Les derniers avis (32286 avis)

Couverture de la série La Dernière Ombre
La Dernière Ombre

Voilà bien une histoire étrange, qui mêle certains aspects souvent liés à des récits jeunesse, à beaucoup de côtés très noirs. Ce mélange, cette alternance entre deux niveaux émotionnels, Filippi le poursuit du début à la fin. Ainsi l’entame est très dure, avec le mitraillage et la mort de plusieurs soldats, et la fin est digne d’un conte de fée, une sorte de happy end intemporel (et pour le coup sans lien avec l’Histoire dans laquelle se situe pourtant cette intrigue). Intrigue qui se déroule en Russie pendant la Première guerre mondiale. Des soldats russes, avec beaucoup de blessés, fuient les Allemands et cherchent à regagner leurs lignes. Sur leur chemin ils peuvent faire halte dans un manoir paumé au milieu de la forêt, où ils sont bien reçus par la baronne (moins par le baron !). Durant tout le récit la guerre est présente (plusieurs combats/massacres ont lieu), les officiers russes s’opposent, et certains cherchent à maximiser leurs chances de survie en employant des méthodes « brutales ». Et pourtant, la présence d’enfants maintient une autre version de l’histoire, plus en marge, plus merveilleuse, plus innocente. Au milieu de tout ça, Filippi amène du fantastique. J’ai un temps cru qu’il allait en abuser, mais pas du tout. Au contraire, il fait en sorte que tout redevienne crédible et « réel ». Le récit est agréable à lire, la narration est fluide, c’est rythmé. Et le dessin est lui aussi réussi. C’est un diptyque relativement original pour son sujet, et bien réalisé. Note réelle 3,5/5.

08/01/2024 (modifier)
Couverture de la série L'Afrique de papa
L'Afrique de papa

Cet ouvrage résonne particulièrement avec mon vécu même si je ne me retrouve pas du tout avec l'image désastreuse qu'Hyppolyte fait de son papa et de ses acolytes. Comme l'indique mon pseudo, mes attaches avec l'Afrique sont fortes, pas toujours faciles mais dans un esprit de construction équilibrée loin de l'image néo-colonialiste que nous dépeint Hyppolyte. L'auteur force probablement un peu le trait même si le tourisme sexuel sur certaines plages africaines est avéré depuis plusieurs décennies. Hyppolite partage sa présentation entre de belles photos de la pureté des corps et un récit graphique qui nous entraine dans la veulerie provoquée par l'illusion d'une supériorité donnée par l'argent. Hyppolite ne photographie jamais la prostitution mais la dessine avec une grande justesse. En effet ces hommes et ces femmes ne vendent que leur apparence avec des regards qui ont perdu l'illusion d'une relation sincère et durable. Le récit est court mais suffisant pour toucher à l'essentiel du message. L'auteur ne s'engage pas directement dans une confrontation, qu'il sait probablement vaine, avec ces vieux Blancs insupportables. Ma réserve serait que ces endroits, aussi détestables soient-ils, ne représentent pas toute l'Afrique ni tous les expatriés. J'ai bien aimé le graphisme même s’il semble inabouti et naïf. Hyppolite donne la priorité aux expressions corporelles harmonieuses chez les uns (même chez les prostitué(e)s) et veules chez les autres. Une façon subtile d'exprimer que la vraie richesse ne se situe pas dans son portefeuille. Une lecture qui m'a bougé, ce qui était l'objectif de l'auteur.

08/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame

Bien sympa cet album. J’avais découvert le duo d’auteurs avec Incroyable ! que j’avais apprécié sans succomber. Ici le sujet développé m’a bien plus intéressé, je lui trouve un côté plus universel. On retrouve bien leurs pattes, c’est fluide, léger et cette fois l’émotion a été au rendez vous. Ils semblent se faire une spécialité de la vision d’enfants sur certaines choses, c’est très bien amené et d’une belle sensibilité. Après les TOC, ils explorent le problème de surpoids à travers une institutrice et son élève. J’ai aimé les questionnements de Romain, un peu naïf mais pertinent et d’une belle humanité. Un album qui fait chaud au coeur.

08/01/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série It's lonely at the centre of the earth
It's lonely at the centre of the earth

Je ne savais trop à quoi m’attendre en débutant cet album encensé par les critiques (et nominé aux Eisner Awards). Des autobiographies un peu nombrilistes, j’en ai lu un paquet, et je trouve qu’il est difficile de proposer quelque chose de nouveau. Je ressors pourtant ravi de ma lecture. Zoe Thorogood a clairement du talent narratif à revendre, et une maturité assez hallucinante pour son âge (23 ans lors de la réalisation de cet album). Elle alterne des réflexions sur la vie d’une justesse incroyables et des passages plus légers et humoristiques qui m’ont souvent fait sourire voire exploser de rire. Elle saupoudre le tout d’une grosse dose d’autodérision qui la rend attachante, et quelqu’un à qui on peut vraiment s’identifier. Son graphisme est élégant, et mélange plusieurs styles et techniques, ce qui permet de renouveler le plaisir et d’éviter la monotonie graphique souvent associée à ce type d’œuvre. Bon, si vous êtes allergiques aux autobiographies un peu narcissistes, ce n’est pas cet album qui va vous réconcilier avec le genre… mais moi, j’ai adoré. Certains passages m’ont vraiment touché, et j’ai passé un excellent moment de lecture.

08/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Célestin et le coeur de Vendrezanne
Célestin et le coeur de Vendrezanne

J'ai lu les 3 tomes de cette série dans la semaine. Je pense qu'ils mériteraient de ne faire qu'une entrée sur le site de bdthèque et pas une par titre. En effet, l'unité de l'ensemble de cette oeuvre tant en style graphique, en atmosphère, en genre d'histoire et en personnages est trop forte pour les dissocier les unes des autres. Vous comprendrez, mon avis porte donc sur les trois bouquins. Ces oeuvres sont à la croisée de plusieurs genres de la fiction. Tout d'abord le réalisme fin 19ème (bienvenu chez Zola), teinté de romantisme idéaliste, largement pourvu de fantastique, et mené comme un thriller (très) sanglant voir sadique. Bien que les trois histoires soient longues, foisonnent de personnages et de sous intrigues, Gess a réussit à maintenir en équilibre tout cela sans être répétitif ou brouillon. On reste captivé jusqu'à la dernière page. Et la qualité des dessins ne faiblit pas sur la durée. C'est très très impressionnant.

07/01/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Celeste
Celeste

Juste un petit rappel : la seconde partie est parue (j'entends beaucoup sur France-Culture : "a" paru qui est sensé exprimer l'exceptionnalité de la chose, mais m'agace considérablement, vu que l'exception se répète à chaque heure de la programmation) et continue dans la même veine, je n'ai pas grand chose à ajouter sur mon premier avis qui étais déjà très long. Lorsqu'on aime un album, c'est souvent parce qu'il se relie à notre histoire par un biais ou un autre. Et souvent par plusieurs. C'est donc délicat de parler du livre sans parler de soi ... Et risquer d'être ennuyeux. Pour ceux qui ne sauraient pas qui est Celeste Albaret, c'était la gouvernante d'un écrivain dandy et exceptionnel : Marcel Proust. Il est resté au lit une bonne partie de sa courte vie et y a écrit une série psychologique et sociale sur le "monde" parisien du début du XXème siècle : La recherche du temps perdu. Il y décrit les salons parisiens, avec leurs hiérarchies de valeurs qui évoluent au fil du temps et des évolutions géopolitiques (première guerre mondiale notamment) au fil des mariages, des réussites et des échecs de chaque personnage. Son tableau navigue entre le portrait intérieur depuis l'enfance, en passant par l'adolescence du héros, jusqu'à la moquerie, pince sans rire, devant le ridicule passager des conventions sociales. On ne sait jamais vraiment s'il raconte sa vie ou s'il la réinvente complètement. Certains trouvent ce monde bien éloigné du nôtre mais en fait il y décrit aussi ce que chacun peut expérimenter en arrivant dans un groupe social donné, ses difficultés à y trouver sa place, à former un couple, à expérimenter des élans affectifs, qui s'avèrent aussi intenses que fluctuants et douloureux, il y explore les stratégies des personnages pour avancer dans la vie et vieillir, en se fatiguant, en s'accomplissant, en se compromettant, en se réinventant, en restant égal à soi-même. Bref toute une palette d'outils pour affronter la vie qui m'ont été fort utiles et m'ont accompagnés à chaque moment délicat. J'ai donc lu "La recherche du temps perdu", d'abord sur l'invitation de ma mère qui en faisait grand cas et m'avait offert le premier tome illustré dans une collection grand format de Gallimard, puis les tomes suivant au long de mes études. Puis "le temps retrouvé", dernier tome, au moment où moi-même je revenais dans un monde que j'avais quitté (comme le narrateur Marcel du roman) en tant que professeure là où j'avais été étudiante (alors que Marcel revenait comme écrivain, là où il n'avait été qu'un jeune homme prometteur parmi d'autres). Bref si vous avez aimé "La recherche", vous serez forcément curieux d'approcher la gouvernante de Marcel, qui apparait tout au long du roman à épisodes, et vous ne serez pas déçu. Chloé Cruchaudet m'avait impressionnée dans Mauvais genre, et c'est par cet avis que j'ai sauté le pas, et commencé ma collaboration à BDthèque, c'est dire si le deuxième fil est solide. Sa délicatesse dans le dessin comme dans le propos, l'étonnement frais qu'elle réussit toujours à créer devant chaque nouvelle situation, continue la précision psychologique de Proust mais avec un rythme beaucoup plus fluide et léger. Là où Marcel ne sait pas lâcher le fil de sa pensée, et rajoute sans cesse de nouvelles propositions qui précisent le propos jusqu'à nous perdre (quelle était la proposition principale, et y en avait-il une, d'ailleurs ?) Chloé Cruchaudet avance par petits faits quotidiens et inattendus à la fois, qui font percevoir le snobisme inventif de son maître, sans s'attacher à sa pensée. Céleste est une fille simple et ouverte à toute les excentricités de Marcel. Elle ne le juge jamais, et sa fantaisie est si divertissante pour elle , et si loin de la bonhomie simple de son mari, qu'on sent qu'elle penche vers un amour platonique que Marcel n'a pas envie de prendre en considération. Chaque case est une tache de lavis, dans des couleurs peu réalistes, (violet, rose, turquoise...) où le fil conducteur est le visage lunaire de Céleste, jeune dans ses souvenirs ou vieille devant les antiquaires qui viennent lui tirer les vers du nez... L’ambiguïté abordée dans Mauvais genre est sans doute continuée dans cette dévotion de Céleste pour un homme si "féminin" : fin de constitution, frileux et fragile, soucieux de propreté, de la finesse des tissus de ses mouchoirs... Et Celeste elle-même, qui ne sait pas faire la cuisine, n'aime pas particulièrement les toilettes, mais fait preuve de sens pratique pour ajouter les paperoles de Marcel à son manuscrit : ce sont deux prototypes humains, qui ne rentrent pas vraiment dans les cases prévues. Bref si vous n'avez pas lu "La recherche", c'est peut-être la bonne porte pour y entrer... et en tout cas c'est un bon moment de lecture, drôle et frais.

21/08/2022 (MAJ le 07/01/2024) (modifier)
Couverture de la série Celle qui parle
Celle qui parle

« Celle qui parle » est un très bel album découvert à l’occasion du dernier festival d’Angoulême. C’est avant tout la couverture qui avait attiré mon attention, me rappelant celle de l’excellent Phoolan Devi, reine des bandits, à tel point que j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un nouvel album de Claire Fauvel. Après ma lecture, j’ai pu constater qu’il y avait d’autres similitudes entre ces deux albums : d’une part le sujet, puisque tous les deux dressent le portrait de femmes fortes qui, dans un contexte difficile, prennent leur destin en main et marquent l’histoire de leur empreinte ; d’autre part dans le traitement, car je persiste à trouver des ressemblances entre les dessins des deux autrices, ainsi que dans la sensibilité qui se dégage de leurs albums. Pour en revenir à « Celle qui parle », à la lecture du quatrième de couverture, j’ai trouvé au premier abord le sujet intéressant. Mais après avoir acheté l’album, je n’étais plus très sûre d’avoir envie de me plonger dans la lecture, craignant un récit trop didactique. Cela explique que j’ai laissé passer près d’une année avant d’enfin l’ouvrir, pour découvrir qu’en fin de compte il n’y a rien de rébarbatif dans cet album, bien au contraire. La Malinche, personnage principal de ce récit, a réellement existé, et est très connue au Mexique ; mais comme cela est expliqué à la fin de l’album, peu d’informations avérées la concernant sont parvenues jusqu’à nous. Alicia Jaraba Abellan a donc romancé en partie son histoire ; l’album n’est donc pas une biographie de la Malinche, mais plutôt une porte d’entrée vers son histoire, qui permet de la mettre en lumière. Cela permet d’éviter l’écueil d’une succession d’événements relatés froidement comme cela peut parfois être le cas dans les récits biographiques. Au contraire, l’histoire est bien construite, racontée avec fluidité (bien que je me sois un peu perdue entre les différentes tribus, mais sans que cela ne gêne réellement ma compréhension du récit), et parvient à transmettre des émotions. Le personnage de Malinalli est très intéressant, je l’ai suivie avec grand intérêt dans son parcours qui la mène à faire des choix souvent difficiles. Son attitude très moderne n’est sûrement pas très fidèle à la réalité, mais je trouve que cela permet de mieux s’attacher à elle. Une fois ma lecture entamée, j’ai eu du mal à reposer l’album avant la fin. Et pour ne rien gâcher, le dessin d’Alicia est vivant, rehaussé par une belle palette de couleurs. En conclusion, « Celle qui parle » est un album très réussi, qui permet d’en apprendre un peu sur un personnage sans doute méconnu dans notre pays, et de voyager aux côtés d’une héroïne attachante et déterminée.

07/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Vies de Charlie
Les Vies de Charlie

Amusante et très vivante, cette histoire, où l’on ne parle pourtant que de mort ! Le dessin, avare de détails, mais très dynamique et agréable, est pour beaucoup dans le plaisir de lecture. Mais le scénario – et les dialogues – sont aussi bien fichus. Ça se lit vite, mais on ne s’ennuie jamais. J’avais du mal au départ à voir où cela allait nous mener, mais je dois dire que c’est assez malin, et qu’on retombe sur nos pattes, un fil rouge nous guidant au travers des diverses réincarnations, des turbulences liées à l’après mort (enfer ou paradis ?), le tout montré comme une entreprise ordinaire. Un album emprunté au hasard, et qui s’est révélé une bonne pioche.

07/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Akki - Le Clan disparu
Akki - Le Clan disparu

Une belle lecture jeunesse. Dans les immensités glacées de steppes, dans un temps de la préhistoire indéfini, nous suivons les aventures de quelques personnages, dans un struggle for life où le sort de la tribu est en jeu : il faut trouver rapidement de la nourriture. Les chasseurs partent de leur côté chercher de la viande (Les rennes ont disparu), tandis qu’une vieille shaman accompagnée d’un enfant d’une autre tribu adopté (et plutôt mal vue dans sa tribu d’adoption) et d’une sorte de blaireau domestiqué partent de leur côté, chercher du poisson. Ça n’est pas trop manichéen, la narration est très fluide, et le récit véhicule beaucoup d’idées positives (l’acceptation de l’autre, l’entre-aide, l’amitié – incarnée par cette sorte de jeune mammouth qui devient l’ami du jeune garçon). L’originalité vient du fait que les personnages sont animaliers (même s’ils ont des comportements humains), ici des ours, qui se mêlent à des animaux (loups, blaireau, poissons, mammouth donc) sans que cela ne gêne la lecture. Les jeunes lecteurs (8-12 ans je dirais pour la cible prioritaire) y trouveront sans doute leur compte, c’est une histoire plaisante. Si l’album est bien un one-shot, ponctué d’un gros « FIN », celui-ci est accompagné d’un « (à suivre) » qui laisse penser que d’autres albums pourraient voir le jour dans le même univers. Note réelle 3,5/5.

07/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Musée
Musée

J'ai bien apprécié cette réflexion graphique de Chabouté sur les visiteurs du musée d'Orsay. Comme d'habitude Chabouté n'a besoin que d'un minimum de mots pour faire parler toute sa compréhension de l'humanité. L'ouvrage débute sur plusieurs planches muettes, véritable trombinoscope de la diversité organique qui s'extasie ou pas sur la beauté inorganique. L'idée n'est peut-être pas nouvelle mais Chabouté l'exploite à merveille avec sa touche poétique et sensible habituelle. L'immortel y observe l'éphémère, le passé étudie le contemporain dans un jeu inversé de questions souvent très drôles. Chabouté n'est pas toujours tendre avec les spectateurs qui se retrouvent tous devant l'oeuvre de Courbet qui fit tant scandale à son époque. "Origine du monde" qui renvoie bien à l'origine de tous ces visages, à toutes ces attitudes et à tous ces comportements que peint si bien Chabouté. Par petites touches non moralisatrices, l'auteur nous fait prendre conscience de l'absolue nécessité de ces "vieilleries" pour nous pencher sur notre richesse de coeur et nous éloigner d'une immédiateté stupide proche de la barbarie. Chabouté maîtrise son graphisme à la perfection. Point de discours tellement les expressions sont vivantes. Son N&B rend les scènes nocturnes si lumineuses. Une lecture singulière pour se pauser (poser ?) et se laisser bercer par la poésie du temps long.

07/01/2024 (modifier)