternité, nos colères...) On touche parfois au sublime !

24/11/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Edward Gorey - Une anthologie
Edward Gorey - Une anthologie

Une anthologie qui ne fera pas l'unanimité ! Edward Gorey est un auteur majeur de la BD étasunienne. J'ai découvert cet auteur par hasard en 2019 (même si j'avais déjà entendu son nom), j'avais loué un Airbnb à Strasbourg pour le marché de Noël et sur une étagère trônait un exemplaire de "L'enfant Guigne". Edward Gorey est un homme singulier, je vous laisse le découvrir sur le net. Mais sachez qu'il avait deux passions : le cinéma muet et le ballet. Sachez aussi qu'il n'étudia que 6 mois au Chicago Art Institute, préférant suivre des études de littérature française à l'université d'Harvard. Et sachez enfin qu'il disait de sa vie sexuelle qu'elle était si végétative, si calme, qu'il ne pouvait même pas en définir l'orientation. Voilà, pour cerner le personnage, si tant est qu'il puisse être possible de le faire. Cette anthologie commence par une présentation de l'auteur et sera suivie par cinq récits, ils sont proposés par ordre chronologique de parution. Une narration sans phylactères et une image par planche avec juste une ou deux lignes en bas de page. Ce qui saute aux yeux dès qu'on ouvre le livre, c'est la partie graphique. Un dessin minutieux, austère fait de hachures, qui apporte cette ambiance surréaliste et glauque aux cinq recueils. J'adore. - L'enfant guigne (1961) L'adaptation du roman jeunesse 'Princesse Sara' de Frances H. Burnett. L'histoire d'une jeune et riche écolière qui va voir sa vie basculer à la mort de son père. A la différence du roman, le récit ne se termine pas en happy end, bien au contraire, elle a vraiment la guigne. Émouvant et d'une noirceur extrême. 4,5 étoiles. - Les enfants fichus (1963) Un abécédaire glauque de morts d'enfants, un par page. Dérangeant. 4 étoiles. - L'aile ouest (1963) 30 planches muettes. On entre dans un manoir et le jeu de piste commence. Les indices sont dissimulés, on voit défiler les suspects et on devient enquêteur, mais sera-t-on trouver le coupable ? 4 étoiles. - Total Zoo (1967) Une galerie humoristique de 26 animaux fantastiques, le tout en faisant rimer les deux vers. Un dessin plus épuré, les décors sont absents. 3 étoiles. - Le couple détestable (1977) Un récit tiré d'une histoire vraie (meurtres de la lande), celle d'un couple, à Manchester en Angleterre, qui kidnappe des enfants (viol, torture et meurtre) entre 1963 et 1965. Une réécriture sordide et glaçante de ce fait divers, de la naissance à la mort de ces deux monstres. Un dessin plus travaillé, il faut bien prendre son temps pour en apprécier tous les détails. 4,5 étoiles. En conclusion, une anthologie macabre où les enfants ne sont pas épargnés (ils sont 31 à mourir), teinté de surréalisme, satirique et d'un humour noir qui oscille entre horreur et rêverie tout en pointant l'incongruité de la vie, l'absurdité de la mort et la beauté du bizarre. Une note globale généreuse, mais pour les choix narratifs, l'inventivité et le plaisir procuré, je ne pouvais pas faire entrer Edward Gorey sur bdtheque par une plus petite porte. Culte et coup de cœur !

24/11/2023 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)
Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)

J'aime Franquin. Je l'aime vraiment, j'ai lu tous ses Gaston Lagaffe, tous ses Spirou et Fantasio (les meilleurs de la saga) et j'en suis évidemment fan, mais je ne suis pas un adorateur non plus. Si j'ai usé les Gaston jusqu'à la corde dans ma jeunesse, je ne considère par l'œuvre de Franquin comme intouchable, et je suis prêt à voir d'autres auteurs s'y essayer, quitte à assister à quelques ratages dans le lot. Après tout, j'ai vu des échecs dans les reprises de Spirou et Fantasio ou d'Astérix, et cela n'a jamais entaché ces séries cultes à mes yeux. Vous l'avez compris, ce nouveau tome écrit par Delaf, qui s'insère parfaitement dans la continuité de ce qu'a fait Franquin, m'a passionné au plus haut point. Il est d'ailleurs appréciable à mon sens que le tome s'intitule "tome 22" et non "tome 1" d'une nouvelle série. En effet, le Gaston de Delaf est à l'œuvre de Franquin ce qu'est L'Affaire Francis Blake à l'œuvre de Jacobs. Une reprise en tous points exemplaires, qui sait manier avec une dextérité inattendue les codes et la mythologie du matériau initial, tout en y faisant quelques ajouts aussi subtils que discrets qui créent à cette suite une identité affirmée, habilement différente de celle du père fondateur sans que ces différences ne lui soient un affront. En effet, on ne pouvait pas imaginer plus bel hommage au génial Franquin que cette bande dessinée signée Delaf. Ses gags sont souvent d'une précision chirurgicale. On y retrouve le génie de Franquin pour les petites répliques "à côté", celles qui ne font pas avancer l'action mais sont prononcées par un personnage spectateur impuissant de la tragédie à venir, avec toujours un calembour ou une remarque gentiment décalée qui rehausse le gag de manière prodigieuse. On y retrouve également le génie pour la chute à double ou triple rebondissements, ce qui fait que, même en voyant venir la chute principale du gag, on est agréablement surpris car elle nous amène quelques détails savoureux inattendus. Ainsi, Delaf déploie toute sa maîtrise d'une mythologie qu'il n'a pas créée, dans des gags proprement hilarants, et je confesse m'être surpris plus d'une fois à éclater de rire tout seul dans mon canapé. De cette mythologie, l'auteur-dessinateur a quasiment repris l'ensemble des personnages. Pas de Labévue en vue, me semble-t-il, mais en-dehors de lui, tout le monde est là ! Jusqu'à Spirou, Spip et le Marsupilami, qui accompagnent Fantasio le temps de deux planches, laissant l'espoir fou que Delaf s'empare un jour de l'autre série emblématique de Franquin pour la redresser enfin. Jusqu'à Freddy-les-doigts-de-fée et Cloclo-l'acrobate, même, que l'auteur remet en scène, donnant à Cloclo le rôle de sa vie ! En effet, le cambrioleur, acolyte de Freddy, déjà rencontré plus que brièvement chez Franquin, a le droit ici à une vraie intrigue, amorçant le réel changement apporté par Delaf. Ne brisant jamais la sacro-sainte règle "un gag par page", l'auteur commence toutefois dans la dernière partie du récit à amorcer une succession de gags d'une page formant une histoire cohérente. Pas d'inquiétude, chaque page termine sur une chute réelle, mais l'enchaînement narratif offre à Delaf l'occasion du meilleur hommage qu'il pouvait fournir à son gigantesque prédécesseur. N'hésitant pas à intégrer Franquin lui-même en personnage systématiquement hors-champ et sans dialogues, l'auteur s'amuse comme un petit fou autour d'un MacGuffin parfaitement trouvé pour offrir à Gaston une intrigue non dénuée de noblesse... et même - si j'osais ! - d'un soupçon d'émotion pour les lecteurs, dont le ravissement à la lecture de l'apothéose de ce tome 22 ne pourra qu'être proportionnel à l'amour qu'ils portent au personnage. Et s'il existe un paradis pour les auteurs-dessinateurs-sales gosses, un qui doit bien se marrer là-haut, c'est l'ami André ! D'un rire humble mais fier, et surtout légèrement contrit d'avoir voulu nous enlever Gaston pour l'entraîner avec lui dans la tombe. Mais Gaston a bien appris de son papa, et plus sale gosse que jamais, dans un élan de saine désobéissance, il est revenu pour nous embêter ! Pire, on espère que ça va durer !

22/11/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dernier Sergent
Le Dernier Sergent

C’est peu dire qu’on l’attendait avec impatience cette reprise des aventures autobiographiques de Fabrice Neaud, deux décennies après la clôture du premier cycle. Si l’ouvrage incroyablement dense et volumineux (plus de 400 pages !) peut faire peur au premier abord, il continue à captiver tout autant que les précédents. Certains le jugeront peut-être élitiste dans sa réflexion intellectuelle de haute volée, mais le pouvoir de la BD — et surtout le talent graphique et narratif de son auteur — permet de le rendre plus accessible aux moins patients d’entre nous. Car malgré la consistance de l’objet, les passages les plus « textuels » alternent avec des séquences dialoguées ou aérées par un dessin plus descriptif, fournissant une respiration qui confère un bel équilibre à l’ensemble. Qui plus est, Neaud sait recourir à l’humour et l’autodérision dans un dispositif globalement réaliste qui pourrait laisser penser qu’il se prend au sérieux. Au milieu de ses coutumières errances nocturnes dans les parcs en quête d’un bon coup (l’occasion de questionner encore et toujours la visibilité réduite des lieux de rencontre entre hommes au tournant du millénaire, et ce malgré une évolution certaine des mœurs), Neaud évoque de nombreux sujets qu’il serait impossible à détailler ici. Il revient sur la mort de sa sœur et de son père, tous deux atteints d’un cancer, et subséquemment de son hypocondrie croissante dans un contexte où le Sida faisait encore des ravages. Par transition, il questionne le poids des relations familiales avec cette « loi du silence » imposée par une mère à la fois peu aimante et étouffante. Celui à qui on reprochait de ne pas respecter le droit à l’image dans les tomes précédents fait preuve ici d’une retenue qui peut poser question : en effet, ni sa sœur ni sa mère (et encore moins son père, qu’il n’a jamais revu après le divorce parental) ne sont portraitisés, ou alors en silhouette ou de façon partielle. Par pudeur peut-être, ou par souci de ne pas réveiller des plaies douloureuses ? Plusieurs scènes plus ou moins fortes jalonnent le récit, pour certaines carrément saisissantes. On retiendra notamment celle racontant une descente de crétins homophobes dans un bar gay-friendly, déferlement de haine aveugle orchestré qui plus est par des lesbiennes revanchardes (autre sujet abordé subtilement dans le livre : la question de certains lieux gays ayant du mal à accepter la présence féminine). On assistera également aux retrouvailles « inopinées » à Angoulême avec la figure centrale du tome 3 du Journal, le « Doumé », des retrouvailles froides et quasi-silencieuses dont Neaud ne dira rien, preuve s’il en fallait qu’il sait rester pudique à bon escient. Mais désormais, ce chapitre tumultueux de sa vie semble s’être refermé définitivement, sur une rédemption aussi salutaire qu’inattendue. Même si dans cette décennie 90 d’un Internet balbutiant les réseaux sociaux n’existaient pas, on pouvait déjà s’exprimer sur les forums. Et déjà, la violence des mots, la mauvaise foi et le manque de nuance se déversaient sans égard pour la cible visée, avec la désinvolture inhérente à l’anonymat, et l’auteur en a fait les frais à propos de la fameuse question du droit à l’image, accusé d’être une ordure sans empathie et autres noms d’oiseaux, alors qu’aucun des protagonistes de ses livres ne s’était ouvertement manifesté. Fabrice Neaud en fut profondément affecté, et son rapport à Internet à jamais entaché. Ainsi, l’ouvrage se conclut sur une note douce-amère, dans un désenchantement poétique métaphorisé par des vues d’arbres abattus par LA tempête, celle de 1999, surplombés par des ciels lyriques et monumentaux venant en contrepoint, tels des tremplins vers l’évasion spirituelle, des planches de salut pour les âmes torturées par l’insoutenable pesanteur terrestre. Les plus observateurs pourront sans doute noter une évolution du trait, qui s’est encore affiné depuis « Les Riches Heures ». Il faut préciser toutefois que, comme le révèle l’auteur, une centaine de pages du livre ont été réalisées au début des années 2000, ne représentant que 10 % du livre, mais que certaines pages ont dût être remaniées, la rupture graphique étant trop flagrante selon lui. Une chose est sûre, son talent ne s’est pas démenti, ces « Guerres immobiles » entérinant cette concordance parfaite entre textes et dessins. Un journal intime révèle toujours un certain égocentrisme de celui qui le rédige. Fabrice Neaud en est plus que conscient mais chez lui, l’exercice a clairement fonction d’exutoire ou de thérapie, dont il assume la subjectivité. Car plutôt que la lumière, l’auteur préfère l’obscurité des parcs, lui qui se définit comme un « phasme souffreteux ». Et cette lumière, il choisit de la diriger sur « ses » mâles bien balancés, pour mieux les croquer sur ses carnets, tel un vampire, un « narcisse vide [ayant] besoin de se nourrir de la substance de l’autre », pour reprendre une des citations du livre de Marie-France Hirigoyen, « Le Harcèlement moral », dont il reproduit un long extrait, avec cette définition qu’il reprend courageusement à son compte. A cette époque, il ne s’aimait pas beaucoup, et cette façon de se mettre totalement à nu (au propre comme au figuré) ne peut que susciter l’empathie du lecteur pour cet écorché vif qui n’hésite pas à tailler dans l’os. Rarement dans la BD, un auteur s’est livré avec autant de sincérité, avec un jusqu’au-boutisme assez touchant où ses obsessions sexuelles, dans un savant équilibre, le disputent à une réflexion élaborée, comme une sorte de match entre la tête et les couilles… Dans la lignée des opus précédents, « Le Dernier Sergent », dernière pièce de ce qui se profile comme un véritable chef d’œuvre, celui d’une vie assurément, installe un peu plus le travail de Fabrice Neaud au rang d’art, dans le vrai sens du terme. Ce pavé est bien évidemment inspirant et incontournable pour la communauté LGBT, en particulier pour ceux qui (comme moi) ne se reconnaissent pas dans les caricatures, mais il devrait interpeler aussi l’ensemble du public désireux de découvrir une approche totalement hors des clichés habituels. Et ça, ça fait un bien fou !

21/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Cycle de Cyann
Le Cycle de Cyann

Je ne suis pas un grand amateur de SF mais j'ai vraiment été séduit par cette ancienne série. J'ai beaucoup aimé le personnage de Cyann dont la psychologie évolue au fil de son long voyage spatio-temporel. Le scénario est d'une grande habileté. Si les deux premiers épisodes posent les bases de l'aventure d'une très belle façon mais de façon assez conventionnelle, un épisode 3 de transition nous mène vers des tomes 4 et 5 qui réorientent l'aventure vers des rebondissements imprévus et recherchés dans l'exploitation des boucles temporelles. Bourgeon et Lacroix réussissent la prouesse de construire une Cyann de plus en plus mature mais qui ne change pas dans ses fondamentaux vis à vis du pouvoir ou de ses idéaux. Les auteurs évitent le piège de nous faire voyager tout au long des épisodes à la façon des tomes 2 et 3 dans des mondes hostiles peuplés d'un bestiaire certes remarquable mais assez répétitif. L'excellent tome 4 sur Marcade recentre le récit sur des thèmes moins explorateurs mais bien plus intéressants dans la thématique du pouvoir et du destin. Impossible de parler de la série sans aborder son érotisme permanent. Cyann passe son temps à aborder le sujet du sexe ou à échapper à des violeurs. Ses tenues moulantes sur son fessier rebondi, ses positions voire certaines scènes quasi explicites parsèment ses voyages. C'est peut-être une vision macho datée et dépassée mais j'ai trouvé cela séduisant, apportant du piquant au récit. De plus cela s'inscrit bien dans l'ambiance de cet univers où règne une grande liberté des mœurs. Certains ont pu trouver le graphisme un peu daté, perso je l'ai ressenti comme éblouissant tout au long des six épisodes. La recherche est grandiose dans tous les domaines : paysages, personnages, bestiaires, costumes et cités. Cela se renouvelle à chaque épisode tout en gardant une grande cohérence d'univers. Les dialogues sont très divers alternant le familier au recherché en fonction du personnage et de la situation. C'est souvent très juste et sans vulgarité même dans les scènes érotiques. La conclusion de la série est un peu fleur bleue mais montre l'aboutissement de l'utopie paisible vers laquelle Cyann aspire. Un excellent moment de lecture à la fois dans le graphisme et le scénario.

21/11/2023 (modifier)