Cette série qui devrait compter 4 tomes débute plutôt bien.
A la manière de Les Enfants de la Résistance, elle est vendue un peu sous cet argumentaire, on retrouve une fiction qui suit des évènements historiques et qui fait référence à d'autres dates, lieux ou personnalités. Ce tome d'exposition nous permet de nous familiariser avec Michel, le héros, et d'introduire la bande de monte en l'air que constituent "Les enfants perchés" du titre. A cette occasion on découvre un peu plus Charlotte, cheffe autoproclamée qui ne manque pas d'humour et qui attire la sympathie. Il y a de nombreux rebondissements et l'album se lit d'une traite. L'auteur prévoit 4 tomes (et non pas trois comme annoncé au départ) qui nous amèneront jusqu'en juillet 1789 et s'arrêtera sans doute là.
Le dessin est agréable un brin cartoonesque et aurait pu être une série du journal de Spirou sans problème. Le petit dossier en fin d'album est bien fait, court mais instructif.
Un très bon début qui augure de belles aventures pour cette petite bande.
HA ! Je le savais bien que l'abandon du genre "mainstream" par David Mazzucchelli avait forcément une bonne raison : le gars est définitivement trop talentueux pour se limiter à une seule sorte d'expression graphique ; et cette exploration hautement intellectuelle du sens (ou du non-sens) de la vie est aussi bien illustrée -dans un style radicalement "autre"- que ses meilleurs travaux "classiques" chez DC et Marvel.
Plus inattendue est l'absolue originalité du traitement du sujet exploré, même si la rupture d'avec les codes habituels du médium favorise l'expérimentation quant à la mise en place de l'action et du texte. Texte assez souvent pointu mais, néanmoins, facile à suivre tant il est réduit à l'essentiel : pas de thèse ni d'analyse poussée dans ces pages dépouillées de toutes fioritures ; et l'effet "aérien" obtenu contrebalance le côté "sérieux" du contexte (nature introspective/froide du héros, artificialité du milieu social, distance systématiquement entretenue avec les ressentis, Etc...). Par contraste, les quelques planches mettant en avant les instants où l'émotion l'emporte sur la réflexion (vers la fin) explosent de sens et de vérité : le quotidien de l'autre au sein du couple (magnifique de simplicité !) ou le flashback de phrases signifiantes, rendues encore plus percutantes par leur souvenir hors contexte -et dans le plus grand désordre.
D'un point de vue plus personnel, l'empathie de l'auteur pour ses personnages est l'argument qui m'acquiert de prime abord à l’œuvre : le regard est bienveillant (malgré le presque cynisme de cet architecte blasé) et personne n'est réduit à un cliché simpliste : maximum respect pour avoir dépeint cette bienveillante (répétition, mais que dire d'autre ?!) et originale épouse et mère de famille, férue d'histoire et d'astrologie, sans le moindre soupçon de condescendance ni de moquerie. Très courageux au sein d'une publication à destination d'un public à priori plus marginal/élitiste -et donc d'avantage cultivé (?!)- que les autres.
Brillant.
Voilà un magnifique ouvrage que je recommande aux fans de Lovecraft notamment et à ceux qui s'intéressent aux auteurs et à leur postérité.
Le travail remarquable de Romuald Giulivo est de partir du dernier jour de vie de Lovecraft et de plonger dans sa psyché via des personnages fictifs de son œuvre (Randolph Carter) ou réels (sa femme, ses continuateurs....) pour l'interroger sur ses écrits, l'influence de son milieu, sa vision de lui même et sa postérité. On sent que l'auteur s'est documenté et a profité des nombreux écrits et courriers de Lovecraft pour approfondir le sujet. C'est passionnant surtout pour les amateurs ou les fans de Lovecraft mais pour ceux qui n'y connaissent rien ce sera moins percutant.
Le trait de Jakub Rebelka et ses couleurs accompagnent parfaitement le texte et appuient les propos et l'agonie de Lovecraft, certaines planches étant tout simplement magnifiques.
L'objet en lui même mérite qu'on s'y arrête tant il est soigné et luxueux.
Une très belle découverte.
J'avais cette BD dans ma liste d'envie depuis sa sortie et j'ai franchi le pas pour découvrir toutes les sorties de Zelba avant d'aller l'interviewer. Je savais déjà que j'aimais son dessin et les approches qu'elle pouvait avoir de différents sujets (j'ai été un lecteur régulier de son blog pendant des années), mais la BD est franchement excellente !
En parlant de sa jeunesse, son adolescence et l'entrée dans le monde adulte, sa pratique de l'aviron et sa famille, Zelba nous livre une jolie autobiographie qui m'a appris quelques trucs sur l'aviron, sport que je ne connais pas du tout. Mais le bonus, c'est la couche sociétale : la chute du mur et la réunification de l'Allemagne, évènement symboliquement fort d'une Allemagne qui se retrouve après 40 ans de séparation forcée. Zelba nous explique quelques points importants de celle-ci, mais surtout nous dévoile l'impact sur les jeunes allemands de cette époque : un mélange de curiosité envers ces "étrangers", le poids de la guerre encore présent mentalement, la question de l'avenir de cette jeunesse sans mur et sans nazisme.
L'ensemble est dans la veine du roman graphique autobiographique, mais j'ai englouti les pages sans les sentir passer. C'est aéré et dynamique, mais je suis biaisé par son style que j'apprécie depuis des années, et l'ensemble de l'histoire se dévoile sans temps mort. J'ai vite été embarqué et je trouve que l'ensemble se tient parfaitement entre l'histoire d'émancipation d'une jeune femme et un pays qui se retrouve. Les deux trames narratives se mêlent à merveille, hasard de l'Histoire qui se mêle à la petite histoire.
C'est une BD assez étonnante, qui n'est pas totalement une autobiographie et pose des questions intéressantes sur l'Allemagne, la jeunesse, l'accomplissement, le sport … Plein de petites intrigues et trames qui se croisent sans temps mort, pour un résultat franchement plaisant à lire. Je recommande la lecture !
En voilà un excellent thriller ! Il y a tout ce que j’aime dans ce genre.
Les années 80, des complots, des organisations secrètes, des retournements de situations, du mystère, des liens mystérieux avec la grande histoire, le tout servi sur un nombre d’albums suffisant (5), pour que l’histoire ait de la matière, et pas non plus trop d’albums, ce qui évite une série à rallonge avec de nombreux tomes inutiles.
On suit donc ce flic sur l’enquête de multiples meurtres au fusil sniper, et plus on avance dans l’intrigue, plus on a envie d’en connaître le dénouement. (Ce qui est exactement ce que je recherche quand je lis ce genre littéraire).
C’est bien mené, bien rythmé, l’ambiance année 80 et parfaitement retranscrite par le dessin de Wilson (je ne connaissais que "Dans l’ombre du soleil" et son trait s'est vraiment amélioré).
Et le duo des très très prolifiques Pécau et Duval (dont leurs séries à succès, chacun de leur côté, sont très nombreuses) réalise ici une superbe collaboration.
Je conseille vivement à tout le monde. Ou du moins à tous la amateurs du genre.
Et en cette date, je vais vite m’acheter le dernier tome de la série Nevada qui vient de paraître, réalisé par le même trio, et espérant avoir autant de plaisir à la lire!
Une chronique familiale très bien écrite sur les parcours "en miroir" d'un père et de sa fille ainée, leurs difficultés à communiquer les forçant à traduire leurs ressentis de manière inconsciente et, fatalement, à multiplier les actes manqués jusqu'à ce qu'une révélation tardive amène une réinterprétation complète de leur rapports passés -et une lumière nouvelle sur les raisons des choix de vie des deux.
Le ton est très original ; surtout part l'extraordinaire des parallèles entre eux. Aussi : les nombreuses références littéraires (biais commun aux deux parents pour simuler un dialogue autrement inexistant) qui soulignent les prises de conscience de la fille au sujet des anomalies manifestes qui ponctuent, au sein de cette famille complètement assujettie au malaise existentiel du père, son enfance et son adolescence.
Le graphisme est naïf et figuratif, sans aucune tentative d'embellissement : les traits des personnages trahissent tout du long un même mal-être très dérangeant, renforçant l'efficacité avec laquelle Alison Bechdel exprime ses affres et ses accomplissements jusqu'à l'âge adulte. C'est parfaitement égal et maitrisé, de la première à la dernière page (... 240 !).
Peu familier de la formule, j'ai trouvé ce témoignage plutôt réussi car sans aucun effet ni artifice, et aussi remarquablement bien rythmé. Un très beau travail d'écriture qui -légèreté très bienvenue étant donné le propos tristounet- profite néanmoins agréablement de sa si "facile" mise en images.
Profond et adaptable à de nombreux autres contextes familiaux -donc utile. À lire si on aime les témoignages personnels.
200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur.
Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit.
L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré.
Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques).
Un auteur et une série à suivre en tout cas.
20 ans après Les Aventures de Luther Arkwright, Bryan Talbot revisite son multivers complexe et son personnage mythique (et mystique), avec cette suite directe.
Je note quelques changements. L’intrigue est plus linéaire et moins complexe à suivre, tout en restant riche et intéressante, et dans la lignée du premier épisode, avec des magouilles géopolitiques prenant place sur plusieurs univers parallèles. La narration est moins verbeuse (ouf) et le ton est plus humoristique, irrévérencieux et vulgaire, dans la lignée de nombreuses productions des années 90 (Transmetropolitan ou Preacher par exemple).
Gros changement graphique également. Le format est plus petit (comics standard plutôt que A4), et surtout la couleur fait son apparition, et remplace le noir et blanc hachuré de l’original, même si le dessin reste détaillé. J’ai personnellement beaucoup aimé, mais les amateurs du premier épisode risquent d’être déroutés en début de lecture.
J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’intrigue. Je l’ai trouvé intéressante et prenante (voire scotchante sur la fin), facile à suivre, et de manière générale l’ambiance est moins froide et contient plus d’humour, ce qui rend les personnages plus attachants et humains. Tout cela a fait que j’ai passé un excellent moment de lecture, et enchainé sur le troisième volume, encore non traduit en français : « The Legend of Luther Arkwright ».
J’ai lu « Les Aventures de Luther Arkwright » parce que j’allais interviewer son auteur, mais aussi pour son importance historique dans le monde de la BD. Sérialisé en 1978 (avant d’être publié en album en 1982), il est considéré comme le premier « graphic novel » britannique ayant inspiré toute une génération d’auteurs, dont le grand Alan Moore.
Ayant lu les avis existants avant d’entamer ma lecture, je craignais le pire niveau narration. J’ai finalement trouvé l’histoire très lisible. C’est lourd textuellement, certes, et il faut suivre les sauts dimensionnels (indiqués par 3 coordonnées), mais j’ai rarement décroché. Ma compréhension n’était jamais complète, mais suffisante pour apprécier l’histoire diplomatique riche et complexe, et les personnages variés et bien écrits. Le ton est un peu froid et mystique pour moi, mais sans que cela ait gâché mon plaisir de lecture.
Il faut dire que la mise en image est superbe. Le dessin est riche et détaillé, et le noir et blanc hachuré donne vraiment du cachet aux planches. Le soin apporté aux visages est impressionnant… du travail d’orfèvre.
Un album dont certains aspects ont un peu vieilli, forcément, mais qui était tellement en avance sur son temps qu’il reste parfaitement lisible et pertinent en 2024, et qui m’a donné envie d’enchainer sur la suite : Au Coeur de l'Empire - L'Héritage de Luther Arkwright.
Invité par l’Unicef en 2016, Jean-Denis Pendanx a passé deux semaines dans le camp de déplacés de Bentiu, au Soudan du sud. Sa mission ? Transmettre son amour de l’art, aux instituteurs et aux déplacés du camp… transmettre son savoir, mais aussi son intime conviction que l’art peut être une échappatoire, voire une arme contre la guerre.
7 ans après, il nous raconte enfin cette expérience émotionnelle dans ce superbe album, présenté sous la forme d’une fiction mettant en scène des personnages existant vraiment - on reconnaît bien Georges et Nialony dans les photos qui illustrent le dossier en fin d’album. Ces photos montrant des enfants tenant leur dessin avec bonheur et fierté malgré les circonstances m’ont d’ailleurs beaucoup ému. L’histoire est touchante et prenante, le dévouement des volontaires qui font fonctionner le camp, son hôpital, son école, fait chaud au cœur.
Il paraît futile de parler de la mise en image… cette dernière est pourtant superbe, avec notamment des pleines pages du plus bel effet.
Un album touchant et passionnant, un grand bravo à l’auteur pour son travail mais aussi son engagement humanitaire.
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Les Enfants perchés de la Révolution
Cette série qui devrait compter 4 tomes débute plutôt bien. A la manière de Les Enfants de la Résistance, elle est vendue un peu sous cet argumentaire, on retrouve une fiction qui suit des évènements historiques et qui fait référence à d'autres dates, lieux ou personnalités. Ce tome d'exposition nous permet de nous familiariser avec Michel, le héros, et d'introduire la bande de monte en l'air que constituent "Les enfants perchés" du titre. A cette occasion on découvre un peu plus Charlotte, cheffe autoproclamée qui ne manque pas d'humour et qui attire la sympathie. Il y a de nombreux rebondissements et l'album se lit d'une traite. L'auteur prévoit 4 tomes (et non pas trois comme annoncé au départ) qui nous amèneront jusqu'en juillet 1789 et s'arrêtera sans doute là. Le dessin est agréable un brin cartoonesque et aurait pu être une série du journal de Spirou sans problème. Le petit dossier en fin d'album est bien fait, court mais instructif. Un très bon début qui augure de belles aventures pour cette petite bande.
Asterios Polyp
HA ! Je le savais bien que l'abandon du genre "mainstream" par David Mazzucchelli avait forcément une bonne raison : le gars est définitivement trop talentueux pour se limiter à une seule sorte d'expression graphique ; et cette exploration hautement intellectuelle du sens (ou du non-sens) de la vie est aussi bien illustrée -dans un style radicalement "autre"- que ses meilleurs travaux "classiques" chez DC et Marvel. Plus inattendue est l'absolue originalité du traitement du sujet exploré, même si la rupture d'avec les codes habituels du médium favorise l'expérimentation quant à la mise en place de l'action et du texte. Texte assez souvent pointu mais, néanmoins, facile à suivre tant il est réduit à l'essentiel : pas de thèse ni d'analyse poussée dans ces pages dépouillées de toutes fioritures ; et l'effet "aérien" obtenu contrebalance le côté "sérieux" du contexte (nature introspective/froide du héros, artificialité du milieu social, distance systématiquement entretenue avec les ressentis, Etc...). Par contraste, les quelques planches mettant en avant les instants où l'émotion l'emporte sur la réflexion (vers la fin) explosent de sens et de vérité : le quotidien de l'autre au sein du couple (magnifique de simplicité !) ou le flashback de phrases signifiantes, rendues encore plus percutantes par leur souvenir hors contexte -et dans le plus grand désordre. D'un point de vue plus personnel, l'empathie de l'auteur pour ses personnages est l'argument qui m'acquiert de prime abord à l’œuvre : le regard est bienveillant (malgré le presque cynisme de cet architecte blasé) et personne n'est réduit à un cliché simpliste : maximum respect pour avoir dépeint cette bienveillante (répétition, mais que dire d'autre ?!) et originale épouse et mère de famille, férue d'histoire et d'astrologie, sans le moindre soupçon de condescendance ni de moquerie. Très courageux au sein d'une publication à destination d'un public à priori plus marginal/élitiste -et donc d'avantage cultivé (?!)- que les autres. Brillant.
Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft
Voilà un magnifique ouvrage que je recommande aux fans de Lovecraft notamment et à ceux qui s'intéressent aux auteurs et à leur postérité. Le travail remarquable de Romuald Giulivo est de partir du dernier jour de vie de Lovecraft et de plonger dans sa psyché via des personnages fictifs de son œuvre (Randolph Carter) ou réels (sa femme, ses continuateurs....) pour l'interroger sur ses écrits, l'influence de son milieu, sa vision de lui même et sa postérité. On sent que l'auteur s'est documenté et a profité des nombreux écrits et courriers de Lovecraft pour approfondir le sujet. C'est passionnant surtout pour les amateurs ou les fans de Lovecraft mais pour ceux qui n'y connaissent rien ce sera moins percutant. Le trait de Jakub Rebelka et ses couleurs accompagnent parfaitement le texte et appuient les propos et l'agonie de Lovecraft, certaines planches étant tout simplement magnifiques. L'objet en lui même mérite qu'on s'y arrête tant il est soigné et luxueux. Une très belle découverte.
Dans le même bateau
J'avais cette BD dans ma liste d'envie depuis sa sortie et j'ai franchi le pas pour découvrir toutes les sorties de Zelba avant d'aller l'interviewer. Je savais déjà que j'aimais son dessin et les approches qu'elle pouvait avoir de différents sujets (j'ai été un lecteur régulier de son blog pendant des années), mais la BD est franchement excellente ! En parlant de sa jeunesse, son adolescence et l'entrée dans le monde adulte, sa pratique de l'aviron et sa famille, Zelba nous livre une jolie autobiographie qui m'a appris quelques trucs sur l'aviron, sport que je ne connais pas du tout. Mais le bonus, c'est la couche sociétale : la chute du mur et la réunification de l'Allemagne, évènement symboliquement fort d'une Allemagne qui se retrouve après 40 ans de séparation forcée. Zelba nous explique quelques points importants de celle-ci, mais surtout nous dévoile l'impact sur les jeunes allemands de cette époque : un mélange de curiosité envers ces "étrangers", le poids de la guerre encore présent mentalement, la question de l'avenir de cette jeunesse sans mur et sans nazisme. L'ensemble est dans la veine du roman graphique autobiographique, mais j'ai englouti les pages sans les sentir passer. C'est aéré et dynamique, mais je suis biaisé par son style que j'apprécie depuis des années, et l'ensemble de l'histoire se dévoile sans temps mort. J'ai vite été embarqué et je trouve que l'ensemble se tient parfaitement entre l'histoire d'émancipation d'une jeune femme et un pays qui se retrouve. Les deux trames narratives se mêlent à merveille, hasard de l'Histoire qui se mêle à la petite histoire. C'est une BD assez étonnante, qui n'est pas totalement une autobiographie et pose des questions intéressantes sur l'Allemagne, la jeunesse, l'accomplissement, le sport … Plein de petites intrigues et trames qui se croisent sans temps mort, pour un résultat franchement plaisant à lire. Je recommande la lecture !
Wonderball
En voilà un excellent thriller ! Il y a tout ce que j’aime dans ce genre. Les années 80, des complots, des organisations secrètes, des retournements de situations, du mystère, des liens mystérieux avec la grande histoire, le tout servi sur un nombre d’albums suffisant (5), pour que l’histoire ait de la matière, et pas non plus trop d’albums, ce qui évite une série à rallonge avec de nombreux tomes inutiles. On suit donc ce flic sur l’enquête de multiples meurtres au fusil sniper, et plus on avance dans l’intrigue, plus on a envie d’en connaître le dénouement. (Ce qui est exactement ce que je recherche quand je lis ce genre littéraire). C’est bien mené, bien rythmé, l’ambiance année 80 et parfaitement retranscrite par le dessin de Wilson (je ne connaissais que "Dans l’ombre du soleil" et son trait s'est vraiment amélioré). Et le duo des très très prolifiques Pécau et Duval (dont leurs séries à succès, chacun de leur côté, sont très nombreuses) réalise ici une superbe collaboration. Je conseille vivement à tout le monde. Ou du moins à tous la amateurs du genre. Et en cette date, je vais vite m’acheter le dernier tome de la série Nevada qui vient de paraître, réalisé par le même trio, et espérant avoir autant de plaisir à la lire!
Fun Home - Une tragicomédie familiale
Une chronique familiale très bien écrite sur les parcours "en miroir" d'un père et de sa fille ainée, leurs difficultés à communiquer les forçant à traduire leurs ressentis de manière inconsciente et, fatalement, à multiplier les actes manqués jusqu'à ce qu'une révélation tardive amène une réinterprétation complète de leur rapports passés -et une lumière nouvelle sur les raisons des choix de vie des deux. Le ton est très original ; surtout part l'extraordinaire des parallèles entre eux. Aussi : les nombreuses références littéraires (biais commun aux deux parents pour simuler un dialogue autrement inexistant) qui soulignent les prises de conscience de la fille au sujet des anomalies manifestes qui ponctuent, au sein de cette famille complètement assujettie au malaise existentiel du père, son enfance et son adolescence. Le graphisme est naïf et figuratif, sans aucune tentative d'embellissement : les traits des personnages trahissent tout du long un même mal-être très dérangeant, renforçant l'efficacité avec laquelle Alison Bechdel exprime ses affres et ses accomplissements jusqu'à l'âge adulte. C'est parfaitement égal et maitrisé, de la première à la dernière page (... 240 !). Peu familier de la formule, j'ai trouvé ce témoignage plutôt réussi car sans aucun effet ni artifice, et aussi remarquablement bien rythmé. Un très beau travail d'écriture qui -légèreté très bienvenue étant donné le propos tristounet- profite néanmoins agréablement de sa si "facile" mise en images. Profond et adaptable à de nombreux autres contextes familiaux -donc utile. À lire si on aime les témoignages personnels.
Ils brûlent
200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur. Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit. L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré. Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques). Un auteur et une série à suivre en tout cas.
Au Coeur de l'Empire - L'Héritage de Luther Arkwright
20 ans après Les Aventures de Luther Arkwright, Bryan Talbot revisite son multivers complexe et son personnage mythique (et mystique), avec cette suite directe. Je note quelques changements. L’intrigue est plus linéaire et moins complexe à suivre, tout en restant riche et intéressante, et dans la lignée du premier épisode, avec des magouilles géopolitiques prenant place sur plusieurs univers parallèles. La narration est moins verbeuse (ouf) et le ton est plus humoristique, irrévérencieux et vulgaire, dans la lignée de nombreuses productions des années 90 (Transmetropolitan ou Preacher par exemple). Gros changement graphique également. Le format est plus petit (comics standard plutôt que A4), et surtout la couleur fait son apparition, et remplace le noir et blanc hachuré de l’original, même si le dessin reste détaillé. J’ai personnellement beaucoup aimé, mais les amateurs du premier épisode risquent d’être déroutés en début de lecture. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’intrigue. Je l’ai trouvé intéressante et prenante (voire scotchante sur la fin), facile à suivre, et de manière générale l’ambiance est moins froide et contient plus d’humour, ce qui rend les personnages plus attachants et humains. Tout cela a fait que j’ai passé un excellent moment de lecture, et enchainé sur le troisième volume, encore non traduit en français : « The Legend of Luther Arkwright ».
Les Aventures de Luther Arkwright
J’ai lu « Les Aventures de Luther Arkwright » parce que j’allais interviewer son auteur, mais aussi pour son importance historique dans le monde de la BD. Sérialisé en 1978 (avant d’être publié en album en 1982), il est considéré comme le premier « graphic novel » britannique ayant inspiré toute une génération d’auteurs, dont le grand Alan Moore. Ayant lu les avis existants avant d’entamer ma lecture, je craignais le pire niveau narration. J’ai finalement trouvé l’histoire très lisible. C’est lourd textuellement, certes, et il faut suivre les sauts dimensionnels (indiqués par 3 coordonnées), mais j’ai rarement décroché. Ma compréhension n’était jamais complète, mais suffisante pour apprécier l’histoire diplomatique riche et complexe, et les personnages variés et bien écrits. Le ton est un peu froid et mystique pour moi, mais sans que cela ait gâché mon plaisir de lecture. Il faut dire que la mise en image est superbe. Le dessin est riche et détaillé, et le noir et blanc hachuré donne vraiment du cachet aux planches. Le soin apporté aux visages est impressionnant… du travail d’orfèvre. Un album dont certains aspects ont un peu vieilli, forcément, mais qui était tellement en avance sur son temps qu’il reste parfaitement lisible et pertinent en 2024, et qui m’a donné envie d’enchainer sur la suite : Au Coeur de l'Empire - L'Héritage de Luther Arkwright.
L'Oeil du marabout
Invité par l’Unicef en 2016, Jean-Denis Pendanx a passé deux semaines dans le camp de déplacés de Bentiu, au Soudan du sud. Sa mission ? Transmettre son amour de l’art, aux instituteurs et aux déplacés du camp… transmettre son savoir, mais aussi son intime conviction que l’art peut être une échappatoire, voire une arme contre la guerre. 7 ans après, il nous raconte enfin cette expérience émotionnelle dans ce superbe album, présenté sous la forme d’une fiction mettant en scène des personnages existant vraiment - on reconnaît bien Georges et Nialony dans les photos qui illustrent le dossier en fin d’album. Ces photos montrant des enfants tenant leur dessin avec bonheur et fierté malgré les circonstances m’ont d’ailleurs beaucoup ému. L’histoire est touchante et prenante, le dévouement des volontaires qui font fonctionner le camp, son hôpital, son école, fait chaud au cœur. Il paraît futile de parler de la mise en image… cette dernière est pourtant superbe, avec notamment des pleines pages du plus bel effet. Un album touchant et passionnant, un grand bravo à l’auteur pour son travail mais aussi son engagement humanitaire.