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Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Climat
Climat

Si cet album a un message écologique évident et peu subtil, il le fait passer de belle manière en présentant les aventures parallèles de deux jeunes héros à deux bouts du monde de manière prenante et dépaysante. D'un côté, il y a Sami, jeune pêcheur miséreux dans la Baie du bengale, qui vit avec son grand-père sur une côte en permanence balayée par les typhons et que la mer mange inlassablement. Villages qui disparaissent, poissons qui se font rare, réfugiés de plus en plus nombreux, chaque jour de survie supplémentaire est une victoire pour le garçon et son grand-père qui l'éduque avec sagesse, amour et ce qu'il peut d'optimisme. De l'autre côté, il y a Yuki, jeune fille inuit vivant dans un village du Grand Nord canadien dans des conditions de vie plus riche et moderne, mais qui se soucie beaucoup de l'impact de la fonte des glaces sur son pays et notamment sur les ours affamés qui s'approchent de plus en plus des humains et se font tuer par les rangers. Elle décide de partir secrètement avec son chien dans les terres enneigées entourant son village pour photographier un ours et prouver qu'il s'agit d'une espèce à protéger. L'un comme l'autre vont subir de dangereuses péripéties liées aux affres de la Nature face à l'impact de l'Homme. Et par un hasard un peu miraculeux, les actes de l'une vont sauver la vie de l'autre. Les auteurs ont su me plonger complètement dans deux décors très différents et aussi fascinants l'un que l'autre. Le monde de ces pêcheurs de la Baie du Bengale prend aux tripes. Il y a un air de fin du monde dans les perpétuelles catastrophes qui leur tombent dessus et les humains qui à la fois se soutiennent et s'y livrent à une compétition pour la survie. Pendant ce temps là, les aventures de la jeune héroïne dans les neiges canadiennes paraissent bien plus modernes et maîtrisées, jusqu'à ce que la réalité de la nature et de la faune sauvage rappelle à quel point la vie peut y être dangereuse. Et c'est à une vraie course palpitante pour sa vie et celle de son chien que l'on est conviée, avec tout le suspens que cela implique. Le dessin est très agréable. C'est du beau boulot que ce soit pour les paysages des îles tropicales et des territoires nordiques, des animaux très crédibles et les personnages humains eux-mêmes. Soigné, détaillé et coloré, il donne envie de lire et présente une narration impeccable. Les deux histoires se racontent en parallèle à raison de courts chapitres qui alternent et se terminent souvent en cliffhanger donnant envie de tourner la page. Même si elles partagent indéniablement le même message écologique, elles paraissent complètement indépendantes à l'exception de l'introduction un peu surnaturelle d'un élément d'une histoire au cœur de l'action de l'autre, élément qui va finalement amener les deux héros à prendre contact l'un avec l'autre dans l'épilogue seulement. Le déroulement des évènements en Baie du Bengale en particulier dégage une réelle angoisse et amène le lecteur à réaliser de manière percutante l'impact réel de ce que le monde occidental connait juste sous le nom de réchauffement climatique alors que ses effets sont très palpables et terribles pour ces pauvres pêcheurs et réfugiés. Les auteurs suivent la corde raide entre récit fataliste et scénario optimiste, avec des péripéties dangereuses pour les héros, des retournements de situation, des moments d'espoir douchés ensuite par de nouveaux périls inattendus, et des conclusions à la fois crédibles et sérieuses, sans solution facile mais avec tout de même l'espoir qui demeure. Un beau mélange d'aventure tous publics et de message écologique fort et impactant.

25/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Missak Manouchian - Une vie héroïque
Missak Manouchian - Une vie héroïque

A l’heure où la Légion d’Honneur est donnée aux copains du pouvoir (ou par cynisme à des dictateurs/acheteurs d’armement) ou, dans un tout autre registre, à l’heure où l’immigré est présenté comme un problème mettant en danger l’existence des valeurs de la France, il est bon de se replonger, comme le font les auteurs (scénariste et conseillers historiques), dans la vie et l’action d’immigrés qui, n’étant pas Français, n’en ont pas moins défendu et incarné ces valeurs, en luttant (et en donnant leur vie) contre le nazisme et ses idées (fussent-elles pétainistes). Oui, Manouchian est un héros (la République le reconnait – tardivement – puisque la prochaine panthéonisation le fera passer du côté des « grands hommes » auxquels « la patrie est reconnaissante »). Et cet album rend justice à cet homme et ses compagnons de lutte. Surtout, je l’ai trouvé très bien fait et très intéressant. Je connaissais Manouchian, son action dans la résistance (et un peu de choses sur les FTP-MOI aussi), le poème d’Aragon, la chanson de Ferré, et cette Affiche rouge, que j’utilise chaque année avec mes élèves (je n'ai pas vu les films tournés sur le sujet). Mais j’ai appris beaucoup de choses sur « l’avant », la jeunesse de Manouchian (rescapé du génocide arménien), son arrivée en France, sa passion pour la poésie, son engagement militant, etc. Mais le passage dans la résistance (que je connaissais davantage) est aussi bien montré. La narration est fluide, agréable, même si ça manque parfois de densité, j’ai parfois eu l’impression qu’on passait trop rapidement sur certains évènements. Mais au final cela ne m’a pas trop frustré. En effet, il n’y a ainsi pas trop de « romancé », ça reste factuel. On découvre un Manouchian dur au mal, ayant à combattre pour vivre (ou survivre), mais plein de vie, d’amour et de passion : un homme attachant qui n’a jamais trahi ses convictions. Et surtout, tout le reste est remarquablement complété par un dossier final extrêmement complet, sur l’immigration de l’entre-deux guerre, l’engagement des étrangers dans l’armée française, et après dans la résistance, puis la traque des résistants du groupe Manouchian par la police de Vichy et la Gestapo. Dossier complété par de très nombreux documents (photos, dernières lettres – bouleversantes, documents de la Gestapo, etc.). Le dessin de Mako (habituel compagnon de travail de Daeninckx) est très lisible, avec un trait gras, une mise en page aérée et un rendu agréable. Une lecture passionnante, à mettre entre toutes les mains (et dans tous les CDI).

25/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Passage intérieur
Le Passage intérieur

Moi qui rêve de grands voyages en voilier, j'embarque volontiers dans les récits de personnes ordinaires qui se lancent dans des périples de toutes sortes. Quand en plus il s'agit de voyages proches de la mer, mon intérêt est décuplé ! C'est donc avec enthousiasme que j'ai entamé la lecture de cet album qui retrace le voyage en Alaska de trois amis qui m'ont semblé bien téméraires de s'engager dans un tel périple en kayak avec le peu d'expérience qu'ils avaient. Il y a dans cet album tous les ingrédients qu'on s'attend à y trouver : des réflexions sur les vertus d'un tel voyage et les bienfaits de l'isolement, des prises de conscience de l'impact négatif des activités humaines sur la nature, des paysages superbes... je me suis volontiers laissée emporter dans ce récit et j'ai eu le temps de ma lecture le sentiment de voyager aux côtés des protagonistes. La réussite de cet album doit beaucoup aux qualités du dessin qui n'est pas sans rappeler celui d'Emmanuel Lepage. Un album à réserver aux amateurs de récits de voyage qui ne seront sûrement pas déçus.

24/01/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série The Nice House on the lake
The Nice House on the lake

La belle découverte que voilà. A la fin du 1er tome, je pensais avoir l'équivalent d'un Locke & Key dans les mains: intrigues surnaturelles et problèmes de cohabitation au menu, desservi par un graphsime de très haut niveau. Mention spéciale ici à la colorisation! Des personnages réunis un "ami" commun coincés dans un huis-clos dont on veut connaître les tenants et aboutissants au plus vite. Et les auteurs nous les délivrent comme promis petit à petit, le dyptique pouvant se suffire à lui-même si l'on aime laisser planer les spéculations ou attendre la suite qui ne saurait tarder pour passer au niveau supérieur. Et là, il y a un potentiel énorme. D'ici là, une relecture permet de confirmer que les backgrounds de chacun des colocataires sont cohérents et les réactions des intéressés cohérentes également. J'avais peur des personnages clichés mais ça passe, même le comique est un vrai pitre dans l'âme, pas un boulet. Les flash-forwards sont parfois un peu verbeux et psyanalytiques, contrastant avec les dialogues assez "1 phrase - 1 juron" de plusieurs personnages tirant la tronche. Bref plein de très bonnes choses pour une suite que j'espère épique vu les décors lors des scènes de confidence de chaque protagoniste. (par contre, je ne comprends pas l'attrait de tous ces gens pour se lier d'une telle amitié pour Walter, un gars sacrément transparent)

24/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Rwanda - À la poursuite des génocidaires
Rwanda - À la poursuite des génocidaires

En lisant ce récit marquant et en suivant ce couple qui pourchasse les responsables du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda, je n’ai pu m’empêcher de penser au couple Klarsfeld (comme Serge Klarsfeld, Dafroza Gauthier a perdu sa famille dans ce génocide). L’autre point commun hélas, c’est que des gens « ordinaires » sont obligés de se substituer à la justice et aux Etats, défaillants (quand ils ne sont pas a minima complices comme la France au Rwanda) pour que les victimes ne soient pas en plus privées de justice, un certain nombre de ceux qui ont participé au génocide coulant des jours heureux en France, sans même se cacher ni changer d’identité d’ailleurs ! Au travers de leurs recherches au Rwanda, lorsqu’ils cherchent des témoins pour pouvoir poursuivre les criminels, c’est tout le mécanisme du génocide qui est montré. Qui est incarné aussi, puisque nous suivons des évènements précis, avec des visages, des noms – et des chiffres hallucinants (des dizaines de milliers de personnes tuées en quelques jours, un million en quelques semaines. Et les méthodes pour tuer, torturer sont elles aussi hallucinantes. L’album rappelle aussi que les massacres avaient commencé bien avant – à plus petite échelle, et le rôle des colonisateurs – avant même celui de la France, qui a couvert le crime et a permis aux criminels de s’enfuir – est accablant. Une lecture hautement recommandable, qui donne à réfléchir. Et qui questionne aussi sur notre silence concernant ce génocide (parce que ce sont des Noirs ? parce que nous avons mauvaise conscience ? parce que ce qui se passe ailleurs, loin, n’a pas d’importance ? Que de mauvaises raisons en fait).

24/01/2024 (modifier)
Par Walger
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kaplan & Masson
Kaplan & Masson

Scénario original. Dessins très travaillés. Tenues et décors divers bien documentés. Bravo !

24/01/2024 (MAJ le 24/01/2024) (modifier)
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

Un petit polar tendance cluedo bien sympathique. Bien que prenante, l’intrigue se révèle relativement classique, un mort dans une riche famille catalane … il n’en faut pas plus à notre héroïne pour qu’elle mène l’enquête. Présenté comme ça rien de foncièrement novateur et pourtant une belle magie se dégage de la lecture, le ton y est frais et enlevé. On retrouve avec plaisir Jordi Lafebre, je n’accrochais pas trop à ses premières productions, mais force et de constater sa montée en puissance depuis Les beaux étés, il a affiné son style. Son graphisme est devenu lisible et bien plus élégant, ses personnages en sortent d’autant plus attachants. L’auteur sait dessiner mais en plus il sait aussi attraper le lecteur avec ses histoires en amenant le petit plus, ça fourmille d’idées. C’est toujours admirablement construit (les séances chez le psy en l’occurrence) et son héroïne Eva est tout simplement solaire. Elle est la grande force de ce tome, humaine, haute en couleur, remplie de défauts mais terriblement attachante. Sans elle, l’aventure aurait été bien plus quelconque. Grâce à elle, l’auteur a su me séduire une nouvelle fois. J’ai passé un super moment en sa compagnie.

23/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Eddy Milveux
Eddy Milveux

J'ai bien ri avec la découverte de cette série de Lisa Mandel. Cette rencontre entre Eddy et Blatte magique n'a pas eu besoin d'une vieille lampe à huile pour me faire frémir de plaisir avec cet humour autour de la pensée présupposée prise à défaut. Cela m'a rappelé les exercices de com où sur une proposition qui nous semble aller de soi l'examinateur nous piège très facilement. Evidemment il y a un petit effet répétitif qui amoindrit la surprise au bout de quelques gags mais il reste le plaisir d'apprécier la créativité de l'auteure pour aller à contrecourant des souhaits prévus d'Eddy. C'est cet imprévu créatif qui fait tout le charme des gags de Mandel. Il y a plusieurs trouvailles vraiment excellentes comme ce premier gag aux cheveux rouges qui va donner son style au personnage d'Eddy. Le positionnement d'Eddy comme souffre-douleur de sa classe permet d'introduire des personnages secondaires très drôles. Le graphisme de style humoristique doit ravir les amateurs. C'est un trait déjà assez adulte qui travaille beaucoup sur l'expressivité des personnages avec un humour souvent assez décalé pour des enfants. Les décors sont minimalistes comme souvent dans ce genre mais la mise en couleur très vive renvoie plus à des séries jeunesses. Une série très amusante que l'on termine trop rapidement.

23/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Armelle et Mirko
Armelle et Mirko

J'ai retrouvé un petit air de Renaud Dillies dans cette série. Déjà la couverture possède une certaine ressemblance graphique avec certains titres de Dillies. Ensuite l'univers rempli de tendresse et de poésie que nous proposent Anne Montel et Loïc Clément autour de la tortue Armelle et de son ami Mirko présente un cousinage certain avec les belles histoires poétiques de Dillies, la musique en moins. Un monde animalier autour de deux personnages "faibles", une tortue et une luciole, qui vont trouver ensemble les clés pour affronter les difficultés du quotidien. Ces difficultés peuvent être internes, les angoisses, l'irrationnel ou externes face aux prédateurs. C'est donc une belle parabole sur les richesses de l'amitié à plusieurs niveaux de lecture. Le texte est d'un bon niveau sans être lourd, il reste accessible à un jeune public bon lecteur. Le graphisme de Julien Arnal est très séduisant avec ses grandes planches qui mettent en valeur une mise en couleur très chatoyante avec une grande diversité de coloris. C'est très doux et accompagne bien la lecture. Une belle série que l'on peut facilement partager avec ses enfants.

23/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Putain d'usine
Putain d'usine

Mes convictions politiques me portent clairement vers ce genre de BD, qui sont révélatrices de la face cachée du beau capitalisme que l'on nous vend à tour de bras chaque jour. La réussite, la petite maison et le confort se payent au prix fort pour certains d'entre nous. Et il est bon de se demander si ce confort moderne mérite de tels sacrifices. La BD est particulièrement sombre, mettant en scènes de nombreuses petites histoires comme autant de portraits d'ouvriers qui dressent une carte de l'usine, celle aux rouages, aux fumées, aux trois-huit. Les portraits sont violents, ce sont des gueules cassées par la machine, des gens brisés par ce qu'il vivent dans leurs travail. C'est assez difficile de supporter toutes ces vies brisées, ces horreurs quotidiennes, ces personnes mourant si jeunes pour produire des produits dévastateurs pour la terre. Il y a là une sorte de cercle infernal que l'auteur souligne. Les usines décrites ici sont bien connues pour les catastrophes qu'elles produisirent : les incendies de l'AZF à Toulouse et celle de Rouen, plus tard. La BD étant sortie plus tôt, elle n'évoque que la catastrophe de Toulouse, mais je serais curieux de voir ce qu'il y aurait à dire sur l'incendie à Rouen. Les manquements à la sécurité sont déjà mentionnés partout dans cette BD qui date pourtant de bien avant. LA BD est servie par un dessin dans la veine humoristique qui colle curieusement bien à l'ensemble. C'est sans doute le décalage, mais aussi la volonté de ne pas noircir encore plus le tableau déjà suffisamment sombre. Cependant, je note que l'auteur s'est bougé pour nous faire des ressentis divers en usant de nombreuses techniques de dessins diverses et qui marchent pas mal, entre ombrage, crayonnés et dessins d'enfants qui rajoutent à l’atmosphère de l'ensemble. Si vous cherchez de la BD ouvrière, c'est parfait. Pour ma part, j'aime un peu moins le troisième volume, une histoire complète de vengeance prolétarienne, mais elle contient quelques notes pas bête sur la question de la gestion des grandes entreprises. En tout cas, les deux premiers volumes m'ont noircis ma journée après lecture, laissant couler la fumée de l'usine dans mon petit cœur. Et pourtant, ce que je retiens c'est la lutte, la dignité, les humains. Une BD de plus pour alimenter la révolte, camarade !

22/01/2024 (modifier)