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Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Le Serpent et la Lance
Le Serpent et la Lance

Acte 1 : Ombre-Montagne Difficile de ne pas être impressionné par cette œuvre consistante, qui n’est d’ailleurs que le premier tome d’une trilogie à venir. S’il faut tout de même quelques pages pour rentrer dans l’histoire, après un prélude très mystérieux montrant trois naissances dans un contexte de sacrifices humains destinés à vaincre la famine affectant l’Empire aztèque, les éléments disparates de ce puzzle introductif vont se recouper assez vite. Il faut dire que la narration est assez complexe, avec nombre de personnages et de lieux aux noms imprononçables. Mais à l’évidence, le lecteur est vite happé par cette intrigue qui fascine d’autant plus qu’elle se déroule dans un contexte temporel et géographique peu connu, puisqu’il se situe quelque cinquante années avant l’arrivée des conquistadors. Par la suite on le sait, la culture et le peuple aztèques seront anéantis par une funeste conjonction des épidémies et de la puissance de feu de l’envahisseur espagnol. Hub, qui se dit fasciné depuis l’enfance par cette civilisation, a très logiquement maîtrisé son sujet. C’est ainsi que l’auteur de Okko s’est lancé dans une reconstitution très poussée — avec moult termes en langue aztèque — de cet empire jadis florissant pour déployer une approche tout à fait atypique : mêler la vérité historique sur une civilisation éloignée dans le temps et peu familière pour l’Occidental moyen, à un genre narratif on ne peut plus actuel et très populaire : le thriller. Un parti pris susceptible de choquer les puristes mais qui fonctionne parfaitement, du fait peut-être qu’à l’évidence, un thriller ne peut que s’accommoder de cette culture qui parfois pratiquait, dans le but de satisfaire les dieux, des sacrifices humains sanglants à une cadence dantesque… Bien sûr, le talent de Hub y est pour beaucoup, et il en fallait pour rendre lisible cette intrigue aux multiples intrications. Et bien évidemment, son talent ne s’arrête pas à la narration, puisque d’un point de vue graphique, on ne peut être qu’époustouflé par son trait riche et nerveux, précis et expressif, qui redonne un sacré coup de jeune au style franco-belge. Du grand art. L’atmosphère lourde et tendue est renforcée par la colorisation à la fois chatoyante et sombre de Li, laquelle correspond bien à cet univers vivant chargé de violence volcanique. D’ailleurs, et ce sera l’un des rares bémols dans cette chronique, certaines planches apparaissent exagérément foncées sans que l’on sache si c’est vraiment voulu ou s’il s’agit d’un défaut de l’impression, rendant la lecture parfois difficile. Alors bien sûr, le lecteur, séduit par ce premier volet introductif qui globalement ne fait que poser les bases d’un récit haut en couleurs, attendra avec impatience la suite de la trilogie pour se prononcer définitivement. Mais cet « acte 1 » laisse augurer du meilleur pour une œuvre pas encore tout à fait culte mais promise à un beau succès. De plus, que cette BD ait obtenu le label "Agecanonix", notre implacable spécialiste en matière de vérité historique, est un signe qui ne trompe pas ! ^^ Acte 2 : Maison-Vide Afin de ne pas perdre le fil, il est indispensable de faire des résumés un peu étirés, et c’est le cas avec ce nouveau tome, car l’intrigue de cette incroyable série est assez complexe… On salue d’ailleurs l’initiative de l’éditeur d’avoir lui-même repris les principaux éléments du tome précédent en début d’ouvrage. Entre les flashbacks récurrents et les nombreux personnages (parfois pas toujours aisément identifiables), il y a de quoi en perdre son… aztèque, mais l’univers du « Serpent et la Lance » est si fascinant que l’effort en vaut la peine. Cette enquête policière qui nous immerge dans l’univers aztèque antérieur aux conquêtes espagnoles se poursuit avec quelques rebondissements, souvent assez gores, et c’est sur le personnage de Maison-Vide, ancien camarade d’Œil-Lance, que va se centrer ce second volet. Celui qui dans leurs jeunes années semblait enfermé dans un mutisme quasi-permanent bénéficiait d’un don exceptionnel de mémoire. A l’époque, c’est lui qui découvrit une momie de jeune fille dans les champs à proximité de leur école. Œil-Lance a pu retrouver sa trace alors que, appelé par son vieil ami Cozatl, il a dû rejoindre la cité de Tenochtitlan suite aux nombreux meurtres qui n’ont jamais cessé et se sont amplifiés ces derniers temps. Comme ses camarades, l’adulte qu’est désormais Maison-Vide est resté dans le même état cataleptique mais se souvient des événements de cette fameuse journée, où il assista à une mystérieuse discussion entre leur maître Ombre-Montagne et deux prêtres de Tlaloc qui semblaient vouloir dissimuler l’affaire… Œil-Lance va ainsi faire appel à la prodigieuse mémoire de Maison-Vide pour espérer faire avancer l’enquête. Le trait de Hub, très impressionnant par son sens du détail, reste acéré et les visages semble avoir été dessinés au couteau. Tout est très maîtrisé dans la forme, le cadrage est nerveux et l’ensemble bénéficie d’une magnifique mise en couleurs entre ombres et lumières de Li. Ce volet, malgré la tension qui imprègne l’atmosphère, ne livre pas encore de révélations stupéfiantes sur cette lugubre affaire, mais donnera lieu à un retournement de situation, toutes proportions gardées, avec un glissement des amitiés et des alliances anciennes. En cela, les personnages sont plutôt bien creusés, et l’on découvre que même le cruel Serpent est capable d’intelligence et de magnanimité, quand bien même ces aptitudes ne sont motivées que par son ambition démesurée. Acte 3 : Cinq-Fleurs Loin de retomber, le suspense de la narration va encore s’amplifier dans ce volume 3 qui voit, dans un incroyable retournement de situation, Œil-Lance s’associer à l’odieux Serpent pour tenter de mettre la main sur le tueur de jeunes filles. Œil-Lance, échaudé par ses retrouvailles avec Cozatl, a pris ses distances. Son ancien ami, qui en devenant un prêtre puissant de l’ordre de Tlatoc, semblait vouloir le convaincre d’adhérer à ses propres croyances. Avait-il quelque chose à cacher ? Peu convaincu par les cérémonies sacrificielles auxquelles l’avait convié Cozatl, Œil-Lance accepte de collaborer avec Serpent, plus pragmatique malgré son indécrottable malveillance. Mais alors que Cozatl a envoyé des espions pour surveiller les faits et gestes de son ami, la résolution des mystères entourant ces événements semble bien compromise… Ce volet ne fait que confirmer les qualités de cet ambitieux projet de Hub, qui incontestablement a dû se documenter soigneusement et déployer une grande énergie pour arriver à mettre en scène avec autant de réalisme ce thriller se déroulant dans l’empire aztèque, à une époque où les Européens n’avaient pas encore mis le pied sur le vaste continent. On ne peut que rester éberlué devant la précision des détails, tant au niveau de l’architecture que des costumes. La maîtrise graphique est totale et le trait affuté comme une lance… Hub nous offre par ailleurs quelques scènes de macabre onirique absolument saisissantes. L’intrigue est plutôt complexe bien qu’enlevée, et c’est une fort bonne idée d’avoir insérée en début d’ouvrage des résumés des tomes précédents. Car sans posséder obligatoirement la mémoire hors normes de Maison-Vide, on peut facilement perdre le fil de l’intrigue, qui fait l’objet de nombreux va-et-vient entre les époques et comporte un nombre non négligeable de personnages. Ce chapitre va se clore sur un incroyable « cliffhanger » qui ne fera que renforcer l’envie de connaître la suite. Celle-ci se centrera sur un redoutable personnage apparu ici comme l’envoyé du démon, un redoutable guerrier avec un crâne humain en guise de masque : Papillon-Tonnerre.

20/05/2020 (MAJ le 22/01/2024) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série T'inquiète
T'inquiète

Que dire de cet album réalisé à dix mains ? Que j'ai passé un excellent moment de lecture ? Que je me suis marré, franchement marré à chaque gag ? Comme l'indique le communiqué de presse de l'album, "en janvier 2021, les cinq auteurs sont invités à inaugurer l’exposition : « Fabcaro ou la Zaï Zaï Zaï Zaï attitude » présentée à Millau, dans l’Hérault. La période est au couvre-feu et instaure donc le cadre de longues soirées hivernales au coin du feu dans un gîte loué pour l’occasion. Cliché ou pas, l’effusion créative déchaîne une émulsion miraculeuse, et le groupe, gonflé à bloc, pose les bases d’un récit absurde - improbable créature échappée d’un laboratoire improvisé." Et voilà donc cet album deux ans plus tard, fruit de leurs esprits tourmentés, chahuteurs, de leur humour absurde mais tellement jouissif, où ils jouent leurs propres rôles, avec comme point de départ un crash d'avion 20 ans plus tôt, et une commémoration particulière qui va occasionner des odyssées iconoclastes (à la Zaï Zaï Zaï Zaï, justement. Au fil de la lecture, plusieurs gimmicks émergent : Bouzard qui se déplace à poil, avec juste son casque de tailleur d'arbres, Rochier mû par une unique pensée, qui fait froid dans le dos, ou encore les slips de Fabrice Erre, exposés au public d'une drôle de façon... Les mésaventures de chacun sont proposées en alternance, en général deux pages chacun, avec parfois (le contraire eût été étonnant de la part de ces branquignoles) des ruptures, des pages réalisées par deux auteurs (chacun sa colonne dans une disposition en gaufrier) ou un passage plus long lorsque le récit l'impose.C'est réjouissant, c'est débridé, c'est du grand n'importe quoi parfois (la prime aux chanteurs dans la voiture de Bouzard), mais on passe un excellent moment !

22/01/2024 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5
Couverture de la série Au cœur des solitudes
Au cœur des solitudes

Contemplatif passionné, c'est le terme qui caractérise le mieux le personnage principal, John Muir. Lomig décrit une partie de la vie de l'un des premiers naturaliste, un discours qui sonne toujours juste malgré l'époque à laquelle Muir a vécu (1838-1914). Cet homme a eu le courage de créer une rupture par rapport à sa vie passée, il travaillait dans une usine et exerçait un métier qu'il aimait. Un accident du travail lui fait remettre en cause la signification de sa vie, sa situation dans son lit d’hôpital lui met en évidence qu'il doit assouvir ses rêves et ses passions. Il décide, à l'encontre des valeurs inculquées par sa famille et la société qui place le travail comme une obligation à la réussite de tout quitter et partir à la découverte du monde. Le point fort de cet album c'est son personnage principal, une histoire vraie décrite dans la biographie illustrée en fin d'album, Lomig nous transmet la passion de cet homme et cette force pour vivre une vie choisie et idéale. John Muir part à la découverte d'une nature riche et diversifiée, une aventure dessinée en noir et blanc avec des représentations d'oiseaux particulièrement réussies et des paysages dont l'immensité est retranscrite, nous donnant une idée des distances parcourues par notre héros. En racontant l'histoire de John Muir, Lomig nous donne l'occasion de découvrir les États Unis au moment où l'industrialisation et l'agriculture intensive ont eu peu d'impact environnemental. Muir est aussi témoin d'un pays où la population indigène qui avait laissé cette terre proche de son état originel se fait chasser de ses propres terres. Cette aventure décrit la dureté de la vie nomade, un homme qui sans l'aide de la médecine n'aurait pas survécu à son périple et qui sans les réapprovisionnements dans les villes serait mort de faim, Lomig met en évidence les avantages et les inconvénients de notre modèle de société. Muir, un militant écologiste quand personne ne parlait d'écologie.

21/01/2024 (modifier)
Par Cosme
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Beaux Étés
Les Beaux Étés

J’ai passé vraiment un excellent moment en lisant cette série. Cela faisait plusieurs lectures que je restais sur ma faim, trouvant les albums sympathiques à lire au mieux, ou décevants. Et j’avais besoin d’une série agréable à lire. J’avais cette série dans mes lectures en retard, et les bonnes critiques du site m'ont incité à la lire, me faisant penser que je n’allais pas être déçu. Et grand bien m’en a pris ! On suit les vacances d’une famille belge sur une bonne décennie (fin 60 jusqu’à début 80), avec leurs petits couacs, leurs anecdotes, leurs joies et leurs peines. C’est merveilleusement bien écrit, il faut dire que Zidrou ne me déçoit que très rarement dans ce qu’il propose. Très vite je me suis attaché aux personnages, à cette famille, que l’on voit grandir, passer de l’enfance à l’adolescence, le jeune couple de parents que l’on voit vieillir, avec leurs doutes et difficultés au sein de leur relation. C’est véritablement une chronique de la vie de famille tout ce qu’il y a de plus classique, mais la narration est telle que l’on est happé dans son quotidien. Et d’album en album, on se prend au jeu, aux running gags, à la personnalité des protagonistes, très vite on apprend à les connaître, presque de manière intime, on a l’impression de faire partie de cette petite famille. Les références culturelles sont excellentes et ancrent bien le récit dans le temps de la narration, à travers des paroles de chansons, des événements marquants. Immanquablement on repense à nos propres souvenirs d’enfants, aux souvenirs que l’on offre à nos enfants ou à ceux qu’on leur a offerts. Le dessin est très lumineux, très expressif et détaillé, et colle parfaitement au récit. Je n’avais lu que La Mondaine de Lafebre et son trait a considérablement progressé depuis, c’est un vrai plaisir à constater. Un vrai coup de cœur pour cette série, qui me semble terminée au 6ème album. (Une intégrale est sortie en juin 2022). Un véritable hommage à la vie de famille et aux vacances d’été, qui nous rappelle que ces moments sont éphémères, bien trop courts, et qu’il faut savoir les savourer, aussi bien en tant qu’enfant qu’en tant que parent, avant qu’ils ne deviennent que des souvenirs. Je recommande vivement.

21/01/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 4/5
Couverture de la série Planetary
Planetary

une relecture pas mal inventive de l'Histoire de la planète, telle qu'elle a été réinventée pour (et par !) les Super-Héros les plus populaires de nos lectures des soixante/soixante-dix dernières années... Très écrit, le récit fait la part belle aux analyses et explications ; heureusement habilement entrecoupées de séquences plus dynamiques, traditionnelles du genre. Warren Ellis nous offre sa vision, souvent inspirée, parfois cocasse -les différentes versions éditorialement "réelles" de Batman...!- ; voire un poil déprimante (les destins abrégés des Superman, Wonder-Woman et Green Lantern de ce monde) en se servant du prétexte des réalités parallèles. Via leurs missions successives au service d'une organisation mystérieuses, trois sur-humains plutôt bien définis -sinon sympathiques...- traquent les mystères de leur univers, l'un deux -amnésique- apparemment à la recherche de d'avantage... Cocktail pas mal honnête de Science-Fiction (assez technique !) et de Super-Héros classique, Planetary se lit avec beaucoup de facilité : il y a une volonté de dépouillement et de simplicité quant au déroulement de "l'action" qui, évidemment, se répercute jusqu'à la mise en page. Très particulière, d'ailleurs, cette dernière : beaucoup de planches portent des cases verticalement allongées, pas du tout communes et qui, de part la place qu'elles prennent, allègent considérablement le contenu possible à caler sur la page... Bon, le ton général (très agréablement décalé du reste de ce qui se faisait à l'époque) s'harmonise assez bien avec le procédé, ce qui tend même à renforcer la singularité de cette série. Le dessin de John Cassaday est incroyablement amateur à plein de niveaux : rendu des textures, mouvement, proportions (les têtes ! Les yeux ?!...) C'est souvent "mou", mais néanmoins très lisible ; accentuant encore la rapidité avec laquelle on tourne les pages : peu d'effets retiennent l'attention. L'accent est mis sur le sens, pas l'esthétique -même si il y a un réel travail sur certaines "splash-pages" d'exposition. Ce graphisme particulier sert donc suffisamment le propos et, étant donnée la formule Comic-Book, on peut largement s'en contenter ; d'autant plus que le travail des coloristes enjolive (parfois) beaucoup l'ensemble. De la distraction sans prétention, mais dont on ressent assez tôt dans le récit l'essence intrinsèque : un hommage plutôt réussi à un genre jadis marginal et, aujourd'hui, malheureusement encore trop souvent incompris et méprisé.

20/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Cœur en braille
Le Cœur en braille

Une love story pour ado mais pas que, j’ai pris grand plaisir à suivre ces personnages. Ces derniers, même si pas bien crédibles, se révèlent forts attachants. Ça fait du bien un peu de romantisme des fois (surtout actuellement où je fais une orgie de lecture X-men !), le tout est joliment mis en images et n’oublie pas d’aborder des thématiques tel que le handicap (la cécité en l’occurrence) ou la musique. Quelques facilités mais je ne boude pas mon plaisir, c’est bien réalisé, une heureuse lecture même si je n’ai jamais vraiment cru à l’histoire. Ça m’a donné envie de découvrir la précédente collaboration des auteurs. 3,5

20/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Global police - La Question policière dans le monde et l'histoire
Global police - La Question policière dans le monde et l'histoire

Si le positif domine largement au sortir de cette lecture, elle m’a laissé un chouia frustré quand même. Fruit du travail d’un chercheur du CNRS, c’est tout d’abord un album assez dense, sur un sujet qui peut être clivant, mais pour lequel il adopte une vision assez neutre – ce qui est rare pour le sujet. L’autre intérêt, c’est que cette histoire de la police (grosso modo depuis la fin du XVIIIème siècle) est une histoire comparative. L’album nous montre l’évolution dans le temps en France, mais aussi et surtout compare cette situation avec celle qui existe dans plusieurs pays (Angleterre, Allemagne, États-Unis, mais aussi plusieurs pays africains, et la Chine), en montrant les interactions qui peuvent exister entre les différentes expériences. J’ai vraiment apprécié cet aspect de l’étude. Enfin, les auteurs montrent bien les évolutions récentes, et les risques encourus. Ou plutôt les questions dont peuvent et doivent s’emparer les citoyens : ultra surveillance électronique (reconnaissance faciale, etc.), mais aussi contrôle des « classes dangereuses » urbaines au détriment d’autres formes de délinquances (« en col blanc », fiscale). Le dessin de Florent Calvez est simple et très efficace et agréable, il ajoute à la fluidité de la lecture. Finalement, ma seule frustration vient sans doute du médium lui-même. En effet, si la lecture est agréable et instructive, j’ai trouvé à plusieurs reprises que cela aurait pu être davantage développé. Mais une BD n’est pas une thèse ou même un essai. En tout cas c’est une lecture instructive et recommandée.

20/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Klaus Barbie - La Route du rat
Klaus Barbie - La Route du rat

C’est l’histoire d’un salaud, d’une ordure, que nous proposent les auteurs. Mais c’est aussi la parole donnée à certaines de ses victimes. C’est aussi, en creux, la mise en lumière de tous les complices cyniques qui après la guerre lui ont fourni planque et filière d’évasion, mais surtout qui ont continué à utiliser ses services de bourreau. On pense évidemment aux dictatures sud-américaines (il s’était refait une « virginité » auprès du dictateur bolivien), mais aussi aux occidentaux, Américains en tête, dont les valeurs démocratiques affirmées semblent avoir pu cohabiter avec ce type de personnage, dès lors qu’il pouvait s’avérer utile dans la lutte contre le « communisme ». On ne peut oublier non plus la France de De Gaulle, qui a tôt voulu faire oublier la collaboration, pour remettre le pays en marche, pour consolider l’idée d’une France éternelle et résistante. Mais l’obstination de certains (époux Klarsfeld en tête), appuyé par le travail de beaucoup (voir le reportage de De Hoyos) ont permis, même très – trop ? – tardivement que Barbie soit jugé, certaines des victimes ayant survécu ayant ainsi pu atténuer leur douleur. La narration est très claire et agréable. Comme l’est le dessin d’ailleurs, à la fois réaliste et fouillé pour les détails, et épuré pour les décors et arrière-plans, ce qui nous permet de nous concentrer sur l’essentiel. C’est aussi un propos très documenté, factuel – tellement d’ailleurs que le dossier final, bien fichu, paraît parfois redondant. Une lecture très intéressante, et un album très bien construit.

20/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Petit Frère
Le Petit Frère

Avec cet album, Jean-Louis Trip a sûrement aidé une plaie à se cautériser. En effet, il y a un fort relent cathartique dans cette histoire, dans laquelle l’auteur rappelle la mort accidentelle de son jeune frère de 8 ans en 1976 (il a été fauché par un chauffard sous ses yeux), mais aussi et surtout tout ce « qui va suivre », la vie, avec ces instants qui ne s’effacent pas. C’est avec pudeur que Trip nous dépeint ces instants douloureux, du très long deuil – jamais réellement fini – aux démarches administratives, jusqu’à la reconstruction des membres ravagés de la famille, en passant par le tout aussi (en tout cas presque aussi) douloureux procès du chauffard. La narration est très aérée (comme les pages), ne surjoue jamais le pathos, ce qui fait entrer le lecteur de plain-pied dans cette douleur, que Trip a su retranscrire. Le dessin semi-réaliste est lui aussi agréable, tout en rondeur et simplicité. Un album qui a sans doute fait beaucoup de bien à l’auteur, mais qui procure aussi une belle lecture (rapide, malgré une pagination importante – peu de texte ou de cases). Note réelle 3,5/5.

20/01/2024 (modifier)
Couverture de la série La Tête en l'air (Rides)
La Tête en l'air (Rides)

J'ai bien aimé cette série qui traite d'une thématique difficile avec respect et de façon touchante et crédible. Je connais plutôt bien l'ambiance de ce que l'on appelle de façon réductrice "maison de retraite". En effet il y a, en France, de grandes différences d'un établissement à l'autre en fonction de l'autonomie des résidants. Malgré cela le récit de Paco Roca sonne juste. On sent beaucoup de vécu dans les différentes anecdotes qu'il met en scène avec pas mal d'humour, et toujours de façon respectueuse et avec une certaine tendresse. Il y a bien un regard acide sur cette génération qui se débarrasse de ses aînés dans une vision un peu réductrice car je connais beaucoup d'enfants qui visitent très régulièrement leurs parents en structures. Si j'ai rencontré beaucoup d'anecdotes citées par Roca, l'auteur évite le documentaire et reste dans un récit humoristique mais qui invite à penser l'avenir d'une société très vieillissante. Le graphisme amplifie ce côté humour avec un style semi réaliste humoristique et une mise en couleur très jeunesse qui allègent une ambiance qui pourrait être un peu triste et lourde. Une lecture plaisante sur un thème angoissant qui nous touche tous mais traité avec beaucoup de finesse.

20/01/2024 (modifier)