Je n'ai pas eu la même lecture que Erik et j'ai bien aimé cette lecture. En premier lieu les récits ayant Mayotte pour cadre sont rares.
C'est le dernier département à avoir rejoint la République, il y a quelques années après un référendum. C'est probablement le département le plus pauvre de France. Malgré cela il représente le mirage de la richesse européenne à portée de main pour beaucoup d'Africains de l'est et surtout pour des Comoriens. Comme le montre le récit de Gaël Henry, la population qui arrive est souvent analphabète et son cadre de vie reste attaché aux traditions souvent perçues comme des superstitions par les Européens. C'est ce qui arrive au pauvre bébé Moïse qui est vairon. Mais pour la maman c'est un signe du diable et de malédiction.
A la suite de son abandon le petit Moïse est recueilli par Marie, gentille infirmière stérile et ils vont vivre en vase presque clos. Il reçoit une éducation de petit Français Blanc ce qui l'éloigne de sa communauté d'origine.
J'ai beaucoup aimé cette quête identitaire de Moïse qui le conduit à plonger dans l'enfer du pire bidonville de Mayotte. Sa rencontre avec Bruce caïd du bidonville mais superstitieux devant un oeil vert, permet de créer une atmosphère dramatique très saisissante même si la structure du récit travail en flash-back.
Je n'ai pas pu m'empêcher d'éprouver beaucoup d'empathie pour ce personnage sans repère stable, comme on en rencontre de plus en plus dans nos villes. Ce sont des proies faciles pour des prédateurs malveillants.
La fin reste ouverte dans une intensité dramatique à son maximum.
Le graphisme de Gaël peut sembler un peu naïf mais il porte bien ce récit africain. J'y ai retrouvé le style de beaucoup de dessinateurs du continent. Il y a beaucoup d'expressivité et un rythme élevé.
Une bonne lecture dépaysante et bien construite. 3.5
J'ai dévoré les 336 pages de l'oeuvre de Pedrosa avec une grande facilité tellement j'ai été séduit par la finesse du récit. Pedrosa est passé maître dans l'art des récits intimistes.
La thématique des destins croisés qui se retrouvent au même endroit est un grand classique du cinéma et de la littérature. La construction d'un tel enchevêtrement de destins doit se faire avec beaucoup de doigté. C'est le cas ici. Pedrosa évite les nombreux écueils d'un tel scénario. Il réussit à créer des situations qui rendent crédibles les rencontres, et qui équilibrent l'intérêt que j'ai porté aux personnages.
En général je ne suis pas très fan du mélange de planches de BD et de récit littéraire. Mais ici l'artifice de l'arrêt sur image et la fluidité de l'écriture de Pedrosa ont pu créer un ensemble très cohérent et agréable à découvrir.
L'auteur introduit des thèmes qui lui sont chers : la finitude, le sens de la vie et la réponse psychologique ou spirituelle en face de la conscience de l'inéluctable destinée. J'aime bien l'humour triste sur la désillusion des lendemains qui chantent où sur la conscience écologique de notre époque.
À chaque nouvelle lecture je me laisse séduire par le graphisme de l'auteur. Ce n'est pourtant pas le style vers lequel j'ai le plus d'affinité mais la maitrise et le style de l'artiste sont si aboutis que Pedrosa m'entraîne dans cette ambiance intimiste un brin nostalgique du théâtre de nos vies.
En contrepoint de la couverture nimbée d’une douceur toute méditerranéenne, le titre, « Maltempo », se place comme un bémol. « Maltempo », c’est d’abord le patronyme de Mimmo, ce jeune garçon qui s’accroche à son rêve de devenir une star du rock, et qui se traduit par « mauvais temps ». Mais ce terme italien pourrait suggérer aussi, en référence à un langage musical universel, le mauvais tempo, cette « cassure rythmique » qui freine Mimmo dans son ascension vers la célébrité, et parallèlement vers cette liberté qui lui permettrait de s’extirper définitivement d’un quotidien miné par la misère et le désœuvrement, des maux accentués par la mafia. Une plaie sociale systémique qui, comme le souligne discrètement Alfred au cours du récit, réveille la nostalgie d’une période politique autant fantasmée qu’infamante, le fascisme italien sous Mussolini, réincarné récemment avec l’arrivée au pouvoir de Georgia Meloni.
Malgré ce contexte social peu engageant, ce dernier volet de la fameuse trilogie italienne d’Alfred vient nous enchanter comme les deux précédents. Si comme le suggère la chanson, la misère est moins dure au soleil, elle n’en est pas moins âpre, et le charme du décor, évident pour le lecteur vivant dans des contrées à la météo moins souriante, ne suffit pas à remplir les estomacs. Ce que semble nous dire Alfred, c’est peut-être de nous méfier des cartes postales !
Pourtant, on ne va pas bouder son plaisir ! L’auteur, qui par sa trilogie — où chaque histoire se lit indépendamment, il est bon de le préciser — a cherché à raviver ses souvenirs d’enfance dans l’Italie d’où son père était originaire, nous propose une histoire belle et simple. « Maltempo », c’est un conte de fées moderne où la seule baguette magique est contenue dans les rêves de Mimmo, des rêves très puissants qui vont se livrer à une sorte de match avec un destin revêche, symbolisé par cette meute de chiens errants au regard malveillant n’apparaissant que dans l’imagination du jeune garçon. Une fois de plus, l’auteur a conçu une galerie de personnages très bien campés, parmi lesquels on n’oubliera pas l’adorable gamin à la tignasse afro, qui n’hésitera pas à jouer David contre Goliath face aux tourmenteurs de Mimmo…
Comme pour Come Prima et Senso, le décor évoquant cette Italie est presque un personnage à lui seul, mais aussi une véritable invitation au rêve, ainsi qu’un hommage, conscient ou pas, aux origines paternelles de l’auteur. Le dessin y est évidemment pour beaucoup, avec cette ligne claire stylisée que vient sublimer la palette de couleurs lumineuses et nuancées de Laurence Croix, qui sait moduler les atmosphères en fonction des heures du jour ou de la nuit, provoquant en nos rétines un délicieux enchantement faisant oublier la rigueur du contexte lié au récit. Assurément, l’enfer sait mentir et peut aussi se parer des plus beaux atours.
« Maltempo » vient compléter harmonieusement ce somptueux puzzle à trois pièces. Alfred réussit de nouveau à nous émerveiller avec un ouvrage rafraichissant et vibrant d’électricité grâce aux riffs telluriques de Mimmo, star du rock en devenir… Un des très beaux albums de l’année 2023, tout simplement.
Un huis clos à l’ambiance bien glauque, comme on les aime. Douze personnages se retrouvent dans un grand hôtel d’une station de montagne. Chacun est identifié avec un numéro et personne ne semble savoir quel est le but de cette étrange réunion. Lentement, la tension monte en puissance. Les liens entre eux se précisent et il est clair que certains ne s’apprécient pas. Une violence à peine contenue remonte à la surface. Soudain, le scénario bascule mais je ne vous en dirai pas plus...
J’ai vraiment beaucoup apprécié la lenteur avec laquelle le récit se met en place. La complexité de la situation et le déroulement de l’histoire jusqu’au dénouement. Au-delà du polar, cet album est une ambiance et c’est réussi !
Le dessin est soigné et a du caractère. Chaque personnage semble étudié avec attention de même que le découpage très réussi. Un moment de lecture bien mystérieux.
Une BD que je trouve pas si évidente à appréhender, j’ai attendu l’emprunt pour la lire.
Le graphisme tout d’abord, quelques couleurs qui peuvent paraître osées et un trait que je trouve un peu spécial, le tout fait un peu fouillis au premier abord. Il m’a fallu quelques pages avant de m’immerger et de voir ses qualités, je ne vais pas dire que j’ai succombé totalement mais il y a clairement un truc de positif.
Une fois « dompté » le dessin, il faut maintenant déchiffrer l’histoire et l’univers, j’étais un peu perdu au début je dois l’avouer. L’auteur ne révolutionne pas les récits de Fantasy mais rend la tâche légèrement complexe pour le lecteur, il met en scène de nombreux personnages et lieux … finalement preuve d’un belle richesse.
Une fois tous ces éléments bien digérés, la magie opère, hâte de voir où le récit va nous emmener.
Prêt pour un voyage comme aucun autre ?
La ville de Bunkerville ne se situe sur aucune carte, elle est sur une île protégée par un épais brouillard. Une ville construite il y a 150 ans par un riche industriel, il voulait offrir à son fils, atteint de trouble mental, une vie normale. Il ira jusqu'à vider plusieurs asiles pour peupler la cité. Dans un univers steampunk, une Cité-État totalitaire mécanisée au bord du naufrage.
Et c'est dans ce lieu étrange que se réveille Laurel après sa tentative de noyade suite à la mort de sa bien aimée.
Il va s'en suivre une histoire burlesque et grotesque portée par un certain onirisme mais aussi par un humour absurde qui joue sur les mots et les quiproquos.
Un récit fantastique qui penche sur le conte, j'y ai trouvé des références à Alice au pays des merveilles, et qui nous emmène entre rêves et folie. Quid du rêve et quid de la folie ? Pascal Chind et Benjamin Legrand jouent sur les deux tableaux et si au début du récit tout paraît clair (si l'on peut dire), la conclusion ouvre de nouvelles portes.
L'ambiance inquiétante qui règne tout le long du récit doit beaucoup à Vicenzo Balzano. Sa composition graphique est sublime, un trait fébrile mais puissant associé à de magnifiques aquarelles dans des tons pastels avec une palette réduite de couleurs. Et que dire de la couverture...
Envoûtant !
Un récit brumeux et déroutant qui repose sur l'ambiance qui s'en dégage, teinté de surréalisme où chacun en fera son interprétation.
J'ai eu une très bonne surprise en lisant cette série. Simon Lamouret a eu une idée très originale en nous contant ce quotidien d'un chantier de construction en Inde.
L'auteur nous livre un récit intimiste très touchant et criant de vérité avec ces différents personnages socialement et ethniquement très différents mais unis autour d'un projet commun et l'amour du beau travail.
J'ai pu y lire aussi une parabole sur une Inde moderne qui ne renie pas ses traditions mais qui s'élève (comme l'immeuble) par ses propres moyens vers des réalisations impeccables. Le récit tissé autour du groupe Salma, Rafik et Mehboob est bien construit et très fluide.
Je me suis attaché très vite aux petites anecdotes qui font le quotidien des aléas d'un chantier et à celles dues à la promiscuité d'une vie au jour le jour dans des conditions précaires peu imaginables en France. J'ai senti l'empathie de l'auteur pour ses personnages, empathie qu'il réussit très bien à transmettre.
Le graphisme semble un peu naïf au premier abord mais après quelques planches cela m'a fait rentrer de plein pied dans cet univers cosmopolite et coloré de l'Inde. De plus il y a un côté documentaire sur des épisodes de la construction et de l'élévation de "L'Alcazar" que j'ai bien apprécié.
Une belle lecture originale pour une oeuvre qui se démarque de façon très plaisante.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette ancienne série assez méconnue. Les trois épisodes nous emmènent dans le monde des Truckers dans un thriller bien construit et qui m'a tenu en haleine tout du long.
J'ai trouvé le scénario de Roger Brunel très bien élaboré autour de deux thématiques distinctes que l'auteur réussit très bien à harmoniser. Il y a d'abord un petit côté doc sur les camionneurs américains vus comme une sorte de fraternité reliée par la cibi.
Puis l'auteur superpose une intrigue très dynamique autour de Tomah, le chauffeur, et de la belle Dan dans le monde abject de la pornographie criminelle. Je rappelle que dans ces fins d'années 80, le monde découvrait avec horreur les affaires de pédophilie et de snuff movies.
Brunel sait construire une ambiance très crédible autour de cette thématique même s’il reste assez discret sur le visuel (heureusement).
Bien sûr le récit est propre à suggérer un érotisme plus ou moins soft surtout dans les deux premiers tomes. Cela donne une lecture plutôt adulte mais sans vulgarité.
Le graphisme de Mounier un peu chargé et hachuré dans les deux premiers tomes se fluidifie au tome 3. Cela donne plus de profondeur aux personnages qui gagnent en maturité dans la troisième partie malgré tout un peu plus conventionnelle.
Une lecture très plaisante dans un genre de thriller érotique et aventure bien réalisé.
J'ai bien apprécié ce premier tome proposé par Fruch. Le récit fantastique dans un monde parallèle, est assez commun. Tout comme la lutte entre bien et mal avec le petit Matt qui se découvre des dons de "Bienerrant". Toutefois l'auteur a bien réussi à m'accrocher grâce à un scénario bien construit et un dessin typé agréable.
Fruch place son récit dans trois univers distincts : une mégalopole moderne d'où vient Matt, un village rupestre de type alpin où il rencontre Diana et une forêt accidentée où Matt découvre le petit peuple.
Le récit est bien adapté à un jeune public. La narration est fluide et d'un bon niveau malgré quelques insultes entre les parents. C'est dommage que les auteurs qui destinent leurs créations à un très large public ne fassent pas plus attention au vocabulaire employé par endroit. Ce n'est pas si difficile d'élever son niveau de langage quand on sait que les instits et les manuels proscrivent le langage familier à l'écrit.
Mise à part cette réserve, j'ai lu ce gentil récit avec plaisir.
De plus j'ai trouvé le graphisme de Fruch très attrayant. Les personnages sont bien dynamiques et expressifs et les extérieurs sont très soignés quel que soit l'univers où Matt se trouve.
De même la mise en couleur est bien recherchée pour coller aux différentes ambiances.
Une série qui commence bien et dont je poursuivrai la lecture.
Je connaissais bien l’existence des malgré-nous avant la lecture de cette BD. Ils avaient notamment participé au massacre d’Oradour-sur-Glane. Mais j’ignorais à quel point ils étaient coincés par le régime nazi. Qu’il leur fut impossible de refuser leur enrôlement semble évident de la part d’un tel régime mais qu’ils n’aient même pas eu la possibilité de déserter, de se suicider ou simplement d’essayer d’éviter de massacrer des civils sous peine de très lourdes sanctions envers eux-mêmes ou leur famille, ça je l’ai découvert par cette BD.
Certains commentaires disent qu’ils avaient le choix. C’est mal comprendre dans quelle situation diabolique ils se trouvaient. Il est très facile de les juger quand on est sagement assis dans son fauteuil des décennies après la guerre.
Cette BD est d’excellente qualité tant pour son scénario que pour son dessin mais l’absence de nuances entre les deux protagonistes principaux (le soldat massacreur mais victime du système et le juge incrédule et très partial) m’empêche de mettre la cote maximum.
La réalité devait vraisemblablement être plus nuancée et la plupart des soldats – qu’ils aient été malgré-nous ou non et qu’ils aient été dans l’un ou l’autre camp – ont sans doute dû commettre des choses pas très nettes. La guerre produit peu de héros irréprochables.
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Tropique de la violence
Je n'ai pas eu la même lecture que Erik et j'ai bien aimé cette lecture. En premier lieu les récits ayant Mayotte pour cadre sont rares. C'est le dernier département à avoir rejoint la République, il y a quelques années après un référendum. C'est probablement le département le plus pauvre de France. Malgré cela il représente le mirage de la richesse européenne à portée de main pour beaucoup d'Africains de l'est et surtout pour des Comoriens. Comme le montre le récit de Gaël Henry, la population qui arrive est souvent analphabète et son cadre de vie reste attaché aux traditions souvent perçues comme des superstitions par les Européens. C'est ce qui arrive au pauvre bébé Moïse qui est vairon. Mais pour la maman c'est un signe du diable et de malédiction. A la suite de son abandon le petit Moïse est recueilli par Marie, gentille infirmière stérile et ils vont vivre en vase presque clos. Il reçoit une éducation de petit Français Blanc ce qui l'éloigne de sa communauté d'origine. J'ai beaucoup aimé cette quête identitaire de Moïse qui le conduit à plonger dans l'enfer du pire bidonville de Mayotte. Sa rencontre avec Bruce caïd du bidonville mais superstitieux devant un oeil vert, permet de créer une atmosphère dramatique très saisissante même si la structure du récit travail en flash-back. Je n'ai pas pu m'empêcher d'éprouver beaucoup d'empathie pour ce personnage sans repère stable, comme on en rencontre de plus en plus dans nos villes. Ce sont des proies faciles pour des prédateurs malveillants. La fin reste ouverte dans une intensité dramatique à son maximum. Le graphisme de Gaël peut sembler un peu naïf mais il porte bien ce récit africain. J'y ai retrouvé le style de beaucoup de dessinateurs du continent. Il y a beaucoup d'expressivité et un rythme élevé. Une bonne lecture dépaysante et bien construite. 3.5
Les Equinoxes
J'ai dévoré les 336 pages de l'oeuvre de Pedrosa avec une grande facilité tellement j'ai été séduit par la finesse du récit. Pedrosa est passé maître dans l'art des récits intimistes. La thématique des destins croisés qui se retrouvent au même endroit est un grand classique du cinéma et de la littérature. La construction d'un tel enchevêtrement de destins doit se faire avec beaucoup de doigté. C'est le cas ici. Pedrosa évite les nombreux écueils d'un tel scénario. Il réussit à créer des situations qui rendent crédibles les rencontres, et qui équilibrent l'intérêt que j'ai porté aux personnages. En général je ne suis pas très fan du mélange de planches de BD et de récit littéraire. Mais ici l'artifice de l'arrêt sur image et la fluidité de l'écriture de Pedrosa ont pu créer un ensemble très cohérent et agréable à découvrir. L'auteur introduit des thèmes qui lui sont chers : la finitude, le sens de la vie et la réponse psychologique ou spirituelle en face de la conscience de l'inéluctable destinée. J'aime bien l'humour triste sur la désillusion des lendemains qui chantent où sur la conscience écologique de notre époque. À chaque nouvelle lecture je me laisse séduire par le graphisme de l'auteur. Ce n'est pourtant pas le style vers lequel j'ai le plus d'affinité mais la maitrise et le style de l'artiste sont si aboutis que Pedrosa m'entraîne dans cette ambiance intimiste un brin nostalgique du théâtre de nos vies.
Maltempo
En contrepoint de la couverture nimbée d’une douceur toute méditerranéenne, le titre, « Maltempo », se place comme un bémol. « Maltempo », c’est d’abord le patronyme de Mimmo, ce jeune garçon qui s’accroche à son rêve de devenir une star du rock, et qui se traduit par « mauvais temps ». Mais ce terme italien pourrait suggérer aussi, en référence à un langage musical universel, le mauvais tempo, cette « cassure rythmique » qui freine Mimmo dans son ascension vers la célébrité, et parallèlement vers cette liberté qui lui permettrait de s’extirper définitivement d’un quotidien miné par la misère et le désœuvrement, des maux accentués par la mafia. Une plaie sociale systémique qui, comme le souligne discrètement Alfred au cours du récit, réveille la nostalgie d’une période politique autant fantasmée qu’infamante, le fascisme italien sous Mussolini, réincarné récemment avec l’arrivée au pouvoir de Georgia Meloni. Malgré ce contexte social peu engageant, ce dernier volet de la fameuse trilogie italienne d’Alfred vient nous enchanter comme les deux précédents. Si comme le suggère la chanson, la misère est moins dure au soleil, elle n’en est pas moins âpre, et le charme du décor, évident pour le lecteur vivant dans des contrées à la météo moins souriante, ne suffit pas à remplir les estomacs. Ce que semble nous dire Alfred, c’est peut-être de nous méfier des cartes postales ! Pourtant, on ne va pas bouder son plaisir ! L’auteur, qui par sa trilogie — où chaque histoire se lit indépendamment, il est bon de le préciser — a cherché à raviver ses souvenirs d’enfance dans l’Italie d’où son père était originaire, nous propose une histoire belle et simple. « Maltempo », c’est un conte de fées moderne où la seule baguette magique est contenue dans les rêves de Mimmo, des rêves très puissants qui vont se livrer à une sorte de match avec un destin revêche, symbolisé par cette meute de chiens errants au regard malveillant n’apparaissant que dans l’imagination du jeune garçon. Une fois de plus, l’auteur a conçu une galerie de personnages très bien campés, parmi lesquels on n’oubliera pas l’adorable gamin à la tignasse afro, qui n’hésitera pas à jouer David contre Goliath face aux tourmenteurs de Mimmo… Comme pour Come Prima et Senso, le décor évoquant cette Italie est presque un personnage à lui seul, mais aussi une véritable invitation au rêve, ainsi qu’un hommage, conscient ou pas, aux origines paternelles de l’auteur. Le dessin y est évidemment pour beaucoup, avec cette ligne claire stylisée que vient sublimer la palette de couleurs lumineuses et nuancées de Laurence Croix, qui sait moduler les atmosphères en fonction des heures du jour ou de la nuit, provoquant en nos rétines un délicieux enchantement faisant oublier la rigueur du contexte lié au récit. Assurément, l’enfer sait mentir et peut aussi se parer des plus beaux atours. « Maltempo » vient compléter harmonieusement ce somptueux puzzle à trois pièces. Alfred réussit de nouveau à nous émerveiller avec un ouvrage rafraichissant et vibrant d’électricité grâce aux riffs telluriques de Mimmo, star du rock en devenir… Un des très beaux albums de l’année 2023, tout simplement.
Douze
Un huis clos à l’ambiance bien glauque, comme on les aime. Douze personnages se retrouvent dans un grand hôtel d’une station de montagne. Chacun est identifié avec un numéro et personne ne semble savoir quel est le but de cette étrange réunion. Lentement, la tension monte en puissance. Les liens entre eux se précisent et il est clair que certains ne s’apprécient pas. Une violence à peine contenue remonte à la surface. Soudain, le scénario bascule mais je ne vous en dirai pas plus... J’ai vraiment beaucoup apprécié la lenteur avec laquelle le récit se met en place. La complexité de la situation et le déroulement de l’histoire jusqu’au dénouement. Au-delà du polar, cet album est une ambiance et c’est réussi ! Le dessin est soigné et a du caractère. Chaque personnage semble étudié avec attention de même que le découpage très réussi. Un moment de lecture bien mystérieux.
Marécage
Une BD que je trouve pas si évidente à appréhender, j’ai attendu l’emprunt pour la lire. Le graphisme tout d’abord, quelques couleurs qui peuvent paraître osées et un trait que je trouve un peu spécial, le tout fait un peu fouillis au premier abord. Il m’a fallu quelques pages avant de m’immerger et de voir ses qualités, je ne vais pas dire que j’ai succombé totalement mais il y a clairement un truc de positif. Une fois « dompté » le dessin, il faut maintenant déchiffrer l’histoire et l’univers, j’étais un peu perdu au début je dois l’avouer. L’auteur ne révolutionne pas les récits de Fantasy mais rend la tâche légèrement complexe pour le lecteur, il met en scène de nombreux personnages et lieux … finalement preuve d’un belle richesse. Une fois tous ces éléments bien digérés, la magie opère, hâte de voir où le récit va nous emmener.
Bunkerville
Prêt pour un voyage comme aucun autre ? La ville de Bunkerville ne se situe sur aucune carte, elle est sur une île protégée par un épais brouillard. Une ville construite il y a 150 ans par un riche industriel, il voulait offrir à son fils, atteint de trouble mental, une vie normale. Il ira jusqu'à vider plusieurs asiles pour peupler la cité. Dans un univers steampunk, une Cité-État totalitaire mécanisée au bord du naufrage. Et c'est dans ce lieu étrange que se réveille Laurel après sa tentative de noyade suite à la mort de sa bien aimée. Il va s'en suivre une histoire burlesque et grotesque portée par un certain onirisme mais aussi par un humour absurde qui joue sur les mots et les quiproquos. Un récit fantastique qui penche sur le conte, j'y ai trouvé des références à Alice au pays des merveilles, et qui nous emmène entre rêves et folie. Quid du rêve et quid de la folie ? Pascal Chind et Benjamin Legrand jouent sur les deux tableaux et si au début du récit tout paraît clair (si l'on peut dire), la conclusion ouvre de nouvelles portes. L'ambiance inquiétante qui règne tout le long du récit doit beaucoup à Vicenzo Balzano. Sa composition graphique est sublime, un trait fébrile mais puissant associé à de magnifiques aquarelles dans des tons pastels avec une palette réduite de couleurs. Et que dire de la couverture... Envoûtant ! Un récit brumeux et déroutant qui repose sur l'ambiance qui s'en dégage, teinté de surréalisme où chacun en fera son interprétation.
L'Alcazar
J'ai eu une très bonne surprise en lisant cette série. Simon Lamouret a eu une idée très originale en nous contant ce quotidien d'un chantier de construction en Inde. L'auteur nous livre un récit intimiste très touchant et criant de vérité avec ces différents personnages socialement et ethniquement très différents mais unis autour d'un projet commun et l'amour du beau travail. J'ai pu y lire aussi une parabole sur une Inde moderne qui ne renie pas ses traditions mais qui s'élève (comme l'immeuble) par ses propres moyens vers des réalisations impeccables. Le récit tissé autour du groupe Salma, Rafik et Mehboob est bien construit et très fluide. Je me suis attaché très vite aux petites anecdotes qui font le quotidien des aléas d'un chantier et à celles dues à la promiscuité d'une vie au jour le jour dans des conditions précaires peu imaginables en France. J'ai senti l'empathie de l'auteur pour ses personnages, empathie qu'il réussit très bien à transmettre. Le graphisme semble un peu naïf au premier abord mais après quelques planches cela m'a fait rentrer de plein pied dans cet univers cosmopolite et coloré de l'Inde. De plus il y a un côté documentaire sur des épisodes de la construction et de l'élévation de "L'Alcazar" que j'ai bien apprécié. Une belle lecture originale pour une oeuvre qui se démarque de façon très plaisante.
Le Solitaire
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette ancienne série assez méconnue. Les trois épisodes nous emmènent dans le monde des Truckers dans un thriller bien construit et qui m'a tenu en haleine tout du long. J'ai trouvé le scénario de Roger Brunel très bien élaboré autour de deux thématiques distinctes que l'auteur réussit très bien à harmoniser. Il y a d'abord un petit côté doc sur les camionneurs américains vus comme une sorte de fraternité reliée par la cibi. Puis l'auteur superpose une intrigue très dynamique autour de Tomah, le chauffeur, et de la belle Dan dans le monde abject de la pornographie criminelle. Je rappelle que dans ces fins d'années 80, le monde découvrait avec horreur les affaires de pédophilie et de snuff movies. Brunel sait construire une ambiance très crédible autour de cette thématique même s’il reste assez discret sur le visuel (heureusement). Bien sûr le récit est propre à suggérer un érotisme plus ou moins soft surtout dans les deux premiers tomes. Cela donne une lecture plutôt adulte mais sans vulgarité. Le graphisme de Mounier un peu chargé et hachuré dans les deux premiers tomes se fluidifie au tome 3. Cela donne plus de profondeur aux personnages qui gagnent en maturité dans la troisième partie malgré tout un peu plus conventionnelle. Une lecture très plaisante dans un genre de thriller érotique et aventure bien réalisé.
Je suis un bienerrant
J'ai bien apprécié ce premier tome proposé par Fruch. Le récit fantastique dans un monde parallèle, est assez commun. Tout comme la lutte entre bien et mal avec le petit Matt qui se découvre des dons de "Bienerrant". Toutefois l'auteur a bien réussi à m'accrocher grâce à un scénario bien construit et un dessin typé agréable. Fruch place son récit dans trois univers distincts : une mégalopole moderne d'où vient Matt, un village rupestre de type alpin où il rencontre Diana et une forêt accidentée où Matt découvre le petit peuple. Le récit est bien adapté à un jeune public. La narration est fluide et d'un bon niveau malgré quelques insultes entre les parents. C'est dommage que les auteurs qui destinent leurs créations à un très large public ne fassent pas plus attention au vocabulaire employé par endroit. Ce n'est pas si difficile d'élever son niveau de langage quand on sait que les instits et les manuels proscrivent le langage familier à l'écrit. Mise à part cette réserve, j'ai lu ce gentil récit avec plaisir. De plus j'ai trouvé le graphisme de Fruch très attrayant. Les personnages sont bien dynamiques et expressifs et les extérieurs sont très soignés quel que soit l'univers où Matt se trouve. De même la mise en couleur est bien recherchée pour coller aux différentes ambiances. Une série qui commence bien et dont je poursuivrai la lecture.
Le Voyage de Marcel Grob
Je connaissais bien l’existence des malgré-nous avant la lecture de cette BD. Ils avaient notamment participé au massacre d’Oradour-sur-Glane. Mais j’ignorais à quel point ils étaient coincés par le régime nazi. Qu’il leur fut impossible de refuser leur enrôlement semble évident de la part d’un tel régime mais qu’ils n’aient même pas eu la possibilité de déserter, de se suicider ou simplement d’essayer d’éviter de massacrer des civils sous peine de très lourdes sanctions envers eux-mêmes ou leur famille, ça je l’ai découvert par cette BD. Certains commentaires disent qu’ils avaient le choix. C’est mal comprendre dans quelle situation diabolique ils se trouvaient. Il est très facile de les juger quand on est sagement assis dans son fauteuil des décennies après la guerre. Cette BD est d’excellente qualité tant pour son scénario que pour son dessin mais l’absence de nuances entre les deux protagonistes principaux (le soldat massacreur mais victime du système et le juge incrédule et très partial) m’empêche de mettre la cote maximum. La réalité devait vraisemblablement être plus nuancée et la plupart des soldats – qu’ils aient été malgré-nous ou non et qu’ils aient été dans l’un ou l’autre camp – ont sans doute dû commettre des choses pas très nettes. La guerre produit peu de héros irréprochables.