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Couverture de la série Bérézina
Bérézina

C'est avec curiosité que j'ai lu le triptyque de Richaud et Gil car j'avais beaucoup aimé le roman de Rambaud. Je n'ai pas du tout été déçu. Frédéric Richaud et Ivan Gil réussissent très bien à transposer l'esprit du livre avec une force visuelle qui donne de la puissance aux événements. Je suis toujours assez critique avec les fictions historiques mais ici je partage les choix scénaristiques. La thématique la plus évidente est une virulente critique de la guerre (c'est classique) relayée par des poèmes de Victor Hugo pourtant admirateur de Napoléon I. J'ai apprécié que Richaud et Gil aillent plus loin que Rambaud dans la désacralisation de l'image de Napoléon. Leur portrait est sévère et pose en creux une question posée dans la série : "Quelle image auront de nous les générations futures ?" Des monstres ? C'est la réponse du livre à laquelle je souscris. Pourtant nos manuels d'histoires et nos avenues parmi les plus prestigieuses répondent différemment. C'est le grand mérite du scénario de ne pas s'écarter d'un réalisme crédible que ce soit pour le haut commandement ou le gros de la troupe et des suiveurs tous rapaces si l'occasion se présente. Les auteurs remisent l'imagerie épique à la cave car même le seul moment franchement héroïque de la construction des ponts par les hommes d'Eblé est tout juste évoquée dans une voix off qui accompagne une très belle double page. Comme dans le roman, la série monte en intensité dramatique au fil des albums. Le choix de proposer un triptyque est excellent car il laisse le temps aux auteurs d'approfondir les différentes étapes de cette désastreuse entreprise. Le graphisme de Gil atteint un sommet au tome 3 dans la narration visuelle avec cette suite de tableaux d'hommes et de chevaux réduits à rien par la volonté d'un seul. Les visages émaciés tranchent avec un Napoléon rebondit et chaudement vêtu. Ma seule réserve se trouve dans le fait que Richaud et Gil ont choisi d'ignorer la vision de Koutousov. Cela fluidifie le récit mais cela ne rend pas compte des dissensions sur certains choix côté russe. Que le Tsar donne l'ordre d'incendier Moscou, ville sainte, contre l'avis d'une partie de la noblesse n'était pas une option si évidente. Une très belle lecture qui propose un excellent équilibre dans la narration par le texte et l'image.

11/03/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Guerres de Lucas
Les Guerres de Lucas

En vieux fan de Star Wars, je ne pouvais pas passer à côté de cet album acclamé pour raconter avec brio le parcours de George Lucas et la création du fameux Episode IV qui a tant marqué le public et le cinéma en général. Et c'est vrai que j'ai passé un excellent moment, passionnant, instructif et aussi amusant parfois. C'est une biographie et une exposition objective des faits mais c'est fait avec excellence et une très bonne fluidité. On est très vite porté par le récit et on suit le taiseux George comme on suivrait les aventures d'un héros créateur. Le dessin porte l'histoire avec une belle maîtrise, une bonne mise en scène et une bonne narration graphique. J'ai vraiment aimé cette lecture par la façon dont elle porte le lecteur d'une part, mais aussi par la somme d'anecdotes et d'informations qu'elle m'a fournie. J'ai littéralement appris tout le déroulé des études et de la carrière de George Lucas, et comment il en est venu à commencer le tournage de Star Wars. J'ai souri à tous les clins d'oeil que les fans de Star Wars seront à même de repérer ("Je tire le premier ?" "Evidemment !"), ainsi qu'à quelques scènes pleines d'humour, comme l'apparition accidentelle d'un R2-D2 en chute libre derrière le tournage de Jésus de Nazareth. J'ai été surpris de voir qu'il n'avait finalement que très peu participé à la réalisation des effets spéciaux d'ILM. J'ai été stupéfait d'apprendre que John Williams avait composé, orchestré et enregistré la totalité de la musique du film en à peine 3 mois, et ce moins de 2 mois avant la sortie du film. J'ai été effaré de réaliser que le film avait été finalisé la veille même de la sortie en salles, comme si tout, absolument tout dans sa réalisation avait été fait dans l'urgence, voire en catastrophe, à l'image de toutes ces scènes que Lucas avait été obligé de couper car pas possible de les filmer... et tout ça pour un résultat finalement aussi parfait, malgré l'opposition si manifeste de ceux que l'auteur appelle les costards-cravates. Comme s'il avait fallu toute cette urgence et ces impossibilités pour épurer l'ensemble et obtenir le meilleur. C'est passionnant pour un amateur de Star Wars et de cinéma en général, tout en étant raconté avec brio et une bonne part d'humour. Un coup de coeur !

11/03/2024 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Bagnard de guerre
Bagnard de guerre

En déambulant dans les allées bondées du festival d’Angoulême, je me suis arrêté – car pas grand monde – sur le stand de grand angle et chance inouïe, Philippe Pelaez était disponible ! Une aubaine pour échanger avec lui. Il m’a présenté ainsi son dernier album … bagnard de guerre. J’ai tout de suite accroché et je suis reparti avec celui-ci ! Et j’ai bien fait ! Bagnard de guerre – je vous l’annonce d’entrée - est un album captivant, qui vous entraîne dans l’enfer du bagne de Cayenne pendant la première guerre mondiale. Philippe Pelaez est plutôt habile. Son scénario nous plonge dans un univers carcéral ultra violent. Les conditions de détention à Cayenne sont minutieusement détaillées, et l’on ressent la tension permanente qui règne dans ce lieu inhospitalier. Le personnage principal, Ferdinand Tirancourt, est un insoumis au caractère froid, mais auquel on s’attache progressivement. Son aventure au bagne est ponctuée d’épreuves difficiles et de dangers omniprésents. L'intrigue - il faut l'avouer - est bien rythmée. Le dessin de Francis Porcel est réaliste et efficace, et il contribue à l’immersion du lecteur. L’intrigue se conclut par un retournement de situation que je n’ai pas du tout vu venir. Ca donne du piquant et une dimension supplémentaire à ce one shot. N’hésitez pas à vous procurer cette pépite prenante et visuellement réussie. Je me suis régalé.

10/03/2024 (modifier)
Couverture de la série J'aurai ta peau, Dominique A.
J'aurai ta peau, Dominique A.

Je fais profil bas mais je ne connaissais pas cet artiste. C'est une des qualités de cette série de mettre en avant ce chanteur présenté d'une façon très sympathique et humaine dans le récit. J'ai trouvé la thématique très originale. En effet les auteurs construisent autour d'un portrait psychologiquement et graphiquement très bien travaillé une histoire policière qui est très crédible à l'origine du nom de scène particulier de l'artiste. Des vedettes plus ou moins connues qui doivent se protéger de fans indélicats voire d'un public malveillant est le quotidien de ce ces hommes ou femmes publiques. Arnaud Le Gouëfflec construit un récit très fluide où l'humour et la dérision sont très présents. Jusqu'au dénouement on hésite entre mauvaise blague et réelle intrigue. C'est très équilibré, je l'ai lu avec beaucoup de plaisir. J'ai apprécié le graphisme d'Olivier Balez qui sort des sentiers battus avec ce genre collage qui nous fait rentrer dans l'univers de la lettre anonyme. Une lecture très plaisante et très respectueuse des artistes qui interviennent.

10/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Abdallahi
Abdallahi

Un récit qui prend son temps pour donner toute sa mesure. Le lecteur doit être patient, et accepter une certaine lenteur, une langueur qui doit autant au soleil de l’Afrique qu’à la volonté sourde d’un homme d'« entrer » en Afrique, à Tombouctou, mais aussi dans une Afrique fantasmée. On est au temps des explorateurs européens, dans ce premier tiers du XIXème siècle où les aventuriers rêveurs, un peu fous et démiurges, se lançaient dans l’inconnu à connaître, avec avidité et inconscience, avant que les marchands et les militaires ne rationalisent tout ça. J’ai longtemps cru que le héros était une pure invention de Dabitch (je ne le connaissais pas : mais la biographie en fin du second volume rectifie cette erreur). Explorateur méconnu, mais au destin et à la personnalité étonnants en tout cas. Et Dabitch – qui a sans doute modifié quelques détails – a su garder quelque chose de mystérieux dans cette épopée. Il ne faut pas attendre d’action à tous les coins de page, mais on ne s’ennuie jamais, même lorsque de longs passages contemplatifs se succèdent. Le temps se dilate, sans qu’on le regrette. Et, comme souvent, le dessin de Pendanx accompagne très bien le récit de Dabitch. Même si je m’attendais à plus de décors en plans larges, son travail est vraiment chouette. Une lecture agréable en tout cas. Note réelle 3,5/5.

10/03/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Guerres de Lucas
Les Guerres de Lucas

Gros coup de coeur, je ne m'attendais pas à un documentaire romancé qui soit à la fois drôle, sensible et didactique. Fan de Star Wars, féru de l'industrie cinématographique, amateur de tranches de vie, geek à l'affût de références... le livre vise des publics de niche mais offre également une belle aventure à ceux qui aiment les bons romans graphiques. Alliant un scénario fluide et bien construit à un graphisme moderne, élégant et utilisant habilement les pointes de couleur, c'est du boulot d'orfèvre. Two thumbs up. Même s'il n'est pas parfait au niveau de la direction, Star Wars est incontestablement un film qui a chamboulé le cinéma, aussi bien au niveau technique (les effets spéciaux évidemment) qu'économique (comme le merchandising) et culturel (le premier véritable film culte trans-générationnel qui a gavé de références pulp des millions de petits et grands pour des décennies). Et ce livre nous en fait découvrir les coulisses qui croulent sous les impondérables, les virages à 90 degrés, les belles rencontres qui impacteront les carrières de nombreuses personnes, l'alliance de talents disparates qui ont offert au monde quelque chose d'aussi inattendu et magique. Et comme Georges Lucas, on est spectateur de son propre travail, confronté et impuissant aux coups du destin. Mais rien n'est arrivé par hasard: de l'argent personnel investi aux bon choix des personnes, la mise en œuvre a pris des années, mutant suivant les contraintes et les remarques pertinentes de ses proches (sa femme mais aussi son incroyable cercle de proches aussi légendaires les uns que les autres (les Expendables d'Hollywood: Scorcese, Spielberg, Coppola, de Palma, Milius...)). Une fois terminé, j'étais doublement heureux: que ce film ait pu voir le jour malgré le nombre de sujets à abandon et d'avoir lu une superbe BD dotée d'une superbe couverture.

09/03/2024 (modifier)
Par Drbe
Note: 4/5
Couverture de la série Sherlock Holmes et les mystères de Londres
Sherlock Holmes et les mystères de Londres

Je viens d'achever d'une traite les deux volumes de ce Sherlock Holmes, et je conseille aux nouveaux lecteurs de faire de même pour bien apprécier l'histoire. Le scénario est dans la plus pure veine Sherlock Holmes et le personnage de Fénéon qui me paraissait un peu gadget dans le premier tome se révèle bien plus intéressant et utile à l'intrigue. Les dessins servent parfaitement l'histoire et nous plongent aisément dans le Londres du XIXs. J'ai donc passé un excellent moment à lire ces deux opus et je vous en recommande la lecture. J'espère que le teaser de fin sur l'affaire Dreyfus verra bien le jour !

09/03/2024 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5
Couverture de la série Les Panthères
Les Panthères

Les panthères est une série parue dans le journal Tintin au début des années 70 créé par Greg et Aidans. On y retrouve trois jeunes filles gravitant dans le milieu du spectacle qui se trouve entraînées malgré elle dans des aventures où se mêlent acteurs et voyous. La série n’ira pas au delà de trois histoires du fait de l’activité débordante de Greg. Et c’est bien dommage tant cette série est rafraîchissante. On se retrouve ainsi la fin des trente glorieuses dans la France des années 70 grâce à ces «  drôle de dames ». Le rythme est enlevé, les histoires se lise de manière plaisante; mais on connaît tous la qualité de Greg au scénario. Et puis il y a le dessin d’Aidans. Si certains dessinateurs peinent à dessiner les personnages féminins ce n’est vraiment pas le cas d’Aidans qui a un vrai talent pour mettre en lumière ces trois jeunes femmes. Je n’attendais pas grand chose de cette courte série parue dans la collection « Jeune Europe » Des éditions du Lombard, mais au final j’ai passé un très agréable moment où la nostalgie a sans doute joué à plein régime.

09/03/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Abaddon
Abaddon

Belle mécanique pour cette intégrale qui réussit le tour de force de nous maintenir dans un état de tension au fil des pages mais qui aboutit à un sentiment de satisfaction une fois la lecture terminée. La qualité de cette aventure vient sans doute du grand nombre d'interprétations que l'on peut projeter dessus. Une image du purgatoire si on est imprégné de culture chrétienne, une démarche psychanalytique (cf l'adresse de Roland Topor, : "... Même les paranoïaques ont de vrais ennemis.¨) , un catalogue de micro-sociétés (la colocation, le couple, le harem, le duo maître/valet, les compagnons de beuverie...), une ode au chocolat pour les gourmands, une histoire de zombies, l'imaginaire d'un militaire frustré, un simple cauchemar, un mauvais trip...Et je pense que je n'ai pas ouvert toutes les portes ! L'étrangeté qui nait de cette polysémie est renforcée par l'image très systématique en deux couleurs complémentaires. Comme dans l'Alcazar de Luminet, avec son orange et bleu, mais ici le dispositif est différent, ce n'est pas la couleur chaude qui fait la lumière et la froide qui assure l'ombre, on a un rouge rosissant qui dessine tous les contours, les personnages restent sur fond blanc et un vert bleuissant assure le décor. Les personnages tout pâles semblent donc flotter et nous mettent sur la piste des fantômes dans une première étapes, les autre interprétations apparaissent au fur et à mesure des tentatives d'évasion et des rêves du héros. Mon seul bémol : c'est un format à l'italienne très épais (236 pages) qui va sans doute mal vieillir et n'est pas très pratique pour lire au lit. Ensuite il ne faut pas offrir cette intégrale à Adèle Haenel, elle la trouvera raciste et sexiste parce qu'effectivement il n'y a pas de personne racisée et le rôle des femmes est essentiellement fondé sur leur plastique ou leur sexualité. Je me disais que ça devait venir de l'âge de l'auteur que j'imaginais septuagénaire, mais pas du tout ! En revanche la première parution date de 2013 (l'auteur avait donc 32 ans à l'époque, mais il s'est retrouvé militaire à 17 ans, donc pas le meilleur endroit pour apprendre la nuance et l'humanité...) On n'est pas au niveau d'Alfred Hitchcock qui n'hésite pas à torturer son actrice jusqu'à détruire sa vie pour réaliser son film "Les oiseaux", ici ce ne sont que des dessins... Désolée Adèle, tout le monde ne peut pas avancer au même rythme ... Ne pas offrir non plus cet opus à une personne claustrophobe, c'est quand même assez flippant, cet immeuble sans fenêtre où les portent ne s'ouvrent pas ! Pour les autres : procurez vous cette intégrale parce que lire les chapitres séparément doit être extrêmement frustrant, voire pas intéressant du tout.

09/03/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Tepe - La Colline
Tepe - La Colline

Une BD qui sort des sentiers battus. En effet, le récit se déroule 9 000 ans avant notre ère sur le site de Göbelki Tepe (la colline ventrue) dans le sud de la Turquie. Ce lieu est considéré comme l'emplacement du premier temple de l'Histoire. C'est à partir de ce lieu symbolique que Firat Yasa a imaginé cette histoire. Firat Yasa est un auteur turque, et ce "Tepe la colline" est sa troisième BD, mais la première publiée en France à ce jour. Il nous propose un conte fantastique à une période charnière de l'humanité, le moment où l'Homme va passer du nomadisme de chasseur/cueilleur à la sédentarisation. Ne cherchez pas de vérité historique, laissez-vous juste aspirer par ce conte rafraîchissant. Deux mondes s'opposent, celui de Râht, un nomade qui a la particularité de pouvoir communiquer avec les animaux et celui d'une cité qui vénère le "père-ciel" sous la coupe d'un chamane fou furieux. Une cité qui pratique des sacrifices pour apaiser la colère de ce premier dieu et qui veut imposer son mode de vie. Les prémices de la civilisation. Un conte violent qui dégage une certaine poésie avec ce couple improbable et touchant d'un homme et d'une biche. Une lecture rapide malgré la pagination importante, peu de textes et ceux-ci vont à l'essentiel. Un récit qui fait écho à notre monde actuel, il pointe du doigt le fanatisme et notre absence de relation avec la nature dans nos sociétés structurées. Une lecture rapide, mais très plaisante et la partie graphique n'y est pas étrangère. Un dessin singulier, qui rappelle l'art pariétal, accompagné de couleurs chaudes ou froides suivant qu'il fasse jour ou nuit. Une mise en page aérée. Contemplatif ! J'aime beaucoup. Je recommande aux amateurs du genre. Un truc agaçant en fin d'album dans la postface, elle fait référence à certains passages du récit qui renvoient à des numéros de page, sauf que lesdites pages ne sont pas numérotées !

09/03/2024 (modifier)