3.5
Un bon roman graphique même s'il m'a fallu un peu de temps pour rentrer dans le récit.
Il faut dire que je ne me suis pas très fan du dessin que je trouve un peu moche, mais au moins c'est lisible. J'ai accroché lorsqu'on voit enfin le passé familial de l'héroïne et plus précisément la jeunesse de sa grand-mère paternelle. Au travers de cette grand-mère on voit ce qu'ont dû subir les femmes de cette génération, dont le destin consiste à se trouver un homme pour se marier. Son frère n'est pas mieux loti parce qu'il est homosexuel à une époque où c'est une déviance et où on doit le cacher.
Il y a plusieurs passages émouvants dans cet album et ça se lit très bien une fois qu'on réussit à embarquer dans le scénario. Il y a juste le dessin que je n'ai pas réussi à aimer, mais comme je l'ai écrit, au moins je savais ce qui se passait dans les cases.
Dès qu'on entame cette BD, on est surpris par le côté ouvertement loufoque et étrange du monde où elle se déroule. Un monde où il pleut des couteaux, où le vent se moque des gens, où les ustensiles de cuisine sont des petits dieux qui parlent, où les parents sont des objets vivants fabriqués par les enfants, etc etc... Vraiment bizarre et pourtant cette logique décalée tient assez bien la route.
Le récit se base donc sur cet univers étrange et sur la vie d'un lycéen un peu misanthrope qui a la particularité de savoir qu'il mourra dans 3 semaines et qui doit supporter l'enthousiasme et l'esprit d'initiative envahissant d'une très jolie et énigmatique camarade de classe qui vient d'emménager. Ensemble, et avec un troisième larron tout aussi étrange, ils vont essayer de bousculer l'ordre établi.
Je suis tombé sous le charme de cet univers original. J'apprécie d'être surpris et d'essayer de comprendre la logique d'un monde nouveau et d'en découvrir les mystères au fur et à mesure. Le côté loufoque de celui-ci est en outre assez amusant en même temps qu'il est un peu dérangeant.
J'aime bien aussi le dessin. Je trouve surtout la fille très jolie et son charme ajoute à la vraie curiosité de savoir qui elle est et quelles sont ses motivations.
Même si les idées qui composent ce monde sont parfois vraiment bizarres et pas toujours compréhensibles, j'ai bien aimé suivre le périple de ces trois jeunes.
A noter que si le premier tome présente un aspect parfois très abstrait voire poétique, le second tome rentre plus dans le vif du sujet avec une trame plus linéaire, plus terre à terre et tournée vers l'action, tout en gardant tous les éléments de ce monde loufoque et surprenant, apportant au passage encore plus de nouveautés à celui-ci. Le héros du tome 1 passe aussi un peu au second plan, remplacé par ses acolytes en tant que personnages principaux. Le charme y est un peu moins profond mais la lecture toujours plaisante.
Maintenant, je suis un peu inquiet car le 3e et dernier tome est paru en 2018 en version originale et toujours pas en France. J'espère qu'on y aura bien droit un jour pour conclure cette histoire si originale.
Nouvelle aventure de notre Batman et de ses méchants idylliques dont, le Jocker notre chouchou qui est mis en scène sous son autre personnalité.
Ce récit m'a bluffé et convaincu par sa maturité, des dialogues et des émotions très authentiques à notre réalité, les personnages vivant comme rarement vue auparavant. Son ambiance dingue, de ressentir Batman sombrer dans le déni et la brutalité ; et au contraire, le Joker mis en lumière par sa personnalité et son intelligence d'antan. La mise en scène, par le découpage des cases sur les planches mais surtout la liberté que l'auteur a pris sur l'univers et les personnages est stupéfiante, choquante mais vraiment appréciable. Les dessins, le plaisir de contempler notre sinistre Gotham et la totalité de ses personnages prendre vie par les traits de notre cher Sean Murphy.
Je ressens que l'auteur à voulu mettre avec une grande passion, son empreinte sur le mastodonte de l'univers de Batman, en n'hésitant pas à casser les codes, par sa prise de risque scénaristique et sa vision réaliste. J'ai hâte de lire sa suite qui, apparemment, et encore mieux réussie.
Je vous souhaite une agréable lecture aux cotés de notre "méchant" préféré.
Touchée. C'est l'état dans lequel je suis en refermant cet album. Pourtant c'est très court, il y a très peu de dialogues, l'histoire tient en une phrase . C'est le moment où une jeune fille devient adulte. Heureusement il y a des milliards de manière de devenir adulte, et celle-ci est dure, mais si belle...
L'image est une énigme de beauté. C'est Baudelaire qui disait : " le beau est toujours bizarre", ici je ne saurais pas du tout décrire la technique employée, je pense que c'est on ne peut plus mixte, des pinceaux griffus, des touches d'ordinateur, beaucoup de talent et de sensibilité : c'est somptueux et décharné à la fois. Ça m'a laissée bouche bée. La lumière du petit matin au bord de la forêt, La nuit noire, où on va chercher du bois dans la lumière de la cuisine...
Un conseil pour les pères incultes et malheureux : ne tuez pas les chiens, cela ne fait qu'accélérer les choses...
Et pour vous, débrouillez-vous pour lire cette BD au moins une fois, l'édition est très soignée, c'est un plaisir à tenir dans les mains.
Cela peut aussi faire un très beau cadeau pour une jeune fille qui dessine, où une jeune fille qui a un père bête ou abandonné ou les deux à la fois.
L'adresse est à ceux qui résistent...
L'histoire de la création du Whisky japonais en suivant le parcours du créateur de l'une des deux grandes marques historiques du pays. Cela commence au tout début du XXe siècle dans une famille de brasseurs de saké. Influencé par le discours passionné de son grand-père maternel, le jeune Masataka va aller à l'encontre de la volonté conservatrice de son père de rejeter tout ce qui n'est pas tradition japonaise et se poser comme but dans la vie de devenir le premier créateur de whisky japonais. Il va s'associer avec Shinjiro Torii, un créateur de spiritueux déjà bien installé à l'époque, pour se faire financer un séjour en Ecosse et y apprendre les secrets de la distillation du whisky. Mais la vie est compliquée et son retour au Japon prendra suffisamment de temps pour faire finalement de ces deux hommes de futurs rivaux.
C'est une biographie intéressante que les auteurs déroulent comme une saga familiale, un récit d'aventure entrepreneuriale mais aussi humaine, l'accent étant mis sur la relation du héros avec son père, puis avec Shinjiro Torii, de même que sur son amour avec sa femme écossaise, Rita Cowan qui le soutiendra toute sa vie.
Le dessin d'Alicia Grande n'y est pas parfait, le trait étant légèrement anguleux et manquant un peu d'aisance et d'épaisseur, mais il est agréable et la mise en scène fonctionne très bien.
Même s'il y a quelques petites longueurs ici et là, les auteurs évitent avec succès tous les côtés rébarbatifs des biographies classiques. On est plongé aux côtés de Masataka comme aux côtés d'un héros d'aventure classique, avec un parcours complexe et plein d'inattendu, du suspens sur comment il va réussir à atteindre son but et surmonter les difficultés qui se dressent soudain contre lui.
Pour un néophyte comme moi, qui n'aime pas le whisky, cela m'a donné envie de le découvrir davantage, de le goûter à nouveau, de le sentir et d'y trouver les nombreuses notes de parfum que le héros et les autres protagonistes y perçoivent. J'ai en tout cas trouvé avec cet album un beau cadeau à faire à mon père, grand amateur de whisky.
Note : 3,5/5
Scénario : Dupa - Dessin : Éric ; Dargaud, coll. « Histoires fantastiques », 1987
Croyez vous aux fantômes ?.. Croyez vous aux esprits vengeurs ?
L'un des personnages principaux de cette histoire, l'ingénieur Urbain Duradieu, dont l'esprit est plutôt cartésien n'y croyait pas non plus jusqu'à ce que les faits auxquels il se trouva confronté ne mettent à mal ses convictions.
Le contexte historique du récit, la résignation ou la peur de la population, l'acharnement de certains individus muent par l'aveuglement et l'obsession font de cette histoire fantastique une belle réalisation.
Le trait de crayon de Éric trace les scènes fortes de cet album. Dupa & Éric nous gratifie d'une histoire insolite qui nous interpelle sur la réalité des choses et l'interprétation que l'on en fait.
Un artiste peintre voit sa vue décliner. Sur fond de IIIe Reich naissant, l'éthique devient secondaire et tout est permis en matière d'innovation scientifique. Ainsi, une greffe pourrait être envisagée malgré la méthode peu orthodoxe pour obtenir les greffons. La limite entre le bien et le mal devient aussi floue que celle qui existe entre le courage et la résignation, entre l'inconscience et la folie.
Le duo Dupa & Éric fonctionne bien dans cette collection d'histoires fantastiques.
Perdus de l’Empire
Scénario : Franz - Dessin : Éric ; Le Lombard, coll. « Histoires et Légendes », 1990
Chaque terrain de guerre est un théâtre de dérive pour l'être humain. Que ce soit dans ses actions, dans son instinct de survie, dans son éthique, dans ses faiblesses, dans ses peurs, dans son inconscience, dans son rapport aux autres, l'humain démontre que, sans règles et sans respect, la vie prend pour lui, un chemin aléatoire et instinctif. Chaque soldat devient la victime de ses espoirs, de ses croyances et de ses actes.
Dans la tourmente et dans l'enfer de la guerre, le quotidien de tout un chacun devient un cauchemar. Face au désespoir, quand l'être humain sent ses forces naturelles l'abandonner, il fait appel à des forces surnaturelles qui le dépassent et l'apaisent.
Sur fond de guerres napoléoniennes, Éric et Franz nous entraînent dans un monde où se mêlent la folie et la peur, dans un univers où le fantastique vient tronquer ou sublimer nos repères.
Cet album est composé de six histoires mettant en lumière un personnage perdu de l’Empire : Les aigles - Un village dans la neige - Ragot - Mamie Léonie - La colère d'Amédée - Temps de chien
A l’heure où j’écris ces lignes, « Louise Michel - La Vierge Rouge » est a priori la seule série référencée sur le site entièrement dédiée à cette héroïne de l’histoire Française. Louise Michel apparait dans certaines œuvres qui parlent de la Commune de Paris de manière plus générale (dans Communardes ! par exemple, ou encore dans le dernier cycle des Passagers du vent), mais n’est jamais au centre du récit. Erreur réparée par… une autrice britannique ! Un comble.
Mary Talbot a réalisé un travaille de recherche incroyable (voir les nombreuses notes en fin d’album), et son récit est tout simplement passionnant. Il faut dire que Louise Michel est une femme formidable, aux idées très modernes, et dont la personnalité sans concession force le respect. Le gouvernement français la déporte en Nouvelle-Calédonie pour avoir pris la défense des opprimés… et que fait-elle ? elle prend la défense des Canaques, opprimés par les colons français, bien sûr. J’ai fait de nombreuses pauses lors de ma lecture, pour réfléchir à ses idées anarchistes et féministes.
La narration est parfaite, et la mise en image de Bryan Talbot illustre parfaitement le propos. Mention spéciale pour les couleurs au lavis, avec des touches de rouge pour représenter le caractère révolutionnaire de la vie de Louise Michel.
Une lecture éducative et passionnante, sur une femme formidable dont beaucoup de gens connaissent le nom (ne serait-ce que parce que de nombreuses rues et écoles portent son nom) mais dont on parle finalement peu en BD. Un album essentiel, que j’aimerais voir dans toutes les bibliothèques scolaires.
"Les Illuminés" est une merveilleuse réussite visuelle de Dytar, une BD sur la poésie, mêlant un délicat trait charbonneux à une élégante trichromie de tons, au service de narrations enchevêtrées.
Le scénariste Bollée a l'habileté d'évoquer la vie des trois poètes Rimbaud, Verlaine et Nouveau, à la manière d'un Barthes, en découpant de vagues fragments d'existence présentant les chassés-croisés des trois personnages à travers des bribes de tranches de vie. L'idée principale est d'esquisser une représentation fantasmée sinon mythologique (si l'on veut filer la métaphore barthienne) de l'univers de ces auteurs libres et maudits, d'en appeler à un imaginaire, de correspondre aux représentations que nous pouvons en avoir, usant de codes (les copains, l'alcool, les colères, les nuits enfiévrées, les cristallisations, l'amour déçu, la fuite du succès...) pour décrire le mythe fantasmé de l'artiste maudit et retracer ici la tortueuse digestion du recueil "Les Illuminations".
Ces bribes de récits et la trichromie permettent de suivre sans gêne la narration, ce qui distingue clairement "Les Illuminés" du conceptuel Pour quelques degrés de plus, aussi parce que cette narration est d'une ampleur fort limitée, ce qui constitue là une première limite de l'œuvre. La seconde limite est liée au parti-pris clair et discutable dans la manière de nous présenter ces trois écorchés : pour le premier sous la belle aura du perdant magnifique, pour le second en tant que victime expiant son crime passionnel dans une auto-destruction résignée, pour le dernier comme un salaud dont le talent n'a d'égal que l’égoïsme exacerbé.
Un tel sujet ne pouvait engendrer une réussite complète, elle n'en demeure pas moins éclatante jusque dans ses imperfections fort à propos.
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Naphtaline
3.5 Un bon roman graphique même s'il m'a fallu un peu de temps pour rentrer dans le récit. Il faut dire que je ne me suis pas très fan du dessin que je trouve un peu moche, mais au moins c'est lisible. J'ai accroché lorsqu'on voit enfin le passé familial de l'héroïne et plus précisément la jeunesse de sa grand-mère paternelle. Au travers de cette grand-mère on voit ce qu'ont dû subir les femmes de cette génération, dont le destin consiste à se trouver un homme pour se marier. Son frère n'est pas mieux loti parce qu'il est homosexuel à une époque où c'est une déviance et où on doit le cacher. Il y a plusieurs passages émouvants dans cet album et ça se lit très bien une fois qu'on réussit à embarquer dans le scénario. Il y a juste le dessin que je n'ai pas réussi à aimer, mais comme je l'ai écrit, au moins je savais ce qui se passait dans les cases.
L'Heure des Lames (Knife o'clock)
Dès qu'on entame cette BD, on est surpris par le côté ouvertement loufoque et étrange du monde où elle se déroule. Un monde où il pleut des couteaux, où le vent se moque des gens, où les ustensiles de cuisine sont des petits dieux qui parlent, où les parents sont des objets vivants fabriqués par les enfants, etc etc... Vraiment bizarre et pourtant cette logique décalée tient assez bien la route. Le récit se base donc sur cet univers étrange et sur la vie d'un lycéen un peu misanthrope qui a la particularité de savoir qu'il mourra dans 3 semaines et qui doit supporter l'enthousiasme et l'esprit d'initiative envahissant d'une très jolie et énigmatique camarade de classe qui vient d'emménager. Ensemble, et avec un troisième larron tout aussi étrange, ils vont essayer de bousculer l'ordre établi. Je suis tombé sous le charme de cet univers original. J'apprécie d'être surpris et d'essayer de comprendre la logique d'un monde nouveau et d'en découvrir les mystères au fur et à mesure. Le côté loufoque de celui-ci est en outre assez amusant en même temps qu'il est un peu dérangeant. J'aime bien aussi le dessin. Je trouve surtout la fille très jolie et son charme ajoute à la vraie curiosité de savoir qui elle est et quelles sont ses motivations. Même si les idées qui composent ce monde sont parfois vraiment bizarres et pas toujours compréhensibles, j'ai bien aimé suivre le périple de ces trois jeunes. A noter que si le premier tome présente un aspect parfois très abstrait voire poétique, le second tome rentre plus dans le vif du sujet avec une trame plus linéaire, plus terre à terre et tournée vers l'action, tout en gardant tous les éléments de ce monde loufoque et surprenant, apportant au passage encore plus de nouveautés à celui-ci. Le héros du tome 1 passe aussi un peu au second plan, remplacé par ses acolytes en tant que personnages principaux. Le charme y est un peu moins profond mais la lecture toujours plaisante. Maintenant, je suis un peu inquiet car le 3e et dernier tome est paru en 2018 en version originale et toujours pas en France. J'espère qu'on y aura bien droit un jour pour conclure cette histoire si originale.
Batman - White Knight
Nouvelle aventure de notre Batman et de ses méchants idylliques dont, le Jocker notre chouchou qui est mis en scène sous son autre personnalité. Ce récit m'a bluffé et convaincu par sa maturité, des dialogues et des émotions très authentiques à notre réalité, les personnages vivant comme rarement vue auparavant. Son ambiance dingue, de ressentir Batman sombrer dans le déni et la brutalité ; et au contraire, le Joker mis en lumière par sa personnalité et son intelligence d'antan. La mise en scène, par le découpage des cases sur les planches mais surtout la liberté que l'auteur a pris sur l'univers et les personnages est stupéfiante, choquante mais vraiment appréciable. Les dessins, le plaisir de contempler notre sinistre Gotham et la totalité de ses personnages prendre vie par les traits de notre cher Sean Murphy. Je ressens que l'auteur à voulu mettre avec une grande passion, son empreinte sur le mastodonte de l'univers de Batman, en n'hésitant pas à casser les codes, par sa prise de risque scénaristique et sa vision réaliste. J'ai hâte de lire sa suite qui, apparemment, et encore mieux réussie. Je vous souhaite une agréable lecture aux cotés de notre "méchant" préféré.
Ada (Baldi)
Touchée. C'est l'état dans lequel je suis en refermant cet album. Pourtant c'est très court, il y a très peu de dialogues, l'histoire tient en une phrase . C'est le moment où une jeune fille devient adulte. Heureusement il y a des milliards de manière de devenir adulte, et celle-ci est dure, mais si belle... L'image est une énigme de beauté. C'est Baudelaire qui disait : " le beau est toujours bizarre", ici je ne saurais pas du tout décrire la technique employée, je pense que c'est on ne peut plus mixte, des pinceaux griffus, des touches d'ordinateur, beaucoup de talent et de sensibilité : c'est somptueux et décharné à la fois. Ça m'a laissée bouche bée. La lumière du petit matin au bord de la forêt, La nuit noire, où on va chercher du bois dans la lumière de la cuisine... Un conseil pour les pères incultes et malheureux : ne tuez pas les chiens, cela ne fait qu'accélérer les choses... Et pour vous, débrouillez-vous pour lire cette BD au moins une fois, l'édition est très soignée, c'est un plaisir à tenir dans les mains. Cela peut aussi faire un très beau cadeau pour une jeune fille qui dessine, où une jeune fille qui a un père bête ou abandonné ou les deux à la fois. L'adresse est à ceux qui résistent...
Whisky San
L'histoire de la création du Whisky japonais en suivant le parcours du créateur de l'une des deux grandes marques historiques du pays. Cela commence au tout début du XXe siècle dans une famille de brasseurs de saké. Influencé par le discours passionné de son grand-père maternel, le jeune Masataka va aller à l'encontre de la volonté conservatrice de son père de rejeter tout ce qui n'est pas tradition japonaise et se poser comme but dans la vie de devenir le premier créateur de whisky japonais. Il va s'associer avec Shinjiro Torii, un créateur de spiritueux déjà bien installé à l'époque, pour se faire financer un séjour en Ecosse et y apprendre les secrets de la distillation du whisky. Mais la vie est compliquée et son retour au Japon prendra suffisamment de temps pour faire finalement de ces deux hommes de futurs rivaux. C'est une biographie intéressante que les auteurs déroulent comme une saga familiale, un récit d'aventure entrepreneuriale mais aussi humaine, l'accent étant mis sur la relation du héros avec son père, puis avec Shinjiro Torii, de même que sur son amour avec sa femme écossaise, Rita Cowan qui le soutiendra toute sa vie. Le dessin d'Alicia Grande n'y est pas parfait, le trait étant légèrement anguleux et manquant un peu d'aisance et d'épaisseur, mais il est agréable et la mise en scène fonctionne très bien. Même s'il y a quelques petites longueurs ici et là, les auteurs évitent avec succès tous les côtés rébarbatifs des biographies classiques. On est plongé aux côtés de Masataka comme aux côtés d'un héros d'aventure classique, avec un parcours complexe et plein d'inattendu, du suspens sur comment il va réussir à atteindre son but et surmonter les difficultés qui se dressent soudain contre lui. Pour un néophyte comme moi, qui n'aime pas le whisky, cela m'a donné envie de le découvrir davantage, de le goûter à nouveau, de le sentir et d'y trouver les nombreuses notes de parfum que le héros et les autres protagonistes y perçoivent. J'ai en tout cas trouvé avec cet album un beau cadeau à faire à mon père, grand amateur de whisky. Note : 3,5/5
Le Verrou
Scénario : Dupa - Dessin : Éric ; Dargaud, coll. « Histoires fantastiques », 1987 Croyez vous aux fantômes ?.. Croyez vous aux esprits vengeurs ? L'un des personnages principaux de cette histoire, l'ingénieur Urbain Duradieu, dont l'esprit est plutôt cartésien n'y croyait pas non plus jusqu'à ce que les faits auxquels il se trouva confronté ne mettent à mal ses convictions. Le contexte historique du récit, la résignation ou la peur de la population, l'acharnement de certains individus muent par l'aveuglement et l'obsession font de cette histoire fantastique une belle réalisation. Le trait de crayon de Éric trace les scènes fortes de cet album. Dupa & Éric nous gratifie d'une histoire insolite qui nous interpelle sur la réalité des choses et l'interprétation que l'on en fait.
Coup d'oeil
Un artiste peintre voit sa vue décliner. Sur fond de IIIe Reich naissant, l'éthique devient secondaire et tout est permis en matière d'innovation scientifique. Ainsi, une greffe pourrait être envisagée malgré la méthode peu orthodoxe pour obtenir les greffons. La limite entre le bien et le mal devient aussi floue que celle qui existe entre le courage et la résignation, entre l'inconscience et la folie. Le duo Dupa & Éric fonctionne bien dans cette collection d'histoires fantastiques.
Les Perdus de l'Empire
Perdus de l’Empire Scénario : Franz - Dessin : Éric ; Le Lombard, coll. « Histoires et Légendes », 1990 Chaque terrain de guerre est un théâtre de dérive pour l'être humain. Que ce soit dans ses actions, dans son instinct de survie, dans son éthique, dans ses faiblesses, dans ses peurs, dans son inconscience, dans son rapport aux autres, l'humain démontre que, sans règles et sans respect, la vie prend pour lui, un chemin aléatoire et instinctif. Chaque soldat devient la victime de ses espoirs, de ses croyances et de ses actes. Dans la tourmente et dans l'enfer de la guerre, le quotidien de tout un chacun devient un cauchemar. Face au désespoir, quand l'être humain sent ses forces naturelles l'abandonner, il fait appel à des forces surnaturelles qui le dépassent et l'apaisent. Sur fond de guerres napoléoniennes, Éric et Franz nous entraînent dans un monde où se mêlent la folie et la peur, dans un univers où le fantastique vient tronquer ou sublimer nos repères. Cet album est composé de six histoires mettant en lumière un personnage perdu de l’Empire : Les aigles - Un village dans la neige - Ragot - Mamie Léonie - La colère d'Amédée - Temps de chien
Louise Michel - La Vierge Rouge
A l’heure où j’écris ces lignes, « Louise Michel - La Vierge Rouge » est a priori la seule série référencée sur le site entièrement dédiée à cette héroïne de l’histoire Française. Louise Michel apparait dans certaines œuvres qui parlent de la Commune de Paris de manière plus générale (dans Communardes ! par exemple, ou encore dans le dernier cycle des Passagers du vent), mais n’est jamais au centre du récit. Erreur réparée par… une autrice britannique ! Un comble. Mary Talbot a réalisé un travaille de recherche incroyable (voir les nombreuses notes en fin d’album), et son récit est tout simplement passionnant. Il faut dire que Louise Michel est une femme formidable, aux idées très modernes, et dont la personnalité sans concession force le respect. Le gouvernement français la déporte en Nouvelle-Calédonie pour avoir pris la défense des opprimés… et que fait-elle ? elle prend la défense des Canaques, opprimés par les colons français, bien sûr. J’ai fait de nombreuses pauses lors de ma lecture, pour réfléchir à ses idées anarchistes et féministes. La narration est parfaite, et la mise en image de Bryan Talbot illustre parfaitement le propos. Mention spéciale pour les couleurs au lavis, avec des touches de rouge pour représenter le caractère révolutionnaire de la vie de Louise Michel. Une lecture éducative et passionnante, sur une femme formidable dont beaucoup de gens connaissent le nom (ne serait-ce que parce que de nombreuses rues et écoles portent son nom) mais dont on parle finalement peu en BD. Un album essentiel, que j’aimerais voir dans toutes les bibliothèques scolaires.
Les Illuminés
"Les Illuminés" est une merveilleuse réussite visuelle de Dytar, une BD sur la poésie, mêlant un délicat trait charbonneux à une élégante trichromie de tons, au service de narrations enchevêtrées. Le scénariste Bollée a l'habileté d'évoquer la vie des trois poètes Rimbaud, Verlaine et Nouveau, à la manière d'un Barthes, en découpant de vagues fragments d'existence présentant les chassés-croisés des trois personnages à travers des bribes de tranches de vie. L'idée principale est d'esquisser une représentation fantasmée sinon mythologique (si l'on veut filer la métaphore barthienne) de l'univers de ces auteurs libres et maudits, d'en appeler à un imaginaire, de correspondre aux représentations que nous pouvons en avoir, usant de codes (les copains, l'alcool, les colères, les nuits enfiévrées, les cristallisations, l'amour déçu, la fuite du succès...) pour décrire le mythe fantasmé de l'artiste maudit et retracer ici la tortueuse digestion du recueil "Les Illuminations". Ces bribes de récits et la trichromie permettent de suivre sans gêne la narration, ce qui distingue clairement "Les Illuminés" du conceptuel Pour quelques degrés de plus, aussi parce que cette narration est d'une ampleur fort limitée, ce qui constitue là une première limite de l'œuvre. La seconde limite est liée au parti-pris clair et discutable dans la manière de nous présenter ces trois écorchés : pour le premier sous la belle aura du perdant magnifique, pour le second en tant que victime expiant son crime passionnel dans une auto-destruction résignée, pour le dernier comme un salaud dont le talent n'a d'égal que l’égoïsme exacerbé. Un tel sujet ne pouvait engendrer une réussite complète, elle n'en demeure pas moins éclatante jusque dans ses imperfections fort à propos.