Brillant !
Que voilà une bien chouette série, sans fausse note, et qui parvient à contenter les yeux et l’esprit du lecteur.
En effet, on a là une intrigue/enquête conclue en deux tomes, avec une narration fluide, qui rend hommage au personnage de Sherlock Holmes, son univers et ses « méthodes ». S’il n’y avait que cela, ce serait déjà bien, mais juste sympathique (l'enquête en elle-même n'est pas non plus hyper originale).
Oui, mais voilà, la façon dont cette histoire nous est narrée sort de l’ordinaire, et les auteurs font preuve là d’une grande originalité. En effet, comme l’indique le titre de la série, nous sommes dans le cerveau du célèbre détective, et nous suivons, dessin en coupe et machineries à l’appui, l’évolution des géniales déductions en temps réel. Le procédé est amusant, et donne un intérêt supplémentaire à cette histoire. Le lecteur se voit donner les cartes, est encouragé à se mettre sinon à la place, du moins « dans le cerveau » de Sherlock, est souvent pris à partie (on lui demande de regarder de telle manière une scène, de plier des pages, etc.) : une sorte d’histoire dont vous êtes le héros par procuration.
Choix narratif d’autant plus payant que le travail éditorial d’Ankama est excellent, que la mise en page appuie à fond et judicieusement les partis pris scénaristiques : c’est très beau et très réussi là aussi (déjà, la belle couverture à trou – procédé déjà employé par Dahan pour Psycho-Investigateur (Simon Radius)).
Bref, on retrouve Sherlock, notre brillant détective en intellectuel vantard et méticuleux, sûr de sa force déductive, accompagné de Watson, son ami et médecin, mais aussi public/cobaye/candide/faire-valoir, dans une histoire abracadabrantesque mais tellement bien mise en image qu’on en oublie le côté improbable (l’enchainement des révélations et de leur réalisation est parfois « too much », mais cela donne un certain charme d’humour suranné, un grotesque qui couronne cette histoire menée de mains de maitres).
Note réelle 4,5/5.
Autant Clinton Road du même auteur m'avait laissé sur ma faim à cause d'un scénario qui n'avait pas su pleinement me convaincre, autant "Adlivun" a su m'embarquer totalement dans sa folle aventure. Le graphisme de Vincenzo Balzano est toujours aussi singulier et envoutant, parfait pour les ambiances mystérieuses et aventureuses qu'affectionne l'auteur.
Ici on change de registre, on n'est plus dans le fantastique des fameuses routes hantées américaines, mais Vincenzo Balzano nous embarque sur les traces du "Terror" et de "L'Erebus", deux navires ayant mystérieusement disparu lors d'une expédition en Arctique au milieu du XIXe siècle. Une forte récompense décide le capitaine Briggs et l'équipage de la Mary Céleste à tenter l'aventure. Mais quand on s'attaque au Grand Nord, rien n'est jamais certain, et les légendes locales prennent parfois le pas sur la raison de marins souvent superstitieux...
Vincenzo Balzano nous happe du début à la fin par son graphisme inimitable qui colle à merveille à ces ambiances marines et nordiques. Façon shaman, il nous hypnotise en déroulant un récit envoutant. La couverture magnifique de l'album donne le ton et le reste est à l'avenant.
Un très bon moment de lecture !
Quel bouquin !
Comme on les aime, un bon gros one shot de 200 pages qui prend son temps. Le temps de poser le décor, de découvrir cette micro société, de développer les personnages, de tordre le cou aux clichés de pirates barbares et sanguinaires, d’en mettre plein les mirettes, de surprendre le lecteur avec l’intrigante Maryam. Si le récit pourrait apparaître trop classique, rien de gênant tant on se laisse porter par le voyage de ces marins définitivement épris de liberté. Et ce final !
Le duo Toulhoat Brugeas, qui m’avait un poil déçu avec Ira Dei, est ici très bien à son affaire. J’y ai trouvé avec plaisir de l’Atar Gull et des Passagers du vent. Le dessin de Toulhoat est très bon, les cadrages dynamiques et les planches de combats magnifiques. Petit bémol pour les visages féminins, pas toujours réussis à mon goût.
C’est donc une lecture incontournable pour tout amateur de récits d’aventure et de pirates. Pas loin du culte : 4,5.
Déjà de nombreux avis très complets alors je vais être bref:
Très belle BD avec une intrigue qui sort des sentiers battus. Les 4 personnages et leur aventure humaine sont touchants.
La BD est structurée en 2 parties: dans le tome 1 sont instaurés tous les éléments d'intrigue. Dans le tome 2, tous ces éléments se résolvent.
Je recommande donc fortement de lire les deux tomes, même si comme moi vous êtes dubitatif à la fin du tome 1.
Contrairement à beaucoup de monde, j'ai préféré le tome 2 car tous les éléments instaurés dans le tome 1 s'organisent et prennent du sens, ce qui est très satisfaisant !
Je recommande grandement de la lire pour la qualité visuelle et le génie inventif de l'illustration: la forme des cases de la BD fait partie intégrante de l'histoire. A chaque page qu'on tourne, on nous offre de petites surprises visuelles très ingénieuses. Lecture très satisfaisantes.
J'ai cependant moins accroché à l'intrigue de l'enquête, que je trouve un peu balourde: les motivations et la méthode employée par le criminel sont très alambiquées.
Je l'ai donc lue avec un peu de distance, comme on admire un beau livre, et non en étant vraiment emporté dans l'enquête. Mais ça valait quand même le coup !
Pour ce qui est de la fiabilité du personnage de Sherlock à l'œuvre originelle de Conan Doyle, je lis dans les autres avis qu'elle est notable et qu'on prend du plaisir à voir un Sherlock très fidèle à lui même. Je n'ai jamais lu de Sherlock Holmes et je suis donc certainement passé à côté de ces détails.
Oh en voilà une BD tout en fraicheur et en subtilité qui fait du bien !
Nous voilà propulsé en Irlande dans le petit village de Killkenny dans les années 30, où l'histoire locale veut que le seul pub du bled en question ait été construit à flanc d'église : le Pink Clovers. Forcément, un débit de boisson accolé à cet édifice religieux fait plus que débat depuis belle lurette au sein de la populace locale.
Toute les semaines le curé prépare son sermon à l'arrière de l'église, face au champ attenant où l'attendent religieusement un troupeau de moutons. Même si elles ne comprennent rien à cet humain bien bavard, elles attendent avec impatience les friandises qu'il distribue avec parcimonie à la fin de son sermon... Mais voilà qu'un beau matin, fidèle au rendez-vous, nos moutons se retrouvent bien embêtés : pas de curé (ni de friandises...) ! Tout ce petit monde se retrouve tout chamboulé, et c'est à travers la kyrielle d'animaux de la campagne environnante que "l'enquête" commence...
Crisse que je connaissais plus pour ses scénario SF ou fantasy nous propose ici un album humoristique champêtre d'une grande finesse et superbement illustré par Christian Patty. La campagne irlandaise, sa faune et ses habitants sont magnifiquement campés, c'est criant de vie, plein d'énergie, et le parallèle animaux/humains est jubilatoire ! Mine de rien et avec humour, c'est toute la nature humaine et ses travers qui passent au crible de ce prisme animalier pour notre plus grand plaisir. Qu'il s'agisse, de la différence, de la religion, de la cupidité, et j'en passe, ça se télescope sévèrement mais toujours avec humour. Les dialogues ne sont pas en reste et participent pleinement à cette ambiance drôlatique qui trouve le parfait équilibre entre fable et caricature caustique.
Voilà donc un album que je vous recommande chaudement en ces temps bien tristounets, vous devriez passer un agréable moment de lecture qui vaudra bien plus qu'une messe !
*** Tome 2 ***
Hey ! L'Irlande repointe le bout de son nez !
C'est pas encore le printemps, c'est même plutôt sous la neige de Noël que nous retrouvons nos ouailles et son pub adossé à l'église : le Pink Clover.
Cette fois le curé ne leur fera pas défaut et va même organiser une surprise qui va finir par mettre le village en émoi. Le vieil instituteur de Kilkenny a du rendre son tablier, et le curé a trouvé... une charmante remplaçante !
Les présentations sont faites lors de la messe de minuit, et je vous renvoie aux 4 cases avant/après avec d'un côté les hommes, de l'autre les femmes pour saisir à merveille l'effet de cette nouvelle arrivée ! Jubilatoire :D
Bref, vous l'aurez compris, cette fois-ci point de disparition, mais plutôt une arrivée remarquée qui va faire ressortir de vieux souvenirs et de vieilles histoires pas vraiment jolies jolies... Ajoutez à cela une petite dose de fantastique et des moutons toujours en plein questionnement, prompt à philosopher (à leur niveau, hein ^^) et en pleine crise de mysticisme, et voilà brossé le tableau de ce second opus.
Alors oui, c'est un réel plaisir que de retrouver ce microcosme bigarré ancré dans ses traditions et ses contradictions. C'est encore plus drôle de retrouver ces boutons et brebis aux tronches toujours aussi délurées. Mais malgré une histoire qui tient tout à fait la route, j'ai trouvé l'album un cran en dessous du premier. Il est loin d'être mauvais, bien au contraire, mais est-ce du à l'effet de surprise en moins, je l'ai trouvé moins drôle dans l'ensemble (malgré quelques scènes hilarantes). C'est donc un album de très bonne tenue, mais le premier aillant placé la barre si haute, que forcément, la suite est plus difficile à négocier. Cela reste une petite bouffée de fraicheur irlandaise parfaite pour s'aérer la tête.
Hey ! Mais que voilà donc revenir dans les bacs ! Mutafukaz iz back et on ne me dit rien !
Revoilà donc Vinz et Angelino sept ans après les événements de Dark Meat City. Après s'être fait tout petits, ils ont fini par reprendre une vie paisible ; Angelino est toujours livreur de sushi pour un chaîne japonaise et Vinz enchaîne les petits boulots. Les Machos semblent s'être fait oublier, même si l'Etat américain est sur ses garde après avoir réussi à étouffer le désastre de Dark Meat City.
C'est sur les réseaux sociaux que ça turbine par contre. Un mystérieux Omega déchaîne les passions et exacerbe plutôt les tensions à coup de "vérités", de "on nous cache tout, on vous ment" et de "a qui profite le crime ?" (QAnon sors de ce corps !). Et c'est donc suite à une de ses publications à l'encontre de la communauté japonaise qu'un commando débarque dans le restau de Lino. Ça tourne au carnage, Lino s'en sort in extremis, mais pour la discrétion, c'est foutu, des caméras l'ont filmé en mode ninja : la fuite s'impose ! Voilà donc nos deux comparses prenant la poudre d'escampette partis à la recherche de leur vieux pote Willy dont ils sont sans nouvelles depuis 7 ans. Les retrouvailles vont être pour le moins... surprenantes !
C'est toujours un plaisir de découvrir qu'une série qu'on a vraiment aimé ressurgit à l'improviste. Retrouver ses personnages, son ton, son graphisme... Que
du bonheur ! En même temps, c'est aussi avec une certaine appréhension qu'on se lance, avec la petite angoisse de la déception, de "la BD de trop".
Pour le coup, je sors de ma lecture rassuré, y'a pas de foirade. Pour autant, le petit grain de folie qui traversait la première série tant dans le fond que dans la forme n'est pas aussi présente. Alors oui on retrouve la marque de fabrique de Run avec ses intermèdes publicitaires délirants ; il a aussi intégré tout ce qui concours à déliquescence de l'Amérique d'aujourd'hui (les fake news, l'usage des réseaux sociaux à outrance, les survivalistes et autres illuminés, etc). Mais on est loin de l'explosion de délires et de variations graphiques qui ont fait la renommée de Mutafukaz.
Malgré cet aspect lissé, c'est avec joie que j'ai replongé dans cet univers, j'espère que la suite nous réservera davantage de surprises et d'originalité.
(note 3.5/5 arrondie à 4)
J’étais passé complètement à côté de ces albums. Je me rappelle vaguement avoir vu leur couverture, mais leur aspect étrange m’avait fait penser à des romans graphiques pas faits pour moi. En fait on en est très loin !
En effet, ces délires plus ou moins loufoques issus du blog de l’auteur sont de petit brûlots absurdes, très engagés (voir les textes, mais aussi les références des citations en début de chaque chapitre ou dans les textes en fin de chaque album). Mais ce n’est pas non plus un pensum, la pagination est aérée (pas de gaufrier traditionnel) et l’auteur use d’un absurde souvent assez drôle.
L’ethnologue jivaro, qui vient étudier « dans leur milieu » des Européens, est une idée intéressante et assez jubilatoire. On rigole à ses erreurs d’interprétation, dûes à sa méconnaissance relative de la langue et de la culture. Et par ricochet on s’amuse à imaginer le même type d’erreur de la part de certains de nos savants à propos de sociétés « indigènes ».
Sinon, les hommes politiques, déclamant de la poésie, ou tenant des propos enflammés et/ou scientifiques sur telles ou telles plantes ou bestioles (grenouille par exemple), les commentaires décalés de journalistes (voir les débats autour des élections présidentielles de 2017), donnent un effet joyeusement décalé, absurde, à des scènes pourtant connues et sérieuses. Et cela donne aussi à réfléchir sur la valeur de discours qui sont dans la réalité saturés de langue de bois et de platitudes désincarnées. A tout prendre, la teneur des dialogues est ici presque plus « réaliste », humaine.
Au travers de ces détournements (oiseaux discourant comme des journalistes ou personnages politiques, personnages politiques chantres d’une écologie poétique et politique), c’est une critique – assez constructive finalement – de nos sociétés et de certaines hypocrisies langagières qui est en œuvre ici. Et les textes qui concluent les albums (en particulier en fin du troisième, avec un éloge des ZAD) ne laissent pas de doute sur le caractère engagé de ces ouvrages, en plus de leurs qualités humoristiques indéniables.
Quel plaisir de pouvoir profiter d'un peintre que j'adore avec Žeželj à la baguette.
Le tout avec un album de grande taille, au dos toilé et au grammage de qualité.
Un voyage dans la psyché de Vincent Van-Gogh qui ne m'a pas laissé insensible, loin de là.
Il n'est pas question ici d'une biographie. À partir de 15 lettres écrites de 1873 à 1890 par Van Gogh, la majorité à son frère Théo, Žeželj retranscrit à sa sauce le contenu de celles-ci.
Une narration qui propose la partie graphique, en quatre à huit planches, puis la lettre de Vincent. Cet ordre narratif permet de découvrir la partie dessinée vierge de toutes informations et de pouvoir laisser aller son imaginaire. Chacun sera alors libre d'en faire sa propre interprétation.
Le parti pris de choisir le noir et blanc pour l'un des maîtres de la couleur peut paraître incongru, personnellement j'approuve ce choix, il permet de mieux appréhender l'esprit torturé du peintre.
Une bd muette qui laisse place aux rêves.
Žeželj est l'un des maîtres du noir et blanc. Son trait gras et charbonneux, ses jeux d'ombres, sa mise en page cinématographique sont sa signature.
Je suis admiratif de son travail.
Je me suis attardé sur chaques cases pour profiter de son immense talent.
Un album à la puissance immersive que je recommande à ceux qui veulent découvrir Van-Gogh différemment et aussi (re)découvrir Žeželj dessinateur à part dans le monde de la bd.
Franchissez le pas.
Cette collection a pour but de faire connaître les grandes oeuvres littéraires romanesques (surtout du XIXème siècle)
Le but est louable même si le format BD ôte une grande partie du sel de ces oeuvres qui était d'imaginer ces univers que tout le monde ignorait.
C'est un peu la limite que j'y trouve ; le visuel prend le pas sur l'imaginaire et la BD se retrouve coincée entre le cinéma et le roman.
Ici le visuel est de très bonne qualité. Les dessins réalistes nous offrent des personnages dynamiques et des paysages très soignés (villes, volcans ou grottes souterraines).
Les couleurs et les effets lumineux sont de bonnes factures. L'oeuvre est fidèle au roman sans ajout.
Le rôle de l'imaginaire est d'autant plus vrai pour un ouvrage comme "Le Voyage au Centre de la Terre" de Jules Vernes qui présente tous les ressorts d'une aventure de SF.
Tout y est présent, une quête scientifique, des dangers, une Terra Incognita et des rebondissements extraordinaires.
Bien sûr les connaissances en géologie ou paléontologie ont tellement progressé en 150 ans que le scénario peut faire sourire.
Mais ne boudons pas notre plaisir de retrouver un grand romancier avec beaucoup d'idées humanistes en filigranes.
La volonté de transmettre le savoir au plus grand nombre, l'universalisme et le pacifisme du monde scientifique (Lidenbrock est allemand) sont des thèmes très présents dans l'oeuvre.
Le dossier pédagogique en fin d'ouvrage permet de prendre le recul nécessaire pour vraiment apprécier l'ouvrage.
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Dans la tête de Sherlock Holmes
Brillant ! Que voilà une bien chouette série, sans fausse note, et qui parvient à contenter les yeux et l’esprit du lecteur. En effet, on a là une intrigue/enquête conclue en deux tomes, avec une narration fluide, qui rend hommage au personnage de Sherlock Holmes, son univers et ses « méthodes ». S’il n’y avait que cela, ce serait déjà bien, mais juste sympathique (l'enquête en elle-même n'est pas non plus hyper originale). Oui, mais voilà, la façon dont cette histoire nous est narrée sort de l’ordinaire, et les auteurs font preuve là d’une grande originalité. En effet, comme l’indique le titre de la série, nous sommes dans le cerveau du célèbre détective, et nous suivons, dessin en coupe et machineries à l’appui, l’évolution des géniales déductions en temps réel. Le procédé est amusant, et donne un intérêt supplémentaire à cette histoire. Le lecteur se voit donner les cartes, est encouragé à se mettre sinon à la place, du moins « dans le cerveau » de Sherlock, est souvent pris à partie (on lui demande de regarder de telle manière une scène, de plier des pages, etc.) : une sorte d’histoire dont vous êtes le héros par procuration. Choix narratif d’autant plus payant que le travail éditorial d’Ankama est excellent, que la mise en page appuie à fond et judicieusement les partis pris scénaristiques : c’est très beau et très réussi là aussi (déjà, la belle couverture à trou – procédé déjà employé par Dahan pour Psycho-Investigateur (Simon Radius)). Bref, on retrouve Sherlock, notre brillant détective en intellectuel vantard et méticuleux, sûr de sa force déductive, accompagné de Watson, son ami et médecin, mais aussi public/cobaye/candide/faire-valoir, dans une histoire abracadabrantesque mais tellement bien mise en image qu’on en oublie le côté improbable (l’enchainement des révélations et de leur réalisation est parfois « too much », mais cela donne un certain charme d’humour suranné, un grotesque qui couronne cette histoire menée de mains de maitres). Note réelle 4,5/5.
Adlivun
Autant Clinton Road du même auteur m'avait laissé sur ma faim à cause d'un scénario qui n'avait pas su pleinement me convaincre, autant "Adlivun" a su m'embarquer totalement dans sa folle aventure. Le graphisme de Vincenzo Balzano est toujours aussi singulier et envoutant, parfait pour les ambiances mystérieuses et aventureuses qu'affectionne l'auteur. Ici on change de registre, on n'est plus dans le fantastique des fameuses routes hantées américaines, mais Vincenzo Balzano nous embarque sur les traces du "Terror" et de "L'Erebus", deux navires ayant mystérieusement disparu lors d'une expédition en Arctique au milieu du XIXe siècle. Une forte récompense décide le capitaine Briggs et l'équipage de la Mary Céleste à tenter l'aventure. Mais quand on s'attaque au Grand Nord, rien n'est jamais certain, et les légendes locales prennent parfois le pas sur la raison de marins souvent superstitieux... Vincenzo Balzano nous happe du début à la fin par son graphisme inimitable qui colle à merveille à ces ambiances marines et nordiques. Façon shaman, il nous hypnotise en déroulant un récit envoutant. La couverture magnifique de l'album donne le ton et le reste est à l'avenant. Un très bon moment de lecture !
La République du Crâne
Quel bouquin ! Comme on les aime, un bon gros one shot de 200 pages qui prend son temps. Le temps de poser le décor, de découvrir cette micro société, de développer les personnages, de tordre le cou aux clichés de pirates barbares et sanguinaires, d’en mettre plein les mirettes, de surprendre le lecteur avec l’intrigante Maryam. Si le récit pourrait apparaître trop classique, rien de gênant tant on se laisse porter par le voyage de ces marins définitivement épris de liberté. Et ce final ! Le duo Toulhoat Brugeas, qui m’avait un poil déçu avec Ira Dei, est ici très bien à son affaire. J’y ai trouvé avec plaisir de l’Atar Gull et des Passagers du vent. Le dessin de Toulhoat est très bon, les cadrages dynamiques et les planches de combats magnifiques. Petit bémol pour les visages féminins, pas toujours réussis à mon goût. C’est donc une lecture incontournable pour tout amateur de récits d’aventure et de pirates. Pas loin du culte : 4,5.
Où le regard ne porte pas...
Déjà de nombreux avis très complets alors je vais être bref: Très belle BD avec une intrigue qui sort des sentiers battus. Les 4 personnages et leur aventure humaine sont touchants. La BD est structurée en 2 parties: dans le tome 1 sont instaurés tous les éléments d'intrigue. Dans le tome 2, tous ces éléments se résolvent. Je recommande donc fortement de lire les deux tomes, même si comme moi vous êtes dubitatif à la fin du tome 1. Contrairement à beaucoup de monde, j'ai préféré le tome 2 car tous les éléments instaurés dans le tome 1 s'organisent et prennent du sens, ce qui est très satisfaisant !
Dans la tête de Sherlock Holmes
Je recommande grandement de la lire pour la qualité visuelle et le génie inventif de l'illustration: la forme des cases de la BD fait partie intégrante de l'histoire. A chaque page qu'on tourne, on nous offre de petites surprises visuelles très ingénieuses. Lecture très satisfaisantes. J'ai cependant moins accroché à l'intrigue de l'enquête, que je trouve un peu balourde: les motivations et la méthode employée par le criminel sont très alambiquées. Je l'ai donc lue avec un peu de distance, comme on admire un beau livre, et non en étant vraiment emporté dans l'enquête. Mais ça valait quand même le coup ! Pour ce qui est de la fiabilité du personnage de Sherlock à l'œuvre originelle de Conan Doyle, je lis dans les autres avis qu'elle est notable et qu'on prend du plaisir à voir un Sherlock très fidèle à lui même. Je n'ai jamais lu de Sherlock Holmes et je suis donc certainement passé à côté de ces détails.
Le Pré derrière l'église
Oh en voilà une BD tout en fraicheur et en subtilité qui fait du bien ! Nous voilà propulsé en Irlande dans le petit village de Killkenny dans les années 30, où l'histoire locale veut que le seul pub du bled en question ait été construit à flanc d'église : le Pink Clovers. Forcément, un débit de boisson accolé à cet édifice religieux fait plus que débat depuis belle lurette au sein de la populace locale. Toute les semaines le curé prépare son sermon à l'arrière de l'église, face au champ attenant où l'attendent religieusement un troupeau de moutons. Même si elles ne comprennent rien à cet humain bien bavard, elles attendent avec impatience les friandises qu'il distribue avec parcimonie à la fin de son sermon... Mais voilà qu'un beau matin, fidèle au rendez-vous, nos moutons se retrouvent bien embêtés : pas de curé (ni de friandises...) ! Tout ce petit monde se retrouve tout chamboulé, et c'est à travers la kyrielle d'animaux de la campagne environnante que "l'enquête" commence... Crisse que je connaissais plus pour ses scénario SF ou fantasy nous propose ici un album humoristique champêtre d'une grande finesse et superbement illustré par Christian Patty. La campagne irlandaise, sa faune et ses habitants sont magnifiquement campés, c'est criant de vie, plein d'énergie, et le parallèle animaux/humains est jubilatoire ! Mine de rien et avec humour, c'est toute la nature humaine et ses travers qui passent au crible de ce prisme animalier pour notre plus grand plaisir. Qu'il s'agisse, de la différence, de la religion, de la cupidité, et j'en passe, ça se télescope sévèrement mais toujours avec humour. Les dialogues ne sont pas en reste et participent pleinement à cette ambiance drôlatique qui trouve le parfait équilibre entre fable et caricature caustique. Voilà donc un album que je vous recommande chaudement en ces temps bien tristounets, vous devriez passer un agréable moment de lecture qui vaudra bien plus qu'une messe ! *** Tome 2 *** Hey ! L'Irlande repointe le bout de son nez ! C'est pas encore le printemps, c'est même plutôt sous la neige de Noël que nous retrouvons nos ouailles et son pub adossé à l'église : le Pink Clover. Cette fois le curé ne leur fera pas défaut et va même organiser une surprise qui va finir par mettre le village en émoi. Le vieil instituteur de Kilkenny a du rendre son tablier, et le curé a trouvé... une charmante remplaçante ! Les présentations sont faites lors de la messe de minuit, et je vous renvoie aux 4 cases avant/après avec d'un côté les hommes, de l'autre les femmes pour saisir à merveille l'effet de cette nouvelle arrivée ! Jubilatoire :D Bref, vous l'aurez compris, cette fois-ci point de disparition, mais plutôt une arrivée remarquée qui va faire ressortir de vieux souvenirs et de vieilles histoires pas vraiment jolies jolies... Ajoutez à cela une petite dose de fantastique et des moutons toujours en plein questionnement, prompt à philosopher (à leur niveau, hein ^^) et en pleine crise de mysticisme, et voilà brossé le tableau de ce second opus. Alors oui, c'est un réel plaisir que de retrouver ce microcosme bigarré ancré dans ses traditions et ses contradictions. C'est encore plus drôle de retrouver ces boutons et brebis aux tronches toujours aussi délurées. Mais malgré une histoire qui tient tout à fait la route, j'ai trouvé l'album un cran en dessous du premier. Il est loin d'être mauvais, bien au contraire, mais est-ce du à l'effet de surprise en moins, je l'ai trouvé moins drôle dans l'ensemble (malgré quelques scènes hilarantes). C'est donc un album de très bonne tenue, mais le premier aillant placé la barre si haute, que forcément, la suite est plus difficile à négocier. Cela reste une petite bouffée de fraicheur irlandaise parfaite pour s'aérer la tête.
MFK2
Hey ! Mais que voilà donc revenir dans les bacs ! Mutafukaz iz back et on ne me dit rien ! Revoilà donc Vinz et Angelino sept ans après les événements de Dark Meat City. Après s'être fait tout petits, ils ont fini par reprendre une vie paisible ; Angelino est toujours livreur de sushi pour un chaîne japonaise et Vinz enchaîne les petits boulots. Les Machos semblent s'être fait oublier, même si l'Etat américain est sur ses garde après avoir réussi à étouffer le désastre de Dark Meat City. C'est sur les réseaux sociaux que ça turbine par contre. Un mystérieux Omega déchaîne les passions et exacerbe plutôt les tensions à coup de "vérités", de "on nous cache tout, on vous ment" et de "a qui profite le crime ?" (QAnon sors de ce corps !). Et c'est donc suite à une de ses publications à l'encontre de la communauté japonaise qu'un commando débarque dans le restau de Lino. Ça tourne au carnage, Lino s'en sort in extremis, mais pour la discrétion, c'est foutu, des caméras l'ont filmé en mode ninja : la fuite s'impose ! Voilà donc nos deux comparses prenant la poudre d'escampette partis à la recherche de leur vieux pote Willy dont ils sont sans nouvelles depuis 7 ans. Les retrouvailles vont être pour le moins... surprenantes ! C'est toujours un plaisir de découvrir qu'une série qu'on a vraiment aimé ressurgit à l'improviste. Retrouver ses personnages, son ton, son graphisme... Que du bonheur ! En même temps, c'est aussi avec une certaine appréhension qu'on se lance, avec la petite angoisse de la déception, de "la BD de trop". Pour le coup, je sors de ma lecture rassuré, y'a pas de foirade. Pour autant, le petit grain de folie qui traversait la première série tant dans le fond que dans la forme n'est pas aussi présente. Alors oui on retrouve la marque de fabrique de Run avec ses intermèdes publicitaires délirants ; il a aussi intégré tout ce qui concours à déliquescence de l'Amérique d'aujourd'hui (les fake news, l'usage des réseaux sociaux à outrance, les survivalistes et autres illuminés, etc). Mais on est loin de l'explosion de délires et de variations graphiques qui ont fait la renommée de Mutafukaz. Malgré cet aspect lissé, c'est avec joie que j'ai replongé dans cet univers, j'espère que la suite nous réservera davantage de surprises et d'originalité. (note 3.5/5 arrondie à 4)
Petit traité d'écologie sauvage
J’étais passé complètement à côté de ces albums. Je me rappelle vaguement avoir vu leur couverture, mais leur aspect étrange m’avait fait penser à des romans graphiques pas faits pour moi. En fait on en est très loin ! En effet, ces délires plus ou moins loufoques issus du blog de l’auteur sont de petit brûlots absurdes, très engagés (voir les textes, mais aussi les références des citations en début de chaque chapitre ou dans les textes en fin de chaque album). Mais ce n’est pas non plus un pensum, la pagination est aérée (pas de gaufrier traditionnel) et l’auteur use d’un absurde souvent assez drôle. L’ethnologue jivaro, qui vient étudier « dans leur milieu » des Européens, est une idée intéressante et assez jubilatoire. On rigole à ses erreurs d’interprétation, dûes à sa méconnaissance relative de la langue et de la culture. Et par ricochet on s’amuse à imaginer le même type d’erreur de la part de certains de nos savants à propos de sociétés « indigènes ». Sinon, les hommes politiques, déclamant de la poésie, ou tenant des propos enflammés et/ou scientifiques sur telles ou telles plantes ou bestioles (grenouille par exemple), les commentaires décalés de journalistes (voir les débats autour des élections présidentielles de 2017), donnent un effet joyeusement décalé, absurde, à des scènes pourtant connues et sérieuses. Et cela donne aussi à réfléchir sur la valeur de discours qui sont dans la réalité saturés de langue de bois et de platitudes désincarnées. A tout prendre, la teneur des dialogues est ici presque plus « réaliste », humaine. Au travers de ces détournements (oiseaux discourant comme des journalistes ou personnages politiques, personnages politiques chantres d’une écologie poétique et politique), c’est une critique – assez constructive finalement – de nos sociétés et de certaines hypocrisies langagières qui est en œuvre ici. Et les textes qui concluent les albums (en particulier en fin du troisième, avec un éloge des ZAD) ne laissent pas de doute sur le caractère engagé de ces ouvrages, en plus de leurs qualités humoristiques indéniables.
Van Gogh - Fragments d'une vie en peintures
Quel plaisir de pouvoir profiter d'un peintre que j'adore avec Žeželj à la baguette. Le tout avec un album de grande taille, au dos toilé et au grammage de qualité. Un voyage dans la psyché de Vincent Van-Gogh qui ne m'a pas laissé insensible, loin de là. Il n'est pas question ici d'une biographie. À partir de 15 lettres écrites de 1873 à 1890 par Van Gogh, la majorité à son frère Théo, Žeželj retranscrit à sa sauce le contenu de celles-ci. Une narration qui propose la partie graphique, en quatre à huit planches, puis la lettre de Vincent. Cet ordre narratif permet de découvrir la partie dessinée vierge de toutes informations et de pouvoir laisser aller son imaginaire. Chacun sera alors libre d'en faire sa propre interprétation. Le parti pris de choisir le noir et blanc pour l'un des maîtres de la couleur peut paraître incongru, personnellement j'approuve ce choix, il permet de mieux appréhender l'esprit torturé du peintre. Une bd muette qui laisse place aux rêves. Žeželj est l'un des maîtres du noir et blanc. Son trait gras et charbonneux, ses jeux d'ombres, sa mise en page cinématographique sont sa signature. Je suis admiratif de son travail. Je me suis attardé sur chaques cases pour profiter de son immense talent. Un album à la puissance immersive que je recommande à ceux qui veulent découvrir Van-Gogh différemment et aussi (re)découvrir Žeželj dessinateur à part dans le monde de la bd. Franchissez le pas.
Voyage au centre de la Terre (Glénat)
Cette collection a pour but de faire connaître les grandes oeuvres littéraires romanesques (surtout du XIXème siècle) Le but est louable même si le format BD ôte une grande partie du sel de ces oeuvres qui était d'imaginer ces univers que tout le monde ignorait. C'est un peu la limite que j'y trouve ; le visuel prend le pas sur l'imaginaire et la BD se retrouve coincée entre le cinéma et le roman. Ici le visuel est de très bonne qualité. Les dessins réalistes nous offrent des personnages dynamiques et des paysages très soignés (villes, volcans ou grottes souterraines). Les couleurs et les effets lumineux sont de bonnes factures. L'oeuvre est fidèle au roman sans ajout. Le rôle de l'imaginaire est d'autant plus vrai pour un ouvrage comme "Le Voyage au Centre de la Terre" de Jules Vernes qui présente tous les ressorts d'une aventure de SF. Tout y est présent, une quête scientifique, des dangers, une Terra Incognita et des rebondissements extraordinaires. Bien sûr les connaissances en géologie ou paléontologie ont tellement progressé en 150 ans que le scénario peut faire sourire. Mais ne boudons pas notre plaisir de retrouver un grand romancier avec beaucoup d'idées humanistes en filigranes. La volonté de transmettre le savoir au plus grand nombre, l'universalisme et le pacifisme du monde scientifique (Lidenbrock est allemand) sont des thèmes très présents dans l'oeuvre. Le dossier pédagogique en fin d'ouvrage permet de prendre le recul nécessaire pour vraiment apprécier l'ouvrage.