J'ai bien aimé cette série qui voyage entre légende et récit historique à la manière d'un poème épique grec. Pourtant Chaka n'est pas un personnage vraiment sympathique.
Il y a même de nombreux passages qui renvoient aux atrocités du XXème siècle quand Chaka ordonne le massacre des handicapés, des bébés ou des "faibles" selon sa conception.
Cela reste un personnage légendaire dans l'imaginaire Zoulou puisqu'il a conquis de nombreux territoires en quelques années. Il a aussi organisé socialement son peuple mais ce n'est pas présenté dans la série.
La force du récit de J.F Chanson est de nous immerger dans une mentalité africaine très crédible. Le scénario donne une belle place à la sorcellerie, aux féticheurs et aux traditions pointilleuses qui régissent une part des comportements du continent.
En outre j'ai trouvé le récit très bien structuré, fluide malgré de nombreux intervenants avec une intensité dramatique qui va crescendo tout au long de l'histoire. C'est le type de récit qui vous enferme dans l'horreur de la folie du pouvoir. Il m'a été impossible de m'en détacher et l'on referme la dernière page avec soulagement de retrouver une ambiance paisible dans sa chambre.
J'apprécie le dessin de Koffi N'guessan même si son trait peut sembler un peu naïf. C'est appréciable d'avoir un artiste africain qui donne sa propore vision de l'histoire de son continent. Koffi n'économise pas le nombre de ses personnages. Il soigne l'ambiance des villages et les tenues des rois ou guerriers.
Sa mise en couleur très axée sur les bruns et les ocres reste un peu monotone sans que cela ait géné ma lecture.
Une bonne lecture pour découvrir l'histoire de cette partie australe de l'Afrique. 3.5
Blacksad est indéniablement une jolie BD policière.
Les illustrations de Guarnido nous plongent dans un univers et un genre aux codes élégamment agencés. Quelques cases suffisent à redonner vie au film noir et à imprégner notre mémoire. Le panache de certaines mises en page amuse et l'on flirte avec un style plus spaghetti, gentiment tape à l’œil, mais avec ce qu'il faut de retenue pour échapper à la vaine sinon regrettable esbroufe. Ainsi visuellement, la réussite est complète.
Mais les scénarios comptent grandement dans ce type d'intrigue, et la fortune y est là plus chancelante. Les recettes sont appliquées par Diaz Canalès, éventuellement stylisées si l'on souhaite rester aimable. Mais, cela manque d'originalité, de bravoure, de construction, d'habileté ! Même l'inattendu diptyque tout récemment sorti ne déroge à cette dramaturgie quelque peu convenue.
Une BD pas tout à fait digne de sa monstrueuse cote d'amour, que nos rétines titillées aiment à réévaluer a posteriori.
C’est un album vraiment intéressant. Par son sujet bien sûr. Mais aussi par ses choix narratifs, qui jamais ne laissent de côté le lecteur, qui ne s’ennuie pas en lisant cet épais album, tout en s’instruisant, sur un sujet terrible.
Car il s’agit ici d’un crime de guerre atroce, à savoir l’organisation méthodique et quasi administrative de viols de dizaines de milliers de femmes (Coréennes surtout, mais aussi européennes – je ne savais pas que des Européennes en avaient aussi été victimes – , voire japonaises juste après la fin de la guerre), dans des bordels militaires de l’armée japonaise d’occupation, durant les années 1930 et la seconde guerre mondiale.
L’album est très complet, factuel (une abondante bibliographie en fin d’album permet à qui veut d’approfondir tous les aspects du sujet), et retrace très bien les étapes, les responsables de ces crimes. Il s’appuie aussi sur des témoignages assez forts.
Il montre aussi comment ces femmes victimes de ce système cynique étaient de véritables esclaves, mais aussi pourquoi la plupart d’entre elles n’ont pas témoigné après-guerre (les préjugés sexistes en Corée même y ont joué un rôle). L’auteur semble annoncer un second tome consacré à l’absence de procès, ou à la non prise en compte de ce phénomène dans les procès d’après-guerre, mais cet album semble ne pas avoir paru (en France tout du moins).
Le dessin est très simple, avare de détails, de décors, mais il est très efficace et fluide. Surtout, sur un sujet aussi terrible, l’auteur joue avec l’humour, la dérision dans les dialogues et les mimiques des protagonistes, et cela passe très bien.
Une lecture édifiante. D’autant plus que le Japon refuse d’admettre officiellement ses responsabilités, la population ayant été « protégée » des « mauvaises rumeurs » sur ces viols collectifs, mais aussi sur les massacres de civils en Chine (le massacre de Nankin est évoqué en début d’album).
Tiens ?! Voilà que Keanu Reeves se lance dans la bande dessinée ! Enfin, c'est même plus que cela car ce projet qu'il pilote et co scénarise avec Matt Kindt devrait aussi devenir un film où il jouera le rôle principal. B., le personnage principal de l'album a d'ailleurs déjà ses traits.
"BRZRKR" nous raconte l'histoire de B. un personnage énigmatique, doué d'une force surnaturelle, mais surtout immortel... Dans ses accès de rage il est capable de démolir à peu près tout ce qu'il croise sur son chemin. Si cela peut faire rêver, lui est las de son état et cherche à en comprendre l'origine pour y mettre un terme : il veut mourir ! C'est dans ce but qu'il a accepté de travailler pour le gouvernement américain, qui en échange des recherches scientifiques menées sur lui, l'envoie mener des opérations militaires suicidaires dont il revient toujours.
Voilà un album qui ne fait pas dans la dentelle côté violence, le berserk qui sommeille en B. se révélant peu porté sur la stratégie mais plutôt sur l'efficacité. Vu comme ça on pourrait se dire que le récit va vite tourner en rond, mais heureusement non. Les flashbacks de son passé qui lui revient au fil de l'album permettent de saisir une partie de l'origine de ce "don" et de suivre B. à travers le temps, en remontant même jusqu'à la préhistoire.
Le dessin de Ron Garney fait le job dans un style assez marqué et tranchant qui colle parfaitement au récit. C'est dynamique à souhait et la colorisation joue pleinement en ce sens aussi.
C'est donc un premier tome qui pose le cadre d'une série toute en fureur ; vivement la suite !
*** Tome 2 ***
Voilà un second tome qui suit parfaitement la lancée du premier : action, efficacité, mystères et révélations au compte goutte pour maintenir la tension et titiller notre curiosité !
B. se révèle de plus en plus au fil des époques qu'il a traversé et qu'il nous dévoile au fil du récit. On en arrive même à trouver un possible sens à son existence au fil de ses cheminements à travers les époques et les continents... mais ce n'est pas cette réponse qui l'intéresse. Lui veut seulement trouver un moyen de mourir... et on va lui proposer un moyen assez radical... Reste à savoir si ce dernier sera efficace.
Ce deuxième volet de la trilogie annoncé est tout aussi plaisante et efficace que le premier : pas de temps morts, des allez-retour entre présent et passé qui construisent méticuleusement par touches le personnage et couche de mystères bien gérée pour nous tenir en haleine.
Il ne reste plus qu'à espérer que le tome conclusif soit à la hauteur de cette mise en bouche, mais pour le moment, c'est du tout bon !
*** Tome 3 ***
Bam ! Voici donc le troisième et dernier tome de cette série, ou tout du moins la fin d'un premier cycle.
Car si certaines réponses tombent enfin, d'autres questions s'invitent et suggèrent qu'un second cycle est envisagé.
En tout état de faits, notre cher B. n'est pas au bout de ses surprises !
Question rythme et action, nos auteurs ne lâchent rien et ça part même en trombe ! Ceux qui ont la malchance de se trouver face à lui ont la fâcheuse tendance à terminé éparpillés façon puzzle comme dirait l'autre, et c'est pas une image ! Diana, la scientifique qui suit B. et cherche à l'aider va se retrouver de plus en plus impliquée dans l'intrigue et même y trouver une place centrale. Difficile d'en dire plus sans spoiler et trop en dévoiler... Je vous laisse le plaisir de découvrir ce que cache l'intrigue.
Côté dessin, rien à redire, on garde la même ligne. C'est tendu comme l'exige le scénario, le découpage appuie son rythme et quelques magnifiques doubles pages finissent de nous combler pour certaines scènes hallucinées.
Du tout bon !
Nevada nous entraîne dans un univers très westernien mais se déroulant pendant la période de la prohibition américaine. Nevada est la main forte des grands des studios Hollywoodiens qui commencent à prendre leur essor. Il est chargé de retrouver et ramener les acteurs aux studios pour qu'ils assurent leurs prestations par tous les moyens, comme dans le premier tome, ou de faire le commis pour sa patronne pour toutes les substances plus ou moins légales dont elle a besoin pour faire tourner sa boutique.
Voilà une série résolument tournée vers l'action avec pour personnage central un anti-héros "parfait", qui n'a peur de rien et ne s'en laisse pas compter. Une belle gueule, costaud, intelligent, heureusement que son cynisme donne à son personnage un peu de rugosité, sinon il serait vite assommant de perfection... Heureusement également, il croise en chemin quelques personnages secondaires intéressants (même si un peu trop survolés à mon goût), comme cette jeune journaliste dans le deuxième tome, qui redonnent un peu de relief à l'ensemble.
Côté dessin Colin Wilson nous propose un graphisme réaliste assez conventionnel, qui colle plutôt bien à l'exercice, jouant avec des cadrages et un découpage donnant tout son élan à l'action qui agrémente largement le fil narratif.
Si vous aimez les héros aux belles gueules qui n'ont pas froid aux yeux, cette série axée sur l'action devrait vous plaire, et si ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, j'ai malgré tout passé un agréable moment de détente en lisant ces deux premiers tomes.
*** Tome 3 ***
Dans ce troisième opus, nous retrouvons notre Nevada lors d'une randonnée à cheval pour rejoindre le tournage d'un film. Non pas que celui-ci ait spécialement envie de se balader, mais il doit accompagner Mac Nabb, "l'étoile solitaire", le héros du western qu'on tourne, pour qu'il s’imprègne des grands espaces... Ce dernier aurait également omis de mentionner à notre Nevada qu'il avait la mafia de Chicago qui lui colle aux basques à propos de dettes de jeu... La petite balade à cheval va forcément rapidement tournée au drame.
Ce troisième tome de la série confirme toute les qualités que j'ai pu relever dans les deux premiers, tout en prenant de l'assurance. Notre Nevada Marquez, reste ce personnage taciturne mais loyal dans un monde où l'honneur semble être devenu denrée rare. Entre les têtes à claques d'acteurs qui se la pètent et les truands sans foi ni loi, ça dérape forcément assez rapidement. Et ce sont surtout toute cette kyrielle de personnages secondaires bien campés qui enrichissent une trame plus profonde qui qui se tisse au fil des tomes qui font la différence et que cette série gagne en qualité au fil des pages.
Je remonte ma note à 4 et j'attends donc maintenant le 4e tome avec impatience.
*** Tome 4 ***
Voilà un quatrième tome en forme de flashback qui va nous faire comprendre d'une part la relation singulière qui existe entre Nevada et Louise et d'autre part comment Carlsen est devenu leur pire ennemi commun.
A cette époque, fi du luxe hollywoodien que connaissent alors nos deux protagonistes, ils sont alors pilleurs d'huîtres dans la baie de San Francisco. Une de leur rasia tourne au fiasco et sans l'aide inopinée d'un certain Jack London, nos deux amis baigneraient dans le fond de la baie, hachés par le plomb d'une milice peu scrupuleuse.
Et c'est là tout l'intérêt de ce quatrième opus, qui tout en nous mettant en perspective la vie passé de nos héros, introduit un personnage réel et pas n'importe lequel : Jack London. C'est par son biais et son implication dans les luttes syndicales qu'on découvre un pan de l'histoire américaine, les luttes sociales, la vie des hobbos, etc., et qu'on finit par comprendre comment et pourquoi le fameux Carlsen les a dans son collimateur.
Le dessin de Colin Wilson est rudement efficace et bien mis en valeur par la colorisation très réussie de Jean-Paul Fernandez.
Pour le coup, j'ai hâte de lire la suite et fin annoncée dans le 5e tome !
*** Tome 5 ***
Voici donc la conclusion d'une série plaisante et originale.
Nevada se retrouve une nouvelle fois en fâcheuse posture : il doit faire évader son pire ennemi pour le livrer à Butch (un autre de ses "amis"), sinon le studio de sa protégée, Louise, pourra mettre la clé sous la porte.
Encore une fois, fiction et réalité se marient à merveille dans ce récit conclusif, en nous plaçant en pleine transition du cinéma muet vers le parlant (l'acteur Douglas Fairbanks a d'ailleurs sa place dans ce dernier tome (oui oui, celui qui faisait Zorro) ainsi qu'en pleine naissance de Las Végas. C'est dans ce contexte historique marqué que notre Nevada va s'ébrouer tant bien que mal pour sauver sa peau et la mise à sa belle Louise. L'action est toujours au rendez-vous pour servir une intrigue bien ficelée et efficace.
Dessin et colorisation sont toujours aussi juste pour une immersion parfaite.
Une série que je recommande chaudement.
Ah Edmond Dantès ! Ça faisait quelques paires d'années que je n'avais pas retrouvé ce damné personnage mû par une vengeance toute légitime !
C'est aussi une bonne surprise que de retrouver Bruno et Corentin Loth au dessin, plus habitué à les lire dans leurs albums auto produits de très bonne facture. Je ne connaissais pas le travail de Patrick Mallet par contre, mais je vois sur notre beau site que ses productions sont plutôt très bien notées et me donnent envie d'aller faire mon curieux du côté de ses autres albums.
Car ici point trop de surprises pour qui connait le Conte de Monte-Christo. Pour ma part, ma lecture remontant à quelques décennies, j'avoue avoir redécouvert l'histoire au fil de cette adaptation bien ficelée que nous propose Patrick Mallet. Ce premier tome nous laisse à la moitié de l'histoire, Edmond Dantès ayant réussi à s'échapper de la prison qui l'aura retenu plus de 23 ans, le voilà de retour sous sa nouvelle identité de Comte pour mener à bien sa vengeance...
Alors oui, il est sûr que toutes les péripéties qui remplissent les quelques 1000 pages du roman ont pris du plomb dans l'aile, mais dans l'ensemble, cette adaptation semble rester assez fidèle, mettant l'accent sur les événements clés de l'histoire. Le duo Loth s'en sort aussi très bien au dessin, nous proposant même une colorisation qui change de ce qu'ils avaient l'habitude de proposer ; les tons sont plus pastels et la technique plus hachurée, ce qui donne à l'ensemble un petit côté suranné des plus agréable.
C'est donc avec curiosité que j'attends de lire le deuxième tome conclusif de cette adaptation.
*** Tome 2 ***
Voici donc le deuxième et dernier tome de cette adaptation. Après la chute, place à la vengeance !
Au fil de cet opus, le machiavélisme d'Edmond Dantès entre donc en action. Les fils de la toile qu'il a patiemment tissé se resserrent inexorablement pour parfaire sa vendetta.
Tout comme dans le premier tome, nos auteurs vont à l'essentiel pour nous restituer le destin vengeur de ce pauvre Dantès. C'est même plutôt bien réalisé pour tenir dans ces 2 tomes de 56 pages.
Une belle adaptation.
Mais dis donc !! C’est que c’est vachement bien Chevrotine.
Je me suis lancé un peu en aveugle, je n’avais en tête que sorcière et fluide glacial. Au final, l’album a complètement surpassé mes attentes, je l’ai trouvé plus que bon.
Nous allons y suivre Chevrotine et sa marmaille (comme elle l’appelle elle même) à travers différentes histoires. Nous y découvrirons un monde connu mais rempli d’idées saugrenues, je vous renvoie à la description. Nous irons de surprises en surprises dans un ton très libre.
L’humour y est foisonnant et plutôt éloigné de ce que j’ai l’habitude de voir chez l’éditeur (un bon point). La mise en page est tout aussi agréable.
Le tout est homogène et, cerise sur le gâteau, retombe admirablement sur ses pattes avec l’épilogue.
Franchement très sympa à suivre, je recommande sauf si vous êtes 1er degré.
Voilà une œuvre surprenante et un peu déroutante mais certainement pas dénuée d’intérêt.
Même si je n’ai pas été conquis totalement, je ne peux que lui reconnaître une belle fraîcheur et finalement pas mal de charme.
Le scénario mixe habilement la légende nordique de Beowulf aux jeux d’enfants. Plutôt bien vu, je ne suis pas un grand amateur du matériau de base que je trouve assez froid, voir terne mais le scénariste y amène une toute autre dimension en le plaçant au niveau de nos jeunes têtes blondes.
La fable prendra ici une autre tournure, faussement épique avec comme point central la perte de l’innocence.
S’ensuit un joyeux délire parfaitement mis en images par Boulet, son trait et narration apportent énormément à l’histoire, en allégeant notamment la voix off un peu trop présente (mais qui rappelle le côté poème épique).
La post face conclut de belle façon l’album, genèse du projet, parallèle entre les deux histoires … et implication des auteurs. A noter que la remise en lumière du poème est dû à Tolkien.
Au final une BD qui ne ressemble à aucune autre, ça ne plaira sans doute pas à tout le monde mais certainement à essayer. Je n’attendais pas l’éditeur Albin Michel dans ce registre, une heureuse surprise.
Edité conjointement par Dargaud et Kana, cet album tient plus de la bande dessinée européenne que du manga. Pourtant, elle est l’œuvre de Rintaro, célèbre concepteur d’animés mais par son format (225 x 298 mm) et son sens de lecture (de gauche à droite), elle ne déconcertera absolument pas le lecteur peu habitué aux mangas (et risque même de bien plus décontenancer les autres).
Le parcours de Rintaro est très intéressant, et j’ai vraiment beaucoup aimé les deux premiers tiers du récit. Ils permettent de dresser un portrait du Japon depuis l’immédiat après-guerre jusqu’aux années ’80 (et même plus tard dans le dernier tiers) avec une attention particulière sur l’évolution des techniques d’animation, mais surtout elles permettent à Rintaro de raconter son enfance, sa jeunesse, les rencontres marquantes, la folle passion dont il a dû faire montre pour enfin accéder à la reconnaissance.
Le dernier tiers m’a moins intéressé. Tout simplement parce qu’à la base, je ne suis pas fan d’animés et, du coup, l’évocation des œuvres majeures qu’il réalise sur le derniers tiers de sa carrière n’a pas eu d’écho chez moi.
Le dessin et la mise en page sont magistraux ! Franchement, pour une première œuvre (si on oublie les quelques mangas alimentaires qu’il réalise au tout début de sa carrière), cette biographie démontre la très haute maîtrise technique de son auteur, tant au niveau du trait (à la fois riche et extrêmement lisible) qu’au niveau du découpage et surtout du cadrage.
Quitte à passer pour un inculte, je ne connaissais pas le personnage. Et l’image qu’il nous donne de lui-même est assez touchante, depuis sa modestie jusqu’aux problèmes relationnels avec son père. Mais c’est surtout son obstination et sa capacité de travail que je retiens. Une bien belle autobiographie, donc, qui devrait ravir les amateurs d’animés et intéresser les autres lecteurs, fussent-ils adeptes des manga ou non.
« Washing-Town » est une biographique intéressante de Frances Gabe, « la ménagère américaine débordée qui inventa la maison auto-nettoyante ».
Frances est une inventeuse de génie, ou une sacrée folle selon votre point de vue (probablement les deux – son comportement avait quand même beaucoup affecté sa famille). Le début de l’histoire représente parfaitement le calvaire de tout parent, le boulot ingrat qui consiste à s’occuper d’enfants hyper énergétiques et capricieux, en plus des taches ménagères. Sa révolte presque mystique (c’est le Jésus accroché dans sa cuisine qui lui confit cette mission) est fascinante, et tellement abracadabrante qu’il est difficile de croire qu’il s’agit d’une histoire vraie (et pourtant, voir sa page Wikipédia en anglais). J’ai beaucoup aimé les passages où elle parle à une version plus jeune d’elle-même, je les ai trouvés touchants et très justes.
La mise en image de Fanny Grosshans est élégante et parfaite pour représenter la vie chaotique de Frances Gabe. La narration est parfaitement fluide, malgré l’aspect déstructuré des planches.
Je pensais naïvement que les choses avaient changé depuis l’époque de cette histoire (c’est le cas dans ma maison, en tout cas), mais des statistiques consternantes dans le petit dossier en fin d’album semblent contredire mon ressenti. Quoi qu’il en soit, j’ai passé un excellent moment de lecture, et je suis content d’avoir fait la connaissance de cette illuminée, qui n’est décédée que récemment (en 2016).
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J'ai bien aimé cette série qui voyage entre légende et récit historique à la manière d'un poème épique grec. Pourtant Chaka n'est pas un personnage vraiment sympathique. Il y a même de nombreux passages qui renvoient aux atrocités du XXème siècle quand Chaka ordonne le massacre des handicapés, des bébés ou des "faibles" selon sa conception. Cela reste un personnage légendaire dans l'imaginaire Zoulou puisqu'il a conquis de nombreux territoires en quelques années. Il a aussi organisé socialement son peuple mais ce n'est pas présenté dans la série. La force du récit de J.F Chanson est de nous immerger dans une mentalité africaine très crédible. Le scénario donne une belle place à la sorcellerie, aux féticheurs et aux traditions pointilleuses qui régissent une part des comportements du continent. En outre j'ai trouvé le récit très bien structuré, fluide malgré de nombreux intervenants avec une intensité dramatique qui va crescendo tout au long de l'histoire. C'est le type de récit qui vous enferme dans l'horreur de la folie du pouvoir. Il m'a été impossible de m'en détacher et l'on referme la dernière page avec soulagement de retrouver une ambiance paisible dans sa chambre. J'apprécie le dessin de Koffi N'guessan même si son trait peut sembler un peu naïf. C'est appréciable d'avoir un artiste africain qui donne sa propore vision de l'histoire de son continent. Koffi n'économise pas le nombre de ses personnages. Il soigne l'ambiance des villages et les tenues des rois ou guerriers. Sa mise en couleur très axée sur les bruns et les ocres reste un peu monotone sans que cela ait géné ma lecture. Une bonne lecture pour découvrir l'histoire de cette partie australe de l'Afrique. 3.5
Blacksad
Blacksad est indéniablement une jolie BD policière. Les illustrations de Guarnido nous plongent dans un univers et un genre aux codes élégamment agencés. Quelques cases suffisent à redonner vie au film noir et à imprégner notre mémoire. Le panache de certaines mises en page amuse et l'on flirte avec un style plus spaghetti, gentiment tape à l’œil, mais avec ce qu'il faut de retenue pour échapper à la vaine sinon regrettable esbroufe. Ainsi visuellement, la réussite est complète. Mais les scénarios comptent grandement dans ce type d'intrigue, et la fortune y est là plus chancelante. Les recettes sont appliquées par Diaz Canalès, éventuellement stylisées si l'on souhaite rester aimable. Mais, cela manque d'originalité, de bravoure, de construction, d'habileté ! Même l'inattendu diptyque tout récemment sorti ne déroge à cette dramaturgie quelque peu convenue. Une BD pas tout à fait digne de sa monstrueuse cote d'amour, que nos rétines titillées aiment à réévaluer a posteriori.
Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)
C’est un album vraiment intéressant. Par son sujet bien sûr. Mais aussi par ses choix narratifs, qui jamais ne laissent de côté le lecteur, qui ne s’ennuie pas en lisant cet épais album, tout en s’instruisant, sur un sujet terrible. Car il s’agit ici d’un crime de guerre atroce, à savoir l’organisation méthodique et quasi administrative de viols de dizaines de milliers de femmes (Coréennes surtout, mais aussi européennes – je ne savais pas que des Européennes en avaient aussi été victimes – , voire japonaises juste après la fin de la guerre), dans des bordels militaires de l’armée japonaise d’occupation, durant les années 1930 et la seconde guerre mondiale. L’album est très complet, factuel (une abondante bibliographie en fin d’album permet à qui veut d’approfondir tous les aspects du sujet), et retrace très bien les étapes, les responsables de ces crimes. Il s’appuie aussi sur des témoignages assez forts. Il montre aussi comment ces femmes victimes de ce système cynique étaient de véritables esclaves, mais aussi pourquoi la plupart d’entre elles n’ont pas témoigné après-guerre (les préjugés sexistes en Corée même y ont joué un rôle). L’auteur semble annoncer un second tome consacré à l’absence de procès, ou à la non prise en compte de ce phénomène dans les procès d’après-guerre, mais cet album semble ne pas avoir paru (en France tout du moins). Le dessin est très simple, avare de détails, de décors, mais il est très efficace et fluide. Surtout, sur un sujet aussi terrible, l’auteur joue avec l’humour, la dérision dans les dialogues et les mimiques des protagonistes, et cela passe très bien. Une lecture édifiante. D’autant plus que le Japon refuse d’admettre officiellement ses responsabilités, la population ayant été « protégée » des « mauvaises rumeurs » sur ces viols collectifs, mais aussi sur les massacres de civils en Chine (le massacre de Nankin est évoqué en début d’album).
BRZRKR
Tiens ?! Voilà que Keanu Reeves se lance dans la bande dessinée ! Enfin, c'est même plus que cela car ce projet qu'il pilote et co scénarise avec Matt Kindt devrait aussi devenir un film où il jouera le rôle principal. B., le personnage principal de l'album a d'ailleurs déjà ses traits. "BRZRKR" nous raconte l'histoire de B. un personnage énigmatique, doué d'une force surnaturelle, mais surtout immortel... Dans ses accès de rage il est capable de démolir à peu près tout ce qu'il croise sur son chemin. Si cela peut faire rêver, lui est las de son état et cherche à en comprendre l'origine pour y mettre un terme : il veut mourir ! C'est dans ce but qu'il a accepté de travailler pour le gouvernement américain, qui en échange des recherches scientifiques menées sur lui, l'envoie mener des opérations militaires suicidaires dont il revient toujours. Voilà un album qui ne fait pas dans la dentelle côté violence, le berserk qui sommeille en B. se révélant peu porté sur la stratégie mais plutôt sur l'efficacité. Vu comme ça on pourrait se dire que le récit va vite tourner en rond, mais heureusement non. Les flashbacks de son passé qui lui revient au fil de l'album permettent de saisir une partie de l'origine de ce "don" et de suivre B. à travers le temps, en remontant même jusqu'à la préhistoire. Le dessin de Ron Garney fait le job dans un style assez marqué et tranchant qui colle parfaitement au récit. C'est dynamique à souhait et la colorisation joue pleinement en ce sens aussi. C'est donc un premier tome qui pose le cadre d'une série toute en fureur ; vivement la suite ! *** Tome 2 *** Voilà un second tome qui suit parfaitement la lancée du premier : action, efficacité, mystères et révélations au compte goutte pour maintenir la tension et titiller notre curiosité ! B. se révèle de plus en plus au fil des époques qu'il a traversé et qu'il nous dévoile au fil du récit. On en arrive même à trouver un possible sens à son existence au fil de ses cheminements à travers les époques et les continents... mais ce n'est pas cette réponse qui l'intéresse. Lui veut seulement trouver un moyen de mourir... et on va lui proposer un moyen assez radical... Reste à savoir si ce dernier sera efficace. Ce deuxième volet de la trilogie annoncé est tout aussi plaisante et efficace que le premier : pas de temps morts, des allez-retour entre présent et passé qui construisent méticuleusement par touches le personnage et couche de mystères bien gérée pour nous tenir en haleine. Il ne reste plus qu'à espérer que le tome conclusif soit à la hauteur de cette mise en bouche, mais pour le moment, c'est du tout bon ! *** Tome 3 *** Bam ! Voici donc le troisième et dernier tome de cette série, ou tout du moins la fin d'un premier cycle. Car si certaines réponses tombent enfin, d'autres questions s'invitent et suggèrent qu'un second cycle est envisagé. En tout état de faits, notre cher B. n'est pas au bout de ses surprises ! Question rythme et action, nos auteurs ne lâchent rien et ça part même en trombe ! Ceux qui ont la malchance de se trouver face à lui ont la fâcheuse tendance à terminé éparpillés façon puzzle comme dirait l'autre, et c'est pas une image ! Diana, la scientifique qui suit B. et cherche à l'aider va se retrouver de plus en plus impliquée dans l'intrigue et même y trouver une place centrale. Difficile d'en dire plus sans spoiler et trop en dévoiler... Je vous laisse le plaisir de découvrir ce que cache l'intrigue. Côté dessin, rien à redire, on garde la même ligne. C'est tendu comme l'exige le scénario, le découpage appuie son rythme et quelques magnifiques doubles pages finissent de nous combler pour certaines scènes hallucinées. Du tout bon !
Nevada (Delcourt)
Nevada nous entraîne dans un univers très westernien mais se déroulant pendant la période de la prohibition américaine. Nevada est la main forte des grands des studios Hollywoodiens qui commencent à prendre leur essor. Il est chargé de retrouver et ramener les acteurs aux studios pour qu'ils assurent leurs prestations par tous les moyens, comme dans le premier tome, ou de faire le commis pour sa patronne pour toutes les substances plus ou moins légales dont elle a besoin pour faire tourner sa boutique. Voilà une série résolument tournée vers l'action avec pour personnage central un anti-héros "parfait", qui n'a peur de rien et ne s'en laisse pas compter. Une belle gueule, costaud, intelligent, heureusement que son cynisme donne à son personnage un peu de rugosité, sinon il serait vite assommant de perfection... Heureusement également, il croise en chemin quelques personnages secondaires intéressants (même si un peu trop survolés à mon goût), comme cette jeune journaliste dans le deuxième tome, qui redonnent un peu de relief à l'ensemble. Côté dessin Colin Wilson nous propose un graphisme réaliste assez conventionnel, qui colle plutôt bien à l'exercice, jouant avec des cadrages et un découpage donnant tout son élan à l'action qui agrémente largement le fil narratif. Si vous aimez les héros aux belles gueules qui n'ont pas froid aux yeux, cette série axée sur l'action devrait vous plaire, et si ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, j'ai malgré tout passé un agréable moment de détente en lisant ces deux premiers tomes. *** Tome 3 *** Dans ce troisième opus, nous retrouvons notre Nevada lors d'une randonnée à cheval pour rejoindre le tournage d'un film. Non pas que celui-ci ait spécialement envie de se balader, mais il doit accompagner Mac Nabb, "l'étoile solitaire", le héros du western qu'on tourne, pour qu'il s’imprègne des grands espaces... Ce dernier aurait également omis de mentionner à notre Nevada qu'il avait la mafia de Chicago qui lui colle aux basques à propos de dettes de jeu... La petite balade à cheval va forcément rapidement tournée au drame. Ce troisième tome de la série confirme toute les qualités que j'ai pu relever dans les deux premiers, tout en prenant de l'assurance. Notre Nevada Marquez, reste ce personnage taciturne mais loyal dans un monde où l'honneur semble être devenu denrée rare. Entre les têtes à claques d'acteurs qui se la pètent et les truands sans foi ni loi, ça dérape forcément assez rapidement. Et ce sont surtout toute cette kyrielle de personnages secondaires bien campés qui enrichissent une trame plus profonde qui qui se tisse au fil des tomes qui font la différence et que cette série gagne en qualité au fil des pages. Je remonte ma note à 4 et j'attends donc maintenant le 4e tome avec impatience. *** Tome 4 *** Voilà un quatrième tome en forme de flashback qui va nous faire comprendre d'une part la relation singulière qui existe entre Nevada et Louise et d'autre part comment Carlsen est devenu leur pire ennemi commun. A cette époque, fi du luxe hollywoodien que connaissent alors nos deux protagonistes, ils sont alors pilleurs d'huîtres dans la baie de San Francisco. Une de leur rasia tourne au fiasco et sans l'aide inopinée d'un certain Jack London, nos deux amis baigneraient dans le fond de la baie, hachés par le plomb d'une milice peu scrupuleuse. Et c'est là tout l'intérêt de ce quatrième opus, qui tout en nous mettant en perspective la vie passé de nos héros, introduit un personnage réel et pas n'importe lequel : Jack London. C'est par son biais et son implication dans les luttes syndicales qu'on découvre un pan de l'histoire américaine, les luttes sociales, la vie des hobbos, etc., et qu'on finit par comprendre comment et pourquoi le fameux Carlsen les a dans son collimateur. Le dessin de Colin Wilson est rudement efficace et bien mis en valeur par la colorisation très réussie de Jean-Paul Fernandez. Pour le coup, j'ai hâte de lire la suite et fin annoncée dans le 5e tome ! *** Tome 5 *** Voici donc la conclusion d'une série plaisante et originale. Nevada se retrouve une nouvelle fois en fâcheuse posture : il doit faire évader son pire ennemi pour le livrer à Butch (un autre de ses "amis"), sinon le studio de sa protégée, Louise, pourra mettre la clé sous la porte. Encore une fois, fiction et réalité se marient à merveille dans ce récit conclusif, en nous plaçant en pleine transition du cinéma muet vers le parlant (l'acteur Douglas Fairbanks a d'ailleurs sa place dans ce dernier tome (oui oui, celui qui faisait Zorro) ainsi qu'en pleine naissance de Las Végas. C'est dans ce contexte historique marqué que notre Nevada va s'ébrouer tant bien que mal pour sauver sa peau et la mise à sa belle Louise. L'action est toujours au rendez-vous pour servir une intrigue bien ficelée et efficace. Dessin et colorisation sont toujours aussi juste pour une immersion parfaite. Une série que je recommande chaudement.
Le Comte de Monte-Cristo (Mallet/Loth)
Ah Edmond Dantès ! Ça faisait quelques paires d'années que je n'avais pas retrouvé ce damné personnage mû par une vengeance toute légitime ! C'est aussi une bonne surprise que de retrouver Bruno et Corentin Loth au dessin, plus habitué à les lire dans leurs albums auto produits de très bonne facture. Je ne connaissais pas le travail de Patrick Mallet par contre, mais je vois sur notre beau site que ses productions sont plutôt très bien notées et me donnent envie d'aller faire mon curieux du côté de ses autres albums. Car ici point trop de surprises pour qui connait le Conte de Monte-Christo. Pour ma part, ma lecture remontant à quelques décennies, j'avoue avoir redécouvert l'histoire au fil de cette adaptation bien ficelée que nous propose Patrick Mallet. Ce premier tome nous laisse à la moitié de l'histoire, Edmond Dantès ayant réussi à s'échapper de la prison qui l'aura retenu plus de 23 ans, le voilà de retour sous sa nouvelle identité de Comte pour mener à bien sa vengeance... Alors oui, il est sûr que toutes les péripéties qui remplissent les quelques 1000 pages du roman ont pris du plomb dans l'aile, mais dans l'ensemble, cette adaptation semble rester assez fidèle, mettant l'accent sur les événements clés de l'histoire. Le duo Loth s'en sort aussi très bien au dessin, nous proposant même une colorisation qui change de ce qu'ils avaient l'habitude de proposer ; les tons sont plus pastels et la technique plus hachurée, ce qui donne à l'ensemble un petit côté suranné des plus agréable. C'est donc avec curiosité que j'attends de lire le deuxième tome conclusif de cette adaptation. *** Tome 2 *** Voici donc le deuxième et dernier tome de cette adaptation. Après la chute, place à la vengeance ! Au fil de cet opus, le machiavélisme d'Edmond Dantès entre donc en action. Les fils de la toile qu'il a patiemment tissé se resserrent inexorablement pour parfaire sa vendetta. Tout comme dans le premier tome, nos auteurs vont à l'essentiel pour nous restituer le destin vengeur de ce pauvre Dantès. C'est même plutôt bien réalisé pour tenir dans ces 2 tomes de 56 pages. Une belle adaptation.
Chevrotine
Mais dis donc !! C’est que c’est vachement bien Chevrotine. Je me suis lancé un peu en aveugle, je n’avais en tête que sorcière et fluide glacial. Au final, l’album a complètement surpassé mes attentes, je l’ai trouvé plus que bon. Nous allons y suivre Chevrotine et sa marmaille (comme elle l’appelle elle même) à travers différentes histoires. Nous y découvrirons un monde connu mais rempli d’idées saugrenues, je vous renvoie à la description. Nous irons de surprises en surprises dans un ton très libre. L’humour y est foisonnant et plutôt éloigné de ce que j’ai l’habitude de voir chez l’éditeur (un bon point). La mise en page est tout aussi agréable. Le tout est homogène et, cerise sur le gâteau, retombe admirablement sur ses pattes avec l’épilogue. Franchement très sympa à suivre, je recommande sauf si vous êtes 1er degré.
Béa Wolf
Voilà une œuvre surprenante et un peu déroutante mais certainement pas dénuée d’intérêt. Même si je n’ai pas été conquis totalement, je ne peux que lui reconnaître une belle fraîcheur et finalement pas mal de charme. Le scénario mixe habilement la légende nordique de Beowulf aux jeux d’enfants. Plutôt bien vu, je ne suis pas un grand amateur du matériau de base que je trouve assez froid, voir terne mais le scénariste y amène une toute autre dimension en le plaçant au niveau de nos jeunes têtes blondes. La fable prendra ici une autre tournure, faussement épique avec comme point central la perte de l’innocence. S’ensuit un joyeux délire parfaitement mis en images par Boulet, son trait et narration apportent énormément à l’histoire, en allégeant notamment la voix off un peu trop présente (mais qui rappelle le côté poème épique). La post face conclut de belle façon l’album, genèse du projet, parallèle entre les deux histoires … et implication des auteurs. A noter que la remise en lumière du poème est dû à Tolkien. Au final une BD qui ne ressemble à aucune autre, ça ne plaira sans doute pas à tout le monde mais certainement à essayer. Je n’attendais pas l’éditeur Albin Michel dans ce registre, une heureuse surprise.
Ma Vie en 24 images par seconde
Edité conjointement par Dargaud et Kana, cet album tient plus de la bande dessinée européenne que du manga. Pourtant, elle est l’œuvre de Rintaro, célèbre concepteur d’animés mais par son format (225 x 298 mm) et son sens de lecture (de gauche à droite), elle ne déconcertera absolument pas le lecteur peu habitué aux mangas (et risque même de bien plus décontenancer les autres). Le parcours de Rintaro est très intéressant, et j’ai vraiment beaucoup aimé les deux premiers tiers du récit. Ils permettent de dresser un portrait du Japon depuis l’immédiat après-guerre jusqu’aux années ’80 (et même plus tard dans le dernier tiers) avec une attention particulière sur l’évolution des techniques d’animation, mais surtout elles permettent à Rintaro de raconter son enfance, sa jeunesse, les rencontres marquantes, la folle passion dont il a dû faire montre pour enfin accéder à la reconnaissance. Le dernier tiers m’a moins intéressé. Tout simplement parce qu’à la base, je ne suis pas fan d’animés et, du coup, l’évocation des œuvres majeures qu’il réalise sur le derniers tiers de sa carrière n’a pas eu d’écho chez moi. Le dessin et la mise en page sont magistraux ! Franchement, pour une première œuvre (si on oublie les quelques mangas alimentaires qu’il réalise au tout début de sa carrière), cette biographie démontre la très haute maîtrise technique de son auteur, tant au niveau du trait (à la fois riche et extrêmement lisible) qu’au niveau du découpage et surtout du cadrage. Quitte à passer pour un inculte, je ne connaissais pas le personnage. Et l’image qu’il nous donne de lui-même est assez touchante, depuis sa modestie jusqu’aux problèmes relationnels avec son père. Mais c’est surtout son obstination et sa capacité de travail que je retiens. Une bien belle autobiographie, donc, qui devrait ravir les amateurs d’animés et intéresser les autres lecteurs, fussent-ils adeptes des manga ou non.
Washing-Town
« Washing-Town » est une biographique intéressante de Frances Gabe, « la ménagère américaine débordée qui inventa la maison auto-nettoyante ». Frances est une inventeuse de génie, ou une sacrée folle selon votre point de vue (probablement les deux – son comportement avait quand même beaucoup affecté sa famille). Le début de l’histoire représente parfaitement le calvaire de tout parent, le boulot ingrat qui consiste à s’occuper d’enfants hyper énergétiques et capricieux, en plus des taches ménagères. Sa révolte presque mystique (c’est le Jésus accroché dans sa cuisine qui lui confit cette mission) est fascinante, et tellement abracadabrante qu’il est difficile de croire qu’il s’agit d’une histoire vraie (et pourtant, voir sa page Wikipédia en anglais). J’ai beaucoup aimé les passages où elle parle à une version plus jeune d’elle-même, je les ai trouvés touchants et très justes. La mise en image de Fanny Grosshans est élégante et parfaite pour représenter la vie chaotique de Frances Gabe. La narration est parfaitement fluide, malgré l’aspect déstructuré des planches. Je pensais naïvement que les choses avaient changé depuis l’époque de cette histoire (c’est le cas dans ma maison, en tout cas), mais des statistiques consternantes dans le petit dossier en fin d’album semblent contredire mon ressenti. Quoi qu’il en soit, j’ai passé un excellent moment de lecture, et je suis content d’avoir fait la connaissance de cette illuminée, qui n’est décédée que récemment (en 2016).