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Couverture de la série Mawda - Autopsie d'un crime d'Etat
Mawda - Autopsie d'un crime d'Etat

C’est une enquête journalistique que nous retrouvons ici, sur un drame doublé d’un scandale. Une jeune migrante a été tuée dans une course poursuite avec la police belge. Et ensuite les différents services policiers et les magistrats n’ont eu de cesse de nier les faits (l’enfant a été tué d’une balle en pleine tête tirée par un policier), voire de les travestir, avec le relais de la presse. L’action d’associations a permis aux parents traumatisés d’être défendus, et l’enquête d’un journaliste – dont le travail est repris ici – permet de démonter la version officielle. Cette histoire montre la froideur et l’iniquité du traitement des migrants (la famille que nous suivons a quitté le Kurdistan irakien pour fuir DAESH, mais aussi des représailles familiales : le retour du couple en Irak signifierait leur mort assurée). Elle montre aussi l’absence d’empathie des policiers et des autorités devant ces drames (voir la façon dont ont été traités les parents alors que leur fille gisait au milieu d’une mare de sang devant eux), mais aussi l’action systématique des pouvoirs publics pour couvrir les « bavures », quitte à diffuser des versions où les parents, de victimes, deviennent des monstres. La fabrication de l’impunité policière lorsqu’une « bavure » a eu lieu n’est pas sans rappeler de nombreuses affaires récentes en France. Et les réactions sur les réseaux sociaux citées ici font froide dans le dos : le racisme et la bêtise ordinaire s’y expriment sans filtre – et, accessoirement, sans sanctions ! Suite à l’action des associations, et à l’enquête du journaliste, un procès a eu lieu, lui aussi hélas édifiant. Le dossier final, factuel et très complet, donne toutes les pièces, et se révèle très instructif. Un album coup de poing, une belle enquête, sur une affaire qui est scandaleuse à plus d’un titre. Le dessin est simple et assez basique, mais il est très lisible et fait très bien le boulot. L'essentiel est ailleurs.

06/03/2024 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5
Couverture de la série Cercle vicieux
Cercle vicieux

Lécroart, c’est du bon ! Je n’avais pas encore lu ce petit bijou d’oubapo, tout en sachant plus ou moins à quoi m’attendre. Alors sans en dire plus, ok pour les cases, mais je ne savais pas que le texte fonctionnait aussi. J’adore ce genre de jeu, ça m’a bien fait marrer avec les allusions grivoises en plus. Alors c’est vrai que l’histoire et les dialogues fonctionnent mieux dans la seconde partie, c’est fait pour j’imagine. Une petite tranche de plaisir à lire (à relire et à faire lire) pour pas cher, ce qui ne gâte rien.

05/03/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Ex-People
The Ex-People

« The Ex-People » est un conte dans lequel on pénètre avec un bonheur inégalé. Le scénario de Desberg est fluide et tous les ingrédients du genre sont présents, avec cette caractéristique qui ramène à l’enfance, à l’âge où l’imagination fait du merveilleux un univers infini et active parallèlement de délicieuses terreurs primitives, celles qu’on adore se raconter avant de dormir en frissonnant sous la couette protectrice. Comme pour Le Roi des oiseaux, Alexander Utkin a su retranscrire avec ses pinceaux la féérie du récit, et ils ont assurément quelque chose de magique, ces pinceaux ! Certains ne manqueront pas de juger le trait un peu naïf, qui défie les proportions et semble parfois grossier. Blaise, l’écuyer casqué, a une tête bien trop petite (ce qui néanmoins est logique puisqu’il n’a jamais pu retirer son casque depuis l’enfance) par rapport au corps, et ses membres sont bien trop longs. Et pourtant, cela n’est aucunement gênant puisque clairement c’est un parti pris de l’artiste, qui lui permet d’amplifier le mouvement et confère un certain dynamisme à la narration. Que l’on apprécie ou pas, tout cela est largement contrebalancé par une palette de couleurs tout à fait unique, qui nous avait déjà époustouflés dans « Le Roi des oiseaux ». On aimerait savoir combien de temps Utkin passe à rechercher la bonne nuance de tonalité, mais on aurait presque l’impression que ses champs chromatiques sont infinis ! De plus, des couleurs très diverses sont juxtaposées de façon très harmonieuse. Ce chamarrage original et surprenant explose dans la rétine et émerveille l’âme. Du point de vue de la narration, le premier volet est très bien mené, expliquant ce qui a conduit ces fantômes parias à s’unir sous la houlette de Blaise et Gertrude pour entreprendre une croisade vers Jérusalem, où ils pourraient trouver un moyen de se défaire du sortilège qui les accable. On pourra toutefois regretter un certain essoufflement dans le deuxième tome et une fin un peu confuse, ainsi qu’une légère incohérence qui voit Pervenche l’archère affectée comme ses compagnons d’une malédiction, mais une malédiction très particulière qui menace de la tuer – moi qui pensais que les fantômes ne pouvaient pas mourir une seconde fois, serais-je un peu tatillon du conte ? Bref, cela n’est pas non plus si gênant, mais même si le registre fantastique autorise toutes les libertés, on aurait aimé avoir plus d’éclaircissement sur cet aspect du récit, celui-ci s’avérant en fin de compte assez vain. Globalement, « The Ex-People » s’avère tout de même une lecture très agréable, en particulier grâce au dessin splendide qui reste le gros point fort de cet album, à qui il manque un petit plus narratif et un fond plus consistant pour en faire un conte inoubliable. Quoiqu’il en soit, Alexander Utkin demeure sans conteste un auteur à suivre.

04/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Au cœur des solitudes
Au cœur des solitudes

Vivre au sein de la nature, se reconnecter avec elle : voilà un thème extrêmement d’actualité… mais qui, à la lecture de ce magnifique album, ne semble pas dater d’hier. S’appuyant sur les carnets de John Muir, Lomig raconte le long périple de ce dernier à travers l’Amérique. Au travers de ces superbes planches, c’est à une véritable déclaration d’amour vis-à-vis de la nature à laquelle on assiste. John Muir fait constamment montre d’émerveillement face à la diversité et à la beauté du monde sauvage, quelles que soient les difficultés rencontrées. Au contraire, face à l’avancée du monde civilisé, il s’interroge et s’attriste devant les dégâts causés par l’exploitation de cette même nature. Cette prise de conscience s’accompagne d’une harmonisation de son propre être avec son environnement naturel. Chaque rencontre lui permet d'accroitre ses connaissances (des autres, de lui-même et de la nature qui l'entoure), en restant à l'écoute et sans jugement. Chaque région traversée lui apporte matière à émerveillement et à réflexion, nourrissant autant le naturaliste que l'humaniste qu'il est. Les courts flash-backs permettent de découvrir d’où vient John Muir et quelles ont été les valeurs qui lui ont été inculquées. On découvre ainsi un homme instruit mais aussi un rude travailleur, quelqu’un qui n’a pas peur du labeur mais qui est aussi capable de saisir la poésie présente dans son environnement. C’est aussi quelqu’un qui se remet en question mais, surtout, quelqu’un qui fait montre d’une capacité de résilience proprement admirable. Franchement, j’ai trouvé ce récit magnifique et inspirant. Il donne envie de lâcher prise, d’arrêter de se croire hors de la nature et, au contraire, d’accepter de n’être qu’un détail dans celle-ci, d’en faire partie non avec mission de la façonner mais avec l’envie de s’y fondre et de l’admirer. Les planches proposées par Lomig sont tout simplement superbes. Avec son trait en noir et blanc, il parvient à saisir la beauté d’une plante, d’une forêt ou d’un champ cultivé, le charme d’une fleur, l’empathie ressentie à la vue d’un chevreuil, d’un écureuil ou d’un lynx, la splendeur d’un soleil couchant…. Tout ça sans la moindre couleur et sans nous faire regretter cette absence. Je ne peux que très chaudement recommander.

04/03/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ladies with guns
Ladies with guns

Cette série est vraiment remarquable. Alors oui, il s'insère dans un mouvement féministe qui a investi tous les modes d'expression. Oui, il se s'exprime dans une vision peut-être classique, voire caricaturale, du Far West. Bien sûr, le côté "gang de filles", avec ses différents passages "obligés" est assumé. MAIS C'est bien construit, ça avance sans temps mort, les différents éléments s'insèrent sans défaillance particulière. Pour qui est familier(e) de ce type de récit et d'ambiance, ce n'est pas très surprenant, mais le job est largement fait par Olivier Bocquet, qui nous livre une belle galerie de personnages croquignolets à souhait. Et comme l'indique Mac, il y a ce petit élément d'intrigue qui sert de moteur à bas bruit à l'histoire, et intrigue la lectrice ou le lecteur. ET PUIS Il y a Anlor aux pinceaux. Une dessinatrice qui depuis ses débuts avec Les Innocents coupables il y a 12 ans, ne cesse de monter en gamme avec ce dixième album. Anlor dont le trait est doté d'une énergie rare, que je compare avec celui de Loisel. Elle a peut-être encore plus d'énergie que ce glorieux modèle. Il y a déjà plusieurs morceaux de bravoure dans cet album. Lorsqu'il y a des gunfights, la façon dont c'est présenté, à la fois chaotique et très précise, rend assez bien l'atmosphère complètement dingue de ces scènes particulière. La façon aussi très inventive mais tellement évidente dont les onomatopées, les bruitages sont "visibles"... Il y a quelque chose de grand dans ce dessin, il va falloir compte avec cette jeune autrice dans les années à venir. D'autant plus lorsqu'elle est accompagnée par Elvire de Cock aux couleurs, celle-ci installant des ambiances incroyables entre décors naturels et petite ville typique du far West. Que ces planches sont belles ! Le tome 2 est ambivalent. Il y a toujours de belles scènes d'action (dont une poursuite en diligence à la fin), et c'est vraiment jubilatoire, mais aussi des temps "calmes" (sauf en ce qui concerne Daisy), ce qui permet de saisir un peu mieux la personnalité des cinq "ladies", mais aussi de ceux qui leur courent après... Le tome 3 est un peu plus classique dans son déroulement (la préparation d'une évasion), mais il est mené tambour battant, et des éléments apparaissant dans les derniers segments amènent de beaux teasings pour la suite, que j'ai hâte de lire. Que cette aventure est palpitante.

20/03/2022 (MAJ le 04/03/2024) (modifier)
Couverture de la série Freaks' Squeele - Masiko
Freaks' Squeele - Masiko

Bon je ne serai certainement pas le plus objectif, tant j’ai de la sympathie pour l’univers, mais ce Masiko me plaît de plus en plus. Pourtant à sa sortie je faisais parti des déçus, connaissant déjà les 2 premiers récits à travers Doggybags, j’étais un peu deg’. Depuis, chaque nouvelle lecture me conforte que cet album est un petit plaisir coupable. J’aime beaucoup le personnage de Masiko, un stéréotype qui marche bien, elle nous est d’emblée sympathique, tueuse sanguinaire et jeune maman. En plus elle est sublimée sous les pinceaux de Florent Maudoux. Ses 2 aventures sont bien faites en plus d’être fun, c’est pas primordial mais ajoute de la cohérence à la série Rouge. La dernière histoire sera plus surprenante, dans le fond comme dans la forme, et ne laissera pas indifférent. Bravo à l’auteur.

03/03/2024 (modifier)
Par Antoine
Note: 4/5
Couverture de la série Rogatons
Rogatons

Je ne saurai pas quoi dire de plus que je ne l'ai déjà dit dans mon avis sur Notes. Je vous y renvoie. Si les Notes proviennent d'un blog, Rogatons arrive d'Instagram. N'ayant pas ce réseau social, la publication de ces deux ouvrages a été une merveilleuse surprise pour moi. Youpi ! Boulet est de retour dans un format que j'affectionne particulièrement. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le bougre n'a rien perdu de son talent, bien au contraire. La maturité de l'artiste vient amener un petit plus, un peu moins geek (malheureusement ?) mais plus terre à terre. J'adore la vraie humilité qui se dégage de lui. Les doutes ou les tocs qui peuvent lui pourrir la vie sont décrits avec toujours ce même humour, tendre et absurde. Boulet a grandi, Boulet a vieilli. Mais il reste Boulet. Un fantastique conteur, un merveilleux dessinateur, un artiste à part qu'il faut chérir.

03/03/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jusqu'ici tout va bien (Pitz)
Jusqu'ici tout va bien (Pitz)

Ça se passe dans une petite ville des États-Unis dans les années 60, chez une famille immigrée sans le sou. Je ne vous en dis pas plus parce que vous allez projeter des a priori qui n'y sont pas. On peut dire que le titre est plutôt ironique (comme la dernière phrase du film La haine) Ce serait plutôt "jusqu'ici tout va mal", on s'identifie au héros, à ses motivations de jeune écorché, on le comprend de mieux en mieux, petit à petit au cours des étapes de l'aventure. L'histoire de village s'insère dans la grande histoire avec la guerre du Vietnam ; de précieuses gravures anciennes qui sont conservées à la bibliothèque jouent un rôle inattendu ; la toile de fond du baseball vient fixer le titre et l'illustration de chaque chapitre ; tous les personnages sont parfaitement habités (les membres de la famille bien-sûr, mais aussi le bibliothécaire, certains professeurs, le patron de l'usine, l'épicier et sa fille, l'écrivaine...) J'ai eu tellement de plaisir à lire cette histoire que je vous la recommande chaudement. On est dedans, on n'a pas vraiment envie d'en sortir même si ce destin n'est pas toujours drôle. C'est un scénario à l'ancienne, bien construit, bien dialogué, avec une belle adaptation graphique, où la couleur vient donner à la fois une contemporanéité bienvenue et aussi un émerveillement qui éclaire la vie du jeune héros. J'ai pris ce livre au hasard, intriguée par cette première page qui évoque presque un manga de bagarre, mais avec ce regard en dessous, et ces oiseaux rouges répandus sur la page comme les anges d'un triptyque médiéval...J'ai ouvert et ...ça m'a plu.

02/03/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Musée
Musée

Un hommage très réussi au Musée d'Orsay, à ses oeuvres et aux musées en général. La mise en place est un peu longue. Certes j'y savourais le très bon dessin de Chabouté et l'excellence avec laquelle il représentait ces scènes de visiteurs de musée et les oeuvres elles-mêmes mais la narration muette m'ennuyait un peu et j'ai attendu pendant un peu trop de pages de comprendre où allait en venir l'auteur. Il m'a fallu pour cela attendre les premiers indices clairs et surtout les premiers dialogues qui viennent bien tard. Mais une fois le concept acquis, j'ai rapidement été séduit par l'atmosphère et l'idée de cette série. Cela tient en grande partie à la perfection du dessin qui arrive à s'approprier autant de chefs-d'oeuvres de la peinture et de la sculpture et à leur donner autant de vie qu'aux personnages humains de cette histoire. C'est à la fois poétique et drôle, inspirant et divertissant. Par le biais de cette histoire ouverte, on s'attache à nombre d'oeuvres artistiques et on réalise au passage combien le Musée d'Orsay en contient de formidables et souvent ultra-célèbres. Non seulement j'ai passé un très agréable moment de lecture, mais en plus il m'a donné une très grosse envie de retourner visiter ce musée là.

02/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Alice embrasse la lune avant qu'elle ne s'endorme
Alice embrasse la lune avant qu'elle ne s'endorme

Cela faisait très longtemps que je voulais découvrir l’œuvre d’Atak, un auteur « underground » allemand, et en particulier cet album, que je recherchais en vain, jusqu’à ce que je tombe dessus dans l’excellente librairie parisienne Aaapoum Bapoum. Et je n’ai pas été déçu par cet album, qui s’est révélé déroutant, mais très riche. Disons-le tout de suite, il rebutera fortement les amateurs exclusifs de franco-belge classique, et ceux qui sont trop cartésiens ou réfractaires à une poésie noire. Car on a ici une œuvre pleinement surréaliste, que ce soit pour le fond ou pour la forme. En effet, je suppose qu’Atak a en partie improvisé, au gré d’une écriture quasi automatique, pour plusieurs passages. De fait, la narration est décousue. Quant au dessin, il est à la fois simple (un bon côté underground), mais aussi minutieux au niveau du remplissage des décors, ce qui m’a souvent fait penser à certains dessins médiumniques chers à André Breton. Cette version d’Alice prend place dans une série de publications des éditions Frémok qui à l’époque formaient « L’expérience Alice » (un encart indépendant et assez complexe de 6 pages est normalement inclus dans l’album, et présente le cheminement historique et intellectuel de Fremok et d’Atak autour d’Alice). Mais on est loin, très loin ici de l’œuvre de Carroll, qu’Atak s’est appropriée pour en faire quelque chose de personnel et très noir. En effet, il donne une vision noire, trash, érotique (certaines scènes violentes ou sexuelles m’ont poussé à conseiller cette lecture à des adultes) d’un Berlin qu’on croirait sorti des désastres de la guerre (le Berlin de 1945 – les ruines en moins – ou celui des expressionnistes de l’immédiat après première guerre mondiale). Tout ici est bestial, le désir est primaire et sans filtre, que ce soit Eros ou Thanatos qui l’aiguillonnent. Les scènes, les images s’enchaînent, et la traversée de l’album laisse le lecteur les yeux rougis par un monde où la folie balaye l’innocence, où les repères habituels (la morale, l'innocence de l'enfance, le distingo entre être animés et objets) s’estompent. Une œuvre impossible à résumer bien sûr, difficile à appréhender, et qui questionne. Une œuvre qui m’a touché en tout cas. Un coup de cœur visuel, poétique et surréaliste. A feuilleter avant d’acheter, car c’est très particulier (remarque toute virtuelle, étant donné la rareté de la rencontre de cette album). Note réelle 3,5/5.

02/03/2024 (modifier)