Les derniers avis (32429 avis)

Couverture de la série Longue Vie
Longue Vie

Il y a un côté impressionnant dans le dessin de Stanislas Moussé, qui dépasse largement ses qualités intrinsèques. En effet, il réussit le pari d’allier la simplicité extrême du trait (qui a parfois l’allure de dessin d’enfant, avec des personnages mêlant traits humains et animaux, des traits du visage parfois effacés, jamais développés, et un personnage principal n’ayant qu’un oeil) et complexité tout aussi extrême de certaines planches, foisonnantes, pleines de détails, à la façon d’un « Mais où est Charlie » moins ludique. Dessin réalisé au Rotring, minutieux, précis, et cet assemblage de minimalismes aboutit pourtant à quelque chose d’exubérant. On peut survoler certaines planches et suivre de façon linéaire l’intrigue – en elle-même assez basique. Mais il faut prendre le temps de s’attarder sur les détails, qui donnent à l’ensemble des airs de carte secrète, de codex magnifique. L’histoire est plutôt linéaire et simple ai-je dit. Nous suivons un personnage cherchant à survivre dans un univers indéfini dans le temps et l’espace, même si certains indices, navires, habits, armement, le rattachent à un long moyen-âge, fantasmé et faisant fi d’un trop grand réalisme. Chevaliers, vikings, attaques de château, omniprésence d’une nature en partie seulement maîtrisée et canalisée – la forêt est partout, le médiéval fantastique de Moussé use là aussi d’un imaginaire d’enfant. Mais ce n’est pas une œuvre pour le jeune public. La violence est, elle aussi, omniprésente, ça massacre, le sang gicle, les têtes tombent, et l’on peut aussi voir cette histoire comme une succession de combats, un struggle for life « naturel » - ce parallèle entre homme et nature trouvant en fin d’album sa justification.

16/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Fils du roi
Le Fils du roi

Deuxième album publié par Le Tripode dans le même univers, après Longue Vie, même si de mon point de vue les deux albums sont indépendants. On y retrouve le même dessin accrocheur, au Rotring, fourmillant de détails, jouant sur un trait fin, méticuleux pour les décors (alors même que les personnages, leurs visages, sont plutôt moins fouillés). Le format a changé (beaucoup plus grand), et ce ne sont plus des dessins pleine page, mais il y a une sorte de gaufrier (irrégulier). Changement aussi au niveau de l’histoire. Si l’on est toujours dans un univers médiéval fantastique, je trouve que cet album joue beaucoup plus sur la poésie, l’onirisme. Moussé enrichit son univers, qui est toujours aussi violent par ailleurs. Voilà une œuvre très atypique, étrange, développant un merveilleux qui doit tout autant à ce qui est représenté qu’à la façon dont Moussé le représente : pour amateur de curiosités. Le Tripode (que je connais essentiellement pour les romans qu'il a publiés) s’affirme éditeur de « Littérature – Arts – Ovnis ». Nul doute qu’il faille ranger les albums de Stanislas Moussé dans la troisième catégorie.

16/03/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Bar du vieux Français
Le Bar du vieux Français

Ce récit intimiste est d’une délicatesse rare. Deux destins qui convergent l’un vers l’autre pour se retrouver au Bar du Vieux français en plein désert, le bar d’un vieil homme qui sait si bien raconter les histoires. Le scénario est original, sensible et au-delà des deux personnages principaux, il nous dévoile l’Afrique qui rêve d’Europe et l’Europe qui rêve d’Afrique. Traversant l’Afrique, Célestin va connaître la peur, la fuite, le désert, les Touaregs, les missionnaires… Rien de touristique dans ce parcours. Traversant la France et l’Espagne, Leila qui a fui sa famille et les traditions auxquelles elle ne peut échapper, découvre le Maroc, berceau de sa famille, la liberté et sa vie de femme. Une sorte de road trip dans lequel chacun joue sa vie. J’ai beaucoup aimé le dessin avec son encrage épais et ses couleurs vives. Il colle parfaitement avec le caractère bien trempé des deux héros de l’histoire. Belle ambiance dans cette histoire si bien racontée.

16/03/2022 (modifier)
Couverture de la série No Ryang
No Ryang

C'est mon premier ouvrage de la collection "Les Grandes Batailles Navales" avec JY Delitte à la baguette. Je ne suis pas déçu par cet opus. Les dessins sont de Q-HA jeune dessinateur coréen qui apporte sa touche dans cette bataille Nippo-Coréenne de la fin du XVIème siècle. Idem pour les couleurs produites par des artistes Coréens. Une belle découverte. Je ne suis pas amateur d'architecture navale ni de vocabulaire de navigation dans les séries. Ici la bataille proprement dite occupe une petite dizaine de pages très joliment dessinées. L'intérêt est ailleurs. C'est la psychologie des personnages et les intrigues de la vie politique japonaise qui priment. Comme la plupart des batailles navales qui ont fait date, c'est quand le supposé faible écrase le fort que la légende nait. C'est le cas pour l'amiral coréen Yi Sun-Sin qui a un contre quatre va écraser la flotte japonaise et mettre ainsi un terme à un conflit de six ans. Les amateurs d'armures de Samourai, de navires différents de l'architecture européenne seront gâtés. Un complément de quelques pages en fin d'ouvrage, illustré avec de belles estampes, aide à resituer l'action dans son époque et sa géographie. Une bonne lecture.

16/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Contribution à l’étude du léger brassement d’air au-dessus de l’abîme
Contribution à l’étude du léger brassement d’air au-dessus de l’abîme

Ibn Al Rabin est un auteur atypique. Son trait minimaliste ne plait pas à tout le monde mais ses admirateurs peuvent se jeter, les yeux fermés, sur cet album, dessiné entre 2007 et 2012 à Buenos Aires et Genève (détail futile mais 5 ans quand même). A travers différentes scènettes et autant de personnages, l’auteur narre leurs réactions face à une invasion extra-terrestre. On retrouve son ton absurde dans pareille situation, c’est vraiment plaisant et drôle, les dialogues sont très réussis. Pour les curieux, cet album est parfait pour rentrer dans son univers, je suis toujours fasciné par cet auteur qui avec 3 fois rien arrive à m’attraper (petit coup de cœur perso) Seule petite ombre au tableau, les 2 petites séquences du fanzine grwzts insérées, ça sert la thématique du dessin mais ça m’a moins passionné. Un bon cru, dans la veine de retour écrémé. 3,5+

15/03/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Voyage du Commodore Anson
Le Voyage du Commodore Anson

Quelle aventure ! Je commence par ce qui m’a déplu (et qui a déjà été noté dans d’autres avis). J’ai eu beaucoup de mal avec le dessin des personnages, que j’ai trouvé brouillon et pas vraiment adapté à ce genre de récit historique. La police d’écriture est également difficile à déchiffrer, ce qui complique inutilement la compréhension du récit, surtout que les textes sont nombreux (il s’agit de l’adaptation d’un roman, et cela se ressent). Mais voilà, l’histoire est absolument passionnante, et brillamment racontée. Elle se déroule à une époque où les trajets intercontinentaux étaient de véritables périples mortels, entre les éléments déchainés, les techniques de navigation primitives, le scorbut, et les batailles aux canons bien entendu. Le ton est très humain, et le dessin des bateaux, des océans et des îles visitées est absolument superbe, avec notamment des couleurs aquarelles du plus bel effet. Une aventure humaine passionnante, et un album qui m’a scotché malgré la pagination élevée. Un immanquable pour les amateurs de récits historiques.

15/03/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Spectateur
Le Spectateur

Un des gros atouts de ce roman graphique tout à fait singulier, c’est d’abord de réussir à nous captiver dès la scène d’ouverture, où l’on assiste à l’accouchement de Samuel. Ou plutôt, c’est Samuel qui assiste à son propre accouchement — le parti-pris du livre étant une narration en vue subjective, par les yeux du personnage —, car déjà il semble assez éveillé pour le faire, mais déjà, à peine sorti du ventre de sa mère, il inquiète. Il ne poussera aucun cri comme le fait tout nouveau-né, et fixera sa génitrice en silence, allant même jusqu’à provoquer le malaise de cette dernière. Cet enfant étrange, spectateur muet du monde qui l’entoure et ne le comprend pas, va ainsi grandir dans une solitude froide et acceptée, sans états d’âme (Souffre-t-il ? Est-il heureux ? en colère ? Impossible de le savoir…), contrairement à l’ensemble des vivants qui préfère masquer la peur qu’elle suscite par un verbiage souvent illusoire. Samuel apparaît ainsi comme un miroir renvoyant une image de l’humanité peu reluisante. Car Samuel voit tout, et son silence semble parfois plus éloquent que n’importe quel commentaire, plus impitoyable encore. Par les réactions d’incompréhension qu’il provoque, il met à jour la mesquinerie et la cupidité des adultes, notamment celles de ce père égoïste et absent. Mais les enfants n’échappent pas pour autant à son regard, se révélant souvent odieux, voire plus cruels encore. Trois personnages semblent trouver grâce à ses yeux, les seuls à ne pas être perturbés par son silence : sa mère (qui connaîtra une fin tragique), son ami Yacine et Judith, sa camarade de classe dont il est secrètement (évidemment) amoureux, n’exprimant son amour que par les portraits qu’il fait d’elle. Et pour revenir au parti pris narratif en vue subjective, c’est la grande originalité de l’album qui fonctionne très bien par la fascination exercée sur le lecteur. Théo Grosjean va ainsi s’amuser de notre curiosité (malsaine ?) de voir à quoi ressemble Samuel, qui, c’est certain, ne peut qu’avoir l’apparence d’un monstre ! Bon prince, l’auteur consentira à nous dévoiler dans de rares passages le visage de son « spectateur » lorsqu’il se regardera dans la glace de la salle de bains. Une sorte de jeu de miroir entre sujet et objet, puisqu’avec ce récit, il est beaucoup question de réflexions, et ce dans tous les sens du terme… Ce conte noir nous offre donc une vision assez désabusée de l’humanité, mais comme tout conte noir, il possède une part de merveilleux. Et la très belle présentation y contribue largement. D’abord par le choix d’une palette de verts à la fois sombres et lumineux, magnifiés par le cadrage noir. Avec sa belle ligne claire simplissime, à la fois très graphique et un brin naïve, assez proche du courant alternatif U.S., Théo Grosjean nous ramène au monde de l’enfance, tout en osant quelques digressions proches de l’abstraction, qui, par contraste, nous portent vers des territoires mystérieux, quasi-métaphysiques, évoquant des organismes traversés par des formes bizarres, entre cristaux et bactéries, comme peut-être une invitation à l’introspection. Quant au corbeau de la couverture, s’il constitue la part la plus inquiétante de Samuel, il ne les tue pourtant jamais, ne faisant que les conserver dans des boîtes, comme fasciné par leur décomposition. Un simple besoin, légitime chez l’enfant mais choquant pour l’adulte, celui d’approcher le mystère de la vie et de la mort. D’un point de vue graphique encore, on retiendra quelques scènes magnifiques, celle notamment où Yacine emmène Samuel dans un endroit secret, sur les toits du Sacré-Cœur, ou encore celle du séjour à la montagne où le même Samuel admirera les étoiles en compagnie de Judith. Si le livre se termine de façon si incongrue qu’on ne saurait décrire ce que l’on ressent, nous laissant avec nos questionnements sur la personnalité de Samuel et ses aspirations, il faut bien convenir que des explications n’auraient été ici que pure redondance. La scène finale, très suggestive, évoque des bouts de verres brisés, ou d’un miroir peut-être, celui franchi par Samuel, lien judicieux entre rêve et réalité. Ainsi, la boucle est bouclée, et l’on referme l’ouvrage en se disant que, oui, on est infiniment reconnaissant à son auteur de nous avoir fait partager les nobles et sublimes visions de son Spectateur, au milieu des brumes obscures de la condition humaine.

14/03/2022 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

N'ayant rien lu de l'histoire avant d'ouvrir cet album, j'ai été plutôt surpris car le titre laissait espérer de grands voyages. Il y en aura mais dans le nord de la France et en Belgique où un vieux notaire à la retraite remonte dans sa Triumph pour mener une enquête sur les traces de son voisin mythomane qui vient de passer l'arme à gauche. Même si au départ il ne veut pas s'en mêler, il fait tout pour chercher un éventuel héritier et en découvre de belles sur son ami. Il s'en veut d'avoir cru à toutes ses fadaises aveuglé par les exploits d'un homme si différent de lui - conventionnel et pépère, hypocondriaque et casanier. Une histoire bien troussée, avec de bons dialogues, qu'on parcourt d'une traite. Elle mêle tous les éléments qu'il faut, de l'émotion, de l'humour.

14/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Madame (Nancy Peña)
Madame (Nancy Peña)

La série Madame met en valeur tout le talent de Nancy Peña, à la fois graphique et humoristique. L'autrice/auteure nous propose une succession de petits billets drôles où elle se met en scène avec sa chatte Madame. Son trait fin et élégant crèe de l'art à partir de situations frustrantes que l'on peut connaître avec un animal domestique ou un bébé . En effet, on les chérit malgré le potentiel infini de bêtises qu'ils sont capables d'imaginer. Le rythme est rapide, les histoires très inventives avec des chutes pleines d'un humour assez intello. C'est surtout vrai avec le T3 qui doit reprendre des thèmes de l'actualité traitée par "Le Monde", journal dont Nancy Peña était une collaboratrice. Cela me rappelle l'esprit des billets de Claude Sarraute en dernière page et surtout, première chose que je lisais pour me mettre un sourire aux lèvres. Ces billets sont remplis d'autodérisions et montrent que sans une légèreté d'esprit, des situations souvent très lourdes ou frustrantes seraient difficiles à supporter. La légèreté ne retire pas la profondeur.

14/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut
Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut

Étonnant de retrouver cette série chez Fluide Glacial, tant on est ici très éloigné de la franche déconne (de l’humour même !), ou du type de dessins souvent employés par les auteurs maison. En tout cas, cet auteur turc (que je découvre ici) est à suivre, tant j’ai aimé ces petites histoires (qu’il présente comme des contes). Des contes cruels, voire très cruels alors, où le fantastique, un chouia d’humour noir, habitent personnages et intrigues. Aucune histoire n’est ratée, celles-ci allant du pas mal à l’excellent. Toutes sont intrigantes. Et surtout cela se renouvelle suffisamment pour que le lecteur soit captivé et ne se lasse pas. Car Ersin Karabulut varie son style graphique (remarque valable pour le dessin, mais aussi pour la colorisation), et fait feu de tout bois dans ses histoires courtes, qui développent un univers que j’ai trouvé très noir et pessimiste, une vision corrosive de notre société (la société de consommation – avec une prise en main de tous les pans de nos sociétés par des gafams – ici une sorte d’Apple omniprésente, mais aussi l’intolérance face aux différences – politiques ou physiques, le mal être, etc., les sujets sont très variés). C’est noir, grinçant, mais toujours bien construit – et bien dessiné, donc voilà une lecture recommandable.

14/03/2022 (modifier)