Planetary : des superhéros pas comme les autres
-
Il vaut mieux avoir lu Tout autour du monde et autres histoires avant d'entreprendre la lecture de ce tome. Celui-ci regroupe trois numéros spéciaux de Planetary parus en 2000, 2002 et 2003.
Dans le premier épisode, les membres de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner, the Drummer) sont amenés à combattre une invasion extraterrestre et même extra-dimensionnelle tout évitant de se faire remarquer par les membres de The Authority (Jenny Sparks, Apollo, Engineer, Midnighter, équipe créée par Warren Ellis et dont il a écrit les premières aventures dans Authority). Elijah Snow évoque également une visite rendue à un écrivain au racisme garanti d'époque, ayant été le témoin d'incursion de créatures impossibles dans notre réalité (bel hommage honnête à Howard Philips Lovecraft).
Ce premier épisode est illustré par Phil Jimenez, un dessinateur fortement influencé par George Perez. Pour l'occasion, il modifie son style de manière à évoquer celui de John Cassaday, le dessinateur attitré de la série Planetary. le style est précis et détaillé et la mise en couleurs est réalisée par Laura Martin la metteuse en couleur de la série Planetary, ce qui accentue encore la ressemblance avec les épisodes dessinés par John Cassaday.
Dans le deuxième épisode, Warren Ellis adopte un point de vue original : Bruce Wayne, Diana Prince, et Clark Kent tente de se rebeller contre les agissements de Planetary qui jugule systématiquement toute manifestation paranormale avec toute la force requise pour que la solution soit définitive. Il s'agit donc de variations de type elseworld ou "what if" de ces 3 héros.
Cet épisode est illustré par Jerry Ordway, un dessinateur fortement associé à l'univers DC dans les années 1980. Ses dessins ne ressemblent pas à ceux de John Cassaday, mais il s'est appliqué et a pris le temps nécessaire pour fignoler ses illustrations.
Dans le troisième épisode, Planetary doit trouver le moyen d'arrêter un homme sous l'emprise de terribles crises qui le font basculer d'une réalité à une autre, sans aucun contrôle. Ces crises s'enchaînent à un rythme très rapide dans des variations d'une rue de Gotham baptisée Crime Alley. Un mystérieux homme masqué surgit pour rétablir l'ordre ; il a une curieuse apparence et une cagoule avec une cape qui évoque une chauve-souris.
Cet épisode est illustré par John Cassaday. On retrouve le dessinateur habituel de Planetary pour le meilleur (un sens graphique original et efficace) et pour le pire (les scènes de dialogue avec une seule tête et un phylactère, sans décors, dans une case de la largeur de la page et photocopiée à gogo). Il a visiblement pris beaucoup de plaisir à reproduire le style des différentes incarnations de Batman : Bill Finger, la série télé avec Adam West, Neal Adams et Frank Miller.
À la lecture, la raison pour laquelle Warren Ellis a choisi de faire de ces histoires des numéros spéciaux devient évidente. Il s'écarte de la thématique du reste de la série (rendre hommage aux sources des superhéros) pour confronter l'équipe de Planetary à des superhéros actuels. Ainsi, par contraste avec The Authority, Planetary apparaît vraiment comment une équipe dédiée aux missions confidentielles, dans l'ombre des actions officielles de Jenny Sparks et son équipe. le deuxième épisode est encore meilleur puisque Planetary apparaît comme les méchants de l'histoire persécutant et exterminant les êtres dotés de pouvoirs extraordinaires. Et le dernier épisode où il ne se passe pas grand-chose est à la fois une leçon magistrale d'histoire sur Batman à travers les époques (et par là même une déclaration d'amour aux différents créateurs qui l'ont réimaginé), mais aussi une preuve irréfutable de la capacité de ses personnages à survivre aux modes et à s'adapter pour évoluer (thème de la pérennité des créatures de fiction souvent développé par Neil Gaiman, Grant Morrison ou Alan Moore).
Effectivement ces épisodes sortent du cadre de la série de référence, effectivement ils ne servent pas à développer le mystère qu'est Elijah Snow, mais ils n'en sont pas moins remarquables et divertissants, tout en restant intelligents et en constituant un commentaire ludique sur les superhéros.
J'ai eu une très belle surprise à la lecture de ce roman graphique mi fantastique mi intimiste. Vera Brosgol équilibre très bien les deux genres pour fournir un récit original et très bien construit.
Le récit démarre de façon très classique sur le mal-être physique et mental d'une jeune ado qui ne trouve pas sa place dans un monde qu'elle a du mal à apprivoiser.
On ressent beaucoup de vécu de l'immigrée russe loin des clichés de top model véhiculés par les magazines. Entre déprimes et illusions de la glande ou de la cigarette Anya nous donne l'image d'une jeunesse sans projet, sans identité voire sans avenir : un vrai trou noir.
La rencontre fantastique avec Emily va lui faire prendre conscience des dangers de la vie facile. Vera amène son héroïne par touches successives à sortir de ses illusions (fausses bonnes notes, BG salopard, mensonges d'Emily) pour s'affirmer.
Le récit qui s'adresse en premier lieu aux adolescentes peut facilement toucher un plus large public. L'autrice ne propose jamais un discours moralisateur rébarbatif et souvent contre-productif. Au contraire le récit souvent drôle et linéaire au début s'enrichit au fil d'une sorte de parcours initiatique de la JF.
J'ai trouvé l'histoire de plus en plus intéressante au fil des pages avec aucun temps mort (sauf pour Emily lol).
Le graphisme est très séduisant avec des rondeurs qui donnent beaucoup de souplesse et intensifient les expressions des personnages. Le personnage d'Emily est très bien pensé et graphiquement très bien réalisé. Même si les détails ne sont pas légions, l'ambiance de mal-être au sein du foyer et du campus est bien rendue.
Une belle lecture récréative, originale et plus profonde qu'elle n'y paraît. Un prix Eisner bien mérité à mes yeux.
Frère
-
Il s'agit d'une histoire autonome qui peut être lue sans rien connaître du personnage principal, mais qui gagne en saveur si le lecteur en est familier. Il comprend les épisodes 0 à 5, initialement parus en 2008 pour l'épisode 0, en 2015/2016 pour les 1 à 5, écrits par Jeph Loeb, dessinés et encrés par Tim Sale, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Cette histoires s'inscrit dans les récits de couleur de Loeb & Sale : Daredevil: Yellow (en 2001), Spider-Man: Blue (en 2002) et Hulk: Gray (en 2003). Ce s'ouvre avec une introduction de Christopher Markus & Stephen McFeely les coscénaristes des 3 films Captain America (First Avenger, The Winter Solider, Civil War). le tome se termine avec une interview de 8 pages des 2 auteurs, agrémentée par des pages de crayonnés.
En 1941, Steve Rogers et James Barnes vont voir Abbot & Costllo: Buck privates (2 soldats nigauds) au cinéma. Un reportage sur Captain America passe juste avant. Puis ils reviennent à la base militaire de Fort Lehigh, en Virginie. le soir même, Barnes découvre le secret de Steve Rogers. Ce dernier accepte de l'entraîner, et de le prendre sous aile comme assistant adolescent. Quelque temps après ils sont envoyés en Europe et accomplissent leur première mission derrière les lignes ennemies.
Des années plus tard, Steve Rogers est retrouvé par les Avengers, son corps enchâssé dans un bloc de glace. Après avoir retrouvé ses esprits, il se rend dans une église pour pleurer la mort de James Barnes. Il y est rejoint par Nicholas Fury. Ils se souviennent de leur rencontre en Afrique du Nord, puis d'une mission en France alors que Fury avait encore l'usage de ses 2 yeux, et qu'ils ont fait équipe avec une troupe de résistants se faisant appeler le Cirque de la Révolution (Gypsy / Marilyne, Mime / Claude, Les Acrobates / Antoine et Éloïse, Leaper / Olivier Batroc).
Bien sûr, en 2016 sort Captain America: Civil War, donc c'est la bonne année pour les projets spéciaux relatifs à ce personnage. Les lecteurs leur veulent un peu à Tim Sale & Jeph Loeb, de les avoir laisser en rade pendant 7 ans, intervalle de temps s'étant écoulé entre l'épisode 0 et les suivants. Mais le passage du temps atteste de la qualité de leurs œuvres communes, qui n'ont pas pris une ride. Quand même le doute est permis : sont-ils toujours aussi bons ? Les 4 pages de réveil de Captain America ainsi que les 3 dans le brouillard montrent des contours tracés avec des traits fins sans aplats de noir, sans ces larges tracés au pinceau, une hérésie pour du Tim Sale. Et puis la relation entre Bucky et Captain America, ce n'est pas une relation amoureuse teintée de nostalgie comme celle entre Matt Murdock et Karen Page, ou entre Peter Parker et Gwen Stacy.
Le premier épisode entretient le doute dans l'esprit de savoir si Tim Sale est toujours aussi bon. Même s'il y a bien un usage d'aplats de noir expressionnistes, il leur préfère régulièrement des zones grisées à la mine de crayon, ce qui donne une impression plus naturaliste, correspondant plus aux ombres portées en fonction de l'éclairage. Puis il y a ces 4 pages en début de l'épisode 1 qui ressemblent à du John Romita junior. Puis le lecteur retrouve les caractéristiques des dessins de Tim Sale, et ce jusqu'à la fin du récit. le noir s'insinue au-delà des simples ombres, les lavis ajoutent de la texture aux surfaces.
Dave Stewart réalise un travail d'orfèvre, aussi discret que complémentaire. Il compose une ambiance chromatique pour chaque séquence, avec une teinte prédominante, donnant le ton. Il applique des variations de nuances dans chaque surface pour leur donner un peu plus de volume, comme s'il amalgamait un travail avec des crayons de couleurs et avec des pinceaux. le résultat est ainsi éloigné de la froideur de l'infographie, pour donner une impression plus organique, plus naturelle, plus chaude. En s'arrêtant sur quelques pages, ou en y revenant après avoir terminé l'histoire, le lecteur se rend compte que cet artiste des couleurs arrive à donner l'impression de la présence d'un arrière-plan, alors même que Tim Sale n'a dessiné que les personnages plusieurs cases durant. Par exemple dans le premier épisode, Steve Rogers et James Barnes sont sous une tente militaire, avec une lampe diffusant une lumière bien jaune. Les camaïeux de couleurs rendent l'impression que cet éclairage produit sur la toile de tente, comme si la matière était bien là en arrière-plan, sans pour autant diminuer l'intensité du premier plan. Un travail d'orfèvre, en toute discrétion.
Les pages 2 & 3 de l'épisode zéro sont occupées par un unique dessin de Captain America à moto se dirigeant droit vers le lecteur, par l'écran de cinéma interposé (et la feuille de l'ouvrage). Ce dessin reflète bien les choix narratifs visuels de l'artiste. Chaque fois que l'action le justifie, il exagère la force, les proportions, la présence du héros, avec une carrure massive, plus grande que nature, avec des capacités physiques impressionnantes, avec des acrobaties défiant les lois physiques. Sale embrasse les conventions des comics de superhéros, y compris les exagérations associées. Il y a une exagération de la dramatisation, une exagération des capacités physiques, une exagération de la mise en scène (par exemple, après l'ascension d'une paroi rocheuse avec son bouclier, Captain America arrive nez à nez avec l'extrémité du canon d'un char allemand).
Ces exagérations augmentent l'intensité des péripéties, de l'aventure, du suspense, mais avec des personnages qui savent sourire. La narration visuelle joue dans un registre plus grand que nature, mais sans culpabilisation, sans mettre en avant d'éléments négatifs. le lecteur voit bien que les héros s'en tireront, que les ennemis ont en eux une fibre de méchants d'opérette, un peu trop appuyés pour être réalistes. Les membres du Cirque de la Révolution appartiennent à ce même registre, reprenant les conventions de comics, de Marilyne avec ses cuissardes et ses foulards gitans, à Olivier qui maîtrise l'art de la savate. Plus tard, Bucky se retrouve ligoté par du fil de fer barbelé, mais sans accrocs à son costume. D'ailleurs dans cet épisode 4, Tim Sale rend hommage à une page de Captain America dessinée par Kirby qui l'opposait à Batroc, et il a même ajouté dans le blanc en bas de page une annotation au crayon "Thanks, Jack!" pour être sûr que le lecteur ne rate pas l'hommage.
Le lecteur retrouve cet hommage à Jack Kirby, à plusieurs reprises. Tim Sale reprend plusieurs de ces tics graphiques. Il y a ces personnages avec la bouche grande ouverte, dans une expression pure d'émotion intense, comme Kirby les représentait régulièrement. Il y a ces personnages qui regardent directement le lecteur, de face, qu'il s'agisse d'un personnage principal, ou d'un figurant se tournant en arrière vers le lecteur comme pour l'interpeller, comme s'il se trouvait à ses côtés. Il y a aussi ses personnages en pleine action avec les bras en avant, à nouveau parfois tendus vers le lecteur, là encore typiques de positions affectionnées par Kirby. Chaque épisode commence par un dessin pleine page, suivi par un dessin sur 2 pages, découpage adopté par Jack Kirby pour la série Kamandi, the last boy on earth.
Sur la première page de chaque épisode, un petit encadré indique "dedicated to Joe Simon & Jack Kirby, super-soldiers all". Effectivement, de son côté aussi, Jeph Loeb rend hommage à ces 2 créateurs, avec une aventure simple, Captain America et Bucky luttant contre les nazis, en compagnie des américains valeureux et courageux que sont Nick Fury et ses Howling Commandos. Il y a même une petite évocation des Invaders pour faire bonne mesure. le scénariste reprend la licence narrative des nazis comme étant tous des méchants qui doivent être neutralisés (pas de détails, pas d'analyse de la condition soldatesque, ce n'est pas ce genre de comics).
Jeph Loeb reprend également quelques tics d'écriture des Simon & Kirby, à commencer par la façon d'écrire les dialogues de Nick Fury. Il a toujours une répartie sarcastique et moqueuse à la bouche. Il a l'insulte facile et imagée à l'encontre des soldats allemands, attestant de la suprématie morale des américains sur ces méchants nazis. le lecteur peut y voir un hommage aux comics de guerre façon Marvel (et non façon Robert Kanigher & Joe Kubert, la narration étant moins dramatique que celle de ces derniers). Comme Tim Sale, il ne s'embarrasse pas trop de vraisemblance avec Nick Fury et consort endossant des uniformes allemands, confiants de pour voir donner le change, alors qu'il ne parle pas un traître mot d'allemand. Il intègre donc quelques légers éléments de continuité comme l'apparition bien pratique d'un membre des Invaders le temps d'un dessin pleine page, la participation d'un ennemi emblématique de Captain America, ou encore l'utilisation du nom du Leaper (autre ennemi récurrent de Captain America).
Néanmoins l'écriture de Jeph Loeb ne se limite pas à une actualisation des comics des années 1940 de Joe Simon & Jack Kirby. Sur la base d'une intrigue linéaire (une mission en France occupée en 1941, il intègre des éléments ou des réflexions attestant de sa personnalité. Il peut s'agir d'une séquence en hommage au film [[ASIN:B00004VYPE Casablanca]] de 1942 (avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman), de l'évocation du projet de pillage du musée du Louvre, ou encore le titre du film d'Abbott & Costello. En y prêtant attention, le lecteur peut aussi constater que Jeph Loeb glisse de rares réflexions sur cette guerre, une première fois en faisant remarquer la diversité des origines des Howling Commandos (dont un juif et un noir), une autre fois avec une discussion sur le sort des prisonniers de guerre (faut-il les exécuter ? La réponse dépend-elle de celui qui la prononce, soldat ou civil, américain ou français ?).
Bien sûr le cœur du récit se trouve dans la relation entre Steve Rogers et James Barnes. Jeph Loeb et Tim Sale ont créé un récit tout public, sans sous-entendus de nature psychanalytique, sans interprétation freudienne ou sexuelle de leur relation. Finalement, ce récit reprend bien le schéma des autres récits de couleur (bleu, gris, jaune) : Steve Rogers (superhéros, toujours vivant) repense à la relation qui l'unissait à James Barnes (décédé depuis). le scénariste la développe sous l'angle fraternel, Rogers devenant le grand frère adoptif de Barnes. de la même manière que Loeb savait faire rayonner la chaleur humaine des sentiments amoureux de Peter Parker et Matt Murdock, il transmet au lecteur la chaleur du sentiment fraternel qui unit Steve et James. le lecteur pourra trouver que son intensité est plus faible que celui du sentiment amoureux (peut-être), mais sa mise en scène et sa description en sont tout aussi empathiques.
Jeph Loeb montre bien sûr la scène obligatoire au cours de laquelle James Barnes découvre le pot aux roses concernant Steve Rogers. Il montre comment ce dernier n'a d'autre choix que d'accepter le partenariat avec Barnes pour préserver son identité secrète, et comment il s'inquiète pour lui du fait du danger de leurs missions. Il joue aussi un peu sur le fait que Steve Rogers repense à ces événements avec la connaissance de la mort proche de Bucky, et que le lecteur le sait aussi, mais sans en abuser (et sans mentionner son retour en tant que Soldat de l'Hiver). Comme dans les autres récits de couleurs, Jeph Loeb dépasse ce qui a été établi de longue date dans les comics pour cette relation, et va plus loin. Il montre que Steve Rogers est capable de prendre un peu de recul sur la situation de James Barnes, d'identifier une partie de ses motivations et de ses sentiments qui ne sont pas si éloignés que ça des siens, de sa propre expérience. Il sait également montrer que James Barnes s'inquiète aussi pour son grand frère, mais pour d'autres sujets. le thème en question est bien choisi, et apporte une touche humoristique qui reste émouvante. Enfin, la prise de risques de Bucky devient logique et évidente au regard de cette relation.
Avant de d'ouvrir ce quatrième récit de couleur pour Marvel par Jeph Loeb & Tim Sale, le lecteur se demande si ces créateurs sauront retrouver la sensibilité qui a rendu les précédents récits mémorables. Après quelques doutes sur les dessins, et quelques autres sur la nature de la relation explorée, il soupire d'aise devant la fluidité des dessins de l'artiste, leur expressivité, leur hommage maîtrisé et sans servilité à Jack Kirby, et leur nature tout public. Il sourit à quelques clins d'œil discrets. Il est émerveillé par la complémentarité entre les images et la mise en couleurs, comme si le tout avait été réalisé par un seul et même artiste, alors que Tim Sale ne distingue pas les couleurs. Côté intrigue, le lecteur se laisse embarquer dans des péripéties pour lecteur de tout âge, avec une vision édulcorée des combats de la seconde guerre mondiale. En fonction de ce qu'il est venu chercher, il apprécie plus ou moins les clins d'œil à l'univers partagé Marvel. Il retrouve toute la sensibilité du scénariste dans sa manière de mettre en scène et de rendre apparentes les émotions engendrées par le lien qui unit James Barnes à Steve Rogers.
Un très joli conte jeunesse.
Pavel Cech est un artiste reconnu dans son pays, la République Tchèque, il n'est connu en France que pour ses livres illustrés pour enfants. Ce titre est sa première BD traduite en français.
Pepik est un jeune garçon pas très sûr de lui et son bégaiement ne l'aide pas, il est le souffre douleur des autres enfants. il se réfugie dans ses lectures pour échapper à son quotidien. Mais l'arrivée d'une nouvelle élève, Elzevire, va chambouler son existence et opérer une métamorphose.
On va donc suivre la grande aventure de Pepik au travers de ce conte initiatique. Un conte poétique, sombre et envoûtant où la lumière jaillira au bout du tunnel.
Pavel Cech emploie des images simples (clef, labyrinthe, montre) pour faire passer ses messages. Un récit qui fera prendre conscience à Pepik que c'est à lui d'écrire les pages de sa vie. L'amitié, la confiance et la force de caractère seront de ce voyage fantasmagorique.
Un récit bien construit qui prend le temps pour développer son univers singulier avec un Pepik attachant et une Elzevire bien mystérieuse.
C'est encore la partie graphique qui m'a poussé à repartir avec cet album sous le bras.
Un dessin faussement enfantin, très expressif pour les personnages, et d'une richesse folle pour les décors (de superbes doubles-pages) qui donne cette ambiance si étrange qui plane sur tout le récit. Les couleurs pastel contribuent au plaisir visuel, des bleus/verts ternes vont dominer une grande partie du récit avant de céder la place à des couleurs lumineuses pour la conclusion de cette histoire.
Très, très beau.
Un très bon moment de lecture que je conseille aux enfants de 10 à 13 ans mais qui pourra aussi plaire aux adultes.
36000 secondes équivalent à 10 heures. C'est le temps qui s'écoule chaque jour entre l'arrivée au lycée et la fin des cours. Et ce temps, Nishina, Aoi, Maya et Shiro, quatre garçons mignons mais sans ambition, ont décidé de l'occuper de manière aussi inutile que possible au sein de leur "club de conservation et d'étude des patrimoines culturels immatériels" qui consiste à imaginer des enquêtes incongrues et répondre à des questions sans intérêt. Du coup, alors qu'ils sont presque les seuls garçons dans un lycée de filles, ils sont mis à l'écart et considérés comme des fumistes, même si ça agace les filles qui aimeraient que d'aussi jolis garçons soient plus sérieux et mieux intégrés.
C'est un shojo romantique. Et je ne suis pas amateur de ce genre. Mais comme celui-ci joue justement sur les stéréotypes des shojos à l'eau de rose pour en contourner les codes et apporter une bonne dose d'humour, j'ai finalement beaucoup aimé la lecture.
Par exemple, dans le premier chapitre, les quatre garçons décident de vérifier la véracité du cliché de shojo où un personnage court dans les couloirs du lycée avec une tranche de pain de mie dans la bouche va forcément se cogner par accident contre celui ou celle qui finira par devenir l'amour de sa vie. Et c'est bien ce qui arrive au taciturne Nishina, qui ne voulait plus avoir de copine suite à une blessure sentimentale, sauf qu'il rentre dans une fille aussi taciturne et maniaque que lui qui l'envoie balader tout en émettant exactement les signes qui plaisent à Nishina et vont éveiller ses sentiments malgré lui. J'ai adoré ces deux personnages là dont les interactions sont aussi mignonnes que drôles.
Et ce n'est pas la seule romance de la série, puisqu'on aura par exemple la jolie amie d'enfance d'un des gars qui lui répète sans arrêt qu'elle l'aime mais lui ne comprend pas parce qu'il ne voit en elle qu'une amie qui rigole, ou encore la brune ténébreuse et colérique qui sera le sujet parfait de l'enquête d'un autre garçon sur les Tsundere, ces personnages clichés au premier abord hautaine et violent mais pour mieux cacher leur tendresse et leur amour pour le héros. A ceci près que celle-ci le cache très mal...
Les réactions de tous les protagonistes sont pleines d'humour et d'autodérision. Ils sont aussi charismatiques qu'amusants, garçons comme filles. Et même si on peut regretter des visages un peu lisses qui se ressemblent parfois trop, le dessin est lui aussi très bon et efficace pour faire ressortir les passages humoristiques ou sentimentaux.
Bref, alors que le genre shojo romantique n'est pas ma tassé de thé, j'ai très vite été pris par celui-ci car il détourne les codes du genre et se révèle aussi drôle que touchant.
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Christian de Metter nous propose un scénario bien construit et maitrisé de bout en bout. L'auteur introduit beaucoup de psychologie dans un thriller aux allures de western (à moins que ce ne soit le contraire).
Avec le massacre de Wounded Knee revisité en arrière-plan de la trame principale, de Metter prend plaisir à nous balader sur les passés opaques des différents intervenants. Dans la première partie du récit, l'auteur distille les indices contradictoires pour designer les bons et les méchants. Ainsi le revolver ou le fusil passe de main en main sans que l'on sache qui va l'utiliser de façon malveillante.
Après la révélation du passé, la patate chaude de la culpabilité poursuit son chemin contre toute attente. Cela permet un rebondissement psychologique inattendu pour clore la série par une chute qui évite la mièvrerie.
Le dessin au crayon est très efficace dans la dynamique des gestuelles et des expressivités. Les décors sont plus esquissés que détaillés mais l'ambiance des Rocheuses est rendue paradoxalement dans un genre de confinement qui convient bien à l'esprit d'enfermement qui parcours le récit (ferme, prison, grotte...). J'y ai trouvé une clé pour interpréter le final.
Une bonne lecture récréative très bien construite.
Cela faisait plus de trois mois que je n’avais pas posté un avis.
Non pas que je n’ai pas lu de bandes dessinées, mais plutôt que mes lectures ne m’avaient pas assez enthousiasmé pour prendre le temps d’en rédiger un.
Et la pour le coup, après avoir dévoré cet album, je n’avais qu’une hâte, partager le plaisir que j’ai eu à le lire en espérant transmettre ce plaisir à d’autre.
Dorison au scénario, pour moi c’est gage de confiance, il faut dire que c’est un auteur prolifique et il suffit de regarder sa fiche auteur pour voir le grand nombre de séries de grandes qualités qu’il a produite.
Le scénario d’ailleurs, il ce passe dans l’après guerre, nous découvrons Ulysse, jeune homme d’une bonne famille, devant passer son bac et partie dans une demeure à la campagne avec sa mère pleine de trouble alimentaire pour réviser et devoir un jour reprendre l’entreprise familiale (ce qu’il ne souhaite pas du tout), pendant que son père reste à Paris pour régler des problèmes et procès autour d’accusations de collaboration durant le seconde guerre mondiale.
Et Ulysse va rencontrer Cyrano, vieux cuisinier déçu et déchu, replié sur lui même.
Naît alors une belle amitié, et la transmission d’une passion, la cuisine.
Ce qui changera les deux personnages incontestablement, les poussant l’un comme l’autre à ce surpasser et à aller au delà d’eux même.
C’est magnifiquement bien écrit, la lecture est fluide, on vit avec délectation les temps passés en cuisine, leurs échanges, leurs passions, la transmission du savoir.
Le découpage est parfaitement réussi, je n’y ai pas vu de fausses notes.
Le dessin de Servain commençait à remonter dans ma mémoire. J’en était resté à Le Traque Mémoire et à L'Esprit de Warren.
Il a clairement évolué depuis toutes ces années. Et il s’occupe des couleurs en plus apparemment maintenant d’après la fiche album.
Le dessin comme les couleurs sont vraiment beaux, adaptés au scénario. Je me suis perdu dans ses planches mais dans le bon sens du terme, j’ai pris mon temps d’admirer, de contempler, de me laisser bercer par l’ambiance.
Je me lançais dans un gros album de plus de 170 pages, pensant le lire en deux fois, mais le plaisir était tel que je l’ai lu entièrement, et l’enthousiasme tel que je me retrouve à deux heures du matin à écrire un avis juste après avoir fini ma lecture.
C’est sans hésiter l’album qui m’a le plus plu jusqu’à présent en 2024.
C’est poétique, émouvant, touchant.
Un très belle ouvrage, tant dans le contenu que pour le contenant comme l’a fait remarquer Mac Arthur.
Casterman a fait un beau travail d’édition.
Un conseil, ne passez pas à côté de cet album!! Ça serait dommage.
Note réel 4,5
Soldat : un métier pas comme un autre
-
Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie publiée par Vertigo, parus initialement en 1997. le scénario est de Garth Ennis, et les illustrations de Kilian Plunkett, avec une mise en couleurs de James Sinclair, et des couvertures de Tim Bradstreet. Il s'agit d'une histoire complète indépendante de toute autre.
Au cimetière militaire d'Arlington en Virginie, le Soldat Inconnu (unknown soldier) formule un voeu. Il se souvient de l'adage qui veut qu'un homme placé au bon endroit et au bon moment peut faire toute la différence... et gagner la guerre. Il espère de tout coeur que cet adage s'appliquera à lui une dernière fois. La scène suivante se passe à Langley et concerne l'agent William Clyde de la CIA (Central Intelligence Agency) qui doit répondre du fait qu'il a laissé un survivant lors de sa dernière mission d'assassinat. Clyde explique qu'il s'agissait d'un enfant de 10 ans, que les paramètres de sa mission ne spécifiaient par l'exécution d'un enfant et que lui et son équipe étaient absolument méconnaissables et inidentifiables. Il rejoint en suite son bureau pour découvrir qu'il est destinataire d'une liste de noms sur son ordinateur, sans plus de détails. L'ambiance de travail le désigne comme un bosseur entièrement dévoué à son métier, sans lien affectif avec ses collègues dont il est la risée, à commencer par Rebecca Wallace, une agent de terrain à la répartie acérée. Il décide de rendre visite à Joshua Markewicz, le dernier nom de la liste, dans sa maison de retraite. Ce dernier s'étonne de cette visite car il a déjà tout raconté à l'agent Andersen qui était venu le voir il y a un an. Il parle à Clyde de la libération du camp de Dachau le 29 avril 1945, et de la présence d'un soldat à la carrure massive, avec la tête recouverte de bandages.
C'était l'époque où la branche éditoriale Vertigo servait à DC Comics pour tester des versions plus adultes de ses personnages les plus obscurs. Unknown Soldier a été créé en 1966 par Robert Kanigher et Joe Kubert (l'équipe historique des aventures de Sgt. Rock). C'était l'époque où le monde des comics américain découvrait le mordant d'un petit jeune venu de l'autre coté de l'Atlantique : Garth Ennis. Avec le recul, il est possible de reconnaître un thème cher à cet auteur : la nécessité de la guerre. L'enquête de l'agent Clyde permet à Ennis d'évoquer Dachau, mais aussi l'implication des États-Unis dans le régime du Chah en Iran en 1953, la guerre du Vietnam, les opérations secrètes au Nicaragua, etc. À chaque évocation d'un conflit, il est visible qu'Ennis sait de quoi il parle même si les opérations sont fictives. Par exemple lors de la scène de la libération du camp de Dachau, il évoque le fait réel que certains soldats ont massacré les officiers de sang froid en découvrant l'étendue de l'horreur de ce camp de concentration.
En termes de structure narrative, il est possible également de reconnaître l'une des faiblesses d'Ennis : sa propension au long dialogue, très long (tout l'épisode 4 en fait). D'un coté le lecteur peut être rebuté par l'aspect artificiel de ce dispositif, pas très bien adapté au médium visuel qu'est la bande dessinée. de l'autre coté, c'est également la preuve qu'Ennis a d'autres ambitions que le simple comics d'action spectaculaire ou glauque. Il s'agit d'une histoire qui se lit facilement, plutôt linéaire, à l'exception des individus évoquant leur rencontre avec l'Unknown Soldier. Ennis sait rendre crédible l'agent Clyde, ainsi que Screwball, l'exécutrice qui l'accompagne pendant deux épisodes. La scène finale expose longuement le point de vue des personnages dans un décor inattendu et macabre à souhait. L'histoire se conclut de manière nette et définitive.
L'histoire est illustrée par Kilian Plunkett dont le style rappelle parfois celui de Carlos Ezquerra, en plus photoréaliste, moins viscéral, avec le même recours à des traits non signifiants pour figurer l'usure du temps, la fatigue des individus sous le fardeau de leurs responsabilités, ou la noirceur de leurs actions. Cette approche réaliste apporte la crédibilité nécessaire à cette enquête à la recherche d'un individu légendaire. Dès les deux premières pages, le lecteur a tout de suite reconnu le cimetière militaire d'Arlington. L'évocation de Dachau est sommaire (il est vraisemblable que Plunkett ne disposait pas de références photographiques), mais en totale adéquation avec la nature même de la scène, le moment traumatisant pour l'Unknown Soldier. Lors de l'évocation de la guerre du Vietnam, il est visible que Plunkett est plus à l'aise ; il emprunte même la technique de dessins de souillures utilisée par Bradstreet dans ses couvertures. Il arrive même à rendre presque crédibles les bandages de la tête de l'Unknown Soldier en les dessinant à la frontière entre le réalisme et l'assemblage purement conceptuel.
Plunkett est encore plus crédible pour toutes les scènes avec des individus normaux, sans action. Dans la maison de retraite, Joshua Markwicz fait vraiment son âge avec sa peau ridée, sa posture voutée, ses joues flasques, etc. La première page de l'épisode 2 montre la cuisine de l'appartement de William Clyde, vue de l'extérieur avec le trou fait par une balle dans le carreau de la vitre. À la fois il s'agit d'un angle de vue classique, à la fois il exprime tout le désarroi de Clyde. Il conçoit des mises en scènes qui permettent de rendre vivante les conversations, mais qui trouve sa limite dans le dialogue imposant du dernier épisode. Les scènes d'action sont également vivantes, sans être transformées en un ballet séduisant. Là aussi Plunkett sait accorder son mode de représentation à la tonalité du récit qui met en avant la virilité des soldats, et l'horreur de la boucherie, le prix à payer pour massacrer froidement pour atteindre l'objectif, pour accomplir la mission.
Sans constituer un ouvrage majeur dans la bibliographie d'Ennis, cette histoire se laisse relire avec plaisir. Elle présente une vision nuancée de l'armée (et de la CIA) comme instrument de paix nécessaire, comme instrument très sale, et très salissant pour les individus accomplissant ce métier. Il est beaucoup plus critique sur les individus donnant les ordres et sur la moralité élastique de la nation des États-Unis. Unknown Soldier a effectué un retour remarqué des années plus tard dans une série de Joshua Dysart et Alberto Ponticelli en 2008.
Non-violence
-
Ce tome contient une histoire complète, initialement parue en 12 épisodes en 1998/1999. le scénario est de Paul Jenkins et les illustrations de Jae Lee. Ces deux auteurs ont à nouveau collaboré pour The Sentry en 2000.
Les Inhumans sont une race terrestre créée génétiquement par les Kree (une race extraterrestre) et restée longtemps isolée des humains. Au début de ce tome, Attilan (leur cité) est installée sur les ruines d'Atlantis (la capitale de l'Atlantide, le royaume de Namor) qui se trouve émergée. Or Maximus (le frère fou de Black Bolt qui est le souverain de cette nation) a comploté avec plusieurs humains pour qu'un groupe de mercenaires portugais attaque Attilan, pendant que Maximus sabote leur défense de l'intérieur. Au grand désarroi de la famille impériale, Black Bolt décide de ne rien faire et d'observer la progression de la petite armée au fur et à mesure qu'elle se rapproche d'Attilan.
Les Inhumans sont apparus pour la première fois dans l'épisode 45 des Fantastic Four, en décembre 1965. Ils ont fait plusieurs apparitions de ci de là (regroupées dans Marvel Masterworks - Inhumans 1) pour finir par disposer d'une maxisérie en 12 épisodes en 1977 et d'apparitions régulières dans l'univers partagé Marvel, celle précédant immédiatement cette série étant Fantastic Four/Inhumans (1998).
En 1998, Bob Harras (alors éditeur en chef de Marvel) confie une poignée de titres moribonds à Joe Quesada et Jimmy Palmiotti, remplissant le rôle de responsable éditorial avec une grande latitude d'action. C'est sous la bannière correspondante de Marvel Knights que sort cette histoire des Inhumans (ils superviseront également Daredevil avec Kevin Smith puis Brian Michael Bendis, Punisher avec Garth Ennis, Marvel Boy avec Grant Morrison, Shanna avec Frank Cho, Yellow Blue & Grey avec Loeb et Sale, etc.). le credo de Quesada et Palmiotti est de dire qu'il est possible de faire du neuf avec les superhéros Marvel, dans des récits ambitieux et vendeurs. Ils confient cette maxisérie à Paul Jenkins qui a fait ses preuves avec les Tortues Ninjas et Hellblazer, et à Jae Lee qui avait travaillé avec John Byrne sur la série Namor, et avait déjà produit une histoire indépendante chez Image intitulée Hellshock.
La première chose qui attire l'attention en plongeant dans ce récit est le parti pris esthétique tranché de Jae Lee. Il accentue son encrage de manière à transformer chaque trait et chaque ombre en un élément aux frontières de l'abstraction. Pour lui, les traits ne se limitent à délimiter les contours ou figurer les ombres portées, ils doivent également accentuer l'ambiance, participer à l'étrangeté des personnages, être autant figuratifs que révélateurs de leur état d'esprit. D'ailleurs Jae Lee reprend les costumes des Inumans créés par Jack Kirby tout en y apportant une touche personnelle. Grâce à son interprétation, cette bande d'exclus costumés devient un groupe où chaque individu est vraiment singulier, avec des caractéristiques inhumaines. Sa plus grande réussite est certainement Karnak qui devient visuellement crédible grâce à ses tatouages et son air réfléchi. Triton acquiert une apparence dérivant plus des poissons. Seul Black Bolt reste monolithique, gardant toujours inutilement son masque sur le visage pour une raison incompréhensible. L'approche graphique de Lee confère une présence remarquable à chaque personnage à chaque scène, ce qui conserve toute l'attention du lecteur au fil des dialogues. Par contre, Lee ne s'intéresse que de temps en temps aux décors, laissant le soin à Dave Kemp (le metteur en couleurs) de combler les fonds avec des motifs accentuant encore l'état émotionnel des personnages. Kemp s'en tire avec les honneurs.
De son coté, Paul Jenkins innove également. le fan de l'univers partagé Marvel retrouve les caractéristiques de base des Inhumans : une race créée par les Krees, les mutations dues aux brumes terrigènes, la famille royale (Black Bolt, Medusa, Gorgon, Triton, Crystal et Lockjaw, sans oublier Maximus, le frère fou de Black Bolt), la cité Attilan, l'empoisonnement par la pollution, etc. le fan le plus aguerri retrouve même des éléments de continuité pointus tels les différents combats de Black Bolt contre des entités improbables. Il n'y a pas à discuter, il s'agit bien des Inhumans, avec même le cliché de Maximus trahissant sa race pour son venger de son frère, et les hommes attaquant les Inhumans. L'innovation se trouve dans la nature même du récit : alors que la survie de son peuple est menacée, Black Bolt refuse de recourir à la violence. Paul Jenkins délaisse les combats à grands coups de rayon destructeur pour résoudre le conflit au profit de la peinture d'un responsable d'état convaincu de la non-violence. Jenkins effectue un superbe pied de nez aux conventions du genre, en dépeignant un héros qui met en pratique ses convictions : la violence n'est pas une solution, la violence est le dernier recours des faibles.
Cette approche donne un récit plein de suspense qui augmente au fur et à mesure que les mercenaires portugais font des victimes dans les rangs des Inhumans et se rapprochent d'Attilan. Ce choix narratif présente un seul inconvénient, c'est que cette avancée progresse de manière trop mécanique. Chaque épisode, l'armée avance un peu en apportant la scène d'action obligatoire de manière un peu artificielle. L'autre défaut du récit est le peu d'intérêt que la famille royale porte aux manigances de Maximus qui réussit à obtenir une foule d'objets dans sa cellule sans que personne ne s'en inquiète (mais cette apparente incohérence trouve son explication au cours du récit). D'un autre coté, Jenkins réussit de magnifiques épisodes tel le premier (où il répond à la question de que dirait Black Bolt s'il pouvait parler, réponse magnifique de pertinence et de légèreté), ou le deuxième dans lequel le lecteur suit un groupe d'adolescents subissant l'épreuve de passage de s'immerger dans les brumes terrigènes. Il s'en serait fallu de peu que d'autres chapitres atteignent une telle intensité ; le neuvième (consacré à Triton) était proche de cet état de grâce.
Paul Jenkins et Jae Lee atteignent parfaitement l'objectif assigné à la branche Marvel Knights : s'approprier des personnages de second plan de l'univers Marvel, respecter leur essence et raconter une histoire originale et palpitante. L'intrigue présente un aspect un peu mécanique, et le manque de décor devient parfois trop criant. Comparé aux comics de superhéros traditionnels, cette histoire mérite 5 étoiles, mais les fluctuations de qualité d'un chapitre à l'autre génèrent une forme de regret en songeant à ce qui aurait pu être, au peu qu'il manquait pour qu'elle devienne un classique indispensable.
Très franchement, on est pas passé loin du 5* à mon gout. Et c'est probablement dû au fait que j'ai lu cette série bien plus tard que d'autres. Parce que cette série est parfaitement dans l'air du temps, c'est le moins qu'on puisse dire !
Les huit tomes s'engloutissent en un rien de temps et j'ai été tenu en haleine pendant les trois jours que m'ont pris ma lecture (parce que j'ai voulu l'étaler dans le temps et ne pas faire mon gros gourmand). Et en même temps, une fois l'histoire finie, je me suis retrouvé assez mal à l'aise. Cette BD n'est clairement pas optimiste et joyeuse, bien loin de ce que le ton du premier volume laissait présager. Et si la fin semble tendre vers l'optimisme, je trouve qu'elle donne plus une impression de tristesse et de résignation que de joie apaisée. Une fin dans le ton du récit, tout simplement.
Parce que ce récit est noir, oh que oui ! Le genre noir charbon que tu te demandes si tu peux pas chauffer avec. L'optimisme du début ne m'a jamais vraiment quitté, j'ai gardé pendant longtemps la petite flamme de l'espoir en me disant que certaines choses seraient réversibles. Mais finalement, non, ça s'achève aussi mal qu'annoncé et c'est un pari osé de la part des auteurs.
Je dois dire que je ne m'attendais pas au virage que prend l'histoire mais celui-ci apporte beaucoup à la réflexion que la BD porte en elle. C'est un questionnement qui est parfaitement en phase à l'actualité : comment ne pas penser au Covid, à la guerre en Ukraine, au réfugiés climatiques etc ... ? Et pourtant, la BD date d'avant bien les évènements cités. Je ne parlerais pas de prophétisme mais plutôt de lucidité sur notre monde. C'est d'ailleurs un des points les plus intéressant de la BD, le questionnement sur l'impact de l'être humain. Lorsque l'humanité détruit tout un monde, il faut l'arrêter. Et si la destruction parait monstrueuse, c'est qu'elle fait écho à celle que nous provoquons tout les jours. Lorsque des enfants meurent devant nous, c'est un reflet de ce que nous faisons subir à d'autres espèces.
Contrairement à d'autres lecteurs, je n'ai pas vraiment eu l'impression d'un ventre mou. Au contraire, le long passage central avant que les personnages ne se retrouvent pour conclure l'histoire me semble très pertinent : entre le petit peuple qui se déchire sans comprendre les réels enjeux (échos assez intéressant après des actions comme l'attaque du Capitole aux USA) et notre monde qui s'embrase, nous avons une représentation assez lucide de nombreux maux que notre société vit. Que penser de ce complotiste en pleine apocalypse qui sous-entend que le monde est dévasté à cause des Illuminatis ou les rares moments de solidarité entre les survivants ? C'est une peinture qui semble criante de vérité maintenant, preuve que les auteurs ont su déceler assez vite les problématiques émergentes de notre société malade.
Je pense sincèrement que cette BD est une excellent lecture de notre époque. Si je dis ça, c'est que derrière son introduction plutôt convenue et sa fantasy de décor, elle est un reflet tendu aux occidentaux pour parler de leur société. Et surtout, sa noirceur presque sans espoir et sa fin très dure la font clairement figurer dans les BD qui n'offre ni espoir, ni solution, ni rédemption. Un simple constat amer et presque résigné, mais puissamment évocateur.
Loisel, Djian et Maillé ont réussis leur pari, sans aucun doute. C'est fort, c'est prenant, c'est puissant. J'en suis ressorti touché, surpris et avec une sensation assez désagréable d'avoir été passé au rouleau compresseur mental. Mais c'est la force d'une bonne BD, de mettre mal à l'aise lorsque c'est nécessaire.
Excellente BD, pour sur.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Planetary - D'un monde à l'autre
Planetary : des superhéros pas comme les autres - Il vaut mieux avoir lu Tout autour du monde et autres histoires avant d'entreprendre la lecture de ce tome. Celui-ci regroupe trois numéros spéciaux de Planetary parus en 2000, 2002 et 2003. Dans le premier épisode, les membres de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner, the Drummer) sont amenés à combattre une invasion extraterrestre et même extra-dimensionnelle tout évitant de se faire remarquer par les membres de The Authority (Jenny Sparks, Apollo, Engineer, Midnighter, équipe créée par Warren Ellis et dont il a écrit les premières aventures dans Authority). Elijah Snow évoque également une visite rendue à un écrivain au racisme garanti d'époque, ayant été le témoin d'incursion de créatures impossibles dans notre réalité (bel hommage honnête à Howard Philips Lovecraft). Ce premier épisode est illustré par Phil Jimenez, un dessinateur fortement influencé par George Perez. Pour l'occasion, il modifie son style de manière à évoquer celui de John Cassaday, le dessinateur attitré de la série Planetary. le style est précis et détaillé et la mise en couleurs est réalisée par Laura Martin la metteuse en couleur de la série Planetary, ce qui accentue encore la ressemblance avec les épisodes dessinés par John Cassaday. Dans le deuxième épisode, Warren Ellis adopte un point de vue original : Bruce Wayne, Diana Prince, et Clark Kent tente de se rebeller contre les agissements de Planetary qui jugule systématiquement toute manifestation paranormale avec toute la force requise pour que la solution soit définitive. Il s'agit donc de variations de type elseworld ou "what if" de ces 3 héros. Cet épisode est illustré par Jerry Ordway, un dessinateur fortement associé à l'univers DC dans les années 1980. Ses dessins ne ressemblent pas à ceux de John Cassaday, mais il s'est appliqué et a pris le temps nécessaire pour fignoler ses illustrations. Dans le troisième épisode, Planetary doit trouver le moyen d'arrêter un homme sous l'emprise de terribles crises qui le font basculer d'une réalité à une autre, sans aucun contrôle. Ces crises s'enchaînent à un rythme très rapide dans des variations d'une rue de Gotham baptisée Crime Alley. Un mystérieux homme masqué surgit pour rétablir l'ordre ; il a une curieuse apparence et une cagoule avec une cape qui évoque une chauve-souris. Cet épisode est illustré par John Cassaday. On retrouve le dessinateur habituel de Planetary pour le meilleur (un sens graphique original et efficace) et pour le pire (les scènes de dialogue avec une seule tête et un phylactère, sans décors, dans une case de la largeur de la page et photocopiée à gogo). Il a visiblement pris beaucoup de plaisir à reproduire le style des différentes incarnations de Batman : Bill Finger, la série télé avec Adam West, Neal Adams et Frank Miller. À la lecture, la raison pour laquelle Warren Ellis a choisi de faire de ces histoires des numéros spéciaux devient évidente. Il s'écarte de la thématique du reste de la série (rendre hommage aux sources des superhéros) pour confronter l'équipe de Planetary à des superhéros actuels. Ainsi, par contraste avec The Authority, Planetary apparaît vraiment comment une équipe dédiée aux missions confidentielles, dans l'ombre des actions officielles de Jenny Sparks et son équipe. le deuxième épisode est encore meilleur puisque Planetary apparaît comme les méchants de l'histoire persécutant et exterminant les êtres dotés de pouvoirs extraordinaires. Et le dernier épisode où il ne se passe pas grand-chose est à la fois une leçon magistrale d'histoire sur Batman à travers les époques (et par là même une déclaration d'amour aux différents créateurs qui l'ont réimaginé), mais aussi une preuve irréfutable de la capacité de ses personnages à survivre aux modes et à s'adapter pour évoluer (thème de la pérennité des créatures de fiction souvent développé par Neil Gaiman, Grant Morrison ou Alan Moore). Effectivement ces épisodes sortent du cadre de la série de référence, effectivement ils ne servent pas à développer le mystère qu'est Elijah Snow, mais ils n'en sont pas moins remarquables et divertissants, tout en restant intelligents et en constituant un commentaire ludique sur les superhéros.
La Vie hantée d'Anya (Le Fantôme d'Anya)
J'ai eu une très belle surprise à la lecture de ce roman graphique mi fantastique mi intimiste. Vera Brosgol équilibre très bien les deux genres pour fournir un récit original et très bien construit. Le récit démarre de façon très classique sur le mal-être physique et mental d'une jeune ado qui ne trouve pas sa place dans un monde qu'elle a du mal à apprivoiser. On ressent beaucoup de vécu de l'immigrée russe loin des clichés de top model véhiculés par les magazines. Entre déprimes et illusions de la glande ou de la cigarette Anya nous donne l'image d'une jeunesse sans projet, sans identité voire sans avenir : un vrai trou noir. La rencontre fantastique avec Emily va lui faire prendre conscience des dangers de la vie facile. Vera amène son héroïne par touches successives à sortir de ses illusions (fausses bonnes notes, BG salopard, mensonges d'Emily) pour s'affirmer. Le récit qui s'adresse en premier lieu aux adolescentes peut facilement toucher un plus large public. L'autrice ne propose jamais un discours moralisateur rébarbatif et souvent contre-productif. Au contraire le récit souvent drôle et linéaire au début s'enrichit au fil d'une sorte de parcours initiatique de la JF. J'ai trouvé l'histoire de plus en plus intéressante au fil des pages avec aucun temps mort (sauf pour Emily lol). Le graphisme est très séduisant avec des rondeurs qui donnent beaucoup de souplesse et intensifient les expressions des personnages. Le personnage d'Emily est très bien pensé et graphiquement très bien réalisé. Même si les détails ne sont pas légions, l'ambiance de mal-être au sein du foyer et du campus est bien rendue. Une belle lecture récréative, originale et plus profonde qu'elle n'y paraît. Un prix Eisner bien mérité à mes yeux.
Captain America - Blanc
Frère - Il s'agit d'une histoire autonome qui peut être lue sans rien connaître du personnage principal, mais qui gagne en saveur si le lecteur en est familier. Il comprend les épisodes 0 à 5, initialement parus en 2008 pour l'épisode 0, en 2015/2016 pour les 1 à 5, écrits par Jeph Loeb, dessinés et encrés par Tim Sale, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Cette histoires s'inscrit dans les récits de couleur de Loeb & Sale : Daredevil: Yellow (en 2001), Spider-Man: Blue (en 2002) et Hulk: Gray (en 2003). Ce s'ouvre avec une introduction de Christopher Markus & Stephen McFeely les coscénaristes des 3 films Captain America (First Avenger, The Winter Solider, Civil War). le tome se termine avec une interview de 8 pages des 2 auteurs, agrémentée par des pages de crayonnés. En 1941, Steve Rogers et James Barnes vont voir Abbot & Costllo: Buck privates (2 soldats nigauds) au cinéma. Un reportage sur Captain America passe juste avant. Puis ils reviennent à la base militaire de Fort Lehigh, en Virginie. le soir même, Barnes découvre le secret de Steve Rogers. Ce dernier accepte de l'entraîner, et de le prendre sous aile comme assistant adolescent. Quelque temps après ils sont envoyés en Europe et accomplissent leur première mission derrière les lignes ennemies. Des années plus tard, Steve Rogers est retrouvé par les Avengers, son corps enchâssé dans un bloc de glace. Après avoir retrouvé ses esprits, il se rend dans une église pour pleurer la mort de James Barnes. Il y est rejoint par Nicholas Fury. Ils se souviennent de leur rencontre en Afrique du Nord, puis d'une mission en France alors que Fury avait encore l'usage de ses 2 yeux, et qu'ils ont fait équipe avec une troupe de résistants se faisant appeler le Cirque de la Révolution (Gypsy / Marilyne, Mime / Claude, Les Acrobates / Antoine et Éloïse, Leaper / Olivier Batroc). Bien sûr, en 2016 sort Captain America: Civil War, donc c'est la bonne année pour les projets spéciaux relatifs à ce personnage. Les lecteurs leur veulent un peu à Tim Sale & Jeph Loeb, de les avoir laisser en rade pendant 7 ans, intervalle de temps s'étant écoulé entre l'épisode 0 et les suivants. Mais le passage du temps atteste de la qualité de leurs œuvres communes, qui n'ont pas pris une ride. Quand même le doute est permis : sont-ils toujours aussi bons ? Les 4 pages de réveil de Captain America ainsi que les 3 dans le brouillard montrent des contours tracés avec des traits fins sans aplats de noir, sans ces larges tracés au pinceau, une hérésie pour du Tim Sale. Et puis la relation entre Bucky et Captain America, ce n'est pas une relation amoureuse teintée de nostalgie comme celle entre Matt Murdock et Karen Page, ou entre Peter Parker et Gwen Stacy. Le premier épisode entretient le doute dans l'esprit de savoir si Tim Sale est toujours aussi bon. Même s'il y a bien un usage d'aplats de noir expressionnistes, il leur préfère régulièrement des zones grisées à la mine de crayon, ce qui donne une impression plus naturaliste, correspondant plus aux ombres portées en fonction de l'éclairage. Puis il y a ces 4 pages en début de l'épisode 1 qui ressemblent à du John Romita junior. Puis le lecteur retrouve les caractéristiques des dessins de Tim Sale, et ce jusqu'à la fin du récit. le noir s'insinue au-delà des simples ombres, les lavis ajoutent de la texture aux surfaces. Dave Stewart réalise un travail d'orfèvre, aussi discret que complémentaire. Il compose une ambiance chromatique pour chaque séquence, avec une teinte prédominante, donnant le ton. Il applique des variations de nuances dans chaque surface pour leur donner un peu plus de volume, comme s'il amalgamait un travail avec des crayons de couleurs et avec des pinceaux. le résultat est ainsi éloigné de la froideur de l'infographie, pour donner une impression plus organique, plus naturelle, plus chaude. En s'arrêtant sur quelques pages, ou en y revenant après avoir terminé l'histoire, le lecteur se rend compte que cet artiste des couleurs arrive à donner l'impression de la présence d'un arrière-plan, alors même que Tim Sale n'a dessiné que les personnages plusieurs cases durant. Par exemple dans le premier épisode, Steve Rogers et James Barnes sont sous une tente militaire, avec une lampe diffusant une lumière bien jaune. Les camaïeux de couleurs rendent l'impression que cet éclairage produit sur la toile de tente, comme si la matière était bien là en arrière-plan, sans pour autant diminuer l'intensité du premier plan. Un travail d'orfèvre, en toute discrétion. Les pages 2 & 3 de l'épisode zéro sont occupées par un unique dessin de Captain America à moto se dirigeant droit vers le lecteur, par l'écran de cinéma interposé (et la feuille de l'ouvrage). Ce dessin reflète bien les choix narratifs visuels de l'artiste. Chaque fois que l'action le justifie, il exagère la force, les proportions, la présence du héros, avec une carrure massive, plus grande que nature, avec des capacités physiques impressionnantes, avec des acrobaties défiant les lois physiques. Sale embrasse les conventions des comics de superhéros, y compris les exagérations associées. Il y a une exagération de la dramatisation, une exagération des capacités physiques, une exagération de la mise en scène (par exemple, après l'ascension d'une paroi rocheuse avec son bouclier, Captain America arrive nez à nez avec l'extrémité du canon d'un char allemand). Ces exagérations augmentent l'intensité des péripéties, de l'aventure, du suspense, mais avec des personnages qui savent sourire. La narration visuelle joue dans un registre plus grand que nature, mais sans culpabilisation, sans mettre en avant d'éléments négatifs. le lecteur voit bien que les héros s'en tireront, que les ennemis ont en eux une fibre de méchants d'opérette, un peu trop appuyés pour être réalistes. Les membres du Cirque de la Révolution appartiennent à ce même registre, reprenant les conventions de comics, de Marilyne avec ses cuissardes et ses foulards gitans, à Olivier qui maîtrise l'art de la savate. Plus tard, Bucky se retrouve ligoté par du fil de fer barbelé, mais sans accrocs à son costume. D'ailleurs dans cet épisode 4, Tim Sale rend hommage à une page de Captain America dessinée par Kirby qui l'opposait à Batroc, et il a même ajouté dans le blanc en bas de page une annotation au crayon "Thanks, Jack!" pour être sûr que le lecteur ne rate pas l'hommage. Le lecteur retrouve cet hommage à Jack Kirby, à plusieurs reprises. Tim Sale reprend plusieurs de ces tics graphiques. Il y a ces personnages avec la bouche grande ouverte, dans une expression pure d'émotion intense, comme Kirby les représentait régulièrement. Il y a ces personnages qui regardent directement le lecteur, de face, qu'il s'agisse d'un personnage principal, ou d'un figurant se tournant en arrière vers le lecteur comme pour l'interpeller, comme s'il se trouvait à ses côtés. Il y a aussi ses personnages en pleine action avec les bras en avant, à nouveau parfois tendus vers le lecteur, là encore typiques de positions affectionnées par Kirby. Chaque épisode commence par un dessin pleine page, suivi par un dessin sur 2 pages, découpage adopté par Jack Kirby pour la série Kamandi, the last boy on earth. Sur la première page de chaque épisode, un petit encadré indique "dedicated to Joe Simon & Jack Kirby, super-soldiers all". Effectivement, de son côté aussi, Jeph Loeb rend hommage à ces 2 créateurs, avec une aventure simple, Captain America et Bucky luttant contre les nazis, en compagnie des américains valeureux et courageux que sont Nick Fury et ses Howling Commandos. Il y a même une petite évocation des Invaders pour faire bonne mesure. le scénariste reprend la licence narrative des nazis comme étant tous des méchants qui doivent être neutralisés (pas de détails, pas d'analyse de la condition soldatesque, ce n'est pas ce genre de comics). Jeph Loeb reprend également quelques tics d'écriture des Simon & Kirby, à commencer par la façon d'écrire les dialogues de Nick Fury. Il a toujours une répartie sarcastique et moqueuse à la bouche. Il a l'insulte facile et imagée à l'encontre des soldats allemands, attestant de la suprématie morale des américains sur ces méchants nazis. le lecteur peut y voir un hommage aux comics de guerre façon Marvel (et non façon Robert Kanigher & Joe Kubert, la narration étant moins dramatique que celle de ces derniers). Comme Tim Sale, il ne s'embarrasse pas trop de vraisemblance avec Nick Fury et consort endossant des uniformes allemands, confiants de pour voir donner le change, alors qu'il ne parle pas un traître mot d'allemand. Il intègre donc quelques légers éléments de continuité comme l'apparition bien pratique d'un membre des Invaders le temps d'un dessin pleine page, la participation d'un ennemi emblématique de Captain America, ou encore l'utilisation du nom du Leaper (autre ennemi récurrent de Captain America). Néanmoins l'écriture de Jeph Loeb ne se limite pas à une actualisation des comics des années 1940 de Joe Simon & Jack Kirby. Sur la base d'une intrigue linéaire (une mission en France occupée en 1941, il intègre des éléments ou des réflexions attestant de sa personnalité. Il peut s'agir d'une séquence en hommage au film [[ASIN:B00004VYPE Casablanca]] de 1942 (avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman), de l'évocation du projet de pillage du musée du Louvre, ou encore le titre du film d'Abbott & Costello. En y prêtant attention, le lecteur peut aussi constater que Jeph Loeb glisse de rares réflexions sur cette guerre, une première fois en faisant remarquer la diversité des origines des Howling Commandos (dont un juif et un noir), une autre fois avec une discussion sur le sort des prisonniers de guerre (faut-il les exécuter ? La réponse dépend-elle de celui qui la prononce, soldat ou civil, américain ou français ?). Bien sûr le cœur du récit se trouve dans la relation entre Steve Rogers et James Barnes. Jeph Loeb et Tim Sale ont créé un récit tout public, sans sous-entendus de nature psychanalytique, sans interprétation freudienne ou sexuelle de leur relation. Finalement, ce récit reprend bien le schéma des autres récits de couleur (bleu, gris, jaune) : Steve Rogers (superhéros, toujours vivant) repense à la relation qui l'unissait à James Barnes (décédé depuis). le scénariste la développe sous l'angle fraternel, Rogers devenant le grand frère adoptif de Barnes. de la même manière que Loeb savait faire rayonner la chaleur humaine des sentiments amoureux de Peter Parker et Matt Murdock, il transmet au lecteur la chaleur du sentiment fraternel qui unit Steve et James. le lecteur pourra trouver que son intensité est plus faible que celui du sentiment amoureux (peut-être), mais sa mise en scène et sa description en sont tout aussi empathiques. Jeph Loeb montre bien sûr la scène obligatoire au cours de laquelle James Barnes découvre le pot aux roses concernant Steve Rogers. Il montre comment ce dernier n'a d'autre choix que d'accepter le partenariat avec Barnes pour préserver son identité secrète, et comment il s'inquiète pour lui du fait du danger de leurs missions. Il joue aussi un peu sur le fait que Steve Rogers repense à ces événements avec la connaissance de la mort proche de Bucky, et que le lecteur le sait aussi, mais sans en abuser (et sans mentionner son retour en tant que Soldat de l'Hiver). Comme dans les autres récits de couleurs, Jeph Loeb dépasse ce qui a été établi de longue date dans les comics pour cette relation, et va plus loin. Il montre que Steve Rogers est capable de prendre un peu de recul sur la situation de James Barnes, d'identifier une partie de ses motivations et de ses sentiments qui ne sont pas si éloignés que ça des siens, de sa propre expérience. Il sait également montrer que James Barnes s'inquiète aussi pour son grand frère, mais pour d'autres sujets. le thème en question est bien choisi, et apporte une touche humoristique qui reste émouvante. Enfin, la prise de risques de Bucky devient logique et évidente au regard de cette relation. Avant de d'ouvrir ce quatrième récit de couleur pour Marvel par Jeph Loeb & Tim Sale, le lecteur se demande si ces créateurs sauront retrouver la sensibilité qui a rendu les précédents récits mémorables. Après quelques doutes sur les dessins, et quelques autres sur la nature de la relation explorée, il soupire d'aise devant la fluidité des dessins de l'artiste, leur expressivité, leur hommage maîtrisé et sans servilité à Jack Kirby, et leur nature tout public. Il sourit à quelques clins d'œil discrets. Il est émerveillé par la complémentarité entre les images et la mise en couleurs, comme si le tout avait été réalisé par un seul et même artiste, alors que Tim Sale ne distingue pas les couleurs. Côté intrigue, le lecteur se laisse embarquer dans des péripéties pour lecteur de tout âge, avec une vision édulcorée des combats de la seconde guerre mondiale. En fonction de ce qu'il est venu chercher, il apprécie plus ou moins les clins d'œil à l'univers partagé Marvel. Il retrouve toute la sensibilité du scénariste dans sa manière de mettre en scène et de rendre apparentes les émotions engendrées par le lien qui unit James Barnes à Steve Rogers.
La Grande Aventure de Pepik
Un très joli conte jeunesse. Pavel Cech est un artiste reconnu dans son pays, la République Tchèque, il n'est connu en France que pour ses livres illustrés pour enfants. Ce titre est sa première BD traduite en français. Pepik est un jeune garçon pas très sûr de lui et son bégaiement ne l'aide pas, il est le souffre douleur des autres enfants. il se réfugie dans ses lectures pour échapper à son quotidien. Mais l'arrivée d'une nouvelle élève, Elzevire, va chambouler son existence et opérer une métamorphose. On va donc suivre la grande aventure de Pepik au travers de ce conte initiatique. Un conte poétique, sombre et envoûtant où la lumière jaillira au bout du tunnel. Pavel Cech emploie des images simples (clef, labyrinthe, montre) pour faire passer ses messages. Un récit qui fera prendre conscience à Pepik que c'est à lui d'écrire les pages de sa vie. L'amitié, la confiance et la force de caractère seront de ce voyage fantasmagorique. Un récit bien construit qui prend le temps pour développer son univers singulier avec un Pepik attachant et une Elzevire bien mystérieuse. C'est encore la partie graphique qui m'a poussé à repartir avec cet album sous le bras. Un dessin faussement enfantin, très expressif pour les personnages, et d'une richesse folle pour les décors (de superbes doubles-pages) qui donne cette ambiance si étrange qui plane sur tout le récit. Les couleurs pastel contribuent au plaisir visuel, des bleus/verts ternes vont dominer une grande partie du récit avant de céder la place à des couleurs lumineuses pour la conclusion de cette histoire. Très, très beau. Un très bon moment de lecture que je conseille aux enfants de 10 à 13 ans mais qui pourra aussi plaire aux adultes.
36000 seconds in a day
36000 secondes équivalent à 10 heures. C'est le temps qui s'écoule chaque jour entre l'arrivée au lycée et la fin des cours. Et ce temps, Nishina, Aoi, Maya et Shiro, quatre garçons mignons mais sans ambition, ont décidé de l'occuper de manière aussi inutile que possible au sein de leur "club de conservation et d'étude des patrimoines culturels immatériels" qui consiste à imaginer des enquêtes incongrues et répondre à des questions sans intérêt. Du coup, alors qu'ils sont presque les seuls garçons dans un lycée de filles, ils sont mis à l'écart et considérés comme des fumistes, même si ça agace les filles qui aimeraient que d'aussi jolis garçons soient plus sérieux et mieux intégrés. C'est un shojo romantique. Et je ne suis pas amateur de ce genre. Mais comme celui-ci joue justement sur les stéréotypes des shojos à l'eau de rose pour en contourner les codes et apporter une bonne dose d'humour, j'ai finalement beaucoup aimé la lecture. Par exemple, dans le premier chapitre, les quatre garçons décident de vérifier la véracité du cliché de shojo où un personnage court dans les couloirs du lycée avec une tranche de pain de mie dans la bouche va forcément se cogner par accident contre celui ou celle qui finira par devenir l'amour de sa vie. Et c'est bien ce qui arrive au taciturne Nishina, qui ne voulait plus avoir de copine suite à une blessure sentimentale, sauf qu'il rentre dans une fille aussi taciturne et maniaque que lui qui l'envoie balader tout en émettant exactement les signes qui plaisent à Nishina et vont éveiller ses sentiments malgré lui. J'ai adoré ces deux personnages là dont les interactions sont aussi mignonnes que drôles. Et ce n'est pas la seule romance de la série, puisqu'on aura par exemple la jolie amie d'enfance d'un des gars qui lui répète sans arrêt qu'elle l'aime mais lui ne comprend pas parce qu'il ne voit en elle qu'une amie qui rigole, ou encore la brune ténébreuse et colérique qui sera le sujet parfait de l'enquête d'un autre garçon sur les Tsundere, ces personnages clichés au premier abord hautaine et violent mais pour mieux cacher leur tendresse et leur amour pour le héros. A ceci près que celle-ci le cache très mal... Les réactions de tous les protagonistes sont pleines d'humour et d'autodérision. Ils sont aussi charismatiques qu'amusants, garçons comme filles. Et même si on peut regretter des visages un peu lisses qui se ressemblent parfois trop, le dessin est lui aussi très bon et efficace pour faire ressortir les passages humoristiques ou sentimentaux. Bref, alors que le genre shojo romantique n'est pas ma tassé de thé, j'ai très vite été pris par celui-ci car il détourne les codes du genre et se révèle aussi drôle que touchant.
Rouge comme la neige
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Christian de Metter nous propose un scénario bien construit et maitrisé de bout en bout. L'auteur introduit beaucoup de psychologie dans un thriller aux allures de western (à moins que ce ne soit le contraire). Avec le massacre de Wounded Knee revisité en arrière-plan de la trame principale, de Metter prend plaisir à nous balader sur les passés opaques des différents intervenants. Dans la première partie du récit, l'auteur distille les indices contradictoires pour designer les bons et les méchants. Ainsi le revolver ou le fusil passe de main en main sans que l'on sache qui va l'utiliser de façon malveillante. Après la révélation du passé, la patate chaude de la culpabilité poursuit son chemin contre toute attente. Cela permet un rebondissement psychologique inattendu pour clore la série par une chute qui évite la mièvrerie. Le dessin au crayon est très efficace dans la dynamique des gestuelles et des expressivités. Les décors sont plus esquissés que détaillés mais l'ambiance des Rocheuses est rendue paradoxalement dans un genre de confinement qui convient bien à l'esprit d'enfermement qui parcours le récit (ferme, prison, grotte...). J'y ai trouvé une clé pour interpréter le final. Une bonne lecture récréative très bien construite.
Ulysse & Cyrano
Cela faisait plus de trois mois que je n’avais pas posté un avis. Non pas que je n’ai pas lu de bandes dessinées, mais plutôt que mes lectures ne m’avaient pas assez enthousiasmé pour prendre le temps d’en rédiger un. Et la pour le coup, après avoir dévoré cet album, je n’avais qu’une hâte, partager le plaisir que j’ai eu à le lire en espérant transmettre ce plaisir à d’autre. Dorison au scénario, pour moi c’est gage de confiance, il faut dire que c’est un auteur prolifique et il suffit de regarder sa fiche auteur pour voir le grand nombre de séries de grandes qualités qu’il a produite. Le scénario d’ailleurs, il ce passe dans l’après guerre, nous découvrons Ulysse, jeune homme d’une bonne famille, devant passer son bac et partie dans une demeure à la campagne avec sa mère pleine de trouble alimentaire pour réviser et devoir un jour reprendre l’entreprise familiale (ce qu’il ne souhaite pas du tout), pendant que son père reste à Paris pour régler des problèmes et procès autour d’accusations de collaboration durant le seconde guerre mondiale. Et Ulysse va rencontrer Cyrano, vieux cuisinier déçu et déchu, replié sur lui même. Naît alors une belle amitié, et la transmission d’une passion, la cuisine. Ce qui changera les deux personnages incontestablement, les poussant l’un comme l’autre à ce surpasser et à aller au delà d’eux même. C’est magnifiquement bien écrit, la lecture est fluide, on vit avec délectation les temps passés en cuisine, leurs échanges, leurs passions, la transmission du savoir. Le découpage est parfaitement réussi, je n’y ai pas vu de fausses notes. Le dessin de Servain commençait à remonter dans ma mémoire. J’en était resté à Le Traque Mémoire et à L'Esprit de Warren. Il a clairement évolué depuis toutes ces années. Et il s’occupe des couleurs en plus apparemment maintenant d’après la fiche album. Le dessin comme les couleurs sont vraiment beaux, adaptés au scénario. Je me suis perdu dans ses planches mais dans le bon sens du terme, j’ai pris mon temps d’admirer, de contempler, de me laisser bercer par l’ambiance. Je me lançais dans un gros album de plus de 170 pages, pensant le lire en deux fois, mais le plaisir était tel que je l’ai lu entièrement, et l’enthousiasme tel que je me retrouve à deux heures du matin à écrire un avis juste après avoir fini ma lecture. C’est sans hésiter l’album qui m’a le plus plu jusqu’à présent en 2024. C’est poétique, émouvant, touchant. Un très belle ouvrage, tant dans le contenu que pour le contenant comme l’a fait remarquer Mac Arthur. Casterman a fait un beau travail d’édition. Un conseil, ne passez pas à côté de cet album!! Ça serait dommage. Note réel 4,5
Le Soldat Inconnu
Soldat : un métier pas comme un autre - Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie publiée par Vertigo, parus initialement en 1997. le scénario est de Garth Ennis, et les illustrations de Kilian Plunkett, avec une mise en couleurs de James Sinclair, et des couvertures de Tim Bradstreet. Il s'agit d'une histoire complète indépendante de toute autre. Au cimetière militaire d'Arlington en Virginie, le Soldat Inconnu (unknown soldier) formule un voeu. Il se souvient de l'adage qui veut qu'un homme placé au bon endroit et au bon moment peut faire toute la différence... et gagner la guerre. Il espère de tout coeur que cet adage s'appliquera à lui une dernière fois. La scène suivante se passe à Langley et concerne l'agent William Clyde de la CIA (Central Intelligence Agency) qui doit répondre du fait qu'il a laissé un survivant lors de sa dernière mission d'assassinat. Clyde explique qu'il s'agissait d'un enfant de 10 ans, que les paramètres de sa mission ne spécifiaient par l'exécution d'un enfant et que lui et son équipe étaient absolument méconnaissables et inidentifiables. Il rejoint en suite son bureau pour découvrir qu'il est destinataire d'une liste de noms sur son ordinateur, sans plus de détails. L'ambiance de travail le désigne comme un bosseur entièrement dévoué à son métier, sans lien affectif avec ses collègues dont il est la risée, à commencer par Rebecca Wallace, une agent de terrain à la répartie acérée. Il décide de rendre visite à Joshua Markewicz, le dernier nom de la liste, dans sa maison de retraite. Ce dernier s'étonne de cette visite car il a déjà tout raconté à l'agent Andersen qui était venu le voir il y a un an. Il parle à Clyde de la libération du camp de Dachau le 29 avril 1945, et de la présence d'un soldat à la carrure massive, avec la tête recouverte de bandages. C'était l'époque où la branche éditoriale Vertigo servait à DC Comics pour tester des versions plus adultes de ses personnages les plus obscurs. Unknown Soldier a été créé en 1966 par Robert Kanigher et Joe Kubert (l'équipe historique des aventures de Sgt. Rock). C'était l'époque où le monde des comics américain découvrait le mordant d'un petit jeune venu de l'autre coté de l'Atlantique : Garth Ennis. Avec le recul, il est possible de reconnaître un thème cher à cet auteur : la nécessité de la guerre. L'enquête de l'agent Clyde permet à Ennis d'évoquer Dachau, mais aussi l'implication des États-Unis dans le régime du Chah en Iran en 1953, la guerre du Vietnam, les opérations secrètes au Nicaragua, etc. À chaque évocation d'un conflit, il est visible qu'Ennis sait de quoi il parle même si les opérations sont fictives. Par exemple lors de la scène de la libération du camp de Dachau, il évoque le fait réel que certains soldats ont massacré les officiers de sang froid en découvrant l'étendue de l'horreur de ce camp de concentration. En termes de structure narrative, il est possible également de reconnaître l'une des faiblesses d'Ennis : sa propension au long dialogue, très long (tout l'épisode 4 en fait). D'un coté le lecteur peut être rebuté par l'aspect artificiel de ce dispositif, pas très bien adapté au médium visuel qu'est la bande dessinée. de l'autre coté, c'est également la preuve qu'Ennis a d'autres ambitions que le simple comics d'action spectaculaire ou glauque. Il s'agit d'une histoire qui se lit facilement, plutôt linéaire, à l'exception des individus évoquant leur rencontre avec l'Unknown Soldier. Ennis sait rendre crédible l'agent Clyde, ainsi que Screwball, l'exécutrice qui l'accompagne pendant deux épisodes. La scène finale expose longuement le point de vue des personnages dans un décor inattendu et macabre à souhait. L'histoire se conclut de manière nette et définitive. L'histoire est illustrée par Kilian Plunkett dont le style rappelle parfois celui de Carlos Ezquerra, en plus photoréaliste, moins viscéral, avec le même recours à des traits non signifiants pour figurer l'usure du temps, la fatigue des individus sous le fardeau de leurs responsabilités, ou la noirceur de leurs actions. Cette approche réaliste apporte la crédibilité nécessaire à cette enquête à la recherche d'un individu légendaire. Dès les deux premières pages, le lecteur a tout de suite reconnu le cimetière militaire d'Arlington. L'évocation de Dachau est sommaire (il est vraisemblable que Plunkett ne disposait pas de références photographiques), mais en totale adéquation avec la nature même de la scène, le moment traumatisant pour l'Unknown Soldier. Lors de l'évocation de la guerre du Vietnam, il est visible que Plunkett est plus à l'aise ; il emprunte même la technique de dessins de souillures utilisée par Bradstreet dans ses couvertures. Il arrive même à rendre presque crédibles les bandages de la tête de l'Unknown Soldier en les dessinant à la frontière entre le réalisme et l'assemblage purement conceptuel. Plunkett est encore plus crédible pour toutes les scènes avec des individus normaux, sans action. Dans la maison de retraite, Joshua Markwicz fait vraiment son âge avec sa peau ridée, sa posture voutée, ses joues flasques, etc. La première page de l'épisode 2 montre la cuisine de l'appartement de William Clyde, vue de l'extérieur avec le trou fait par une balle dans le carreau de la vitre. À la fois il s'agit d'un angle de vue classique, à la fois il exprime tout le désarroi de Clyde. Il conçoit des mises en scènes qui permettent de rendre vivante les conversations, mais qui trouve sa limite dans le dialogue imposant du dernier épisode. Les scènes d'action sont également vivantes, sans être transformées en un ballet séduisant. Là aussi Plunkett sait accorder son mode de représentation à la tonalité du récit qui met en avant la virilité des soldats, et l'horreur de la boucherie, le prix à payer pour massacrer froidement pour atteindre l'objectif, pour accomplir la mission. Sans constituer un ouvrage majeur dans la bibliographie d'Ennis, cette histoire se laisse relire avec plaisir. Elle présente une vision nuancée de l'armée (et de la CIA) comme instrument de paix nécessaire, comme instrument très sale, et très salissant pour les individus accomplissant ce métier. Il est beaucoup plus critique sur les individus donnant les ordres et sur la moralité élastique de la nation des États-Unis. Unknown Soldier a effectué un retour remarqué des années plus tard dans une série de Joshua Dysart et Alberto Ponticelli en 2008.
Inhumans - Tour d'Ivoire
Non-violence - Ce tome contient une histoire complète, initialement parue en 12 épisodes en 1998/1999. le scénario est de Paul Jenkins et les illustrations de Jae Lee. Ces deux auteurs ont à nouveau collaboré pour The Sentry en 2000. Les Inhumans sont une race terrestre créée génétiquement par les Kree (une race extraterrestre) et restée longtemps isolée des humains. Au début de ce tome, Attilan (leur cité) est installée sur les ruines d'Atlantis (la capitale de l'Atlantide, le royaume de Namor) qui se trouve émergée. Or Maximus (le frère fou de Black Bolt qui est le souverain de cette nation) a comploté avec plusieurs humains pour qu'un groupe de mercenaires portugais attaque Attilan, pendant que Maximus sabote leur défense de l'intérieur. Au grand désarroi de la famille impériale, Black Bolt décide de ne rien faire et d'observer la progression de la petite armée au fur et à mesure qu'elle se rapproche d'Attilan. Les Inhumans sont apparus pour la première fois dans l'épisode 45 des Fantastic Four, en décembre 1965. Ils ont fait plusieurs apparitions de ci de là (regroupées dans Marvel Masterworks - Inhumans 1) pour finir par disposer d'une maxisérie en 12 épisodes en 1977 et d'apparitions régulières dans l'univers partagé Marvel, celle précédant immédiatement cette série étant Fantastic Four/Inhumans (1998). En 1998, Bob Harras (alors éditeur en chef de Marvel) confie une poignée de titres moribonds à Joe Quesada et Jimmy Palmiotti, remplissant le rôle de responsable éditorial avec une grande latitude d'action. C'est sous la bannière correspondante de Marvel Knights que sort cette histoire des Inhumans (ils superviseront également Daredevil avec Kevin Smith puis Brian Michael Bendis, Punisher avec Garth Ennis, Marvel Boy avec Grant Morrison, Shanna avec Frank Cho, Yellow Blue & Grey avec Loeb et Sale, etc.). le credo de Quesada et Palmiotti est de dire qu'il est possible de faire du neuf avec les superhéros Marvel, dans des récits ambitieux et vendeurs. Ils confient cette maxisérie à Paul Jenkins qui a fait ses preuves avec les Tortues Ninjas et Hellblazer, et à Jae Lee qui avait travaillé avec John Byrne sur la série Namor, et avait déjà produit une histoire indépendante chez Image intitulée Hellshock. La première chose qui attire l'attention en plongeant dans ce récit est le parti pris esthétique tranché de Jae Lee. Il accentue son encrage de manière à transformer chaque trait et chaque ombre en un élément aux frontières de l'abstraction. Pour lui, les traits ne se limitent à délimiter les contours ou figurer les ombres portées, ils doivent également accentuer l'ambiance, participer à l'étrangeté des personnages, être autant figuratifs que révélateurs de leur état d'esprit. D'ailleurs Jae Lee reprend les costumes des Inumans créés par Jack Kirby tout en y apportant une touche personnelle. Grâce à son interprétation, cette bande d'exclus costumés devient un groupe où chaque individu est vraiment singulier, avec des caractéristiques inhumaines. Sa plus grande réussite est certainement Karnak qui devient visuellement crédible grâce à ses tatouages et son air réfléchi. Triton acquiert une apparence dérivant plus des poissons. Seul Black Bolt reste monolithique, gardant toujours inutilement son masque sur le visage pour une raison incompréhensible. L'approche graphique de Lee confère une présence remarquable à chaque personnage à chaque scène, ce qui conserve toute l'attention du lecteur au fil des dialogues. Par contre, Lee ne s'intéresse que de temps en temps aux décors, laissant le soin à Dave Kemp (le metteur en couleurs) de combler les fonds avec des motifs accentuant encore l'état émotionnel des personnages. Kemp s'en tire avec les honneurs. De son coté, Paul Jenkins innove également. le fan de l'univers partagé Marvel retrouve les caractéristiques de base des Inhumans : une race créée par les Krees, les mutations dues aux brumes terrigènes, la famille royale (Black Bolt, Medusa, Gorgon, Triton, Crystal et Lockjaw, sans oublier Maximus, le frère fou de Black Bolt), la cité Attilan, l'empoisonnement par la pollution, etc. le fan le plus aguerri retrouve même des éléments de continuité pointus tels les différents combats de Black Bolt contre des entités improbables. Il n'y a pas à discuter, il s'agit bien des Inhumans, avec même le cliché de Maximus trahissant sa race pour son venger de son frère, et les hommes attaquant les Inhumans. L'innovation se trouve dans la nature même du récit : alors que la survie de son peuple est menacée, Black Bolt refuse de recourir à la violence. Paul Jenkins délaisse les combats à grands coups de rayon destructeur pour résoudre le conflit au profit de la peinture d'un responsable d'état convaincu de la non-violence. Jenkins effectue un superbe pied de nez aux conventions du genre, en dépeignant un héros qui met en pratique ses convictions : la violence n'est pas une solution, la violence est le dernier recours des faibles. Cette approche donne un récit plein de suspense qui augmente au fur et à mesure que les mercenaires portugais font des victimes dans les rangs des Inhumans et se rapprochent d'Attilan. Ce choix narratif présente un seul inconvénient, c'est que cette avancée progresse de manière trop mécanique. Chaque épisode, l'armée avance un peu en apportant la scène d'action obligatoire de manière un peu artificielle. L'autre défaut du récit est le peu d'intérêt que la famille royale porte aux manigances de Maximus qui réussit à obtenir une foule d'objets dans sa cellule sans que personne ne s'en inquiète (mais cette apparente incohérence trouve son explication au cours du récit). D'un autre coté, Jenkins réussit de magnifiques épisodes tel le premier (où il répond à la question de que dirait Black Bolt s'il pouvait parler, réponse magnifique de pertinence et de légèreté), ou le deuxième dans lequel le lecteur suit un groupe d'adolescents subissant l'épreuve de passage de s'immerger dans les brumes terrigènes. Il s'en serait fallu de peu que d'autres chapitres atteignent une telle intensité ; le neuvième (consacré à Triton) était proche de cet état de grâce. Paul Jenkins et Jae Lee atteignent parfaitement l'objectif assigné à la branche Marvel Knights : s'approprier des personnages de second plan de l'univers Marvel, respecter leur essence et raconter une histoire originale et palpitante. L'intrigue présente un aspect un peu mécanique, et le manque de décor devient parfois trop criant. Comparé aux comics de superhéros traditionnels, cette histoire mérite 5 étoiles, mais les fluctuations de qualité d'un chapitre à l'autre génèrent une forme de regret en songeant à ce qui aurait pu être, au peu qu'il manquait pour qu'elle devienne un classique indispensable.
Le Grand Mort
Très franchement, on est pas passé loin du 5* à mon gout. Et c'est probablement dû au fait que j'ai lu cette série bien plus tard que d'autres. Parce que cette série est parfaitement dans l'air du temps, c'est le moins qu'on puisse dire ! Les huit tomes s'engloutissent en un rien de temps et j'ai été tenu en haleine pendant les trois jours que m'ont pris ma lecture (parce que j'ai voulu l'étaler dans le temps et ne pas faire mon gros gourmand). Et en même temps, une fois l'histoire finie, je me suis retrouvé assez mal à l'aise. Cette BD n'est clairement pas optimiste et joyeuse, bien loin de ce que le ton du premier volume laissait présager. Et si la fin semble tendre vers l'optimisme, je trouve qu'elle donne plus une impression de tristesse et de résignation que de joie apaisée. Une fin dans le ton du récit, tout simplement. Parce que ce récit est noir, oh que oui ! Le genre noir charbon que tu te demandes si tu peux pas chauffer avec. L'optimisme du début ne m'a jamais vraiment quitté, j'ai gardé pendant longtemps la petite flamme de l'espoir en me disant que certaines choses seraient réversibles. Mais finalement, non, ça s'achève aussi mal qu'annoncé et c'est un pari osé de la part des auteurs. Je dois dire que je ne m'attendais pas au virage que prend l'histoire mais celui-ci apporte beaucoup à la réflexion que la BD porte en elle. C'est un questionnement qui est parfaitement en phase à l'actualité : comment ne pas penser au Covid, à la guerre en Ukraine, au réfugiés climatiques etc ... ? Et pourtant, la BD date d'avant bien les évènements cités. Je ne parlerais pas de prophétisme mais plutôt de lucidité sur notre monde. C'est d'ailleurs un des points les plus intéressant de la BD, le questionnement sur l'impact de l'être humain. Lorsque l'humanité détruit tout un monde, il faut l'arrêter. Et si la destruction parait monstrueuse, c'est qu'elle fait écho à celle que nous provoquons tout les jours. Lorsque des enfants meurent devant nous, c'est un reflet de ce que nous faisons subir à d'autres espèces. Contrairement à d'autres lecteurs, je n'ai pas vraiment eu l'impression d'un ventre mou. Au contraire, le long passage central avant que les personnages ne se retrouvent pour conclure l'histoire me semble très pertinent : entre le petit peuple qui se déchire sans comprendre les réels enjeux (échos assez intéressant après des actions comme l'attaque du Capitole aux USA) et notre monde qui s'embrase, nous avons une représentation assez lucide de nombreux maux que notre société vit. Que penser de ce complotiste en pleine apocalypse qui sous-entend que le monde est dévasté à cause des Illuminatis ou les rares moments de solidarité entre les survivants ? C'est une peinture qui semble criante de vérité maintenant, preuve que les auteurs ont su déceler assez vite les problématiques émergentes de notre société malade. Je pense sincèrement que cette BD est une excellent lecture de notre époque. Si je dis ça, c'est que derrière son introduction plutôt convenue et sa fantasy de décor, elle est un reflet tendu aux occidentaux pour parler de leur société. Et surtout, sa noirceur presque sans espoir et sa fin très dure la font clairement figurer dans les BD qui n'offre ni espoir, ni solution, ni rédemption. Un simple constat amer et presque résigné, mais puissamment évocateur. Loisel, Djian et Maillé ont réussis leur pari, sans aucun doute. C'est fort, c'est prenant, c'est puissant. J'en suis ressorti touché, surpris et avec une sensation assez désagréable d'avoir été passé au rouleau compresseur mental. Mais c'est la force d'une bonne BD, de mettre mal à l'aise lorsque c'est nécessaire. Excellente BD, pour sur.