Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. Le résultat est un ouvrage salutaire et indispensable, de nature à faire avancer le schmilblick politique et peut-être réduire un tant soit peu le taux d’abstention qui en France ne cesse de croître d’élection en élection…
Une fois passée la courte et édifiante introduction montrant Macron implorant la larme à l’œil un parterre de financiers pour l’aider à financer sa campagne de 2017, tout commence un peu à la manière d’un film d’espionnage, avec la rencontre « incognito » des deux journalistes avec un mystérieux Monsieur X, imper, chapeau, écharpe et lunettes rouges, dont on saura seulement qu’il a « tout vu de l’arrière-boutique des partis sous la Ve République ». Des valises de billets aux origines douteuses, des fonds spéciaux Matignon ou de la Françafrique, l’homme, dont la fonction lui a permis de côtoyer les hautes sphères, semble en connaître un rayon sur la question sulfureuse du financement des partis politiques ! Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon…
En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts.
Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique :
- Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts.
- Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts.
Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts.
S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?).
« Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député.
Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Ces deux contes fantastiques forment un ensemble complémentaire l'un à l'autre. C'est probablement l'une des premières oeuvres de Nicolas Wild qui fera merveille par la suite dans un autre registre plus documentaire.
J'ai toutefois bien aimé cette création en coopération avec Boulet et Lucie Albon. On peut lire les albums dans un ordre quelconque car ils ne représentent pas une suite au sens premier du terme même si on retrouve dans Simon des références à Marc.
La logique veut donc de commencer par Marc surtout pour comprendre le personnage clé de Séverine qui fait le lien entre les deux albums.
Pourtant le préface de Charles Berberian se trouve chez Simon. Préface très intéressante qui revient sur le rôle fondamental du conte dans l'établissement des cohésions nationales au niveau de l'intellectuel, de la croyance ou des angoisses communes.
Les auteurs reprennent le schéma archi classiques du génie dans la lampe. Mais ici le génie est un brin pervers et on sent chez lui une volupté à prendre à défaut même les meilleures intentions pour nous montrer les limites de la vanité humaine.
Marc, un enfant, fait un voeu égoïste. Simon, un soignant bénévole, choisit un voeu altruiste presque christique. A partir de là les scénaristes nous entrainent dans deux chemins bien différents. À la folie bien drôle du voeu de Marc répond une gestion plus mûre de Simon qui y découvrira ce qu'il n'attendait pas.
J'ai beaucoup aimé le trait de Lucie Albon. Un trait gras à la fois énigmatique et très sensuel. Ce mélange et une mise en couleur adéquate permet de rendre l'atmosphère fantastique crédible et intéressante.
Comme tous les contes, le voeu de Marc et le voeu de Simon portent leur morale.
Une lecture que j'ai bien appréciée.
Oh que oui ! Pourtant fatigué en démarrant la lecture, j'ai avalé ces 2 tomes très facilement.
Deux tomes, deux hommes, deux histoires. Mais l'ensemble est d'une superbe homogénéité. Qu'est ce qui relie nos 2 protagonistes à travers leurs péripéties? Le lieu tout d'abord, New-York. Et puis l'époque, dernier mois de la prohibition. Et finalement les personnages rencontrés, que chacun finit par confronter, avec chacun leurs raisons.
Le scénario est assez classique en soi, mais que c'est efficace! Et puis très fluide, tendu en permanence avec toute cette ambiance mafieuse menaçante en plein cœur des quartiers brumeux. Le dessin est super clean et se magnifie dans le deuxième tome je trouve. Le texte est quali, on retrouve une narration comme on aime dans ce genre pour le premier tome, avec la discours assez brut du boxeur qui retourne vers son passé. Le second tome est autrement intéressant, avec ce génie du blues, jeune et naïf, qui se lance dans son avenir. Ils sont assez passionnants à suivre parce-que tout deux savent ce qu'ils veulent, et leur rencontre génère des surprises et rebondissements assez haletants. Vraiment un régal de ne ressentir aucun accrocs.
Il y a bien sûr des petits croisements anecdotiques entre eux, mais l'histoire plus générale sur le crépuscule de la prohibition mérite également d'être retenue. Le passé et le futur se confronte non plus entre nos 2 personnages principaux, mais aussi entre le mafieux de la "vieille école" italienne et le merdeux qui a su devenir puissant grâce à son "rêve américain". Et puis on retrouve ce thème où l'on se demande si ça sert à quelque chose d'apprécier davantage un chef mafieux qui a du goût et qui respecte des codes par rapport à un escroc véritable qui ne respecte rien ni personne. Ce mythe dans lequel on plonge si facilement.
Et puis graphiquement c'est génial, parfaitement adapté. Peu de couleurs, beaucoup d'ombres bien dosées, la pluie qui tombe, les superbes pleines pages (wouaahh le tome 2!!).
J'adhère! C'est divertissant, mais pas que!
Ca mérite d'être lu à coup sûr, l'achat est complètement recommandable pour qui aime le genre mafioso.
J'avais lu le premier album à sa sortie en 2017 juste après L'Iliade dans cette collection Sagesse des Mythes, et puis j'ai préféré attendre la sortie des 3 autres pour pouvoir lire cette Odyssée dans son entiéreté ; manque de bol, en bibli à chaque fois depuis des mois les 2 derniers albums n'étaient jamais dispos, il m'a fallu attendre longtemps, mais j'ai enfin réussi à tout lire en continuité, car pour ce genre de récit, je n'aime pas attendre 1, 2 ou 3 ans entre chaque tome.
Véritable récit initiatique, l'Odyssée d'Homère est aussi un conte merveilleux à la fois effrayant, plein de périls et fabuleux qui confronte des hommes au monde grec antique peuplé de créatures dangereuses et où les Dieux prennent plaisir à jouer de la faiblesse humaine ; pour eux, c'est comme une partie d'échecs qu'ils contrôlent depuis l'Olympe pour tromper leur ennui.
Ce voyage de retour après le siège de Troie est une épreuve pour Ulysse qui a déclenché d'abord la colère de Zeus et surtout celle de Poseïdon, d'où les nombreux obstacles qui ponctuent le retour vers Ithaque. Il ne fallait pas moins de 4 tomes pour dépeindre la totalité de toutes ces épreuves, elles s'enchaînent souvent sans trop de lien, mais toutes les péripéties connues sont ainsi décrites de façon ni trop rapide, ni trop longue, on y retrouve les principales : l'affrontement avec le cyclope Polyphème, l'île des Lotophages, l'île de Circé, l'île de Calypso, le passage de Charybde et Scylla, l'épisode des Sirènes, la rencontre avec le dieu des vents Eole, l'épisode du bétail du dieu Hélios, l'épisode des Enfers où Ulysse croise les ombres des héros morts à Troie etc... jusqu'à l'arrivée incognito à Ithaque avec les retrouvailles de Télémaque et de Pénélope, et surtout le massacre des prétendants.
Dans la Mythologie, j'aime particulièrement cet épisode, il est très important, avec le coup de l'arc d'Ulysse à bander, épreuve impossible pour ces arrogants prétendants dont Antinoos et Eurymaque sont les plus vils, il ne fallait donc pas rater ce passage, et je trouve le résultat bien rendu et très sanglant. D'ailleurs, au sujet du dessin, je précise que je préfère celui de Lorusso (qui a déja oeuvré sur Persée et la Gorgone Méduse et d'autres Bd que j'ai appréciées), je le trouve plus appliqué, avec plus de vie et plus grandiose. Bon attention, j'aime bien aussi le dessin de Baiguera qui prend le relais au tome 2, mais je le trouve moins soigné, il offre de belles pages et un dessin correct, mais il y a moins de vie et moins d'ampleur ; il est dommage que Lorusso n'ait pu tout dessiner.
Parmi les épisodes de cette Odyssée, on y voit même certains secondaires ou qui sont peu représentés dans les différentes versions ciné ou en BD, tel celui du vieux chien Argos (ou Argus selon les versions) qui reconnait Ulysse son ancien maître malgré son déguisement, et qui meurt de joie dans ses bras. Dans un des récits historiques du journal Tintin, Jean Torton avait illustré le retour d'Ulysse à Ithaque et avait aussi montré le chien Argus, c'est un petit épisode touchant.
Le seul truc que je n'ai pas aimé dans cette Bd, c'est la représentation des sirènes en d'horribles créatures ailées à moitié griffon et à moitié femme, ça n'est pas la représentation que je préfère, car il y a eu différentes représentations des sirènes, et personnellement je préfère celle des femmes à queue de poisson ou même celle de créatures à moitié dénudées mais au corps de femmes, or là on dirait carrément des harpyes. Et les harpyes, c'est Jason qui les a affrontées, pas Ulysse.
D'autre part, à défaut de montrer un Ulysse charismatique, les dessinateurs et Clotilde Bruneau ont exploité le côté antipathique et dur d'Ulysse, c'est conforme à ce que Homère a rapporté, car Ulysse a souvent été magnifié par le cinéma ou les légendes, on a souvent occulté sa cruauté et sa brutalité, d'ailleurs elle se révèle dans le massacre des prétendants, mais dans ce cas, elle est assez justifiée.
Voila donc une grande aventure et une belle adaptation rigoureuse et fidèle à Homère, même si elle manque un peu de souffle, et même si les 4 albums sont légèrement inégaux en qualité, les meilleurs étant les tomes 3 et 4.
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort.
L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs.
Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux.
L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire.
Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner.
Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution.
Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
Pour ma part, la lecture de cette série a été une véritable bonne surprise. Je me suis aperçu que je ne connaissais pas du tout la remarquable oeuvre de Mary Shelley qui, à 19 ans, a fait preuve d'une vision prophétique extraordinaire à contrecourant de son époque.
Loin d'une vision hollywoodienne, le scénario de Sergio Serra se calque au plus près du roman. Cela donne une série très littéraire avec une voix off très (trop ?) présente et une nette dominante de la pensée sur l'action.
Autant dire que la série pourtant assez courte ne se lit pas en cinq minutes tellement les thématiques de la morale, de la philosophie et de la science sont présentes dans l'ouvrage.
Ecrit en 1818, le texte est d'une modernité incroyable avec toutes les questions de bioéthiques qui traversent la société contemporaine.
Le graphisme conçu comme une sorte de huis clos sombre nous enferme dans le texte. Meritxell Ribas ne nous présente pas une créature si différente de son créateur. Sa vision graphique nous conduit à nous interroger sur l'identité du véritable monstre : la créature ou le créateur.
Ses personnages à la souplesse de liane mais aux visages de marionnettes en bois amplifient cette impression d'espace restreint comme sur une scène de théâtre.
Tout est aussi sombre que le coeur des deux principaux protagonistes, avec si peu de lumière qu'il faut parfois se rapprocher de sa lampe pour y voir clair.
Mais n'est-ce pas là le but ? C'est ce que nous a montré les dernières décennies, entre Science et Morale il y a des zones très obscures.
Une lecture pas si facile mais vraiment intéressante.
La couverture m’avait attiré lors de sa parution mais un feuilletage rapide m’avais refroidi. La faute au dessin et héros, comme Pol, je m’imaginais une œuvre trop axée jeunesse.
Le récent emprunt a réparé cette erreur, j’ai pris grand plaisir à me plonger dans cet univers. Ça me réconcilie avec la collection Terre de légendes.
Un 1er tome bien immersif avec une grande cohérence entre dessins, scénario et couleurs, c’est superbement réalisé. Bref une très bonne surprise à mes yeux (comme quoi ne jamais rester sur sa 1ère impression ;)
J’ai tout apprécié : des personnages attachants, une chouette histoire qui prend le temps (dit de manière très positive) et qui promet de bonnes choses, une pagination conséquente, une partie graphique qui m’a finalement franchement attrapé.
On peut reprocher un certain classicisme mais le tout est d’une belle densité. Ça a bien matché avec moi, j’ai trouvé que c’était plein de fraîcheur, bravo aux autrices. Hâte de connaître la suite.
3,5+
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour.
Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci.
Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux…
En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
J’ai beaucoup aimé cette histoire d’homme invisible.
L’ambiance « petit village » est bien rendue, les personnages sont bien campés. L’apparition de cet étranger recouvert de bandages va venir perturber cette petite communauté remplie de secrets. Son amitié naissante et improbable avec Vickie offre un contrepoint intéressant aux réactions hostiles des locaux. Rien de bien original, certes, on retrouve la thématique de la peur de l’autre, mais l’intrigue est prenante et se lit bien, et la fin m’a beaucoup plu.
La mise en image est dans la lignée des œuvres intimistes de l’auteur, à savoir un trait esquissé élégant et un lavis bleu clair.
Un album très humain, que je recommande aux fans de l’auteur.
La couverture du tome 1 ne paie pas de mine, elle est même très confidentielle je trouve par son aspect sombre et n'incite pas au premier abord à lire cette Bd, mais c'est ignorer le contenu ; une fois plongé dans cette histoire, je n'avais vraiment plus envie d'en sortir tellement c'est bien calibré.
Ca commence comme une Bd d'aventure en décor exotique, avec des personnages immédiatement attachants, l'époque est située en 1972, mais c'est assez intemporel et ça pourrait se dérouler de nos jours, quoique ça permet de glisser une touche de féminisme typique des années 70. Et puis soudain, ça bascule dans le drame violent, mais un drame agrémenté de touches humoristiques sur un fond d'aventure de jungle amazonienne.
Loisel va à l'essentiel et ne s'encombre pas d'un scénario aux ramifications complexes, on découvre un monde sauvage et presque primitif avec le côté sordide et sombre de la nature humaine. Le dessin traduit bien tout ceci, Pont réussit à imprimer une ambiance envoûtante grâce à des cadrages larges, une bonne dynamique, un peu de sensualité, une nature luxuriante, de la violence brute qui rendent ce récit très prenant, j'ai nettement préféré son dessin ici à celui vu sur Où le regard ne porte pas....
Le tome 2 est aussi dense et captivant, Loisel déploie avec aisance son talent de conteur, l'aventure se complique un peu plus par rapport au début, puisqu'il y a plusieurs pistes narratives avec des changements de rythme efficaces, Loisel dévoile des informations petit à petit au fur et à mesure de la narration ; mais malgré tout ça, malgré cette chouette ambiance, ces péripéties et ces rebondissements, ça n'avance pas vite, la pagination est pourtant importante, mais on a une impression de faire du sur-place par endroits en faisant trainer l'action, c'est pas bien méchant, mais j'ai eu cette impression, je pense que Loisel aurait pu peut-être soit diminuer la pagination, soit élaborer son histoire en 2 tomes seulement, ça reste passionnant, mais au vu de ce qu'on a jusqu'à présent, le récit appelle une conclusion qui devra être en béton.
Enfin, je crois que Loisel a dû vivre la même période des seventies que moi, il devrait sérieusement réviser sa culture musicale, parce que Hôtel California est un mégatube de 1976, or là on est en 1972, c'est pas permis une erreur pareille, mais c'est un détail...
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Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. 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Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon… En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts. Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique : - Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts. - Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts. Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts. S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?). « Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député. Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Le Voeu de...
Ces deux contes fantastiques forment un ensemble complémentaire l'un à l'autre. C'est probablement l'une des premières oeuvres de Nicolas Wild qui fera merveille par la suite dans un autre registre plus documentaire. J'ai toutefois bien aimé cette création en coopération avec Boulet et Lucie Albon. On peut lire les albums dans un ordre quelconque car ils ne représentent pas une suite au sens premier du terme même si on retrouve dans Simon des références à Marc. La logique veut donc de commencer par Marc surtout pour comprendre le personnage clé de Séverine qui fait le lien entre les deux albums. Pourtant le préface de Charles Berberian se trouve chez Simon. Préface très intéressante qui revient sur le rôle fondamental du conte dans l'établissement des cohésions nationales au niveau de l'intellectuel, de la croyance ou des angoisses communes. Les auteurs reprennent le schéma archi classiques du génie dans la lampe. Mais ici le génie est un brin pervers et on sent chez lui une volupté à prendre à défaut même les meilleures intentions pour nous montrer les limites de la vanité humaine. Marc, un enfant, fait un voeu égoïste. Simon, un soignant bénévole, choisit un voeu altruiste presque christique. A partir de là les scénaristes nous entrainent dans deux chemins bien différents. À la folie bien drôle du voeu de Marc répond une gestion plus mûre de Simon qui y découvrira ce qu'il n'attendait pas. J'ai beaucoup aimé le trait de Lucie Albon. Un trait gras à la fois énigmatique et très sensuel. Ce mélange et une mise en couleur adéquate permet de rendre l'atmosphère fantastique crédible et intéressante. Comme tous les contes, le voeu de Marc et le voeu de Simon portent leur morale. Une lecture que j'ai bien appréciée.
Blue note
Oh que oui ! Pourtant fatigué en démarrant la lecture, j'ai avalé ces 2 tomes très facilement. Deux tomes, deux hommes, deux histoires. Mais l'ensemble est d'une superbe homogénéité. Qu'est ce qui relie nos 2 protagonistes à travers leurs péripéties? Le lieu tout d'abord, New-York. Et puis l'époque, dernier mois de la prohibition. Et finalement les personnages rencontrés, que chacun finit par confronter, avec chacun leurs raisons. Le scénario est assez classique en soi, mais que c'est efficace! Et puis très fluide, tendu en permanence avec toute cette ambiance mafieuse menaçante en plein cœur des quartiers brumeux. Le dessin est super clean et se magnifie dans le deuxième tome je trouve. Le texte est quali, on retrouve une narration comme on aime dans ce genre pour le premier tome, avec la discours assez brut du boxeur qui retourne vers son passé. Le second tome est autrement intéressant, avec ce génie du blues, jeune et naïf, qui se lance dans son avenir. Ils sont assez passionnants à suivre parce-que tout deux savent ce qu'ils veulent, et leur rencontre génère des surprises et rebondissements assez haletants. Vraiment un régal de ne ressentir aucun accrocs. Il y a bien sûr des petits croisements anecdotiques entre eux, mais l'histoire plus générale sur le crépuscule de la prohibition mérite également d'être retenue. Le passé et le futur se confronte non plus entre nos 2 personnages principaux, mais aussi entre le mafieux de la "vieille école" italienne et le merdeux qui a su devenir puissant grâce à son "rêve américain". Et puis on retrouve ce thème où l'on se demande si ça sert à quelque chose d'apprécier davantage un chef mafieux qui a du goût et qui respecte des codes par rapport à un escroc véritable qui ne respecte rien ni personne. Ce mythe dans lequel on plonge si facilement. Et puis graphiquement c'est génial, parfaitement adapté. Peu de couleurs, beaucoup d'ombres bien dosées, la pluie qui tombe, les superbes pleines pages (wouaahh le tome 2!!). J'adhère! C'est divertissant, mais pas que! Ca mérite d'être lu à coup sûr, l'achat est complètement recommandable pour qui aime le genre mafioso.
L'Odyssée (La Sagesse des Mythes)
J'avais lu le premier album à sa sortie en 2017 juste après L'Iliade dans cette collection Sagesse des Mythes, et puis j'ai préféré attendre la sortie des 3 autres pour pouvoir lire cette Odyssée dans son entiéreté ; manque de bol, en bibli à chaque fois depuis des mois les 2 derniers albums n'étaient jamais dispos, il m'a fallu attendre longtemps, mais j'ai enfin réussi à tout lire en continuité, car pour ce genre de récit, je n'aime pas attendre 1, 2 ou 3 ans entre chaque tome. Véritable récit initiatique, l'Odyssée d'Homère est aussi un conte merveilleux à la fois effrayant, plein de périls et fabuleux qui confronte des hommes au monde grec antique peuplé de créatures dangereuses et où les Dieux prennent plaisir à jouer de la faiblesse humaine ; pour eux, c'est comme une partie d'échecs qu'ils contrôlent depuis l'Olympe pour tromper leur ennui. Ce voyage de retour après le siège de Troie est une épreuve pour Ulysse qui a déclenché d'abord la colère de Zeus et surtout celle de Poseïdon, d'où les nombreux obstacles qui ponctuent le retour vers Ithaque. Il ne fallait pas moins de 4 tomes pour dépeindre la totalité de toutes ces épreuves, elles s'enchaînent souvent sans trop de lien, mais toutes les péripéties connues sont ainsi décrites de façon ni trop rapide, ni trop longue, on y retrouve les principales : l'affrontement avec le cyclope Polyphème, l'île des Lotophages, l'île de Circé, l'île de Calypso, le passage de Charybde et Scylla, l'épisode des Sirènes, la rencontre avec le dieu des vents Eole, l'épisode du bétail du dieu Hélios, l'épisode des Enfers où Ulysse croise les ombres des héros morts à Troie etc... jusqu'à l'arrivée incognito à Ithaque avec les retrouvailles de Télémaque et de Pénélope, et surtout le massacre des prétendants. Dans la Mythologie, j'aime particulièrement cet épisode, il est très important, avec le coup de l'arc d'Ulysse à bander, épreuve impossible pour ces arrogants prétendants dont Antinoos et Eurymaque sont les plus vils, il ne fallait donc pas rater ce passage, et je trouve le résultat bien rendu et très sanglant. D'ailleurs, au sujet du dessin, je précise que je préfère celui de Lorusso (qui a déja oeuvré sur Persée et la Gorgone Méduse et d'autres Bd que j'ai appréciées), je le trouve plus appliqué, avec plus de vie et plus grandiose. Bon attention, j'aime bien aussi le dessin de Baiguera qui prend le relais au tome 2, mais je le trouve moins soigné, il offre de belles pages et un dessin correct, mais il y a moins de vie et moins d'ampleur ; il est dommage que Lorusso n'ait pu tout dessiner. Parmi les épisodes de cette Odyssée, on y voit même certains secondaires ou qui sont peu représentés dans les différentes versions ciné ou en BD, tel celui du vieux chien Argos (ou Argus selon les versions) qui reconnait Ulysse son ancien maître malgré son déguisement, et qui meurt de joie dans ses bras. Dans un des récits historiques du journal Tintin, Jean Torton avait illustré le retour d'Ulysse à Ithaque et avait aussi montré le chien Argus, c'est un petit épisode touchant. Le seul truc que je n'ai pas aimé dans cette Bd, c'est la représentation des sirènes en d'horribles créatures ailées à moitié griffon et à moitié femme, ça n'est pas la représentation que je préfère, car il y a eu différentes représentations des sirènes, et personnellement je préfère celle des femmes à queue de poisson ou même celle de créatures à moitié dénudées mais au corps de femmes, or là on dirait carrément des harpyes. Et les harpyes, c'est Jason qui les a affrontées, pas Ulysse. D'autre part, à défaut de montrer un Ulysse charismatique, les dessinateurs et Clotilde Bruneau ont exploité le côté antipathique et dur d'Ulysse, c'est conforme à ce que Homère a rapporté, car Ulysse a souvent été magnifié par le cinéma ou les légendes, on a souvent occulté sa cruauté et sa brutalité, d'ailleurs elle se révèle dans le massacre des prétendants, mais dans ce cas, elle est assez justifiée. Voila donc une grande aventure et une belle adaptation rigoureuse et fidèle à Homère, même si elle manque un peu de souffle, et même si les 4 albums sont légèrement inégaux en qualité, les meilleurs étant les tomes 3 et 4.
Perpendiculaire au soleil
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort. L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs. Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux. L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire. Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner. Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution. Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
Frankenstein ou le Prométhée moderne
Pour ma part, la lecture de cette série a été une véritable bonne surprise. Je me suis aperçu que je ne connaissais pas du tout la remarquable oeuvre de Mary Shelley qui, à 19 ans, a fait preuve d'une vision prophétique extraordinaire à contrecourant de son époque. Loin d'une vision hollywoodienne, le scénario de Sergio Serra se calque au plus près du roman. Cela donne une série très littéraire avec une voix off très (trop ?) présente et une nette dominante de la pensée sur l'action. Autant dire que la série pourtant assez courte ne se lit pas en cinq minutes tellement les thématiques de la morale, de la philosophie et de la science sont présentes dans l'ouvrage. Ecrit en 1818, le texte est d'une modernité incroyable avec toutes les questions de bioéthiques qui traversent la société contemporaine. Le graphisme conçu comme une sorte de huis clos sombre nous enferme dans le texte. Meritxell Ribas ne nous présente pas une créature si différente de son créateur. Sa vision graphique nous conduit à nous interroger sur l'identité du véritable monstre : la créature ou le créateur. Ses personnages à la souplesse de liane mais aux visages de marionnettes en bois amplifient cette impression d'espace restreint comme sur une scène de théâtre. Tout est aussi sombre que le coeur des deux principaux protagonistes, avec si peu de lumière qu'il faut parfois se rapprocher de sa lampe pour y voir clair. Mais n'est-ce pas là le but ? C'est ce que nous a montré les dernières décennies, entre Science et Morale il y a des zones très obscures. Une lecture pas si facile mais vraiment intéressante.
Les Songes du roi griffu
La couverture m’avait attiré lors de sa parution mais un feuilletage rapide m’avais refroidi. La faute au dessin et héros, comme Pol, je m’imaginais une œuvre trop axée jeunesse. Le récent emprunt a réparé cette erreur, j’ai pris grand plaisir à me plonger dans cet univers. Ça me réconcilie avec la collection Terre de légendes. Un 1er tome bien immersif avec une grande cohérence entre dessins, scénario et couleurs, c’est superbement réalisé. Bref une très bonne surprise à mes yeux (comme quoi ne jamais rester sur sa 1ère impression ;) J’ai tout apprécié : des personnages attachants, une chouette histoire qui prend le temps (dit de manière très positive) et qui promet de bonnes choses, une pagination conséquente, une partie graphique qui m’a finalement franchement attrapé. On peut reprocher un certain classicisme mais le tout est d’une belle densité. Ça a bien matché avec moi, j’ai trouvé que c’était plein de fraîcheur, bravo aux autrices. Hâte de connaître la suite. 3,5+
Hawkmoon
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour. Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci. Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux… En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
The Nobody (Monsieur Personne)
J’ai beaucoup aimé cette histoire d’homme invisible. L’ambiance « petit village » est bien rendue, les personnages sont bien campés. L’apparition de cet étranger recouvert de bandages va venir perturber cette petite communauté remplie de secrets. Son amitié naissante et improbable avec Vickie offre un contrepoint intéressant aux réactions hostiles des locaux. Rien de bien original, certes, on retrouve la thématique de la peur de l’autre, mais l’intrigue est prenante et se lit bien, et la fin m’a beaucoup plu. La mise en image est dans la lignée des œuvres intimistes de l’auteur, à savoir un trait esquissé élégant et un lavis bleu clair. Un album très humain, que je recommande aux fans de l’auteur.
Un putain de salopard
La couverture du tome 1 ne paie pas de mine, elle est même très confidentielle je trouve par son aspect sombre et n'incite pas au premier abord à lire cette Bd, mais c'est ignorer le contenu ; une fois plongé dans cette histoire, je n'avais vraiment plus envie d'en sortir tellement c'est bien calibré. Ca commence comme une Bd d'aventure en décor exotique, avec des personnages immédiatement attachants, l'époque est située en 1972, mais c'est assez intemporel et ça pourrait se dérouler de nos jours, quoique ça permet de glisser une touche de féminisme typique des années 70. Et puis soudain, ça bascule dans le drame violent, mais un drame agrémenté de touches humoristiques sur un fond d'aventure de jungle amazonienne. Loisel va à l'essentiel et ne s'encombre pas d'un scénario aux ramifications complexes, on découvre un monde sauvage et presque primitif avec le côté sordide et sombre de la nature humaine. Le dessin traduit bien tout ceci, Pont réussit à imprimer une ambiance envoûtante grâce à des cadrages larges, une bonne dynamique, un peu de sensualité, une nature luxuriante, de la violence brute qui rendent ce récit très prenant, j'ai nettement préféré son dessin ici à celui vu sur Où le regard ne porte pas.... Le tome 2 est aussi dense et captivant, Loisel déploie avec aisance son talent de conteur, l'aventure se complique un peu plus par rapport au début, puisqu'il y a plusieurs pistes narratives avec des changements de rythme efficaces, Loisel dévoile des informations petit à petit au fur et à mesure de la narration ; mais malgré tout ça, malgré cette chouette ambiance, ces péripéties et ces rebondissements, ça n'avance pas vite, la pagination est pourtant importante, mais on a une impression de faire du sur-place par endroits en faisant trainer l'action, c'est pas bien méchant, mais j'ai eu cette impression, je pense que Loisel aurait pu peut-être soit diminuer la pagination, soit élaborer son histoire en 2 tomes seulement, ça reste passionnant, mais au vu de ce qu'on a jusqu'à présent, le récit appelle une conclusion qui devra être en béton. Enfin, je crois que Loisel a dû vivre la même période des seventies que moi, il devrait sérieusement réviser sa culture musicale, parce que Hôtel California est un mégatube de 1976, or là on est en 1972, c'est pas permis une erreur pareille, mais c'est un détail...